Étiquette : Coleoptera

  • Cicindela punctulata Oliver 1790

    La cicindèle ponctuée

    Par Katherine Monette et Guillaume Trépanier (Édité par Étienne Normandin)

    Texte et images des figures 1, 3 et 4 ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs.

    Les autres images sont propriétés de M. Jean Brodeur et M. Stephen Cresswell. Elles sont respectivement issues de ces sites Web:

    http://jeanbrodeur.smugmug.com/Insectes-du-Quebec/Les-Cicindeles-du-Quebec/i-cfBhK9Z

    http://www.americaninsects.net/b/cicindela-punctulata.html


     

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    Classification (University of Alberta, 2014)

    Règne->Animalia

    Embranchement->Arthropoda

    Sous-embranchement->Hexapoda

    Classe->Insecta

    Sous-classe->Pterygota

    Infra-classe->Neoptera

    Ordre->Coleoptera

    Sous-orde->Adephaga

    Famille->Carabidae

    Sous-famille->Cicindelinae

    Tribu->Cicindelini

    Genre->Cicindela

    Espèce->Cicindela punctulata Oliver 1790

    Capture et identification

    Le spécimen a été capturé à la main à la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal en date du 4 septembre 2014. La cicindèle a été trouvée sur un sol sablonneux parsemé de brins d’herbe, pendant qu’elle courrait. Elle a été identifiée grâce à quelques critères clés qu’elle présentait. Premièrement, la présence d’élytres a indiqué qu’il s’agissait d’un coléoptère. Deuxièmement, l’insecte possédait des pièces buccales broyeuses d’une grande taille et des yeux tout aussi impressionnants (voir les figures 1 et 2). Ces caractères combinés à la grande vitesse à laquelle allait l’individu durant sa course ont dirigé l’identification vers les 13 espèces de cicindèles du Québec. La coloration de l’individu et principalement la rangée de petites fosses longitudinales verdâtres bordant la marge centrale de chaque élytre ont permis l’identification du spécimen (voir les figures 3 et 4).

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    Figure 1: Photographie de la tête du spécimen.

     cicindela-punctulata-face

    Figure 2: Tête d’une Cicindèle ponctuée, Cicindela punctulata, photographiée par Stephen Cresswell ©.

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    Figure 3: Photographie de la face dorsale du spécimen.

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    Figure 4: Photographie de la face ventrale du spécimen.

     Description de l’espèce

    Les adultes, mesurant entre 11 et 14 mm, possèdent une face dorsale de couleur brunâtre, dont l’apparence ressemble à du cuir. La face ventrale est pour sa part verdâtre et métallique. L’espèce est reconnaissable grâce à une rangée de petites fosses, dont le nombre varie d’un individu à l’autre, le long de la marge médiane de chacune de ses élytres et près du scutellum (partie du thorax de forme triangulaire située à la jonction des élytres) (voir la figure 5). Des points blancs peuvent également être observés sur la marge postérieure de ces dernières (voir la figure 6). Cicindela punctulata possède peu de poils et, lorsque manipulée, elle dégage une odeur sucrée ressemblant à celle de la pomme (Leonard et Bell, 1998).

    cicindela-punctulata

    Figure 5: Vue dorsale d’un spécimen (photographie par Stephen Cresswell ©).

    cicindèle ponctuée ,cicindela punctulata, 0846, st-hugues, ete 2010

    Figure 6: Spécimen présentant des points blancs sur les marges postérieures des élytres (photographie par Jean Brodeur ©).

