Auteur/autrice : Colin

  • Misumena vatia (Clerck 1757)

    Misumena vatia (Clerck 1757)

    Par Christophe Benjamin et Catherine Pouchet

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    Espèce Misumena vatia capturée au filet le 1er septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides. Ce spécimen a été trouvé sur Solidago sp. sur la rive du lac Cromwell.

    Le nom binomial Misumena vatia tire son origine dans les langues grecques et latines. Misumena veut dire “objet de haine” en Grec ancien, probablement de par son aspect menaçant. Le terme vatia vient du Latin signifiant “aux jambes arquées” à cause de ses pattes à large amplitude2.

    Identification

    L’espèce Misumena vatia, dans la famille des Thomisidae, est facilement identifiable par plusieurs caractéristiques uniques. En plus de se déplacer sur le côté, les deux premières paires de pattes sont plus grandes que les autres et peuvent s’ouvrir très large afin d’agripper ses proies, d’où son nom plus commun “d’araignée crabe” 9.

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    Figure 1 : Deux premières paires de pattes plus grandes que les autres et s’ouvrant largement

    Il existe un dimorphisme sexuelle important chez cette espèce, puisque la femelle peut être deux fois plus longue et jusqu’à cent fois plus lourde que le mâle³. La femelle peut mesurer entre 6 et 9 mm de long, alors que le mâle mesure environ 3 mm. La femelle peut être de couleur blanche, jaune ou verte et a de larges bandes brunâtres sur les côtés de l’abdomen, alors que le mâle est de couleur beaucoup plus foncé allant du brun-rouge au noir9.

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    Figure 2 : Détails de la large bande brune sur un des deux côté de l’abdomen

    Pour identifier le genre Misumena, il faut aussi observer des caractéristiques plus subtiles de leur anatomie. Ces araignées ont deux rangées de yeux, dont celle du bas est légèrement recourbée vers le haut, et les yeux se situent à égale distance l’un de l’autre. Les yeux placés latéralement sont normalement plus grands que les yeux médians, qui sont leur paires de yeux principal pour leur vision11. Finalement, il est possible d’observer une rangée de poils épineux sous les tibias et les métatarses des deux premières paires de pattes9.

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    Figure 3 : Deux rangées de yeux recourbées et yeux à égale distance
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    Figure 4 : Épines sous le tibia et métatarse des deux premières paires de pattes

    Distribution

    Misumena vatia se retrouve partout au Canada et dans les 49 états continentaux américains. Au niveau mondial, M. vatia est une espèce holarctique, elle est donc retrouvée un peu partout dans l’hémisphère nord8. À une échelle plus petite, Misumena vatia est une espèce d’araignée répandue vivant sur une grande variété de plantes différentes, mais est abondamment retrouvée sur la verge d’or et sur les asclépiades. Lors de l’échantillonnage du 1er septembre à la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, nous avons capturé au filet six spécimens sur une espèce de Solidago.

    Biologie/comportement

    Une des particularités des M. vatia est qu’elles ne tissent pas de toiles pour se nourrir, elles sont ce qu’on peut appeler des chasseuses à l’affût; elles se confondent avec leur environnement, attendant qu’une proie s’approche et seulement lorsqu’elle est suffisamment près, l’araignée tente de s’en emparer en se servant de ses deux paires de pattes les plus grandes5,8. Elles sont particulièrement efficaces dans ce type de chasse, car M. vatia a la capacité de changer la pigmentation de son corps pour mieux se camoufler; elles peuvent passer du jaune au blanc (ou du blanc au jaune) en l’espace de quelques jours, dépendamment de la plante sur laquelle elles se trouvent5. Cette technique, appelée l’homochromie est utilisée autant défensivement qu’offensivement par les araignées crabe; c’est-à-dire qu’elles l’utilisent pour éviter les prédateurs et pour être en mesure de mieux surprendre leurs proies5. Les femelles utilisent des patrons de coloration différents selon le spectre lumineux dans lequel les autres organismes qu’elles côtoient voient. Par exemple, les bandes rouges sur l’opisthosome de la femelle sont des signaux aposématique indiquant un danger pour les prédateurs, ces bandes font en sorte qu’elle est plus visible, mais elles avertissent les prédateurs d’un danger s’ils essaient de la prédater. Par contre, ces bandes ne sont visibles que dans le spectre de la lumière visible et elles sont invisibles dans le spectre UV. Les prédateurs de M. vatia, tels que les oiseaux, voient dans le spectre de la lumière visible alors que la plupart de ses proies voient dans le spectre ultraviolet6.

    Les principales proies de M. vatia sont les bourdons (en terme de biomasse), les syrphides (en terme de fréquence), les abeilles et les hétérocères (papillons de nuit)8,10. Des études ont prouvées que les rendements de la chasse étaient supérieurs sur la verge d’or le jour et sur les asclépiades la nuit9. Toutefois, une étude démontre que si une abeille visite une asclépiades où une Misumena se trouve, l’abeille ne se fera attaqué que dans 10% des cas. De ce 10%, il n’y a que 10% de chance que Misumena attrappe la proie, ce qui, en moyenne, donne une chance de réussite de seulement 1%6. Le genre Misumena a un venin qui lui permet de paralyser ses proies, particulièrement les abeilles, pour qui le venin est très toxique, ce qui peut causer une diminution de la pollinisation des plantes où se retrouve fréquemment Misumena6.

