Étiquette : Silphidae

  • Necrodes surinamensis (Fabricius 1775)

    – UN PARTISAN DE LA MORT –« Red-lined carrion beetle »


    Texte, photographies, illustrations et identification du spécimen par

    Muriel DESLAURIERS
    Emmanuelle PELLETIER

    Texte et figures (sauf si indiqué) CC BY-SA 2018, par les auteures.

    L’espèce, récoltée le 6 septembre 2018 à la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, a été décrite pour la première fois, sous le genre Silpha, en 1775 par Johan Christian Fabricius, un entomologiste danois, dans son ouvrage « Systema entomologiae ». Necrodes surinamensis est un large coléoptère nécrophage de la famille des Silphidae. On le connaît sous le nom de « Red-Lined Carrion Beetle » ou plus rarement sous le nom de « Surinam Carrion Beetle ». Ce charognard mesure 2 cm de long en moyenne. Il est actif la nuit et parcourt tel un vagabond les carcasses d’animaux morts se nourrissant de la chair en décomposition et des asticots qui s’y trouvent. Les mâles et les femelles se reproduisent dans la crâne ou la cavité thoracique du cadavre (Shubeck, 1971). Les œufs sont ensuite déposés sur la surface du sol ou sur la carcasse de l’animal. Lorsque que la carcasse n’offre plus de ressources intéressantes, N. surinamensis vole à la recherche d’une nouvelle mort à proximité (Welton et Fleenor, 2003).

    Figure 1. «Systema entomologiae» de Johan Christian Fabricius

    IDENTIFICATION

    Cette espèce se retrouve dans l’ordre des Coleoptera – facilement identifiable grâce aux ailes antérieures durcies en élytres – et dans la famille des Silphidae.  Les antennes des Silphidae sont particulières par ses 4 segments à leurs extrémités plus larges que les autres et formant un « club » distinct. Les élytres de cette famille sont souvent noirs et oranges et le corps de l’insecte mesure plus de 12 mm, comme il est visible sur le spécimen.  Également, le scutellum est lisse et sans stries, les palpes des pièces buccales sont longs et évidents et plus de quatres segments sont visibles sur l’abdomen. Finalement, trois terga sont exposés sous les élytres et la tête est dépourvue d’ocelles (voir clé d’identification des Coleoptera). L’espèce elle-même est identifiable grâce à son pronotum complètement noir et glabre – tout comme sa tête – et ses élytres non-tronqués (Figures 2,3,4) (Majka, 2011).

    Figure 2. Illustration des éléments clés permettant l’identification de l’espèce
    Figure 3. Vue ventrale de Necrodes surinamensis et un caractère permettant l’identification de la famille des Silphidae
    Figure 4. Photographie de la vue dorsale de Necrodes surinamensis et certaines caractéristiques permettant l’identification de l’espèce
    Figure 5. Photographie de Necrodes surinamensis et d’autres caractéristiques permettant l’identification de l’espèce

    CLASSIFICATION

    Embranchement Arthropoda
    Sous-embranchement Hexapoda
    Classe Insecta
    Ordre Coleoptera
    Sous-Ordre Polyphaga
    Infra-Ordre Staphyliniformia
    Super-Famille Staphylinoidea
    Famille Silphidae
    Sous-Famille Silphinae
    Genre Necrodes
    Espèce Necrodes surinamensis (Fabricius, 1775)

                                OÙ TROUVER CETTE ESPÈCE?

    La distribution de N. surinamensis est relativement vaste. Le coléoptère se retrouve un peu partout en Amérique du Nord. Cette espèce est indigène des zones tempérées. Elle se trouve principalement dans les provinces du Canada et dans les régions nord et est des États-Unis (Figure 6). Il n’est toutefois pas impossible de la trouver dans les zones tropicales soit possiblement au Mexique et rarement dans le nord de l’Amérique du Sud. Ce sera plutôt des espèces endémiques pour ce type de région. Leur absence en climat tropical pourrait être expliquée par l’occupation de leur niche écologique par d’autres charognards retrouvés dans ces régions. Également, N. surinamensis est une espèce se nourrissant des asticots sur les carcasses d’animaux – le plus souvent des mammifères – et parfois des carcasses elles-mêmes et d’excréments. Dans un climat trop chaud, les animaux morts ne subsistent pas assez longtemps pour compléter le développement du coléoptère. Les carcasses sont soit consommées par les vautours, les fourmis et les mouches, ou réduites par dessiccation par le soleil en quelques heures. Son habitat reste très varié considérant sa distribution assez large allant des température de -20 °C en hiver jusqu’au climat chaud et humide de l’Amérique de Sud (Ratcliff, 1972). Il reste plusieurs incertitudes concernant sa distribution étendue en raison des efforts d’échantillonnages limités en régions tropicales.

