Étiquette : Hymenoptera

  • Anoplius tenebrosus (Cresson 1865)

    Un travail par Elisabeth GUILLET-BEAULIEU et Lydia MAJOR

    Texte CC BY-SA 2018, par les auteures.

    Photographies prises par Elisabeth Guillet-Beaulieu ©2018 CC BY-SA 4.0

    Photo 1. Spécimen capturé à l’aide d’un filet fauchoir le 6 septembre 2018 à la Station de Biologie des Laurentides, Québec, Canada.

    Anoplius tenebrosus

    Ordre: Hymenoptera

    Super-famille: Vespoidea

    Famille: Pompilidae

    Sous-famille: Pompilinae

    Genre: Anoplius

    __________________________________________________________

    Identification/morphologie:

         Ce spécimen peut être identifié comme étant de l’ordre des Hymenoptera, en raison de ses 4 ailes membraneuses, de ses pièces buccales de type broyeur-lécheur (A), de son cou mince et mobile et de son métathorax court. (1)

         Il a par la suite été possible de déterminer que le spécimen capturé peut être aussi classé dans la super-famille des Vespoidea. Les Vespoidea sont caractérisés par des ailes antérieures longues, pouvant atteindre ou dépasser l’apex ou l’abdomen. Ils possèdent aussi un gastre (B), des antennes pourvues de moins de 16 articles et les ailes postérieures ont au moins une cellule fermée (C). De plus, leur ovipositeur est généralement très réduit et donc difficilement observable.

        De plus, le spécimen s’avère être aussi un représentant de la famille des Pompilidae. Ces derniers sont caractérisés par des ailes postérieures possédant un lobe anal (D) et des cellules fermées, d’une cellule discoïdale (E) plus courte que la cellule sub-médiane (F) sur les ailes antérieures et des antennes de 12 articles chez la femelle (sexe du spécimen décrit). De plus, les coxas des Pompilidae sont larges et longs (G).

          En ce qui concerne la sous-famille, le spécimen appartient aux Pompilinae. Les Pompilinae possèdent des métasomes assemblés sans séparations véritablement distinctes (H), leurs métatibias sont dépourvus de dents, il y a présence d’une dépression prononcée de la veine Cu-1 sur les ailes antérieures (I) et le labrum des Pompilinae est caché dans le clypeus.

           Le genre Anoplius est reconnaissable par plusieurs attributs. Les Anoplius possèdent des pattes dites “épineuses” (J), la veine cu-a des ailes postérieures est dans un angle particulier (K), on retrouve une absence de pubescence sur le corps, le tergite apical est très fortement hérissé et la rangée d’épines retrouvée sur chaque tarse forme une ligne médiane.

         Enfin, les caractéristiques ayant permis d’identifier le spécimen comme étant Anoplius tenebrosus étaient discrètes et difficiles à repérer. Premièrement, les épines du peigne tarsal ne sont peu ou pas plus longues que la largeur du tarse et le basitarse possède toujours 3 “peignes-épines”. De plus, le plat subgénital est totalement plat et derrière convergent légèrement les 2 carinae du disque. L’apex est arrondi de manière égale (L) et le digiti est arrondi apicalement.

    Photo 2: Vue ventrale
    Photo 3: Vue dorsale, tête orientée vers le sud
    Photo 4: Vue dorsale, tête orientée vers le nord, permettant une meilleure observation des ailes postérieures et de leurs nervures

    L’identification de cette espèce s’est révélée ardue. En raison de plusieurs traits, très variés, certains observables uniquement au microscope, et de multiples exceptions existant au sein de ces taxons, il est nécessaire d’avoir recours à des outils spécialisés et à une grande patience afin de parvenir à identifier à l’espèce un spécimen de Pompilidae.

    Famille des Pompilidae:

            Les Pompilidae, une famille de l’ordre des hyménoptères et du sous-ordre des Apocrita, sont des guêpes arborant généralement des couleurs sombres, le corps étant typiquement noir et les ailes, brunes ou jaunâtres. Il est assez rare de retrouver des individus aux couleurs moins ternes, mais il existe cependant quelques espèces aux couleurs vives. Les Pompilidae sont asociaux, vivent de manière solitaire et ne rencontrent d’autres représentants de leur espèce que pour s’accoupler. Il existe plus de 5000 espèces de Pompilidae dans le monde, réparties sur tous les continents, mais on n’en retrouve qu’environ 300 en Amérique du Nord. Les Pompilidae possèdent deux paires d’ailes maintenues ensemble par des crochets, donnant l’impression d’en avoir qu’une seule paire. Les Pompilidae sont difficiles à identifier et il est nécessaire de recourir à des clés et autres outils d’identification spécialisés pour y procéder.

        –Chasseuses d’araignées

             Les femelles pompiles, lors de la période de reproduction, vont procéder à une chasse vicieuse d’araignées en tous genres. Qu’elles soient errantes, terricoles, à terrier ou à toile, les pompiles ont développé maintes spécialisations selon leurs proies de choix. Une fois sa cible repérée, la femelle pompile s’y attaque et la pique de son dard. (5) Le venin paralyse sa proie, qui sera destinée à accueillir l’œuf de la pompile. Afin de s’assurer de ne pas perdre sa proie après la capture, la pompile va procéder à l’excision des pattes de sa victime de sorte que cette dernière ne puisse fuir une fois capturée. Cette dernière transporte l’araignée tout juste attrapée soit en la traînant au sol, soit en vol par bonds successifs, jusqu’à son terrier. (6)

            Le terrier en question constitue soit d’un ancien terrier abandonné par une autre espèce (ex: ver, petit rongeur, etc.) ou d’un trou creusé par la femelle elle-même ou par une autre femelle pompile. Elle y rangera l’araignée paralysée avant de pondre son œuf sur celle-ci et finira en rebouchant le terrier, gardant ainsi l’araignée à l’abris de la pourriture ou d’éventuels prédateurs.

            En plus des aléas de la chasse s’ajoute comme défi le risque chapardage par d’autres pompiles. Il en existe 4 catégories. La première est le chapardage simple. Dans ce cas-ci, un pompile va simplement voler la proie d’un autre pompile alors que ce dernier la transporte ou la dépose lors de la construction du terrier. Vient ensuite le “cambriolage”. Dans ce scénario, le pompile déterre une araignée enterrée dans le terrier d’un autre pompile, détruit l’œuf déposé et s’empare de l’araignée pour son propre terrier. D’autres vont procéder à du cleptoparasitisme. La femelle va déterrer la proie d’une autre, détruire son œuf, y déposer le sien, puis enterrer de nouveau l’araignée, ni vu ni connu. Ces espèces ont perdu leurs capacités de prédation et de nidification. Enfin, on retrouve des cas de parasitisme. Dans ces cas-ci, la femelle va entrer en combat avec une araignée et pondre son œuf en son sein, pour ensuite se retirer du combat. L’araignée, si prédatée par une autre femelle pompile, se retrouvera éventuellement dans un terrier où la larve parasite va tuer la larve de la chasseuse, celle-ci prenant plus de temps à éclore. (5)

    Genre Anoplius:

       Les espèce du genre Anoplius sont des hyménoptères au métathorax strié transversalement et à l’abdomen entièrement noir ou bleu. Il s’agit, en Amérique du Nord, d’un genre très large et à l’identification complexe, que l’on retrouve dans une grande variétés d’habitats (ex: forêts tempérées, milieux humides, régions sablonneuse, etc.). Plusieurs sous-genres ont été créés au cours de l’étude des Anoplius, certains ayant cependant été discrédités plus tard, car invalides. Les caractéristiques typiques des représentant de ce genre varient énormément et entraînent une difficulté de reconnaissance importante. (4)

         Par exemple, la taille moyenne des Anoplius varie sur une fourche de 3 à 30 mm de long. Les mandibules sont généralement ferrugineuses et apicales. La pubescence et la pilosité varient beaucoup d’une espèce à l’autre, quoique les les femelles sont sétoses ventralement au-delà du sternite apical. Les mandibules des femelles sont habituellement bidentées, avec quelques espèces unidentées, et les mâles ont habituellement des mandibules unidentées, avec quelques espèces aux mâles bidentés. L’espace malaire et le pronotum sont généralement très courts et un postnotum à la largeur variable. Les contours du  propodeum peuvent être égaux ou protubérants postéro-latéralement. Le lobe anal de l’aile postérieure est habituellement petit, au plus équivalent en taille à la moitié de la cellule sub-médiane. (4)

    Espèce A. tenebrosus:

         Cette espèce émerge en mi-été. C’est l’une des plus commune parmi les Pompilidae au Canada. Les femelles vivent jusqu’en automne pour ensuite hiberner jusqu’au retour du printemps, alors que les mâles meurent après seulement quelques semaines, pendant lesquelles ils chassent et se reproduisent. Les mâles ne sont présents qu’entre les mois de juin et septembre-inclus. Anoplius tenebrosus vit dans des milieux sablonneux en lisière des forêts. Cette espèce se nourrit de plus de 25 espèces différentes d’araignées appartenant à 7 familles différentes. Leurs proies principales sont des Lycosidae, plus spécialement Trochosa terricola. Une seule araignée est généralement nécessaire pour le développement de la larve. (2)

         Le transport de la proie capturée par la femelle A. tenebrosus s’effectue en deux étapes. Premièrement, alors que la femelle se dirige vers son terrier, elle trainera sa proie par derrière en utilisant la base de ses pattes postérieures et ses mandibules. Pour déposer l’araignée au sein du terrier, la femelle y entre tête première, puis pivotent au sein du terrier et en ressortent tête première. Elle attrape ensuite par la base du coxa, le pédipalpe ou de la partie distale d’une des pattes et la tire dans le terrier.

         Les femelles hibernent dans leur terrier. Celui-ci a un angle d’environ 70 à 90 degrés par rapport au sol, le diamètre moyen de son entrée est de 5.6 mm et la profondeur moyenne est de 3.8 cm. La construction de leur nid prend approximativement 36 minutes dépendemment de la composition du sol, de l’humidité, de la température ambiante, de la grosseur de la proie et de l’âge de l’individu. Il a été observé que la fabrication de nid n’est effectuée que lorsque la température ambiante se situe entre 15 et 32 32 degrés Celsius. La femelle va ensuite fermer l’entrée du nid après avoir pondu un oeuf sur sa proie et l’avoir emmenée à l’intérieur (2). Le venin fait effet environ quatre heure (3).

    Voici une vidéo A. tenebrosus:

       Elle pond en moyenne 7 oeufs pendant la période de reproduction, lesquels auront une taille d’environ 1.0 à 2.4 mm et ils seront placés de façon oblique sur l’abdomen de l’araignée. À une température ambiante de 21° à 26° celsius, les oeufs vont éclore entre 2 et 3 jours après la ponte. Le développement de la larve et de la nymphe est d’une trentaine de jours chez les mâles et serait plus long chez les femelles (2).

         Les femelles A. tenebrosus peuvent être attaquées par quelques espèces de Cicindèles: Cicindelis scutellaris lecontei, C. repanda et C. formosa generosa. Cependant, les attaques portées contre les A. tenebrosus sont souvent vouées à l’échec vu l’agressivité et la combativité de ces derniers, c’est pourquoi ils vont plutôt s’en prendre à la proie capturée et transportée par les femelles A. tenebrosus. En menant leur attaque, ils peuvent parfois parvenir à tuer ou à gravement blesser l’araignée paralysée par A. tenebrosus, la rendant ainsi inutilisable comme approvisionnement pour le nid de la femelle. Celle-ci va donc abandonner sa proie et devoir partir à la recherche d’une nouvelle, sans oublier, cependant, de s’en nourrir. (2)

          Lorsque vient le commencement de l’automne, plutôt que de chasser, A. anoplius va plutôt se nourrir du nectar de fleurs du genre Solidago, un genre appartenant à la famille des Astraceae. Cette alimentation persiste jusqu’à la fin de la floraison de ces fleurs, soit jusqu’au mois d’octobre.

    Références

    1. le Compte AL. Histoire naturelle des insectes, hyménoptères. volume 3. Paris. 1945. p. 442

           2. Alm SR, Kurczewski FE. 1984. Ethology of Anoplius tenebrosus (Cresson) (Hymenoptera: Pompilidae). Proceedings of the Entomological Society of Washignton, 86(1): 110-119

           3. Kurczewski FE, Kurczewski EJ. 1973. Host Records for Some North American Pompilidae (Hymenoptera). Third Supplement. Tribe Pompilini. Journal of the Kansas Entomological Society, 46(1): 65-81.

           4. Evans HE. A Taxonomic Study of the Nearctic Spider Wasps Belonging to the Tribe Pompilini (Hymenoptera: Pompilidae). Part II: Genus Anoplius Dufour. Transactions of the American Entomological Society (1890-). volume 76. numéro 4. 1950. 

           5. Chevin H. 2005. Les Pompilidae, de rusés chasseurs d’araignées. L’Argiope, 48: 9-19.

           6. Kurczewski FE, Kurczewski EJ. 1968. Host Records for Some North American Pompilidae (Hymenoptera) with a Discussion of Factors in Prey SelectionJournal of the Kansas Entomological Society,  41(1): 1-33.
  • Therion fuscipennis (Norton 1863)

    Par Mélissa NIRAVONG et Dominique HORRELL

    Texte et photographies © 2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Therion fuscipennis capturé le 7 septembre 2017 dans les Laurentides (Québec, Canada), vue de face

    Classification

    Classe: Insecta

    Ordre: Hymenoptera

    Super-famille: Ichneumonoidea

    Famille: Ichneumonidae

    Sous-famille: Anomaloninae

    Tribu: Gravenhorstiini

    Genre: Therion

    Espèce: T. fuscipennis

    L’identification

    L’espèce Therion fuscipennis, membre de la famille des Ichneumonidae, plus grande famille de l’ordre des Hymenoptera, est reconnaissable, entre autres, grâce à ses ailes. En effet, cette espèce, en plus de présenter les crochets caractéristiques de leur ordre sur les ailes postérieures, a un complexe complet de nervures, se rendant donc de la base de l’aile jusqu’à l’extrémité de celle-ci et présentant des cellules fermées. De plus, une autre caractéristique des ailes de ce genre est l’aréole, qui est ouverte, donc qui semble ne faire qu’un avec la cellule terminale située la plus antérieurement sur l’aile.

