Auteur/autrice : Colin

  • Camponotus herculeanus (Linnaeus 1758)

    The Great Carpenter Ant – La Grande Fourmis charpentière

    Par Nora HALLOPÉ et Lucie LECOQ (édité par Étienne Normandin)

    Texte et photographies ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Camponotus herculeanus
    Le spécimen a été capturé le 4 septembre 2014, à la Station des Laurentides, à Saint-Hippolyte, spécifiquement aux alentours du Lac Geai, une zone particulièrement humide

    I. Identification du spécimen et morphologie 

    L’identification de notre spécimen a été rendue possible grâce à une clé d’identification basée sur la caste des ouvrières (Aaron and al, 2012).

    Dans un premier temps, les caractères morphologiques suivants nous ont permis de déterminer l’appartenance de notre espèce à la sous-famille des Formicinae :

    1) Le gastre ne montre pas de resserrement visible, contrairement à la figure ci-dessous;

    Figure 1 : Resserement visible du gastre  (Aaron and al., 2012)

    2) Le pédicelle est en un seul segment seulement (figure 2.a.) et ne présente pas de post-pétiole (figure 2.b.)

    Figure 2: Pédicel (a) et post-pétiole (b) d’une fourmi (Aaron and al., 2012)

    3) On note la présence d’un orifice rond situé au bout du gastre et encerclé de poils: l’acidopore

    4
    Figure 3: acidopore (Aaron and al., 2012)

    4) Notre individu possède des antennes à 12 segments ainsi qu’un gastre lisse et convexe portant des poils.

    Ainsi, notre spécimen à pu être classé parmi un des huit genres de Formicinae: le genre Camponotus.

    5) Au sein du genre Camponotus, plusieurs caractères morphologiques ont permis de faire la distinction parmi neuf espèces. Des microstructures sont apparentes, donnant un effet mat à la surface du corps. De petits poils courts, relativement clairs, dorés, dressés ou aplatis sont visibles et ne cachent pas les microstructures du gastre. Le mesosoma, le pédicelle ainsi que les pattes laissent entrevoir une couleur rougeâtre. Les antennes sont insérées au sommet du clypeus (sclérite délimitant la marge inférieure de la face). L’acidopore ne porte pas de poils longs et épais.

    Photographie 2: Traits distinctifs de l’espèce Camponotus herculeanus

    Le premier article des antennes, lorsque celles-ci sont dressées, ne dépasse que très peu le coin de la tête. C’est cette caractéristique qui nous a permis de distinguer Camponotus herculeanus de Camponotus pennsylvanicus. En effet, chez C. pennsylvaticus, le premier article des antennes, le scape, est plus long et dépasse largement le coin de la tête; chez cette espèce, les poils sur le gastre sont également plus longs, cachant les microstructures.

    Photographie 3: Tête de Camponotus herculeanus

    2. Classification:

    Ainsi, notre individu appartient à l’espèce Camponotus herculeanus, selon la classification suivante:

    Règne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Ordre: Hymenoptera

    Sous-ordre: Aprocrita

    Famille: Formicidae

    Sous-famille: Formicinae

    Tribu: Camponotini

    Genre: Camponotus

    Espèce: Camponotus herculaneus (Linnaeus, 1758)

    III. Petite histoire de fourmis

                   a. Le genre Componotus:

    Le genre Camponotus est l’un des groupes les plus diversifiés dans le monde; ce genre est plus connu sous le nom populaire de « Fourmis Charpentière ».  Plus de 1 600 espèces et sous-espèces de Camponotus ont à ce jour été décrites; elles comptent ainsi pour plus de 10% des fourmis répertoriées. En Amérique du Nord, on dénombre 50 espèces (Aaron and al., 2012).

                   b. La socialité chez les Fourmis

    Les fourmis sont distinguables des autres insectes certes par leur morphologie, mais surtout par les comportements sociaux complexes, apparus il y a 150 millions d’années, ce qui les distinguent d’un bon nombre d’insectes.

    Les fourmis sont en effet eusociales (eu = vrai; vrai = socialité); elles forment des colonies pouvant aller de quelques dizaines à plusieurs millions d’individus. En effet, la fourmi est un insecte qui, par définition, ne peut vivre qu’avec ses congénères. La division des tâches induit une organisation rigoureuse des individus les uns par rapport aux autres afin que la fourmilière puisse fonctionner et se maintenir dans son environnement (3). Cette répartition précise des rôles constitue ce qu’on appelle les castes.

    L’eusocialité est apparu plusieurs fois au cours de l’évolution des hyménoptères; on retrouve des comportements sociaux chez des lignées d’abeilles.

    Les colonies chez Camponotus possèdent trois castes principales : les reines, qui sont généralement les plus grosses de toute la fourmilière; les mâles ailés, ne servant qu’à la reproduction, et les ouvrières, mesurant entre 6 et 13 mm de long. Au sein des fourmis, on trouve des genres dont le rôle des ouvrières peut changer selon les jours et les besoins de la colonie. Chez Camponus cependant, une fois que les oeufs éclosent, le rôle de la future ouvrière est déterminé et reste le même tout au long de la vie de l’ouvrière. Parmi les ouvrières, on trouve donc  différentes sous-castes, qui diffèrent selon la taille, leur apparence et leur rôle dans la colonie  (les majeures, les intermédiaires et les mineures). Les mineures sont plus petites, comme leur nom l’indique, et le sommet de leur tête est plus arrondi. Elles agrandissent le nid, s’occupent de l’élevage des larves et prennent soin des oeufs. Les majeures quant à elles, sont plus grandes et ont la partie postérieure de la tête angulaire. Elles assurent la protection et le ravitaillement des vivres pour la fourmilière. Les ouvrières assurent ainsi le maintien et le bon fonctionnement de la colonie. Elles n’ont pas la capacité de se reproduire et travaillent donc à toutes les activités autres qu’à la reproduction. Elles entreposent la nourriture, s’occupent des larves, défendent la colonie, tandis qu’une reine s’occupe uniquement du renouvellement des générations.

    Entre elles, les fourmis entretiennent de nombreuses relations comme des léchages interindividuels et des échanges de bouche-à-bouche. Ce phénomène est appelé trophallaxie. C’est un mode de transfert de nourriture qui est rendu possible grâce à la présence de deux estomacs. Le premier est destiné à la digestion de l’insecte lui-même tandis que le deuxième estomac, ou jabot social, permet le stockage de nourriture. Celle-ci est ensuite régurgitée afin de nourrir les fourmis restées dans la colonie. La trophallaxie permet donc un échange d’aliments, mais aussi d’informations sur la source de nourriture trouvée. (4) Paradoxalement, la vie en groupe présente aussi des risques. Par exemple, cela peut accroître la transmission des parasites et des pathogènes. La proximité génétique entre les individus peut favoriser cette transmission (5).

    c. Cycle de vie et reproduction

    Pour ce qui est du cycle de vie, l’accouplement des Camponotus a lieu au printemps. Les jeunes mâles et futures reines sont ailés : la copulation a lieu en vol. La reine ne s’accouple qu’avec un seul individu qui décède après l’avoir fécondée. Ensuite, elle brise volontairement ses ailes et  part à la cherche d’un emplacement idéal pour y fonder sa colonie. C’est dans un tronc, une souche ou même dans la charpente d’une maison que la reine va pondre et s’occuper seule de la première couvée d’ouvrières. Elle n’assurera ensuite que la ponte quand les ouvrières seront capables de prendre soin des larves et des oeufs. Les larves ressemblent à de petits vers blancs. Elles passent par quatre stades larvaires, puis tissent un cocon afin de devenir une prénymphe, forme intermédiaire immobile; puis finalement une nymphe blanche et immobile (6). C’est seulement après quelques jours que l’adulte métamorphosé émerge et prend sa coloration plus ou moins noire et rougeâtre selon l’espèce.

    D’après l’article sur les fourmis charpentières de «l’Espace pour la Vie» de Montréal, une fourmilière atteint les deux mille ouvrières et plus; soit en général de trois à six ans après la première ponte de la reine, on peut alors considérer que la colonie est bien consolidée. C’est à partir de ce moment que la reine donne naissance à des mâles et des futures reines. De nombreuses espèces donnent naissance aux nouvelles générations juste avant la période nuptiale. Chez notre «grande fourmi charpentière» cependant, les mâles ailés et les futures femelles sont produites à la fin de l’été et restent dans le nid à se faire nourrir par les ouvrières. C’est au printemps, vers le mois de mai que  toutes les fourmis ailées sortent du nid et s’envolent. Ensuite, le cycle des fourmis charpentières recommence. Les reines (et donc leur fourmilière) peuvent vivre plusieurs dizaines d’années, mais les ouvrières elles, ne vivent rarement plus d’un an, le temps d’une saison. (Aaron and al, 2012).

    Figure 4: Cycle de vie des fourmis (Aaron and al., 2012)

                   d. Particulartiés de Camponotus herculeanus

    Habitat : Camponotus herculeanus est une espèce qui établit sa fourmilière principalement dans les arbres, d’où son nom de fourmis charpentières. On en retrouve également dans les troncs où les bûches en décomposition sur la terre ferme. Occasionnellement, il est possible d’apercevoir des fourmilières dans les charpentes de maison. Pourtant ces fourmis ne se nourrissent pas du bois dans lequel elles vivent, car elles sont incapables de digérer la cellulose. Elles creusent le bois uniquement pour se loger. (6)

    Aire de répartition: Componotus herculaneus est présente presque partout sur la planète, à hautes latitudes. En Amérique du Nord, elle est présente partout à partir des états du nord des États-Unis, jusqu’au Canada, autant à l’est qu’à l’ouest. Il est possible de la trouver dans les territoires plus au sud des États-Unis mais à des altitudes plus élevées, là où les températures sont plus faibles.

    Biologie de l’espèce : Elle est l’espèce de fourmis la plus tolérante au froid. En effet, elle peut survivre à des  températures bien inférieures à -40°C. Camponotus herculeanus se nourrit de miellat d’insectes (pucerons, membracidés), ainsi que des sucs de plantes. Ces hyménoptères sont également des décomposeurs et constituent un maillon important dans le recyclage de la matière organique des sols. Lorsqu’elles s’invitent à l’intérieur des habitations, les fourmis charpentières peuvent manger presque tout ce dont les humains se nourrissent et s’installer confortablement dans les charpentes (d’où leur appellation). Fait intéressant, plusieurs reines non reliées de parenté peuvent cohabiter dans le même nid. Habitant dans les arbres, les prédateurs de Camponotus herculeanus sont principalement l’ours qui se nourrit des larves et des nymphes durant l’été et l’automne, et plusieurs espèces de pics en hiver.

