Aeshna umbrosa (Walker 1908)

Aeshna umbrosa (Walker 1908)

L’aeschne des pénombres

Par Benjamin LANGLOIS et Pascal O, 2014

Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.
Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

Classification (1) (2)
Ordre: Odonata
Sous-ordre: Anisoptera
Super-famille: Aeshnoidea
Famille: Aeshnidae
Sous-famille: Aeshninae
Tribu: Aeshnini
Genre: Aeshna
Espèce: umbrosa
Sous-espèce: umbrosa

Identification/morphologie

Ce spécimen peut être classé dans l’ordre des Odonata de par le fait qu’il possède des ailes non réduites et qui ne peuvent pas se replier sur le corps. Puisqu’elles sont perpendiculaires au corps au repos et que les postérieures sont plus larges à la base que les antérieures, l’insecte est un anisoptère.

La famille des Aeshnidae est caractérisée par trois éléments morphologiques (2):
-Les triangles formés par les nervures des ailes antérieures et postérieures sont placés à égale distance de l’arculus, soit la séparation de la troisième nervure en plusieurs nervules. De plus, les triangles sont orientés vers l’apex de l’aile de la même façon;
-Le lobe médian du labium est entier;
-Les yeux se touchent sur la ligne médiodorsale.

Les membres du genre Aeshna possèdent un thorax noir ou brun, avec des taches brunes, jaunes ou vertes. Leurs segments abdominaux n’ont qu’une seule carène pour chaque côté. Les Aeshna ont tous une caractéristique particulière au niveau de l’aile: la médiane antérieure et la branche asymétrique qui y est associée forme une fourche qui se dirige vers le bord antérieur de l’aile diagonalement (2).

Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org.
Aile d’Aeshna juncea. Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org

En général, les membres d’Aeshna sont parmi les plus grands anisoptères vivants. Leur grande taille, ainsi que la coloration particulière de leur corps, sont des caractères suffisants pour une identification préliminaire.

Aeshna umbrosa mesure en moyenne 7,5cm en longueur (1) et leurs ailes mesurent plus que 40mm en longueur. Les membres de l’espèce ont une bande frontoclypéale (soit entre le front et le clypéus, un sclérite qui délimite la marge inférieure de la face) mince et brunâtre, voire de la même couleur que le front et le clypéus.

Vue frontale d’Aeshna umbrosa. Notez ici l’absence d’une bande noire en dessous du front et les yeux qui se rejoignent vers le haut de la tête. Photo ©2009 de Mardon Erbland, contributeur de BugGuide.netCC BY-NC-SA 2.5 CA

Cette espèce se distingue des autres Aeshna avec ses deux bandes latérales situées sur le ptérothorax et aucune tache jaune entre les deux bandes. Ces deux bandes latérales sont rectilignes, étroites et de couleur jaune, verte ou bleue, selon le sexe, entourées de noir. Les mâles possèdent des yeux turquoise, ainsi que des bandes dont la couleur varie du bleu-vert au jaune-vert. Les taches abdominales sont très petites et sont de couleur bleue ou verte. Les femelles quant à elles ont des yeux bruns avec des bandes latérales jaune-verdâtre ou des yeux bleutés avec des bandes vert-jaunâtre. Les femelles ont des taches abdominales strictement bleues (3) (4).

Aeshna tuberculifera ressemble beaucoup à Aeshna umbrosa, mais ses bandes ne sont pas entourées de noir et sont plus larges. Le 10e segment abdominal d’A. umbrosa possède des taches ternes, en contraste au 10e segment entièrement noir d’A. tuberculifera. De plus, ce segment possède une saillie épineuse chez A. tuberculifera, alors qu’A. umbrosa en est dépourvu.

On retrouve deux sous-espèces d’Aeshna umbrosa: Aeshna umbrosa umbrosa et Aeshna umbrosa occidentalis. La première possède des taches abdominales vertes plus petites sur les segments postérieures, tandis que la deuxième possède des taches bleues et plus grandes (3).

Habitat

Comme son nom l’indique, l’aeschne des pénombres peut être trouvée dans des endroits avec un peu d’ombre et où l’eau ne bouge pas ou très peu. Cela inclut les lacs, les étangs et les marécages. Cependant, il n’est pas rare de la trouver dans une zone dégagée, surtout lorsqu’elle chasse. C’est dans un tel lieu que nous avons capturé notre spécimen. Pour ce qui est des larves, elles peuvent être trouvées dans les cours d’eau mentionnés précédemment (5).

Diète et techniques de chasse

Toutes les espèces d’odonates sont, sans aucune exception, de redoutables carnivores et ce, au stade larvaire et adulte. Les larves mangent en général les larves des insectes aquatiques, mais peuvent aussi se nourrir de d’autres animaux aquatiques, tels que des crustacés d’eau douce, des tétards et même, des poissons de petite taille. Les adultes quant à eux, se nourrissent de tout insecte ayant une plus petite taille que l’odonate et cela inclut les moustiques, mouches, papillons, coléoptères et même autres odonates. Une particularité de la diète des odonates est qu’ils ne consomment pas les ailes; ils arrachent les ailes de leurs proies avant de les dévorer. On peut dire d’eux qu’ils sont des prédateurs opportunistes (5) (6).

Aeshna umbrosa chasse le plus souvent aux alentours du coucher du soleil, profitant de sa coloration pour se camoufler. En général, les odonates possèdent deux principales techniques de chasse: hawking et gleaming. La première technique consiste en une capture dans les airs d’un autre insecte en vol. La capture se fait principalement avec la bouche, mais peut aussi être complimentée des pattes thoraciques pour bien maintenir la proie. Avec la technique de hawking, Aeshna umbrosa peut consommer quotidiennement jusqu’à 20% de sa masse corporelle (5). La deuxième technique consiste en un survol des zones avec beaucoup de végétation. Lorsque l’odonate aperçoit une proie potentielle, elle plonge vers la proie et l’attrape avec ses pattes thoraciques. Une autre technique peut être utilisée par certaines espèces d’odonates: un individu peut se percher sur un endroit quelconque et attend patiemment le passage d’une proie avant de plonger sur cette dernière (6).

Un odonate en chasse effectue beaucoup de mouvements de va-et-vient afin de patrouiller les environs. Il n’est pas rare d’apercevoir une nuée d’odonates de la même espèce, ou de différentes espèces, qui chassent ensemble. Cette agglomération est due à la présence d’un autre essaim important de potentielles proies dans les parages. Aeshna umbrosa démontre cette caractéristique de former un essaim pour se nourrir (5) (6).

Développement larvaire

Pour réussir à passer à travers l’hiver, les œufs des odonates tombent en diapause, un ralentissement métabolique qui assure leur survie jusqu’au printemps. C’est à ce moment qu’ils commencent à éclore pour libérer des larves (aussi appelées naïades) qui finissent par mesurées entre 3,8 et 4,4 centimètres chez Aeshna umbrosa. Après une période de croissance dans l’eau, elles émergent et passent d’une respiration par branchies anales à une respiration par spiracles thoraciques. Pour compléter leur dernière mue, les larves avalent de l’eau qui les fait gonfler, la cuticule cédant sous la pression qui s’accumule. Les ailes nécessitant une période de sclérification avant de permettre le vol, les odonates sont particulièrement vulnérables à cette période du développement. La mue vers le stade adulte se produit généralement de nuit afin de minimiser la prédation (7).

Distribution

Aeshna umbrosa est répartie à travers le continent nord-américain, dans le sud de la région boréale, de la côte Pacifique jusqu’à la côte Atlantique excluant la province de Terre-Neuve. Cette aeschne se trouve aussi aux États-Unis, allant du Canada jusqu’à la région sud-américaine exclusivement, où le climat sec empêche toute dispersion de l’espèce. La sous-espèce umbrosa est distribuée à l’est du continent, tandis que la sous-espèce occidentalis se trouve à l’ouest (3) (4).

Références

1. « Species Aeshna umbrosa » (en ligne), Iowa State University. 2003-2014. Page consultée le 20 octobre 2014 sur BugGuide.net.

2. Pilon Jean-Guy et Lagacé Denise, 1998. Les odonates du Québec. Entomofaune du Québec (EQ) Inc., 367 pages. p.31, 38-39, 59-64.

3. Paulson Dennis , 2011. Dragonflies and Damselflies of the East. Princeton University Press, 538 pages. p.199-200.

4. Paulson Dennis, 2009. Dragonflies and Damselflies of the West. Princeton University Press, 536 pages. p.222-223.

5. Dunkle Sidney W., 2000. Dragonflies Through Binoculars. Oxford University Press, 369 pages.

6. Berger Cynthia, 2004. Dragonflies – Wild guide. Stackpole Books, 124 pages. p.25-28.

7. Sanders, H. 2012. « Aeshna umbrosa » (en ligne), Animal Diversity Web. Page consultée le 28 octobre 2014 sur Animal Diversity – Aeshna umbrosa