    Aile antérieure de Therion fuscipennis
    Therion fuscipennis, vue de côté
    Therion fuscipennis, vue de dos

    De plus, conformément aux autres membres de sa famille, T. fuscipennis présente un abdomen aplati latéralement qui est caractérisé par ses terga métasomiques 2 et 3 séparés par une jonction flexible et un étranglement important et facilement observable de ceux-ci, accentuant l’effet de la taille marquée du sous-ordre des Apocrita, leur permettant de replier et tordre l’abdomen sous leur corps, ainsi que des antennes composées de plus de 16 flagellomères.

    Antenne de Therion fuscipennis

    T. fuscipennis est reconnaissable également grâce à la forme de son oviscapte, un organe permettant la ponte des œufs. L’oviscapte est seulement présent chez la femelle et est un petit conduit  fin d’une couleur tirant sur le brun-orangé, bordé de chaque côté par un cerque brun foncé.

    Oviscapte de Therion fuscipennis

    Les deux premières paires de pattes sont d’un jaune tournesol, alors que la troisième paire présente une alternance de couleurs, allant du noir au jaune, en passant par un brun-orangé, s’agençant parfaitement avec le dégradé présenté sur l’abdomen. De plus, la présence abondante de poils sur le thorax aide également l’identification de T. fuscipennis.

    Therion fuscipennis, vue de face

    L’identification de la famille a été effectuée à l’aide d’une clé d’identification retrouvée dans l’ouvrage Borror and Delong’s Introduction to the Study of Insects (Triplehorn & Johnson, 2004). La tribu a ensuite été identifiée grâce à une clé d’identification comprise dans la publication Syllabus for Ichneumonidae (Wahl, 2000). Enfin, on a identifié l’espèce en consultant la collection entomologique Ouellet-Robert de l’Université de Montréal.

    La répartition géographique des Ichneumonidae

    On retrouve la famille des Ichneumonidae, laquelle compte au moins 60 000 espèces, sur tous les continents. Or, cette famille prédilectionne un climat froid et humide, plutôt qu’un climat chaud et sec. Les Ichneumonidae sont plus abondants dans l’est du palaéarctique ainsi que l’est du néarctique (Minister of Supply and Services Canada, 1993), lequel comprend les Laurentides (la région où le spécimen a été capturé). L’espèce Therion fuscipennis se disperse au Canada, aux États-Unis et au Mexique (Yu, 1997).

    Le sexe chez les Ichneumonidae

    Chez plusieurs espèces, le mâle, coquin, se faufile derrière la femelle, puis la tapote au moyen de ses antennes pour signaler ses intentions (c’est une technique de drague qu’on aime bien surnommer «L’Ado»). Chez d’autres, le mâle, provocateur, ne craint point d’approcher la femelle de face, tout en tentant d’attirer l’attention de ladite femelle en faisant vibrer ses ailes. Le mâle, au sein de la famille des Ichneumonidae, démontre une tendance à se positionner derrière ou par-dessus la femelle, plutôt que sur le côté lors de la copulation; souvent, le mâle caresse la femelle à l’aide de ses antennes. La copulation est brève; généralement, elle ne dure qu’entre une et dix minutes. La plupart des Ichneumonidae sont arrhénotoques: les œufs haploïdes non-fertilisés produisent des mâles, alors que les œufs diploïdes fertilisés engendrent des femelles. Certaines espèces sont thélytoques; des femelles diploïdes sont produites à partir d’œufs non-fertilisés. Les espèces dites thélytoques ne comportent point de mâle. D’autres encore sont deutérotoques; les œufs non-fertilisés de ces espèces produisent des mâles et des femelles (American Entomological Institute, 2002).

    Le cycle de vie de Therion fuscipennis

    Chez les Ichneumonoidea parasitoïdes, on retrouve les idiobiontes, ectoparasitoïdes ou endoparasitoïdes des nymphes, ainsi que les koïnobiontes, majoritairement endoparasitoïdes. Contrairement aux koïnobiontes, les idiobiontes usent de paralysie pour subjuguer leur hôte, inhibant alors le développement dudit hôte (Quicke, 2015, p. 89).

    Therion fuscipennis est une guêpe endoparasitoïde; la femelle pond un œuf unique à l’intérieur d’un hôte. L’hôte spécifique à Therion fuscipennis est Acronicta impressa, un papillon de nuit de la famille des Noctuidae. C’est dans la nymphe du papillon de nuit, à l’abri du climat hivernal, que se développe la progéniture de la guêpe (Shaffner et Griswold, 1934, p. 147). La nymphe des papillons est nommée chrysalide. Durant ce stade de métamorphose, l’insecte est liquéfié, puis reconstitué en son stade final – en adulte (Provancher, 1877, p. 80). Or, un destin plus tragique guette la nymphe victime d’un parasitoïde; soupe de ce dernier, elle deviendra! En effet, la larve de la guêpe s’accroît à l’intérieur de la nymphe du papillon de nuit en s’alimentant de ladite nymphe jusqu’à la mort de celle-ci. De la carcasse nymphale émerge un imago hyménoptère – une guêpe adulte (Fontenelle Forest, 2008).

    Le cycle de vie des insectes comporte plusieurs stades; de l’œuf, émerge la larve qui se développe jusqu’à la nymphe, de laquelle jaillit l’imago – l’adulte. Le stade de développement de l’hôte prisé varie pour chaque espèce de parasitoïde. Plus tôt le parasitoïde attaque l’hôte dans son stade de développement, plus grandes sont les probabilité pour ledit parasitoïde de rencontrer un hôte propice à la ponte des œufs; plus l’hôte progresse dans son cycle de vie, plus ledit hôte est caché, dissimulé, afin de s’abrite pour l’hiver. Or, les chances de survie de la descendance des parasitoïdes accroissent plus l’hôte a acheminé son cycle de vie avant l’attaque; ladite descendance encontre moins de stress associée à la spécification de l’hôte. En outre, un hôte plus crû, de taille plus considérable, est une source de ravitaillement plus importante. Les parasitoïdes optant pour des hôtes qui se situent à l’aube de leur cycle de vie produisent plus d’œufs, puisqu’ils trouvent avec plus d’aisance un hôte adéquat pour la ponte – ils peuvent donc parasiter plus d’individus. Ils compensent ainsi pour le plus faible taux de survie – celui-ci augmente avec l’âge de l’hôte (Price, 2003, p. 196-201).

    Therion fuscipennis, vue de face

    Une application des Ichneumonidae : la lutte biologique

    La lutte biologique, c’est l’emploi d’organismes vivants – ou de dérivés desdits organismes – pour remédier aux espèces nuisibles (Brodeur, 2016). Certaines espèces d’Ichneumonidae sont utilisées pour contrer des Lépidoptères (papillons) phytophages nuisibles. Par exemple, Diadegma semiclausum, une guêpe parasitoïde, est un agent de lutte biologique employé pour contrôler les populations de Plutella xylostella, une espèce dont la larve (chenille) est ravageuse du chou chinois Brassica chinensis L. Lors d’une étude réalisée par Amend et Mangali (1992), D. semiclausum a été relâché de façon hebdomadaire dans des fermes dans le Nord de l’île de Luçon aux Philippines jusqu’à implantation. Une à trois semaines après avoir libéré les guêpes, les premières nymphes descendant desdites guêpes ont été détectées à l’intérieur des chenilles ravageuses des champs de chou chinois. Les guêpes se sont ensuite dispersées – les ratios d’individus parasités ont atteint entre 60% et 90%. On use des guêpes parasitoïdes en lutte biologique pour inhiber la dissémination de l’espèce nuisible en anéantissant la métamorphose des individus parasités en adultes dotés d’une capacité reproductrice.

    Références

    1. Amend, J. & Mangali, T. (1992). Field release of the parasitoid Diadegma semiclausum (Hellen) (Hymenoptera:Ichneumonidae) against Plutella xylostella (L.) (Lepidoptera:Yponomeutidae) in seed pechay in Nother Luzon [Philippines]. Food and Agriculture Organization of the United Nations. Résumé repéré à agris.fao.org/agris-search/search.do?recordID=PH9311332a
    2. American Entomological Institute. (2002). Genera Ichneumonorum Nearcticae. Repéré à www.amentinst.org/GIN/
    3. Brodeur, M. (2016). La lutte biologique [Diapositives PowerPoint].
    4. Fontelle Forest. (2008). Therion sp. Repéré à www.fnanaturesearch.org/index.php?option=com_naturesearch&task=view&id=1773
    5. Goulet, H. & Huber, J. T. (1993). Hymenoptera of the word: An identification guide to families. Ottawa, Canada: Canada Communication Group.
    6. Griswold, C. L. & Schaffner, J. V. (1934). Macrolepidoptera and Their Parasites Reared from Field Collections in the Northeastern Part of the United States. Washington, DC, États-Unis: United States Department of Agriculture.
    7. Price, P. W. (2003). Macroevolutionary Theory on Macroecological Patterns. Cambridge, Royaume-Uni: Cambridge University Press.
    8. Provancher, L. (1877). Petite faune entomologique du Canada. Québec, Canada: Des presses de C. Darveau.
    9. Quicke, D. L. J. (2015). The Braconid and Ichneumonid Parasitoid Wasps: Biology, Systematics, Evolution and Ecology. Oxford, États-Unis: Wiley Blackwell.
    10. Triplehorn, C. A. & Johnson, N. F. (2004). Borror and Delong’s Introduction to the Study of Insects. Australie: Thomson, Brooks/Cole.
    11. Wahl, D. (2000). Syllabus for Ichneumonidae. Maryland, États-Unis: University of Maryland.
    12. Yu, D. S. K. (1997). Therion fuscipenne (Norton, 1863). Repéré à www.taxapad.com/local.php?taxonidLC=90181837
  • Bombus ternarius (Say 1837)

    Bombus ternarius (Say 1837)

    Par Sandrine BÉLANGER et Philippe LAREAU

    Texte et images ©2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs, sauf où autrement indiqué

    La première description de Bombus ternarius Say 1837 a été faite en Nouvelle-Écosse, au Canada. L’origine du nom de l’espèce est assez simple, car le terme latin ternarius signifie trois fois. Ce terme fait référence au caractère tricolore du bourdon soit le jaune, le noir et l’orange.

    Classification

    Ordre : Hymenoptera

    Sous-ordre : Apocrita

    Infra-ordre : Aculeata

    Superfamille : Apoidea

    Famille : Apidae

    Sous-famille : Apinae1

    Genre : Bombus

    Sous-genre : « Pyrobombus » paraphylétique dû aux Pressibombus2

    Espèce : B. ternarius Say 1837

    Morphologie de l’espèce 

    Diagramme du corps du bourdon. Image : Colla, S., Richardson, L., Williams, P. Bumbles bees of the eastern United States, Guide d’identification produit par le Département d’agriculture des États-Unis et du Pollinator Partnership, 2011. L’image a été traduite et modifiée en français par les auteurs du blog. Utilisation de la photo avec la permission des auteurs du Guide.
    Diagramme de la tête d’un bourdon. Image : Colla, S., Richardson, L., Williams, P. Bumbles bees of the eastern United States, Guide d’identification produit par le Département d’agriculture des États-Unis et du Pollinator Partnership, 2011. L’image a été traduite et modifiée en français par les auteurs du blog. Utilisation de la photo avec la permission des auteurs du Guide.
    Diagramme de la patte d’un bourdon. Image : Colla, S., Richardson, L., Williams, P. Bumbles bees of the eastern United States, Guide d’identification produit par le Département d’agriculture des États-Unis et du Pollinator Partnership, 2011. L’image a été traduite et modifiée en français par les auteurs du blog. Utilisation de la photo avec la permission des auteurs du Guide.

    Identification de l’espèce

    L’espèce a pu être identifiée grâce à plusieurs caractéristiques :

    • L’espèce possède deux bandes orangées sur son abdomen en position T2 et T3 («T» pour tergum, ou dos). Elle possède une bande jaune en T4 et le reste de son abdomen est noir en T5 et T6. La section T1 devrait être jaune, mais le spécimen recueilli a perdu du poil au niveau de cette région et des touffes de poils jaunes apparaissent seulement sur les côtés.1

    • Au niveau de son thorax, ses deux ailes sont rejointes par une bande noire poilue cerclée de poils jaunes. Le motif forme un V qui descend jusqu’à son abdomen. Cette caractéristique est très distinctive et permet de départager l’espèce avec Bombus rufocintus qui n’a pas ce motif en V.
    • Sur sa tête majoritairement noire, il y a des régions de poils jaunes ou un peu grisâtres comme on peut le voir plus clairement sur l’image ci-dessous. Aucun Bombus ternarius n’a la tête entièrement noire.1

    • Bombus ternarius peut être confondu avec Bombus bifarius si ce n’est qu’il possède des régions noires sur la bande T2 et que son habitat est plus au nord du Canada. L’aire de répartition est donc un très bon indice pour départager certaines espèces qui lui ressemblent.

