Creophilus maxillosus (Linnaeus 1758)

Creophilus maxillosus (Linnaeus 1758)

Par Alexanne LUPIEN et Lilian ANDRAUD

Texte et figures (sauf si indiqué) CC BY-SA 2018, par les auteurs.

Classification

Classe (2, verticale)Ordre (4, verticale)Sous-ordre (3, verticale),
Super-famille (5, horizontale)Famille (5, verticale)Genre (1, verticale),
Espèce (6, horizontale).

Les Coléoptères, jugés comme l’ordre le plus diversifié des insectes en nombre d’espèces connues, on en compte environ 350,000 à ce jour, sont dotés d’une carapace qui recouvre leur abdomen. Caractéristique de l’ordre, il s’agit  de leur paire d’ailes antérieures épaissies, modifiée en élytres. Cette armure coriace recouvre leur paire d’ailes postérieures toutes repliées ; ainsi lorsqu’ils s’apprêtent à s’élancer, ils ouvrent leurs élytres et déploient leurs ailes postérieures pour ensuite prendre leur envol.
On trouve des coléoptères partout! Ils sont dispersés selon leurs types d’alimentation très diversifiés et leurs adaptations aux différents milieux. Parmi les plus commun, on retrouve entre autres les coccinelles, les hannetons, les scarabées et les charançons. Certains coléoptères ont la particularité d’avoir de courts élytres laissant paraître plus de la moitié de l’abdomen; c’est la cas des méloïdés et des staphylins, en outre : Creophilus maxillosus.

Photo 1. Vue latérale du spécimen Creophilus maxillosus, photo prise par Lilian Andraud.

Creophilus maxillosus se distingue par de nombreux caractères. En effet, le nombre de segments de l’abdomen est de 6 et les segments décroissent en partant du thorax.

Schéma 1. Observation des 6 segments de l’abdomen de Creophilus maxillosus, créée par Lilian Andraud.

De plus, fidèle à son nom commun  « hairy rove beetle », Creophilus maxillosus porte une importante pubescence sur tout son abdomen, plus particulièrement du poils de couleur jaune est présent, sauf exception, sur les deuxième et troisième segments de l’abdomen. La connexion directe entre le coxa et le pronotum,  et le fait que le coxa soit de même longueur que le fémur permettent aussi de différencier Creophilus maxillosus des autres coléoptères, en le positionnant dans la sous-famille des Staphylininae.

Photo 2. Observation du pronotum et des poils de couleur jaune sur Creophilus maxillosus, photo prise par Lilian Andraud.

D’autre part, parmi les espèces de coléoptères faisant parties de la sous-tribu Staphilininia, Creophilus maxillosus est facilement distinguable grâce à son pronotum caractéristique. En effet, ce dernier est en forme de demi-cercle relativement large au niveau de la tête. Il est lisse, brillant et du poils de couleur jaune clair ornent subtilement son contour. Creophilus maxillosus possède un cou bien défini et ses antennes insérées devant les yeux comportent 11 antennomères au total.

Schéma 2. Observation des 11 antennomères de Creophilus maxillosus, créée par Lilian Andraud.

Le Saviez-vous ? Ces coléoptères ont été utilisés pour réduire les populations de mouches nuisibles par la prédation et la compétition pour les ressources. Ainsi en tant qu’agent de lutte biologique, cela profite à l’industrie d’élevage en améliorant l’assainissement, et par conséquent, en contribuant aussi à réduire la propagation d’agents pathogènes transmis par les mouches (Pfeiffer et Axtell, 1980).


Creophilus maxillosus, présent majoritairement dans l’hémisphère nord, est en outre l’une des espèces de coléoptères les plus grandes et les plus distinctes que l’on trouve en Amérique du Nord. Depuis peu, certains individus ont été observés jusqu’en Amérique du Sud, notamment au Pérou. En réalité, deux principales régions biogéographiques sont affectées par la présence de Creophilus maxillosus: la région Néarctique, c’est-à-dire principalement aux Etats-Unis allant jusqu’en Alaska et passant aussi par l’Ontario et le Québec; et la région Paléarctique, où l’Europe reste la principale demeure (Brunke et al., 2011; Smetana et Davies, 2000). Ces régions sont composées de différents habitats, c’est pourquoi cette espèce de Staphilinidea en affectionne plusieurs.

Schéma 3. Carte de répartition de Creophilus maxillosus, créée par Lilian Andraud.

Creophilus maxillosus est surtout retrouvé dans les terrains ouverts, les forêts, les zones côtières et de plus en plus sur les terrains résidentiels (Evans, 2014). Plus précisément, pour en observer il faut chercher sous les roches, dans les litières, sous l’écorce des arbres, dans les fruits et légumes pourris et spécialement dans les animaux morts et en décomposition.


Le Saviez-vous ? Des infestations accidentelles de Creophilus maxillosus dans les ménages urbains ont fait d’eux des cibles occasionnelles pour la lutte parasitaire.