    Figure 6. Distribution (probable) nord américaine de Necrodes surinamensis (manque de données sur sa répartition)

    DE L’OEUF À L’ADULTE

    Insecte nécrophage, N. surinamensis possède un odorat très performant avec lequel il peut détecter un cadavre fraîchement mort à des kilomètres et ce, grâce à de puissants chimiorécepteurs présents dans les antennes. De ce fait, il complète son cycle de vie sur la carcasse ou juste aux côtés de celle-ci. Ce substrat, utilisé pour son alimentation, est aussi exploité pour des fins de reproduction (Mougeat, 2012). La reproduction entre un mâle et une femelle N. surinamensis a lieu à proximité ou sur une carcasse. Cette espèce se reproduit à de multiples occasions, lorsqu’elle entre en contact avec le sexe opposé.  Comme il n’y a généralement pas de dimorphisme sexuel, le sexe doit être confirmé au contact physique de l’individu. Une fois la copulation effectuée et les oeufs développés dans la femelle, celle-ci les déposent un à un sur la carcasse ou sur le sol à ses côtés. Comme la ponte perdure sur quelques jours, les larves d’insectes retrouvés sur la même carcasse sont donc à des phases différentes de leur développement. Les oeufs prennent avec le temps la couleur du sol sur lequel ils se retrouvent, leurs conférant une rigidité et les protégeant jusqu’à un certain point des prédateurs. En général, les oeufs éclosent après deux à quatre jours et les larves cherchent immédiatement à se nourrir. La première mue s’effectue ensuite après un à plusieurs jours, dépendemment des conditions climatiques.  Il s’en suit ensuite deux autres mues, puis la larve de quatrième stade s’éloigne de la carcasse pour commencer la nymphose en passant par un stade de pupe de pharate, sous le sol ou des débris, pour 12 à 17 jours. L’adulte y émerge ensuite et retourne à la carcasse animale, pour vivre de quelques jours jusqu’à quelques semaines (Figure 7). Les conditions climatiques et la vitesse d’altération du cadavre restent des facteurs limitant au développement larvaire (Ratcliff, 1972).

    Figure 7. Représentation visuelle du cycle de vie de Necrodes surinamensis

    NECRODES SURINAMENSIS,  EN DANGER?

    Les larves de N. surinamensis sont les proies de quelques prédateurs agiles, qui les attrapent sur les carcasses sur lesquelles ils vivent.  Lors de la mue de la larve, celle-ci est particulièrement vulnérable et devient une source de nourriture facile pour d’autres espèces de coléoptères dans les familles des Staphylinidae, Histeridae et Silphidae (la même famille que N. surinamensis!).  Quant aux oeufs et aux nymphes de l’espèce, ils peuvent servir de repas pour entre autres des coléoptères, des acariens et même des fourmis. Pour l’adulte, les prédateurs principaux sont les amphibiens, reptiles et petits mammifères insectivores (Ratcliff, 1972).

