Auteur/autrice : Colin

  • Camponotus herculeanus (Linnaeus 1758)

    The Great Carpenter Ant – La Grande Fourmis charpentiĂšre

    Par Nora HALLOPÉ et Lucie LECOQ (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

    Texte et photographies ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Camponotus herculeanus
    Le spécimen a été capturé le 4 septembre 2014, à la Station des Laurentides, à Saint-Hippolyte, spécifiquement aux alentours du Lac Geai, une zone particuliÚrement humide

    I. Identification du spécimen et morphologie 

    L’identification de notre spĂ©cimen a Ă©tĂ© rendue possible grĂące Ă  une clĂ© d’identification basĂ©e sur la caste des ouvriĂšres (Aaron and al, 2012).

    Dans un premier temps, les caractĂšres morphologiques suivants nous ont permis de dĂ©terminer l’appartenance de notre espĂšce Ă  la sous-famille des Formicinae :

    1) Le gastre ne montre pas de resserrement visible, contrairement à la figure ci-dessous;

    Figure 1 : Resserement visible du gastre  (Aaron and al., 2012)

    2) Le pédicelle est en un seul segment seulement (figure 2.a.) et ne présente pas de post-pétiole (figure 2.b.)

    Figure 2: PĂ©dicel (a) et post-pĂ©tiole (b) d’une fourmi (Aaron and al., 2012)

    3) On note la prĂ©sence d’un orifice rond situĂ© au bout du gastre et encerclĂ© de poils: l’acidopore

    4
    Figure 3: acidopore (Aaron and al., 2012)

    4) Notre individu possĂšde des antennes Ă  12 segments ainsi qu’un gastre lisse et convexe portant des poils.

    Ainsi, notre spĂ©cimen Ă  pu ĂȘtre classĂ© parmi un des huit genres de Formicinae: le genre Camponotus.

    5) Au sein du genre Camponotus, plusieurs caractĂšres morphologiques ont permis de faire la distinction parmi neuf espĂšces. Des microstructures sont apparentes, donnant un effet mat Ă  la surface du corps. De petits poils courts, relativement clairs, dorĂ©s, dressĂ©s ou aplatis sont visibles et ne cachent pas les microstructures du gastre. Le mesosoma, le pĂ©dicelle ainsi que les pattes laissent entrevoir une couleur rougeĂątre. Les antennes sont insĂ©rĂ©es au sommet du clypeus (sclĂ©rite dĂ©limitant la marge infĂ©rieure de la face). L’acidopore ne porte pas de poils longs et Ă©pais.

    Photographie 2: Traits distinctifs de l’espĂšce Camponotus herculeanus

    Le premier article des antennes, lorsque celles-ci sont dressĂ©es, ne dĂ©passe que trĂšs peu le coin de la tĂȘte. C’est cette caractĂ©ristique qui nous a permis de distinguer Camponotus herculeanus de Camponotus pennsylvanicus. En effet, chez C. pennsylvaticus, le premier article des antennes, le scape, est plus long et dĂ©passe largement le coin de la tĂȘte; chez cette espĂšce, les poils sur le gastre sont Ă©galement plus longs, cachant les microstructures.

    Photographie 3: TĂȘte de Camponotus herculeanus

    2. Classification:

    Ainsi, notre individu appartient Ă  l’espĂšce Camponotus herculeanus, selon la classification suivante:

    RÚgne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Ordre: Hymenoptera

    Sous-ordre: Aprocrita

    Famille: Formicidae

    Sous-famille: Formicinae

    Tribu: Camponotini

    Genre: Camponotus

    EspÚce: Camponotus herculaneus (Linnaeus, 1758)

    III. Petite histoire de fourmis

                   a. Le genre Componotus:

    Le genre Camponotus est l’un des groupes les plus diversifiĂ©s dans le monde; ce genre est plus connu sous le nom populaire de « Fourmis CharpentiĂšre ».  Plus de 1 600 espĂšces et sous-espĂšces de Camponotus ont Ă  ce jour Ă©tĂ© dĂ©crites; elles comptent ainsi pour plus de 10% des fourmis rĂ©pertoriĂ©es. En AmĂ©rique du Nord, on dĂ©nombre 50 espĂšces (Aaron and al., 2012).

                   b. La socialité chez les Fourmis

    Les fourmis sont distinguables des autres insectes certes par leur morphologie, mais surtout par les comportements sociaux complexes, apparus il y a 150 millions d’annĂ©es, ce qui les distinguent d’un bon nombre d’insectes.

    Les fourmis sont en effet eusociales (eu = vrai; vrai = socialitĂ©); elles forment des colonies pouvant aller de quelques dizaines Ă  plusieurs millions d’individus. En effet, la fourmi est un insecte qui, par dĂ©finition, ne peut vivre qu’avec ses congĂ©nĂšres. La division des tĂąches induit une organisation rigoureuse des individus les uns par rapport aux autres afin que la fourmiliĂšre puisse fonctionner et se maintenir dans son environnement (3). Cette rĂ©partition prĂ©cise des rĂŽles constitue ce qu’on appelle les castes.

    L’eusocialitĂ© est apparu plusieurs fois au cours de l’Ă©volution des hymĂ©noptĂšres; on retrouve des comportements sociaux chez des lignĂ©es d’abeilles.

    Les colonies chez Camponotus possĂšdent trois castes principales : les reines, qui sont gĂ©nĂ©ralement les plus grosses de toute la fourmiliĂšre; les mĂąles ailĂ©s, ne servant qu’à la reproduction, et les ouvriĂšres, mesurant entre 6 et 13 mm de long. Au sein des fourmis, on trouve des genres dont le rĂŽle des ouvriĂšres peut changer selon les jours et les besoins de la colonie. Chez Camponus cependant, une fois que les oeufs Ă©closent, le rĂŽle de la future ouvriĂšre est dĂ©terminĂ© et reste le mĂȘme tout au long de la vie de l’ouvriĂšre. Parmi les ouvriĂšres, on trouve donc  diffĂ©rentes sous-castes, qui diffĂšrent selon la taille, leur apparence et leur rĂŽle dans la colonie  (les majeures, les intermĂ©diaires et les mineures). Les mineures sont plus petites, comme leur nom l’indique, et le sommet de leur tĂȘte est plus arrondi. Elles agrandissent le nid, s’occupent de l’élevage des larves et prennent soin des oeufs. Les majeures quant Ă  elles, sont plus grandes et ont la partie postĂ©rieure de la tĂȘte angulaire. Elles assurent la protection et le ravitaillement des vivres pour la fourmiliĂšre. Les ouvriĂšres assurent ainsi le maintien et le bon fonctionnement de la colonie. Elles n’ont pas la capacitĂ© de se reproduire et travaillent donc Ă  toutes les activitĂ©s autres qu’à la reproduction. Elles entreposent la nourriture, s’occupent des larves, dĂ©fendent la colonie, tandis qu’une reine s’occupe uniquement du renouvellement des gĂ©nĂ©rations.

    Entre elles, les fourmis entretiennent de nombreuses relations comme des lĂ©chages interindividuels et des Ă©changes de bouche-Ă -bouche. Ce phĂ©nomĂšne est appelĂ© trophallaxie. C’est un mode de transfert de nourriture qui est rendu possible grĂące à la prĂ©sence de deux estomacs. Le premier est destinĂ© Ă  la digestion de l’insecte lui-mĂȘme tandis que le deuxiĂšme estomac, ou jabot social, permet le stockage de nourriture. Celle-ci est ensuite rĂ©gurgitĂ©e afin de nourrir les fourmis restĂ©es dans la colonie. La trophallaxie permet donc un Ă©change d’aliments, mais aussi d’informations sur la source de nourriture trouvĂ©e. (4) Paradoxalement, la vie en groupe prĂ©sente aussi des risques. Par exemple, cela peut accroĂźtre la transmission des parasites et des pathogĂšnes. La proximitĂ© gĂ©nĂ©tique entre les individus peut favoriser cette transmission (5).

    c. Cycle de vie et reproduction

    Pour ce qui est du cycle de vie, l’accouplement des Camponotus a lieu au printemps. Les jeunes mĂąles et futures reines sont ailĂ©s : la copulation a lieu en vol. La reine ne s’accouple qu’avec un seul individu qui dĂ©cĂšde aprĂšs l’avoir fĂ©condĂ©e. Ensuite, elle brise volontairement ses ailes et  part Ă  la cherche d’un emplacement idĂ©al pour y fonder sa colonie. C’est dans un tronc, une souche ou mĂȘme dans la charpente d’une maison que la reine va pondre et s’occuper seule de la premiĂšre couvĂ©e d’ouvriĂšres. Elle n’assurera ensuite que la ponte quand les ouvriĂšres seront capables de prendre soin des larves et des oeufs. Les larves ressemblent Ă  de petits vers blancs. Elles passent par quatre stades larvaires, puis tissent un cocon afin de devenir une prĂ©nymphe, forme intermĂ©diaire immobile; puis finalement une nymphe blanche et immobile (6). C’est seulement aprĂšs quelques jours que l’adulte mĂ©tamorphosĂ© Ă©merge et prend sa coloration plus ou moins noire et rougeĂątre selon l’espĂšce.

    D’aprĂšs l’article sur les fourmis charpentiĂšres de «l’Espace pour la Vie» de MontrĂ©al, une fourmiliĂšre atteint les deux mille ouvriĂšres et plus; soit en gĂ©nĂ©ral de trois Ă  six ans aprĂšs la premiĂšre ponte de la reine, on peut alors considĂ©rer que la colonie est bien consolidĂ©e. C’est Ă  partir de ce moment que la reine donne naissance Ă  des mĂąles et des futures reines. De nombreuses espĂšces donnent naissance aux nouvelles gĂ©nĂ©rations juste avant la pĂ©riode nuptiale. Chez notre «grande fourmi charpentiĂšre» cependant, les mĂąles ailĂ©s et les futures femelles sont produites Ă  la fin de l’étĂ© et restent dans le nid Ă  se faire nourrir par les ouvriĂšres. C’est au printemps, vers le mois de mai que  toutes les fourmis ailĂ©es sortent du nid et s’envolent. Ensuite, le cycle des fourmis charpentiĂšres recommence. Les reines (et donc leur fourmiliĂšre) peuvent vivre plusieurs dizaines d’annĂ©es, mais les ouvriĂšres elles, ne vivent rarement plus d’un an, le temps d’une saison. (Aaron and al, 2012).

    Figure 4: Cycle de vie des fourmis (Aaron and al., 2012)

                   d. Particulartiés de Camponotus herculeanus

    Habitat : Camponotus herculeanus est une espĂšce qui Ă©tablit sa fourmiliĂšre principalement dans les arbres, d’oĂč son nom de fourmis charpentiĂšres. On en retrouve Ă©galement dans les troncs oĂč les bĂ»ches en dĂ©composition sur la terre ferme. Occasionnellement, il est possible d’apercevoir des fourmiliĂšres dans les charpentes de maison. Pourtant ces fourmis ne se nourrissent pas du bois dans lequel elles vivent, car elles sont incapables de digĂ©rer la cellulose. Elles creusent le bois uniquement pour se loger. (6)

    Aire de rĂ©partition: Componotus herculaneus est prĂ©sente presque partout sur la planĂšte, Ă  hautes latitudes. En AmĂ©rique du Nord, elle est prĂ©sente partout Ă  partir des Ă©tats du nord des États-Unis, jusqu’au Canada, autant Ă  l’est qu’à l’ouest. Il est possible de la trouver dans les territoires plus au sud des États-Unis mais Ă  des altitudes plus Ă©levĂ©es, lĂ  oĂč les tempĂ©ratures sont plus faibles.

    Biologie de l’espĂšce : Elle est l’espĂšce de fourmis la plus tolĂ©rante au froid. En effet, elle peut survivre Ă  des  tempĂ©ratures bien infĂ©rieures Ă  -40°C. Camponotus herculeanus se nourrit de miellat d’insectes (pucerons, membracidĂ©s), ainsi que des sucs de plantes. Ces hymĂ©noptĂšres sont Ă©galement des dĂ©composeurs et constituent un maillon important dans le recyclage de la matiĂšre organique des sols. Lorsqu’elles s’invitent Ă  l’intĂ©rieur des habitations, les fourmis charpentiĂšres peuvent manger presque tout ce dont les humains se nourrissent et s’installer confortablement dans les charpentes (d’oĂč leur appellation). Fait intĂ©ressant, plusieurs reines non reliĂ©es de parentĂ© peuvent cohabiter dans le mĂȘme nid. Habitant dans les arbres, les prĂ©dateurs de Camponotus herculeanus sont principalement l’ours qui se nourrit des larves et des nymphes durant l’étĂ© et l’automne, et plusieurs espĂšces de pics en hiver.

