Étiquette : Aeshna

  • Aeshna umbrosa (Walker 1908)

    L’aeschne des pénombres

    Par Benjamin LANGLOIS et Pascal O, 2014

    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.
    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification (1) (2)
    Ordre: Odonata
    Sous-ordre: Anisoptera
    Super-famille: Aeshnoidea
    Famille: Aeshnidae
    Sous-famille: Aeshninae
    Tribu: Aeshnini
    Genre: Aeshna
    Espèce: umbrosa
    Sous-espèce: umbrosa

    Identification/morphologie

    Ce spécimen peut être classé dans l’ordre des Odonata de par le fait qu’il possède des ailes non réduites et qui ne peuvent pas se replier sur le corps. Puisqu’elles sont perpendiculaires au corps au repos et que les postérieures sont plus larges à la base que les antérieures, l’insecte est un anisoptère.

    La famille des Aeshnidae est caractérisée par trois éléments morphologiques (2):
    -Les triangles formés par les nervures des ailes antérieures et postérieures sont placés à égale distance de l’arculus, soit la séparation de la troisième nervure en plusieurs nervules. De plus, les triangles sont orientés vers l’apex de l’aile de la même façon;
    -Le lobe médian du labium est entier;
    -Les yeux se touchent sur la ligne médiodorsale.

    Les membres du genre Aeshna possèdent un thorax noir ou brun, avec des taches brunes, jaunes ou vertes. Leurs segments abdominaux n’ont qu’une seule carène pour chaque côté. Les Aeshna ont tous une caractéristique particulière au niveau de l’aile: la médiane antérieure et la branche asymétrique qui y est associée forme une fourche qui se dirige vers le bord antérieur de l’aile diagonalement (2).

    Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org.
    Aile d’Aeshna juncea. Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org

    En général, les membres d’Aeshna sont parmi les plus grands anisoptères vivants. Leur grande taille, ainsi que la coloration particulière de leur corps, sont des caractères suffisants pour une identification préliminaire.

    Aeshna umbrosa mesure en moyenne 7,5cm en longueur (1) et leurs ailes mesurent plus que 40mm en longueur. Les membres de l’espèce ont une bande frontoclypéale (soit entre le front et le clypéus, un sclérite qui délimite la marge inférieure de la face) mince et brunâtre, voire de la même couleur que le front et le clypéus.

    Vue frontale d’Aeshna umbrosa. Notez ici l’absence d’une bande noire en dessous du front et les yeux qui se rejoignent vers le haut de la tête. Photo ©2009 de Mardon Erbland, contributeur de BugGuide.netCC BY-NC-SA 2.5 CA

    Cette espèce se distingue des autres Aeshna avec ses deux bandes latérales situées sur le ptérothorax et aucune tache jaune entre les deux bandes. Ces deux bandes latérales sont rectilignes, étroites et de couleur jaune, verte ou bleue, selon le sexe, entourées de noir. Les mâles possèdent des yeux turquoise, ainsi que des bandes dont la couleur varie du bleu-vert au jaune-vert. Les taches abdominales sont très petites et sont de couleur bleue ou verte. Les femelles quant à elles ont des yeux bruns avec des bandes latérales jaune-verdâtre ou des yeux bleutés avec des bandes vert-jaunâtre. Les femelles ont des taches abdominales strictement bleues (3) (4).

    Aeshna tuberculifera ressemble beaucoup à Aeshna umbrosa, mais ses bandes ne sont pas entourées de noir et sont plus larges. Le 10e segment abdominal d’A. umbrosa possède des taches ternes, en contraste au 10e segment entièrement noir d’A. tuberculifera. De plus, ce segment possède une saillie épineuse chez A. tuberculifera, alors qu’A. umbrosa en est dépourvu.

    On retrouve deux sous-espèces d’Aeshna umbrosa: Aeshna umbrosa umbrosa et Aeshna umbrosa occidentalis. La première possède des taches abdominales vertes plus petites sur les segments postérieures, tandis que la deuxième possède des taches bleues et plus grandes (3).

