Dissosteira carolina (Linnaeus 1758)

Dissosteira carolina (Linnaeus 1758)

l’œdipode à ailes noires

Par Kim AUBUT DEMERS, Stéphanie MIGNAULT GOULET et Catherine SIROIS-DELISLE
(édité par Elise ST-PIERRE)

Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs


Le spécimen a été capturé à la Station de
Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

Classification
Règne Animalia
Embranchement Arthropoda
Classe Insecta
Ordre Orthoptera
Sous-ordre Caelifera
Famille Acrididae
Sous-famille Oedipodinae
Tribu Trimerotropini
Genre Dissosteira
Espèce Dissosteira carolina

Morphologie et distribution

Dissosteira carolina est un criquet mesurant entre 32 et 58 millimètres. Les femelles ont un poids presque trois fois plus grand que celui des mâles (1467 mg pour 570 mg). Cet insecte arbore des couleurs jaunâtre à brunâtre, tirant parfois sur le gris. Ses ailes postérieures sont foncées (de marrons à noires) et entourées d’une bordure jaune sur la marge postérieure. Les tibias sont jaunes. Les mâles ont une stridulation. Lorsqu’elle est en vole, D. carolina devient très visible.

Ce criquet est bien installé en Amérique du Nord et on le rencontre très souvent aux États-Unis. Il vit proche des chemins de terre et des routes encombrés de poussière. Il est très répandu aussi dans les prairies à herbes hautes et dans les champs où il se nourrit.

Les trois paires de pattes, comme vue sur la figure 1, sont jointes au niveau du thorax. Les pattes postérieures, avec leurs formes en «Z», sont puissantes et démontrent une capacité et une adaptation aux sauts importants de cette espèce. Elles peuvent être utilisées lors de la stridulation de l’insecte, principalement par frottement.

Dissosteira2Le spécimen a été capturé à la Station de
Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

Les ommatidies, cônes de forment allongées, sont une caractéristique des arthropodes. Chacune d’elle représente une unité sensorielle indépendante. Ce sont des récepteurs sensibles à la lumière, qui constituent l’œil composé.

Dissosteira3Le spécimen a été capturé à la Station de
Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

Le pronotum, structure protectrice qui couvre le prothorax, est particulièrement allongé chez les orthoptères. Ceci procure une protection supplémentaire de cette région par rapport aux autres espèces.

La présence d’ailes sur cet individu démontre qu’il s’agit d’un adulte. Les ailes postérieures, larges et membraneuses, assurent le vol via leurs formes triangulaires. On peut voir que chez cette espèce, elles sont vivement colorées (figure 1). Les ailes antérieures sont plutôt étroites et ont donc un rôle de protection. Elles peuvent aussi équilibrer l’insecte lors du vol.

Les 11 segments des métamères de l’abdomen permettent la distension et l’allongement de l’abdomen, ainsi que les mouvements respiratoires. Le lien entre chaque métamère est composé de membranes très extensibles, ce qui permet cette flexion.

Comportement

Lors du vol pour le déplacement, les adultes peuvent voyager de 2 à 36 pieds avec 1 à 2 pieds de hauteur. Ils peuvent toutefois se rendre encore plus loin à l’aide du vent. Lorsque D. carolina est en vol, l’insecte ressemble à un papillon à cause de ses mouvements dans l’air. Ceci est une stratégie de camouflage pour décourager les oiseaux prédateurs. Ceux-ci, ainsi que les araignées, sont les prédateurs principaux de l’insecte. Lorsque la saison est particulièrement chaude et humide, le facteur limitant de D. carolina peut devenir le champignon Entomophaga grylli. Quand il infecte l’insecte, ce dernier fait en sorte que l’insecte demeure accroché sur une surface élevée pour la répartition des spores par le vent ou la pluie. La tête devient blanche et rigide. Les conidiospores du champignon font des crêtes sur l’abdomen de l’insecte.

Dissosteira carolina se nourrit d’une grande variété de graminées et d’autres herbacées. Dû à sa grande distribution géographique, cet insecte est polyphage. Ce criquet peut grimper une plante pour manger ses feuilles directement, ou il peut rester au sol et manger de la matière végétale qu’il trouve par terre.

La reproduction débute par le comportement pré-copulatoire. Les mâles de l’espèce, lors d’une journée chaude, s’élèvent de 3 à 6 pieds de hauteur, et peuvent rester dans les airs de 8 à 15 secondes. En plein vol, le mâle va ainsi frotter ses pattes métathoraciques et ses ailes pour striduler. La femelle, attirée par ceci, rejoint le mâle qui la monte pour copuler. Le couple peut adopter cette position pendant 16 heures. Plus de 40 œufs de 4.8 à 5.8 mm de longs seront pondus par l’oviscapte de la femelle, sur un sol nu, à une profondeur d’environ 3,5 cm. Ensuite, avec son tarse postérieur, elle recouvre le trou avec de la matière du sol. Le développement de la progéniture se fait au printemps, puisque la ponte de l’insecte se produit tard dans l’été.

Au levé du soleil, les adultes s’exposent aux rayons pendant environ 2 heures. Ensuite, les femelles vont plutôt se nourrir et se reposer alors que les mâles sont beaucoup plus actifs. Ceci permet aux mâles de rencontrer les femelles pour s’accoupler. Lors de journées très chaudes, l’adulte peut se percher sur de la végétation pour sa thermorégulation. Il reste au frais en ayant la tête directement vers le soleil pour que le corps soit légèrement ombragé. Pendant environ 2 heures, les adultes vont de nouveau s’exposer au soleil à la fin de la journée, avant de trouver refuge parmi la végétation.

Importance économique

L’importance économique de Dissosteira carolina est mineure. Cette espèce se nourrit surtout de mauvaises herbes, mais il lui arrive parfois de ravager des champs et de détruire des récoltes. Ce gros criquet s’attaque entre autres aux plantations d’alfafa, de tabac, de légumineuses, de mais, de coton et de patates. Il n’y a cependant eu aucune étude spécifique réalisée sur l’importance économique de cet insecte. Dans les dommages recensés causés par cette espèce on retrouve des ravages dans des récoltes en Saskatchewan, des plants de tabac endommagés en Ontario et une destruction de plantations de légumineuses en Arizona. Pour éviter d’utiliser des insecticides dans les cas où les dommages causés par ce criquet sont importants, des scientifiques développent des champignons qui s’attaquent au criquet afin de contrôler les populations.

 

RÉFÉRENCES

Sites Internet

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