    Reproduction/cycle de vie

    Il a été mentionné plus haut dans cet article que les araignées crabe ne tissaient pas de toile pour la chasse. Par contre, leur soie est très importante lors de la reproduction. Lors de leurs déplacements, les femelles laissent un fil de soie que les mâles pourront utiliser pour trouver une femelle avec laquelle s’accoupler. Ce processus est efficace, car une grande proportion des femelles sexuellement matures sont gravides (pleines d’oeufs) alors que la densité des individus est faible1. Les mâles sont les premiers à devenir sexuellement matures, car leur développement est raccourci; c’est également la raison pour laquelle ils sont plus petits3. Ils se mettent ensuite en quêtent du plus grand nombre de partenaires possibles pour finalement mourir peu après8. Certains mâles vont jusqu’à “garder” une femelle jusqu’au moment où celle-ci devient mature; il se la réserve en quelque sorte1. Après l’atteinte de la maturité, les femelles vont continuer de se nourrir le plus possible pour avoir l’énergie nécessaire pour la reproduction. En fait, 85 % de la masse de la femelle est ajoutée après l’atteinte de la maturité8. Les femelles vont mourir au début de l’hiver, après avoir pondu leurs oeufs dans une toile qu’elles auront tissées, les jeunes vont éclore moins d’un mois après avoir été pondus et ils hiberneront pour ensuite maturer au printemps comme leurs géniteurs l’ont fait avant eux8. Les individus sont donc annuels, ils ne vivent approximativement qu’une seule année.

    Sources

    • Anderson, J. T., & Morse, D. H. (2001). Pick-up lines: cues used by male crab spiders to find reproductive females. Behavioral Ecology, 12(3), 360–366. https://doi.org/10.1093/beheco/12.3.360
    • Cameron, H. D. 2005. Chapter 73 — An etymological dictionary of North American spider genus names, page 73 in D. Ubick, P. Paquin, P.E. Cushing, and V. Roth (eds.) Spiders of North America: an identification manual. American Arachnological Society, Keene (New Hampshire).
    • Danchin, E., Giraldeau, L., Cézilly, F. (2005). Écologie comportemental. Paris : Dunod, p. 254.
    • Defrize, J., Théry, M., & Casas, J. (2010). Background colour matching by a crab spider in the field: a community sensory ecology perspective. Journal of Experimental Biology, 213(9), 1425–1435. https://doi.org/10.1242/jeb.039743
    • Dukas, R., & Morse, D. H. (2003). Crab spiders affect flower visitation by bees. Oikos, 101(1), 157–163.
    • Hinton, H. E. (1976). Possible significance of the red patches of the female crab-spider, Misumena vatia. Journal of Zoology, 180(1), 35–39. https://doi.org/10.1111/j.1469-7998.1976.tb04661.x
    • Inconnu. (13 mai 2014). Misumena vatia (Goldenrod crab spider). Repéré à http://www.spiders.us/species/misumena-vatia/
    • Mahmoud, M. 2002. « Misumena vatia » (On-line), Animal Diversity Web. University of Michigan, Museum of Zoology. http://animaldiversity.org/accounts/Misumena_vatia/
    •  Morse, D. H. (1981). Prey capture by the crab spider Misumena vatia (Clerck) (Thomisidae) on three common native flowers. The American Midland Naturalist, 105(2), 358–367. https://doi.org/10.2307/2424754
    • Teresita C. Insausti*, Jérémy Defrize, Claudio R. Lazzari, Jérôme Casas. (2012). Visual fields and eye morphology support color vision in a color-changing crab-spider. Arthropod Structure & Development, 41, 155-163. http://casas-lab.irbi.univ-tours.fr/insausti_2012.pdf
  • Bombus impatiens Cresson 1863

    Par Olivier Desbiens et Giuliano Lafrenière Di Fruscia

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    Bombus impatiens femelle ouvrière capturée à la Station de Biologie des Laurentides à St-Hippolyte, le 1r Septembre 2016.

    Bombus impatiens, le bourdon commun de l’est, est une espèce qui a été décrite par Cresson en 1863. Bombus en latin veut dire bruit retentissant et résonnant. Impatiens en latin fait référence aux plantes du genre Impatiens dont Bombus impatiens visite souvent durant ses récoltes de nectar.

    L’espèce est commune sur la côte Est de l’Amérique du Nord mais démontre des concentrations plus élevées dans la côte nord-est américaine, dont les états de New York, New Jersey et le Massachusetts. Contrairement à d’autres polinisateurs, Bombus impatiens n’est pas en déclin mais en augmentation en terme d’abondance et de distribution géographique (Colla et al., 2008).

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    Impatiens walleriana, souvent fréquentée par le bourdon Bombus impatiens, d’où vient l’origine de son nom. Photo par André Karwath [CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons]

    Identification

    Pour différencier Bombus impatiens des autres bourdons du genre Bombus, il a fallut porter attention aux caractères suivants: l’abdomen est divisé en 6 parties (T1 à T6) qui peuvent être colorées soit de poils jaunes ou noirs. Chez Impatiens, le segment T1 est jaune pâle et les segments T2 à T6 sont noirs. Un autre caractère qui permet de différencier Impatiens des autres espèces est l’espace malaire; dans Bombus impatiens, l’espace malaire entre le point d’attachement de la mandibule et le dessous de l’oeil est plus court que la largeur de la base de la mandibule qui ne serait pas toujours le cas chez les autres espèces de Bombus. Ensuite, chez impatiens, les tarsomères des pattes ont une extrémité postérieure arrondie. Les poils du thorax sont généralement jaunes et courts mais démontrent une couleur noire près de la base des ailes. (Colla et al., 2008). Le mâle se différencie de la femelle ouvrière en ayant 7 segments abdominaux ainsi que 12 segments chez l’antenne. Chez la femelle, l’abdomen possède 6 segments et l’antenne, 12 segments. La reine possède les mêmes caractéristiques que la femelle mais est significativement plus grande que le mâle et la femelle ouvrière (Colla et al., 2008).