    Cycle de vie et reproduction

    Il faut savoir que l’eusocialité des hyménoptères apporte une certaine complexité au cycle de vie de ces insectes. En effet, le bourdon des milieux tempérés a un cycle de vie annuel. Ce cycle de vie est basé sur le fait que durant une certaine période de l’année, l’environnement est plus aride et les conditions de vie sont plus difficiles. Alors, durant cette période, les bourdons vont hiberner dans un trou sous le sol, représenté par le point 1 du schéma du cycle de vie. Par contre, les seuls bourdons à pouvoir survivre l’hiver sont les gynes. En effet, les anciennes reines, les ouvrières et les mâles vont mourir avant de début de l’hiver. Les gynes sont les futures reines, soient des femelles fécondées.4

    Au Québec, c’est au printemps que les reines sortent du sol, représenté par le point 2. Cette période de fin de la diapause varie en fonction des différents environnements. En effet, plusieurs facteurs affectent la fin de l’hibernation comme la photopériode, la nourriture, l’humidité et la température. Parfois, même pour des milieux très près et relativement semblables, la fin de l’hibernation de deux populations d’une même espèce peut varier de plusieurs mois. 3

    Dès que la gyne est devenue active, elle entreprend de trouver un endroit pour construire son nid. La nidification est représentée par le point 3 du schéma. Ce lieu doit être isolé et assez grand, parfois sous-terre, au sol et même en hauteur. Une fois l’emplacement trouvé, la reine va construire deux cellules de cires. Dans l’un elle va pondre de 5 à 20 œufs et dans l’autre la gyne va entreposer du nectar. Après, la reine doit incuber ses œufs jusqu’à ce qu’ils deviennent des larves après 3 à 5 jours. Elle doit aussi nourrir les larves avec du nectar et du pollen préalablement mis dans les cellules avant. Ses oeufs vont passer au stade larvaire et vont se transformer en nymphe en se construisant un cocon après 7 ou 8 jours suite au stade larvaire. Entre 12 à 14 jours sont nécessaires pour que les nymphes deviennent des ouvrières adultes. Après plus de trois semaines, les premières ouvrières commencent à aider la reine.4

    Le point 4 du cycle de vie représente les ouvrières qui vont butiner pour récolter plus de nectar et plus de pollen pour incuber et nourrir une progéniture de la reine de plus en plus importante. En effet, un plus grand nombre d’ouvrières permet à la reine de produire plus d’ouvrières. Ceci crée une augmentation exponentielle de leur nombre. La reine a avantage à produire plus d’ouvrières, car cela permet de produire plus de mâles et de gynes. Puis, lorsque le nombre d’ouvrières atteint son apogée et que la nourriture, la sécurité et les soins parentaux sont à leur maximum, la colonie va se reconcentrer à produire des œufs pour produire des bourdons fertiles. Par contre, la production d’ouvrières s’étant arrêtée, la quantité d’ouvrières va progressivement diminuer jusqu’à disparaître. Par ailleurs, une fois la ponte des œufs des mâles et des gynes effectuée, les reines vont mourir. Les mâles, une fois adulte, vont quitter le nid pour se reproduire. Cela est quelque peu retardé chez les femelles qui peuvent, parfois, attendre un peu de temps avant de quitter la colonie. À partir de la diminution d’effectif des ouvrières jusqu’à ce que les sexués partent, la colonie va progressivement s’éteindre. Après s’être reproduits et avant l’arrivée de l’hiver, les mâles vont mourir. Cela n’est pas le cas des gynes fécondées, car elles vont aller de cacher sous terre pour se préparer à hiverner. Le dernier point du cycle de vie du bourdon représente la naissance et l’accouplement de la progéniture fertile des différentes reines du territoire. 4,5

    On peut voir sur le graphique 1 que le nombre de mâles et de gynes diminue en automne parce que la mortalité augmente chez les mâles et les femelles. En hiver, le graphique montre une diminution de mâles et de gynes, mais les gynes ne disparaissent pas entièrement . En fait, elles vont commencer à se cacher sous terre pour hiberner. Elles ne sont plus visibles hors terre, mais elles sont encore là. Les reines sont les premières à sortir au printemps pour butiner.3

    Schéma I : Cycle de vie du bourdon selon les saisons de l’année.. Dessin fait à la main par les auteurs du blog. Chaque point représente une étape dans le cycle de vie du bourdon. Le point 1 est l’hibernation, le point 2 le printemps et la butination, le point 3 la construction des cellules de cire, le point 4 la butination et le point 5 la reproduction. Entre le point 4 et 5 il y a la naissance des individus sexués.
    Graphique 1 : Exemple des types de bourdon sur un territoire donné selon la période de l’année. Évolution  du nombres d’individus et de leurs classes en fonction du temps de l’année. Au printemps, seules les reines sont présentes. En été, il y a une forte augmentation du nombre d’ouvrières. Par la suite, il y a arrêt de la production d’ouvrières pour faire plutôt la production d’individus sexués, soit les mâles puis les gynes. Ensuite, vers l’automne, le nombre de mâles et de gynes vont diminuer . En hiver, il y a une chute drastique de gynes et de mâles. Ce graphique a été inspiré et adapté par des données obtenues sur Bombus terretris dans la région méditerranéenne de Gruel et al. (2008). Cependant, il peut différer des données réelles sur Bombus ternarius. Pour Bombus ternarius, les reines peuvent être vues entre avril et septembre, les ouvrières entre mai et septembre et les mâles entre juillet et octobre. Ces intervalles varient quelque peu avec les intervalles des classes du graphique1.

    Détermination des castes

    Contrairement à l’abeille domestiquée, la composition de la nourriture destinée aux larves ne semblerait pas déterminer la caste qu’auront les larves fertilisées puisque toutes les larves reçoivent la même nourriture.6

    Eusocialité

    Les bourdons sont des êtres sociaux et sont organisés en trois castes différentes. Il y a la reine qui a comme fonction principale de pondre des œufs et de se reproduire, les mâles qui ont comme fonction de se reproduire et les ouvrières qui ont comme fonction de défendre le nid et de trouver de la nourriture. Cette socialité pourrait avoir été à l’origine des adultes qui restaient dans le nid pour aider à élever les petits de la reine. Selon une théorie établie par W.D. Hamilton en 1960, ce comportement social serait issu d’une variation génétique et les gènes de l’altruisme auraient été naturellement sélectionnés. Il y aurait ensuite suffisamment de gènes altruistes pour créer une génération qui ne produiront pas d’œufs. Ainsi, la structure sociale simple d’une colonie, dont celle des bourdons, est celle d’une grande famille. Chez les bourdons, comparativement aux colonies d’abeilles et de guêpes, il existe de nombreux conflits au sein de cette structure sociale puisque vers la fin du cycle de la colonie, les travailleuses vont se montrer agressifs envers la reine. Ceux-ci vont manger ses œufs et vont essayer d’avoir leurs propres œufs. En effet, ces dernières possèdent des ovaires et peuvent ne pas être complètement stériles. Les ouvrières peuvent ainsi produire des œufs qui ne seront pas fertilisés et se développeront pour devenir des mâles. La reine va riposter en se montrant elle aussi agressive et en mangeant les œufs des ouvrières. Les colonies de bourdons sont donc moins paisibles entre elles et peuvent même dans certains cas tuer leur reine. Ce conflit provient de l’habilité de la reine et des travailleuses de produire des individus et donc de vouloir élever leur propre progéniture. 7

    La relation du bourdon avec les autres espèces

    Pour diminuer la compétition, les bourdons sont très spécialisés envers certains types de fleur et vont rarement changer, sauf si le type de fleurs qu’ils préfèrent est rare. Un simple bourdon peut refaire le même parcours de pollinisation plusieurs fois sur les mêmes fleurs. Lorsque plusieurs bourdons pollinisent la même région, ils pollinisent des fleurs différentes.8 Par exemple, Bombus ternarius, pour éviter toute sorte de conflit ou de compétition avec l’espèce Bombus terricola, va polliniser les parties distales des grappes de la verge d’or lorsque Bombus terricola est présent.9

    Les bourdons peuvent être victimes de différents parasites, mais certains peuvent même vivre en tant que parasite comme le bourdon Bombus insularis. Ceux-ci ont perdu l’habilité de recueillir du pollen et de produire de la cire. La femelle, suite à un accouplement avec le mâle, va entrer dans le nid d’une autre espèce de bourdon, tuer sa reine et obliger les ouvrières à travailler pour elle et à la nourrir avec l’aide de phéromones ou d’agressions physiques pour être plus convaincante. La progéniture de cette espèce aura la capacité de s’accoupler et quittera le nid. Les femelles qui se sont accouplées vont alors rechercher d’autres nids à envahir. Avant d’envahir une autre colonie, celles-ci vont se nourrir directement sur des fleurs. Les mâles quant à eux se promènent à la recherche de femelles. Bombus insularis est connu pour envahir plusieurs espèces différentes de bourdons dont Bombus ternarius. 10  

    Importance écologique

    Chez plusieurs hyménoptères et en particulier chez les Apidae, ces derniers auront un rôle écologique très important. En ce qui concerne les bourdons, ils seront responsables d’une grande partie de la pollinisation des fleurs. Au cours des siècles, les plantes à fleurs et les insectes ont co-évolué pour leur survie. Les plantes donnent du nectar aux insectes et en contrepartie les insectes sont responsables d’une partie de leur reproduction sexuée. Lorsque les Apidae butinent, les vibrations vont détacher le pollen des étamines qui va, ensuite, se fixer aux poils de l’insecte. Ainsi, en butinant de fleurs en fleurs, les bourdons comme plusieurs insectes vont relâcher du pollen sur le pistil de plusieurs fleurs. De ce fait, les bourdons sont responsables de la production de plusieurs fruits qui à la base de la chaîne alimentaire pour plusieurs autres animaux. De plus, étant donné que les bourdons peuvent butiner dans plusieurs. C’est pour cette raison que les bourdons sont utilisés dans le domaine de l’agriculture autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de serres. Ils sont utilisés pour polliniser plusieurs cultures comme les tomates, les poivrons, les framboises, les bleuets, la ciboulette, les concombres, les pommes, les fraises, la luzerne, les mûres, le soja, les tournesols, les haricots, les cerises, les abricots, les prunes, les amandes, les nectarines, les pêches, les cynorhodons, les aubergines et les canneberges.1 De plus, il existe des différences majeures sur les fruits produits par la pollinisation des bourdons en comparaison avec la pollinisation manuelle des fleurs par l’homme. Premièrement, l’efficacité des bourdons est plus grande que les méthodes manuelles. Ainsi, la production se voit améliorée, car plus de fleurs seront fécondées et formeront plus de fruits. Deuxièmement, le fruit produit par pollinisation des bourdons sera plus gros en comparaison avec la méthode manuelle.11, 12

    *Toutes les photos sont des photos d’un spécimen de Bombus ternarius prise par les auteurs le 28 septembre 2017 et capturé le 7 septembre 2017 à la Station de biologie des Laurentides à moins d’indication contraire comme c’est le cas avec les diagrammes*

    Bibliographie

    1 : Colla, S. Richardson, L. Williams P. (2011), Bumbles bees of the eastern United States, Guide d’identification produit par le Département d’agriculture des États-Unis et du Pollinator Partnership, 104 pages

    2: Cameron, S. A., Hines, H. M. et Williams, P. H. (2007) A comprehensive phylogeny of the bumble bees (Bombus). Biological Journal of the Linnean Society 91: 161-188.

    3: Gurel, F., Gosterit, A. & Eren, Ö. (2008). Life-cycle and foraging patterns of native Bombus terrestris (L.) (Hymenoptera, Apidae) in the Mediterranean region. Insect Sociaux 55 (2): 123–128.

    4: Pelletier, L. (2003) Facteurs affectant le succès reproducteur des bourdons en milieu naturel. Thèse présentée à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval

    5: « Insectes et autres arthropodes, Bourdons », Dans Ville de Montréal, Espace pour la vie, http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/bourdons (Page consultée 1 novembre 2017)

    6: Pereboom, J. J. M. (2000). The composition of larval food and the significance of exocrine secretions in the bumblebee Bombus terrestris. Insectes Sociaux. 47 (1): 11–20. doi:10.1007/s000400050003.

    7: Grzimek’s Animal Life Encyclopedia: Insects, 2nd édition. (2003) Édité par Michael Hutchins, Arthur V. Evans, Rosser W. Garrison and Neil Schlager, vol.3, pages 70-71

    8: Heinrich, B. (1976), The Foraging Specializations of Individual Bumblebees. Ecological Monographs, 46: 105–128. doi:10.2307/1942246

    9: Douglass H. Morse. (1977) Resource Partitioning in Bumble Bees: The Role of Behavioral Factors, Department of Zoology, University of Maryland, Vol. 197, Issue 4304, pp. 678-680 DOI: 10.1126/science.197.4304.678

    10: Williams, P.H., Thorp, R.W., Richardson, L.L. and Colla, S.R. (2014). The Bumble bees of North America: An Identification guide, Princeton University Press: Princeton.

    11: Dogterom, M. H., Matieoni, J. A., Plowright, R. C. (1998). Pollination of Greenhouse Tomatoes by the North American Bombus vosnesenskii (Hymenoptera: Apidae). Journal of Economic Entomology 91(1): 71-75.

    12: Palma, G., Quezada-Euán, J. J. G., Reyes-Oregel, V., Meléndez, V., Moo-Valle, H. (2008) Production of greenhouse tomatoes (Lycopersicon esculentum) using Nannotrigona perilampoides, Bombus impatiens and mechanical vibration (Hym.: Apoidea). Journal of Applied Entomology 132(1): 79-85.

  • Dolichovespula maculata (Linnaeus 1763)

    Dolichovespula maculata (Linnaeus 1763)

    La guêpe à taches blanches

    par Alys-Anh MORIN et Andrée-An THERRIEN

    Texte et images ©2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le spécimen a été capturé en train de manger près du chalet d’accueil de la Station de biologie des Laurentides le 7 septembre 2017

    Classification

    Classe: Insecta
    Ordre: Hyménoptera
    Sous-ordre: Apocrita
    Infra-ordre: Aculeata
    Super-famille: Vespoidea
    Famille: Vespidae
    Sous-famille: Vespinae
    Genre: Dolichovespula
    Espèce: Dolichovespula maculata (Linnaeus, 1763)

    Identification du spécimen

    L’identification du spécimen consistait d’abord à observer ses caractéristiques particulières afin de trouver l’ordre d’insectes auquel il appartient. Le fait que le spécimen avait les ailes antérieures plus grandes que les ailes postérieures et qu’il y avait la présence de petits crochets sur ces dernières nous a permis de conclure qu’il appartient à l’ordre des Hyménoptères. Les ailes sont translucides et de teinte brunâtre. Les crochets servent à accrocher les ailes postérieures à celles antérieures afin de rendre le vol plus efficace. Le spécimen possède aussi trois ocelles derrière la tête pour capter la lumière et possiblement stabiliser le vol.