    Habitat

    Comme son nom l’indique, l’aeschne des pénombres peut être trouvée dans des endroits avec un peu d’ombre et où l’eau ne bouge pas ou très peu. Cela inclut les lacs, les étangs et les marécages. Cependant, il n’est pas rare de la trouver dans une zone dégagée, surtout lorsqu’elle chasse. C’est dans un tel lieu que nous avons capturé notre spécimen. Pour ce qui est des larves, elles peuvent être trouvées dans les cours d’eau mentionnés précédemment (5).

    Diète et techniques de chasse

    Toutes les espèces d’odonates sont, sans aucune exception, de redoutables carnivores et ce, au stade larvaire et adulte. Les larves mangent en général les larves des insectes aquatiques, mais peuvent aussi se nourrir de d’autres animaux aquatiques, tels que des crustacés d’eau douce, des tétards et même, des poissons de petite taille. Les adultes quant à eux, se nourrissent de tout insecte ayant une plus petite taille que l’odonate et cela inclut les moustiques, mouches, papillons, coléoptères et même autres odonates. Une particularité de la diète des odonates est qu’ils ne consomment pas les ailes; ils arrachent les ailes de leurs proies avant de les dévorer. On peut dire d’eux qu’ils sont des prédateurs opportunistes (5) (6).

    Aeshna umbrosa chasse le plus souvent aux alentours du coucher du soleil, profitant de sa coloration pour se camoufler. En général, les odonates possèdent deux principales techniques de chasse: hawking et gleaming. La première technique consiste en une capture dans les airs d’un autre insecte en vol. La capture se fait principalement avec la bouche, mais peut aussi être complimentée des pattes thoraciques pour bien maintenir la proie. Avec la technique de hawking, Aeshna umbrosa peut consommer quotidiennement jusqu’à 20% de sa masse corporelle (5). La deuxième technique consiste en un survol des zones avec beaucoup de végétation. Lorsque l’odonate aperçoit une proie potentielle, elle plonge vers la proie et l’attrape avec ses pattes thoraciques. Une autre technique peut être utilisée par certaines espèces d’odonates: un individu peut se percher sur un endroit quelconque et attend patiemment le passage d’une proie avant de plonger sur cette dernière (6).

    Un odonate en chasse effectue beaucoup de mouvements de va-et-vient afin de patrouiller les environs. Il n’est pas rare d’apercevoir une nuée d’odonates de la même espèce, ou de différentes espèces, qui chassent ensemble. Cette agglomération est due à la présence d’un autre essaim important de potentielles proies dans les parages. Aeshna umbrosa démontre cette caractéristique de former un essaim pour se nourrir (5) (6).

    Développement larvaire

    Pour réussir à passer à travers l’hiver, les œufs des odonates tombent en diapause, un ralentissement métabolique qui assure leur survie jusqu’au printemps. C’est à ce moment qu’ils commencent à éclore pour libérer des larves (aussi appelées naïades) qui finissent par mesurées entre 3,8 et 4,4 centimètres chez Aeshna umbrosa. Après une période de croissance dans l’eau, elles émergent et passent d’une respiration par branchies anales à une respiration par spiracles thoraciques. Pour compléter leur dernière mue, les larves avalent de l’eau qui les fait gonfler, la cuticule cédant sous la pression qui s’accumule. Les ailes nécessitant une période de sclérification avant de permettre le vol, les odonates sont particulièrement vulnérables à cette période du développement. La mue vers le stade adulte se produit généralement de nuit afin de minimiser la prédation (7).

    Distribution

    Aeshna umbrosa est répartie à travers le continent nord-américain, dans le sud de la région boréale, de la côte Pacifique jusqu’à la côte Atlantique excluant la province de Terre-Neuve. Cette aeschne se trouve aussi aux États-Unis, allant du Canada jusqu’à la région sud-américaine exclusivement, où le climat sec empêche toute dispersion de l’espèce. La sous-espèce umbrosa est distribuée à l’est du continent, tandis que la sous-espèce occidentalis se trouve à l’ouest (3) (4).

    Références

    1. « Species Aeshna umbrosa » (en ligne), Iowa State University. 2003-2014. Page consultée le 20 octobre 2014 sur BugGuide.net.

    2. Pilon Jean-Guy et Lagacé Denise, 1998. Les odonates du Québec. Entomofaune du Québec (EQ) Inc., 367 pages. p.31, 38-39, 59-64.