     Reproduction et cycle vital

    La Cicindèle ponctuée est active de jour comme de nuit et est attirée par la lumière. La plupart des individus ont un cycle de vie se complétant en un an. Les adultes sont présents de la fin juin jusqu’en octobre et un pic d’abondance a lieu en juillet. Ce pic d’abondance correspond à la période de reproduction de l’espèce, la ponte des oeufs s’effectuant en fin juillet dans de l’humus dur et sec (USA National Phenology Network, 2014). Les larves, qui éclosent quelque temps plus tard, sont carnivores, tout comme l’imago. Elles se creusent un terrier vertical et s’y terrent, en laissant leurs pièces buccales grandes ouvertes à la surface. Elles attendent ensuite qu’un insecte passe pour le capturer et l’emmener au fond de leur terrier, pouvant atteindre jusqu’à trente centimètres de profondeur, où la proie est ensuite tuée et dévorée. La larve possède des crochets, sur le cinquième segment abdominal, qui ont une fonction d’ancrage empêchant ainsi la larve d’être entraînée hors de son terrier advenant qu’elle capture un insecte de taille supérieure à elle-même (Borror et al., 1989). En septembre, les larves atteignent le troisième stade larvaire puis entrent dans le cycle d’hivernage. Au début du printemps suivant, les larves reprennent leur chasse passive pour se nourrir avant de se transformer en pupe et d’émerger à la fin du mois de mai ou en juin (USA National Phenology Network, 2014).

    Voici, ci-dessous, le lien d’une vidéo d’une larve se nourrissant.

     https://www.youtube.com/watch?v=vQgfjE0vDRk

    Habitat et distribution

    Cicindela punctulata est l’espèce la plus répandue en Amérique du Nord . Elle est présente au Mexique, dans la majeure partie des États-Unis ainsi que dans quelques provinces canadiennes allant de l’Alberta jusqu’en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. D’ailleurs, au Québec, l’espèce est retrouvée principalement au sud de la province (voir la figure 7). La Cicindèle ponctuée est généraliste et est retrouvée dans divers habitats . À l’est de l’Amérique de Nord, elle est retrouvée sur les sols nus, secs et cultivés, les zones herbeuses, les routes, les secteurs sablonneux et les régions perturbées par l’humain . À l’ouest, l’espèce est plutôt retrouvée dans les milieux humides en bordure des lacs et des rivières (Pearson et al., 2006).

    repartition_c_punctulata

    Figure 7 : Distribution de Cicindela punctulata dans la province de Québec (Leonard et Bell, 1998).

    Protection et statut

    Cicindela punctulata est l’espèce de cicindèle la plus répandue en Amérique du Nord et n’est dotée d’aucun statut de protection particulier.

    Faits intéressants sur les cicindèles en général

    On compte environ 2 600 espèces de cicindèles dans le monde et ces dernières sont les insectes coureurs les plus rapides. En effet, la plus rapide cicindèle court à une vitesse de 8km/h. Ceci peut sembler peu rapide, mais cela correspond à 120 fois la longueur de son corps par seconde. En comparaison, Usain Bolt, un des athlètes les plus rapide au monde, couvre seulement 5 fois la longueur de son corps par seconde. Cela rend donc les cicindèles, à taille égale, environ 25 fois plus rapides que les «sprinters» olympiens. Étonnamment, lors de leur course, les cicindèles vont si vite que leurs yeux ne peuvent recueillir suffisamment de lumière pour former des images claires. Elles sont donc complètement aveugles pendant leurs mouvements. Elles doivent alors s’arrêter, localiser de nouveau leur proie et reprendre leur chasse. Malgré le fait qu’elles doivent s’arrêter, elles réussissent tout de même à rattraper leur proie tant elles sont rapides. Les cicindèles ont d’ailleurs développé une stratégie afin d’éviter d’entrer en collision avec des obstacles en maintenant leurs antennes droit devant elles. Elles se déplacent à une vitesse trop grande pour pouvoir changer de direction, mais en sentant les obstacles avec leurs antennes, elles basculent leur corps vers le haut et passent par dessus ceux-ci (Ed Yong, 2014).

    Les cicindèles sont surnommées, en anglais, les «tiger beetles», ce qui signifie littéralement «coléoptères tigres». Elles portent d’ailleurs très bien leur nom puisqu’elles sont de redoutables prédateurs. Elles possèdent de longues pattes fines, de grands yeux proéminents et, surtout, une impressionnante paire de mandibules (voir le vidéo en lien ci-dessous). Les cicindèles chassent au sol et se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent dont des fourmis, des cicadelles, des larves et d’autres coléoptères. Les cicindèles sont également appelées les «tiger beetles» en raison de leur patron de coloration extrêmement varié (voir la figure 8) leur donnant une apparence exotique et leur servant à se camoufler ou effrayer leurs prédateurs (Fitzgerald, 2007).