    Photographie 4: Camponotus herculaneus dans un habitat potentiel (Aaron and al., 2012)

    REFERENCES:

    1. Borror, Donald J. et Richard E. White. 1970.” Insects – The Peterson field guides”, Houghton Mifflin Compagny, 408 pages
    2.  Aaron M. Ellison, Nicolas J. Gotelli, Elizabeth J. Farnsworth, Gary D. Alpert, 2012  “Field Guide to the ants if new england”, Yale University Press, 398 pages
    3. Bauer S. , Berthaud M. , Jean I. , Sellos C. , 2008 – “Fonctionnement d’une colonie et importance du recrutement chez la fourmi Formica rufa”, Université Paris-Sud; http://hebergement.u-psud.fr/ecotp/paimpont/2009/02%20Fourmis.pdf
    4. Danival De Souza – « Comportement social et réponses immunitaires chez la
      fourmi Camponotus fellah : Implications de la bacterie
      endosymbiote Blochmannia », 2008 :  https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/359092/filename/These_Danival_de_Souza.pdf
    5. Wikipédia – « Trophallaxie » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trophallaxie
    6. Site internet de l’Espace pour la vie de la ville de Montréal : http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/fourmis-charpentieres

     

     

  • Protichneumon grandis (Brullé 1846)

    Texte et identification du spécimen par Alexandra ANGERS et Eric GUERRA-GRENIER (édité par Étienne Normandin)

    Protichneumon grandis
    Protichneumon grandis mâle, capturé à la Station de Biologie des Laurentides, le 4 septembre 2014

    CLASSIFICATION (1)

    Ordre: Hymenoptera

       Sous-Ordre: Apocrita

          Superfamille: Ichneumonoidea

              Famille: Ichneumonidae

                   Sousfamille: Ichneumoninae

                       Tribu: Heresiarchini

                             Sous-tribu: Protichneumonina

                                 Genre: Protichneumon

                                       Espèce: Protichneumon grandis (Brullé 1846)

    Bien que comportant souvent un intérêt pour les photographes amateurs, l’espèce de parasitoïde Protichneumon grandis, seule espèce de son genre au Québec (2), ne semble pas faire le sujet de beaucoup d’études scientifiques. De plus, les taxonomistes ne s’entendent pas sur l’identification de cette espèce, stipulant l’existence de divers écotypes partageant une grande variation morphologique (3). Malgré cela, il est possible de synthétiser les informations actuelles sur cette espèce.

    Identification :

    Afin d’identifier un spécimen de Protichneumon grandis, soit un insecte hyménoptère faisant partie du groupe paraphylétique des «Parasitica», plusieurs critères importants peuvent être utilisés. D’abord, l’identification d’un spécimen comme membre de la super-famille des Ichneumonoidae, peut se faire relativement facilement grâce à plusieurs critères morphologiques. Par exemple, tous les membres de cette super-famille possèdent des antennes comportant un minimum de 16 articles plutôt que 12 ou 13 articles chez les autres hyménoptères (4). Aussi, on peut observer chez ce groupe que le trochanter, second segment de la patte, est lui-même divisé en deux segments (4). De plus, sur les ailes, on ne peut observer une cellule costale puisque les nervures du costa et du sous-costa de l’aile se retrouvent confondues (4). Quant à la famille des Ichneumonidés, la plus grande famille chez les hyménoptères avec environ 60 000 espèces (5), on peut la différencier de la famille des Braconidae grâce à leurs ailes. En effet, chez la plupart des Ichneumonidés, on observe deux nervures «m-cu» (1m-cu et 2m-cu) sur l’aile antérieure (4).

    ailesF
    Comparaison des nervures de l’aile antérieure de P. grandis entre le spécimen à l’étude et un schéma théorique (schéma par David Wahl (10), utilisé avec autorisation)

    L’identification de l’espèce P. grandis au sein du genre Protichneumon, elle, est relativement difficile à faire, due à sa grande variation morphologique. Dans le cas du spécimen à l’étude, présenté dans les photos de cet article, l’identification s’est faite grâce au manuel Marshall (p.545) (11) ainsi qu’en le comparant aux autres spécimens présents dans la Collection Entomologique Ouellet-Robert (QMOR). Puisque, tel que mentionné plus haut, P. grandis est la seule espèce de son genre au Québec, seuls des spécimens de cette espèce dans la collection démontraient une similarité morphologique presque parfaite avec le spécimen à l’étude.

    Gastre
    P. grandis mâle, gastre droit
    Antennes
    P. grandis mâle, antennes avec articles blancs

    Quant à l’identification du sexe du spécimen, ceux présents dans la  Collection Entomologique Ouellet-Robert démontre que l’espèce P. grandis est caractérisée par un important dimorphisme sexuel. En effet, sans la notion de sexe, les mâles et les femelles semblent appartenir à des espèces différentes. Le mâle est reconnaissable par la portion intermédiaire de ses antennes, d’un blanc caractéristique. Son gastre, lui, est droit. La femelle P. grandis, elle, possède des antennes noires et beaucoup plus longues que celle du mâle. Les derniers segments de son gastre sont recourbés afin de permettre le forage de substrat menant au parasitisme de leurs hôtes (voir section Écologie).

    Répartition géographique :

    Protichneumon grandis possède une répartition géographique assez grande. Bien que faisant partie d’un genre holarctique, cette espèce est exclusivement néarctique. Elle s’étend du Québec à la Colombie-Britannique, mais est également présente dans plusieurs états américains: Floride, Kansas, Oregon, Nouveau-Mexique, etc. (6,7) Sa répartition est donc similaire à celle de son hôte (8) (voir section Écologie).

    Dryocampa rubicunda
    Anisote de l’érable ou Rosy Maple Moth, Dryocampa rubicunda, QMOR

    Écologie :

    Il est bien connu que les parasitoïdes ont besoin d’hôtes dans lesquels pondre leurs œufs. Les femelles P. grandis, elles, utilisent comme hôte Dryocampa rubicunda Fabricius 1793 (Lepidoptera: Saturniidae) (6,7), aussi connu sous les noms vernaculaires Rosy Maple Moth (anglais) et Anisote de l’érable (français). Ce papillon est facilement reconnaissable par sa coloration éclatante, majoritairement jaune et rose (photo ci-haut). Ce qu’il y a d’intéressant avec cette association hôte-parasitoïde, c’est que les espèces du genre Ptotichneumon utilisent normalement des espèces de lépidoptères sphingidae (6,7) comme hôtes. Or, l’anisote de l’érable, tel que mentionné précédemment, est un membre de la famille des saturniidés (8). L’explication du transfert de famille hôte chez P. grandis tient donc dans le fait que D. rubicunda est sphingiforme (6,9). En effet, les saturnidés ceratocampines, dont fait partie l’anisote de l’érable, ont un développement larvaire très similaire à celui des sphingidae, tant au niveau anatomique que comportemental (9). La larve de D. rubicunda est donc assez similaire aux larves sphingidés pour être acceptées comme hôtes par Protichneumon grandis.

    Références :

    1. http://bugguide.net/node/view/338092
    2. https://www.mffp.gouv.qc.ca/publications/forets/fimaq/collections/liste-hymenopteres.pdf
    3. http://www.discoverlife.org/proceedings/0000/6/html/Ichneumonidae.html
    4. http://www.cegep-ste-foy.qc.ca/profs/gbourbonnais/entomo/hymenopteres_2.pdf
    5. http://www.ichneumonoidea.name/
    6. http://lepidopteraresearchfoundation.org/pdf/pdf33/33-001.pdf
    7. http://eol.org/pages/16348431/overview
    8. http://eol.org/pages/503873/détails
    9. http://books.google.ca/books?id=wTNnPaLszyQC&pg=PA265&lpg=PA265&dq=ceratocampine&source=bl&ots=AunytybH5s&sig=DEPkBmY3dLgB1lZ836Qcu8CE9cw&hl=fr&sa=X&ei=u0tJVOjeGYW1yATwy4DgBg&ved=0CB0Q6AEwAA#v=onepage&q=ceratocampine&f=false
    10. http://www.amentinst.org/GIN/morphology.php
    11. MARSHALL, S.A. Insects, their natural history and diversity, Firefly Books, 2006, Ontario, 718 p.
  • Vespula vulgaris (Linné 1758)

    la guêpe commune

    Par Antoine Asselin-Nguyen & Mélissa Le Guerrier (édité par Étienne Normandin)

    Texte et images © 2014, CC BY-NC-SA 4.0 les auteurs

    (C) Josef Dvorak www.biolib.cz pour BWARS
    (C) Josef Dvorak www.biolib.cz pour BWARS. Utilisée avec l’autorisation du photographe.

    Classification :


    Ordre Hymenoptera

    Sous-ordre Apocrita

    Famille Vespidae

    Sous-famille Vespinae

    Genre Vespula

    Espèce Vespula vulgaris


    Quand on pense au mot «guêpe», on pense aux piqûres douloureuses ! Les guêpes ont une connotation très négative : elles sont vues comme des insectes agressifs, car elles viennent perturber les activités récréatives humaines et peuvent causer des réactions anaphylactiques (allergiques) ou même parfois la mort. D’ailleurs, chaque année, deux à huit Québécois meurent après avoir été piqués par une guêpe ! Pourquoi ? Les espèces du genre Vespula sont attirées par le sucre et la viande, ce qui explique leur comportement envahissant lors des barbecues et pique-niques. Mais intéressons-nous un peu plus à la biologie de la guêpe commune…

    Le 4 septembre 2014, un spécimen de Vespula vulgaris a été capturé à la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal.

    tache noire caractéristique en forme d’ancre
    tache noire caractéristique en forme d’ancre
    (C) Tim Evison
    (C) 2007, Tim Evison.  CC BY-SA 2.5

    Caractères à l’identification

    Le spécimen possède les caractéristiques typiques de l’ordre des hyménoptères, telles que des pièces buccales broyeuses, des antennes avec généralement 9 segments ou plus, et une grande paire d’ailes antérieures liée à une petite paire d’ailes postérieures par des crochets (hamuli). La famille  des Vespidés inclut les guêpes sociales, et la sous-famille  des Vespinés comporte les «guêpes vraies» : ces guêpes sont les mieux connues. Elles ont une taille très mince (le pétiole de l’abdomen), un abdomen rayé noir et jaune, et des antennes à 12 (reine et femelles) ou 13 segments (mâles).

    Toutefois, le critère important pour l’identification de l’espèce est une simple tâche noire ! Ce spécimen est sans aucun doute Vespula vulgaris puisqu’il possède la tache noire en forme d’ancre sur son clypéus, une caractéristique des guêpes communes. L’espèce a été décrite pour la première fois par le célèbre naturaliste suédois Carl von Linné en 1758.

    Les ailes des Hymenoptera sont complètement membraneuses
    Les ailes des Hymenoptera sont complètement membraneuses

    Distribution géographique

    Le genre Vespula tire son origine de l’Europe, et l’histoire montre sa nature très envahissante. Les colonies sont relativement petites, soit de seulement quelques milliers d’individus. L’espèce Vespula vulgaris se trouve dans la région holarctique, mais également à Hawaii, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Elle est très commune au Québec et dans le reste de l’Amérique du Nord.

    Biologie et cycle de vie

    Un individu

    La guêpe commune fait une métamorphose complète. La reine dépose un oeuf par alvéole (cellule) du nid, qui suit une période d’incubation de quelques jours. La larve est de type asticot, avec une tête bien développée. Elle s’alimente de la nourriture qu’on lui apporte et croît dans son alvéole. Elle fait la nymphose en tissant un cocon de soie qui ferme l’alvéole, et passe ainsi au stade adulte. La jeune guêpe coupe alors la soie à l’aide de ses mandibules et devient un adulte fonctionnel de la colonie.

    Une colonie

    Dans les zones tempérées où on doit survivre à travers les mois de froid, une colonie est toujours amorcée par une reine solitaire qui s’est accouplée l’automne précédent et a passé l’hiver en état de torpeur (hibernation). Les reines des Vespinés hibernent seules dans le sol plutôt qu’en amas, et cherchent un endroit ou faire son nid dès le réveil. Au printemps, la reine construit un nid en papier, et pond des oeufs. Sa progéniture est des femelles stériles qui seront ouvrières à l’âge adulte. La reine s’occupe seule de la construction, du fourrageage (recherche de nourriture) et des soins d’une petite couvée de larves jusqu’à ce que les premières ouvrières émergent. Ensuite, la reine se spécialise uniquement dans la ponte et quitte rarement le nid. Les ouvrières s’occupent alors de nourrir les jeunes avec divers insectes mâchés afin d’agrandir le nid. Tout au long de l’été, il prendra de l’expansion à mesure que le nombre d’ouvrières augmente. Le nid est fait de papier: un mélange de bois mâché et de salive de guêpe. Il est parfois très gros, et on peut en voir suspendus aux avant-toits ou dans les arbres. À la fin de la saison chaude, la reine pond des oeufs qui produisent des femelles et des mâles fertiles, qui continueront à leur tour le cycle de vie d’une colonie l’année suivante ! Lorsque la saison froide arrive, toute la colonie et même la reine meurent, laissant seulement les nouvelles reines qui passeront à leur tour à un état de torpeur.

    Il est intéressant de noter que dans les régions avec moins de fluctuations climatiques, les guêpes ont des colonies beaucoup plus grandes et sont beaucoup plus envahissantes (Australie, Nouvelle-Zélande), car il n’y pas de diminution de température qui cause la mort de la colonie. À vrai dire, la surabondance de Vespula vulgaris est très problématique dans ces pays : c’est par des traitements comme l’emploi de poussières toxiques et d’aérosols que les nids sont détruits et que les colonies sont éradiquées. De quoi profiter de pique-niques et barbecues en toute quiétude !

    La taille de guêpe en gastre est caractéristique du sous-ordre Apocrita
    La taille de type gastre de la guêpe est caractéristique du sous-ordre Apocrita

     

    D’où vient ce goût pour le sucre et la viande et cette violence envers les humains ?

    Au début de la saison, la nourriture des guêpes est surtout constituée d’insectes vivants et de miellat des pucerons tombés sur le feuillage. Cependant, vers la fin de la saison, lorsque les femelles fertiles naissent, il n’y a plus de cohésion dans la colonie et toutes les ouvrières sont désorientées. Celles-ci cherchent alors d’autres sources de nourriture comme des aliments sucrés et de la viande. Cela explique bien pourquoi c’est à la fin de l’été que les guêpes s’incrustent dans  les activités humaines. Sans la nécessité d’agrandir le nid ou de nourrir les petits, ce sont ces ouvrières désorientées qui piquent si elles se sentent attaquées.

    Et l’Homme devrait-il se défendre ? C’est à vous de juger, mais attention : sachez qu’une étude montre qu’en réponse à l’écrasement de l’appareil piqueur, une phéromone d’alarme est relâchée, ce qui causera d’autres guêpes du nid à venir à la rescousse ! Comme quoi il vaudrait mieux les laisser tranquilles…

     


     

    Références

    Borror, D.J., White, R.E. (1999) Les insectes de l’Amérique du Nord, Broquet, 408 pages.

     

    Evans, H.E., Eberhard, M.J.W. (1973) The Wasps, David & Charles (Holdings) Limited, 265 pages.

     

    Gauld, I., Bolton, B. (1988) The Hymenoptera, Oxford University Press, 332 pages.

     

    Jones, J.A. (2012) Wasp facts and information, lulu.com, 42 pages.

     

    New, T.R. (2012) Hymenoptera and Conservation, Wiley-Blackwell, 218 pages.

     

    Reed, H.C., Landolt, P.J. (2000) Application of alarm pheromone to targets by southern yellowjackets (Hymenoptera : Vespidae), Florida Entomologist, Volume 83, pages 193-196

  • Melanoplus femurrubrum (De Geer 1773)

    Par Marie-Line Buteau et Sarah Merheb (édité par Étienne Normandin)

    Photo 2014-10-09, 11 20 27 AM (HDR)

    Cette espèce a été capturée à la station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

    Taxonomie

    Identifier en 1773 par l’entomologiste Charles De Geer, Melanoplus femurrubrum , le Mélanople à pattes rouges, fait parti de la classe des Insectes, l’ordre des Orthoptères et la famille des Acrididés (De Geer, 1773). Cette famille est caractérisée par des antennes plus courtes que le corps et l’absence d’appareil stridulatoire sur les élytres (Vickery et Kevan, 1985). L’espèce fait partie du genre Melanoplus qui englobe des espèces herbivores dont certaines sont nuisibles à l’agriculture (Bland, 2003). Notamment, Melanoplus femurrubrum est caractérisé par les tibias des pattes postérieures rouge-orangé et des fémurs brunâtres variant au jaune aux extrémités. La face externe des fémurs présente généralement un motif à chevron olivâtre. Il est intéressant de noter qu’il existe une forme rare de l’espèce de couleur bleue. Il a été possible d’identifier et de différencier, selon Vickery et Kevan (1985), notre espèce en observant la position et la forme de l’ovipositeur. Les ailes sont complètement développées et vont au-delà du bout des fémurs postérieurs.

    2014-10-09 11.15.56 1IMG_20141009_112803 1

    Fig.1 La face externe des fémurs présente un motif à chevron olivâtre

    Fig.2 Les ailes sont complètement développées

    Reproduction

    Certains Acrididés produisent des sons grâce aux fémurs des pattes postérieurs qui possèdent des protubérances sur la face interne. Ils exécutent des oscillations rapides de leurs pattes postérieures qui permettent à ces protubérances de frotter contre une nervure saillante de leurs ailes (Dumortier, 1966). Cependant, les espèces du genre Melanoplus ne produisent pas de son puisque ceux-ci n’ont pas d’organes stridulatoires sur les fémurs postérieurs. En effet, les mâles ne produisent aucun son pour courtiser une partenaire, mais lorsqu’ils rencontrent une femelle, ceux-ci déplacent leurs antennes et font vibrer leurs fémurs postérieurs. Ce comportement particulier permet, par le fait même, aux femelles de reconnaitre les mouvements propres à leur espèce (Pickford et Gillot, 1972).
    Cela dit, la période de reproduction débute à l’été allant jusqu’au milieu de l’automne pendant que les adultes sont actifs. En conséquence, cette espèce ne produit qu’une seule génération par année. Les femelles pondent leurs œufs dans le sol à l’aide de leur ovipositeur. Les œufs pondus durant l’été n’éclosent pas avant l’arrivée du printemps suivant. (Capinera, 2008). Ainsi, les immatures naissent et deviennent adultes vers juillet en passant par plusieurs stades immatures. Il faut noter que l’ordre des orthoptères est un ordre ayant une métamorphose incomplète. De plus, le temps du stade immature est plus rapide lorsque la température est plus élevée. Malheureusement, les adultes meurent lors de l’arrivée de l’hiver à cause du froid.
    Melanoplus. femurrubrum possède de nombreux prédateurs, dont des insectes parasites, des mites ainsi que des nématodes. Il semblerait, selon Bland (1976), que ces derniers ont le plus grand impact sur la population du Mélanople à pattes rouges. De même, la disponibilité de la nourriture semble être un autre facteur limitant pour les populations de M. femurrubrum. Une diversité dans les plantes disponibles est aussi importante pour répondre au besoin des différents stades immatures.

    Répartition

    Melanoplus femurrubrum est très répandu en Amérique du Nord. Il peut facilement se déplacer grâce à son vol puissant qui lui permet de voler plus longtemps et donc de se disperser et de trouver de nouveaux habitats pendant les années de sécheresses (Pfadt, 1994). Normalement, on retrouve cette espèce dans les champs, les prairies, les prés et dans la végétation bordant les sentiers, des habitats qui abondent en Amérique du Nord depuis le développement de l’agriculture. De plus, selon Thompson (1992), ce melanople présente une grande plasticité phénotypique au sein de l’espèce, ce qui lui confère une bonne capacité d’adaptation. Son alimentation est composée de plantes herbacées ou même d’herbe ce qui le rend nuisible à certaines cultures comme la luzerne, le soya, les légumineuses ou encore l’avoine. Ces caractéristiques expliquent bien le succès démographique de l’espèce et son abondance (Bland, 2003).

    Impact

    Cette espèce peut endommager gravement certaines cultures surtout dans l’est du Canada et des États-Unis. Entre autres, elle est particulièrement nuisible aux légumineuses et au sojaMelanoplus sanguinipes, une espèce semblable, serait beaucoup plus ravageuse, car celle-ci est capable d’effectuer de grosses migrations de masse pouvant ainsi dévaster des cultures lors de son passage. (Bland, 2003)

    RÉFÉRENCES

    Bland R.G. (1976) Effect of Parasites and Food Plants on the Stability of a Population of Melanoplus femurrubrum. Environmental Entomology, 5(4) : 724-728.

    Bland R.G. (2003) The orthoptera of Michigan, Biology, keys and descriptions of Grasshoppers, Katydids and Cricket. Michigan state University Extension, Michigan, p.94.

    BugGuide.Net. 2003-2014  << Species Melanoplus femerrubrum– Red-legged Grasshopper>>. En ligne. Page consultée le 25 octobre 2014.

    Capinera J. L. (2008) Encyclopedia of Entomology, Redlegged Grasshopper, Melanoplus femurrubrum (Degeer) (Orthoptera: Acrididae. Springer, London, pp 3119-3123.

    De Geer C. (1773) Mémoire pour servir à l’histoire des insectes, p.498. En ligne. Page consultée le 25 octobre 2014.

    Dumortier B.(1966) La stridulation et l’audition chez les Insectes Orthoptères. Aperçu historique sur les idées et les découvertes jusqu’au début du XXe siècle. Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. 19(1) : 1-28.

    Pfadt R.E. (1994) Field Guide to Common Western Grasshoppers, Part 4. Wyoming Agricultural Experiment Station, Bulletin 912, pp 133-136.

    Pickford R. et C. Gillot (1972) Courtship behavior of the migratory grasshopper melanoplus sanguinipes (Orthoptera : Acrididae). The Canadian Entomologist, 104 (5) : 715-722.

    Thompson D.B. (1992) Consumption rates and the evolution of diet-induced plasticity in the head morphology of Melanoplus femurrubrum (Orthoptera: Acrididae). Oecologia, 89 (2) : 204-213.

    Vickery V.R. et D.K.M. Kevan (1985) The insects and arachnids of canada, part 14: The Grasshoppers, Crickets and Related Insects of Canada and Adjacent Regions. Agriculture Canada, Canada, 918 pages.

  • Endomychus biguttatus (Say 1824)

     Par Alexie DROUIN et Jean-Michel MATTE (édité par Étienne Normandin)

    Sauf quand autrement indiqué, texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Ordre Coleoptera
    Sous-ordre Polyphaga
    Infra-ordre Cucujiformia
    Superfamille Cucujoidea
    Famille Endomychidae
    Sous-Famille Endomychinae
    Genre Endomychus
    Espèce Endomychus biguttatus

    Endomychus biguttatus, décrit par Say en 1824, est un petit coléoptère de la superfamille Cucujoidea, dans laquelle on retrouve également les coccinelles. Bien qu’il arbore des élytres visuellement semblables à celle-ci (voir Figure 1), notre spécimen se retrouve plutôt dans la famille des Endomychidae, qui regroupe environ 1800 espèces réparties en 12 sous-familles, dont la majorité se nourrit de champignons. En fait, dans de nombreuses classifications, la famille Endomychidae est considérée comme étant le groupe soeur de la famille Coccinellidae. Historiquement, certaines phylogénies plus anciennes allaient jusqu’à les placer dans le même taxon, soit les « Trimera », sous le prétexte qu’ils possédaient tous les deux des tarses pseudo-trimères (Tomaszewska, 2000). Nous savons aujourd’hui que cela est faux, et que cette condition n’est restreinte qu’à quelques sous-familles d’endomychidés, dont les Endomichinae. Malgré ces informations, relativement peu d’études ont été faites sur la famille, et encore moins sur l’espèce, donc plusieurs caractéristiques restent peu définies à ce jour.

    bigattatusFigure 1. Spécimen d’Endomychus biguttatus capturé à la Station de biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, le 4 septembre 2014. Vue latérale et dorsale.

    Biologie générale

    Il n’existe aucune espèce d’endomycide obligatoirement xylophage (qui se nourrit de bois), mais on les retrouve quand même très souvent sous l’écorce des arbres (Blatchely, 1910; White, 1983). Par contre, ils sont plutôt associés aux basidiomycètes ligneux qui se retrouvent dans les arbres malades ou morts. En effet, les endomycides sont reconnus pour vivre dans des champignons (d’où leur nom: endo signifie à l’intérieur et mycide réfère aux champignons), et les hôtes observés pour notre espèce sont Schizophillum commune, Hirneloa mesenterica et Auricularia auricula (Shockley, 2009). Ils sont mycophages et, comme la majorité des espèces de leur famille, ils se nourrissent surtout de l’hyphe du champignon hôte, ou de la portion charnue de son corps. De plus, plusieurs spécimens ont été découverts dans des carcasses de cochons hautement décomposées (Shockley, 2009), ce qui suggère une capacité quelconque de nécrophagie, bien que la raison de leur présence dans ces cadavres soit nébuleuse.

    Il y a habituellement deux périodes de reproductions principales pour cette espèce, soit au printemps et à l’automne (Shockley, 2009). Cela coïncide avec la période de sporulation de son hôte reproductif obligatoire, Schizophillum commune. Notre espèce est l’une des rares espèces qui recouvre ses œufs après la ponte: habituellement, elle les dissimule avec l’hyphe solide de son hôte. Leur développement est cependant assez lent, et prends environ 35 jours. Après l’éclosion, la larve traversera 4 stades larvaires, avant de devenir une pupe puis un adulte, puisque les coléoptères sont des insectes holométaboles (à métamorphose complète). Endomychus biguttatus passe du stade de pupe au stade d’adulte ténéral en un temps moyen de 243 heures (Leschen et Carlton, 1988), puis du stade ténéral à adulte mature et sclérotisé en un temps moyen de 48 heures. Le développement à partir du stade de pupe dure donc un peu plus de 12 jours. En comparaison avec de nombreuses autres espèces mycophages se nourrissant sur des champignons frais, son temps de développement est relativement long. En effet, certaines espèces passent de l’œuf à l’adulte mature en seulement 11 jours. Cette différence entre les espèces peut être expliquée par leur lien avec leur espèce hôte : plus le champignon est dense, plus le taux de développement est élevé (Leschen et Carlton, 1988).

    Comme la coccinelle, notre espèce est capable d’excréter un liquide organique laiteux en guise de défense chimique lorsqu’il est soumis à un stress. Il contient une bonne proportion d’hémolymphe, le liquide dans lequel baignent les organes, mais il contient aussi beaucoup de composés chimiques toxiques pour les prédateurs. La substance est également hautement amère. Après l’excrétion, le coléoptère lave son corps frénétiquement pour en faire disparaitre les résidus.

    Distribution

    Les coléoptères de la famille des endomycides sont présents dans toutes les régions biogéographiques de la planète, mais leur diversité est à son apogée en Afrique, en Asie et en Amérique (Shockley, 2009). Notre espèce, quant à elle, est très abondante dans la portion est de l’Amérique du Nord. Pour survivre aux hivers rigoureux, elle passe l’hiver dans la litière ou sous l’écorce des arbres.

    Morphologie

    Certaines caractéristiques sont propres à la famille des Endomychidae et nous ont guidés dans l’identification de notre spécimen. Parmi celles-ci, on retrouve la présence d’une ou deux paires de sillons longitudinaux, de lignes sur la marge latérale ou de petites dépressions sous-basales ; une formule tarsienne de type 3-3-3 ou 4-4-4, qui correspond au nombre de segments du tarse sur chacune des paires de pattes, de l’avant vers l’arrière ; la présence d’une suture fronto-clypéale (le clypéus étant un des sclérites présent sur la marge inférieure de la face de l’insecte) ; l’absence de rainures sur les antennes ; la composition des antennes est typiquement de 11 segments (les trois derniers sont plus larges que les précédents), ainsi que l’absence de lignes sur le premier sclérite abdominal situé sous le coxa (Lawrence et al., 1999; Tomaszewska, 2000; Skelley et Leschen, 2002).

    fig 2

    Figure 2. Photographie du stade adulte d’Endomychus biguttatus, avec identification des parties anatomiques visible. Vue dorsale. © Nicholas Gompel, modifiée pour l’identification
    de la morphologie par Jean-Michel Matte

    Pour identifier ce spécimen, un des premiers caractères révélateur est le motif sur ses élytres : il y a quatre taches sombres sur un fond uni brun-rouge (voir Figure 2). Le motif est caractéristique de l’espèce : les deux taches près de l’apex de l’élytre sont plus larges, alors que les deux plus haute sont parfaitement rondes. De plus, son écusson triangulaire est noir, ainsi que le pronotum et sa tête.

    fig 3

    Figure 3. Schéma du premier stade larvaire d’Endomychus biguttatus. Vue dorsale.
    © Leschen & Carlton, 1988

    Durant le premier stade larvaire, on voit apparaitre plusieurs épines sur les côtés du prothorax, qui serviront à percer l’œuf, qui seront perdu aux stades subséquents (Leschen et Carlton, 1988). Toutes les larves ont une mâchoire inférieure proéminente et un corps sclérifié et aplati dans l’axe dorso-ventral (voir Figure 3).

    fig 4

    Figure 4. Schéma de la pupe d’Endomychus biguttatus. Vue dorsale.
    © Leschen & Carlton, 1988

    Pour ce qui est de la pupe, elle a une longueur moyenne de 5 mm, une couleur rosée et des spiracles sont présents sur les cinq premiers segments de l’abdomen (voir Figure 4).

    Bibliographie

    Blatchley, W. S. (1910), An illustrated descriptive catalogue of the coleoptera or beetles (exclusive of rhynchophora) known to occur in Indiana. Nature Publishing Co., Indianapolis, 1385 pp.

    Lawrence, J. F., Hastings, A. M., Dallwitz, M. J., Paine, T. A. et Zurcher, E. J. (1999), Endomychidae (major part). Beetles of the World: A Key and Information System for Families and Subfamilies. CD-ROM, version 1.0 for MS-Windows. CSIRO Publishing, Melbourne.

    Leschen, R. A. B. et Carlton, C. E. (1988), Immature stages of Endomychus biguttatus Say (Coleoptera : Endomychidae) with observations on the alimentary canal. Journal of the Kansas Entomological Society, 61 (3) : 321-327.

    Shockley, F. W., Tomaszewska, K. W. et Mc Hugh, J. V. (2009), Review of the natural history of the handsome fungus beetles (Coleoptera : Cucujoidea : Endomychidae). Insecta Mundi, 72 (1) : 1-24.

    Skelley, P.E. et Leschen, R.A.B. (2002), Endomychidae. Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionidae. American Beetles, 2 (1) : 366-370.

    Tomaszewska, K. W. (2000), Morphology, phylogeny and classification of adult Endomychidae (Coleoptera: Cucujoidea). Annales Zoologici, 50 (4) : 449-558.

    White, R. E. (1983), A field guide to beetles of North America. Houghton Mifflin, Boston, 404 pp.

  • Geotrupes balyi Jekel 1865

    Par Pedro Paulo CASTRO GRILLO et Alexandre MARCHAND-THERIAULT (édité par Étienne Normandin)

    Geotrupes balyi Jekel 1865

    Préparation et condition du spécimen:

    Le spécimen a été capturé le 4 septembre 2014 aux environs de la Station Biologique des Laurentides de l’Université de Montréal. Il a été trouvé à proximité d’un sentier menant au lac Geai. Du fait de sa taille considérable et de la robustesse de son corps, son état de conservation était très satisfaisant.

    Vue latérale du spécimen, après piqure. Octobre 2014.
    Vue latérale du spécimen, après épinglage. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Capture du spécimen à proximité d’un sentier à côté du lac Geai. Station de biologie des Laurentides, Université de Montréal. Septembre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    L’identification:

    L’identification du spécimen s’est fait initialement (au niveau de l’espèce) grâce au Guide d’identification: Les Insectes du Québec (Dubuc, 2007), le 9 octobre 2014, et ensuite confirmée au niveau de la famille Geotrupidae grâce à l’Atlas écologique des Coléoptères du nord-est de France le 19 octobre 2014 (Atlas écologique des Coléoptères du nord-est de France 2010). Les  critères suivants ont permis son identification:

    -Antennes latérales, formées par 11 segments, dont les 3 derniers sont asymétriques et plus volumineux que les autres.

    -Labre fortement visible et proéminent, palpes maxillaires ayant 4 segments.

    -Pronotum et élytres convexes,  striation des élytres, scutellum triangulaire.

    -Abdomen présentant 6 métamères.

    -Pattes antérieures avec des tibias et fémurs fortement dentés.

    -Pattes postérieures dont les tibias portent plusieurs carènes sur leur face externe.

    Morphologie générale d'un Geotrupidae. ©2014 Posté par Guppy88 le 26/12/2013 12:30:01. Dessin: Stéphane Charrier http://blenderclan.tuxfamily.org/html/modules/newbb/print.php?form=1&topic_id=39995&forum=5&order=ASC&start=20
    Morphologie générale d’un Geotrupidae. ©2014 Publiée par Guppy88 le 26/12/2013 12:30:01. Dessin: Stéphane Charrier 
    geotrupes balyi pic 7
    Vue en d’en haut de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Vue frontale de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Vue latérale de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    geotrupes balyi pic 9
    Vue d’en dessous de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    geotrupes balyi pic 8
    Vue frontale rapprochée de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le descriptif du genre Geotrupes de la partie boréale de l’Amérique (Horn 1867) ne nous a que partiellement aidé à confirmer l’espèce, puisque que les critères d’identification étaient difficiles à discerner pour nous, ayant l’oeil peu expérimenté. Cependant, la comparaison avec les différentes espèces de la famille des Geotrupidés du Québec au sein de la Collection entomologique Ouellet-Robert (QMOR) à l’Institut de recherche en Biodiversité Végétale (IRBV) le 9 octobre 2014, a permis de confirmer la nomenclature de notre spécimen. Le démonstrateur et étudiant au doctorat en entomologie avec le professeur Colin Favret, Thomas Théry, a contribué au discernement des critères importants à vérifier lors de la comparaison des espèces présentes à la collection.

    geotrupes-balyi-pic-3
    Spécimen récolté et les spécimens de QMOR. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Position taxinomique de l’espèce (selon Integrated Taxonomic Information System 2012):

    Règne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Sous-classe: Pterygota

    Infra-classe: Neoptera

    Super-ordre: Holometabola

    Ordre: Coleoptera Linnaeus 1758

    Sous-ordre: Polyphaga Emery 1886

    Infra-ordre: Scarabeiformia Crownson 1960

    Super-famille: Scarabaeoidea Latreille 1802

    Famille: Geotrupidae Latreille 1802

    Sous-Famille: Geotrupinae Latreille 1802

    Genre: Geotrupes Latreille 1797

    Espèce: Geotrupes balyi Jekel 1865

    Distribution géographique:

    L’espèce Geotrupes balyi a été répertoriée dans l’est des États-Unis. Cette espèce est indigène du Canada et des États-Unis où on la retrouve régulièrement. Vingt-huit espèces de la famille des Geotrupidés ont été recensées en Amérique du Nord dont 13 au Canada. Geotrupes balyi est fréquemment retrouvée à l’est du Canada, dont au Québec et au Nouveau-Brunswick (Webster et al. 2012; Encyclopedia of Life 2011; Discover Life 2009)

    Alimentation:

    Les coléoptères du genre Geotrupes, (du grec ;  « Geos » : terre, « trypetes » :creuseurs), s’alimentent de fèces d’animaux. Ils vont transporter leur aliment et, comme leur nom le précise, ils vont creuser dans le sol afin d’entreposer les fèces et y déposer leurs oeufs. (Plewinska 2007).

    Ce genre d’insecte fait partie de la famille des Geotrupinés qui, tout comme la plupart des Scarabaeinés, vont transporter des quantités importantes d’excréments d’animaux en leur donnant une forme de boule. Cette boule va être roulée et poussée par leurs pattes postérieures et médianes, sur des distances considérables. Une fois arrivées dans un endroit propice, ces boules vont être enterrées pour ne pas attirer d’autres individus intéressés par le banquet (Bornemissza 1969; Bornemissza 1976; Hayakawa 1977)

    800px-Scarabaeus_laticollis_2
    « Scarabaeus laticollis near a nuraghe near Monte Tiscali, Sardinia, Italy ». Le 12 avril 2006. Par Rafael Brix. Copyright ©2007 GNU Free Documentation License.

    Comme la plupart des coléoptères coprophages, les geotrupes ont développé des organes sensoriels extrêmement sensibles afin de pouvoir détecter des ressources alimentaires situées à de longues distances. Cette détection se fait par l’intermédiaire de produits chimiques émis par les excréments d’animaux, tels que le butanol, le phénol, le crésol, l’indole, et le scatole (Plewinska 2007; Inouchi et al. 1987)

    Chez certains groupes de coléoptères, tels que les xylophages, des agglomérations massives se font autour de grandes quantités de ressources alimentaires. Ceci se fait grâce au développement de moyens de communication, comme les phéromones, agissant de manière intra-spécifique. Ces phéromones vont attirer les individus d’une même espèce vers la source de nourriture pour ainsi augmenter leurs chances de se trouver un partenaire sexuel et donc augmenter leur succès reproducteur (Jurc et al. 2012). Des agglomérations massives de géotrupes sont parfois observées, ce qui laisse croire que ce mécanisme d’attraction intra-spécifique est également utilisé chez les Geotrupidés (Galante et al. 1995)

    Reproduction:

    La construction du nid pour accueillir les œufs se fait en coopération par la femelle et le mâle. La majorité de la formation du nid est cependant assurée par la femelle. Lors de la copulation de plusieurs espèces du genre Geotrupes, le mâle agrippe la femelle en glissant ses pattes sur les élytres et le pronotum. Ensuite, il introduit son édéage dans la femelle pour une dizaine de minutes. La femelle se défait ensuite de l’emprise du mâle pour mettre fin à la copulation. Par la suite, elle se dirige vers le site de couvée du nid pour y pondre ses œufs. Les femelles des espèces de Geotrupes possèdent deux ovaires ainsi que six ovarioles par ovaire qui sont plus ou moins réduits selon l’espèce. Chaque ovariole produit au minimum un oocyte. Lorsque l’oocyte est mature, le petit pédicelle de l’ovariole qui est relié aux oviductes latéraux laisse alors passer les œufs en direction du vagin. Les femelles peuvent également emmagasiner le sperme des mâles à l’intérieur de leur spermathèque. Lorsque les conditions environnementales sont propices pour la formation de la progéniture, la contraction des muscles de la spermathèque permet d’expulser les spermatozoïdes et permettre ainsi la fécondation (Halffter et al. 1985, Whipple 2011, Nichols et al. 2008).

     

    Image originale par Bugboy52.40: "The life cycle of the stag beetle, including the 3 instars". Modification par les auteurs selon la permission de l'image originale ©2014 CC BY-SA 3.0
    Image originale par Bugboy52.40: « The life cycle of the stag beetle, including the 3 instars ». Modification par les auteurs selon la permission de l’image originale ©2014 CC BY-SA 3.0

    Le premier et le second stade larvaire durent environ dix jours chacun, tandis que le troisième stade larvaire ainsi que la nymphe durent 190 et 44 jours respectivement. L’adulte émerge après 30 à 40 jours en stade nymphal. Le cycle de vie complet dure de 303 à 313 jours, dont un développement embryonnaire de dix jours. Les excréments de la larve durant le troisième stade servent de composant pour la membrane de la nymphe qui est molle par endroits et rigide à d’autres endroits. Avant la nymphe, la larve pèse de 2,5 à 3,0 g, puis après la formation de la membrane de la nymphe, son poids chute à 0,5 g en raison de l’excrétion du contenu de son intestin. La larve s’allonge, mesurant 6 cm par 3 cm (Halffter et al. 1985).

    Importance écologique et économique:

    Tel que mentionné plus haut, cette espèce de coléoptère est coprophage, les individus étant également appelés « bousiers ». Les insectes coprophages sont d’une grande importance pour les milieux dont ils font partie. Leur alimentation composée de matières fécales provenant d’autres animaux, permet le recyclage de nombreux nutriments présents dans ces dernières. Ils jouent ainsi un rôle majeur dans la bioturbation des écosystèmes (Galante et al. 1995; Whipple 2011)

    Les bousiers sont également considérés comme des agents de dispersion des graines contenues dans les excréments animaux. Du fait qu’ils ne consomment pas ces graines, elles vont rester enterrées et vont avoir de bonnes chances de germer ainsi qu’un engrais riche à cause des restes de fèces. Les bousiers vont donc contribuer grandement à la diversification végétale des milieux (D’hondt et al. 2008).

    Leur alimentation exclusive tant pour les larves que pour les adultes, leur permet de faire compétition face à d’autres espèces considérées comme nuisibles pour les activités humaines, comme les larves coprophages mais ayant un imago hématophages, detrivores, ou parasitaires (ex: certaines espèces de diptères, nématodes, protozoaires). La présence des bousiers est donc considérée comme avantageuse, entre autres, par les éleveurs de bétail (Galante et al. 1995). Les États-Unis, avec 56% de leur bétail traité chimiquement pour le contrôle des diptères et des parasites internes, a évalué que l’économie en pesticides grâce aux bousiers s’élève à 380 millions de dollars annuellement (Losey et Vaughan 2006)

    Du fait de la grande sensibilité des bousiers à la modification de leur habitat (fragmentation, perte de végétation), ou de la composition de leur alimentation, ils constituent des indicateurs naturels de l’état des milieux. Des relations entre une diminution de leur abondance et le niveau de pollution d’un milieu par exemple, peuvent être établies pour évaluer la « santé » d’un écosystème (Nichols et al. 2008).

    Bibliographie:

    Atlas écologique des Coléoptères du Nord-Est de France (2010) Famille Geotrupidae. [En ligne] http://www.sibnef1.eu/gb/coleoptera/Geotrupidae/family/descGeotrupidae.html (Consulté le 22 octobre 2014)

    Bornemissza, G. F. 1969. A new type of brood care observed in the dung beetle Oniticellus cinctus (Scarabaeidae). Pedobiologia. Vol. 9. p. 223–225.

    Bornemissza, G. F. 1976. The Australian dung beetle project 1965 – 1975. Rev. Aust. Meat Res. Comm. Vol. 30. p. 1-30.

    D’hondt, B., B. Bossuyt, M. Hoffmann et D. Bonte. 2008. Dung beetles as secondary seed dispersers in a temperate grassland. Basic and Applied Ecology. Vol. 9.5. p. 542-549.

    Discover Life. 2012. Geotrupes balyi @ Global Biodiversity Information Facility [En ligne]. http://www.discoverlife.org/mp/20m?kind=Geotrupes+balyi (Consulté le 26 octobre 2014)

    Encyclopedia of Life. 2011. Geotrupes balyi. Overview. [En ligne]. http://eol.org/pages/18014323/overview. (Consulté le 26 octobre 2014).

    Galante, E., J. Mena et C. Lumbreras. 1995. Dung beetles (Coleoptera: Scarabaeidae, Geotrupidae) attracted to fresh cattle dung in wooded and open pasture. Environmental Entomology. Vol. 24.5. p. 1063-1068.

    Halffter, V., Y. López-Guerrero et G. Halffter. 1985. Nesting and ovarian development in Geotrupes cavicollis Bates (Coleoptera: Scarabaeidae). Acta Zool. Mex. Vol. 7. p.

    Hayakawa,H. 1977. Pollution of cattle’s excreta in pastures and measure to it using dung beetles. Effects of dung beetles and ecology of them. Chikusan-no-kenkyu 31: 596-602 (in Japanese).

    Horn, G. H. 1867. Geotrupes of Boreal America. Transactions of the American Entomological Society (1867-1877). Vol. 1. p. 313-322.

    Inouchi, J., T. Shibuya, O. Matsuzaki et T. Hatanaka. 1987. Distribution and fine structure of antennal olfactory sensilla in Japanese dung beetles, Geotrupes auratus Mtos. (Coleoptera : Geotrupidae) and Copris pecuarius Lew. (Coleoptera : Scarabaeidae). International Journal of Insect Morphology and Embryology. Vol. 16.2. p. 177-187.

    Integrated Taxonomic Information System (2012). Kingdom Animalia. Geotrupes balyi, Jekel, 1865. [En ligne] http://www.itis.gov/servlet/SingleRpt/SingleRpt?search_topic=TSN&search_value=929846 (page consultée le 19 octobre 2014)

    Jurc, M., S. Bojovic, M. F. Fernández et D. Jurc. 2012. The attraction of cerambycids and other xylophagous beetles, potential vectors of Bursaphelenchus xylophilus, to semio-chemicals in Slovenia. Phytoparasitica. Vol. 40.4. p. 337-349.

    Les insectes du Québec (2012). #24 Ordre des Coléoptères (Coleoptera).  #36 Géotrupidés (Geotrupidae). [En ligne] http://www.lesinsectesduquebec.com/insecta/24-coleoptera/geotrupidae.htm (Consulté le 21 octobre 2014)

    Losey, J. E. and M. Vaughan. 2006. The economic value of ecological services provided by insects. BioScience. Vol. 56. p. 311–323.

    Nichols, E., S. Spector, J. Louzada, T. Larsen, S. Amezquita et M. E. Favila. 2008. Ecological functions and ecosystem services provided by Scarabaeinae dung beetles. Biological Conservation. Vol. 141.6. p. 1461-1474.

    Plewinska, B. 2007. The effect of food odour on food prefeerence, activity and density of dung beetle Geotrupes Stercorosus (Scriba, 1791) in a mixed coniferous forest. Polish Journal of Ecology. Vol. 55.3. p. 495-509.

    Whipple, S. D. 2011. Dung beetle ecology: Habitat and food preference, hypoxia tolerance, and genetic variation.

    Webster, R. P., J. D. Sweeney et I. DeMerchant. 2012. New Coleoptera records from New Brunswick, Canada: Geotrupidae and Scarabaeidae. ZooKeys. Vol.179. p. 27.

    Yves Dubuc. 2007. Guide d’identification: Les insectes du Québec. Broquet. 456 pages.

  • Sciaphilus asperatus (Bonsdorff 1785)

    le charançon bariolé

    Par Julie-Christine MARTIN et Élisabeth MÉNARD

     Texte et images © 2014, CC BY-NC-SA 4.0 les auteurs

    S.asperatus_Montage

    Le spécimen a été capturé à la Station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

    S.asperatus_Montage2

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Famille : Curculionidae
    Sous-famille : Entiminae
    Tribu : Sciaphilini
    Genre : Sciaphilus

    Sciaphilus asperatus a été décrit en 1785 par Gabriel Bonsdorff (1762-1831), qui au cours de sa carrière, a enseigné l’histoire naturelle et la médecine vétérinaire ainsi que la physiologie et l’anatomie. Il avait une passion pour la zoologie et possédait une vaste collection d’histoire naturelle comprenant en majorité des spécimens entomologiques. Sa collection, qu’il avait légué à l’université de Turku, a malheureusement été détruite lors d’un incendie en 1827.

    Sciaphilus asperatus est classé dans la famille des curculionidés qui forment la plus grande famille d’insecte au monde avec plus de 40 000 espèces. Les curculionidés, communément appelés les charançons, sont des insectes majoritairement phytophages autant chez la larve que l’adulte. Quelques rares espèces sont saprophages. Ils sont caractérisés par leurs mandibules situées à l’extrémité du rostre. Les charançons ont une diversité énorme quant à leurs formes, couleurs et habitats. Plusieurs espèces sont des pestes en agriculture.

    Sciaphilus asperatus fait partie de la plus grande sous-famille des curculionidés : Entiminae. Celle-ci comprend des espèces qui sont polyphages, tandis que les autres sous-familles comprennent plutôt des espèces monophages ou oligophages.

    Caractères clés

    Sciaphilus asperatus, aussi appelé le charançon bariolé, est un insecte mesurant environ 4 à 6 mm. Son corps robuste de couleur brun noir est caractérisé par des élytres larges et arrondis, densément recouverts d’écailles rondes grises jaunâtres avec des reflets métalliques. De plus, les élytres ont dans chacune de leurs inter-stries une rangée médiane distincte de petites écailles minces et érigées. Le pronotum est plus large que long et est lui aussi couvert d’écailles rondes, tout comme la surface de la tête. Il se distingue par ses yeux noirs et ses antennes coudées en angle droit de couleur rougeâtre portant un scape très long. Le rostre est muni d’une carène médiane et est faiblement concave entre le bas de l’oeil et l’insertion de l’antenne. Les insectes du genre Sciaphilus sont aussi caractérisés par l’absence d’humérus élytral.

    Distribution géographique

    Cinq à six espèces du genre Sciaphilus se retrouvent en Europe. Sciaphilus asperatus a été introduite en Amérique du Nord et c’est la seule espèce appartenant à ce genre qui s’y trouve. Sa distribution va de Terre-neuve au Manitoba et au Michigan et jusqu’au sud en Caroline du Nord. On le trouve aussi à l’ouest, en Colombie-Britannique, en Alberta et en Idaho.

    Les premiers enregistrements de cette espèce en Amérique du Nord datent de 1880 au Massachusetts, de 1884 en Nouvelle-Écosse et de 1921 en Colombie-Britannique.

    Biologie et comportement

    Sciaphilus asperatus est une espèce qui se reproduit par parthénogenèse, c’est-à-dire, un mode de reproduction sexué monoparental à partir d’une gamète femelle non fécondée. Les organismes parthénogénétiques, puisqu’ils n’ont pas besoin de partenaire mâle pour se reproduire, ont tendance à coloniser facilement de nouveaux milieux même lorsque la population d’origine est petite. La plupart des adultes de cette espèce sont des femelles.

    Sciaphilus asperatus est un polyphage et se nourrit donc de plusieurs espèces de plantes et non pas d’une seule contrairement à d’autres espèces de curculionidés qui sont très spécifiques quant à leur plante hôte.

    Les adultes émergent en juin et s’alimentent la nuit. Pendant la journée, ils restent au sol près de la base des plantes et grimpent sur les feuilles pendant la nuit. Ils sont lents, ne volent pas et se déplacent en marchant. Les oeufs sont pondus groupés dans le sol pendant l’été. Dès la naissance, les larves commencent à se nourrir dans le sol.

    Les larves des curculionidés se retrouvent près des racines des plantes hôtes et sont généralement de couleur blanche avec la tête plus foncée, ont une forme incurvée et mesurent jusqu’à 1,3 cm.

    Importance économique

    Les curculionidés causent beaucoup de problèmes environnementaux, plus précisément dans le monde de l’agriculture. Ils sont aussi très présents dans les milieux forestiers. Ils peuvent se nourrir autant des feuilles, des racines ou des fruits de leurs plantes hôtes. Généralement, les adultes causent d’importants dommages au feuillage, mais les larves s’attaquent plutôt aux racines des plantes.

    Sciaphilus asperatus est un charançon de la racine du fraisier. Dans la région Paléarctique, les larves et les adultes sont des pestes des plants de fraises et de framboises. En Amérique du Nord, ses larves font aussi des ravages dans les pépinières forestières, car ils mangent les semis de conifères. En 1934, cette espèce a été retrouvée dans une ferme jardinière en Nouvelle-Écosse endommageant des semis de jeunes choux. De plus, des études en 1977 ont démontré que son alimentation a causé la mort de jeunes érables.

    Tous les curculionidés infestent des plantes, mais il est important de savoir qu’ils n’ont pas tous le même cycle de vie et qu’ils ont des tolérances différentes aux pesticides. Il faut donc utiliser plusieurs moyens pour les éliminer d’un territoire. Les pièges généralement utilisés pour les capturer sont le piège fosse, le battoir ou le piège lumineux.

    Les curculionidés ne causent aucun dommage aux denrées alimentaires, aux meubles ou boiseries et ils ne sont pas dangereux pour l’humain ou pour les animaux domestiques. Par contre, ils peuvent devenir une nuisance dans les maisons au début de l’été. Par exemple, lors de conditions météorologiques défavorables, ils vont chercher un endroit pour se protéger et ont donc tendance à pénétrer dans les bâtiments qui leurs offrent un environnement humide. Puisqu’ils ne volent pas, ces insectes peuvent réussir à entrer par les fissures du bâtiment ou aussi être emportés à l’intérieur par le déplacement d’une plante. Cette famille peut tout de même être avantageuse pour l’humain puisqu’un bon nombre d’espèces sont utiles grâce à leur capacité à décomposer le bois mort.

    S.asperatus_Montage3

    Références

    Bright, D. E. et Bouchard, P. (2008). Weevils of Canada and Alaska: Coleoptera, curculionidae, entiminae (Vol. 2). NRC Research Press, 327 pages, pages 174-178.

    Coyle, D. R., Mattson, W. J., Jordan, M. S. et Raffa, K. F. (2012). Variable host phenology does not pose a barrier to invasive weevils in a northern hardwood forest. Agricultural and Forest Entomology, 14(3), 276-285.

    Dubuc, Y. (2007). Les insectes du Québec: guide d’identification. Broquet, 456 pages, pages 239 et 243.

    Ellis, T. (2008). Root Weevils. Michigan State University Extension.

    Hahn, J. (2000). Home-invading weevils. University of Minnesota Extension.

    Hollingsworth, C. S. (Ed.) (2014). Nursery crop pests-Weevil. Pacific Northwest Insect Management Handbook, Oregon State University.

    Proctor, E., Anderson, R. S., Nol, E., Girard, J. M. et Richmond, S. (2010). Ground-dwelling weevil (Coleoptera: Curculionidae) communities in fragmented and continuous hardwood forests in south-central Ontario. Journal of the Entomological Society of Ontario, 141, 69-83.

    Stiftelsen för Kulturarvet i Finland

    Uppslagsverket Finland

  • Cicindela punctulata Oliver 1790

    La cicindèle ponctuée

    Par Katherine Monette et Guillaume Trépanier (Édité par Étienne Normandin)

    Texte et images des figures 1, 3 et 4 ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs.

    Les autres images sont propriétés de M. Jean Brodeur et M. Stephen Cresswell. Elles sont respectivement issues de ces sites Web:

    http://jeanbrodeur.smugmug.com/Insectes-du-Quebec/Les-Cicindeles-du-Quebec/i-cfBhK9Z

    http://www.americaninsects.net/b/cicindela-punctulata.html


     

    2014-10-09 09.40.26

    Classification (University of Alberta, 2014)

    Règne->Animalia

    Embranchement->Arthropoda

    Sous-embranchement->Hexapoda

    Classe->Insecta

    Sous-classe->Pterygota

    Infra-classe->Neoptera

    Ordre->Coleoptera

    Sous-orde->Adephaga

    Famille->Carabidae

    Sous-famille->Cicindelinae

    Tribu->Cicindelini

    Genre->Cicindela

    Espèce->Cicindela punctulata Oliver 1790

    Capture et identification

    Le spécimen a été capturé à la main à la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal en date du 4 septembre 2014. La cicindèle a été trouvée sur un sol sablonneux parsemé de brins d’herbe, pendant qu’elle courrait. Elle a été identifiée grâce à quelques critères clés qu’elle présentait. Premièrement, la présence d’élytres a indiqué qu’il s’agissait d’un coléoptère. Deuxièmement, l’insecte possédait des pièces buccales broyeuses d’une grande taille et des yeux tout aussi impressionnants (voir les figures 1 et 2). Ces caractères combinés à la grande vitesse à laquelle allait l’individu durant sa course ont dirigé l’identification vers les 13 espèces de cicindèles du Québec. La coloration de l’individu et principalement la rangée de petites fosses longitudinales verdâtres bordant la marge centrale de chaque élytre ont permis l’identification du spécimen (voir les figures 3 et 4).

    2014-10-09 09.39.37

    Figure 1: Photographie de la tête du spécimen.

     cicindela-punctulata-face

    Figure 2: Tête d’une Cicindèle ponctuée, Cicindela punctulata, photographiée par Stephen Cresswell ©.

     2014-10-09 09.40.26

    Figure 3: Photographie de la face dorsale du spécimen.

    2014-10-09 09.48.46 

    Figure 4: Photographie de la face ventrale du spécimen.

     Description de l’espèce

    Les adultes, mesurant entre 11 et 14 mm, possèdent une face dorsale de couleur brunâtre, dont l’apparence ressemble à du cuir. La face ventrale est pour sa part verdâtre et métallique. L’espèce est reconnaissable grâce à une rangée de petites fosses, dont le nombre varie d’un individu à l’autre, le long de la marge médiane de chacune de ses élytres et près du scutellum (partie du thorax de forme triangulaire située à la jonction des élytres) (voir la figure 5). Des points blancs peuvent également être observés sur la marge postérieure de ces dernières (voir la figure 6). Cicindela punctulata possède peu de poils et, lorsque manipulée, elle dégage une odeur sucrée ressemblant à celle de la pomme (Leonard et Bell, 1998).

    cicindela-punctulata

    Figure 5: Vue dorsale d’un spécimen (photographie par Stephen Cresswell ©).

    cicindèle ponctuée ,cicindela punctulata, 0846, st-hugues, ete 2010

    Figure 6: Spécimen présentant des points blancs sur les marges postérieures des élytres (photographie par Jean Brodeur ©).

     Reproduction et cycle vital

    La Cicindèle ponctuée est active de jour comme de nuit et est attirée par la lumière. La plupart des individus ont un cycle de vie se complétant en un an. Les adultes sont présents de la fin juin jusqu’en octobre et un pic d’abondance a lieu en juillet. Ce pic d’abondance correspond à la période de reproduction de l’espèce, la ponte des oeufs s’effectuant en fin juillet dans de l’humus dur et sec (USA National Phenology Network, 2014). Les larves, qui éclosent quelque temps plus tard, sont carnivores, tout comme l’imago. Elles se creusent un terrier vertical et s’y terrent, en laissant leurs pièces buccales grandes ouvertes à la surface. Elles attendent ensuite qu’un insecte passe pour le capturer et l’emmener au fond de leur terrier, pouvant atteindre jusqu’à trente centimètres de profondeur, où la proie est ensuite tuée et dévorée. La larve possède des crochets, sur le cinquième segment abdominal, qui ont une fonction d’ancrage empêchant ainsi la larve d’être entraînée hors de son terrier advenant qu’elle capture un insecte de taille supérieure à elle-même (Borror et al., 1989). En septembre, les larves atteignent le troisième stade larvaire puis entrent dans le cycle d’hivernage. Au début du printemps suivant, les larves reprennent leur chasse passive pour se nourrir avant de se transformer en pupe et d’émerger à la fin du mois de mai ou en juin (USA National Phenology Network, 2014).

    Voici, ci-dessous, le lien d’une vidéo d’une larve se nourrissant.

     https://www.youtube.com/watch?v=vQgfjE0vDRk

    Habitat et distribution

    Cicindela punctulata est l’espèce la plus répandue en Amérique du Nord . Elle est présente au Mexique, dans la majeure partie des États-Unis ainsi que dans quelques provinces canadiennes allant de l’Alberta jusqu’en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. D’ailleurs, au Québec, l’espèce est retrouvée principalement au sud de la province (voir la figure 7). La Cicindèle ponctuée est généraliste et est retrouvée dans divers habitats . À l’est de l’Amérique de Nord, elle est retrouvée sur les sols nus, secs et cultivés, les zones herbeuses, les routes, les secteurs sablonneux et les régions perturbées par l’humain . À l’ouest, l’espèce est plutôt retrouvée dans les milieux humides en bordure des lacs et des rivières (Pearson et al., 2006).

    repartition_c_punctulata

    Figure 7 : Distribution de Cicindela punctulata dans la province de Québec (Leonard et Bell, 1998).

    Protection et statut

    Cicindela punctulata est l’espèce de cicindèle la plus répandue en Amérique du Nord et n’est dotée d’aucun statut de protection particulier.

    Faits intéressants sur les cicindèles en général

    On compte environ 2 600 espèces de cicindèles dans le monde et ces dernières sont les insectes coureurs les plus rapides. En effet, la plus rapide cicindèle court à une vitesse de 8km/h. Ceci peut sembler peu rapide, mais cela correspond à 120 fois la longueur de son corps par seconde. En comparaison, Usain Bolt, un des athlètes les plus rapide au monde, couvre seulement 5 fois la longueur de son corps par seconde. Cela rend donc les cicindèles, à taille égale, environ 25 fois plus rapides que les «sprinters» olympiens. Étonnamment, lors de leur course, les cicindèles vont si vite que leurs yeux ne peuvent recueillir suffisamment de lumière pour former des images claires. Elles sont donc complètement aveugles pendant leurs mouvements. Elles doivent alors s’arrêter, localiser de nouveau leur proie et reprendre leur chasse. Malgré le fait qu’elles doivent s’arrêter, elles réussissent tout de même à rattraper leur proie tant elles sont rapides. Les cicindèles ont d’ailleurs développé une stratégie afin d’éviter d’entrer en collision avec des obstacles en maintenant leurs antennes droit devant elles. Elles se déplacent à une vitesse trop grande pour pouvoir changer de direction, mais en sentant les obstacles avec leurs antennes, elles basculent leur corps vers le haut et passent par dessus ceux-ci (Ed Yong, 2014).

    Les cicindèles sont surnommées, en anglais, les «tiger beetles», ce qui signifie littéralement «coléoptères tigres». Elles portent d’ailleurs très bien leur nom puisqu’elles sont de redoutables prédateurs. Elles possèdent de longues pattes fines, de grands yeux proéminents et, surtout, une impressionnante paire de mandibules (voir le vidéo en lien ci-dessous). Les cicindèles chassent au sol et se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent dont des fourmis, des cicadelles, des larves et d’autres coléoptères. Les cicindèles sont également appelées les «tiger beetles» en raison de leur patron de coloration extrêmement varié (voir la figure 8) leur donnant une apparence exotique et leur servant à se camoufler ou effrayer leurs prédateurs (Fitzgerald, 2007).

    Vidéo des mandibules et de la consommation d’une proie:

    https://www.youtube.com/watch?v=rae-R7v_ij8 

    variete_cicindeles

    Figure 8: Photographies démontrant la variété des patrons de coloration observés chez les cicindèles.


    Références:

    Borror, Donald J., Charles A.Triplehorn et Norman F. Johnson. 1989. An introduction to the study of insects. Saunders College Publishing. Philadelphie. 875 p.

    Ed Yong. 2014. (Page consultée le 23 octobre 2014). Meet The Predator That Becomes Blind When It Runs After Prey. (En ligne). http://phenomena.nationalgeographic.com/2014/02/04/tiger-beetles-become-blind-when-they-run/

    Fitzgerald, Kevin. 2007 (Page consultée le 24 octobre 2014). Tiger Beetles Tiny Terrors. (En ligne). http://www.sciences360.com/index.php/tiger-beetles-tiny-terrors-3-23094/

    Leonard, Jonathan G. et Ross T. Bell. 1998. Northeastern Tiger Beetles: A Field Guide to Tiger Beetles of New England and Eastern Canada. CRC Press. États-Unis. 192p.

    Pearson, David L., C. Barry Knisley et Charles J. Kazilek. 2006. A Field Guide to the Tiger Beetles of the United States and Canada: Identification, Natural History, and Distribution of the Cicindelidae. Oxford University Press, Inc. New York. 227p.

    University of Alberta. 2014. (Page consultée le 9 octobre 2014). Hierarchical search. (En ligne). http://entomology.museums.ualberta.ca/hierarchy/index.php?s=86&sn=Cicindela+punctulata&cat=86

    USA National Phenology Network. 2014 (Page consultée le 18 octobre 2014).  Cicindela punctulata. (En ligne). https://www.usanpn.org/nn/Cicindela_punctulata

  • Calopteron terminale (Say 1823)

    Par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron (Édité par Étienne Normandin

    unnamed
    Photo par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron. Le spécimen présenté sur la photo a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Super-famille : Elateroidea
    Famille : Lycidae
    Sous-famille : Lycinae
    Tribu : Calopterini
    Genre : Calopteron
    Espèce : Calopteron terminale (Say 1823)

    À première vue, la morphologie de Calopteron terminale ne s’apparente pas à celle des insectes du même ordre. En effet, ses ailes antérieures évasées et leur texture rappelant un filet pourraient facilement porter à confusion, mais détrompez-vous, C. terminale est un coléoptère! Ses élytres modifiés, caractéristiques de la famille des Lycidés, ont donné à ces coléoptères le surnom anglais de «net-winged beetles» (se traduisant littéralement par «coléoptères aux ailes en filets»).

    La plupart des Lycidés, dont C. terminale, sont de couleur noire, avec les élytres souvent marqués de taches rouge-orangés. Des couleurs aussi contrastantes sont typiques de l’aposématisme: il s’agit d’un signal d’avertissement pour les prédateurs, signifiant que l’individu pourrait représenter un danger (1). En effet, les longues stries creuses des élytres caractéristiques des Lycidés peuvent facilement être brisées pour libérer différents liquides nuisibles aux prédateurs. Lors d’une attaque importante, les Lycidés peuvent aussi sécréter ces mêmes liquides aux jonctions des segments des pattes (7). En conséquence, plusieurs autres espèces de Coléoptères, de Lépidoptères et d’autres insectes sont mimétiques des Lycidés pour flouer les prédateurs, même s’ils ne sont pas eux-mêmes toxiques. Ce phénomène de mimétisme Batésien est fréquent dans le règne animal. Le Calopteron terminale est imité entre autres par l’espèce de papillon (Lepidoptera) Lycomorpha pholus. Certaines espèces de Lycidés aux élytres de forme plus standard, peuvent aussi facilement être confondues avec une autre famille, les Lampyriidés, car leur pronotum coloré d’orange éclatant est semblable à celui des lucioles (7).

    https://www.flickr.com/photos/107963674@N07/15308676682/in/pool-14414927@N00
    Calopteron terminale (Coleoptera). ©2014 Macroscopic Solutions CC BY-NC 2.0
    Photo par Andy Reago & Chrissy McClarren
    Le mimétisme de Lycomorpha pholus (Lepidoptera) ©2014 Andy Reago & Chrissy McClarren CC BY 2.0

    Un autre fait étonnant chez les Lycidés est que plusieurs espèces sont néoténiques, c’est-à-dire qu’elles maintiennent des caractères larvaires même lorsqu’elles ont atteint la maturité sexuelle. Chez ces espèces, c’est la femelle qui garde une apparence larvaire, alors que le mâle développe des ailes. Selon les données moléculaires, ces caractères néoténiques auraient évolué plusieurs fois (homoplasie) dans les lignées de Lycidés (2)(3). Cela a obligé une modification complète de la phylogénie de la famille, puisque toutes les espèces néoténiques avaient été classées ensemble. Ce n’est toutefois pas le cas chez C. terminale, car la femelle développe aussi des ailes à maturité sexuelle.

    La famille des Lycidés n’est pas la seule à être particulière au sein du sous-ordre Polyphaga. Il s’agit d’un groupe énormément diversifié en terme de morphologie, de mode de vie et d’alimentation, d’où le nom «poly-» («plusieurs») et «-phaga» («manger»). Bien que la phylogénie de C. terminale semble solide au sein de sa famille, les relations avec les autres membres de la super-famille Elateroidea sont encore très incertaines. La monophylie d’Elateroidea est d’ailleurs actuellement remise en question par certains entomologistes (1). Il est donc possible que la phylogénie de C. terminale au niveau de la super-famille soit éventuellement modifiée.

    Morphologie

    Calopteron terminale fut décrit en 1823 par Thomas Say (1787-1834). Il était taxonomiste, zoologiste et l’un des premiers entomologistes américains. La caractérisation morphologique de C. terminale par Thomas Say est disponible dans American Entomology: A Description of the Insects of North America (9).

    En plus de sa coloration aposématique, C. terminale possède plusieurs caractéristiques communes à tous les Lycidés, dont le pronotum élargi couvrant complètement ou en partie la tête, les pièces buccales dirigées vers le bas, les antennes composées de 11 antennomères aplatis, les pattes dont les coxas sont séparés à la base et comportent chacune 5 tarsomères finissant par des griffes simples, ainsi que les tarsomères 1 et 4 pubescents. De plus, l’abdomen possède 7 sternites chez les femelles et 8 chez les mâles (7).

    Calopteron terminale se distingue des autres Lycidés par sa couleur noir aux reflets bleutés du bout de ses élytres. Lorsque regardées de profil, les stries des élytres présentent une légère ondulation. Son thorax est entièrement noir, et les marges séparant les segments sont légèrement recourbées (9). Les antennes atteignent la moitié de la longueur des élytres, et ont un aspect dentelé (1). De plus, le pronotum possède une carène médiane se prolongeant sur toute sa longueur, ce qui est un caractère typique de la tribu Calopterini (4). Finalement, C. terminale mesure entre 8,5 et 16 millimètres, le mâle étant généralement plus petit que la femelle.

    Écologie

    Calopteron terminale habite l’est de l’Amérique du Nord, mais a aussi été observé plus à l’Ouest, au moins jusqu’au Colorado, et au sud jusqu’au Texas (6). La limite nord exacte n’est pas connue, mais cette capture à la Station de Biologie des Laurentides nous permet d’affirmer que l’espèce se retrouverait au moins jusqu’au domaine climatique de l’érablière à bouleau jaune.

    La larve de C. terminale vit dans des résidus de bois en décomposition, le plus souvent sous l’écorce de souches d’arbres morts, mais tenant encore debout (8). Elle se nourrit des fluides produits par les infestations fongiques. La mue en stade nymphal de C. terminale est particulière. Lorsque vient le temps pour les larves de muer, une multitude de larves émergent d’un même trou dans l’écorce de l’arbre qui les abritait. Il semblerait alors que ces larves deviendraient nymphes en radiant de ce point. Autrement dit, il y a formation d’un disque de nymphes autour du point d’émergence, et celui-ci grossit à mesure que les larves émergent et muent (8). On peut donc observer ces nymphes en agrégats. Le jour même, les adultes sont libérés de leur nymphe et s’envolent.  

    Cycle de Vie C. terminale
    Cycle de vie de C. terminale 1. Stade larvaire, vivant sous l’écorce d’une souche morte (ou d’un autre résidu de bois) 2. Stade nymphal, durant lequel les individus forment un agrégat de nymphes autour d’un point d’émergence dans l’écorce 3. Stade adulte se nourrissant de nectar de fleurs (ou de miellat) 4. Comportement précopulatoire chez l’adulte femelle 5. Copulation, menant à la ponte des oeufs et leur éclosion sous l’écorce d’une souche morte

    Les C. terminale adultes se retrouvent souvent sur les fleurs ou les feuilles, où ils se nourrissent de nectar ou de miellat produit par les pucerons (1)(8). Leur vie est relativement courte, et elle a pour objectif la reproduction. Ces coléoptères se démarquent des autres par leur comportement pré-copulatoire hors du commun. C’est en juillet 1975 que Horace R. Burke a observé plusieurs individus de C. terminale adultes, en nature, puis en laboratoire (8). Burke a d’abord remarqué une femelle qui, en marchant, ouvrait et fermait ses élytres de manière régulière, sans chercher à voler. Elle a continué à agir ainsi lorsqu’elle a été mise en captivité pour être observée. Ce comportement a aussi été observé chez un spécimen mâle, mais à beaucoup plus faible fréquence. À l’époque où ces observations ont été faites, ce comportement n’avait été noté chez aucune autre espèce du genre Calopteron. Burke a émis plusieurs hypothèses quant à la fonction de ce mouvement des élytres, plusieurs d’entre elles étant en lien avec la copulation. Par exemple, il pourrait servir à la dispersion de phéromones ou bien de signal visuel pour qu’un mâle potentiel la repère. Une semaine plus tard, Horace R. Burke a eu la chance d’observer un couple de C. terminale en copulation ramené en laboratoire. La copulation observée dura plusieurs heures après la capture des insectes.

    L’accouplement est non seulement de longue durée, mais il est aussi très maladroit. Les ailes des Lycidés étant faibles, il leur est difficile de supporter le poids des deux individus lors du vol nuptial. Cela résulte souvent en une copulation interrompue, suivie de la chute au sol des deux individus (8). À la suite de cette copulation ardue, les oeufs sont pondus par la femelle dans l’écorce d’un arbre mort, où les larves écloront.

    Références

    (1) Arnett, R., Thomas, M., Skelley, P. Frank, J.H. (2002). American Beetles: Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionoidea, Volume 2, CRC Press, 880 pages, pages 174-178.

    (2) Bocak, L., & Bocakova, M. (2008, December). Phylogeny and classification of the family Lycidae (Insecta: Coleoptera). In Annales Zoologici (Vol. 58, No. 4, pp. 695-720). Museum and Institute of Zoology, Polish Academy of Sciences.

    (3) Bocak, L., Bocakova, M., Hunt, T., Vogler, A.P. (2008). Multiple ancient origins of neoteny in Lycidae (Coleoptera): consequences for ecology and macroevolution, Proc R Soc B, 275 (1646). Repéré à http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/275/1646/2015.short

    (4) Bocakova, M. (2010). Revision of the Tribe Calopterini (Coleoptera, Lycidae), Studies on Neotropical Fauna and Environment, 38:3, 207-234. Repéré à http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/snfe.38.3.207.28169

    (5) BugGuide.Net. 2003-2013 «Species Calopteron terminale – End Band Net-wing». En ligne. Page consultée le 21 octobre 2014. http://bugguide.net/node/view/8197

    (6) Burke, H. R. (1976). Observations On Adult Behavior Of The Lycid Beetle Calopteron terminale Coleoptera Lycidae, Entomological News 87:229-232(1976) Repéré à http://biostor.org/reference/77413

    (7) Evans, A.V. (2014) Beetles of Eastern North America, Princeton University Press, New Jersey, 560 pages, pages 229-232.

    (8) McCabe, T. L., & Johnson, L. M. (1979). Larva of Calopteron terminale (Say) with additional notes on adult behavior (Coleoptera: Lycidae). Journal of the New York Entomological Society, 283-288.

    (9) Say, T., Ord, G. (1869) A description of the Insects of North America, J.W. Bouton, New York, 412 pages, page 45.

  • Formica obscuripes (Forel 1886)

    Par Adrien Bouckenhove (édité par Étienne Normandin)

     Classification

    • Ordre: Hymenoptera
    • Famille: Formicidae
    • Sous-famille: Formicinae
    • Tribu: Formicini
    • Genre: Formica
    • Espèce: Formica obscuripes

    Morphologie

    Les adultes de cette espèce ont pour la plupart le corps noir à l’exception de la tête rouge/orange. Ils possèdent 3 ocelles. L’abdomen est clairement segmenté et présente de nombreux poils à sa surface. Une caractéristique majeure de l’espèce est la présence d’une pièce intermédiaire entre le thorax et l’abdomen en forme de triangle dépourvue de poil.

     

    photo
    Photo par Erin Prado, www.AntWeb.org

    Distribution géographique

    Formica obscuripes est indigène d’Amérique du Nord. Elle est très répandue dans la moitié Ouest des États-Unis (Arizona, Nouveau Mexique) et du Canada (Colombie Britannique). À l’est, on l’a également localisée dans le Michigan, le Missouri, ainsi que dans la Province de Manitoba.

    Notre spécimen a été trouvé au Québec où, bien que moins abondante, cette espèce a tout de même été recensée (Finnegan, 1977). Sa présence à cet endroit n’est pas aberrante de par les propriétés environnementales de la zone d’échantillonnage typiquement forestière.

    Habitat

    L’habitat de Formica obscuripes peut être changeant dépendemment des latitudes. Elle apprécie les plaines herbeuses, semi-herbeuses voir sableuses, mais est particulièrement friande des forêts de conifères ou de chênes. D’autre part, l’amplitude d’altitudes auxquelles on trouve ces fourmis est très importante : de 800 à 3200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

    Ce choix d’environnement n’est pas le fruit du hasard. En effet, les Formica obscuripes sont également connues en tant que « Western Thatching Ant » car le toit de leurs fourmilières est un monticule de chaume (composée d’un enchevêtrement de brindilles/herbes/plantes/épines…).

    Concernant la fourmilière elle-même, on va souvent la trouver autour d’une tige d’armoise. Elle n’est pas seulement souterraine, mais possède une partie extérieure (la partie supérieure) en forme de dôme. À l’instar des termitières, cette architecture permet un renouvellement de l’air et une évacuation de la chaleur à l’intérieur de la fourmilière. Sa partie inférieure est creusée de galeries dans le sol, pouvant atteindre jusqu’à 4 pieds (soit 1.2 mètre) de profondeur. Le dôme peut lui, faire jusqu’à 1 mètre de hauteur.

    Une colonie peut compter de 10 000 à 40 000 individus, bien que de grands ensembles de fourmilières abritant plusieurs millions d’individus aient été observés.

    Légende :

    Photo prise par les rédacteurs à l’issu de la préparation du spécimen.

    Spécimen de l’espèce collectée à la station des Laurentides sur le chemin du lac Cromwell (45.98898°N-74.00013°W) le 04/09/2014.

    Le spécimen recueilli a été préparé au Jardin Botanique de Montréal dans le cadre du cours d’entomologie BIO 2440 sous la tutelle de Colin Favret. Les observations macroscopique et sous microscopes alliées aux guides (Ellison et al (2012)) ont permis d’identifier précisément l’insecte.

    cotédroit

    Organisation de la colonie

    En tant qu’espèce eusociale, la colonie est organisée en castes :

    • Les reines : Elles sont souvent plusieurs et dédient leur vie à pondre des œufs qui donneront naissance aux ouvrières et aux futurs princesses ailées qui, soit deviendront des reines à leur tour dans la colonie mère, ou qui fonderont leur propre colonie ailleurs.
    • Les ouvrières : Elles remplissent la majorité des tâches au sein de la colonie ; construisent la fourmilière, la réparent, chassent, coupent et récoltent des végétaux destinés à l’alimentation ou à la construction. Elles présentent un polymorphisme notable, arborant des corps allant de 4mm à 7.5mm, ce qui vaudra aux plus petites ouvrières de rester dans la fourmilière pour les travaux de réparation ou encore l’entretien des larves et des nymphes, pendant que les plus gros partiront en expédition pour trouver de la nourriture et des matières premières essentielles à l’expansion de la colonie.

    Un comportement intéressant chez Formica obscuripes réside dans la stratégie employée par les femelles ailées pour s’emparer d’une fourmilière. En effet, c’est sans complexe qu’elles élisent domicile dans une colonie voisine d’une autre espèce et y détournent l’activité de ses membres à leur profit, par l’intermédiaire de phéromones qui leurs sont propres. La nouvelle reine supplante alors la précédente maîtresse des lieux et impose peu à peu sa descendance qui prend, au fil des générations, la place de l’ancienne espèce occupante (Weber, 1935).

    Cycle de vie

    Comme tous les hyménoptères, les « Western Thatching Ants » sont des holométaboles et effectuent donc une métamorphose complète : stades œufs, larve puis nymphe avant de devenir adulte.

    Les œufs sont pondus durant tout l’été jusqu’à la mi-août dans la « chambre à couvain » de la fourmilière, où ils sont pris en charge par les ouvrières adultes, assurant ainsi leur bon développement.

    Les oeufs prennent de 23 à 53 jours pour éclore, les larves se développent et après 7 à 23 jours, elles se transforment ensuite en pupe.  L’espérance de vie des adultes est en moyenne de 31 jours.

    Références

    A. Ellison, N Gotelli, E. Fransworth, G. Alpert (2012). A field guide to the ants of new England.

    R. J. Finnegan (1977). Establishment of a predacious red wood ant, Formica obscuripes, from Manitoba to Eastern Canada. The Canadian Entomologist, 109, pp 1145-1148. doi:10.4039/Ent1091145-8

    Weber, N.A. (1935). The Biology of the Thatching Ant, Formica obscuripes Forel, in North Dakota. Ecological Monographs, Vol. 5, No. 2, pp. 165-206

     

Collection Ouellet-Robert