    Cycle de vie

    Les différents membres de Bombus impatiens sont divisés en castes selon leurs fonctions. La reine s’occupe de la reproduction. Elle s’accouple à un mâle au début de l’automne pour ensuite chercher un site approprié où y hiberner et y passer l’hiver. Au printemps, la reine débutera la ponte de ses œufs dans un début de ruche où les femelles ouvrières émergeront. Après leurs pontes, le développement larvaire dure à peu près 5 semaines et est dépendant de la température et de la quantité de nourriture. Lorsque l’été avance, la colonie contient le maximum de travailleurs et commence à produire des mâles et des futures reines. Les mâles s’accoupleront aux jeunes reines. Les reines commenceront leurs recherches d’un endroit pour y hiberner alors que le reste de la colonie incluant les femelles ouvrières et les mâles seront tué par le froid de l’hiver. Chaque reine ne vit qu’une génération alors la continuité des générations dépend des nouvelles reines pondues en été (Colla et al, 2008).

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    Accouplement d’une femelle reine et d’un mâle. Photo prise et publié avec la permission de Khalil Abas au Parc National d’Oka le 16 octobre 2016.

    Biologie

    Les bourdons ont la rare capacité, parmi les insectes, de choisir leur mode de thermorégulation: ils peuvent être ectothermes, c’est-à-dire réguler leur propre température à l’aide de sources de chaleur externes, comme le soleil, ou encore ils peuvent être endothermes: ils génèrent leur propre chaleur par leurs muscles thoraciques en frissonnant afin d’atteindre une température de vol optimale de 30˚C.

    Les membres du genre Bombus dépendent entièrement des angiospermes; les adultes utilisent le nectar comme carburant pour le vol et donnent le pollen aux larves pour leur développement. Leur choix de plantes est gouverné par la longueur de leur langue afin de maximiser la rapidité de l’extraction du nectar (ils préfèrent une profondeur équivalent à la longueur de leur langue). Cette préférence pour certains types de plantes réduit la compétition inter-espèce. Dû à leur cycle de vie prolongé, les bourdons doivent être généralistes.

    Pour optimiser cette relation avec les plantes à fleur, ils ont développé une technique de pollinisation vibratile; une technique efficace pour recueillir le pollen en le faisant tomber des anthères grâce aux vibrations qu’ils émettent.

    Les bourdons ne présentent pas de mémoire limitante: les habiletés à polliniser une plante sont retenues dans la mémoire à long terme pour des semaines même si elles ne sont pas utilisées. Par exemple, des individus de B. impatiens entraînées pour passer à travers un labyrinthe ont retenu l’habileté de manipuler une plante pour un minimum de 20 jours même si elle n’a pas été utilisée durant cette période (Chittka, 1998).

    Impacts dans les écosystèmes

    Les espèces de bourdons sont des importants pollinisateurs dans les champs agriculturaux et dans les serres. Contrairement aux abeilles à miel, elles sont capables de polliniser dans des conditions de froid, de pluie, et nuageuses. En conséquence à leur caractéristique généraliste, les bourdons ont visité des centaines d’espèces de plantes natives et pollinisent, entre autre, les plants de tomates, poivrons, fraises, bleuets, concombres.

    Des études récentes prouvent la capacité étonnante de pollinisation des bourdons: Une étude suggère que 7-15 colonies de B. impatiens par hectare (équivalent à à peu près 2000 aller-retour de bourdons par hectare par jour) sont suffisants pour la pollinisation de tomates en serre (Morandin et al., 2001). À des fins de comparaisons, des essais fait en Europe, Amérique du Nord et Nouvelle Zélande démontrent que seulement 5 colonies de B. impatiens par hectare de plants de bleuets est équivalent à 7,5 colonies d’abeilles à miel par hectare, même si les bourdons ont beaucoup moins d’ouvrières par colonie (Goulson, 2003).

    Bombus impatiens a été domestiqué et produit industriellement pour polliniser les plants de tomates et de poivrons en serre au début des années 1990. Cette espèce est actuellement transportée hors de sa distribution géographique, notamment en Californie et au Mexique (Goulson, 2003).

    Bibliographie

    Colla, S., Richardson, L., Williams, P. (2008). Bumble Bees of the Eastern United States. United States Department of Agriculture. Article Web consulté le 21 octobre 2016 au http://www.xerces.org/wp-content/uploads/2008/09/Eastern_Bumble_Bee.pdf

    Chittka, L. (1998).  Sensorimotor learning in bumblebees: Long-term retention and reversal training. J. Exp. Biol. 201, 515-524.

    Goulson, D. (2003). Bumblebees behavior and ecology. Oxford University Press, New York.

    Morandin, L.A., Laverty, T.M., and Kevan, P.G. (2001). Bumble bee (Hymenoptera: Apidae) activity and pollination levels on commercial tomato greenhouses. J. Econ. Entomol. 94, 462-467

    Photo impatiens walleriana par André Karwath [CC BY-SA 2.5 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5)], via Wikimedia Commons. Photo enregistré le 21 octobre 2016 au https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Impatiens_walleriana_-_blossom_(aka).jpg

  • Rhyssa lineolata (Kirby 1837)

    Par Francis Banville et Philippe Maisonneuve

    Le spécimen a été capturé en plein vol au filet fauchoir le 1er septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides le long du sentier forestier menant au lac Corriveau.

    Photos non-citées réalisées par Francis Banville et Philippe Maisonneuve


    Classification

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hymenoptera

    Superfamille : Ichneumonoidea

    Famille : Ichneumonidae

    Sous-famille : Rhyssinae

    Tribu : Rhyssini

    Genre : Rhyssa

    Espèce : Rhyssa lineolata (Kirby, 1837)


    Identification

    L’identification de cette guêpe parasitoïde peut s’avérer particulièrement ardue en raison du caractère très diversifié de la famille des Ichneumonidae. En effet, la liste des noms d’espèces appartenant à ce groupe taxonomique s’étend sur près de 1 600 pages (Yu & Hortsmann, 1997). De plus, les clés d’identification qui y sont associées ont souvent recours à des critères nécessitant une connaissance pointue de la morphologie des insectes.