    Vidéo des mandibules et de la consommation d’une proie:

    https://www.youtube.com/watch?v=rae-R7v_ij8 

    variete_cicindeles

    Figure 8: Photographies démontrant la variété des patrons de coloration observés chez les cicindèles.


    Références:

    Borror, Donald J., Charles A.Triplehorn et Norman F. Johnson. 1989. An introduction to the study of insects. Saunders College Publishing. Philadelphie. 875 p.

    Ed Yong. 2014. (Page consultée le 23 octobre 2014). Meet The Predator That Becomes Blind When It Runs After Prey. (En ligne). http://phenomena.nationalgeographic.com/2014/02/04/tiger-beetles-become-blind-when-they-run/

    Fitzgerald, Kevin. 2007 (Page consultée le 24 octobre 2014). Tiger Beetles Tiny Terrors. (En ligne). http://www.sciences360.com/index.php/tiger-beetles-tiny-terrors-3-23094/

    Leonard, Jonathan G. et Ross T. Bell. 1998. Northeastern Tiger Beetles: A Field Guide to Tiger Beetles of New England and Eastern Canada. CRC Press. États-Unis. 192p.

    Pearson, David L., C. Barry Knisley et Charles J. Kazilek. 2006. A Field Guide to the Tiger Beetles of the United States and Canada: Identification, Natural History, and Distribution of the Cicindelidae. Oxford University Press, Inc. New York. 227p.

    University of Alberta. 2014. (Page consultée le 9 octobre 2014). Hierarchical search. (En ligne). http://entomology.museums.ualberta.ca/hierarchy/index.php?s=86&sn=Cicindela+punctulata&cat=86

    USA National Phenology Network. 2014 (Page consultée le 18 octobre 2014).  Cicindela punctulata. (En ligne). https://www.usanpn.org/nn/Cicindela_punctulata

  • Calopteron terminale (Say 1823)

    Par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron (Édité par Étienne Normandin

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    Photo par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron. Le spécimen présenté sur la photo a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Super-famille : Elateroidea
    Famille : Lycidae
    Sous-famille : Lycinae
    Tribu : Calopterini
    Genre : Calopteron
    Espèce : Calopteron terminale (Say 1823)

    À première vue, la morphologie de Calopteron terminale ne s’apparente pas à celle des insectes du même ordre. En effet, ses ailes antérieures évasées et leur texture rappelant un filet pourraient facilement porter à confusion, mais détrompez-vous, C. terminale est un coléoptère! Ses élytres modifiés, caractéristiques de la famille des Lycidés, ont donné à ces coléoptères le surnom anglais de «net-winged beetles» (se traduisant littéralement par «coléoptères aux ailes en filets»).

    La plupart des Lycidés, dont C. terminale, sont de couleur noire, avec les élytres souvent marqués de taches rouge-orangés. Des couleurs aussi contrastantes sont typiques de l’aposématisme: il s’agit d’un signal d’avertissement pour les prédateurs, signifiant que l’individu pourrait représenter un danger (1). En effet, les longues stries creuses des élytres caractéristiques des Lycidés peuvent facilement être brisées pour libérer différents liquides nuisibles aux prédateurs. Lors d’une attaque importante, les Lycidés peuvent aussi sécréter ces mêmes liquides aux jonctions des segments des pattes (7). En conséquence, plusieurs autres espèces de Coléoptères, de Lépidoptères et d’autres insectes sont mimétiques des Lycidés pour flouer les prédateurs, même s’ils ne sont pas eux-mêmes toxiques. Ce phénomène de mimétisme Batésien est fréquent dans le règne animal. Le Calopteron terminale est imité entre autres par l’espèce de papillon (Lepidoptera) Lycomorpha pholus. Certaines espèces de Lycidés aux élytres de forme plus standard, peuvent aussi facilement être confondues avec une autre famille, les Lampyriidés, car leur pronotum coloré d’orange éclatant est semblable à celui des lucioles (7).