    Photographie 4: Camponotus herculaneus dans un habitat potentiel (Aaron and al., 2012)

    REFERENCES:

    1. Borror, Donald J. et Richard E. White. 1970.” Insects – The Peterson field guides”, Houghton Mifflin Compagny, 408 pages
    2.  Aaron M. Ellison, Nicolas J. Gotelli, Elizabeth J. Farnsworth, Gary D. Alpert, 2012  “Field Guide to the ants if new england”, Yale University Press, 398 pages
    3. Bauer S. , Berthaud M. , Jean I. , Sellos C. , 2008 – “Fonctionnement d’une colonie et importance du recrutement chez la fourmi Formica rufa”, UniversitĂ© Paris-Sud; http://hebergement.u-psud.fr/ecotp/paimpont/2009/02%20Fourmis.pdf
    4. Danival De Souza – « Comportement social et rĂ©ponses immunitaires chez la
      fourmi Camponotus fellah : Implications de la bacterie
      endosymbiote Blochmannia », 2008 :  https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/359092/filename/These_Danival_de_Souza.pdf
    5. WikipĂ©dia – « Trophallaxie » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trophallaxie
    6. Site internet de l’Espace pour la vie de la ville de MontrĂ©al : http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/fourmis-charpentieres

     

     

  • Protichneumon grandis (BrullĂ© 1846)

    Texte et identification du spĂ©cimen par Alexandra ANGERS et Eric GUERRA-GRENIER (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

    Protichneumon grandis
    Protichneumon grandis mùle, capturé à la Station de Biologie des Laurentides, le 4 septembre 2014

    CLASSIFICATION (1)

    Ordre: Hymenoptera

       Sous-Ordre: Apocrita

          Superfamille: Ichneumonoidea

              Famille: Ichneumonidae

                   Sousfamille: Ichneumoninae

                       Tribu: Heresiarchini

                             Sous-tribu: Protichneumonina

                                 Genre: Protichneumon

                                       EspÚce: Protichneumon grandis (Brullé 1846)

    Bien que comportant souvent un intĂ©rĂȘt pour les photographes amateurs, l’espĂšce de parasitoĂŻde Protichneumon grandis, seule espĂšce de son genre au QuĂ©bec (2), ne semble pas faire le sujet de beaucoup d’études scientifiques. De plus, les taxonomistes ne s’entendent pas sur l’identification de cette espĂšce, stipulant l’existence de divers Ă©cotypes partageant une grande variation morphologique (3). MalgrĂ© cela, il est possible de synthĂ©tiser les informations actuelles sur cette espĂšce.

    Identification :

    Afin d’identifier un spĂ©cimen de Protichneumon grandis, soit un insecte hymĂ©noptĂšre faisant partie du groupe paraphylĂ©tique des «Parasitica», plusieurs critĂšres importants peuvent ĂȘtre utilisĂ©s. D’abord, l’identification d’un spĂ©cimen comme membre de la super-famille des Ichneumonoidae, peut se faire relativement facilement grĂące Ă  plusieurs critĂšres morphologiques. Par exemple, tous les membres de cette super-famille possĂšdent des antennes comportant un minimum de 16 articles plutĂŽt que 12 ou 13 articles chez les autres hymĂ©noptĂšres (4). Aussi, on peut observer chez ce groupe que le trochanter, second segment de la patte, est lui-mĂȘme divisĂ© en deux segments (4). De plus, sur les ailes, on ne peut observer une cellule costale puisque les nervures du costa et du sous-costa de l’aile se retrouvent confondues (4). Quant Ă  la famille des IchneumonidĂ©s, la plus grande famille chez les hymĂ©noptĂšres avec environ 60 000 espĂšces (5), on peut la diffĂ©rencier de la famille des Braconidae grĂące Ă  leurs ailes. En effet, chez la plupart des IchneumonidĂ©s, on observe deux nervures «m-cu» (1m-cu et 2m-cu) sur l’aile antĂ©rieure (4).

    ailesF
    Comparaison des nervures de l’aile antĂ©rieure de P. grandis entre le spĂ©cimen Ă  l’Ă©tude et un schĂ©ma thĂ©orique (schĂ©ma par David Wahl (10), utilisĂ© avec autorisation)

    L’identification de l’espĂšce P. grandis au sein du genre Protichneumon, elle, est relativement difficile Ă  faire, due Ă  sa grande variation morphologique. Dans le cas du spĂ©cimen Ă  l’Ă©tude, prĂ©sentĂ© dans les photos de cet article, l’identification s’est faite grĂące au manuel Marshall (p.545) (11) ainsi qu’en le comparant aux autres spĂ©cimens prĂ©sents dans la Collection Entomologique Ouellet-Robert (QMOR). Puisque, tel que mentionnĂ© plus haut, P. grandis est la seule espĂšce de son genre au QuĂ©bec, seuls des spĂ©cimens de cette espĂšce dans la collection dĂ©montraient une similaritĂ© morphologique presque parfaite avec le spĂ©cimen Ă  l’étude.

    Gastre
    P. grandis mĂąle, gastre droit
    Antennes
    P. grandis mĂąle, antennes avec articles blancs

    Quant Ă  l’identification du sexe du spĂ©cimen, ceux prĂ©sents dans la  Collection Entomologique Ouellet-Robert dĂ©montre que l’espĂšce P. grandis est caractĂ©risĂ©e par un important dimorphisme sexuel. En effet, sans la notion de sexe, les mĂąles et les femelles semblent appartenir Ă  des espĂšces diffĂ©rentes. Le mĂąle est reconnaissable par la portion intermĂ©diaire de ses antennes, d’un blanc caractĂ©ristique. Son gastre, lui, est droit. La femelle P. grandis, elle, possĂšde des antennes noires et beaucoup plus longues que celle du mĂąle. Les derniers segments de son gastre sont recourbĂ©s afin de permettre le forage de substrat menant au parasitisme de leurs hĂŽtes (voir section Écologie).

    Répartition géographique :

    Protichneumon grandis possĂšde une rĂ©partition gĂ©ographique assez grande. Bien que faisant partie d’un genre holarctique, cette espĂšce est exclusivement nĂ©arctique. Elle s’étend du QuĂ©bec Ă  la Colombie-Britannique, mais est Ă©galement prĂ©sente dans plusieurs Ă©tats amĂ©ricains: Floride, Kansas, Oregon, Nouveau-Mexique, etc. (6,7) Sa rĂ©partition est donc similaire Ă  celle de son hĂŽte (8) (voir section Écologie).

    Dryocampa rubicunda
    Anisote de l’Ă©rable ou Rosy Maple Moth, Dryocampa rubicunda, QMOR

    Écologie :

    Il est bien connu que les parasitoĂŻdes ont besoin d’hĂŽtes dans lesquels pondre leurs Ɠufs. Les femelles P. grandis, elles, utilisent comme hĂŽte Dryocampa rubicunda Fabricius 1793 (Lepidoptera: Saturniidae) (6,7), aussi connu sous les noms vernaculaires Rosy Maple Moth (anglais) et Anisote de l’érable (français). Ce papillon est facilement reconnaissable par sa coloration Ă©clatante, majoritairement jaune et rose (photo ci-haut). Ce qu’il y a d’intĂ©ressant avec cette association hĂŽte-parasitoĂŻde, c’est que les espĂšces du genre Ptotichneumon utilisent normalement des espĂšces de lĂ©pidoptĂšres sphingidae (6,7) comme hĂŽtes. Or, l’anisote de l’érable, tel que mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, est un membre de la famille des saturniidĂ©s (8). L’explication du transfert de famille hĂŽte chez P. grandis tient donc dans le fait que D. rubicunda est sphingiforme (6,9). En effet, les saturnidĂ©s ceratocampines, dont fait partie l’anisote de l’érable, ont un dĂ©veloppement larvaire trĂšs similaire Ă  celui des sphingidae, tant au niveau anatomique que comportemental (9). La larve de D. rubicunda est donc assez similaire aux larves sphingidĂ©s pour ĂȘtre acceptĂ©es comme hĂŽtes par Protichneumon grandis.

    Références :

    1. http://bugguide.net/node/view/338092
    2. https://www.mffp.gouv.qc.ca/publications/forets/fimaq/collections/liste-hymenopteres.pdf
    3. http://www.discoverlife.org/proceedings/0000/6/html/Ichneumonidae.html
    4. http://www.cegep-ste-foy.qc.ca/profs/gbourbonnais/entomo/hymenopteres_2.pdf
    5. http://www.ichneumonoidea.name/
    6. http://lepidopteraresearchfoundation.org/pdf/pdf33/33-001.pdf
    7. http://eol.org/pages/16348431/overview
    8. http://eol.org/pages/503873/détails
    9. http://books.google.ca/books?id=wTNnPaLszyQC&pg=PA265&lpg=PA265&dq=ceratocampine&source=bl&ots=AunytybH5s&sig=DEPkBmY3dLgB1lZ836Qcu8CE9cw&hl=fr&sa=X&ei=u0tJVOjeGYW1yATwy4DgBg&ved=0CB0Q6AEwAA#v=onepage&q=ceratocampine&f=false
    10. http://www.amentinst.org/GIN/morphology.php
    11. MARSHALL, S.A. Insects, their natural history and diversity, Firefly Books, 2006, Ontario, 718 p.
  • Vespula vulgaris (LinnĂ© 1758)

    la guĂȘpe commune

    Par Antoine Asselin-Nguyen & MĂ©lissa Le Guerrier (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

    Texte et images © 2014, CC BY-NC-SA 4.0 les auteurs

    (C) Josef Dvorak www.biolib.cz pour BWARS
    (C) Josef Dvorak www.biolib.cz pour BWARS. UtilisĂ©e avec l’autorisation du photographe.

    Classification :


    Ordre Hymenoptera

    Sous-ordre Apocrita

    Famille Vespidae

    Sous-famille Vespinae

    Genre Vespula

    EspĂšce Vespula vulgaris


    Quand on pense au mot «guĂȘpe», on pense aux piqĂ»res douloureuses ! Les guĂȘpes ont une connotation trĂšs nĂ©gative : elles sont vues comme des insectes agressifs, car elles viennent perturber les activitĂ©s rĂ©crĂ©atives humaines et peuvent causer des rĂ©actions anaphylactiques (allergiques) ou mĂȘme parfois la mort. D’ailleurs, chaque annĂ©e, deux Ă  huit QuĂ©bĂ©cois meurent aprĂšs avoir Ă©tĂ© piquĂ©s par une guĂȘpe ! Pourquoi ? Les espĂšces du genre Vespula sont attirĂ©es par le sucre et la viande, ce qui explique leur comportement envahissant lors des barbecues et pique-niques. Mais intĂ©ressons-nous un peu plus Ă  la biologie de la guĂȘpe commune…

    Le 4 septembre 2014, un spĂ©cimen de Vespula vulgaris a Ă©tĂ© capturĂ© Ă  la Station de biologie des Laurentides de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al.

    tache noire caractĂ©ristique en forme d’ancre
    tache noire caractĂ©ristique en forme d’ancre
    (C) Tim Evison
    (C) 2007, Tim Evison.  CC BY-SA 2.5

    Caractùres à l’identification

    Le spĂ©cimen possĂšde les caractĂ©ristiques typiques de l’ordre des hymĂ©noptĂšres, telles que des piĂšces buccales broyeuses, des antennes avec gĂ©nĂ©ralement 9 segments ou plus, et une grande paire d’ailes antĂ©rieures liĂ©e Ă  une petite paire d’ailes postĂ©rieures par des crochets (hamuli). La famille  des VespidĂ©s inclut les guĂȘpes sociales, et la sous-famille  des VespinĂ©s comporte les «guĂȘpes vraies» : ces guĂȘpes sont les mieux connues. Elles ont une taille trĂšs mince (le pĂ©tiole de l’abdomen), un abdomen rayĂ© noir et jaune, et des antennes Ă  12 (reine et femelles) ou 13 segments (mĂąles).

    Toutefois, le critĂšre important pour l’identification de l’espĂšce est une simple tĂąche noire ! Ce spĂ©cimen est sans aucun doute Vespula vulgaris puisqu’il possĂšde la tache noire en forme d’ancre sur son clypĂ©us, une caractĂ©ristique des guĂȘpes communes. L’espĂšce a Ă©tĂ© dĂ©crite pour la premiĂšre fois par le cĂ©lĂšbre naturaliste suĂ©dois Carl von LinnĂ© en 1758.

    Les ailes des Hymenoptera sont complĂštement membraneuses
    Les ailes des Hymenoptera sont complĂštement membraneuses

    Distribution géographique

    Le genre Vespula tire son origine de l’Europe, et l’histoire montre sa nature trĂšs envahissante. Les colonies sont relativement petites, soit de seulement quelques milliers d’individus. L’espĂšce Vespula vulgaris se trouve dans la rĂ©gion holarctique, mais Ă©galement Ă  Hawaii, en Australie et en Nouvelle-ZĂ©lande. Elle est trĂšs commune au QuĂ©bec et dans le reste de l’AmĂ©rique du Nord.

    Biologie et cycle de vie

    Un individu

    La guĂȘpe commune fait une mĂ©tamorphose complĂšte. La reine dĂ©pose un oeuf par alvĂ©ole (cellule) du nid, qui suit une pĂ©riode d’incubation de quelques jours. La larve est de type asticot, avec une tĂȘte bien dĂ©veloppĂ©e. Elle s’alimente de la nourriture qu’on lui apporte et croĂźt dans son alvĂ©ole. Elle fait la nymphose en tissant un cocon de soie qui ferme l’alvĂ©ole, et passe ainsi au stade adulte. La jeune guĂȘpe coupe alors la soie Ă  l’aide de ses mandibules et devient un adulte fonctionnel de la colonie.

    Une colonie

    Dans les zones tempĂ©rĂ©es oĂč on doit survivre Ă  travers les mois de froid, une colonie est toujours amorcĂ©e par une reine solitaire qui s’est accouplĂ©e l’automne prĂ©cĂ©dent et a passĂ© l’hiver en Ă©tat de torpeur (hibernation). Les reines des VespinĂ©s hibernent seules dans le sol plutĂŽt qu’en amas, et cherchent un endroit ou faire son nid dĂšs le rĂ©veil. Au printemps, la reine construit un nid en papier, et pond des oeufs. Sa progĂ©niture est des femelles stĂ©riles qui seront ouvriĂšres Ă  l’Ăąge adulte. La reine s’occupe seule de la construction, du fourrageage (recherche de nourriture) et des soins d’une petite couvĂ©e de larves jusqu’Ă  ce que les premiĂšres ouvriĂšres Ă©mergent. Ensuite, la reine se spĂ©cialise uniquement dans la ponte et quitte rarement le nid. Les ouvriĂšres s’occupent alors de nourrir les jeunes avec divers insectes mĂąchĂ©s afin d’agrandir le nid. Tout au long de l’étĂ©, il prendra de l’expansion Ă  mesure que le nombre d’ouvriĂšres augmente. Le nid est fait de papier: un mĂ©lange de bois mĂąchĂ© et de salive de guĂȘpe. Il est parfois trĂšs gros, et on peut en voir suspendus aux avant-toits ou dans les arbres. À la fin de la saison chaude, la reine pond des oeufs qui produisent des femelles et des mĂąles fertiles, qui continueront Ă  leur tour le cycle de vie d’une colonie l’annĂ©e suivante ! Lorsque la saison froide arrive, toute la colonie et mĂȘme la reine meurent, laissant seulement les nouvelles reines qui passeront Ă  leur tour Ă  un Ă©tat de torpeur.

    Il est intĂ©ressant de noter que dans les rĂ©gions avec moins de fluctuations climatiques, les guĂȘpes ont des colonies beaucoup plus grandes et sont beaucoup plus envahissantes (Australie, Nouvelle-ZĂ©lande), car il n’y pas de diminution de tempĂ©rature qui cause la mort de la colonie. À vrai dire, la surabondance de Vespula vulgaris est trĂšs problĂ©matique dans ces pays : c’est par des traitements comme l’emploi de poussiĂšres toxiques et d’aĂ©rosols que les nids sont dĂ©truits et que les colonies sont Ă©radiquĂ©es. De quoi profiter de pique-niques et barbecues en toute quiĂ©tude !

    La taille de guĂȘpe en gastre est caractĂ©ristique du sous-ordre Apocrita
    La taille de type gastre de la guĂȘpe est caractĂ©ristique du sous-ordre Apocrita

     

    D’oĂč vient ce goĂ»t pour le sucre et la viande et cette violence envers les humains ?

    Au dĂ©but de la saison, la nourriture des guĂȘpes est surtout constituĂ©e d’insectes vivants et de miellat des pucerons tombĂ©s sur le feuillage. Cependant, vers la fin de la saison, lorsque les femelles fertiles naissent, il n’y a plus de cohĂ©sion dans la colonie et toutes les ouvriĂšres sont dĂ©sorientĂ©es. Celles-ci cherchent alors d’autres sources de nourriture comme des aliments sucrĂ©s et de la viande. Cela explique bien pourquoi c’est Ă  la fin de l’étĂ© que les guĂȘpes s’incrustent dans  les activitĂ©s humaines. Sans la nĂ©cessitĂ© d’agrandir le nid ou de nourrir les petits, ce sont ces ouvriĂšres dĂ©sorientĂ©es qui piquent si elles se sentent attaquĂ©es.

    Et l’Homme devrait-il se dĂ©fendre ? C’est Ă  vous de juger, mais attention : sachez qu’une Ă©tude montre qu’en rĂ©ponse Ă  l’écrasement de l’appareil piqueur, une phĂ©romone d’alarme est relĂąchĂ©e, ce qui causera d’autres guĂȘpes du nid Ă  venir à la rescousse ! Comme quoi il vaudrait mieux les laisser tranquilles…

     


     

    Références

    Borror, D.J., White, R.E. (1999) Les insectes de l’AmĂ©rique du Nord, Broquet, 408 pages.

     

    Evans, H.E., Eberhard, M.J.W. (1973) The Wasps, David & Charles (Holdings) Limited, 265 pages.

     

    Gauld, I., Bolton, B. (1988) The Hymenoptera, Oxford University Press, 332 pages.

     

    Jones, J.A. (2012) Wasp facts and information, lulu.com, 42 pages.

     

    New, T.R. (2012) Hymenoptera and Conservation, Wiley-Blackwell, 218 pages.

     

    Reed, H.C., Landolt, P.J. (2000) Application of alarm pheromone to targets by southern yellowjackets (Hymenoptera : Vespidae), Florida Entomologist, Volume 83, pages 193-196

  • Melanoplus femurrubrum (De Geer 1773)

    Par Marie-Line Buteau et Sarah Merheb (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

    Photo 2014-10-09, 11 20 27 AM (HDR)

    Cette espÚce a été capturée à la station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

    Taxonomie

    Identifier en 1773 par l’entomologiste Charles De Geer, Melanoplus femurrubrum , le MĂ©lanople Ă  pattes rouges, fait parti de la classe des Insectes, l’ordre des OrthoptĂšres et la famille des AcrididĂ©s (De Geer, 1773). Cette famille est caractĂ©risĂ©e par des antennes plus courtes que le corps et l’absence d’appareil stridulatoire sur les Ă©lytres (Vickery et Kevan, 1985). L’espĂšce fait partie du genre Melanoplus qui englobe des espĂšces herbivores dont certaines sont nuisibles Ă  l’agriculture (Bland, 2003). Notamment, Melanoplus femurrubrum est caractĂ©risĂ© par les tibias des pattes postĂ©rieures rouge-orangĂ© et des fĂ©murs brunĂątres variant au jaune aux extrĂ©mitĂ©s. La face externe des fĂ©murs prĂ©sente gĂ©nĂ©ralement un motif à chevron olivĂątre. Il est intĂ©ressant de noter qu’il existe une forme rare de l’espĂšce de couleur bleue. Il a Ă©tĂ© possible d’identifier et de diffĂ©rencier, selon Vickery et Kevan (1985), notre espĂšce en observant la position et la forme de l’ovipositeur. Les ailes sont complĂštement dĂ©veloppĂ©es et vont au-delĂ  du bout des fĂ©murs postĂ©rieurs.

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    Fig.1 La face externe des fémurs présente un motif à chevron olivùtre

    Fig.2 Les ailes sont complÚtement développées

    Reproduction

    Certains AcrididĂ©s produisent des sons grĂące aux fĂ©murs des pattes postĂ©rieurs qui possĂšdent des protubĂ©rances sur la face interne. Ils exĂ©cutent des oscillations rapides de leurs pattes postĂ©rieures qui permettent Ă  ces protubĂ©rances de frotter contre une nervure saillante de leurs ailes (Dumortier, 1966). Cependant, les espĂšces du genre Melanoplus ne produisent pas de son puisque ceux-ci n’ont pas d’organes stridulatoires sur les fĂ©murs postĂ©rieurs. En effet, les mĂąles ne produisent aucun son pour courtiser une partenaire, mais lorsqu’ils rencontrent une femelle, ceux-ci dĂ©placent leurs antennes et font vibrer leurs fĂ©murs postĂ©rieurs. Ce comportement particulier permet, par le fait mĂȘme, aux femelles de reconnaitre les mouvements propres Ă  leur espĂšce (Pickford et Gillot, 1972).
    Cela dit, la pĂ©riode de reproduction dĂ©bute Ă  l’étĂ© allant jusqu’au milieu de l’automne pendant que les adultes sont actifs. En consĂ©quence, cette espĂšce ne produit qu’une seule gĂ©nĂ©ration par annĂ©e. Les femelles pondent leurs Ɠufs dans le sol Ă  l’aide de leur ovipositeur. Les Ɠufs pondus durant l’étĂ© n’éclosent pas avant l’arrivĂ©e du printemps suivant. (Capinera, 2008). Ainsi, les immatures naissent et deviennent adultes vers juillet en passant par plusieurs stades immatures. Il faut noter que l’ordre des orthoptĂšres est un ordre ayant une mĂ©tamorphose incomplĂšte. De plus, le temps du stade immature est plus rapide lorsque la tempĂ©rature est plus Ă©levĂ©e. Malheureusement, les adultes meurent lors de l’arrivĂ©e de l’hiver Ă  cause du froid.
    Melanoplus. femurrubrum possĂšde de nombreux prĂ©dateurs, dont des insectes parasites, des mites ainsi que des nĂ©matodes. Il semblerait, selon Bland (1976), que ces derniers ont le plus grand impact sur la population du MĂ©lanople Ă  pattes rouges. De mĂȘme, la disponibilitĂ© de la nourriture semble ĂȘtre un autre facteur limitant pour les populations de M. femurrubrum. Une diversitĂ© dans les plantes disponibles est aussi importante pour rĂ©pondre au besoin des diffĂ©rents stades immatures.

    Répartition

    Melanoplus femurrubrum est trĂšs rĂ©pandu en AmĂ©rique du Nord. Il peut facilement se dĂ©placer grĂące Ă  son vol puissant qui lui permet de voler plus longtemps et donc de se disperser et de trouver de nouveaux habitats pendant les annĂ©es de sĂ©cheresses (Pfadt, 1994). Normalement, on retrouve cette espĂšce dans les champs, les prairies, les prĂ©s et dans la vĂ©gĂ©tation bordant les sentiers, des habitats qui abondent en AmĂ©rique du Nord depuis le dĂ©veloppement de l’agriculture. De plus, selon Thompson (1992), ce melanople prĂ©sente une grande plasticitĂ© phĂ©notypique au sein de l’espĂšce, ce qui lui confĂšre une bonne capacitĂ© d’adaptation. Son alimentation est composĂ©e de plantes herbacĂ©es ou mĂȘme d’herbe ce qui le rend nuisible Ă  certaines cultures comme la luzerne, le soya, les lĂ©gumineuses ou encore l’avoine. Ces caractĂ©ristiques expliquent bien le succĂšs dĂ©mographique de l’espĂšce et son abondance (Bland, 2003).

    Impact

    Cette espĂšce peut endommager gravement certaines cultures surtout dans l’est du Canada et des États-Unis. Entre autres, elle est particuliĂšrement nuisible aux lĂ©gumineuses et au soja. Melanoplus sanguinipes, une espĂšce semblable, serait beaucoup plus ravageuse, car celle-ci est capable d’effectuer de grosses migrations de masse pouvant ainsi dĂ©vaster des cultures lors de son passage. (Bland, 2003)

    RÉFÉRENCES

    Bland R.G. (1976) Effect of Parasites and Food Plants on the Stability of a Population of Melanoplus femurrubrum. Environmental Entomology, 5(4) : 724-728.

    Bland R.G. (2003) The orthoptera of Michigan, Biology, keys and descriptions of Grasshoppers, Katydids and Cricket. Michigan state University Extension, Michigan, p.94.

    BugGuide.Net. 2003-2014  << Species Melanoplus femerrubrum– Red-legged Grasshopper>>. En ligne. Page consultĂ©e le 25 octobre 2014.

    Capinera J. L. (2008) Encyclopedia of Entomology, Redlegged Grasshopper, Melanoplus femurrubrum (Degeer) (Orthoptera: Acrididae. Springer, London, pp 3119-3123.

    De Geer C. (1773) MĂ©moire pour servir Ă  l’histoire des insectes, p.498. En ligne. Page consultĂ©e le 25 octobre 2014.

    Dumortier B.(1966) La stridulation et l’audition chez les Insectes OrthoptĂšres. Aperçu historique sur les idĂ©es et les dĂ©couvertes jusqu’au dĂ©but du XXe siĂšcle. Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. 19(1) : 1-28.

    Pfadt R.E. (1994) Field Guide to Common Western Grasshoppers, Part 4. Wyoming Agricultural Experiment Station, Bulletin 912, pp 133-136.

    Pickford R. et C. Gillot (1972) Courtship behavior of the migratory grasshopper melanoplus sanguinipes (Orthoptera : Acrididae). The Canadian Entomologist, 104 (5) : 715-722.

    Thompson D.B. (1992) Consumption rates and the evolution of diet-induced plasticity in the head morphology of Melanoplus femurrubrum (Orthoptera: Acrididae). Oecologia, 89 (2) : 204-213.

    Vickery V.R. et D.K.M. Kevan (1985) The insects and arachnids of canada, part 14: The Grasshoppers, Crickets and Related Insects of Canada and Adjacent Regions. Agriculture Canada, Canada, 918 pages.

  • Endomychus biguttatus (Say 1824)

     Par Alexie DROUIN et Jean-Michel MATTE (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

    Sauf quand autrement indiqué, texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Ordre Coleoptera
    Sous-ordre Polyphaga
    Infra-ordre Cucujiformia
    Superfamille Cucujoidea
    Famille Endomychidae
    Sous-Famille Endomychinae
    Genre Endomychus
    EspĂšce Endomychus biguttatus

    Endomychus biguttatus, dĂ©crit par Say en 1824, est un petit colĂ©optĂšre de la superfamille Cucujoidea, dans laquelle on retrouve Ă©galement les coccinelles. Bien qu’il arbore des Ă©lytres visuellement semblables Ă  celle-ci (voir Figure 1), notre spĂ©cimen se retrouve plutĂŽt dans la famille des Endomychidae, qui regroupe environ 1800 espĂšces rĂ©parties en 12 sous-familles, dont la majoritĂ© se nourrit de champignons. En fait, dans de nombreuses classifications, la famille Endomychidae est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant le groupe soeur de la famille Coccinellidae. Historiquement, certaines phylogĂ©nies plus anciennes allaient jusqu’Ă  les placer dans le mĂȘme taxon, soit les « Trimera », sous le prĂ©texte qu’ils possĂ©daient tous les deux des tarses pseudo-trimĂšres (Tomaszewska, 2000). Nous savons aujourd’hui que cela est faux, et que cette condition n’est restreinte qu’Ă  quelques sous-familles d’endomychidĂ©s, dont les Endomichinae. MalgrĂ© ces informations, relativement peu d’Ă©tudes ont Ă©tĂ© faites sur la famille, et encore moins sur l’espĂšce, donc plusieurs caractĂ©ristiques restent peu dĂ©finies Ă  ce jour.

    bigattatusFigure 1. SpĂ©cimen d’Endomychus biguttatus capturĂ© Ă  la Station de biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, le 4 septembre 2014. Vue latĂ©rale et dorsale.

    Biologie générale

    Il n’existe aucune espĂšce d’endomycide obligatoirement xylophage (qui se nourrit de bois), mais on les retrouve quand mĂȘme trĂšs souvent sous l’Ă©corce des arbres (Blatchely, 1910; White, 1983). Par contre, ils sont plutĂŽt associĂ©s aux basidiomycĂštes ligneux qui se retrouvent dans les arbres malades ou morts. En effet, les endomycides sont reconnus pour vivre dans des champignons (d’oĂč leur nom: endo signifie Ă  l’intĂ©rieur et mycide rĂ©fĂšre aux champignons), et les hĂŽtes observĂ©s pour notre espĂšce sont Schizophillum commune, Hirneloa mesenterica et Auricularia auricula (Shockley, 2009). Ils sont mycophages et, comme la majoritĂ© des espĂšces de leur famille, ils se nourrissent surtout de l’hyphe du champignon hĂŽte, ou de la portion charnue de son corps. De plus, plusieurs spĂ©cimens ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans des carcasses de cochons hautement dĂ©composĂ©es (Shockley, 2009), ce qui suggĂšre une capacitĂ© quelconque de nĂ©crophagie, bien que la raison de leur prĂ©sence dans ces cadavres soit nĂ©buleuse.

    Il y a habituellement deux pĂ©riodes de reproductions principales pour cette espĂšce, soit au printemps et Ă  l’automne (Shockley, 2009). Cela coĂŻncide avec la pĂ©riode de sporulation de son hĂŽte reproductif obligatoire, Schizophillum commune. Notre espĂšce est l’une des rares espĂšces qui recouvre ses Ɠufs aprĂšs la ponte: habituellement, elle les dissimule avec l’hyphe solide de son hĂŽte. Leur dĂ©veloppement est cependant assez lent, et prends environ 35 jours. AprĂšs l’Ă©closion, la larve traversera 4 stades larvaires, avant de devenir une pupe puis un adulte, puisque les colĂ©optĂšres sont des insectes holomĂ©taboles (Ă  mĂ©tamorphose complĂšte). Endomychus biguttatus passe du stade de pupe au stade d’adulte tĂ©nĂ©ral en un temps moyen de 243 heures (Leschen et Carlton, 1988), puis du stade tĂ©nĂ©ral à adulte mature et sclĂ©rotisĂ© en un temps moyen de 48 heures. Le dĂ©veloppement Ă  partir du stade de pupe dure donc un peu plus de 12 jours. En comparaison avec de nombreuses autres espĂšces mycophages se nourrissant sur des champignons frais, son temps de dĂ©veloppement est relativement long. En effet, certaines espĂšces passent de l’Ɠuf Ă  l’adulte mature en seulement 11 jours. Cette diffĂ©rence entre les espĂšces peut ĂȘtre expliquĂ©e par leur lien avec leur espĂšce hĂŽte : plus le champignon est dense, plus le taux de dĂ©veloppement est Ă©levĂ© (Leschen et Carlton, 1988).

    Comme la coccinelle, notre espĂšce est capable d’excrĂ©ter un liquide organique laiteux en guise de dĂ©fense chimique lorsqu’il est soumis Ă  un stress. Il contient une bonne proportion d’hĂ©molymphe, le liquide dans lequel baignent les organes, mais il contient aussi beaucoup de composĂ©s chimiques toxiques pour les prĂ©dateurs. La substance est Ă©galement hautement amĂšre. AprĂšs l’excrĂ©tion, le colĂ©optĂšre lave son corps frĂ©nĂ©tiquement pour en faire disparaitre les rĂ©sidus.

    Distribution

    Les colĂ©optĂšres de la famille des endomycides sont prĂ©sents dans toutes les rĂ©gions biogĂ©ographiques de la planĂšte, mais leur diversitĂ© est Ă  son apogĂ©e en Afrique, en Asie et en AmĂ©rique (Shockley, 2009). Notre espĂšce, quant Ă  elle, est trĂšs abondante dans la portion est de l’AmĂ©rique du Nord. Pour survivre aux hivers rigoureux, elle passe l’hiver dans la litiĂšre ou sous l’Ă©corce des arbres.

    Morphologie

    Certaines caractĂ©ristiques sont propres Ă  la famille des Endomychidae et nous ont guidĂ©s dans l’identification de notre spĂ©cimen. Parmi celles-ci, on retrouve la prĂ©sence d’une ou deux paires de sillons longitudinaux, de lignes sur la marge latĂ©rale ou de petites dĂ©pressions sous-basales ; une formule tarsienne de type 3-3-3 ou 4-4-4, qui correspond au nombre de segments du tarse sur chacune des paires de pattes, de l’avant vers l’arriĂšre ; la prĂ©sence d’une suture fronto-clypĂ©ale (le clypĂ©us Ă©tant un des sclĂ©rites prĂ©sent sur la marge infĂ©rieure de la face de l’insecte) ; l’absence de rainures sur les antennes ; la composition des antennes est typiquement de 11 segments (les trois derniers sont plus larges que les prĂ©cĂ©dents), ainsi que l’absence de lignes sur le premier sclĂ©rite abdominal situĂ© sous le coxa (Lawrence et al., 1999; Tomaszewska, 2000; Skelley et Leschen, 2002).

    fig 2

    Figure 2. Photographie du stade adulte d’Endomychus biguttatus, avec identification des parties anatomiques visible. Vue dorsale. © Nicholas Gompel, modifiĂ©e pour l’identification
    de la morphologie par Jean-Michel Matte

    Pour identifier ce spĂ©cimen, un des premiers caractĂšres rĂ©vĂ©lateur est le motif sur ses Ă©lytres : il y a quatre taches sombres sur un fond uni brun-rouge (voir Figure 2). Le motif est caractĂ©ristique de l’espĂšce : les deux taches prĂšs de l’apex de l’Ă©lytre sont plus larges, alors que les deux plus haute sont parfaitement rondes. De plus, son Ă©cusson triangulaire est noir, ainsi que le pronotum et sa tĂȘte.

    fig 3

    Figure 3. SchĂ©ma du premier stade larvaire d’Endomychus biguttatus. Vue dorsale.
    © Leschen & Carlton, 1988

    Durant le premier stade larvaire, on voit apparaitre plusieurs Ă©pines sur les cĂŽtĂ©s du prothorax, qui serviront Ă  percer l’Ɠuf, qui seront perdu aux stades subsĂ©quents (Leschen et Carlton, 1988). Toutes les larves ont une mĂąchoire infĂ©rieure proĂ©minente et un corps sclĂ©rifiĂ© et aplati dans l’axe dorso-ventral (voir Figure 3).

    fig 4

    Figure 4. SchĂ©ma de la pupe d’Endomychus biguttatus. Vue dorsale.
    © Leschen & Carlton, 1988

    Pour ce qui est de la pupe, elle a une longueur moyenne de 5 mm, une couleur rosĂ©e et des spiracles sont prĂ©sents sur les cinq premiers segments de l’abdomen (voir Figure 4).

    Bibliographie

    Blatchley, W. S. (1910), An illustrated descriptive catalogue of the coleoptera or beetles (exclusive of rhynchophora) known to occur in Indiana. Nature Publishing Co., Indianapolis, 1385 pp.

    Lawrence, J. F., Hastings, A. M., Dallwitz, M. J., Paine, T. A. et Zurcher, E. J. (1999), Endomychidae (major part). Beetles of the World: A Key and Information System for Families and Subfamilies. CD-ROM, version 1.0 for MS-Windows. CSIRO Publishing, Melbourne.

    Leschen, R. A. B. et Carlton, C. E. (1988), Immature stages of Endomychus biguttatus Say (Coleoptera : Endomychidae) with observations on the alimentary canal. Journal of the Kansas Entomological Society, 61 (3) : 321-327.

    Shockley, F. W., Tomaszewska, K. W. et Mc Hugh, J. V. (2009), Review of the natural history of the handsome fungus beetles (Coleoptera : Cucujoidea : Endomychidae). Insecta Mundi, 72 (1) : 1-24.

    Skelley, P.E. et Leschen, R.A.B. (2002), Endomychidae. Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionidae. American Beetles, 2 (1) : 366-370.

    Tomaszewska, K. W. (2000), Morphology, phylogeny and classification of adult Endomychidae (Coleoptera: Cucujoidea). Annales Zoologici, 50 (4) : 449-558.

    White, R. E. (1983), A field guide to beetles of North America. Houghton Mifflin, Boston, 404 pp.

  • Geotrupes balyi Jekel 1865

    Par Pedro Paulo CASTRO GRILLO et Alexandre MARCHAND-THERIAULT (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

    Geotrupes balyi Jekel 1865

    Préparation et condition du spécimen:

    Le spĂ©cimen a Ă©tĂ© capturĂ© le 4 septembre 2014 aux environs de la Station Biologique des Laurentides de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al. Il a Ă©tĂ© trouvé à proximitĂ© d’un sentier menant au lac Geai. Du fait de sa taille considĂ©rable et de la robustesse de son corps, son Ă©tat de conservation Ă©tait trĂšs satisfaisant.

    Vue latérale du spécimen, aprÚs piqure. Octobre 2014.
    Vue latérale du spécimen, aprÚs épinglage. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Capture du spĂ©cimen Ă  proximitĂ© d’un sentier Ă  cĂŽté du lac Geai. Station de biologie des Laurentides, UniversitĂ© de MontrĂ©al. Septembre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    L’identification:

    L’identification du spĂ©cimen s’est fait initialement (au niveau de l’espĂšce) grĂące au Guide d’identification: Les Insectes du QuĂ©bec (Dubuc, 2007), le 9 octobre 2014, et ensuite confirmĂ©e au niveau de la famille Geotrupidae grĂące Ă  l’Atlas Ă©cologique des ColĂ©optĂšres du nord-est de France le 19 octobre 2014 (Atlas Ă©cologique des ColĂ©optĂšres du nord-est de France 2010). Les  critĂšres suivants ont permis son identification:

    -Antennes latérales, formées par 11 segments, dont les 3 derniers sont asymétriques et plus volumineux que les autres.

    -Labre fortement visible et proéminent, palpes maxillaires ayant 4 segments.

    -Pronotum et élytres convexes,  striation des élytres, scutellum triangulaire.

    -Abdomen présentant 6 métamÚres.

    -Pattes antérieures avec des tibias et fémurs fortement dentés.

    -Pattes postérieures dont les tibias portent plusieurs carÚnes sur leur face externe.

    Morphologie générale d'un Geotrupidae. ©2014 Posté par Guppy88 le 26/12/2013 12:30:01. Dessin: Stéphane Charrier http://blenderclan.tuxfamily.org/html/modules/newbb/print.php?form=1&topic_id=39995&forum=5&order=ASC&start=20
    Morphologie gĂ©nĂ©rale d’un Geotrupidae. ©2014 PubliĂ©e par Guppy88 le 26/12/2013 12:30:01. Dessin: StĂ©phane Charrier 
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    Vue en d’en haut de notre spĂ©cimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Vue frontale de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Vue latérale de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
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    Vue d’en dessous de notre spĂ©cimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
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    Vue frontale rapprochée de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le descriptif du genre Geotrupes de la partie borĂ©ale de l’AmĂ©rique (Horn 1867) ne nous a que partiellement aidé à confirmer l’espĂšce, puisque que les critĂšres d’identification étaient difficiles Ă  discerner pour nous, ayant l’oeil peu expĂ©rimentĂ©. Cependant, la comparaison avec les diffĂ©rentes espĂšces de la famille des GeotrupidĂ©s du QuĂ©bec au sein de la Collection entomologique Ouellet-Robert (QMOR) Ă  l’Institut de recherche en BiodiversitĂ© VĂ©gĂ©tale (IRBV) le 9 octobre 2014, a permis de confirmer la nomenclature de notre spĂ©cimen. Le dĂ©monstrateur et Ă©tudiant au doctorat en entomologie avec le professeur Colin Favret, Thomas ThĂ©ry, a contribuĂ© au discernement des critĂšres importants Ă  vĂ©rifier lors de la comparaison des espĂšces prĂ©sentes Ă  la collection.

    geotrupes-balyi-pic-3
    Spécimen récolté et les spécimens de QMOR. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Position taxinomique de l’espĂšce (selon Integrated Taxonomic Information System 2012):

    RÚgne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Sous-classe: Pterygota

    Infra-classe: Neoptera

    Super-ordre: Holometabola

    Ordre: Coleoptera Linnaeus 1758

    Sous-ordre: Polyphaga Emery 1886

    Infra-ordre: Scarabeiformia Crownson 1960

    Super-famille: Scarabaeoidea Latreille 1802

    Famille: Geotrupidae Latreille 1802

    Sous-Famille: Geotrupinae Latreille 1802

    Genre: Geotrupes Latreille 1797

    EspÚce: Geotrupes balyi Jekel 1865

    Distribution géographique:

    L’espĂšce Geotrupes balyi a Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©e dans l’est des États-Unis. Cette espĂšce est indigĂšne du Canada et des États-Unis oĂč on la retrouve rĂ©guliĂšrement. Vingt-huit espĂšces de la famille des GeotrupidĂ©s ont Ă©tĂ© recensĂ©es en AmĂ©rique du Nord dont 13 au Canada. Geotrupes balyi est frĂ©quemment retrouvĂ©e Ă  l’est du Canada, dont au QuĂ©bec et au Nouveau-Brunswick (Webster et al. 2012; Encyclopedia of Life 2011; Discover Life 2009)

    Alimentation:

    Les colĂ©optĂšres du genre Geotrupes, (du grec ;  « Geos » : terre, « trypetes » :creuseurs), s’alimentent de fĂšces d’animaux. Ils vont transporter leur aliment et, comme leur nom le prĂ©cise, ils vont creuser dans le sol afin d’entreposer les fĂšces et y dĂ©poser leurs oeufs. (Plewinska 2007).

    Ce genre d’insecte fait partie de la famille des GeotrupinĂ©s qui, tout comme la plupart des ScarabaeinĂ©s, vont transporter des quantitĂ©s importantes d’excrĂ©ments d’animaux en leur donnant une forme de boule. Cette boule va ĂȘtre roulĂ©e et poussĂ©e par leurs pattes postĂ©rieures et mĂ©dianes, sur des distances considĂ©rables. Une fois arrivĂ©es dans un endroit propice, ces boules vont ĂȘtre enterrĂ©es pour ne pas attirer d’autres individus intĂ©ressĂ©s par le banquet (Bornemissza 1969; Bornemissza 1976; Hayakawa 1977)

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    « Scarabaeus laticollis near a nuraghe near Monte Tiscali, Sardinia, Italy ». Le 12 avril 2006. Par Rafael Brix. Copyright ©2007 GNU Free Documentation License.

    Comme la plupart des colĂ©optĂšres coprophages, les geotrupes ont dĂ©veloppĂ© des organes sensoriels extrĂȘmement sensibles afin de pouvoir dĂ©tecter des ressources alimentaires situĂ©es Ă  de longues distances. Cette dĂ©tection se fait par l’intermĂ©diaire de produits chimiques Ă©mis par les excrĂ©ments d’animaux, tels que le butanol, le phĂ©nol, le crĂ©sol, l’indole, et le scatole (Plewinska 2007; Inouchi et al. 1987)

    Chez certains groupes de colĂ©optĂšres, tels que les xylophages, des agglomĂ©rations massives se font autour de grandes quantitĂ©s de ressources alimentaires. Ceci se fait grĂące au dĂ©veloppement de moyens de communication, comme les phĂ©romones, agissant de maniĂšre intra-spĂ©cifique. Ces phĂ©romones vont attirer les individus d’une mĂȘme espĂšce vers la source de nourriture pour ainsi augmenter leurs chances de se trouver un partenaire sexuel et donc augmenter leur succĂšs reproducteur (Jurc et al. 2012). Des agglomĂ©rations massives de gĂ©otrupes sont parfois observĂ©es, ce qui laisse croire que ce mĂ©canisme d’attraction intra-spĂ©cifique est Ă©galement utilisĂ© chez les GeotrupidĂ©s (Galante et al. 1995)

    Reproduction:

    La construction du nid pour accueillir les Ɠufs se fait en coopĂ©ration par la femelle et le mĂąle. La majoritĂ© de la formation du nid est cependant assurĂ©e par la femelle. Lors de la copulation de plusieurs espĂšces du genre Geotrupes, le mĂąle agrippe la femelle en glissant ses pattes sur les Ă©lytres et le pronotum. Ensuite, il introduit son Ă©dĂ©age dans la femelle pour une dizaine de minutes. La femelle se dĂ©fait ensuite de l’emprise du mĂąle pour mettre fin Ă  la copulation. Par la suite, elle se dirige vers le site de couvĂ©e du nid pour y pondre ses Ɠufs. Les femelles des espĂšces de Geotrupes possĂšdent deux ovaires ainsi que six ovarioles par ovaire qui sont plus ou moins rĂ©duits selon l’espĂšce. Chaque ovariole produit au minimum un oocyte. Lorsque l’oocyte est mature, le petit pĂ©dicelle de l’ovariole qui est reliĂ© aux oviductes latĂ©raux laisse alors passer les Ɠufs en direction du vagin. Les femelles peuvent Ă©galement emmagasiner le sperme des mĂąles Ă  l’intĂ©rieur de leur spermathĂšque. Lorsque les conditions environnementales sont propices pour la formation de la progĂ©niture, la contraction des muscles de la spermathĂšque permet d’expulser les spermatozoĂŻdes et permettre ainsi la fĂ©condation (Halffter et al. 1985, Whipple 2011, Nichols et al. 2008).

     

    Image originale par Bugboy52.40: "The life cycle of the stag beetle, including the 3 instars". Modification par les auteurs selon la permission de l'image originale ©2014 CC BY-SA 3.0
    Image originale par Bugboy52.40: « The life cycle of the stag beetle, including the 3 instars ». Modification par les auteurs selon la permission de l’image originale ©2014 CC BY-SA 3.0

    Le premier et le second stade larvaire durent environ dix jours chacun, tandis que le troisiĂšme stade larvaire ainsi que la nymphe durent 190 et 44 jours respectivement. L’adulte Ă©merge aprĂšs 30 Ă  40 jours en stade nymphal. Le cycle de vie complet dure de 303 Ă  313 jours, dont un dĂ©veloppement embryonnaire de dix jours. Les excrĂ©ments de la larve durant le troisiĂšme stade servent de composant pour la membrane de la nymphe qui est molle par endroits et rigide à d’autres endroits. Avant la nymphe, la larve pĂšse de 2,5 Ă  3,0 g, puis aprĂšs la formation de la membrane de la nymphe, son poids chute Ă  0,5 g en raison de l’excrĂ©tion du contenu de son intestin. La larve s’allonge, mesurant 6 cm par 3 cm (Halffter et al. 1985).

    Importance écologique et économique:

    Tel que mentionnĂ© plus haut, cette espĂšce de colĂ©optĂšre est coprophage, les individus Ă©tant Ă©galement appelĂ©s « bousiers ». Les insectes coprophages sont d’une grande importance pour les milieux dont ils font partie. Leur alimentation composĂ©e de matiĂšres fĂ©cales provenant d’autres animaux, permet le recyclage de nombreux nutriments prĂ©sents dans ces derniĂšres. Ils jouent ainsi un rĂŽle majeur dans la bioturbation des Ă©cosystĂšmes (Galante et al. 1995; Whipple 2011)

    Les bousiers sont Ă©galement considĂ©rĂ©s comme des agents de dispersion des graines contenues dans les excrĂ©ments animaux. Du fait qu’ils ne consomment pas ces graines, elles vont rester enterrĂ©es et vont avoir de bonnes chances de germer ainsi qu’un engrais riche à cause des restes de fĂšces. Les bousiers vont donc contribuer grandement Ă  la diversification vĂ©gĂ©tale des milieux (D’hondt et al. 2008).

    Leur alimentation exclusive tant pour les larves que pour les adultes, leur permet de faire compĂ©tition face Ă  d’autres espĂšces considĂ©rĂ©es comme nuisibles pour les activitĂ©s humaines, comme les larves coprophages mais ayant un imago hĂ©matophages, detrivores, ou parasitaires (ex: certaines espĂšces de diptĂšres, nĂ©matodes, protozoaires). La prĂ©sence des bousiers est donc considĂ©rĂ©e comme avantageuse, entre autres, par les Ă©leveurs de bĂ©tail (Galante et al. 1995). Les États-Unis, avec 56% de leur bĂ©tail traitĂ© chimiquement pour le contrĂŽle des diptĂšres et des parasites internes, a Ă©valuĂ© que l’Ă©conomie en pesticides grĂące aux bousiers s’Ă©lĂšve à 380 millions de dollars annuellement (Losey et Vaughan 2006)

    Du fait de la grande sensibilitĂ© des bousiers Ă  la modification de leur habitat (fragmentation, perte de vĂ©gĂ©tation), ou de la composition de leur alimentation, ils constituent des indicateurs naturels de l’Ă©tat des milieux. Des relations entre une diminution de leur abondance et le niveau de pollution d’un milieu par exemple, peuvent ĂȘtre Ă©tablies pour Ă©valuer la « santé » d’un Ă©cosystĂšme (Nichols et al. 2008).

    Bibliographie:

    Atlas écologique des ColéoptÚres du Nord-Est de France (2010) Famille Geotrupidae. [En ligne] http://www.sibnef1.eu/gb/coleoptera/Geotrupidae/family/descGeotrupidae.html (Consulté le 22 octobre 2014)

    Bornemissza, G. F. 1969. A new type of brood care observed in the dung beetle Oniticellus cinctus (Scarabaeidae). Pedobiologia. Vol. 9. p. 223–225.

    Bornemissza, G. F. 1976. The Australian dung beetle project 1965 – 1975. Rev. Aust. Meat Res. Comm. Vol. 30. p. 1-30.

    D’hondt, B., B. Bossuyt, M. Hoffmann et D. Bonte. 2008. Dung beetles as secondary seed dispersers in a temperate grassland. Basic and Applied Ecology. Vol. 9.5. p. 542-549.

    Discover Life. 2012. Geotrupes balyi @ Global Biodiversity Information Facility [En ligne]. http://www.discoverlife.org/mp/20m?kind=Geotrupes+balyi (Consulté le 26 octobre 2014)

    Encyclopedia of Life. 2011. Geotrupes balyi. Overview. [En ligne]. http://eol.org/pages/18014323/overview. (Consulté le 26 octobre 2014).

    Galante, E., J. Mena et C. Lumbreras. 1995. Dung beetles (Coleoptera: Scarabaeidae, Geotrupidae) attracted to fresh cattle dung in wooded and open pasture. Environmental Entomology. Vol. 24.5. p. 1063-1068.

    Halffter, V., Y. LĂłpez-Guerrero et G. Halffter. 1985. Nesting and ovarian development in Geotrupes cavicollis Bates (Coleoptera: Scarabaeidae). Acta Zool. Mex. Vol. 7. p.

    Hayakawa,H. 1977. Pollution of cattle’s excreta in pastures and measure to it using dung beetles. Effects of dung beetles and ecology of them. Chikusan-no-kenkyu 31: 596-602 (in Japanese).

    Horn, G. H. 1867. Geotrupes of Boreal America. Transactions of the American Entomological Society (1867-1877). Vol. 1. p. 313-322.

    Inouchi, J., T. Shibuya, O. Matsuzaki et T. Hatanaka. 1987. Distribution and fine structure of antennal olfactory sensilla in Japanese dung beetles, Geotrupes auratus Mtos. (Coleoptera : Geotrupidae) and Copris pecuarius Lew. (Coleoptera : Scarabaeidae). International Journal of Insect Morphology and Embryology. Vol. 16.2. p. 177-187.

    Integrated Taxonomic Information System (2012). Kingdom Animalia. Geotrupes balyi, Jekel, 1865. [En ligne] http://www.itis.gov/servlet/SingleRpt/SingleRpt?search_topic=TSN&search_value=929846 (page consultée le 19 octobre 2014)

    Jurc, M., S. Bojovic, M. F. FernĂĄndez et D. Jurc. 2012. The attraction of cerambycids and other xylophagous beetles, potential vectors of Bursaphelenchus xylophilus, to semio-chemicals in Slovenia. Phytoparasitica. Vol. 40.4. p. 337-349.

    Les insectes du Québec (2012). #24 Ordre des ColéoptÚres (Coleoptera).  #36 Géotrupidés (Geotrupidae). [En ligne] http://www.lesinsectesduquebec.com/insecta/24-coleoptera/geotrupidae.htm (Consulté le 21 octobre 2014)

    Losey, J. E. and M. Vaughan. 2006. The economic value of ecological services provided by insects. BioScience. Vol. 56. p. 311–323.

    Nichols, E., S. Spector, J. Louzada, T. Larsen, S. Amezquita et M. E. Favila. 2008. Ecological functions and ecosystem services provided by Scarabaeinae dung beetles. Biological Conservation. Vol. 141.6. p. 1461-1474.

    Plewinska, B. 2007. The effect of food odour on food prefeerence, activity and density of dung beetle Geotrupes Stercorosus (Scriba, 1791) in a mixed coniferous forest. Polish Journal of Ecology. Vol. 55.3. p. 495-509.

    Whipple, S. D. 2011. Dung beetle ecology: Habitat and food preference, hypoxia tolerance, and genetic variation.

    Webster, R. P., J. D. Sweeney et I. DeMerchant. 2012. New Coleoptera records from New Brunswick, Canada: Geotrupidae and Scarabaeidae. ZooKeys. Vol.179. p. 27.

    Yves Dubuc. 2007. Guide d’identification: Les insectes du QuĂ©bec. Broquet. 456 pages.

  • Sciaphilus asperatus (Bonsdorff 1785)

    le charançon bariolé

    Par Julie-Christine MARTIN et Élisabeth MÉNARD

     Texte et images © 2014, CC BY-NC-SA 4.0 les auteurs

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    Le spécimen a été capturé à la Station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

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    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Famille : Curculionidae
    Sous-famille : Entiminae
    Tribu : Sciaphilini
    Genre : Sciaphilus

    Sciaphilus asperatus a Ă©tĂ© dĂ©crit en 1785 par Gabriel Bonsdorff (1762-1831), qui au cours de sa carriĂšre, a enseignĂ© l’histoire naturelle et la mĂ©decine vĂ©tĂ©rinaire ainsi que la physiologie et l’anatomie. Il avait une passion pour la zoologie et possĂ©dait une vaste collection d’histoire naturelle comprenant en majoritĂ© des spĂ©cimens entomologiques. Sa collection, qu’il avait lĂ©guĂ© Ă  l’universitĂ© de Turku, a malheureusement Ă©tĂ© dĂ©truite lors d’un incendie en 1827.

    Sciaphilus asperatus est classĂ© dans la famille des curculionidĂ©s qui forment la plus grande famille d’insecte au monde avec plus de 40 000 espĂšces. Les curculionidĂ©s, communĂ©ment appelĂ©s les charançons, sont des insectes majoritairement phytophages autant chez la larve que l’adulte. Quelques rares espĂšces sont saprophages. Ils sont caractĂ©risĂ©s par leurs mandibules situĂ©es Ă  l’extrĂ©mitĂ© du rostre. Les charançons ont une diversitĂ© Ă©norme quant Ă  leurs formes, couleurs et habitats. Plusieurs espĂšces sont des pestes en agriculture.

    Sciaphilus asperatus fait partie de la plus grande sous-famille des curculionidés : Entiminae. Celle-ci comprend des espÚces qui sont polyphages, tandis que les autres sous-familles comprennent plutÎt des espÚces monophages ou oligophages.

    CaractÚres clés

    Sciaphilus asperatus, aussi appelĂ© le charançon bariolĂ©, est un insecte mesurant environ 4 Ă  6 mm. Son corps robuste de couleur brun noir est caractĂ©risĂ© par des Ă©lytres larges et arrondis, densĂ©ment recouverts d’écailles rondes grises jaunĂątres avec des reflets mĂ©talliques. De plus, les Ă©lytres ont dans chacune de leurs inter-stries une rangĂ©e mĂ©diane distincte de petites Ă©cailles minces et Ă©rigĂ©es. Le pronotum est plus large que long et est lui aussi couvert d’écailles rondes, tout comme la surface de la tĂȘte. Il se distingue par ses yeux noirs et ses antennes coudĂ©es en angle droit de couleur rougeĂątre portant un scape trĂšs long. Le rostre est muni d’une carĂšne mĂ©diane et est faiblement concave entre le bas de l’oeil et l’insertion de l’antenne. Les insectes du genre Sciaphilus sont aussi caractĂ©risĂ©s par l’absence d’humĂ©rus Ă©lytral.

    Distribution géographique

    Cinq Ă  six espĂšces du genre Sciaphilus se retrouvent en Europe. Sciaphilus asperatus a Ă©tĂ© introduite en AmĂ©rique du Nord et c’est la seule espĂšce appartenant Ă  ce genre qui s’y trouve. Sa distribution va de Terre-neuve au Manitoba et au Michigan et jusqu’au sud en Caroline du Nord. On le trouve aussi Ă  l’ouest, en Colombie-Britannique, en Alberta et en Idaho.

    Les premiers enregistrements de cette espĂšce en AmĂ©rique du Nord datent de 1880 au Massachusetts, de 1884 en Nouvelle-Écosse et de 1921 en Colombie-Britannique.

    Biologie et comportement

    Sciaphilus asperatus est une espĂšce qui se reproduit par parthĂ©nogenĂšse, c’est-Ă -dire, un mode de reproduction sexuĂ© monoparental Ă  partir d’une gamĂšte femelle non fĂ©condĂ©e. Les organismes parthĂ©nogĂ©nĂ©tiques, puisqu’ils n’ont pas besoin de partenaire mĂąle pour se reproduire, ont tendance Ă  coloniser facilement de nouveaux milieux mĂȘme lorsque la population d’origine est petite. La plupart des adultes de cette espĂšce sont des femelles.

    Sciaphilus asperatus est un polyphage et se nourrit donc de plusieurs espĂšces de plantes et non pas d’une seule contrairement Ă  d’autres espĂšces de curculionidĂ©s qui sont trĂšs spĂ©cifiques quant Ă  leur plante hĂŽte.

    Les adultes Ă©mergent en juin et s’alimentent la nuit. Pendant la journĂ©e, ils restent au sol prĂšs de la base des plantes et grimpent sur les feuilles pendant la nuit. Ils sont lents, ne volent pas et se dĂ©placent en marchant. Les oeufs sont pondus groupĂ©s dans le sol pendant l’étĂ©. DĂšs la naissance, les larves commencent Ă  se nourrir dans le sol.

    Les larves des curculionidĂ©s se retrouvent prĂšs des racines des plantes hĂŽtes et sont gĂ©nĂ©ralement de couleur blanche avec la tĂȘte plus foncĂ©e, ont une forme incurvĂ©e et mesurent jusqu’à 1,3 cm.

    Importance économique

    Les curculionidĂ©s causent beaucoup de problĂšmes environnementaux, plus prĂ©cisĂ©ment dans le monde de l’agriculture. Ils sont aussi trĂšs prĂ©sents dans les milieux forestiers. Ils peuvent se nourrir autant des feuilles, des racines ou des fruits de leurs plantes hĂŽtes. GĂ©nĂ©ralement, les adultes causent d’importants dommages au feuillage, mais les larves s’attaquent plutĂŽt aux racines des plantes.

    Sciaphilus asperatus est un charançon de la racine du fraisier. Dans la rĂ©gion PalĂ©arctique, les larves et les adultes sont des pestes des plants de fraises et de framboises. En AmĂ©rique du Nord, ses larves font aussi des ravages dans les pĂ©piniĂšres forestiĂšres, car ils mangent les semis de conifĂšres. En 1934, cette espĂšce a Ă©tĂ© retrouvĂ©e dans une ferme jardiniĂšre en Nouvelle-Écosse endommageant des semis de jeunes choux. De plus, des Ă©tudes en 1977 ont dĂ©montrĂ© que son alimentation a causĂ© la mort de jeunes Ă©rables.

    Tous les curculionidĂ©s infestent des plantes, mais il est important de savoir qu’ils n’ont pas tous le mĂȘme cycle de vie et qu’ils ont des tolĂ©rances diffĂ©rentes aux pesticides. Il faut donc utiliser plusieurs moyens pour les Ă©liminer d’un territoire. Les piĂšges gĂ©nĂ©ralement utilisĂ©s pour les capturer sont le piĂšge fosse, le battoir ou le piĂšge lumineux.

    Les curculionidĂ©s ne causent aucun dommage aux denrĂ©es alimentaires, aux meubles ou boiseries et ils ne sont pas dangereux pour l’humain ou pour les animaux domestiques. Par contre, ils peuvent devenir une nuisance dans les maisons au dĂ©but de l’étĂ©. Par exemple, lors de conditions mĂ©tĂ©orologiques dĂ©favorables, ils vont chercher un endroit pour se protĂ©ger et ont donc tendance Ă  pĂ©nĂ©trer dans les bĂątiments qui leurs offrent un environnement humide. Puisqu’ils ne volent pas, ces insectes peuvent rĂ©ussir Ă  entrer par les fissures du bĂątiment ou aussi ĂȘtre emportĂ©s Ă  l’intĂ©rieur par le dĂ©placement d’une plante. Cette famille peut tout de mĂȘme ĂȘtre avantageuse pour l’humain puisqu’un bon nombre d’espĂšces sont utiles grĂące Ă  leur capacitĂ© Ă  dĂ©composer le bois mort.

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    Références

    Bright, D. E. et Bouchard, P. (2008). Weevils of Canada and Alaska: Coleoptera, curculionidae, entiminae (Vol. 2). NRC Research Press, 327 pages, pages 174-178.

    Coyle, D. R., Mattson, W. J., Jordan, M. S. et Raffa, K. F. (2012). Variable host phenology does not pose a barrier to invasive weevils in a northern hardwood forest. Agricultural and Forest Entomology, 14(3), 276-285.

    Dubuc, Y. (2007). Les insectes du QuĂ©bec: guide d’identification. Broquet, 456 pages, pages 239 et 243.

    Ellis, T. (2008). Root Weevils. Michigan State University Extension.

    Hahn, J. (2000). Home-invading weevils. University of Minnesota Extension.

    Hollingsworth, C. S. (Ed.) (2014). Nursery crop pests-Weevil. Pacific Northwest Insect Management Handbook, Oregon State University.

    Proctor, E., Anderson, R. S., Nol, E., Girard, J. M. et Richmond, S. (2010). Ground-dwelling weevil (Coleoptera: Curculionidae) communities in fragmented and continuous hardwood forests in south-central Ontario. Journal of the Entomological Society of Ontario, 141, 69-83.

    Stiftelsen för Kulturarvet i Finland

    Uppslagsverket Finland

  • Cicindela punctulata Oliver 1790

    La cicindÚle ponctuée

    Par Katherine Monette et Guillaume TrĂ©panier (ÉditĂ© par Étienne Normandin)

    Texte et images des figures 1, 3 et 4 ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs.

    Les autres images sont propriétés de M. Jean Brodeur et M. Stephen Cresswell. Elles sont respectivement issues de ces sites Web:

    http://jeanbrodeur.smugmug.com/Insectes-du-Quebec/Les-Cicindeles-du-Quebec/i-cfBhK9Z

    http://www.americaninsects.net/b/cicindela-punctulata.html


     

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    Classification (University of Alberta, 2014)

    RĂšgne->Animalia

    Embranchement->Arthropoda

    Sous-embranchement->Hexapoda

    Classe->Insecta

    Sous-classe->Pterygota

    Infra-classe->Neoptera

    Ordre->Coleoptera

    Sous-orde->Adephaga

    Famille->Carabidae

    Sous-famille->Cicindelinae

    Tribu->Cicindelini

    Genre->Cicindela

    EspÚce->Cicindela punctulata Oliver 1790

    Capture et identification

    Le spĂ©cimen a Ă©tĂ© capturĂ© Ă  la main Ă  la Station de Biologie des Laurentides de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al en date du 4 septembre 2014. La cicindĂšle a Ă©tĂ© trouvĂ©e sur un sol sablonneux parsemĂ© de brins d’herbe, pendant qu’elle courrait. Elle a Ă©tĂ© identifiĂ©e grĂące Ă  quelques critĂšres clĂ©s qu’elle prĂ©sentait. PremiĂšrement, la prĂ©sence d’élytres a indiquĂ© qu’il s’agissait d’un colĂ©optĂšre. DeuxiĂšmement, l’insecte possĂ©dait des piĂšces buccales broyeuses d’une grande taille et des yeux tout aussi impressionnants (voir les figures 1 et 2). Ces caractĂšres combinĂ©s à la grande vitesse Ă  laquelle allait l’individu durant sa course ont dirigĂ© l’identification vers les 13 espĂšces de cicindĂšles du QuĂ©bec. La coloration de l’individu et principalement la rangĂ©e de petites fosses longitudinales verdĂątres bordant la marge centrale de chaque Ă©lytre ont permis l’identification du spĂ©cimen (voir les figures 3 et 4).

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    Figure 1: Photographie de la tĂȘte du spĂ©cimen.

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    Figure 2: TĂȘte d’une CicindĂšle ponctuĂ©e, Cicindela punctulata, photographiĂ©e par Stephen Cresswell ©.

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    Figure 3: Photographie de la face dorsale du spécimen.

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    Figure 4: Photographie de la face ventrale du spécimen.

     Description de l’espùce

    Les adultes, mesurant entre 11 et 14 mm, possĂšdent une face dorsale de couleur brunĂątre, dont l’apparence ressemble Ă  du cuir. La face ventrale est pour sa part verdĂątre et mĂ©tallique. L’espĂšce est reconnaissable grĂące Ă  une rangĂ©e de petites fosses, dont le nombre varie d’un individu Ă  l’autre, le long de la marge mĂ©diane de chacune de ses Ă©lytres et prĂšs du scutellum (partie du thorax de forme triangulaire situĂ©e Ă  la jonction des Ă©lytres) (voir la figure 5). Des points blancs peuvent Ă©galement ĂȘtre observĂ©s sur la marge postĂ©rieure de ces derniĂšres (voir la figure 6). Cicindela punctulata possĂšde peu de poils et, lorsque manipulĂ©e, elle dĂ©gage une odeur sucrĂ©e ressemblant Ă  celle de la pomme (Leonard et Bell, 1998).

    cicindela-punctulata

    Figure 5: Vue dorsale d’un spĂ©cimen (photographie par Stephen Cresswell ©).

    cicindÚle ponctuée ,cicindela punctulata, 0846, st-hugues, ete 2010

    Figure 6: Spécimen présentant des points blancs sur les marges postérieures des élytres (photographie par Jean Brodeur ©).

     Reproduction et cycle vital

    La CicindĂšle ponctuĂ©e est active de jour comme de nuit et est attirĂ©e par la lumiĂšre. La plupart des individus ont un cycle de vie se complĂ©tant en un an. Les adultes sont prĂ©sents de la fin juin jusqu’en octobre et un pic d’abondance a lieu en juillet. Ce pic d’abondance correspond Ă  la pĂ©riode de reproduction de l’espĂšce, la ponte des oeufs s’effectuant en fin juillet dans de l’humus dur et sec (USA National Phenology Network, 2014). Les larves, qui Ă©closent quelque temps plus tard, sont carnivores, tout comme l’imago. Elles se creusent un terrier vertical et s’y terrent, en laissant leurs piĂšces buccales grandes ouvertes Ă  la surface. Elles attendent ensuite qu’un insecte passe pour le capturer et l’emmener au fond de leur terrier, pouvant atteindre jusqu’à trente centimĂštres de profondeur, oĂč la proie est ensuite tuĂ©e et dĂ©vorĂ©e. La larve possĂšde des crochets, sur le cinquiĂšme segment abdominal, qui ont une fonction d’ancrage empĂȘchant ainsi la larve d’ĂȘtre entraĂźnĂ©e hors de son terrier advenant qu’elle capture un insecte de taille supĂ©rieure Ă  elle-mĂȘme (Borror et al., 1989). En septembre, les larves atteignent le troisiĂšme stade larvaire puis entrent dans le cycle d’hivernage. Au dĂ©but du printemps suivant, les larves reprennent leur chasse passive pour se nourrir avant de se transformer en pupe et d’Ă©merger Ă  la fin du mois de mai ou en juin (USA National Phenology Network, 2014).

    Voici, ci-dessous, le lien d’une vidĂ©o d’une larve se nourrissant.

     https://www.youtube.com/watch?v=vQgfjE0vDRk

    Habitat et distribution

    Cicindela punctulata est l’espĂšce la plus rĂ©pandue en AmĂ©rique du Nord . Elle est prĂ©sente au Mexique, dans la majeure partie des États-Unis ainsi que dans quelques provinces canadiennes allant de l’Alberta jusqu’en Ontario, au QuĂ©bec et au Nouveau-Brunswick. D’ailleurs, au QuĂ©bec, l’espĂšce est retrouvĂ©e principalement au sud de la province (voir la figure 7). La CicindĂšle ponctuĂ©e est gĂ©nĂ©raliste et est retrouvĂ©e dans divers habitats . À l’est de l’AmĂ©rique de Nord, elle est retrouvĂ©e sur les sols nus, secs et cultivĂ©s, les zones herbeuses, les routes, les secteurs sablonneux et les rĂ©gions perturbĂ©es par l’humain . À l’ouest, l’espĂšce est plutĂŽt retrouvĂ©e dans les milieux humides en bordure des lacs et des riviĂšres (Pearson et al., 2006).

    repartition_c_punctulata

    Figure 7 : Distribution de Cicindela punctulata dans la province de Québec (Leonard et Bell, 1998).

    Protection et statut

    Cicindela punctulata est l’espĂšce de cicindĂšle la plus rĂ©pandue en AmĂ©rique du Nord et n’est dotĂ©e d’aucun statut de protection particulier.

    Faits intéressants sur les cicindÚles en général

    On compte environ 2 600 espĂšces de cicindĂšles dans le monde et ces derniĂšres sont les insectes coureurs les plus rapides. En effet, la plus rapide cicindĂšle court Ă  une vitesse de 8km/h. Ceci peut sembler peu rapide, mais cela correspond Ă  120 fois la longueur de son corps par seconde. En comparaison, Usain Bolt, un des athlĂštes les plus rapide au monde, couvre seulement 5 fois la longueur de son corps par seconde. Cela rend donc les cicindĂšles, Ă  taille Ă©gale, environ 25 fois plus rapides que les «sprinters» olympiens. Étonnamment, lors de leur course, les cicindĂšles vont si vite que leurs yeux ne peuvent recueillir suffisamment de lumiĂšre pour former des images claires. Elles sont donc complĂštement aveugles pendant leurs mouvements. Elles doivent alors s’arrĂȘter, localiser de nouveau leur proie et reprendre leur chasse. MalgrĂ© le fait qu’elles doivent s’arrĂȘter, elles rĂ©ussissent tout de mĂȘme Ă  rattraper leur proie tant elles sont rapides. Les cicindĂšles ont d’ailleurs dĂ©veloppĂ© une stratĂ©gie afin d’éviter d’entrer en collision avec des obstacles en maintenant leurs antennes droit devant elles. Elles se dĂ©placent Ă  une vitesse trop grande pour pouvoir changer de direction, mais en sentant les obstacles avec leurs antennes, elles basculent leur corps vers le haut et passent par dessus ceux-ci (Ed Yong, 2014).

    Les cicindĂšles sont surnommĂ©es, en anglais, les «tiger beetles», ce qui signifie littĂ©ralement «colĂ©optĂšres tigres». Elles portent d’ailleurs trĂšs bien leur nom puisqu’elles sont de redoutables prĂ©dateurs. Elles possĂšdent de longues pattes fines, de grands yeux proĂ©minents et, surtout, une impressionnante paire de mandibules (voir le vidĂ©o en lien ci-dessous). Les cicindĂšles chassent au sol et se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent dont des fourmis, des cicadelles, des larves et d’autres colĂ©optĂšres. Les cicindĂšles sont Ă©galement appelĂ©es les «tiger beetles» en raison de leur patron de coloration extrĂȘmement variĂ© (voir la figure 8) leur donnant une apparence exotique et leur servant Ă  se camoufler ou effrayer leurs prĂ©dateurs (Fitzgerald, 2007).

    VidĂ©o des mandibules et de la consommation d’une proie:

    https://www.youtube.com/watch?v=rae-R7v_ij8 

    variete_cicindeles

    Figure 8: Photographies démontrant la variété des patrons de coloration observés chez les cicindÚles.


    Références:

    Borror, Donald J., Charles A.Triplehorn et Norman F. Johnson. 1989. An introduction to the study of insects. Saunders College Publishing. Philadelphie. 875 p.

    Ed Yong. 2014. (Page consultée le 23 octobre 2014). Meet The Predator That Becomes Blind When It Runs After Prey. (En ligne). http://phenomena.nationalgeographic.com/2014/02/04/tiger-beetles-become-blind-when-they-run/

    Fitzgerald, Kevin. 2007 (Page consultée le 24 octobre 2014). Tiger Beetles Tiny Terrors. (En ligne). http://www.sciences360.com/index.php/tiger-beetles-tiny-terrors-3-23094/

    Leonard, Jonathan G. et Ross T. Bell. 1998. Northeastern Tiger Beetles: A Field Guide to Tiger Beetles of New England and Eastern Canada. CRC Press. États-Unis. 192p.

    Pearson, David L., C. Barry Knisley et Charles J. Kazilek. 2006. A Field Guide to the Tiger Beetles of the United States and Canada: Identification, Natural History, and Distribution of the Cicindelidae. Oxford University Press, Inc. New York. 227p.

    University of Alberta. 2014. (Page consultée le 9 octobre 2014). Hierarchical search. (En ligne). http://entomology.museums.ualberta.ca/hierarchy/index.php?s=86&sn=Cicindela+punctulata&cat=86

    USA National Phenology Network. 2014 (Page consultée le 18 octobre 2014).  Cicindela punctulata. (En ligne). https://www.usanpn.org/nn/Cicindela_punctulata

  • Calopteron terminale (Say 1823)

    Par MĂ©gane DĂ©ziel, Alexandrine Larson-Dupuis et VĂ©ronique Lemay-Caron (ÉditĂ© par Étienne Normandin

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    Photo par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron. Le spécimen présenté sur la photo a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Super-famille : Elateroidea
    Famille : Lycidae
    Sous-famille : Lycinae
    Tribu : Calopterini
    Genre : Calopteron
    EspĂšce : Calopteron terminale (Say 1823)

    À premiĂšre vue, la morphologie de Calopteron terminale ne s’apparente pas Ă  celle des insectes du mĂȘme ordre. En effet, ses ailes antĂ©rieures Ă©vasĂ©es et leur texture rappelant un filet pourraient facilement porter Ă  confusion, mais dĂ©trompez-vous, C. terminale est un colĂ©optĂšre! Ses Ă©lytres modifiĂ©s, caractĂ©ristiques de la famille des LycidĂ©s, ont donnĂ© Ă  ces colĂ©optĂšres le surnom anglais de «net-winged beetles» (se traduisant littĂ©ralement par «colĂ©optĂšres aux ailes en filets»).

    La plupart des LycidĂ©s, dont C. terminale, sont de couleur noire, avec les Ă©lytres souvent marquĂ©s de taches rouge-orangĂ©s. Des couleurs aussi contrastantes sont typiques de l’aposĂ©matisme: il s’agit d’un signal d’avertissement pour les prĂ©dateurs, signifiant que l’individu pourrait reprĂ©senter un danger (1). En effet, les longues stries creuses des Ă©lytres caractĂ©ristiques des LycidĂ©s peuvent facilement ĂȘtre brisĂ©es pour libĂ©rer diffĂ©rents liquides nuisibles aux prĂ©dateurs. Lors d’une attaque importante, les LycidĂ©s peuvent aussi sĂ©crĂ©ter ces mĂȘmes liquides aux jonctions des segments des pattes (7). En consĂ©quence, plusieurs autres espĂšces de ColĂ©optĂšres, de LĂ©pidoptĂšres et d’autres insectes sont mimĂ©tiques des LycidĂ©s pour flouer les prĂ©dateurs, mĂȘme s’ils ne sont pas eux-mĂȘmes toxiques. Ce phĂ©nomĂšne de mimĂ©tisme BatĂ©sien est frĂ©quent dans le rĂšgne animal. Le Calopteron terminale est imitĂ© entre autres par l’espĂšce de papillon (Lepidoptera) Lycomorpha pholus. Certaines espĂšces de LycidĂ©s aux Ă©lytres de forme plus standard, peuvent aussi facilement ĂȘtre confondues avec une autre famille, les LampyriidĂ©s, car leur pronotum colorĂ© d’orange Ă©clatant est semblable Ă  celui des lucioles (7).

    https://www.flickr.com/photos/107963674@N07/15308676682/in/pool-14414927@N00
    Calopteron terminale (Coleoptera). ©2014 Macroscopic Solutions CC BY-NC 2.0
    Photo par Andy Reago & Chrissy McClarren
    Le mimétisme de Lycomorpha pholus (Lepidoptera) ©2014 Andy Reago & Chrissy McClarren CC BY 2.0

    Un autre fait Ă©tonnant chez les LycidĂ©s est que plusieurs espĂšces sont nĂ©otĂ©niques, c’est-Ă -dire qu’elles maintiennent des caractĂšres larvaires mĂȘme lorsqu’elles ont atteint la maturitĂ© sexuelle. Chez ces espĂšces, c’est la femelle qui garde une apparence larvaire, alors que le mĂąle dĂ©veloppe des ailes. Selon les donnĂ©es molĂ©culaires, ces caractĂšres nĂ©otĂ©niques auraient Ă©voluĂ© plusieurs fois (homoplasie) dans les lignĂ©es de LycidĂ©s (2)(3). Cela a obligĂ© une modification complĂšte de la phylogĂ©nie de la famille, puisque toutes les espĂšces nĂ©otĂ©niques avaient Ă©tĂ© classĂ©es ensemble. Ce n’est toutefois pas le cas chez C. terminale, car la femelle dĂ©veloppe aussi des ailes Ă  maturitĂ© sexuelle.

    La famille des LycidĂ©s n’est pas la seule Ă  ĂȘtre particuliĂšre au sein du sous-ordre Polyphaga. Il s’agit d’un groupe Ă©normĂ©ment diversifiĂ© en terme de morphologie, de mode de vie et d’alimentation, d’oĂč le nom «poly-» («plusieurs») et «-phaga» («manger»). Bien que la phylogĂ©nie de C. terminale semble solide au sein de sa famille, les relations avec les autres membres de la super-famille Elateroidea sont encore trĂšs incertaines. La monophylie d’Elateroidea est d’ailleurs actuellement remise en question par certains entomologistes (1). Il est donc possible que la phylogĂ©nie de C. terminale au niveau de la super-famille soit Ă©ventuellement modifiĂ©e.

    Morphologie

    Calopteron terminale fut dĂ©crit en 1823 par Thomas Say (1787-1834). Il Ă©tait taxonomiste, zoologiste et l’un des premiers entomologistes amĂ©ricains. La caractĂ©risation morphologique de C. terminale par Thomas Say est disponible dans American Entomology: A Description of the Insects of North America (9).

    En plus de sa coloration aposĂ©matique, C. terminale possĂšde plusieurs caractĂ©ristiques communes Ă  tous les LycidĂ©s, dont le pronotum Ă©largi couvrant complĂštement ou en partie la tĂȘte, les piĂšces buccales dirigĂ©es vers le bas, les antennes composĂ©es de 11 antennomĂšres aplatis, les pattes dont les coxas sont sĂ©parĂ©s Ă  la base et comportent chacune 5 tarsomĂšres finissant par des griffes simples, ainsi que les tarsomĂšres 1 et 4 pubescents. De plus, l’abdomen possĂšde 7 sternites chez les femelles et 8 chez les mĂąles (7).

    Calopteron terminale se distingue des autres Lycidés par sa couleur noir aux reflets bleutés du bout de ses élytres. Lorsque regardées de profil, les stries des élytres présentent une légÚre ondulation. Son thorax est entiÚrement noir, et les marges séparant les segments sont légÚrement recourbées (9). Les antennes atteignent la moitié de la longueur des élytres, et ont un aspect dentelé (1). De plus, le pronotum possÚde une carÚne médiane se prolongeant sur toute sa longueur, ce qui est un caractÚre typique de la tribu Calopterini (4). Finalement, C. terminale mesure entre 8,5 et 16 millimÚtres, le mùle étant généralement plus petit que la femelle.

    Écologie

    Calopteron terminale habite l’est de l’AmĂ©rique du Nord, mais a aussi Ă©tĂ© observĂ© plus Ă  l’Ouest, au moins jusqu’au Colorado, et au sud jusqu’au Texas (6). La limite nord exacte n’est pas connue, mais cette capture Ă  la Station de Biologie des Laurentides nous permet d’affirmer que l’espĂšce se retrouverait au moins jusqu’au domaine climatique de l’érabliĂšre Ă  bouleau jaune.

    La larve de C. terminale vit dans des rĂ©sidus de bois en dĂ©composition, le plus souvent sous l’écorce de souches d’arbres morts, mais tenant encore debout (8). Elle se nourrit des fluides produits par les infestations fongiques. La mue en stade nymphal de C. terminale est particuliĂšre. Lorsque vient le temps pour les larves de muer, une multitude de larves Ă©mergent d’un mĂȘme trou dans l’écorce de l’arbre qui les abritait. Il semblerait alors que ces larves deviendraient nymphes en radiant de ce point. Autrement dit, il y a formation d’un disque de nymphes autour du point d’émergence, et celui-ci grossit Ă  mesure que les larves Ă©mergent et muent (8). On peut donc observer ces nymphes en agrĂ©gats. Le jour mĂȘme, les adultes sont libĂ©rĂ©s de leur nymphe et s’envolent.  

    Cycle de Vie C. terminale
    Cycle de vie de C. terminale 1. Stade larvaire, vivant sous l’écorce d’une souche morte (ou d’un autre rĂ©sidu de bois) 2. Stade nymphal, durant lequel les individus forment un agrĂ©gat de nymphes autour d’un point d’émergence dans l’écorce 3. Stade adulte se nourrissant de nectar de fleurs (ou de miellat) 4. Comportement prĂ©copulatoire chez l’adulte femelle 5. Copulation, menant Ă  la ponte des oeufs et leur Ă©closion sous l’écorce d’une souche morte

    Les C. terminale adultes se retrouvent souvent sur les fleurs ou les feuilles, oĂč ils se nourrissent de nectar ou de miellat produit par les pucerons (1)(8). Leur vie est relativement courte, et elle a pour objectif la reproduction. Ces colĂ©optĂšres se dĂ©marquent des autres par leur comportement prĂ©-copulatoire hors du commun. C’est en juillet 1975 que Horace R. Burke a observĂ© plusieurs individus de C. terminale adultes, en nature, puis en laboratoire (8). Burke a d’abord remarquĂ© une femelle qui, en marchant, ouvrait et fermait ses Ă©lytres de maniĂšre rĂ©guliĂšre, sans chercher Ă  voler. Elle a continuĂ© Ă  agir ainsi lorsqu’elle a Ă©tĂ© mise en captivitĂ© pour ĂȘtre observĂ©e. Ce comportement a aussi Ă©tĂ© observĂ© chez un spĂ©cimen mĂąle, mais Ă  beaucoup plus faible frĂ©quence. À l’époque oĂč ces observations ont Ă©tĂ© faites, ce comportement n’avait Ă©tĂ© notĂ© chez aucune autre espĂšce du genre Calopteron. Burke a Ă©mis plusieurs hypothĂšses quant Ă  la fonction de ce mouvement des Ă©lytres, plusieurs d’entre elles Ă©tant en lien avec la copulation. Par exemple, il pourrait servir Ă  la dispersion de phĂ©romones ou bien de signal visuel pour qu’un mĂąle potentiel la repĂšre. Une semaine plus tard, Horace R. Burke a eu la chance d’observer un couple de C. terminale en copulation ramenĂ© en laboratoire. La copulation observĂ©e dura plusieurs heures aprĂšs la capture des insectes.

    L’accouplement est non seulement de longue durĂ©e, mais il est aussi trĂšs maladroit. Les ailes des LycidĂ©s Ă©tant faibles, il leur est difficile de supporter le poids des deux individus lors du vol nuptial. Cela rĂ©sulte souvent en une copulation interrompue, suivie de la chute au sol des deux individus (8). À la suite de cette copulation ardue, les oeufs sont pondus par la femelle dans l’écorce d’un arbre mort, oĂč les larves Ă©cloront.

    Références

    (1) Arnett, R., Thomas, M., Skelley, P. Frank, J.H. (2002). American Beetles: Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionoidea, Volume 2, CRC Press, 880 pages, pages 174-178.

    (2) Bocak, L., & Bocakova, M. (2008, December). Phylogeny and classification of the family Lycidae (Insecta: Coleoptera). In Annales Zoologici (Vol. 58, No. 4, pp. 695-720). Museum and Institute of Zoology, Polish Academy of Sciences.

    (3) Bocak, L., Bocakova, M., Hunt, T., Vogler, A.P. (2008). Multiple ancient origins of neoteny in Lycidae (Coleoptera): consequences for ecology and macroevolution, Proc R Soc B, 275 (1646). Repéré à http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/275/1646/2015.short

    (4) Bocakova, M. (2010). Revision of the Tribe Calopterini (Coleoptera, Lycidae), Studies on Neotropical Fauna and Environment, 38:3, 207-234. Repéré à http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/snfe.38.3.207.28169

    (5) BugGuide.Net. 2003-2013 «Species Calopteron terminale – End Band Net-wing». En ligne. Page consultĂ©e le 21 octobre 2014. http://bugguide.net/node/view/8197

    (6) Burke, H. R. (1976). Observations On Adult Behavior Of The Lycid Beetle Calopteron terminale Coleoptera Lycidae, Entomological News 87:229-232(1976) Repéré à http://biostor.org/reference/77413

    (7) Evans, A.V. (2014) Beetles of Eastern North America, Princeton University Press, New Jersey, 560 pages, pages 229-232.

    (8) McCabe, T. L., & Johnson, L. M. (1979). Larva of Calopteron terminale (Say) with additional notes on adult behavior (Coleoptera: Lycidae). Journal of the New York Entomological Society, 283-288.

    (9) Say, T., Ord, G. (1869) A description of the Insects of North America, J.W. Bouton, New York, 412 pages, page 45.

  • Formica obscuripes (Forel 1886)

    Par Adrien Bouckenhove (Ă©ditĂ© par Étienne Normandin)

     Classification

    • Ordre: Hymenoptera
    • Famille: Formicidae
    • Sous-famille: Formicinae
    • Tribu: Formicini
    • Genre: Formica
    • EspĂšce: Formica obscuripes

    Morphologie

    Les adultes de cette espĂšce ont pour la plupart le corps noir Ă  l’exception de la tĂȘte rouge/orange. Ils possĂšdent 3 ocelles. L’abdomen est clairement segmentĂ© et prĂ©sente de nombreux poils Ă  sa surface. Une caractĂ©ristique majeure de l’espĂšce est la prĂ©sence d’une piĂšce intermĂ©diaire entre le thorax et l’abdomen en forme de triangle dĂ©pourvue de poil.

     

    photo
    Photo par Erin Prado, www.AntWeb.org

    Distribution géographique

    Formica obscuripes est indigĂšne d’AmĂ©rique du Nord. Elle est trĂšs rĂ©pandue dans la moitiĂ© Ouest des États-Unis (Arizona, Nouveau Mexique) et du Canada (Colombie Britannique). À l’est, on l’a Ă©galement localisĂ©e dans le Michigan, le Missouri, ainsi que dans la Province de Manitoba.

    Notre spĂ©cimen a Ă©tĂ© trouvĂ© au QuĂ©bec oĂč, bien que moins abondante, cette espĂšce a tout de mĂȘme Ă©tĂ© recensĂ©e (Finnegan, 1977). Sa prĂ©sence Ă  cet endroit n’est pas aberrante de par les propriĂ©tĂ©s environnementales de la zone d’échantillonnage typiquement forestiĂšre.

    Habitat

    L’habitat de Formica obscuripes peut ĂȘtre changeant dĂ©pendemment des latitudes. Elle apprĂ©cie les plaines herbeuses, semi-herbeuses voir sableuses, mais est particuliĂšrement friande des forĂȘts de conifĂšres ou de chĂȘnes. D’autre part, l’amplitude d’altitudes auxquelles on trouve ces fourmis est trĂšs importante : de 800 Ă  3200 mĂštres au-dessus du niveau de la mer.

    Ce choix d’environnement n’est pas le fruit du hasard. En effet, les Formica obscuripes sont Ă©galement connues en tant que « Western Thatching Ant » car le toit de leurs fourmiliĂšres est un monticule de chaume (composĂ©e d’un enchevĂȘtrement de brindilles/herbes/plantes/Ă©pines
).

    Concernant la fourmiliĂšre elle-mĂȘme, on va souvent la trouver autour d’une tige d’armoise. Elle n’est pas seulement souterraine, mais possĂšde une partie extĂ©rieure (la partie supĂ©rieure) en forme de dĂŽme. À l’instar des termitiĂšres, cette architecture permet un renouvellement de l’air et une Ă©vacuation de la chaleur Ă  l’intĂ©rieur de la fourmiliĂšre. Sa partie infĂ©rieure est creusĂ©e de galeries dans le sol, pouvant atteindre jusqu’à 4 pieds (soit 1.2 mĂštre) de profondeur. Le dĂŽme peut lui, faire jusqu’à 1 mĂštre de hauteur.

    Une colonie peut compter de 10 000 Ă  40 000 individus, bien que de grands ensembles de fourmiliĂšres abritant plusieurs millions d’individus aient Ă©tĂ© observĂ©s.

    Légende :

    Photo prise par les rĂ©dacteurs Ă  l’issu de la prĂ©paration du spĂ©cimen.

    SpĂ©cimen de l’espĂšce collectĂ©e Ă  la station des Laurentides sur le chemin du lac Cromwell (45.98898°N-74.00013°W) le 04/09/2014.

    Le spĂ©cimen recueilli a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© au Jardin Botanique de MontrĂ©al dans le cadre du cours d’entomologie BIO 2440 sous la tutelle de Colin Favret. Les observations macroscopique et sous microscopes alliĂ©es aux guides (Ellison et al (2012)) ont permis d’identifier prĂ©cisĂ©ment l’insecte.

    cotédroit

    Organisation de la colonie

    En tant qu’espĂšce eusociale, la colonie est organisĂ©e en castes :

    • Les reines : Elles sont souvent plusieurs et dĂ©dient leur vie Ă  pondre des Ɠufs qui donneront naissance aux ouvriĂšres et aux futurs princesses ailĂ©es qui, soit deviendront des reines Ă  leur tour dans la colonie mĂšre, ou qui fonderont leur propre colonie ailleurs.
    • Les ouvriĂšres : Elles remplissent la majoritĂ© des tĂąches au sein de la colonie ; construisent la fourmiliĂšre, la rĂ©parent, chassent, coupent et rĂ©coltent des vĂ©gĂ©taux destinĂ©s Ă  l’alimentation ou Ă  la construction. Elles prĂ©sentent un polymorphisme notable, arborant des corps allant de 4mm Ă  7.5mm, ce qui vaudra aux plus petites ouvriĂšres de rester dans la fourmiliĂšre pour les travaux de rĂ©paration ou encore l’entretien des larves et des nymphes, pendant que les plus gros partiront en expĂ©dition pour trouver de la nourriture et des matiĂšres premiĂšres essentielles Ă  l’expansion de la colonie.

    Un comportement intĂ©ressant chez Formica obscuripes rĂ©side dans la stratĂ©gie employĂ©e par les femelles ailĂ©es pour s’emparer d’une fourmiliĂšre. En effet, c’est sans complexe qu’elles Ă©lisent domicile dans une colonie voisine d’une autre espĂšce et y dĂ©tournent l’activitĂ© de ses membres Ă  leur profit, par l’intermĂ©diaire de phĂ©romones qui leurs sont propres. La nouvelle reine supplante alors la prĂ©cĂ©dente maĂźtresse des lieux et impose peu Ă  peu sa descendance qui prend, au fil des gĂ©nĂ©rations, la place de l’ancienne espĂšce occupante (Weber, 1935).

    Cycle de vie

    Comme tous les hymĂ©noptĂšres, les « Western Thatching Ants » sont des holomĂ©taboles et effectuent donc une mĂ©tamorphose complĂšte : stades Ɠufs, larve puis nymphe avant de devenir adulte.

    Les Ɠufs sont pondus durant tout l’étĂ© jusqu’à la mi-aoĂ»t dans la « chambre Ă  couvain » de la fourmiliĂšre, oĂč ils sont pris en charge par les ouvriĂšres adultes, assurant ainsi leur bon dĂ©veloppement.

    Les oeufs prennent de 23 Ă  53 jours pour Ă©clore, les larves se dĂ©veloppent et aprĂšs 7 Ă  23 jours, elles se transforment ensuite en pupe.  L’espĂ©rance de vie des adultes est en moyenne de 31 jours.

    Références

    A. Ellison, N Gotelli, E. Fransworth, G. Alpert (2012). A field guide to the ants of new England.

    R. J. Finnegan (1977). Establishment of a predacious red wood ant, Formica obscuripes, from Manitoba to Eastern Canada. The Canadian Entomologist, 109, pp 1145-1148. doi:10.4039/Ent1091145-8

    Weber, N.A. (1935). The Biology of the Thatching Ant, Formica obscuripes Forel, in North Dakota. Ecological Monographs, Vol. 5, No. 2, pp. 165-206

     

Collection Ouellet-Robert