    Tout d’abord, on remarque que les ailes antérieures sont plus grandes que les ailes postérieures. L’insecte possède aussi une taille de guêpe bien visible séparant le thorax du gastre. Ces deux indices nous orientent vers l’ordre des hyménoptères. Seuls quelques critères sont requis pour déterminer la super-famille. Chez les Ichneumonoidea, le trochanter des pattes métathoraciques est bi-segmenté, les antennes comptent au moins 16 segments et, chez les femelles, l’ovipositeur est souvent au moins aussi long que le corps de l’insecte (BugGuide, 2013-2016).

    Vient ensuite l’identification de la famille.  Les Ichneumonidae ont généralement des antennes au moins aussi longues que la moitié de leur corps. Ledit corps mesure en général entre 3 et 40 mm (BugGuide, 2003-2016).

    Figure 1. Antennes au moins aussi longues que la moitié du corps

    Certaines espèces d’Ichneumonidae peuvent parfois être confondues avec des Braconidae. Une observation rapide de la nervation de l’aile antérieure permet de confirmer l’identification. Si l’aile comporte une cellule rectangulaire et une petite nervure incomplète émanant du coin du rectangle et pointant vers la partie antérieure de l’insecte, il s’agit bel et bien d’un Ichneumonidae (Washington State University, 2016).

    Figure 2. Cellule rectangulaire au centre de l’aile antérieure

    L’identification des Ichneumonidae à la sous-famille est une tâche particulièrement ardue, car elle nécessite absolument l’utilisation d’une clé d’identification passablement longue et complexe. À cette étape, la consultation d’une banque de spécimens comme celle de la collection entomologique Ouellet-Robert (QMOR) peut s’avérer être un moyen rapide de cibler certaines sous-familles et d’en éliminer d’autres. La clé d’identification de David Wahl de l’American Entomological Institute permet de déterminer que le spécimen appartient à la sous-famille Rhyssinae. Cette clé nécessite par contre la vérification de près de 60 critères différents. Deux critères clés permettent néanmoins d’identifier les Rhyssinae avec un bon degré de certitude. Le premier est la présence de nombreuses crêtes transversales au niveau du mésoscutum (la portion antérieure et dorsale du mésothorax).

    Figure 3. Crêtes transversales au niveau du mésoscutum
    Auteur : Ian Gauld et David Wahl
    Licence : CC BY-NC 2.5

    Parmi les Ichneumonidae, seules les Rhyssinae et les espèces du genre Pseudorhyssa possèdent ce caractère. Pour s’assurer que le spécimen appartienne bel et bien aux Rhyssinae, on doit s’assurer qu’il ne possède pas de sillons antérolatéraux au niveau du mésothorax.

    L’identification au genre peut se faire sur la base de deux critères (American Entomological Institute, 2014). Le premier est la présence d’un areolet (petite cellule circulaire formée  par les nervures) sur les ailes antérieures.

    Figure 5. Areole présente sur l'aile antérieure
    Figure 5. Areolet présent sur l’aile antérieure
    Auteur : Ian Gauld et David Wahl
    Licence : CC BY-NC 2.5

    Le second critère nécessite d’observer le clypéus de l’insecte. Lorsque des tubercules (petites excroissances) sont présents en position centrale, on peut confirmer qu’il s’agit bien du genre Rhyssa.

    Figure 6. Tubercules sur le clypéus en position centrale
    Auteur : Ian Gauld et David Wahl
    Licence : CC BY-NC 2.5

    L’identification à l’espèce de notre spécimen fut plutôt difficile puisqu’aucun spécimen de Rhyssa lineolata ne figurait dans la collection Ouellet-Robert. Selon les avis concertés d’une experte des hyménoptères de l’Université d’Ottawa et d’Étienne Normandin, coordonnateur de la QMOR, il s’agirait de Rhyssa lineolata, qui est l’une des seules espèces de Rhyssa à posséder de larges bandes blanches à l’extrémité des antennes. De plus, le lieu de capture du spécimen concorde avec la répartition géographique de cette espèce.

    Figure 7. Bandes blanches à l’extrémité des antennes

    Habitat et distribution géographique

    C’est au début du Crétacé, il y a 145 millions d’années, que se seraient manifestées les premières espèces d’Ichneumonidae (Encyclopedia of Life). Celles-ci peuplaient probablement le territoire occupé par la Sibérie actuelle (Townes, 1973). De nos jours, cette famille particulièrement diversifiée d’hyménoptères est présente sur tous les continents, particulièrement dans les milieux chauds tels l’île de Madagascar ou les Iles Fidji.

    En Amérique, à l’exception de deux genres (Rhyssa et Epirhyssa), toutes les espèces de Rhyssinae sont exclusives à l’hémisphère nord. En Honduras, par exemple, une seule espèce de Rhyssa subsiste en milieux montagneux. Par ailleurs, il a été démontré qu’une diversité en espèces de plantes dans la forêt amazonienne était favorable à la richesse en Rhyssa du territoire (Gauld et Wahl, 2002). En Amérique du Nord, on retrouve une diversité notoire de Rhyssinae dans les forêts feuillues du nouveau continent. Rhyssa lineolata y est d’ailleurs très répandue. On la retrouve en effet dans cinq provinces canadiennes et vingt-deux États américains. Elle a également été identifiée en Nouvelle-Zélande (Hymenoptera – Ichneumonoidea, 1997-2012).