    https://www.flickr.com/photos/107963674@N07/15308676682/in/pool-14414927@N00
    Calopteron terminale (Coleoptera). ©2014 Macroscopic Solutions CC BY-NC 2.0
    Photo par Andy Reago & Chrissy McClarren
    Le mimétisme de Lycomorpha pholus (Lepidoptera) ©2014 Andy Reago & Chrissy McClarren CC BY 2.0

    Un autre fait étonnant chez les Lycidés est que plusieurs espèces sont néoténiques, c’est-à-dire qu’elles maintiennent des caractères larvaires même lorsqu’elles ont atteint la maturité sexuelle. Chez ces espèces, c’est la femelle qui garde une apparence larvaire, alors que le mâle développe des ailes. Selon les données moléculaires, ces caractères néoténiques auraient évolué plusieurs fois (homoplasie) dans les lignées de Lycidés (2)(3). Cela a obligé une modification complète de la phylogénie de la famille, puisque toutes les espèces néoténiques avaient été classées ensemble. Ce n’est toutefois pas le cas chez C. terminale, car la femelle développe aussi des ailes à maturité sexuelle.

    La famille des Lycidés n’est pas la seule à être particulière au sein du sous-ordre Polyphaga. Il s’agit d’un groupe énormément diversifié en terme de morphologie, de mode de vie et d’alimentation, d’où le nom «poly-» («plusieurs») et «-phaga» («manger»). Bien que la phylogénie de C. terminale semble solide au sein de sa famille, les relations avec les autres membres de la super-famille Elateroidea sont encore très incertaines. La monophylie d’Elateroidea est d’ailleurs actuellement remise en question par certains entomologistes (1). Il est donc possible que la phylogénie de C. terminale au niveau de la super-famille soit éventuellement modifiée.

    Morphologie

    Calopteron terminale fut décrit en 1823 par Thomas Say (1787-1834). Il était taxonomiste, zoologiste et l’un des premiers entomologistes américains. La caractérisation morphologique de C. terminale par Thomas Say est disponible dans American Entomology: A Description of the Insects of North America (9).

    En plus de sa coloration aposématique, C. terminale possède plusieurs caractéristiques communes à tous les Lycidés, dont le pronotum élargi couvrant complètement ou en partie la tête, les pièces buccales dirigées vers le bas, les antennes composées de 11 antennomères aplatis, les pattes dont les coxas sont séparés à la base et comportent chacune 5 tarsomères finissant par des griffes simples, ainsi que les tarsomères 1 et 4 pubescents. De plus, l’abdomen possède 7 sternites chez les femelles et 8 chez les mâles (7).

    Calopteron terminale se distingue des autres Lycidés par sa couleur noir aux reflets bleutés du bout de ses élytres. Lorsque regardées de profil, les stries des élytres présentent une légère ondulation. Son thorax est entièrement noir, et les marges séparant les segments sont légèrement recourbées (9). Les antennes atteignent la moitié de la longueur des élytres, et ont un aspect dentelé (1). De plus, le pronotum possède une carène médiane se prolongeant sur toute sa longueur, ce qui est un caractère typique de la tribu Calopterini (4). Finalement, C. terminale mesure entre 8,5 et 16 millimètres, le mâle étant généralement plus petit que la femelle.

    Écologie

    Calopteron terminale habite l’est de l’Amérique du Nord, mais a aussi été observé plus à l’Ouest, au moins jusqu’au Colorado, et au sud jusqu’au Texas (6). La limite nord exacte n’est pas connue, mais cette capture à la Station de Biologie des Laurentides nous permet d’affirmer que l’espèce se retrouverait au moins jusqu’au domaine climatique de l’érablière à bouleau jaune.