    Figure 1: Les ailes antérieures sont plus grandes que les ailes postérieures

    Figure 2: Les ailes antérieures sont accrochées aux ailes postérieures à l’aide de petits crochets

    Figure 3: Les trois ocelles situés derrière la tête de la guêpe

    Ensuite, il a été possible de déterminer le sous-ordre Apocrita du spécimen grâce à la taille mince visible séparant le thorax du gastre. Cette taille permet de rendre le gastre plus flexible dans l’utilisation de l’oviscapte pour la ponte chez les «Parasitica» (guêpes parasitoïdes pondant leurs œufs à l’extérieur ou à l’intérieur d’un hôte où ceux-ci se développent) ou dans l’utilisation du dard comme mécanisme de défense chez l’infra-ordre Aculeata comprenant les guêpes piqueuses et sociales (Richter, 2000).  En fait, les Aculeata auraient évolué d’un ancêtre parasitoïde généralisé par la modification de l’oviscapte (organe de ponte) en dard. En ce qui concerne le spécimen, il est possible de voir un dard ressorti et donc, il fait partie de l’infra-ordre Aculeata. Le spécimen appartient à la famille des Vespidae, car celle-ci comprend les guêpes sociales. Plus précisément, il fait partie de la sous-famille Vespinae puisqu’il est reconnu pour fabriquer des nids de carton ou de papier (Borror et White, 1970, p. 348 et 349).

    Figure 4: La taille mince séparant le thorax du gastre chez les Apocrita. Le dard comme mécanisme de défense chez les Aculeata

     

    Le genre Dolichovespula a pu être déterminé en observant l’espace présent entre la mandibule et l’œil du spécimen (espace oculo-malaire) (Species Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet, 2017). Les autres guêpes n’appartenant pas à ce genre ont normalement les mandibules accolées à leurs yeux, mais ce n’est pas le cas ici. Finalement, l’espèce du spécimen est D. maculata puisqu’il a le corps noir avec des lignes et bandes blanches ornant la tête, le thorax et les derniers segments de l’abdomen (Dubé, 2017). Justement, Dolichovespula maculata est communément appelée la « guêpe à taches blanches » à cause de cela.

    Figure 5: L’espace oculo-malaire entre la mandibule et l’œil de la guêpe

    Figure 6: Les diverses taches blanches sur la tête, le thorax et l’abdomen de la guêpe

    Distribution géographique et habitat

    Il existe 7 à 8 espèces appartenant au genre Dolichovespula en Amérique du Nord (Jacobs, 2010). Dolichovespula maculata est une espèce de guêpes native de l’Amérique du Nord, soit du Canada. Elle est retrouvée dans pratiquement toutes les provinces et territoires canadiens à l’exception du Nunavut (Buck et al., 2008). Elle habite aussi la côte occidentale et la plupart de la côte orientale des États-Unis. Toutefois, elle est surtout retrouvée au sud-est des États-Unis. Cette espèce préfère les zones tempérées naturelles, comme les forêts ou les roches, mais aussi les zones de végétation dans les endroits urbains afin de construire son nid. Par exemple, il est possible de retrouver un nid appartenant à cette espèce près d’une maison, d’une cabane ou même près de poteaux électriques (Buck et al., 2008). Son nid est construit dans un arbre, un arbuste ou tout autre endroit au-dessus du sol variant entre 1,1 et 20, 0 mètres de hauteur (Archer, 2006). Dolichovespula maculata est reconnue pour fabriquer son nid plus haut que la majorité des autres espèces de guêpes (Buck et al., 2008).

    Biologie et cycle de vie

    L’alimentation des guêpes à taches blanches varie selon le stade de développement de l’individu ainsi que l’endroit géographique où elles vivent. Les larves s’alimentent du nectar des fleurs rapporté et fourni par les adultes. Ces derniers sont principalement carnivores et se nourrissent de plusieurs types d’insectes et d’arthropodes vivants plus petits, telles que les araignées. Par contre, il arrive parfois qu’elles se nourrissent d’insectes plus gros comme des cigales ou des mantes prédatrices. De plus, elles peuvent occasionnellement fouiller de la viande morte pour des protéines, mais la majorité du temps, elles attrapent leurs proies vivantes. Pour discriminer les proies potentielles des proies non potentielles, elles survolent à basse altitude l’environnement et la végétation. Plus précisément, elles utilisent des repères visuels et se dirigent vers des silhouettes irrégulières lorsqu’elles en aperçoivent (Richter, 2000). Pour attraper leurs proies, les guêpes à taches blanches (et autres guêpes sociales) ont tendance à tuer leurs proies par une morsure plutôt que par leur dard. Celui-ci n’est seulement qu’utilisé comme moyen de défense en injectant un venin à l’intérieur de leur assaillant. Les guêpes à taches blanches se nourrissent aussi de fruits ou de certaines sèves d’arbres.

    Figure 7: Dolichovespula maculata  en train de manger un arthropode

    Le cycle de vie de la guêpe Dolichovespula maculata se base sur le cycle de vie de la colonie, se divisant en trois stades, et s’étale sur une année. À chaque printemps (début mai), les nouvelles colonies sont fondées par une reine née l’été précédent. La durée de vie d’une colonie, qui est d’environ quatre mois, s’étend jusqu’à la fin du mois de septembre. Par contre, à des latitudes plus basses, la longévité d’une colonie peut s’étendre jusqu’à 5 mois (Archer, 2006). Le premier stade de la colonie est sa fondation par une reine sortant d’hivernation. Cette dernière élève seule la première couvée d’ouvrières. Cette période dure entre 23-24 jours. Les œufs éclosent 6 jours après la ponte, puis les larves grandissent pendant 8 jours.  Les ouvrières émergent une dizaine de jours plus tard. De façon surprenante, le couvain peut contribuer à la croissance de la colonie avant qu’il soit mature. En effet, il produit de la chaleur et fourni de la salive pour la reine. D’ailleurs, la construction du nid se fait à partir de bois mâché avec de l’amidon et de la salive. Cette préparation, qui est ensuite étendue autour de leurs pattes et leurs mandibules, sèche pour former du papier. Une fois les ouvrières adultes, le second stade débute. C’est la plus longue phase de vie de la colonie (Greene, 1984). Les ouvrières s’occupent de toutes les tâches d’entretien de la ruche (ex: construction d’alvéoles, collecte de nourriture et de matériaux pour la construction du nid) ainsi que les soins des futures ouvrières afin d’assurer la croissance de la colonie. De son côté, la reine se consacre entièrement à la reproduction en déposant des œufs dans les alvéoles de la ruche (Felippotti, 2009). Le dernier stade débute lorsqu’un certain seuil de croissance de la ruche est atteint. C’est à ce moment que la colonie concentre ses efforts sur la production d’individus reproducteurs tels que les reines et les mâles (Greene, 1984). La production de ces individus peut commencer durant le second stade, mais elle est très coûteuse. En effet, les mâles et les jeunes reines nourrissent uniquement les proies que les ouvrières rapportent dans la ruche. Conséquemment, les efforts déployés à la production de nouvelles ouvrières sont moindres.

    La colonie est divisée en plusieurs castes : les ouvrières, le mâles et les reines. La différenciation est le résultat d’une nutrition particulière combinée à des alvéoles de plus grande taille. C’est pour cette raison que les reines D. maculata peuvent être de tailles différentes.  Il peut arriver que certaines reines aient la même taille que des ouvrières d’une colonie voisine. Cependant, les reines (18-20 mm) sont toujours de plus grande taille que les ouvrières (12-14 mm) de leur propre colonie (Jacobs, 2010). La grande taille des reines favorise leur survie à l’hiver lorsqu’elles entrent en diapause. La diapause est un état dans lequel la guêpe diminue au minimum ses activités. Elle doit résister au gel tout en conservant suffisamment de réserves (Felippotti, 2009).

    Bibliographie

    ARCHER, Michael. (2006). Taxonomy, distribution and nesting biology of species of the genus Dolichovespula (Hymenoptera, Vespidae). Entomological Science, 9: 281–293

    BORROR, Donald J. et WHITE, Richard E. (1970). Peterson Field Guides – Insects of America North of Mexico (1ère édition). Boston, États-Unis: Houghton Mifflin Company

    BUCK, Matthias, MARSHALL, Stephen A. et CHEUNG, David K. B. (2008). Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Neartic region. Repéré à https://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/84d_maculata.html

    BUGGUIDE. Species Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet. (2017). Repéré à https://bugguide.net/node/view/2890

    DUBÉ, Jocelyn. (2017). La guêpe à taches blanches – Dolichovespula maculata. Repéré à http://www.bestioles.ca/insectes/guepe-a-taches-blanches.html

    ENCYCLOPEDIA OF LIFE. Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet. (s. d.). Repéré à http://eol.org/pages/239818/details

    FELIPPOTTIA, G.T., TANAKA JUNIORA, G.M., NOLL, J.B. & WENZEL, J.W. (2009). Discrete dimorphism among castes of the bald-faced hornet Dolichovespula maculata (Hymenoptera: Vespidae) in different phases of the colony cycle. Journal of Natural History, 43(39-40): 2481-2490

    GREENE, Albert. (1984). Production Schedules of Vespine Wasps: An Empirical Test of the Bang-Bang Optimization Model. Journal of The Kansas Entomological Society, 57(4):545-568

    JACOBS, Steve. (2010). Insect Advice from Extension – Baldfaced Hornet. Repéré à http://ento.psu.edu/extension/factsheets/baldfaced-hornet

    RICHTER, Raveret. (2000). Social Wasp (Hymenoptera: Vespidae) Foraging Behavior. Annual Review of Entomology, 45:121-150

  • Bombus impatiens Cresson 1863

    Par Olivier Desbiens et Giuliano Lafrenière Di Fruscia

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    Bombus impatiens femelle ouvrière capturée à la Station de Biologie des Laurentides à St-Hippolyte, le 1r Septembre 2016.

    Bombus impatiens, le bourdon commun de l’est, est une espèce qui a été décrite par Cresson en 1863. Bombus en latin veut dire bruit retentissant et résonnant. Impatiens en latin fait référence aux plantes du genre Impatiens dont Bombus impatiens visite souvent durant ses récoltes de nectar.

    L’espèce est commune sur la côte Est de l’Amérique du Nord mais démontre des concentrations plus élevées dans la côte nord-est américaine, dont les états de New York, New Jersey et le Massachusetts. Contrairement à d’autres polinisateurs, Bombus impatiens n’est pas en déclin mais en augmentation en terme d’abondance et de distribution géographique (Colla et al., 2008).

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    Impatiens walleriana, souvent fréquentée par le bourdon Bombus impatiens, d’où vient l’origine de son nom. Photo par André Karwath [CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons]

    Identification

    Pour différencier Bombus impatiens des autres bourdons du genre Bombus, il a fallut porter attention aux caractères suivants: l’abdomen est divisé en 6 parties (T1 à T6) qui peuvent être colorées soit de poils jaunes ou noirs. Chez Impatiens, le segment T1 est jaune pâle et les segments T2 à T6 sont noirs. Un autre caractère qui permet de différencier Impatiens des autres espèces est l’espace malaire; dans Bombus impatiens, l’espace malaire entre le point d’attachement de la mandibule et le dessous de l’oeil est plus court que la largeur de la base de la mandibule qui ne serait pas toujours le cas chez les autres espèces de Bombus. Ensuite, chez impatiens, les tarsomères des pattes ont une extrémité postérieure arrondie. Les poils du thorax sont généralement jaunes et courts mais démontrent une couleur noire près de la base des ailes. (Colla et al., 2008). Le mâle se différencie de la femelle ouvrière en ayant 7 segments abdominaux ainsi que 12 segments chez l’antenne. Chez la femelle, l’abdomen possède 6 segments et l’antenne, 12 segments. La reine possède les mêmes caractéristiques que la femelle mais est significativement plus grande que le mâle et la femelle ouvrière (Colla et al., 2008).

    Cycle de vie

    Les différents membres de Bombus impatiens sont divisés en castes selon leurs fonctions. La reine s’occupe de la reproduction. Elle s’accouple à un mâle au début de l’automne pour ensuite chercher un site approprié où y hiberner et y passer l’hiver. Au printemps, la reine débutera la ponte de ses œufs dans un début de ruche où les femelles ouvrières émergeront. Après leurs pontes, le développement larvaire dure à peu près 5 semaines et est dépendant de la température et de la quantité de nourriture. Lorsque l’été avance, la colonie contient le maximum de travailleurs et commence à produire des mâles et des futures reines. Les mâles s’accoupleront aux jeunes reines. Les reines commenceront leurs recherches d’un endroit pour y hiberner alors que le reste de la colonie incluant les femelles ouvrières et les mâles seront tué par le froid de l’hiver. Chaque reine ne vit qu’une génération alors la continuité des générations dépend des nouvelles reines pondues en été (Colla et al, 2008).

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    Accouplement d’une femelle reine et d’un mâle. Photo prise et publié avec la permission de Khalil Abas au Parc National d’Oka le 16 octobre 2016.

    Biologie

    Les bourdons ont la rare capacité, parmi les insectes, de choisir leur mode de thermorégulation: ils peuvent être ectothermes, c’est-à-dire réguler leur propre température à l’aide de sources de chaleur externes, comme le soleil, ou encore ils peuvent être endothermes: ils génèrent leur propre chaleur par leurs muscles thoraciques en frissonnant afin d’atteindre une température de vol optimale de 30˚C.

    Les membres du genre Bombus dépendent entièrement des angiospermes; les adultes utilisent le nectar comme carburant pour le vol et donnent le pollen aux larves pour leur développement. Leur choix de plantes est gouverné par la longueur de leur langue afin de maximiser la rapidité de l’extraction du nectar (ils préfèrent une profondeur équivalent à la longueur de leur langue). Cette préférence pour certains types de plantes réduit la compétition inter-espèce. Dû à leur cycle de vie prolongé, les bourdons doivent être généralistes.

    Pour optimiser cette relation avec les plantes à fleur, ils ont développé une technique de pollinisation vibratile; une technique efficace pour recueillir le pollen en le faisant tomber des anthères grâce aux vibrations qu’ils émettent.

    Les bourdons ne présentent pas de mémoire limitante: les habiletés à polliniser une plante sont retenues dans la mémoire à long terme pour des semaines même si elles ne sont pas utilisées. Par exemple, des individus de B. impatiens entraînées pour passer à travers un labyrinthe ont retenu l’habileté de manipuler une plante pour un minimum de 20 jours même si elle n’a pas été utilisée durant cette période (Chittka, 1998).

    Impacts dans les écosystèmes

    Les espèces de bourdons sont des importants pollinisateurs dans les champs agriculturaux et dans les serres. Contrairement aux abeilles à miel, elles sont capables de polliniser dans des conditions de froid, de pluie, et nuageuses. En conséquence à leur caractéristique généraliste, les bourdons ont visité des centaines d’espèces de plantes natives et pollinisent, entre autre, les plants de tomates, poivrons, fraises, bleuets, concombres.

    Des études récentes prouvent la capacité étonnante de pollinisation des bourdons: Une étude suggère que 7-15 colonies de B. impatiens par hectare (équivalent à à peu près 2000 aller-retour de bourdons par hectare par jour) sont suffisants pour la pollinisation de tomates en serre (Morandin et al., 2001). À des fins de comparaisons, des essais fait en Europe, Amérique du Nord et Nouvelle Zélande démontrent que seulement 5 colonies de B. impatiens par hectare de plants de bleuets est équivalent à 7,5 colonies d’abeilles à miel par hectare, même si les bourdons ont beaucoup moins d’ouvrières par colonie (Goulson, 2003).

    Bombus impatiens a été domestiqué et produit industriellement pour polliniser les plants de tomates et de poivrons en serre au début des années 1990. Cette espèce est actuellement transportée hors de sa distribution géographique, notamment en Californie et au Mexique (Goulson, 2003).

    Bibliographie

    Colla, S., Richardson, L., Williams, P. (2008). Bumble Bees of the Eastern United States. United States Department of Agriculture. Article Web consulté le 21 octobre 2016 au http://www.xerces.org/wp-content/uploads/2008/09/Eastern_Bumble_Bee.pdf

    Chittka, L. (1998).  Sensorimotor learning in bumblebees: Long-term retention and reversal training. J. Exp. Biol. 201, 515-524.

    Goulson, D. (2003). Bumblebees behavior and ecology. Oxford University Press, New York.

    Morandin, L.A., Laverty, T.M., and Kevan, P.G. (2001). Bumble bee (Hymenoptera: Apidae) activity and pollination levels on commercial tomato greenhouses. J. Econ. Entomol. 94, 462-467

    Photo impatiens walleriana par André Karwath [CC BY-SA 2.5 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5)], via Wikimedia Commons. Photo enregistré le 21 octobre 2016 au https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Impatiens_walleriana_-_blossom_(aka).jpg

  • Rhyssa lineolata (Kirby 1837)

    Par Francis Banville et Philippe Maisonneuve

    Le spécimen a été capturé en plein vol au filet fauchoir le 1er septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides le long du sentier forestier menant au lac Corriveau.

    Photos non-citées réalisées par Francis Banville et Philippe Maisonneuve


    Classification

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hymenoptera

    Superfamille : Ichneumonoidea

    Famille : Ichneumonidae

    Sous-famille : Rhyssinae

    Tribu : Rhyssini

    Genre : Rhyssa

    Espèce : Rhyssa lineolata (Kirby, 1837)


    Identification

    L’identification de cette guêpe parasitoïde peut s’avérer particulièrement ardue en raison du caractère très diversifié de la famille des Ichneumonidae. En effet, la liste des noms d’espèces appartenant à ce groupe taxonomique s’étend sur près de 1 600 pages (Yu & Hortsmann, 1997). De plus, les clés d’identification qui y sont associées ont souvent recours à des critères nécessitant une connaissance pointue de la morphologie des insectes.

    Tout d’abord, on remarque que les ailes antérieures sont plus grandes que les ailes postérieures. L’insecte possède aussi une taille de guêpe bien visible séparant le thorax du gastre. Ces deux indices nous orientent vers l’ordre des hyménoptères. Seuls quelques critères sont requis pour déterminer la super-famille. Chez les Ichneumonoidea, le trochanter des pattes métathoraciques est bi-segmenté, les antennes comptent au moins 16 segments et, chez les femelles, l’ovipositeur est souvent au moins aussi long que le corps de l’insecte (BugGuide, 2013-2016).

    Vient ensuite l’identification de la famille.  Les Ichneumonidae ont généralement des antennes au moins aussi longues que la moitié de leur corps. Ledit corps mesure en général entre 3 et 40 mm (BugGuide, 2003-2016).

    Figure 1. Antennes au moins aussi longues que la moitié du corps

    Certaines espèces d’Ichneumonidae peuvent parfois être confondues avec des Braconidae. Une observation rapide de la nervation de l’aile antérieure permet de confirmer l’identification. Si l’aile comporte une cellule rectangulaire et une petite nervure incomplète émanant du coin du rectangle et pointant vers la partie antérieure de l’insecte, il s’agit bel et bien d’un Ichneumonidae (Washington State University, 2016).

    Figure 2. Cellule rectangulaire au centre de l’aile antérieure

    L’identification des Ichneumonidae à la sous-famille est une tâche particulièrement ardue, car elle nécessite absolument l’utilisation d’une clé d’identification passablement longue et complexe. À cette étape, la consultation d’une banque de spécimens comme celle de la collection entomologique Ouellet-Robert (QMOR) peut s’avérer être un moyen rapide de cibler certaines sous-familles et d’en éliminer d’autres. La clé d’identification de David Wahl de l’American Entomological Institute permet de déterminer que le spécimen appartient à la sous-famille Rhyssinae. Cette clé nécessite par contre la vérification de près de 60 critères différents. Deux critères clés permettent néanmoins d’identifier les Rhyssinae avec un bon degré de certitude. Le premier est la présence de nombreuses crêtes transversales au niveau du mésoscutum (la portion antérieure et dorsale du mésothorax).

    Figure 3. Crêtes transversales au niveau du mésoscutum
    Auteur : Ian Gauld et David Wahl
    Licence : CC BY-NC 2.5

    Parmi les Ichneumonidae, seules les Rhyssinae et les espèces du genre Pseudorhyssa possèdent ce caractère. Pour s’assurer que le spécimen appartienne bel et bien aux Rhyssinae, on doit s’assurer qu’il ne possède pas de sillons antérolatéraux au niveau du mésothorax.

    L’identification au genre peut se faire sur la base de deux critères (American Entomological Institute, 2014). Le premier est la présence d’un areolet (petite cellule circulaire formée  par les nervures) sur les ailes antérieures.

    Figure 5. Areole présente sur l'aile antérieure
    Figure 5. Areolet présent sur l’aile antérieure
    Auteur : Ian Gauld et David Wahl
    Licence : CC BY-NC 2.5

    Le second critère nécessite d’observer le clypéus de l’insecte. Lorsque des tubercules (petites excroissances) sont présents en position centrale, on peut confirmer qu’il s’agit bien du genre Rhyssa.

    Figure 6. Tubercules sur le clypéus en position centrale
    Auteur : Ian Gauld et David Wahl
    Licence : CC BY-NC 2.5

    L’identification à l’espèce de notre spécimen fut plutôt difficile puisqu’aucun spécimen de Rhyssa lineolata ne figurait dans la collection Ouellet-Robert. Selon les avis concertés d’une experte des hyménoptères de l’Université d’Ottawa et d’Étienne Normandin, coordonnateur de la QMOR, il s’agirait de Rhyssa lineolata, qui est l’une des seules espèces de Rhyssa à posséder de larges bandes blanches à l’extrémité des antennes. De plus, le lieu de capture du spécimen concorde avec la répartition géographique de cette espèce.

    Figure 7. Bandes blanches à l’extrémité des antennes


    Habitat et distribution géographique

    C’est au début du Crétacé, il y a 145 millions d’années, que se seraient manifestées les premières espèces d’Ichneumonidae (Encyclopedia of Life). Celles-ci peuplaient probablement le territoire occupé par la Sibérie actuelle (Townes, 1973). De nos jours, cette famille particulièrement diversifiée d’hyménoptères est présente sur tous les continents, particulièrement dans les milieux chauds tels l’île de Madagascar ou les Iles Fidji.

    En Amérique, à l’exception de deux genres (Rhyssa et Epirhyssa), toutes les espèces de Rhyssinae sont exclusives à l’hémisphère nord. En Honduras, par exemple, une seule espèce de Rhyssa subsiste en milieux montagneux. Par ailleurs, il a été démontré qu’une diversité en espèces de plantes dans la forêt amazonienne était favorable à la richesse en Rhyssa du territoire (Gauld et Wahl, 2002). En Amérique du Nord, on retrouve une diversité notoire de Rhyssinae dans les forêts feuillues du nouveau continent. Rhyssa lineolata y est d’ailleurs très répandue. On la retrouve en effet dans cinq provinces canadiennes et vingt-deux États américains. Elle a également été identifiée en Nouvelle-Zélande (Hymenoptera – Ichneumonoidea, 1997-2012).


    Écologie et comportement

    Les Ichneumonidae sont des parasitoïdes, c’est-à-dire qu’elles se développent à l’intérieur ou par-dessus un hôte, dont la mort constitue le retentissement sévère de la symbiose (Encyclopedia of Life). En particulier, les individus de la sous-famille Rhyssinae se sont spécialisés sur les larves de Siricoidea, reconnues pour les dommages considérables qu’elles causent à certaines espèces d’arbres. Les femelles forment souvent des attroupements près des arbres contaminés, utilisant leur ovipositeur afin d’y creuser, quelques minutes durant, un trou susceptible de rejoindre l’une de ces larves. Les proies ainsi vulnérables, elles se feront piquer et paralyser par les guêpes, qui profiteront de cette occasion pour déposer un œuf de grande taille sur l’hôte qu’elles auront ciblé. L’éclosion survient rapidement, suivie par la consommation graduelle de la larve, qui sera réduite à ses structures non comestibles. C’est pourquoi les Rhyssinae sont considérées comme des ectoparasitoïdes idiobiontes. L’achèvement de l’ingestion de la défunte marquera le début de la formation du cocon et, chez plusieurs espèces, celui de la métamorphose complète. À des fins reproductives, les mâles émergent de l’arbre une journée ou deux avant les femelles, attendant en essaim la sortie d’une partenaire. Dans les régions tempérées nordiques, ce sont les familles Siricidae et Xiphydriidae qui sont utilisées comme environnement propice au développement des Rhyssinae. Ces derniers peuvent en outre disposer d’autres parasitoïdes de ces familles pour assurer la croissance de leur progéniture (Gauld et Wahl, 2002).

    Sirex noctilio est une Siricidae récemment introduite en Amérique du Nord. Cette espèce est connue notamment pour les dégâts importants qu’elle inflige aux pins. Elle contribue en effet à la hausse de la mortalité des arbres du genre Pinus. L’accroissement de sa population soulève de ce fait certaines inquiétudes économiques, dont l’envergure pourrait être amenuisée par une stratégie de lutte efficace contre cet insecte.  Rhyssa lineolata fait partie de l’un de ses plus importants parasitoïdes. Sous certaines conditions, l’espèce à laquelle notre spécimen appartient pourrait donc s’avérer être un agent de lutte biologique efficace pour freiner la progression du parasite nuisible aux espaces forestiers. En Ontario, par exemple, son utilisation pourrait bénéficier au pin gris (Pinus banksiana) et au pin sylvestre (Pinus sylvestris), deux espèces touchées par ce fléau. De façon plus générale, une dizaine d’espèces de conifères pourraient être protégées de cinq espèces de Siricidae en Amérique du Nord, si Rhyssa lineolata était utilisée en lutte biologique (Coyle & Gandhi, 2012).

    sirex-noctilio
    Figure 8. Sirex noctilio
    Auteur : Chris Standley
    Licence : CC BY-NC 2.0


    Références

    BugGuide.Net. (2003-2016). Family Ichneumonidae – Ichneumon Wasps. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/150

    BugGuide.Net. (2003-2016). Superfamily Ichneumonoidea – Braconids and Ichneumons. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/14971

    Coyle, D.R. & Gandhi, K.J.K. (2012). The Ecology, Behavior, and Biological Control Potential of Hymenopteran Parasitoids of Woodwasps (Hymenoptera: Siricidae) in North America. Environmental  Entomology. 41(4), 731-749.

    Encyclopedia of Life. Ichneumonidae. Repéré à : http://eol.org/pages/703/overview

    Encyclopedia of Life. Ichneumonoidea. Repéré à : http://eol.org/pages/660/overview 

    Hymenoptera – Ichneumonoidea. (1997-2012). Rhyssa lineolata. Repéré à  : http://www.taxapad.com/local.php?showpage=taxonomy

    Gauld I. and Wahl D. (2002). The American Entomological Institute. (2002). Subfamily Rhyssinae. Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/Rhyssinae/

    Genera Ichneumonorum Nearcticae. 2014 (and updates). Version: 2014.09.04. http://www.amentinst.org/GIN/. Wahl D Key to genera of Nearctic Rhyssinae (Hymenoptera: Ichneumonidae). Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/Keys/Rhyssinae/Key%20to%20genera%20of%20Nearctic%20Rhyssinae%202014.09.04.pdf

    Genera Ichneumonorum Nearcticae. 2015 (and updates). Version: 2015.04.10. http://www.amentinst.org/GIN/.Wahl D. Key to the Subfamilies of North and Central American Ichneumonidae: Section 4. Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/Subfamily_Key/Subfamily_key_4_2016.07.01.pdf

    Townes, H.K. (1973). Two ichneumonids (Hymenoptera) from the Early Cretaceous. Proceedings of the Entomological Society of Washington, 75, 216-219.

    Yu, D. S. & Hortsmann, K. (1997). A catalogue of world Ichneumonidae (Hymenoptera). Memoirs of the American Entomological Institute, 58, 1558.