    UN COLÉOPTÈRE QUI SAIT SE DÉFENDRE

    Lorsqu’un N. surinamensis adulte se sent en danger, son moyen de défense principal consiste à éjecter un liquide brun par son anus sous le principe d’un vaporisateur (Roach, Eisner et Meinwald, 1990), une caractéristique unique à l’espèce. En effet, une seule glande produit une substance composée d’acides aliphatiques et d’alcools terpéniques qui repousse, grâce à son odeur désagréable, les prédateurs à la chasse. Le bout de l’abdomen de ce Silphidae peut faire une rotation dans toutes les directions permettant au liquide de toujours atteindre le sujet mettant sa vie en danger.  L’étude de Eisner et al. (1985) décrit les effets des produits présents dans le liquide éjecté. L’article propose que des substances nommés « necrodols α et β », un type de monoterpène, soit en partie responsable de l’effet répulsif et irritant de la sécrétion, en plus, entre autres, d’acide octanoïque (Eisner, Deyrup, Jacobs, et Meinwald, 1985). Chez la larve, ce liquide ne peut pas être éjecté avec force, laissant comme seul moyen de défense de se tordre frénétiquement. L’adulte N. surinamensis est également connu pour son déplacement à la course assez rapide lorsqu’elle choisit de fuire plutôt que de se battre (voir démonstration de la course de N. surinamensis). Le coléoptère choisit plus souvent ce moyen de transport plutôt que le vol en situation dangereuse (Ratcliff, 1972).

    DES INSECTES MACABRES!

    Malgré toutes les éventualités dans la vie d’une espèce animale, celle-ci y trouve inévitablement la mort. Moment funèbre pour certains, cette mort apporte pourtant une vraie étendue de vie, une continuité sans précédent. Une carcasse deviendra rapidement l’hôte d’une multitude d’organismes dont les insectes nécrophages. Un écosystème sans pareil qui héberge majoritairement des diptères et des coléoptères. Ces derniers colonisent de manière successive la carcasse selon les odeurs particulières et spécifiques dégagées au cours de la détérioration du corps (Masselin, 1995). Ainsi, les insectes se succèderont en vague depuis la mort jusqu’à la dessiccation complète du corps. Comme les Necrodes surinamensis sont friands d’asticots (larves de diptères), on les retrouve sur des carcasses d’animaux incluant les corps humains en décomposition (voir vidéo de l’espèce sur une carcasse de cochon). Plusieurs insectes opportunistes se retrouvent donc sur les scènes de crime, pour profiter de la chair de la carcasse ou de la quantité phénoménale de larves. Cette tendance est utilisée dans un domaine de la criminologie: l’entomologie forensique (pour plus amples informations, veuillez consulter le vidéo ci-dessous). La présence des insectes est utilisée pour déterminer, entre autres, l’heure de la mort, la cause de la mort et le déplacement du corps (Joseph, Mathew, Sathyan et Vargheese, 2011). Moins étudié en entomologie forensique que les diptères, les coléoptères font partie intégrante de l’écosystème du cadavre. Le potentiel des Silphinae en entomologie forensique provient de leur préférence pour des carcasses de grande taille. Les Silpha interviennent au stade de la fermentation ammoniacale soit la liquéfaction noirâtre des tissus. Ils prennent donc domicile chez le cadavre 4 à 8 mois après la mort de l’individu (Masselin, 1995).


    Références

    Barrentine, C.  (11 juillet 2009). Red-lined burying Beetle (Silphidae: Necrodes surinamensis?) Running [Vidéo en ligne].  Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=SPsWTQFdoJI

    Beirne, S.M. (2012). Distribution of Carrion Beetles (Coleoptera : Silphidae) in Different Geographic Regions of Virginia (Thèse de mémoire, Virginia Polytechnic Institute and State University, Blacksburg). Repéré à https://vtechworks.lib.vt.edu/bitstream/…/Beirne_SM_T_2013.pdf?

    Eisner, T., Deyrup, M., Jacobs, R., & J. Meinwald. (1986). Necrodols: Anti-insectan terpenes from defensive secretion of carrion beetle (Necrodes surinamensis). Journal of Chemical Ecology, 12(6), 1407‑1415. Repéré à https://doi.org/10.1007/BF01012360

    ForensicEnto.  (14 mars 2013).  Forensic Entomology – death feeding insects [Vidéo en ligne].  Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=PSOCbJXWhK8

    Joseph, I., Mathew, D. G., Sathyan, P., & G. Vargheese. (2011). The use of insects in forensic investigations: An overview on the scope of forensic entomology. Journal of forensic dental sciences, 3(2), 89-91.  Repéré à https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3296382/