    La larve de C. terminale vit dans des résidus de bois en décomposition, le plus souvent sous l’écorce de souches d’arbres morts, mais tenant encore debout (8). Elle se nourrit des fluides produits par les infestations fongiques. La mue en stade nymphal de C. terminale est particulière. Lorsque vient le temps pour les larves de muer, une multitude de larves émergent d’un même trou dans l’écorce de l’arbre qui les abritait. Il semblerait alors que ces larves deviendraient nymphes en radiant de ce point. Autrement dit, il y a formation d’un disque de nymphes autour du point d’émergence, et celui-ci grossit à mesure que les larves émergent et muent (8). On peut donc observer ces nymphes en agrégats. Le jour même, les adultes sont libérés de leur nymphe et s’envolent.  

    Cycle de Vie C. terminale
    Cycle de vie de C. terminale 1. Stade larvaire, vivant sous l’écorce d’une souche morte (ou d’un autre résidu de bois) 2. Stade nymphal, durant lequel les individus forment un agrégat de nymphes autour d’un point d’émergence dans l’écorce 3. Stade adulte se nourrissant de nectar de fleurs (ou de miellat) 4. Comportement précopulatoire chez l’adulte femelle 5. Copulation, menant à la ponte des oeufs et leur éclosion sous l’écorce d’une souche morte

    Les C. terminale adultes se retrouvent souvent sur les fleurs ou les feuilles, où ils se nourrissent de nectar ou de miellat produit par les pucerons (1)(8). Leur vie est relativement courte, et elle a pour objectif la reproduction. Ces coléoptères se démarquent des autres par leur comportement pré-copulatoire hors du commun. C’est en juillet 1975 que Horace R. Burke a observé plusieurs individus de C. terminale adultes, en nature, puis en laboratoire (8). Burke a d’abord remarqué une femelle qui, en marchant, ouvrait et fermait ses élytres de manière régulière, sans chercher à voler. Elle a continué à agir ainsi lorsqu’elle a été mise en captivité pour être observée. Ce comportement a aussi été observé chez un spécimen mâle, mais à beaucoup plus faible fréquence. À l’époque où ces observations ont été faites, ce comportement n’avait été noté chez aucune autre espèce du genre Calopteron. Burke a émis plusieurs hypothèses quant à la fonction de ce mouvement des élytres, plusieurs d’entre elles étant en lien avec la copulation. Par exemple, il pourrait servir à la dispersion de phéromones ou bien de signal visuel pour qu’un mâle potentiel la repère. Une semaine plus tard, Horace R. Burke a eu la chance d’observer un couple de C. terminale en copulation ramené en laboratoire. La copulation observée dura plusieurs heures après la capture des insectes.

    L’accouplement est non seulement de longue durée, mais il est aussi très maladroit. Les ailes des Lycidés étant faibles, il leur est difficile de supporter le poids des deux individus lors du vol nuptial. Cela résulte souvent en une copulation interrompue, suivie de la chute au sol des deux individus (8). À la suite de cette copulation ardue, les oeufs sont pondus par la femelle dans l’écorce d’un arbre mort, où les larves écloront.

    Références

    (1) Arnett, R., Thomas, M., Skelley, P. Frank, J.H. (2002). American Beetles: Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionoidea, Volume 2, CRC Press, 880 pages, pages 174-178.

    (2) Bocak, L., & Bocakova, M. (2008, December). Phylogeny and classification of the family Lycidae (Insecta: Coleoptera). In Annales Zoologici (Vol. 58, No. 4, pp. 695-720). Museum and Institute of Zoology, Polish Academy of Sciences.