    Écologie et comportement

    Les Ichneumonidae sont des parasitoïdes, c’est-à-dire qu’elles se développent à l’intérieur ou par-dessus un hôte, dont la mort constitue le retentissement sévère de la symbiose (Encyclopedia of Life). En particulier, les individus de la sous-famille Rhyssinae se sont spécialisés sur les larves de Siricoidea, reconnues pour les dommages considérables qu’elles causent à certaines espèces d’arbres. Les femelles forment souvent des attroupements près des arbres contaminés, utilisant leur ovipositeur afin d’y creuser, quelques minutes durant, un trou susceptible de rejoindre l’une de ces larves. Les proies ainsi vulnérables, elles se feront piquer et paralyser par les guêpes, qui profiteront de cette occasion pour déposer un œuf de grande taille sur l’hôte qu’elles auront ciblé. L’éclosion survient rapidement, suivie par la consommation graduelle de la larve, qui sera réduite à ses structures non comestibles. C’est pourquoi les Rhyssinae sont considérées comme des ectoparasitoïdes idiobiontes. L’achèvement de l’ingestion de la défunte marquera le début de la formation du cocon et, chez plusieurs espèces, celui de la métamorphose complète. À des fins reproductives, les mâles émergent de l’arbre une journée ou deux avant les femelles, attendant en essaim la sortie d’une partenaire. Dans les régions tempérées nordiques, ce sont les familles Siricidae et Xiphydriidae qui sont utilisées comme environnement propice au développement des Rhyssinae. Ces derniers peuvent en outre disposer d’autres parasitoïdes de ces familles pour assurer la croissance de leur progéniture (Gauld et Wahl, 2002).

    Sirex noctilio est une Siricidae récemment introduite en Amérique du Nord. Cette espèce est connue notamment pour les dégâts importants qu’elle inflige aux pins. Elle contribue en effet à la hausse de la mortalité des arbres du genre Pinus. L’accroissement de sa population soulève de ce fait certaines inquiétudes économiques, dont l’envergure pourrait être amenuisée par une stratégie de lutte efficace contre cet insecte.  Rhyssa lineolata fait partie de l’un de ses plus importants parasitoïdes. Sous certaines conditions, l’espèce à laquelle notre spécimen appartient pourrait donc s’avérer être un agent de lutte biologique efficace pour freiner la progression du parasite nuisible aux espaces forestiers. En Ontario, par exemple, son utilisation pourrait bénéficier au pin gris (Pinus banksiana) et au pin sylvestre (Pinus sylvestris), deux espèces touchées par ce fléau. De façon plus générale, une dizaine d’espèces de conifères pourraient être protégées de cinq espèces de Siricidae en Amérique du Nord, si Rhyssa lineolata était utilisée en lutte biologique (Coyle & Gandhi, 2012).

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    Figure 8. Sirex noctilio
    Auteur : Chris Standley
    Licence : CC BY-NC 2.0

    Références

    BugGuide.Net. (2003-2016). Family Ichneumonidae – Ichneumon Wasps. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/150

    BugGuide.Net. (2003-2016). Superfamily Ichneumonoidea – Braconids and Ichneumons. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/14971

    Coyle, D.R. & Gandhi, K.J.K. (2012). The Ecology, Behavior, and Biological Control Potential of Hymenopteran Parasitoids of Woodwasps (Hymenoptera: Siricidae) in North America. Environmental  Entomology. 41(4), 731-749.

    Encyclopedia of Life. Ichneumonidae. Repéré à : http://eol.org/pages/703/overview

    Encyclopedia of Life. Ichneumonoidea. Repéré à : http://eol.org/pages/660/overview 

    Hymenoptera – Ichneumonoidea. (1997-2012). Rhyssa lineolata. Repéré à  : http://www.taxapad.com/local.php?showpage=taxonomy

    Gauld I. and Wahl D. (2002). The American Entomological Institute. (2002). Subfamily Rhyssinae. Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/Rhyssinae/

    Genera Ichneumonorum Nearcticae. 2014 (and updates). Version: 2014.09.04. http://www.amentinst.org/GIN/. Wahl D Key to genera of Nearctic Rhyssinae (Hymenoptera: Ichneumonidae). Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/Keys/Rhyssinae/Key%20to%20genera%20of%20Nearctic%20Rhyssinae%202014.09.04.pdf

    Genera Ichneumonorum Nearcticae. 2015 (and updates). Version: 2015.04.10. http://www.amentinst.org/GIN/.Wahl D. Key to the Subfamilies of North and Central American Ichneumonidae: Section 4. Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/Subfamily_Key/Subfamily_key_4_2016.07.01.pdf

    Townes, H.K. (1973). Two ichneumonids (Hymenoptera) from the Early Cretaceous. Proceedings of the Entomological Society of Washington, 75, 216-219.

    Yu, D. S. & Hortsmann, K. (1997). A catalogue of world Ichneumonidae (Hymenoptera). Memoirs of the American Entomological Institute, 58, 1558.

    Washington State University. (2016). Ichneumonid wasps. Repéré à : http://jenny.tfrec.wsu.edu/opm/displaySpecies.php?pn=920

  • Ichneumon feriens (Heinrich 1961)

    Par Vanessa Charbonneau, Elena Neszvecsko et Alexis Trépanier

    (Édité par Étienne Normandin)

    Texte et photographies © 2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Photos réalisées par Vanessa Charbonneau et Elena Neszvecsko

    Le spécimen a été capturé au filet, le 3 septembre 2015, à la Station de Biologie des Laurentides, plus spécifiquement dans le sentier forestier menant au Lac Geai.


    Classification

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hymenoptera

    Superfamille : Ichneumonoidea

    Famille : Ichneumonidae

    Sous-famille : Ichneumoninae

    Tribu : Ichneumonini

    Genre : Ichneumon

    Espèce : Ichneumon feriens (Heinrich, 1961)


    Identification

    Afin d’identifier Ichneumon feriens, une espèce faisant partie du groupe paraphylétique des « Parasitica », de nombreux critères doivent être considérés. En effet, l’identification des espèces de la famille des Ichneumonidae n’est pas évidente, l’utilisation de clés d’identification spécifiques est donc requise.