Le cycle de vie de Creophilus maxillosus prend 37 jours pour s’accomplir et se divise en quatre stades: l’oeuf, la larve, la nymphe et l’adulte.

Oeuf

Ils sont généralement pondus sur les carcasses, pour leur permettre de se nourrir une fois au stade suivant. De couleur blanche et laiteuse, ils mesurent environ 2 à 3mm de long. L’éclosion prend habituellement 3 jours, dépendemment de la température ambiante (Kramer, 1955).

Larve

Comme la plupart des coléoptères, Creophilus maxillosus passe par trois stades larvaires qui durent environ 14 jours au total. La longueur du corps du premier stade est de 6 à 9mm, celle du deuxième stade est de 10 à 15mm et enfin celle du dernier stade larvaire est de 15 à 25mm (Fratczak et Matuszewski, 2014). Les larves sont de couleur brune à noire avec un corps cylindrique. De plus, comme la plupart des Staphylinidae, les larves sont prédatrices et mobiles, elles possèdent donc des pattes bien développées leur permettant de marcher pour chasser.

Nymphe

Ce stade dure 16 jours.

Adulte

La longueur de Creophilus maxillosus peut varier entre 12 et 23mm. À ce stade, il possède une forte paire de mandibules qu’il utilise pour se nourrir de larves. Bien qu’il soit aplati dorso-ventralement, son abdomen est très musclé et flexible, ce qui est utile pour adopter rapidement une position défensive, soit un repliement complet du corps en boule. Une femelle Creophilus maxillosus bien nourrie et en santé peut pondre jusqu’à huit oeufs par jour, c’est-à-dire jusqu’à 500 oeufs au cours de sa vie (Greene 1996).


Pour ce qui est de l’aspect défensif, Creophilus maxillosus, au stade adulte, a deux sacs cuticulaires situés sous le septième segment abdominal. Ils leur permettent de sécréter un liquide chimique défensif pour faire face aux menaces. Ainsi lorsqu’il est dérangé, particulièrement par des fourmis ou par de grands prédateurs, Creophilus maxillosus sécrète un liquide toxique, qu’il dépose sur la menace en recourbant son abdomen (Jefson et al., 1983). Il utilise aussi parfois ses puissantes mandibules pour attaquer.

Le Saviez-vous ? L’intérêt de Creophilus maxillosus pour la charogne a permis le développement d’une nouvelle méthode pour déterminer l’intervalle post-mortem. En évaluant le niveau de développement de Staphylinidae présents sur un cadavre, il est possible d’estimer le moment de la mort grâce aux connaissances en lien avec leur cycle de vie (Matuszewski, 2012).  Bien sûr, cette technique n’est pas totalement fiable, puisque de nombreux paramètres peuvent fausser les résultats, comme la température ou le taux d’humidité, qui influencent la présence ou non de l’insecte.


Références :

  • Brunke A, Newton A, Klimaszewski J, Majka C, Marshall S. 2011. Staphylinidae of eastern Canada and adjacent United States. Key to subfamilies: Staphylininae: tribes and subtribes, and species of Staphylinina. Canadian Journal of Arthropod Identification 12. doi: 10.3752/cjai.2011.12
  • Evans AV. 2014. Beetles of Eastern North America. Princeton: Princeton University Press.
  • Frątczak K, Matuszewski S. 2014. Instar determination in forensically useful beetles Necrodes littoralis(Silphidae) and Creophilus maxillosus (Staphylinidae). Forensic Science International 241: 20-26. doi: 10.1016/j.forsciint.2014.04.026
  • Greene GL. 1996. Rearing techniques for Creophilus maxillosus (Coleoptera: Staphylinidae), a predator of fly larvae in cattle feedlots. Journal of Economic Entomology 89(4): 848-851. doi: 10.1093/jee/89.4.848
  • Jefson M, Meinwald J, Nowicki S, Hicks K, Eisner T. 1983. Chemical defense of a rove beetle (Creophilus maxillosus). Journal of Chemical Ecology 9: 159-180. doi: 10.1007/BF00987779
  • Kramer S. 1955. Notes and observations on the biology and rearing of Creophilus maxillosus L. (Coleoptera, Staphylinidae). Annals of the Entomological Society of America 48: 375-380. doi: 10.1093/aesa/48.5.375
  • Matuszewski S. 2012. Estimating the preappearance interval from temperature in Creophilus maxillosus L. (Coleoptera: Staphylinidae). Journal of Forensic Sciences 57: 136-145. doi: 10.1111/j.1556-4029.2011.01958.x
  • Pfeiffer DG, Axtell RC. 1980. Coleoptera of poultry manure in caged-layer houses in North Carolina. Environmental Entomology 9: 21-28. doi: 10.1093/ee/9.1.21
  • Smetana A, Davies A. 2000. Reclassification of the north temperate taxa associated with Staphylinus sensu lato, including comments on relevant subtribes of Staphylinini (Coleoptera: Staphylinidae). American Museum Novitates 3287: 1-88. lien: http://hdl.handle.net/2246/2981