    (3) Bocak, L., Bocakova, M., Hunt, T., Vogler, A.P. (2008). Multiple ancient origins of neoteny in Lycidae (Coleoptera): consequences for ecology and macroevolution, Proc R Soc B, 275 (1646). Repéré à http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/275/1646/2015.short

    (4) Bocakova, M. (2010). Revision of the Tribe Calopterini (Coleoptera, Lycidae), Studies on Neotropical Fauna and Environment, 38:3, 207-234. Repéré à http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/snfe.38.3.207.28169

    (5) BugGuide.Net. 2003-2013 «Species Calopteron terminale – End Band Net-wing». En ligne. Page consultée le 21 octobre 2014. http://bugguide.net/node/view/8197

    (6) Burke, H. R. (1976). Observations On Adult Behavior Of The Lycid Beetle Calopteron terminale Coleoptera Lycidae, Entomological News 87:229-232(1976) Repéré à http://biostor.org/reference/77413

    (7) Evans, A.V. (2014) Beetles of Eastern North America, Princeton University Press, New Jersey, 560 pages, pages 229-232.

    (8) McCabe, T. L., & Johnson, L. M. (1979). Larva of Calopteron terminale (Say) with additional notes on adult behavior (Coleoptera: Lycidae). Journal of the New York Entomological Society, 283-288.

    (9) Say, T., Ord, G. (1869) A description of the Insects of North America, J.W. Bouton, New York, 412 pages, page 45.

  • Necrophila americana (Linné 1758)

    le silphe d’Amérique

    Par Samantha DÔ et Mylène DURANT (édité par Elise ST-PIERRE)

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    silphe2Le spécimen a été capturé à la Station de
    Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

    Classification
    Ordre Coleoptera
    Sous-ordre Polyphaga
    Infra-ordre Staphyliniformia
    Superfamille Staphylinoidea
    Famille Silphidae
    Sous-Famille Silphinae
    Genre Necrophila
    Espèce Necrophila americana

    La famille des Silphidae a été décrite par l’entomologiste français Pierre André Latreille en 1806. Il serait initialement originaire d’Asie et aurait fait son apparition entre -70 et -150 millions d’années.

    Les silphidae sont utilisés dans les écosystèmes forestiers et agricoles car ils interviennent dans le cycle du carbone et de l’azote en se nourrissant de cadavre et transforment ainsi les matières mortes en matières humiques, ce sont donc des nécrophages qui décomposent les dépouilles.
    Nos recherches ont été motivées par le coléoptère diurne que nous avons capturé dans un piège attractif en forêt, attiré par l’odeur alléchante des crevettes en décomposition. Le Silphe d’Amérique (Necrophila americana, décrit par Linné sous le nom Silpha americana), était anciennement appelé Bouclier américain (Encyclopédie méthodique, Tome III – 1790). C’est un insecte commun en Amérique du Nord. Son aire de répartition est limitée à l’est par les Montagnes Rocheuses, au nord on le retrouve du sud du Québec jusqu’au Nouveau Brunswick tandis qu’au sud on le rencontre du Texas jusqu’à la Floride.

    En raison de son mode de vie, il est conseillé de le manipuler avec des petites pinces plutôt qu’avec les mains, ainsi que de tremper les spécimens dans l’alcool (au moins 70%) pour tuer les bactéries…

    silphe3Son identification a été rendue possible grâce à de nombreux critères tels que la couleur brune sombre, voir noire de ses élytres avec un apex jaune. Un corselet, jaune aussi, muni d’une grande tache noir irrégulière en son centre composent le motif caractéristique de l’espèce. L’écusson est triangulaire et la tête, noire. Il mesure 12 à 20 millimètres de long. Il est communément rencontré sur les charognes ou les champignons pourris. Les silphe4adultes se nourrissent de larves de diptères et d’autres coléoptères nécrophages, c’est pour cette raison qu’il est considéré comme un prédateur opportuniste.