    Washington State University. (2016). Ichneumonid wasps. Repéré à : http://jenny.tfrec.wsu.edu/opm/displaySpecies.php?pn=920

  • Ichneumon feriens (Heinrich 1961)

    Par Vanessa Charbonneau, Elena Neszvecsko et Alexis Trépanier

    (Édité par Étienne Normandin)

    Texte et photographies © 2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Photos réalisées par Vanessa Charbonneau et Elena Neszvecsko

    Le spécimen a été capturé au filet, le 3 septembre 2015, à la Station de Biologie des Laurentides, plus spécifiquement dans le sentier forestier menant au Lac Geai.


    Classification

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hymenoptera

    Superfamille : Ichneumonoidea

    Famille : Ichneumonidae

    Sous-famille : Ichneumoninae

    Tribu : Ichneumonini

    Genre : Ichneumon

    Espèce : Ichneumon feriens (Heinrich, 1961)


    Identification

    Afin d’identifier Ichneumon feriens, une espèce faisant partie du groupe paraphylétique des « Parasitica », de nombreux critères doivent être considérés. En effet, l’identification des espèces de la famille des Ichneumonidae n’est pas évidente, l’utilisation de clés d’identification spécifiques est donc requise.

    En premier lieu, il est nécessaire d’identifier la superfamille de cette espèce. Pour y arriver, deux observations peuvent être faites. Tout d’abord, la superfamille des Ichneumonoidea est reconnue pour avoir des antennes d’au moins seize segments. De plus, les individus ont un trochanter bisegmenté. Si l’individu à identifier était une femelle, ce qui n’est pas le cas ici, un autre critère permettrait de reconnaitre que l’insecte est membres de cette superfamille. En effet, les femelles possèdent un ovipositeur s’élevant en face de l’apex de l’abdomen qui est bien souvent de la même longueur ou plus grand que le corps de l’individu (BugGuide, 2003-2014).

    En deuxième lieu, il est nécessaire d’identifier la famille. Comme il a été mentionné plus haut, il est très difficile d’identifier un individu appartenant à cette famille. Ainsi, afin de faire une identification valide, il est primordial d’utiliser une clé d’identification formelle. Pour justifier que cet insecte fait bel et bien partie de la grande famille des Ichneumonidae, trois conditions doivent être respectées. Premièrement, la taille des membres de la famille des Ichneumonidae est comprise entre 3 et 60 millimètres (sans ovipositeur). Deuxièmement, les antennes doivent être au moins la moitié de la longueur de l’individu (voir Figure 1). Le dernier critère, et sans doute le plus important, est la fusion de la première cellule submarginale et de la première cellule discoïdale de l’aile. Ceci donne donc une cellule en forme de tête de cheval étant donné que les nervures sont incomplètes (BugGuide, 2003-2014) (voir Figure 2).

    IMG_0169

    Figure 1 : Antennes faisant au moins la moitié de la longueur de l’individu.

    Figure 2 : Cellule en forme de tête de cheval.

    Troisièmement, les membres de la sous-famille des Ichneumoninae sont caractérisés par une coloration vive et par une cellule submarginale réduite sur l’aile antérieure, et ayant la forme d’un pentagone. En effet, le spécimen récolté est noir et jaune et possède également cette petite cellule pentagonale, ce qui nous permet de le classer dans cette sous-famille (voir Figure 3). Jusqu’à maintenant, la sous-famille des Ichneumoninae présente environ 400 genres répartis dans 16 tribus différentes et ayant une distribution géographique mondiale (BugGuide, 2003-2014).

    Figure 3 : Petite cellule pentagonale.

    l’identification d’Ichneumon feriens n’a pas été une tâche facile étant donné que plusieurs espèces de ce genre ne peuvent pas être distinguées morphologiquement. Six espèces sont très semblables les unes aux autres; I. zelotypus, I. subdolus, I. laetus, I. canadensis, I. annulatorius et I. feriens.

    Figure 4 : Abdomen de l’insecte.

    Finalement, dans notre cheminement vers l’identification de notre spécimen, il a été très difficile de départir entre Ichneumon anulatorius et Ichneumon feriens qui sont deux espèces ne pouvant pas être différenciées en se basant uniquement sur des observations morphologiques (Heinrich, 1961). En effet, les deux espèces possèdent de nombreuses ressemblances morphologiques dont voici des exemples flagrants: présence de bandes jaunes sur le propodeum, présence de large bande noire sur les tergites 1 à 4, antennes noires et tibias principalement jaunes (Heinrich, 1961) (voir figure 5,6 et 7). En raison de ces nombreuses similitudes, il est approprié de faire des analyses plus poussées afin d’identifier à l’espèce. Toujours selon Heinrich (1961), I. annulatorius possède les mêmes couleurs que notre spécimen, soit jaune citron et noir. Cependant, I. annulatorius possède deux lignes jaunes sur le mésoscutum qui ne sont pas présentes sur notre spécimen. Pour I. feriens, ses couleurs jaune pâle, presque ivoire, ne correspondent pas aux couleurs de notre spécimen qui sont plutôt jaune citron, mais I. feriens ne possède pas de lignes jaunes sur le mésoscutum tout comme notre spécimen (Heinrich, 1961) (voir figure 5).

    Figure 5 : Thorax de l’insecte (identification des structures).

    Figure 6 : Apparence générale d’Ichneumon feriens.

    Figure 7 : Apparence générale d’Ichneumon feriens.

    En somme, malgré les nombreux caractères morphologiques mentionnés précédemment , seulement deux semblent différer chez I. annulatorius et I. feriens. Il s’agit de la coloration jaune citron ou jaune ivoire et de la présence ou de l’absence de lignes colorées sur le mésoscutum. Grâce à ces dichotomies, il nous est possible d’avancer une hypothèse afin d’identifier notre spécimen. En effet, nous supposons que la présence ou l’absence de lignes jaunes sur le mésoscutum est un caractère d’identification plus fiable que la couleur, car elle serait plus encline à avoir une variabilité intraspécifique importante. Donc, suivant cette hypothèse, nous croyons que notre spécimen appartient à Ichneumon feriens.


    Cycle de vie d’un parasitoïde

    Les hyménoptères (guêpes, abeilles, fourmis et cie) sont de type holométabole, c’est-à-dire qu’ils font une métamorphose complète. Dans le cas d’un parasitoïde, il passe du stade de l’œuf à la larve, puis à la nymphe à l’intérieur de leur hôte et l’adulte ailé en émerge à la fin du développement. La grande majorité des espèces de la famille des Ichneumonidae sont des parasitoïdes des stades immatures d’insectes holométaboles. Toutefois, chez certaines espèces, les hôtes peuvent être des araignées, ou encore des pseudoscorpions, mais, jamais d’insectes hémimétaboles ou, de stade adulte d’insecte (Carlson, 2009). Le cycle de vie du parasitoïde s’oppose à celui du parasite puisque ce dernier ne cause habituellement pas la mort de son hôte. Dans le cas de la guêpe parasitoïde, elle pond un œuf à l’intérieur d’un insecte hôte et la larve se développe en se nourrissant de cet hôte et en entrainant ultimement sa mort. Cet aspect de la famille des Ichneumonidae fait d’elle une excellente candidate pour la lutte biologique, des avantages pour les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture. Précisons que la lutte biologique est le fait d’utiliser un organisme vivant afin de contrôler ou de combattre un ravageur (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2009). La famille des Ichneumonidés est d’ailleurs l’une des familles les plus utilisées en lutte biologique (Cournoyer, 2000). Précisément, le genre Ichneumon, auquel appartient notre espèce, est un endoparasite qui s’attaque à une variété de Lépidoptères lorsqu’ils sont au stade de nymphe (Tschopp et al., 2013). La majorité des Ichneumons ont une stratégie de développement de type idiobiontes, c’est-à-dire que la croissance de l’hôte est arrêtée, étant donné que l’individu est paralysé ou tué, tout juste avant que l’œuf ait été pondu à l’intérieur de l’hôte. Ceci est donc contraire aux koinobiontes, qui permettent à l’hôte de poursuivre son propre développement (Tschopp et al., 2013). Les idiobiontes sont habituellement généralistes et peuvent ainsi s’attaquer à une variété étendue d’hôtes.

    Distribution géographique

    La famille des Ichneumonidés est extrêmement diverse à travers le monde, comptant environ 60 000 espèces réparties en 27 sous-familles (Carlson, 2009). La grande diversité de cette famille peut être reliée notamment à leur mode de vie parasitoïde. Comme mentionné précédemment, ils sont des parasitoïdes de stade immature d’insectes. C’est justement chez les holométaboles, qui ont plusieurs stades immatures, que l’on retrouve les groupes les plus diversifiés tels que les Diptères, les Coléoptères et les Lépidoptères. Ces trois groupes représentent, en effet, la majorité des hôtes des Ichneumonidés. Il est donc possible de faire le lien entre la grande diversité de ces groupes, et celle des Ichneumonidés (Townes, 1971). Parmi les 27 sous-familles, seules les Agriotypinae et les Collyriinae ne présentent aucune espèce indigène en Amérique du Nord (Carlson, 2009). La faune Néartique d’Ichneumonidae comprend un peu plus de 8000 espèces dont seulement 35 % ont été décrites (Carlson, 2009). Selon Heinrich (1961), les espèces du genre Ichneumon seraient les plus nombreuses de la sous-famille  des Ichneumoninés, contenant environ une centaine d’espèces dans l’est de l’Amérique du Nord, parmi lesquelles se retrouve notre espèce, Ichneumon feriens. Cependant, cette dernière ne se limite pas seulement à l’est de l’Amérique du Nord. En effet, Ichneumon feriens est présent tant dans les régions de l’est telles que le Maine, le Michigan, le New Hampshire, New York, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et le Québec que dans des régions centrales et de l’ouest telles que l’Alaska, l’Alberta, la Colombie-Britannique et le Manitoba (Heinrich, 1961).

    Habitat

    Étant cosmopolites, les Ichneumonidés sont présents à travers le monde, ils n’occupent cependant pas les déserts et très peu les prairies. Les espèces de cette famille préfèrent les milieux légèrement humides, telles que les forêts mixtes ou les prés en bordure de forêts (Hjelmeng, 2002). Cette préférence pour les milieux humides est due au fait que la plupart des adultes nécessitent une disponibilité quotidienne en eau. En effet, les adultes consomment seulement de l’eau en s’abreuvant de la rosée sur les feuilles. Il y a donc une relation très importante avec la disponibilité quotidienne en eau d’un milieu et la distribution des Ichneumonidés. Bien sûr, cela est vrai pour la majorité des espèces, mais il peut y avoir des exceptions où certaines espèces se sont adaptées pour être moins dépendantes d’une source d’eau quotidienne. Cette relation est si importante que contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette famille n’est pas attirée principalement par la présence d’hôtes dans un milieu, mais bien, par la présence de niches écologiques ayant les conditions adéquates (Townes, 1971). De par sa grande distribution géographique, Ichneumon feriens se retrouve aussi dans une grande variété d’habitat, tant dans les forêts caducifoliées que dans les forêts sempervirentes de l’Amérique du Nord (Heinrich, 1969).


    Bibliographie

     Agriculture et Agroalimentaire Canada (2009). Lutte biologique : se servir de la nature pour lutter contre les organismes nuisibles des cultures. In Agriculture et Agroalimentaire Canada. Publications du gouvernement du Canada. Repéré à http://dsp-psd.tpsgc.gc.ca/collection_2009/agr/A72-67-2009F.pdf

    BugGuide.Net. (2003-2014). Family Ichneumonidae – Ichneumon Wasp. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/150

    Carlson, Robert W. (2009) Superfamily ICHNEUMONOIDEA Family  ICHNEUMONIDAE. Discover Life. Repéré à http://www.discoverlife.org/proceedings/0000/6/html/Ichneumonidae.html

    Cournoyer, Michel. (2000) Les insectes parasitoïdes et leur utilisation en lutte biologique. Concours de rédaction scientifique – Premier prix – Antennae. Vol 7 no.. Automne 2000. Repéré à http://seq.qc.ca/antennae/archives/v7n3p5.htm

    Heinrich, G. H. (1961). Synopsis of Nearctic Ichneumoninae Stenopneusticae with Particular Reference to the Northeastern Region (Hymenoptera) Part III Synopsis of the Ichneumoni : Genera Ichneumon and Thyrateles. The Canadian Entomologist, XCIII (21), 209-368.

    Heinrich, Gerd H. (1969) Synopsis of Nearctic Ichneumoninae Stenopneusticae with Particular Reference to the Northeastern Region (Hymenoptera). Le Naturaliste Canadien, 96(1), 935-963.

    Hjelmeng, C. (2002). The Amazing Ichneumon. Repéré à http://mdc.mo.gov/conmag/2002/05/amazing-ichneumon?page=full

    The American Entomological Institute (2002). Ichneumonid Morphology. Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/morphology.php

    Townes, H (1971). Ichneumonidae as biological control agents. Communication présentée Proceedings Tall Timbers conference on ecological animal control by habitat management, No. 3, February 25-27 1971, Tallahassee, Florida.

    Tschopp, Andreas, Riedel, Matthias, Kropf, Christian, Nentwig, Wolfgang, & Klopfstein, Seraina. (2013). The evolution of host associations in the parasitic wasp genus Ichneumon (Hymenoptera : Ichneumonidae) : convergent adaptations to host pupation sites. BMC evolutionary biology, 13(1), 74.

     

  • Exeristes comstockii (Cresson 1880)

    Par Louise BABCHIA et Yoan GAIJI

    Édité par Étienne Normandin

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Exeristes comstockii femelle, capturée au Lac Croche de la Station de Biologie des Laurentides de l'Université de Montréal, le 3 septembre 2015
    Exeristes comstockii femelle, capturée près du Lac Croche de la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, le 3 septembre 2015

    Classification : 
    Ordre : Hyménoptère
    Famille : Ichneumonidae
    Sous-famille : Pimplinae
    Tribu : Ephialtini
    Genre : Exeristes
    Espèce : Exeristes comstockii (Cresson 1880)

    Notre insecte a été capturé près du Lac Croche de la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, le 3 septembre 2015. L’insecte a été capturé en vol à l’aide d’un filet, dans une zone très humide, allant en pente et très abondante en fougères. L’espèce E.comstockii est une espèce très répandue et très abondante au Canada et en Amérique du Nord.