    Majka, C.G. (2011). The Silphidae (Coleoptera) of the Maritime Provinces of Canada. Journal of the Academy of the Entomological Society, 7, 83-101. Repéré à https://scholar.google.com/scholar_lookup?hl=en&publication_year=2011&pages=83-101&author=C.G.+Majka&title=The+Silphidae+%28Coleoptera%29+of+the+Maritime+Provinces+of+Canada

    Masselin, P. (1995). Entomologie et médecine légale. Insectes, 97, 7-10. Repéré à https://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i97masselin.pdf

    Mougeat, K. (2012). L’entomologie forensique (Thèse de doctorat, Université de Nantes, France). Repéré à archive.bu.univ-nantes.fr/pollux/fichiers/…/dba65e7f-5cb8-4285-bedc-c24b395f074f

    National Geographic. (30 octobre 2014).  The bugs that decompose our bodies and help solve CSI secrets [Vidéo en ligne].  Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=vwj-fvoLJ3M

    Ratcliffe, B. (1972). The Natural History of Necrodes Surinamensis (Fabr.) (Coleoptera: Silphidae). Transactions of the American Entomological Society (1890-), 98(4), 359-410. Repéré à http://www.jstor.org/stable/25078118

    Roach, B., Eisner, T. & J. Meinwald. (1990). Defense Mechanisms of Arthropods. 83. a- and b-Necrodol, Novel Terpenes from a Carrion Beetle (Necrodes surinamensis, Silphidae, Coleoptera). Journal of Organic Chemistry, 55, 4047-4051.

    Scudder, G.G.E. & R.A. Cannings. (2005). Key to Families of Coleoptera. The University of British Columbia (UBC), Departement of Zoology. Repéré à http://www.zoology.ubc.ca/bcbeetles/Text%20files/coleoptera%20keys.htm

    Shubeck, P.P. (1971). Diel Periodicities of Certain Carrion Beetles (Coleoptera: Silphidae). The Coleopterists Bulletin, 25(2), 41-46. Repéré à http://www.jstor.org/stable/3999555

    Watson, E. J. & C. E. Carlton. (2005). Succession of Forensically Significant Carrion Beetle Larvae on Large Carcasses (Coleoptera : Silphidae). Southeastern Naturalist, 4(2), 335-346. Repéré à http://www.bioone.org/doi/abs/10.1656/1528-7092%282005%29004%5B0335%3ASOFSCB%5D2.0.CO%3B2

    Welton Taber, S. & S.B. Fleenor. (2003). Insects of the Texas Lost Pines. (1e éd.) College Station : Texas AE-M University Press.

  • Nicrophorus tomentosus (Weber 1801)

    Le Nécrophore à thorax tomenteux; The Gold-necked carrion beetle

    Par Roxanne BRUNELLE et Audrey MARTEL (édité par Étienne Normandin)

     Texte et photographies ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

     

    Figure 1 : Nicrophorus tomentosus
    Figure 1 : Nicrophorus tomentosus

    Classification (Myers et al., 2015)

    Ordre Coleoptera

         Super-famille  Staphylinoidea

              Famille Silphidae

                   Sous-Famille Nicrophorinae

                        Genre Nicrophorus

                             Espèce Nicrophorus tomentosus

     

    Découverte

    Cette espèce a été découverte en 1801 par Friedrich Weber, un entomologiste allemand qui a écrit la première description de plusieurs insectes dans ses ouvrages. Le nom de Necrophorus est un mot latin qui signifie «transporteur de mort», alors que tomentosus signifie «couvert de petits poils». Étant un insecte qui transporte des petits animaux morts et dont le pronotum est recouvert de poils dorés, il porte bien son nom (inaturalist.org). C’est à l’aide de ce dernier critère que nous avons pu identifier notre espèce.