    En premier lieu, il est nécessaire d’identifier la superfamille de cette espèce. Pour y arriver, deux observations peuvent être faites. Tout d’abord, la superfamille des Ichneumonoidea est reconnue pour avoir des antennes d’au moins seize segments. De plus, les individus ont un trochanter bisegmenté. Si l’individu à identifier était une femelle, ce qui n’est pas le cas ici, un autre critère permettrait de reconnaitre que l’insecte est membres de cette superfamille. En effet, les femelles possèdent un ovipositeur s’élevant en face de l’apex de l’abdomen qui est bien souvent de la même longueur ou plus grand que le corps de l’individu (BugGuide, 2003-2014).

    En deuxième lieu, il est nécessaire d’identifier la famille. Comme il a été mentionné plus haut, il est très difficile d’identifier un individu appartenant à cette famille. Ainsi, afin de faire une identification valide, il est primordial d’utiliser une clé d’identification formelle. Pour justifier que cet insecte fait bel et bien partie de la grande famille des Ichneumonidae, trois conditions doivent être respectées. Premièrement, la taille des membres de la famille des Ichneumonidae est comprise entre 3 et 60 millimètres (sans ovipositeur). Deuxièmement, les antennes doivent être au moins la moitié de la longueur de l’individu (voir Figure 1). Le dernier critère, et sans doute le plus important, est la fusion de la première cellule submarginale et de la première cellule discoïdale de l’aile. Ceci donne donc une cellule en forme de tête de cheval étant donné que les nervures sont incomplètes (BugGuide, 2003-2014) (voir Figure 2).

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    Figure 1 : Antennes faisant au moins la moitié de la longueur de l’individu.

    Figure 2 : Cellule en forme de tête de cheval.

    Troisièmement, les membres de la sous-famille des Ichneumoninae sont caractérisés par une coloration vive et par une cellule submarginale réduite sur l’aile antérieure, et ayant la forme d’un pentagone. En effet, le spécimen récolté est noir et jaune et possède également cette petite cellule pentagonale, ce qui nous permet de le classer dans cette sous-famille (voir Figure 3). Jusqu’à maintenant, la sous-famille des Ichneumoninae présente environ 400 genres répartis dans 16 tribus différentes et ayant une distribution géographique mondiale (BugGuide, 2003-2014).

    Figure 3 : Petite cellule pentagonale.

    l’identification d’Ichneumon feriens n’a pas été une tâche facile étant donné que plusieurs espèces de ce genre ne peuvent pas être distinguées morphologiquement. Six espèces sont très semblables les unes aux autres; I. zelotypus, I. subdolus, I. laetus, I. canadensis, I. annulatorius et I. feriens.

    Figure 4 : Abdomen de l’insecte.

    Finalement, dans notre cheminement vers l’identification de notre spécimen, il a été très difficile de départir entre Ichneumon anulatorius et Ichneumon feriens qui sont deux espèces ne pouvant pas être différenciées en se basant uniquement sur des observations morphologiques (Heinrich, 1961). En effet, les deux espèces possèdent de nombreuses ressemblances morphologiques dont voici des exemples flagrants: présence de bandes jaunes sur le propodeum, présence de large bande noire sur les tergites 1 à 4, antennes noires et tibias principalement jaunes (Heinrich, 1961) (voir figure 5,6 et 7). En raison de ces nombreuses similitudes, il est approprié de faire des analyses plus poussées afin d’identifier à l’espèce. Toujours selon Heinrich (1961), I. annulatorius possède les mêmes couleurs que notre spécimen, soit jaune citron et noir. Cependant, I. annulatorius possède deux lignes jaunes sur le mésoscutum qui ne sont pas présentes sur notre spécimen. Pour I. feriens, ses couleurs jaune pâle, presque ivoire, ne correspondent pas aux couleurs de notre spécimen qui sont plutôt jaune citron, mais I. feriens ne possède pas de lignes jaunes sur le mésoscutum tout comme notre spécimen (Heinrich, 1961) (voir figure 5).

    Figure 5 : Thorax de l’insecte (identification des structures).

    Figure 6 : Apparence générale d’Ichneumon feriens.

    Figure 7 : Apparence générale d’Ichneumon feriens.

    En somme, malgré les nombreux caractères morphologiques mentionnés précédemment , seulement deux semblent différer chez I. annulatorius et I. feriens. Il s’agit de la coloration jaune citron ou jaune ivoire et de la présence ou de l’absence de lignes colorées sur le mésoscutum. Grâce à ces dichotomies, il nous est possible d’avancer une hypothèse afin d’identifier notre spécimen. En effet, nous supposons que la présence ou l’absence de lignes jaunes sur le mésoscutum est un caractère d’identification plus fiable que la couleur, car elle serait plus encline à avoir une variabilité intraspécifique importante. Donc, suivant cette hypothèse, nous croyons que notre spécimen appartient à Ichneumon feriens.


    Cycle de vie d’un parasitoïde

    Les hyménoptères (guêpes, abeilles, fourmis et cie) sont de type holométabole, c’est-à-dire qu’ils font une métamorphose complète. Dans le cas d’un parasitoïde, il passe du stade de l’œuf à la larve, puis à la nymphe à l’intérieur de leur hôte et l’adulte ailé en émerge à la fin du développement. La grande majorité des espèces de la famille des Ichneumonidae sont des parasitoïdes des stades immatures d’insectes holométaboles. Toutefois, chez certaines espèces, les hôtes peuvent être des araignées, ou encore des pseudoscorpions, mais, jamais d’insectes hémimétaboles ou, de stade adulte d’insecte (Carlson, 2009). Le cycle de vie du parasitoïde s’oppose à celui du parasite puisque ce dernier ne cause habituellement pas la mort de son hôte. Dans le cas de la guêpe parasitoïde, elle pond un œuf à l’intérieur d’un insecte hôte et la larve se développe en se nourrissant de cet hôte et en entrainant ultimement sa mort. Cet aspect de la famille des Ichneumonidae fait d’elle une excellente candidate pour la lutte biologique, des avantages pour les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture. Précisons que la lutte biologique est le fait d’utiliser un organisme vivant afin de contrôler ou de combattre un ravageur (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2009). La famille des Ichneumonidés est d’ailleurs l’une des familles les plus utilisées en lutte biologique (Cournoyer, 2000). Précisément, le genre Ichneumon, auquel appartient notre espèce, est un endoparasite qui s’attaque à une variété de Lépidoptères lorsqu’ils sont au stade de nymphe (Tschopp et al., 2013). La majorité des Ichneumons ont une stratégie de développement de type idiobiontes, c’est-à-dire que la croissance de l’hôte est arrêtée, étant donné que l’individu est paralysé ou tué, tout juste avant que l’œuf ait été pondu à l’intérieur de l’hôte. Ceci est donc contraire aux koinobiontes, qui permettent à l’hôte de poursuivre son propre développement (Tschopp et al., 2013). Les idiobiontes sont habituellement généralistes et peuvent ainsi s’attaquer à une variété étendue d’hôtes.