    La carcasse est un lieu de nourrissage mais aussi de reproduction. Les larves noires qui en sont issues, ressemblent à des cloportes et se nourrissent comme les adultes. La nymphose a lieu dans une loge souterraine non loin de la charogne. Le Silphe d’Amérique hiverne à l’état adulte.
    Il se peut que le Silphe d’Amérique transporte souvent à son insu des acariens de la famille des Parasitidae (notamment du genre Poecilochirus), on parle alors de phorésie. À leur arrivée sur un cadavre, ces acariens abandonnent leur moyen de transport pour se nourrir et se reproduire, puis, eux ou la génération suivante, se raccrochent sur un transporteur pour être déplacés sur un nouveau cadavre à exploiter.
    De nombreux noms scientifiques ont été utilisés pour désigner le Silphe d’Amérique, et notamment : Necrophila affinis, Necrophila canadensis, Necrophila peltata, Necrophila terminate, Necrophilia americana, Silpha americana

    Les représentants de la sous-famille des Silphinae auquel appartient le silphe d’Amérique, pratiquent la digestion orale. La digestion orale est un mode de consommation pour le moins original qui consiste à injecter de la salive pour paralyser une proie. Les Silphinae ne possèdent pas de sécrétions anales et salivaires antibiotiques comme la sous famille des Nicrophorinae, ce qui ne leur permet pas de conserver les cadavres et donc de les enfouir dans la terre.
    Les principaux compétiteurs des silphes sont les diptères, tels que les mouches qui raffolent de la chair en décomposition. Le silphe n’est pas un animal difficile. Pour peu qu’il y ai un taux de mortalité suffisant autour de lui, on le rencontre dans tous les types d’habitats : en forêts, en prairies… il est aussi très prisés de nombreux prédateurs tels que les rapaces, renards …
    Les Silphes constituent par ailleurs un groupe souvent délaissé par les entomologistes, d’autant plus que des difficultés de détermination persistent chez certaines espèces (genre Nicrophorus notamment). La famille des Silphidae a pourtant été assez bien étudiée dans l’histoire, notamment dans les années 1920-1930 par Portevin qui était le spécialiste de ce groupe. Depuis, aucun nouvel ouvrage de synthèse n’a été réalisé. Les publications existantes sur ce groupe sont de ce fait excessivement rares, et seuls les récents travaux de Marc Debreuil (2003 à 2004, cinq articles apparus chez le bulletin Rutilans) sont venus apporter des connaissances renouvelées importantes sur cette famille, notamment en matière de répartition française.

    À l’heure actuelle, c’est dans le domaine de la recherche en criminologie que cette famille est la plus étudiée. Les silphes sont fréquemment utilisés dans ce domaine pour dater la mort des cadavres humains et aident ainsi à résoudre certains mystères. Bien que finalement très peu connu du grand public (vivant en tout cas…) il a récemment eut droit à son heure de gloire grâce à la série d’enquêtes policières « Les expert : Manhattan ». En Mars 2006 est diffusé pour la première fois au États-Unis l’épisode 17 de la saison 2, qui porte sobrement le nom de « Necrophila americana ». L’histoire raconte la découverte d’un cadavre de femme retrouvé dans un musée, à demi rongé par ces charmantes petites bêtes…

  • Diaperis maculata (Olivier 1791)

    le ténébrion maculé

    Par Sébastien MADORE et Matthieu TZAUD (édité par Paul MAYRAND)

    Sauf quand autrement indiqué, texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Image 2
    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

    Diaperis maculata (Olivier 1791) est une espèce faisant partie de la famille des Tenebrionidae. Trois caractéristiques permettent de classer cet individu à l’intérieur de cette famille:

    1. Les yeux composés sont concaves, entaillés par la crête frontale.
    2. Les antennes sont caractéristiques de la famille sur plusieurs points. Elles partent de la crête frontale, juste en-dessous des yeux composés. Elles sont formées de onze articles lesquels s’élargissent de plus en plus vers l’extrémité.
    3. La formule du tarse est de 5-5-4. Ce qui signifie que les tarses de la première paire et de la deuxième paire de pattes contiennent cinq articles, alors que les tarses des pattes postérieures (troisième paire) en contiennent quatre.

    Image 3Une caractérisitque qui est toutefois typique du genre Diaperis est « la forme singulière des antennes composées d’anneaux lenticulaires enfilés par leur centre les uns à la suite des autres. » (Olivier, 1795). Une autre caractéristique est son pronotum noir de largeur similaire aux élytres.

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    Ce qui permet l’identification de l’espèce est sans nul doute la couleur rouge-orangé des élytres ainsi que les taches noires retrouvées sur celles-ci. Fait intéressant, la grande majorité des individus possèdent deux taches distinctes sur la moitié antérieure (une par élytre). Toutefois, en ce qui concerne les taches de la moitié postérieure, elles vont différer. On remarque une certaine plasticité phénotypique sur le continent. En effet, certains individus possèdent des taches qui fusionnent avec la suture (interstice des deux élytres) qui est elle-même tachée de noire alors que d’autres, comme le spécimen photographié, n’ont pas cette fusion. On peut voir un gradient de ce caractère en Amérique, la fusion étant présente chez la totalité des individus au Mexique alors qu’au Québec et en Nouvelle-Angleterre, elle est bien moins présente. Les photos ne rendent pas justice, mais les deux premiers articles de l’antenne sont de couleur rouge, contrairement au reste de l’antenne. Sur la première photo, on observe des stries presque parallèles faisant la longueur de l’élytre. Ces stries sont composées de légères dépressions.

    On peut confondre le ténébrion maculé avec Diaperis boleti. Ce dernier possède des taches fusionnées et ondulées à la suture dans la portion antérieure des élytres et il ne vit qu’en Europe.

    Distribution

    On retrouve le ténébrion maculé fréquemment dans l’est du continent nord-américain (du Texas à l’Atlantique) ainsi que sur certaines îles des Antilles tel que Porto Rico.

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    Classification

    Espèce: Diaperis maculata (Olivier 1791)

    Genre: Diaperis Geoffroy 1762

    Tribu : Diaperini

    Sous-Famille: Diaperinae

    Famille: Tenebrionidae Latreille 1802

    Ordre: Coleoptera

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    Comparaison des taches de la partie postérieure des élytres. Image à droite ©2005 James C. Dunford (voir références)

    On le rencontre généralement en milieux forestiers, ceux-ci favorisant la croissance de champignons, ce dont l’adulte et la larve se nourrissent exclusivement. C’est une espèce relativement commune et abondante.

    Concernant le cycle de vie de cet insecte, il se déroule entièrement à l’intérieur de champignons et plus fréquemment sur ceux du genre Polyporus de type ligneux ou semi-ligneux. La larve est  composée de douze anneaux distincts et sa tête est sclérifiée, légèrement aplatie et munie d’antennes à deux ou trois articles.

    À l’automne, les populations situées plus au nord du continent américain vont hiberner en masse sous l’écorce des arbres jusqu’au retour de conditions plus favorables. Le stade larvaire est caractérisé par la présence de nombreux tunnels dans l’agaric que la larve infeste. Lors de la différenciation en nymphe, la larve va boucher une partie du tunnel afin de créer une chambre ovale fermée par une agglomération de particules l’entourant. Ce stade de la maturation se produit généralement dès le milieu de la saison estivale jusqu’à sa fin, soit de la fin juillet jusqu’au mois de septembre inclusivement.

    RÉFÉRENCES

    Articles:

    DUNFORD, J.C., M.C. THOMAS, et P.M. CHOATE Jr. 2005. The Darkling Beetles of Florida and Eastern United States, University of Florida.

    MINCH, E-L. 1952. Insects Inhabitants of Polyporus betulinus. Journal of the New York Entomological Society. Vol 60, no1. New York, p.31-35

    TRIPLEHORN, C-A. 1965. Revision of Diaperini of America North of Mexico With Notes on Extra Limital Species (Coleoptera: Tenebrionidae). Proceeding of the United States National Museum. Vol 117. Washington, p.349-368.

    DAGGY, T. (1946). Notes on the Ecology and Taxonomy of Certain Pupae of the Family Tenebrionidae (Coleoptera). Proceedings of the Indiana Academy of Science, vol. 56, p. 253-260

    Livres:

    OLIVIER, G-A. 1795. Entomologie, ou histoire naturelle des insectes. Lanneau. Tome 3, p.1

    De BUFFON, G-L L. Histoire naturelle, générale et particulière. P306-307

Collection Ouellet-Robert