    3. Paulson Dennis , 2011. Dragonflies and Damselflies of the East. Princeton University Press, 538 pages. p.199-200.

    4. Paulson Dennis, 2009. Dragonflies and Damselflies of the West. Princeton University Press, 536 pages. p.222-223.

    5. Dunkle Sidney W., 2000. Dragonflies Through Binoculars. Oxford University Press, 369 pages.

    6. Berger Cynthia, 2004. Dragonflies – Wild guide. Stackpole Books, 124 pages. p.25-28.

    7. Sanders, H. 2012. « Aeshna umbrosa » (en ligne), Animal Diversity Web. Page consultée le 28 octobre 2014 sur Animal Diversity – Aeshna umbrosa

  • Aeshna eremita (Scudder 1866)

    Aeshne porte-crosse

    Par Angélique Elluard et Mélanie Lépine (édité par Étienne Normandin)
    Texte ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    image
    Figure 1 : Spécimen capturé à la Station de Biologie des Laurentides près du Lac Triton le 4 septembre 2014 © les auteurs.

    Classification (1)
    Ordre Odonata
    Sous-ordre Anisoptera
    Famille Aeshnidae
    Genre Aeshna
    Espèce Aeshna eremita

    Où se situe cette mystérieuse Aeshna eremita dans la classification?

    On connaît tous très bien les libellules et les demoiselles, mais on ne connaît pas vraiment les caractéristiques qui les différencient entre elles. En effet, on retrouve dans l’ordre des Odonates ces deux sous-ordres bien distincts : les anisoptères et les zygoptères. On les dissocie entre autres par leurs ailes. Les zygoptères possèdent des ailes antérieures et postérieures identiques qui se replient l’une contre l’autre au repos. Au contraire, les anisoptères possèdent des ailes antérieures et postérieures asymétriques : leurs ailes postérieures sont plus larges à la base que leurs ailes antérieures (2). De plus, lorsqu’au repos, ces ailes sont disposées à plat de chaque côté de l’insecte. Comme on peut le voir sur la Figure 1, notre insecte mystère est bel et bien du sous-ordre des anisoptères. Pour ce qui est de la famille Aeshnidae, elle englobe des espèces de grande taille soit de plus de 70 mm qui ont un vol puissant et qui possèdent des yeux qui se touchent sur une bonne distance sur le dessus de la tête, comme le démontre la Figure 4 (3). Cette famille se caractérise également par la position de certaines parties des ailes. En effet, tel qu’illustrés dans la Figure 2, les triangles des ailes antérieures et postérieures sont placés à égale distance de l’arculus et ils sont orientés vers l’apex (2). Finalement, c’est dans cette famille qu’on retrouve le genre Aeshna qui se distingue des autres par la présence d’une double ramification de la cinquième nervure costale radiale donc au niveau du haut et de l’apex de l’aile (Figure 2) (2). L’espèce Aeshna eremita se trouve donc à cet endroit dans la classification.

    ailes arculus-triangle-double ramification
    Figure 2 : Ailes antérieure et postérieure d’Aeshna eremita. L’arculus est représenté en rouge, les triangles en bleu et la nervure à double ramification en mauve.   © Dennis Paulson, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Comment se caractérise cette espèce?

    Aeshna eremita est la plus grosse espèce du genre Aeshna : les mâles peuvent atteindre une longueur de 75 mm et les femelles de 73 mm (4). De plus, les ailes ont toujours une longueur supérieure à 40 mm (2). Ces dernières se distinguent bien des autres par la position du début de la nervure radiale postérieure supplémentaire qui est sous le premier tiers du ptérostigma (2). Cette nervure est représentée en orange sur la Figure 3.

    pterostigma
    Figure 3 : Ailes antérieure et postérieure d’Aeshna eremita démontrant les ptérostigmas et les nervures radiales postérieures supplémentaires en orange. © Dennis Paulson, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Aeshna eremita possède une bande noire, épaisse et horizontale sur son front appelée bande frontoclypéale présentée à la Figure 4 (2). De plus, deux caractéristiques la différencient de Aeshna canadensis, son visage de couleur jaune-vert et son absence de points sur l’abdomen (4).

    bande frontoclypéale
    Figure 4 : Tête de Aeshna eremita avec ses yeux composés se joignant sur le dessus et sa bande frontoclypéale épaisse. © Karl McFarland, autorisation d’utiliser l’image.

    D’autres bandes lui sont également caractéristiques comme celles sur son thorax qui ont une couleur bleu-verdâtre (5). La première bande mésothoracique antérieure est complète. Les autres bandes du ptérothorax sont relativement larges et sont aussi complètes. Il peut également y avoir de petites taches plus pâles entre les bandes thoraciques (Figure 5) (2).

    bandes thoraciques
    Figure 5 : Bandes thoraciques bleu verdâtre de Aeshna eremita. La bande à l’extrême droite est la bande mésothoracique antérieure. © Dennis Paulson, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Quand, où et dans quels milieux la retrouve-t-on ?

    Aeshna eremita se retrouve dans une grande partie de l’Amérique du Nord. Elle occupe d’est en ouest le Canada, de la partie est de l’Alaska à Terre-Neuve et auLabrador. Au sud, plusieurs états du Nord des États-unis limitent son aire de répartition : Minnesota (6), Michigan, Washington, Dakota du Nord, Utah, Colorado (4) et New-York (6). On la retrouve donc davantage dans les régions boréales (4). Au Québec, on peut rencontrer cette magnifique espèce aussi bien dans les Laurentides qu’au Lac St-Jean ou en Abitibi (5). C’est d’ailleurs l’espèce d’Aeshna qui s’adapte le mieux à tous les types de lacs (5). Elle se retrouve fréquemment près des lacs boisés, des étangs, des marais, des tourbières, des cours d’eau lents et où la végétation est plutôt clairsemée (6). Au repos, cette espèce adopte une position verticale et se pose sur les troncs d’arbres ou les branches de préférence (6). On peut bien les observer au lever et au coucher du soleil, quand la lumière est plutôt faible et que les températures sont plus froides (4). Pour ce qui est de sa métamorphose, elle débute généralement vers la mi-juin (4).  C’est vers la mi-juillet que les femelles commencent à pondre et que les mâles recherchent activement à se reproduire (5). On les voit voler jusqu’à la fin octobre, mais la période où elles sont en plus grand nombre est au début du mois juillet jusqu’au début du mois de septembre (4).

    Comment et de quoi Aeshna eremita se nourrit-elle ?

    Un fait intéressant chez les libellules, y compris celles du genre Aeshna, c’est le mode d’alimentation des larves. Les larves sont carnivores, elles se servent de leur labium modifié pour capturer des proies. Le labium est replié sous la tête de la larve et lorsqu’une proie passe, elle peut projeter très rapidement cette pièce buccale pour l’attraper (7). Ses palpes labiaux en forme de pince l’aide grandement dans sa quête de nourriture (http://www.youtube.com/watch?v=g7Q0IXBM-4M). Chez les larves de la famille des Aeshnidae, les palpes sont courts et précis (7). Tout comme les autres libellules, les espèces du genre Aeshna sont des prédatrices et capturent leurs proies en plein vol. Leur thorax est dirigé vers l’avant permettant une meilleure capture des proies à l’aide des leurs pattes (Figure 6).

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    Figure 6: Thorax ayant une rotation vers l’avant pour la capture des proies © Nate Kohler, autorisation d’utiliser l’image.

    Elles se nourrissent principalement de petits diptères et de moustiques (8) de même que de lépidoptères et d’éphéméroptères (5). Les Aeshnidae se nourrissent aussi de proies plus volumineuses comme de trichoptères et même d’autres libellules ou demoiselles. Étant donné la nature de leurs proies, les libellules semblent intéressantes pour la lutte contre des espèces nuisibles (8).

    Quel est le cycle de vie de cette belle libellule ?

    Les mâles de l’espèce A.eremita volent rapidement au-dessus du littoral et restent habituellement au-dessus ou près de l’eau. En effet, ils vont dans la végétation dense seulement lorsqu’ils sont à la recherche de femelles (6). Au bout de l’abdomen, les mâles ont des appendices anaux qui sont constitués d’une paire de cerques et d’un épiprocte (Figure 7).

    epiprocte au centre et cerques de chaques côtés
    Figure 7:  Appendices anaux du mâle A. eremita, épiprocte au centre et cerques de chaque côtés © Nate Kohler, autorisation d’utiliser l’image.

    Ces appendices servent à attraper la femelle derrière la tête lors de l’accouplement. Le mâle produit du sperme à partir de glandes près de l’extrémité de son abdomen, il doit ensuite transférer le sperme dans un organe accessoire situé sur la face inférieure des segments 2 et 3. Les femelles, de leur côté, portent leurs organes génitaux sur la face inférieure des segments 8 et 9 (Figure 8)

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    Figure 8: Segmentation de l’abdomen d’une Odonate © BiodiversidadVirtual, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Lors de l’accouplement, elles placent cette partie de leur abdomen face aux segments 2 et 3 du mâle (Figure 9).

    figure 8
    Figure 9: Accouplement chez le genre Aeshna, © Christine Hanrahan, autorisation d’utiliser l’image.

    Les femelles peuvent être lignées bleues ou vertes et elles ont des cerques relativement larges comparativement aux mâles. Les femelles ont de larges ovipositeurs qui sont constitués de trois paires de valves dentelées utilisées pour faire des incisions dans le tissu des plantes pour y pondre les œufs (9). Elles pondent généralement sur des morceaux de bois flottant à la surface de l’eau, sur des tiges émergentes de plantes aquatiques ou directement sous la surface de l’eau (6). Les larves sont aquatiques et robustes, elles respirent par des branchies situées à l’intérieur de l’abdomen. De plus, elles se nourrissent d’insectes et parfois de petits poissons. À l’éclosion des œufs, les larves sortent et grandissent progressivement en changeant d’exosquelette (mues) afin remplacer celui qui est trop petit par un nouveau plus grand. Le stade larvaire peut durer plusieurs années. Quand celles-ci arrivent au dernier stade de mue, elles entreprennent leur métamorphose (9), vers la mi-juin habituellement (5) (https://www.youtube.com/watch?v=wUvv4sJnMek). Pendant cette métamorphose, elles vont développer tous les organes nécessaires à la vie adulte sur terre et dans les airs et c’est lorsque le développement est à point qu’elles s’accrochent à une tige de plante et émergent. Elles sortent alors de leur exuvie (exosquelette larvaire) sous la forme adulte. C’est un moment critique pour l’insecte, son corps et ses ailes sèchent pour devenir rigides, il est donc très vulnérable aux prédateurs. La vie d’adulte ne dure que quelques semaines, le but ultime étant la reproduction. L’insecte se nourrit alors sans arrêt jusqu’à l’atteinte de la maturité sexuelle puis s’accouple pour poursuivre son cycle de vie (9).

    Références :

    (1) E.H. Strickland Entomological Museum, Entomology Collection, Aeshna eremita, University of Alberta, [En ligne]. http://entomology.museums.ualberta.ca/hierarchy/index.php?fmsn=aeshna+eremita&vw=1&sb=1&r=1&o=1&c=1&s=24322&sn=Aeshna+eremita&cat=24322 (consulté le 25 octobre 2014)

    (2) Lagacé, D., et Pilon, J.G.. (1998). Les Odonates du Québec. Entomofaune du Québec (EQ) inc., Chicoutimi, Québec. 367 pages. Pages 38-39, 60-64.

    (3) Robert, A. (1963). Les Libellules du Québec. Service de recherche du Ministère de la Chasse et des Pêches du Québec. 223 pages. Page 101.

    (4 ) Ministry of Environment. British Colombia. [En ligne]. http://www.env.gov.bc.ca/wld/documents/odonates/IO_AESERE.pdf (consulté le 25 octobre 2014).

    (5) Robert, A. (1957). Les principales libellules du Québec. Le jeune naturaliste. 1ère partie. 28 pages. Pages 214, Pages 216-219.

    (6) Paulson, D.R. (2009). Dragonflies and Damselflies of the West. 528 pages. Page 214

    (7) Pritchard, G. (1965). Prey capture by dragonfly larvae (Odonata; Anisoptera).Canadian Journal of Zoology43(2), Pages 271-289. [En ligne]

    (8) Pritchard, G. (1964). The prey of adult dragonflies in northern Alberta. The Canadian Entomologist96(06), Pages 821-825. [En ligne]

    (9) Silsby J. (2001). Dragonflies of the world. 208 pages. Pages 12-26.

  • Aeshna constricta Say 1839

    l’æschne constrictor

    Par Krystal HASEL et Lynn MEGARBANÉ (édité par Elise ST-PIERRE)

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Odonate1Le spécimen a été capturé à la Station de
    Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

    Classification
    Règne Animalia
    Embranchement Arthropoda
    Classe Insecta
    Sous-classe Pterygota
    Division Palaeoptera
    Ordre Odonata
    Sous-ordre Anisoptera
    Famille Aeshnidae
    Genre Aeshna
    Espèce Aeshna constricta

    Les Odonates, terme dérivé du nom scientifique Odonata crée par Fabricius en 1793, signifie en grec « mandibules munies de dents » et désigne l’ordre des Libellules qui représente pour les naturalistes, un important groupe d’insectes à découvrir.  Ils sont souvent étudiés dans leur milieu naturel durant le jour ou au crépuscule et sont faciles à observer en raison de leur grande taille et leur corps très colorés et protubérants. Au Québec, on retrouve deux sous-ordres des Odonata, soit les Zygoptera et les Anisoptera qui signifient respectivement « joindre des ailes » et « ailes inégales » (Pilon et Lagacé, 1998). Parmi les Anisoptera, on retrouve la famille des Aeshnidae, le genre Aeshna et l’espèce qu’on étudie Aeshna constricta Say, 1839.

     Biologie générale

    L’abondance des odonates sur les divers territoires varie en fonction de leur comportement, leur biologie ainsi que leur saison de vol (Perron et al.). Groupe d’insectes prédateurs autant au stade larvaire qu’adultes, ils représentent un élément important de la chaine alimentaire. Ils sont carnivores et attrapent leurs proies au-dessus des étangs, des lacs et de ruisseaux  (Wisconsin Aquatic and Terrestrial Resources Inventory). Aeshna constricta est un des grands prédateurs aquatiques avec les espèces Anax junius et Aeshna interrupta (Schultz, 2009). Dû à leur diversité et leur nombre dans certaines régions, ils accomplissent leur cycle vital dans les régions humides semi-inondées et sont indicateurs de l’excellence de la qualité biologique du milieu. Les odonates à l’état larvaire durent plus longtemps que l’état adulte et leur métamorphose se fait en une saison, mais des fois prennent plusieurs années, dépendamment de l’espèce et de la température des eaux. Les deux espèces Aeshna constricta et Aeshna interrupta passent deux ou plusieurs hivers au stade larvaire et nécessitent donc des habitats dans des marécages profonds et régulièrement inondés (Schultz, 2009). Plus particulièrement, les recherches effectuées au Québec par Pilon et Lagacé (1998) ont démontré une saison de vols spécifique pour les diverses espèces odonates, d’où la probabilité de les capturer à diverses périodes.  En général, la saison s’étend de la mi-mai à la mi-novembre, mais contrairement à la généralité, Aeshna constricta est une des espèces qui présente une activité de vol plus longue à l’automne qui s’étend du mois d’août jusqu’au début du mois d’octobre (Perron et Ruel, 2002)(Voir tableau II). Enfin une des particularités physiologiques des femelles de l’espèce Aeshna constricta est qu’elles possèdent un ovipositeur aidant à pondre leurs œufs sur des plantes aquatiques (Cannings, 2002).

    La distribution de l’espèce

    Odonate 2L’hémisphère nord de la Terre se divise en une région arctique et une région subarctique qui se subdivise en une zone paléarctique et une zone néarctique. Cette dernière appartient à la région arctique qu’on nomme « Le Nouveau-Monde » soit l’Amérique du Nord où l’on retrouve une petite diversité d’Odonate. En effet, parmi les espèces habitant cette zone tempérée froide (holarctique) l’espèce Aeshna constricta a été retrouvée au Canada (Québec, Île-du-Prince-Édouard) et aux États-Unis (Utah, Illinois, Connecticut, New Hampshire) (Figure 1). Cette espèce fréquente plusieurs biotopes, mais surtout des étangs (Pilon et Lagacé, 1998) et des marais (Hilton, 1987). Une étude approfondie sur l’odonatofaune du parc national de la Yamaska a été réalisée entre 2002 et 2004, du printemps jusqu’à l’automne, afin de répertorier la grande diversité des odonates dans un espace aussi restreint dépendamment de leur saison de vol. Suite aux résultats, Aeshna constricta a été retrouvée dans le réservoir Choinière de la rivière Yamaska Nord, dans l’étang à castor présentant une surface d’eau suffisamment dégagée et dans les marais au nord du réservoir dans les milieux forestiers mixtes (Perron et al.). L’espèce a également été retrouvée dans quelques secteurs du sud du Québec, soit dans la région du Mont Pinacle (Legault, 1975 et 1977) et dans le secteur de Granby au Lac Boivin (Legault, 1979) ; mais leur diversité reste tout de même inférieure à celle présente au parc national de la Yamaska. Les recherches effectuées par l’entomologiste Raymond Hutchison entre les mois de juillet à septembre ont également signalé la présence de plusieurs espèces d’Aeshna à l’état adulte près des rives de l’Outaouais (Hutchison, 2011).

    la morphologie

    Odonate 3L’espèce Aeshna constricta a une taille qui varie en moyenne entre 2,7 et 2,8 pouces  (Wisconsin Aquatic and Terrestrial Resources Inventory). Elle possède en général un thorax brun ou noir avec des tâches brunes, vertes ou jaunes et des segments abdominaux avec une seule carène de chaque côté.  Le prothorax est muni de deux bandes latérales dont la première est large et non recourbée deux fois, alors que la bande postérieure présente une projection vers le bas dans la partie supérieur (Pilon et Lagacé, 1998). Souvent, on les différencie de l’espèce Aeshna canadensis par l’absence d’une tache jaune arrondie et bien délimitée entre les deux bandes latérales. Les taches abdominales chez les mâles sont typiquement bleues alors que chez les femelles les taches peuvent être bleues, vertes, ou jaunes. Contrairement aux mâles, les femelles ont le 9e segment de l’abdomen plus large que le 8e  (Wisconsin Aquatic and Terrestrial Resources Inventory). De plus la tête, de couleur verte pâle, est globuleuse et possède des yeux composés contigus. Le front porte distinctivement une marque en forme de T, autrement nommé le «T-spot» (Cannings, 2002). La bande frontoclypéale (suture en dessous du front) est mince et brunâtre ou de même couleur que le front et que le clypeus.

    Odonate 4Aeshna constricta possède deux paires d’ailes de longueur supérieure à 40 mm qui sont rattachées au mésothorax et au métathorax dont chacune possède un stigmate. Une des façons de les distinguer des espèces de Zygoptera est d’analyser la forme des ailes antérieures et postérieures qui sont de forme nettement différente chez les Anisoptera (antérieur supérieur à postérieur) (Pilon et Lagacé, 1998).

     

    RÉFÉRENCES

    Aeshna constricta. Encyclopedia of Life. [En ligne]. http://eol.org/pages/132067/overview (consulté le 29 octobre 2013)

    Cannings, R. Electronic Atlas of the plants of British Columbia. Electronic Atlas of The Wildlife of British Columbia. [En ligne]. http://www.linnet.geog.ubc.ca/efauna/Atlas/Atlas.aspx?sciname=Aeshna%20constricta (consulté le 26 octobre, 2013)

    Hilton, D.F.J. 1987. Aquatic insects of peatlands and marshes in Canada. Memoirs of the Entomological Society of Canada 140: 57-63.

    Hutchinson, R.  2001. Les libellules (Odonata) des grandes rivières du sud du Québec, Biodiversity,2:2, 9-16, [En ligne]. http://dx.doi.org/10.1080/14888386.2001.9712542 (consulté le 27 octobre 2013)

    Legault, J. 1975. Les Odonates de la région du mont Pinacle, sud du Québec. Cordulia, 1 : 121-123

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Collection Ouellet-Robert