    Distribution géographique

    La famille des Ichneumonidés est extrêmement diverse à travers le monde, comptant environ 60 000 espèces réparties en 27 sous-familles (Carlson, 2009). La grande diversité de cette famille peut être reliée notamment à leur mode de vie parasitoïde. Comme mentionné précédemment, ils sont des parasitoïdes de stade immature d’insectes. C’est justement chez les holométaboles, qui ont plusieurs stades immatures, que l’on retrouve les groupes les plus diversifiés tels que les Diptères, les Coléoptères et les Lépidoptères. Ces trois groupes représentent, en effet, la majorité des hôtes des Ichneumonidés. Il est donc possible de faire le lien entre la grande diversité de ces groupes, et celle des Ichneumonidés (Townes, 1971). Parmi les 27 sous-familles, seules les Agriotypinae et les Collyriinae ne présentent aucune espèce indigène en Amérique du Nord (Carlson, 2009). La faune Néartique d’Ichneumonidae comprend un peu plus de 8000 espèces dont seulement 35 % ont été décrites (Carlson, 2009). Selon Heinrich (1961), les espèces du genre Ichneumon seraient les plus nombreuses de la sous-famille  des Ichneumoninés, contenant environ une centaine d’espèces dans l’est de l’Amérique du Nord, parmi lesquelles se retrouve notre espèce, Ichneumon feriens. Cependant, cette dernière ne se limite pas seulement à l’est de l’Amérique du Nord. En effet, Ichneumon feriens est présent tant dans les régions de l’est telles que le Maine, le Michigan, le New Hampshire, New York, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et le Québec que dans des régions centrales et de l’ouest telles que l’Alaska, l’Alberta, la Colombie-Britannique et le Manitoba (Heinrich, 1961).

    Habitat

    Étant cosmopolites, les Ichneumonidés sont présents à travers le monde, ils n’occupent cependant pas les déserts et très peu les prairies. Les espèces de cette famille préfèrent les milieux légèrement humides, telles que les forêts mixtes ou les prés en bordure de forêts (Hjelmeng, 2002). Cette préférence pour les milieux humides est due au fait que la plupart des adultes nécessitent une disponibilité quotidienne en eau. En effet, les adultes consomment seulement de l’eau en s’abreuvant de la rosée sur les feuilles. Il y a donc une relation très importante avec la disponibilité quotidienne en eau d’un milieu et la distribution des Ichneumonidés. Bien sûr, cela est vrai pour la majorité des espèces, mais il peut y avoir des exceptions où certaines espèces se sont adaptées pour être moins dépendantes d’une source d’eau quotidienne. Cette relation est si importante que contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette famille n’est pas attirée principalement par la présence d’hôtes dans un milieu, mais bien, par la présence de niches écologiques ayant les conditions adéquates (Townes, 1971). De par sa grande distribution géographique, Ichneumon feriens se retrouve aussi dans une grande variété d’habitat, tant dans les forêts caducifoliées que dans les forêts sempervirentes de l’Amérique du Nord (Heinrich, 1969).


    Bibliographie

     Agriculture et Agroalimentaire Canada (2009). Lutte biologique : se servir de la nature pour lutter contre les organismes nuisibles des cultures. In Agriculture et Agroalimentaire Canada. Publications du gouvernement du Canada. Repéré à http://dsp-psd.tpsgc.gc.ca/collection_2009/agr/A72-67-2009F.pdf

    BugGuide.Net. (2003-2014). Family Ichneumonidae – Ichneumon Wasp. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/150

    Carlson, Robert W. (2009) Superfamily ICHNEUMONOIDEA Family  ICHNEUMONIDAE. Discover Life. Repéré à http://www.discoverlife.org/proceedings/0000/6/html/Ichneumonidae.html

    Cournoyer, Michel. (2000) Les insectes parasitoïdes et leur utilisation en lutte biologique. Concours de rédaction scientifique – Premier prix – Antennae. Vol 7 no.. Automne 2000. Repéré à http://seq.qc.ca/antennae/archives/v7n3p5.htm

    Heinrich, G. H. (1961). Synopsis of Nearctic Ichneumoninae Stenopneusticae with Particular Reference to the Northeastern Region (Hymenoptera) Part III Synopsis of the Ichneumoni : Genera Ichneumon and Thyrateles. The Canadian Entomologist, XCIII (21), 209-368.

    Heinrich, Gerd H. (1969) Synopsis of Nearctic Ichneumoninae Stenopneusticae with Particular Reference to the Northeastern Region (Hymenoptera). Le Naturaliste Canadien, 96(1), 935-963.

    Hjelmeng, C. (2002). The Amazing Ichneumon. Repéré à http://mdc.mo.gov/conmag/2002/05/amazing-ichneumon?page=full

    The American Entomological Institute (2002). Ichneumonid Morphology. Repéré à : http://www.amentinst.org/GIN/morphology.php

    Townes, H (1971). Ichneumonidae as biological control agents. Communication présentée Proceedings Tall Timbers conference on ecological animal control by habitat management, No. 3, February 25-27 1971, Tallahassee, Florida.