    L'endroit de capture de l'espèce E. comstockii (zone humide, en pente et abondante en fougères).
    L’endroit de capture de l’espèce E. comstockii (zone humide, en pente et abondante en fougères).

    L’identification de l’espèce E.comstockii au sein du genre Exeristes s’est faite grâce à l’ouvrage Les insectes du Québec : guide d’identification d’Yves Dubuc (2014) (p.381) ainsi qu’en le comparant aux autres spécimens présents dans la Collection Entomologique Ouellet-Robert (QMOR). L’espèce parasitoïde E. comstockii ne semble pas faire le sujet de beaucoup d’études scientifiques. E.comstockii est un insecte hyménoptère faisant partie du groupe paraphylétique des « Parasitica ».

    Identification :

    L’ordre des Hyménoptères est caractérisé par la présence de crochets (hamuli) au niveau de l’aile postérieure permettant à celle-ci d’être reliée à l’aile antérieure. De plus, les Hyménoptères possèdent des pièces buccales de type broyeuses.

    Pièce buccale de type broyeur
    Pièce buccale de type broyeur

    IMG_0152 - Copie (2)
    La taille « de guêpe », caractéristique des Apocrita.

    Les nervures de l’aile antérieure de Exeristes comstockii
    Les nervures de l’aile antérieure d’Exeristes comstockii

    IMG_0152 - Copie (2)
    Le trochanter d’E. comstockii (second segment de la patte) divisé en deux (tr1 et tr2)

    IMG_0157 (4)
    La segmentation de la patte, de l’antenne et la présence d’un long ovipositeur : la morphologie caractéristique d’E. comstockii

    L’identification du genre Exeristes et de son nom complet, s’est effectuée grâce à l’ouvrage Les insectes du Québec : guide d’identification d’Yves Dubuc (2014) qui la mentionne en légende dans ces photographies de l’espèce . En effet, il est difficile de trouver dans la littérature scientifique les caractéristiques morphologiques du genre Exeristes. La section classification de ce travail, l’identification de la sous-famille Pimplinae et de la tribu Ephialtini a été rendue possible par ce site internet.

    En ce qui concerne l’identification du sexe du spécimen, E.comstockii est caractérisée par un dimorphisme sexuel. En effet, le mâle est reconnaissable par son abdomen cylindrique et long tandis que la femelle E.comstockii est caractérisée par la présence d’un long ovipositeur (5).

    Le dimorphisme sexuel de l’espèce E.comstockii : le mâle est caractérisé par un dard et la femelle par un long ovipositeur (photos prises par Yves Dubuc, utilisé avec autorisation)
    Le dimorphisme sexuel de l’espèce E.comstockii : le mâle
    est caractérisé par un dard et la femelle par un long ovipositeur (photos prises par Yves Dubuc, utilisées avec autorisation)

    Biologie et cycle de vie :
    Exeristes comstockii sont des ectoparasites solitaires (le parasite vit sur la cuticule de son hôte) de larves d’insectes herbivores divers, mais notamment de Rhyacionia buoliana, un papillon de nuit qui attaque différentes espèces de pin en Amérique du Nord (7). Une des caractéristiques d’E.comstockii, est leur capacité à imiter la composition d’acides aminés de leur hôte pour pouvoir s’en nourrir, peu importe si la larve est un diptère, un lépidoptère ou même un hyménoptère. Les Ichneumonidea dont fait partie le genre Exeristes, peuvent trouver leurs hôtes en utilisant leurs organes sensoriels pour détecter les substances chimiques relâchées par les plantes que les hôtes mangent. Ces mêmes organes sensoriels sont utilisés lors de la période de reproduction afin de capter les phéromones produites par la femelle (3).

    Les femelles de E.comstockii pondent leurs œufs dans leurs proies grâce à un organe ovipositeur (oviscapte), un long tube fin servant à pondre les oeufs. En effet, cet ovipositeur est capable d’atteindre leurs hôtes qui se trouvent à travers plusieurs centimètres de bois de pin (1). De plus, il est protégé par deux gaines protectrices lorsqu’il n’est pas utilisé. De nombreux parasitoïdes tels qu’E.comstockii peuvent se nourrir de fleurs sauvages comme source de nourriture supplémentaire (1).

    Le cycle de vie d’un Ichneumonidé commence dès qu’il émerge de son hôte, et qu’il part à la recherche d’un partenaire pour s’accoupler. Suite à l’accouplement, la femelle cherchera une larve hôte à parasiter afin de pouvoir pondre ses œufs. Il est important pour la femelle de trouver un hôte pouvant être viable pour les futures larves comme source de nourriture. La femelle pondra des oeufs dans l’hôte, ceux-ci qui écloront et donneront des larves qui se nourriront par la suite de leurs hôtes, avant de pouvoir passer au stade adulte et sortir de son hôte (5).

    Les Ichneumonidés sont haplo-diploïdes, et pratiquent la parthénogenèse arrhénotoque (leurs œufs fertilisés sont femelles et ceux non-fertilisés sont mâles). Les œufs des Ichneumonidés sont formés dans les ovaires, et sont interconnectés dans un réseau d’ovocytes qui les alimentent en nutriments. Si un Pimpliné (sous-famille de Exeristes) femelle ne trouve pas de nourriture, elle réabsorbera d’abord ses oocytes puis ses muscles. Les Pimplinés peuvent régénérer leurs oocytes, mais pas leurs muscles de vol (5).

    Pour finir, l’espèce E.comstockii , et les Ichneumonidés en général, jouent un rôle important en agriculture, car ils peuvent être utilisée dans la lutte biologique contre des espèces nuisibles, notamment les lépidoptères, sans avoir recourt à des produits chimiques (4).à

    Références:
    1) Coppel H.C., Mertins J.W (2012). Biological Insect Pest Suppression. Springer Science & Business Media, p.75,83 (Biological Insect Pest Suppression)

    2) Gauld I., Bolton B. (1988). The Hymenoptera. British Museum (Natural History) Oxford University Press. p.196 à 200, p.202.
    3) Heimpel G. E., Collier T. R. (1996). The evolution of host-feeding behavior in insect parasitoids. Biological Reviews, 71: 373–400
    4) Hoy, M., C.Herzog D., (2012). Biology Control in Agriculture IPM System. Elsevier Science, p.126
    5) Quicke, D. L. J. (2014). Immature Stages, in The Braconid and Ichneumonid Parasitoid Wasps: Biology, Systematics, Evolution and Ecology. John Wiley & Sons p.
    6) Sir Andrewes, C. (1969) The Libes of Wasp and Bees. Chatto &Windys p.12
    7) Wajnberg E., Bernstein C., Van Alphen J., (2008). Behavioral Ecology of Insect Parasitoids: From theoretical approaches to field applications. John Wiley & Sons, p.3,7

    8) Gilles Bourbonnais. Hyménoptère. Cégep de Saint-Foy. Note de cour :

  • Ibalia leucospoides (Hochenwarth 1785)

    Par Vincent LESSARD et Virginie MÉNARD-OUELLETTE

    Édité par Étienne Normandin


     

    Photo d'Ibalia
    Photographie 1 : Spécimen d’Ibalia leucospoides capturé à la Station de Biologie des Laurentides (Photo prise par Vincent Lessard)

    Un caractère morphologique qui permet de confirmer l’appartenance à la super-famille des Cynipoidea est l’absence de radicule, c’est-à-dire la portion la plus basale du scape de l’antenne, de forme relativement conique et qui lie l’antenne à la tête. Ce radicule est présent chez toutes les hyménoptères à l’exception des Cynipoidea(2).

     

    Figure 1 : Représentation des veines C et R de l’aile antérieure, clairement distinctes l’une de l’autre. (Inspirée de Goulet et al., 1993)

    Figure 2 : Vue dorsale du scape de l’antenne, ou on peut voir pas présence (a et b) ou l’absence (c) de radicule. Un examen au microscope de la tête de notre spécimen montre qu’il appartient à la catégorie « c ». (Inspirée de Ronquist, 1995b) (3).

    Puis, pour en arriver à la famille des Ibaliidae, nous avons utilisé une clé d’identification des familles de Cynipoidea(1). Les critères qui nous ont permis d’en arriver à la bonne famille sont les suivants :

    • La « cellule R1 » de l’aile antérieure est au moins 9 fois plus longue que large.

      Photographie 1 : Aile antérieure gauche de notre spécimen
      Photographie 2 : Aile antérieure gauche de notre spécimen (Photo prise par Vincent Lessard)

       

       

       

     

     

    Figure 3 : Cellule R1 de l’aile (Inspirée de Goulet et al., 1993)

    • Le premier segment du tarse de la patte antérieure est aussi long ou plus long que les autres segments combinés

    patte ibalia
    Photographie 3 : Ibalia leucospoides où on peut bien voir les segments du tarse. (Photo: Henri Goulet (Agriculture and Agri-Food Canada))

    • Abdomen relativement rectangulaire et fortement compressé latéralement à partir du 2e segment.

    Photographie 3 : Vue arrière de notre spécimen. La partie rouge est l’abdomen et on peut voir qu’il est fortement compressé latéralement.
    Photographie 4 : Vue arrière de notre spécimen. La partie rouge est l’abdomen et on peut voir qu’il est fortement compressé latéralement. (Photo prise par Vincent Lessard)

    En plus de ces critères, il était aussi mentionné que les espèces de la famille Ibaliidae mesurent entre 10mm et 30mm, ce qui est le cas de notre individu qui mesurait environ 16mm. Au contraire, les autres familles de Cynipoidea dépassent très rarement les 15mm.

    Afin de déterminer le genre et l’espèce, ce n’est pas difficile puisque le seul genre présent en Amérique du Nord (4) est le genre Ibalia. L’espèce peut être identifiée grâce à une comparaison de la coloration des ailes chez différentes espèces du genre Ibalia que l’on rencontre en Amérique du Nord (4). L’aile ressemblant le plus à celle de l’insecte étudié est celle de Ibalia leucospoides, indiquant qu’il devait s’agir de cette espèce.

    Classification :

    Règne : Animalia
    Embranchement : Arthropoda
    Sous-embranchement : Hexapoda
    Classe : Insecta
    Ordre : Hymenoptera
    Sous-ordre : Apocrita (Parasitica)
    Super-famille : Cynipoidea
    Famille : Ibaliidae
    Genre : Ibalia
    Espèce : Ibalia leucospoides (Hochenwarth 1785)

    L’espèce Ibalia leucospoides serait divisée en deux sous-espèces, soit I. leucouspoides leucospoides (Hochenwarth, 1785) et I. leucospoides ensiger (Norton, 1862). Selon l’identification faite précédemment à l’aide du motif des ailes, il semblerait que l’individu capturé appartienne à la sous-espèce I. l. ensiger puisque l’aile la plus semblable appartient à cette sous-espèce. Cependant, comme nous ne savons pas à quoi ressemble l’aile de I. l. leucospoides, ni même si elle diffère de celle observée, nous ne pouvons affirmer avec certitude la sous-espèce à laquelle appartient notre spécimen. Pour cette raison, le texte qui suit décrira l’espèce Ibalia leucospoides en général, initialement décrite par Hochenwarth en 1785 et incluant les deux sous-espèces.

    Biologie de l’espèce :

    Ibalia leucospoides est une espèce très présente naturellement en Europe et en Amérique du Nord, alors qu’Ibalia leucospoides ensigner est la sous-espèce retrouvée partout aux États-Unis ainsi qu’au Canada, sauf dans les provinces maritimes et les territoires du Nord (5). Elle est principalement retrouvée dans les forêts de conifères. Les arbres des genres Abies, Cupressus, Libo, Cedrus, Picea et Pinus sont ceux qui sont le plus communs en présence d’I. leucospoides (6).

    C’est une espèce qui est parasitoïde, c’est-à-dire qu’elle a besoin d’un autre organisme afin de croitre, mais elle finit par le tuer, contrairement aux parasites qui ne tuent pas leurs hôtes.  Elle pond ses œufs soit sur les œufs de l’hôte en question ou lorsqu’il est à son premier stade larvaire.  Ainsi, les larves d’Ibalia demeurent endoparasites, c’est-à-dire qu’elles vivent et  se nourrissent de l’intérieur de leur hôte, jusqu’à ce que ce dernier atteigne un 3e stade larvaire (6). Ensuite, elles émergent de leur hôte et se nourrissent de ce qui reste de l’extérieur jusqu’à ce qu’elles atteignent elles-mêmes leur stade de nymphe. Elles sont au stade adulte normalement entre le mois d’avril et celui d’octobre, et leur cycle de vie est d’environ 1 an (6). Comme elles font partie de l’ordre des Hyménoptères, elles sont holométaboles, ce qui signifie qu’elles ont une métamorphose complète. Les mâles ont normalement tendance à éclore un peu plus tôt que les femelles.

    Les guêpes Ibalia leucospoides ont toutefois un rôle écologique important. En effet, ce sont des parasites des guêpes de bois des genres Sirex, Urocerus, et Xeris (5), qui elles, nuisent énormément aux espèces de conifères cités précédemment. Les guêpes de bois, appelées communément « wood wasp » en anglais, sont en fait diverses familles non reliées d’hyménoptères du sous-ordre Symphyta et dont on retrouve la larve dans le bois (7). Donc, si I. leucospoides s’attaque aux larves et aux œufs des guêpes qui sont des parasites pour ces arbres, elles permettent à ces derniers d’avoir une meilleure croissance avec moins de parasites. À cette fin, elles sont parfois introduites dans des milieux où une espèce invasive fait beaucoup de dommages afin de les minimiser et de protéger la végétation. C’est d’ailleurs le cas en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud, entres autres, où I. leucospoides ensigner a été introduite pour contrôler les populations de Sirex noctilio (Fabricius, 1793) qui causent énormément de dommages dans les plantations de pins (Pinus spp.) (8).

    Une fois adultes, les deux sexes d’Ibalia leucospoides diffèrent en quelques points. D’abord, les antennes des femelles possèdent 13 segments alors que celles des mâles n’en possèdent que 11(5). De plus, les femelles ont un oviscapte modifié ressemblant légèrement à un couteau de par sa forme effilée, et qui est rattaché à leur abdomen pour leur permettre de pondre des œufs sur l’hôte. Les mâles et les femelles répondent à différents stimuli, puisqu’ils n’ont pas le même mode de vie. Effectivement, le mâle doit simplement trouver des femelles pour se reproduire, alors qu’une grande partie de la vie adulte des femelles est vouée seulement au maintien de la reproduction, et donc de veiller à ce qu’elle ait une bonne production d’œufs. Elle a donc besoin de se nourrir, soit à partir d’aliments contenant beaucoup de sucre d’origine florale ou bien à partir d’un hôte. La production d’œufs sera différente selon son alimentation. Plusieurs autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte lors du butinage, dont la température, le degré d’humidité, l’intensité lumineuse ainsi que le vent (9). En ce qui concerne la reproduction, elle se produit immédiatement après l’émergence des femelles adultes. Les mâles émergeant plus tôt, ils ont le temps de trouver un site d’émergence de femelles, et lorsque c’est fait, ils frottent leurs antennes sur celles de la femelle. Si cette dernière accepte le mâle, une copulation de deux à trois minutes s’ensuit (10).

    Comme plusieurs autres insectes, Ibalia leucospoides communique avec son environnement grâce au toucher, mais surtout grâce à son odorat (antennes) et aux différentes interactions chimiques . Le butinage dépend surtout de l’odorat de la guêpe. Aussi, pour la ponte des œufs, Ibalia leucospoides ensigner est sensible aux différents composés volatils émanant du venin de Sirex noctilio, ce qui l’aide énormément pour les localiser. De plus, S. noctilio forme une symbiose obligatoire avec un champignon nommé Amylostereum areolatum, champignon duquel émane aussi des composés volatils qui aideraient la femelle I. leucospoides à trouver un arbre hôte où pondre ses œufs (5). Lors de la ponte, la femelle insère son ovipositeur dans un « tunnel » dans le bois et dans lequel l’hôte a pondu ses œufs. Si I. leucospoides trouve un œuf ou une larve à ses premiers stades, elle pondra un œuf à l’intérieur de son hôte. Le cycle de vie complet de cette espèce peut durer entre un an et 3 ans, selon l’espèce hôte choisie ou selon l’espèce d’arbre hôte (10).

    Références:

    1. Goulet, H., Huber, J. T., & Branch, C. A. C. R. (1993). Hymenoptera of the World: An Identification Guide to Families. Agriculture Canada.
    1. Ronquist, F. (1999). Phylogeny, classification and evolution of the Cynipoidea. Zoologica Scripta, 28(1-2), 139–164. Repéré à http://doi.org/10.1046/j.1463-6409.1999.00022.x
    1. Ronquist, F. (1995). Phylogeny and early evolution of the Cynipoidea (Hymenoptera). Systematic Entomology, 20(4), 309–335. Repéré à http://doi.org/10.1111/j.1365-3113.1995.tb00099.x
    1. Entomological Society of Washington, (1992). Proceedings of the Entomological Society of Washington. (Vol. v 94 1992). Washington, etc. : Entomological Society of Washington. Repéré à http://www.biodiversitylibrary.org/item/54937
    1. Robertson, D. J. (2014). CHEMICAL ECOLOGY OF IBALIA LEUCOSPOIDES ENSIGER. Repéré à http://doi.org/10.13140/RG.2.1.2799.8886
    1. Robertson, D. J. & Gandhi, K. J. K. Ibalia leucospoides ensigner [En ligne]. Repéré à http://www.biocontrol.entomology.cornell.edu/parasitoids/ibalia.php
    1. Wood wasp. (s. d.). Dans Wikipédia, l’encyclopédie libre. Repéré le 24 octobre 2015 à https://en.wikipedia.org/wiki/Wood_wasp
    1. Van Noort, S. (2004). Ibalia leucospoides (Hochenwarth) [En ligne]. Repéré à http://www.waspweb.org/Cynipoidea/Ibaliidae/Ibalia/Ibalia_leucospoides.htm
    1. Pietrantuono, A. L., Fernández-Arhex, V., Jofré, N., & Corley, J. C. (2012). Food and Host Searching Decisions Made by Ibalia leucospoides (Hymenoptera: Ibaliidae), a Parasitoid of Sirex noctilio (Hymenoptera:Siricidae). Journal of Insect Behavior, 25(4), 320–327. Repéré à http://doi.org/10.1007/s10905-011-9301-9
    1. Bryant, P. W. (2010). Kairomonal attraction of the parasitoid ibalia leucospoides (hymenoptera: Ibaliidae) to volatiles of the fungus amylostereum areolatum, an obligate symbiont of the european woodwasp, sirex noctilio (Ph.D. diss., State University of New York College of Environmental Science and Forestry, Syracruse, NY). Récupéré à http://search.proquest.com/docview/861747539?accountid=12543

     

  • Polistes fuscatus (Fabricius 1793)

    Par Émile BRISSON et Sandra HERNANDEZ

    Édité par Étienne Normandin

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    P. fuscatus de profil

    Polistes fuscatus vue de profil

     

    P. fuscatus vu de haut

    Polistes fuscatus vue de haut

    Spécimen capturé le 3 septembre 2015 à la Station de Biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, Québec, Canada.

     

    Règne : Animalia

    Phylum: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Ordre: Hymenoptera

    Famille: Vespidae

    Genre: Polistes

    Espèce: fuscatus

     

     

    Polistes fuscatus est une guêpe de la famille des vespidés, qui fait partie de l’ordre des hyménoptères (sous-ordre Apocrita)1. L’espèce a été découverte et nommée pour la première fois en 1793 par Joan Christian Fabricius2, un entomologiste danois3.

    La famille des vespidés comprend les guêpes sociales et compte en tout un peu moins de 1000 espèces4. Les colonies formées par les espèces de cette famille sont dites annuelles, c’est-à-dire qu’elles se renouvellent chaque année avec des individus différents5.

    Identification

    Alors que le gastre (abdomen) est l’indice qui nous amène à l’ordre des hyménoptères 6, les longues pattes et le corps allongé et mince peuvent nous permettre de classer notre spécimen dans le genre Polistes7. Les antennomères apicales noires confirment que nous sommes en présence de Polistes fuscatus. Notez cependant que la femelle ne possède pas cette caractéristique, ce qui implique que nous sommes face à un individu mâle. La femelle aurait pu toutefois être identifiée par son corps foncé, surtout pour les sous-espèces présentes au Canada8.

    Que l’individu soit mâle ou femelle, on peut aisément différencier l’espèce de sa célèbre compétitrice introduite (origine européenne), Polistes dominula, par le fait que celle-ci possède des antennes majoritairement orange9 . Bien que Polistes dominula, soit de façon générale plus petite que Polistes fuscatus, notre spécimen mesure 20mm, une taille similaire à Polistes dominula 10.

     P_dominula2 P_dominula3 P_dominula4

    Ci-dessus: Polistes dominula sous trois angles. Spécimen provenant de Montréal.

    Biologie de l’espèce

    Polistes fuscatus est une espèce de guêpe à papier indigène de l’Amérique du Nord11. Son aire de répartition s’étend du Pacifique à l’Atlantique et du Canada tempéré à l’état de Virginie aux États-Unis12. Les adultes se nourrissent principalement de nectar et nourrissent leurs larves avec des petits insectes, comme des chenilles12. Étant une espèce eusociale, des colonies sont fondées par les individus reproducteurs, qui produisent des individus ouvriers11.Elles sont capables de reconnaître les membres de leur propre colonie grâce aux marqueurs faciaux et abdominaux18.

    L’eusocialité de P. fuscatus est plutôt simple, car elle ne produit pas de castes d’individus spécialisés dans la défense de la colonie12. Ce sont donc les ouvrières et la reine elle-même qui défendent la colonie en cas d’attaque19. En début de saison, lorsque la colonie commence, c’est la reine qui démontre le plus d’agressivité, puisque son investissement est plus important que celui des ouvrières. En fin de saison, au contraire, l’investissement des ouvrières est plus grand que celui de la reine, elles démontrent donc plus d’agressivité19.

    Une autre espèce de guêpe à papier, Polistes dominula, a été introduite d’Europe, probablement à plusieurs reprises13. Elle a colonisé l’Amérique du Nord, réduisant ainsi la présence de P. fuscatus, puisqu’elles occupent la même niche écologique13, 14. Le succès de P. dominula peut être expliqué par plusieurs facteurs, malgré le fait que cette espèce arrivait dans un nouvel environnement.

    Premièrement, P. dominula a un cycle de développement plus court que P. fuscatus, ce qui lui permet d’établir une colonie plus rapidement et d’avoir accès aux ressources plus rapidement13, 15. Ensuite, P. dominula a une diète plus généraliste que P. fuscatus13. Ces deux facteurs combinés font en sorte que P. dominula possède des colonies beaucoup plus productrices que P. fuscatus14, 15, ce qui avantage la survie de l’espèce.

    De plus, Gamboa et al (2002) rapportent qu’aucune intrusion dans les colonies des deux espèces n’a été observée, ce qui laisse croire que la compétition entre ces espèces de guêpes est indirecte et s’effectue ainsi par l’exploitation des ressources14.

    Le seul avantage évolutif que possède P. fuscatus sur P. dominula est sa taille, qui lui permet de supporter des températures plus froides13. Il serait donc logique que P. fuscatus soit plus présente que sa compétitrice dans des régions un peu plus au nord et dans des endroits plus éloignés de la chaleur urbaine.

    P. fuscatus et l’Homme

     L’impact de P. fuscatus sur l’Homme peut être autant positif que négatif. Étant carnivore, elles peuvent capturer un bon nombre d’insectes, eux-mêmes nuisibles16. Toutefois, il arrive que l’espèce puisse être considérée comme une nuisance. En effet, en automne et en début hiver, des agrégats denses peuvent se former et causer des problèmes si ceux-ci sont situés proches des installations humaines17. Dans ces situations, des pièges attractifs peuvent être utilisés pour contrôler le nombre de guêpes. Parmi ces substances, le vinaigre de vin est particulièrement efficace16.

    Références

     1 – Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, T. A. Dewey. (2015). Polistes fuscatus. Repéré à http://animaldiversity.org/accounts/Polistes_fuscatus/classification/#Polistes_fuscatus

    2- Global Biodiversity Information Facility (2015). Polistes fuscatus (Fabricius, 1793). Repéré à http://www.gbif.org/species/1310556

    3 – Les éditeurs d’Encyclopaedia Britannica (2015). Johann Christian Fabricius, Danish entomologist. Repéré à http://www.britannica.com/biography/Johann-Christian-Fabricius

    4 – Blais, C. (2015). Guêpe. Repéré à http://www.universalis.fr/encyclopedie/guepe/#i_23219

    5 – Pouvreau, A. (1990). Les Vespides et l’Homme. Repéré à http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i88pouvreau.pdf

    6 – University of Washington (2005). Hymenoptera. Repéré à http://courses.washington.edu/insects/455Students/a2_handouts/pdf_files/12_HymenopHNDT.pdf

    7 – Pest Animal Control (2007). Bay of Plenty Environmental Report, via «Polistes (s.d.) Dans Wikipédia, l’encyclopédie libre.

    Repéré à https://en.wikipedia.org/wiki/Polistes#cite_note-6»

    8 – Buck, M., A. Marshall, S., K.B. Cheung, D. (2008). Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Nearctic region. Repéré à http://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/77p_fuscatus.html

    9 – Diterlizzi, T. (2004).  Species Polistes dominula – European Paper Wasp. Repéré à http://bugguide.net/node/view/5081

    10 – Stout, E. (2013). Polistes dominula. Repéré à http://animaldiversity.org/accounts/Polistes_dominula/

    11- Reeve, H. K. et Gamboa, G. J. (1983). Colony activity integration in primitively eusocial wasps: the role of the queen (Polistes fuscatus, Hymenoptera: Vespidae). Behavioral Ecology and Sociobiology13(1), 63-74.

    12- Encyclopedia of Life. Polistes fuscatus. Repéré à http://eol.org/pages/240113/overview

    13- Liebert, A. E., Gamboa, G. J., Stamp, N. E., Curtis, T. R., Monnet, K. M., Turillazzi, S. et Starks, P. T. (2006, January). Genetics, behavior and ecology of a paper wasp invasion: Polistes dominulus in North America. In Annales Zoologici Fennici (pp. 595-624). Finnish Zoological and Botanical Publishing Board.

    14- Gamboa, G. J., Greig, E. I., et Thom, M. C. (2002). The comparative biology of two sympatric paper wasps, the native Polistes fuscatus and the invasive Polistes dominulus (Hymenoptera, Vespidae). Insectes Sociaux49(1), 45-49.

    15 – Armstrong, T. R. et Stamp, N. E. (2003). Colony productivity and foundress behaviour of a native wasp versus an invasive social wasp. Ecological Entomology28(6), 635-644.

    16 – Landolt, P. J., Cha, D. H., Werle, C. T., Adamczyk, J. J., Meagher, R. L., Gilbride, R. L., … & Sampson, B. J. (2014). Polistes spp.(Hymenoptera: Vespidae) orientation to wine and vinegar. Florida Entomologist97(4), 1620-1630.

    17 – Reed, H. C., et Landolt, P. J. (1991). Swarming of paper wasp (Hymenoptera: Vespidae) sexuals at towers in Florida. Annals of the Entomological Society of America, 84(6), 628-635.

    18 – Tibbetts, E. A. (2002). Visual signals of individual identity in the wasp Polistes fuscatus. Proceedings of the Royal Society of London B: Biological Sciences,269(1499), 1423-1428.

    19 – Judd, T. M. (2000). Division of labour in colony defence against vertebrate predators by the social wasp Polistes fuscatus. Animal behaviour, 60(1), 55-61.

Collection Ouellet-Robert