    Anatomie externe

    La famille des Silphidae présente certains caractères communs à toutes (ou presque) ses espèces. Entre autres, ils ont des antennes en onze articles, positionnées en périphérie de la tête de chaque côté. Les espèces sont presque toutes de couleur noire, mis à part quelques espèces de Nicrophorus qui présentent des taches orangées sur les élytres. (Wyss et Cherix, 2006, p.124) Parmi ces espèces, seule N.tomentosus a les pattes et les antennes complètement noires. De taille moyenne, variant entre dix et vingt millimètres, son pronotum est couvert de courts poils dorés qu’il est le seul à posséder. Ses antennes plissées (Figure 2) sont des organes sensoriels principalement olfactifs servant à repérer des carcasses (inaturalist.org).

    Nicrophorus tomentosus passe la journée caché dans le sol et ne sort qu’au crépuscule ou durant la nuit. Bien qu’il soit noir et orange, le dessous des élytres est jaune (Figure 2) et lui permet de faire de l’aposématisme pour éviter la prédation. Lors de ses rares déplacements diurnes, ce coléoptère a la particularité de pouvoir exposer son thorax poilu. En vol, son thorax jaune donne l’impression d’avoir à faire à un bourdon (Heinrich, 2012).contrairement à N. tomentosus, les autres espèces ne possédant pas ce mode de camouflage peuvent rentrer dans un état catatonique (faire le mort) et éviter la prédation (Milne et Milne, 1944).

    Figure 2 : A - Vue ventrale des élytres jaunes. B - Antennes plissées. C - Pronotum couvert de poils dorés.
    Figure 2 : A – Vue ventrale des élytres jaunes. B – Antennes plissées. C – Pronotum couvert de poils dorés.

    Distribution géographique

    Originaires des États-Unis et du Canada, les différentes espèces de Nicrophorus se concentrent dans l’est et le centre des États-Unis, sauf en Floride et dans le sud du Texas où il n’y a aucune espèce de ce genre. On peut également les trouver dans l’est et le centre du sud du Canada. Il s’agit de coléoptères n’aimant pas les températures trop froides ou trop chaudes, c’est pourquoi ils vivent principalement dans les forêts tempérées de l’hémisphère nord. Certaines espèces vivent également dans les prairies et une seule, N. vespilloidae, trouve refuge dans les tourbières. N. tomentosus est une espèce de forêt vivant dans toutes les contrées énumérées ci-haut (Houck, 2012).

    Biologie et comportement

    Étant nécrophage, il arrive qu’une même carcasse soit prisée par plusieurs coléoptères du genre Nicrophorus. Si la charogne est assez grosse, ils peuvent se la partager. Si toutefois, l’animal prisé par les insectes est trop petit, le plus gros chassera les autres afin de garder le butin pour lui et les membres de son espèce. Avant de manger, N. tomentosus asperge la carcasse d’une sécrétion anale ou orale qui joue le rôle d’antifongique et d’antibiotique (inaturalist.org).

    Le cycle de vie de N. tomentosus est complexe. Tout d’abord, le mâle doit trouver une carcasse qu’il détectera à l’aide de ses antennes et de ses palpes. Il sécrètera des phéromones pour attirer une femelle avec qui il copulera. Le couple doit ensuite trouver un bon endroit où enterrer la carcasse. Parfois, l’endroit même où se trouve la dépouille est adéquat, sinon l’un des partenaires se charge de déplacer le cadavre en suivant les indications de l’autre, qui cherche activement un sol adéquat. En général, les poils et les plumes sont retirés, puis l’organisme est enterré. Il s’agit d’un long processus de cinq à huit heures (Milne et Milne, 1944) où les insectes doivent creuser avec leur tête sous le morceau de chair, future nourriture de leur progéniture. Peu à peu, la charogne s’enfonce dans le sol. Une fois assez profond, les coléoptères recouvrent leur travail avec des feuilles et de la litière. Le couple va ensuite se reposer dans une chambre souterraine adjacente au cadavre où la femelle pondra un nombre d’œufs proportionnel à la taille du goûté. Pendant l’incubation, les parents restent dans la chambre où la couvée se trouve pour la maintenir en bon état et font des allers-retours entre cette pièce et celle où se trouve la carcasse afin de la préserver.

    Au bout de quatre jours, les œufs éclosent. La femelle stridulera à l’aide de ses élytres pour attirer les larves dans la chambre où est conservée la carcasse. Le couple va alors régurgiter la viande prédigérée pour nourrir les larves. Quelques jours après, le mâle quitte le nid, laissant les larves aux bons soins de la femelle. Si le mâle ne s’en va pas, la femelle le chasse ou le tue. Celle-ci quittera également les larves quand celles-ci pourront se nourrir directement de la carcasse. Une fois que la nourriture est épuisée, les larves changent de pièce et retournent dans celle où elles étaient sous forme d’œuf et vont entamer la métamorphose, c’est-à-dire la pupe, jusqu’au stade adulte. Après l’éclosion de la pupe, les adultes sortent de la terre et partent à la recherche d’une carcasse à leur tour afin de se reproduire (Figure 3)(Ebert, ND; Meierhofer, Schwarz et Muller, 1999).

     

    Figure 3 : Cycle de vie similaire à celui de Nicrophorus tomentosus (Meyer, 2015)
    Figure 3 : Cycle de vie similaire à celui de Nicrophorus tomentosus (Dakuhippo 2011, CC-BY-SA 3.0 – Meyer 2015)

     

    Références

    Ebert, S. (ND). Nicrophorus reproductive behavior. Retrieved October 20, 2015

    Heinrich, B. (2012). Northeastern Naturalist, Volume 19, Number 2 (2012): 345–352. Retrieved October 20, 2015

    Houck, M. A. (2012). Mites: Ecological and Evolutionary Analyses of Life-History Patterns. Springer Science & Business Media.

    iNaturalist.org · Tomentose Burying Beetle (Nicrophorus tomentosus). (n.d.). Retrieved October 20, 2015

    Meierhofer, I., Schwarz, H. H., & Muller, J. K. (1999). Seasonal variation in parental care, offspring development, and reproductive success in the burying beetle, Nicrophorus vespillo. Ecological Entomology, (24), 73–79.

    Meyer, C. (2015). nécrophores – Dictionnaire des Sciences Animales. Retrieved October 20, 2015

    Milne, L. J., & Milne, M. J. (1944). Notes on the Behavior of Burying Beetles (Nicrophorus spp.). Journal of the New York Entomological Society, 52(4), 311–327.

    Myers, P., Espinosa, R., Parr, C. S., Jones, T., Hammond, G. S., & Dewey, T. A. (2015). ADW: Nicrophorus: CLASSIFICATION. Retrieved October 20, 2015

    Wyss, C., & Cherix, D. (2006). Traité d’entomologie forensique: Les insectes sur la scène de crime. PPUR presses polytechniques.

  • Necrophila americana (Linné 1758)

    le silphe d’Amérique

    Par Samantha DÔ et Mylène DURANT (édité par Elise ST-PIERRE)

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    silphe2Le spécimen a été capturé à la Station de
    Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

    Classification
    Ordre Coleoptera
    Sous-ordre Polyphaga
    Infra-ordre Staphyliniformia
    Superfamille Staphylinoidea
    Famille Silphidae
    Sous-Famille Silphinae
    Genre Necrophila
    Espèce Necrophila americana

    La famille des Silphidae a été décrite par l’entomologiste français Pierre André Latreille en 1806. Il serait initialement originaire d’Asie et aurait fait son apparition entre -70 et -150 millions d’années.

    Les silphidae sont utilisés dans les écosystèmes forestiers et agricoles car ils interviennent dans le cycle du carbone et de l’azote en se nourrissant de cadavre et transforment ainsi les matières mortes en matières humiques, ce sont donc des nécrophages qui décomposent les dépouilles.
    Nos recherches ont été motivées par le coléoptère diurne que nous avons capturé dans un piège attractif en forêt, attiré par l’odeur alléchante des crevettes en décomposition. Le Silphe d’Amérique (Necrophila americana, décrit par Linné sous le nom Silpha americana), était anciennement appelé Bouclier américain (Encyclopédie méthodique, Tome III – 1790). C’est un insecte commun en Amérique du Nord. Son aire de répartition est limitée à l’est par les Montagnes Rocheuses, au nord on le retrouve du sud du Québec jusqu’au Nouveau Brunswick tandis qu’au sud on le rencontre du Texas jusqu’à la Floride.

    En raison de son mode de vie, il est conseillé de le manipuler avec des petites pinces plutôt qu’avec les mains, ainsi que de tremper les spécimens dans l’alcool (au moins 70%) pour tuer les bactéries…

    silphe3Son identification a été rendue possible grâce à de nombreux critères tels que la couleur brune sombre, voir noire de ses élytres avec un apex jaune. Un corselet, jaune aussi, muni d’une grande tache noir irrégulière en son centre composent le motif caractéristique de l’espèce. L’écusson est triangulaire et la tête, noire. Il mesure 12 à 20 millimètres de long. Il est communément rencontré sur les charognes ou les champignons pourris. Les silphe4adultes se nourrissent de larves de diptères et d’autres coléoptères nécrophages, c’est pour cette raison qu’il est considéré comme un prédateur opportuniste.

    La carcasse est un lieu de nourrissage mais aussi de reproduction. Les larves noires qui en sont issues, ressemblent à des cloportes et se nourrissent comme les adultes. La nymphose a lieu dans une loge souterraine non loin de la charogne. Le Silphe d’Amérique hiverne à l’état adulte.
    Il se peut que le Silphe d’Amérique transporte souvent à son insu des acariens de la famille des Parasitidae (notamment du genre Poecilochirus), on parle alors de phorésie. À leur arrivée sur un cadavre, ces acariens abandonnent leur moyen de transport pour se nourrir et se reproduire, puis, eux ou la génération suivante, se raccrochent sur un transporteur pour être déplacés sur un nouveau cadavre à exploiter.
    De nombreux noms scientifiques ont été utilisés pour désigner le Silphe d’Amérique, et notamment : Necrophila affinis, Necrophila canadensis, Necrophila peltata, Necrophila terminate, Necrophilia americana, Silpha americana

    Les représentants de la sous-famille des Silphinae auquel appartient le silphe d’Amérique, pratiquent la digestion orale. La digestion orale est un mode de consommation pour le moins original qui consiste à injecter de la salive pour paralyser une proie. Les Silphinae ne possèdent pas de sécrétions anales et salivaires antibiotiques comme la sous famille des Nicrophorinae, ce qui ne leur permet pas de conserver les cadavres et donc de les enfouir dans la terre.
    Les principaux compétiteurs des silphes sont les diptères, tels que les mouches qui raffolent de la chair en décomposition. Le silphe n’est pas un animal difficile. Pour peu qu’il y ai un taux de mortalité suffisant autour de lui, on le rencontre dans tous les types d’habitats : en forêts, en prairies… il est aussi très prisés de nombreux prédateurs tels que les rapaces, renards …
    Les Silphes constituent par ailleurs un groupe souvent délaissé par les entomologistes, d’autant plus que des difficultés de détermination persistent chez certaines espèces (genre Nicrophorus notamment). La famille des Silphidae a pourtant été assez bien étudiée dans l’histoire, notamment dans les années 1920-1930 par Portevin qui était le spécialiste de ce groupe. Depuis, aucun nouvel ouvrage de synthèse n’a été réalisé. Les publications existantes sur ce groupe sont de ce fait excessivement rares, et seuls les récents travaux de Marc Debreuil (2003 à 2004, cinq articles apparus chez le bulletin Rutilans) sont venus apporter des connaissances renouvelées importantes sur cette famille, notamment en matière de répartition française.

    À l’heure actuelle, c’est dans le domaine de la recherche en criminologie que cette famille est la plus étudiée. Les silphes sont fréquemment utilisés dans ce domaine pour dater la mort des cadavres humains et aident ainsi à résoudre certains mystères. Bien que finalement très peu connu du grand public (vivant en tout cas…) il a récemment eut droit à son heure de gloire grâce à la série d’enquêtes policières « Les expert : Manhattan ». En Mars 2006 est diffusé pour la première fois au États-Unis l’épisode 17 de la saison 2, qui porte sobrement le nom de « Necrophila americana ». L’histoire raconte la découverte d’un cadavre de femme retrouvé dans un musée, à demi rongé par ces charmantes petites bêtes…

Collection Ouellet-Robert