    Tschopp, Andreas, Riedel, Matthias, Kropf, Christian, Nentwig, Wolfgang, & Klopfstein, Seraina. (2013). The evolution of host associations in the parasitic wasp genus Ichneumon (Hymenoptera : Ichneumonidae) : convergent adaptations to host pupation sites. BMC evolutionary biology, 13(1), 74.

     

  • Les phylloxères au sein du Jardin botanique de Montréal

    Khalil ABAS

    Caryer ovale (photo prise par Khalil Abas à l’arboretum du Jardin botanique de Montréal)

     

    Cet été, plusieurs espèces d’insectes gallicoles du genre Phylloxera ont été retrouvées dans l’arboretum du Jardin botanique de Montréal. Ce type d’insecte est cousin des pucerons et tout comme eux ils sont des parasites des plantes, se nourrissant de leur sève. En juin, une infestation sévère a été constatée sur les caryers ovales (Carya ovata) de la collection. Au Jardin botanique, nous avons trouvé au moins cinq espèces de phylloxères sur le même arbre.

     

     

     

     

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    Des galles sont présentes sur diverses parties de la plante (photo prise par Khalil Abas à l’arboretum du Jardin botanique de Montréal)

    Jusqu’à tout récemment ce type d’insecte avait peu capté l’attention des scientifiques. Le dernier traitement datant du début du 20e siècle. Des travaux sont maintenant en cours au Laboratoire Favret pour collecter davantage d’informations sur ces insectes fascinants. Il y a une soixantaine d’espèces connues et un certain nombre à être découvert, avec plus de la moitié rapportée sur les caryers d’Amérique du Nord, type d’arbre plus répandu aux États-Unis et groupe qui inclus le pacanier.

     

    Un manque d’information est dû au fait que bien que les phylloxères attaquent des plantes utilisées pour l’alimentation de l’être humain (par ex. le pacanier), normalement elles n’ont pas d’impact économique significatif. Cependant, un phylloxère a donné du fil à retordre aux agriculteurs : le phylloxère de la vigne, Daktulosphaira vitifoliae, qui a ravagé les vignobles européens à la fin début du 19e siècle par son introduction accidentelle sur le vieux continent.

     

    Identification :

    Bien que ce soient de tout petits insectes (~1 mm de longueur!) on peut facilement reconnaitre les galles qu’ils induisent sur les plantes. Les galles sont des excroissances qui peuvent apparaitre sur diverses parties d’une plante (feuilles, pétioles, rameaux, etc.). C’est la maison des phylloxères : ils y passent presque toute leur vie cachés à l’intérieur, protégés des prédateurs, à se nourrir de la sève de la plante. Puisqu’ils passent la majorité de leur existence à l’intérieur de la plante, on dit que ce sont des insectes endophages.

    Une galle renfermant des phylloxères (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

    Les phylloxères forment une grande variété de galles, d’apparence très diverse selon chaque espèce. Ainsi, l’apparence de la galle est la meilleure façon d’identifier l’espèce sur le terrain, en plus de la plante hôte. En effet, les phylloxères sont des parasites spécialisés, chaque espèce attaquant un nombre restreint de plantes. On peut voir sur la photo ci-jointe trois galles d’apparences diverses sur une feuille de caryer ovale.

    Trois types de galles sont présentes sur la même feuille d’un caryer ovale (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

     

    Cycle de vie :

    Le cycle de vie des espèces appartenant au genre Phylloxera est très complexe et analogue à celui de leurs cousins les pucerons. Il varie selon les espèces, mais l’exemple qui suit est représentatif.

    Au début du printemps, quand les bourgeons commencent à s’ouvrir, l’œuf contenant la fondatrice de la colonie éclore. Celle-ci choisit un emplacement sur la plante hôte pour induire une galle, qui ne peut se former que sur les parties en croissance. Lorsque la galle se referme sur elle, la fondatrice commence à se reproduire. Mais cette reproduction est asexuée : les œufs dont elle remplit la cavité de la galle contiennent des clones d’elle-même. C’est ce qu’on appelle la parthénogenèse, et tous ses descendants auront le même code génétique que leur mère.

    Une fondatrice entourée de ses œufs bien à l’abris dans sa galle (photo prise par Colin Favret au laboratoire Favret)
    Des phylloxères à différents stades de développement dans une même galle. Êtes-vous capable de repérer la fondatrice? (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

    Après éclosion, les larves passeront par quatre stades de développement pour devenir des adultes ailés, qui ont une apparence différente de leur mère. Leur développement se déroulera bien à l’abri de leur galle, où ils passeront leur temps à se nourrir de la sève de la plante hôte. Après deux à trois semaines, lorsque leurs ailes auront bien poussées, la galle s’ouvrira d’elle-même pour que les ailés puissent s’envoler à la recherche d’une autre plante hôte. Ils y déposeront des œufs encore par parthénogenèse. Mais ceux-ci donneront cette fois des individus sexués, mâles et femelles qui, après reproduction sexuée, iront pondre un œuf qui restera dormant jusqu’au printemps prochain, pour éclore et donner une autre fondatrice.

    Un ailé pondant des œufs sur une nouvelle plante hôte (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

    Nous ne maintenons aucun droit d’auteur et nous transférons le tout au domaine public.

  • Neogalerucella pusilla (Duftschmid 1825)

    The Purple Loosestrife beetle

    Par Viviane BELLE-ISLE

    Texte et photographies ©2016 CC BY-SA 4.0, Viviane Belle-Isle

    Spécimen de Neogalerucella pusilla capturé à la Station de biologie des Laurentides le 3 septembre 2015.

    Classe : