Étiquette : taxonomie

  • Les réponses: les douze spécimens à identifier

    Suite à l’article de la semaine dernière, tel que promis, nous vous présentons les réponses aux douze spécimens mystères. Combien avez-vous identifié?

    Hym-Sir-dor Hym-Sir-pro

    Spécimen 1. Hymenoptera – Siricidae. La larve se nomme fausse-chenille, car elle a l’apparence d’une chenille de papillon. Elle se nourrit des feuilles des arbres. Cette espèce, Tremex columba, est inféodée (spécialisée) aux érables, aux hêtres, et à d’autres arbres feuillus. Ce spécimen est une femelle, ce qui est évident en raison de son oviscapte (ovipositeur).

    Mec-Pan-dorMec-Pan-pro

    Spécimen 2. Mecoptera – Panorpidae. Les mécoptères constituent un petit et ancien ordre d’insectes holométaboles. Certaines espèces de panorpes sont prédatrices tandis que d’autres sont charognardes,  consommant les cadavres de divers arthropodes. Toutefois, ils ont déjà été observés sur des cadavres humains. Les mâles possèdent des pièces génitales particulières, celles-ci ressemblent à un appendice de scorpion, d’où vient le nom commun « mouche scorpion ». Conséquemment, on peut constater que le spécimen présenté ne possède pas de pièces génitales spéciales, il  s’agit donc d’une femelle.

    Hem-Bel-dorHem-Bel-ven Hem-Bel-pro

    Spécimen 3. Hemiptera – Belostomatidae. Comme presque tous les hémiptères aquatiques, cet insecte est prédateur, il nage avec ses pattes postérieures natatoires et il attrape sa proie avec ses pattes antérieures ravisseuses. Chez cette espèce, ce sont les mâles qui s’occupent des œufs en les portant sur le dos.

    Odo-Lib-dor Odo-Lib-pro

    Spécimen 4. Odonata – Libellulidae. Les larves et les adultes sont des insectes prédateurs généralistes. Les larves attrapent leurs proies avec leurs pièces buccales modifiées. Les adultes attrapent leurs proies en plein vol.

    Col-Bos-dor Col-Bos-pro

    Spécimen 5. Coleoptera – Bostrichidae. Les larves de bostrichidés se nourrissent de tiges et de petites branches d’arbres, et parfois le bois de charpente. Certaines espèces sont nuisibles pour les structures en bois, tels que les planchers, les meubles, les poutres et les poteaux.

    Dip-Tac-dorDip-Tac-pro

    Spécimen 6. Diptera – Tachinidae. Normalement ce sont les hyménoptères qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense aux parasitoïdes, mais les tachinaires (Tachinidés) sont aussi des parasitoïdes, et ils sont parfois utilisés dans la lutte biologique. Cette famille de diptères caractérisés par la présence de nombreux poils épais sur le thorax et l’abdomen compte plus 1300 espèces  en Amérique du Nord.

    Hem-Cic-dor Hem-Cic-pro

    Spécimen 7. Hemiptera – Cicadellidae. Inféodées (spécialisées) à diverses plantes, selon l’espèce, les cicadelles représentent une des familles d’insectes les plus diversifiées. En Amérique du Nord, on compte environ 2500 espèces. Pour certaines cultures, les cicadelles sont considérées comme des insectes nuisibles, car elles peuvent transmettre des virus aux plantes.

    Dip-Asi-dor Dip-Asi-pro

    Spécimen 8. Diptera – Asilidae. Voici un bon exemple de mimétique de bourdon, ce spécimen ne porte qu’une paire d’ailes, il s’agit donc d’un diptère. Les asilidés sont des insectes prédateurs à l’état larvaire et adulte. Ces derniers se distinguent grâce à la présence d’une carène dorsale entre les yeux et d’une moustache au-dessus des pièces buccales.

    Hym-Meg-dorHym-Meg-pro

    Spécimen 9. Hymenoptera – Megachilidae. Une famille d’abeilles dont les espèces sont généralement solitaires. Chez les mégachilidés, les femelles utilisent des morceaux de feuilles de végétaux  pour la confection de leur nid. Elles coupent des morceaux de feuilles glabres en forme de cercle ou d’ovale. Les mégachilidés se distinguent des autres abeilles par les nervures de leurs ailes.

    Der-For-dor Der-For-pro

    Spécimen 10. Dermaptera – Forficulidae. Les dermaptères constituent un petit ordre d’insectes hémimétaboles. Ils sont généralement détritivores. Ce spécimen de Forficula auricularia est un mâle : les cerques portent des pointes médiales à la base.

    Col-Hyd-dor Col-Hyd-ven

    Spécimen 11. Coleoptera – Hydrophilidae. Tel que leur nom l’indique, les hydrophilidés aiment l’eau : ce sont des coléoptères aquatiques. Ce sont aussi des insectes charognards, nettoyant ainsi les cadavres de poissons, d’insectes ou d’autres animaux se retrouvant dans leur milieu. Un certain nombre d’espèces se distinguent par la présence d’une aiguille allongée (épine sternale) sur leur ventre.

    Lep-Ses-dor Lep-Ses-pro

    Spécimen 12. Lepidoptera – Sesiidae.  Le plus souvent mimétiques de guêpes, les sésiidés  sont des papillons diurnes. La présence d’écailles le long de la marge des ailes les classe parmi les lépidoptères, bien que certaines parties des ailes peuvent être nues et transparentes.

     

    Texte: Colin Favret et Étienne Normandin
    Crédit photo: Joanie Guillemet
    Nous ne maintenons aucun droit d’auteur et nous transférons le tout au domaine public.

  • L’identification des insectes: combien de spécimens êtes-vous capable d’identifier?

    Nous sommes heureux d’accueillir M. Étienne Normandin à titre de coordonnateur de la collection entomologique Ouellet-Robert. Il a été sélectionné parmi plus de 50 candidats. Lors de son entrevue, nous lui avons demandé d’identifier 12 spécimens, à l’œil nu et sans avoir recours à aucune référence. C’est sans hésitation que M. Normandin a identifié 10 spécimens au niveau de la famille.

    Vue d’ensemble des 12 spécimens à identifier.

    À votre tour!
    Combien de spécimens pouvez-vous identifier? Nous vous laissons une semaine pour en faire l’identification et nous reviendrons avec les réponses et quelques informations sur leur biologie respective. J’ajoute que les étudiants pourront faire aussi bien qu’Étienne après avoir suivi le cours de «Systématique des insectes» cet automne (BIO3441 et BIO6441).

    Spécimen 1.

    Hym-Sir-dorHym-Sir-pro

    Spécimen 2.

    Mec-Pan-dorMec-Pan-pro

    Spécimen 3.

    Hem-Bel-dor Hem-Bel-ven Hem-Bel-pro

    Spécimen 4.

    Odo-Lib-dor Odo-Lib-pro

    Spécimen 5.

    Col-Bos-dor Col-Bos-pro

    Spécimen 6.

    Dip-Tac-dor Dip-Tac-pro

    Spécimen 7.

    Hem-Cic-dor Hem-Cic-venHem-Cic-pro

    Spécimen 8.

    Dip-Asi-dor Dip-Asi-pro

    Spécimen 9.

    Hym-Meg-dor Hym-Meg-pro

    Spécimen 10.

    Der-For-dor Der-For-pro

    Spécimen 11.

    Col-Hyd-dor Col-Hyd-ven Col-Hyd-pro

    Spécimen 12.

    Lep-Ses-dor Lep-Ses-pro Lep-Ses-ven

    Texte: Colin Favret
    Crédit photo: Joanie Guillemet
    Nous ne maintenons aucun droit d’auteur et nous transférons le tout au domaine public.

  • Pourquoi étudier l’histoire naturelle et la taxonomie des insectes?

    Dans le domaine de la biologie, où nos études deviennent de plus en plus spécialisées et nos techniques de plus en plus avancées, pourquoi devrait-on suivre un cours d’histoire naturelle? Est-ce l’histoire naturelle vraiment de la science? N’a-t-on pas laissé ce domaine aux amateurs et aux naturalistes du passé? À quoi ça sert, la taxonomie et l’histoire naturelle et pourquoi devrait-on investir le temps à suivre un cours sur la systématique des insectes?

    1. L’histoire naturelle:  le contexte biologique des écosystèmes

    L’histoire naturelle explique “qui fait quoi” dans un écosystème. L’ensemble des noms des espèces est le classeur de la biologie qui nous permet d’accéder aux données scientifiques accumulées pendant des centaines d’années. Les noms seuls ne nous disent rien, mais comment peut-on accéder aux connaissances d’histoire naturelle d’un organisme sans qu’on sache son nom?  La première chose qu’on fait quand on voit un insecte, c’est de l’identifier. La deuxième chose qu’on fait c’est de raconter l’histoire de cet insecte, de comprendre sa participation dans son milieu, et de mieux comprendre le contexte des autres organismes dans l’écosystème.

    2. Savoir de quoi on parle!

    La médecine et les morsures d’araignées. Il est documenté que les médecins ont tendance à attribuer incorrectement des plaies aux morsures d’araignées (1, 2). S’ils connaissaient mieux l’histoire naturelle des araignées, ils commettraient moins souvent de telles erreurs de diagnostic.

    La veuve noire. Image de Chuck Evans. CC BY CA 2.5
    La veuve noire. Image de Chuck Evans. CC BY CA 2.5

    Protéome d’une abeille ou d’un syrphe? Ne soyez pas la personne qui ne connait pas l’organisme modèle de sa recherche! Dans la revue «Journal of Proteome Research», une revue avec un facteur d’impact assez important (5.0), on a publié un article sur le cerveau de l’abeille domestique (Hymenoptera: Apidae: Apis mellifera). L’insecte qu’on a placé en image dans le résumé: un syrphe (Diptera: Syrphidae).

    Une abeille ou un syrphe? Cliquer l’image pour accéder le site d’origine.

    Le billet de 50 pesos méxicain. Vous savez peut-être que le papillon monarque (Lepidoptera: Nymphalidae: Danaus plexippus) entreprend une des migrations les plus impressionnantes, une qui prend plusieurs générations pour s’effectuer. C’est un phénomène important, et pour le célébrer, la banque nationale méxicaine a imprimé un billet avec des images du papillon…. vice-roi (Lepidoptera: Nymphalidae: Limenitis archippus)! Évidemment, le mimétisme müllerien ne trompe pas que les prédateurs.

    Le verso du billet de 50 pesos méxicain.

    Heureusement, il semble que l’image du monarque a été mise à jour.

    3. Les insectes: le groupe d’organismes le plus riche en espèces

    Il n’est pas possible de comprendre un écosystème sans tenir compte des insectes y inclus. Il existe très peu d’habitats terrestres qui ne sont pas affectés, d’une façon importante, par des insectes. Le nombre d’espèces connues d’insectes est plus important que la somme des espèces de tous les autres organismes!

    Proportion des espèces connues.
    Proportion d’espèces connues. Données tirées de Chapman (2009).

    Le nombre d’espèces d’insectes dans un habitat particulier peut être énorme. Par exemple, en Grande Bretagne, on trouve 445 et 421 espèces d’insectes phytophages sur seulement cinq espèces de saules et deux de chênes. Si on ajoute les insectes parasites, parasitoïdes, et prédateurs, les chiffres dépasseraient 1.000. Au Canada, on connait presque 20.000 espèces d’insectes, avec environ 13.000 sur le territoire québécois seul. Combien sont impliquées dans vos intérêts biologiques?

    4. Pour mieux apprécier la diversité biologique

    Il ne faut jamais oublier le côté du plaisir. Identifier un organisme dans son milieu rend les excursions en nature plus riche. Au Québec, on trouve

    • des scarabées parasites des castors, des mouches parasites des chouettes, et des punaises parasites des chauves-souris
    • des pseudoscorpions qui utilisent des mouches comme des taxis, des collemboles qui sortent de la neige en plein hiver, et des acariens qui vivent dans le système respiratoire des abeilles
    • des pucerons représentant trois générations, enceintes avec leur petites filles, des larves de guêpes à l’intérieur des larves d’autres guêpes à l’intérieur des chenilles, et des bactéries symbiotiques à l’intérieur des bactéries symbiotiques à l’intérieur des cochenilles

    En les trouvant, en les identifiant, on ouvre la porte aux merveilles de la nature.

    Voir aussi cet article récent et excellent sur l’importance de l’apprentissage de l’histoire naturelle.

    Dépliant décrivant le cours BIO3441 / BIO6441, «Systématique des Insectes», offert à l’Université de Montréal.

Collection Ouellet-Robert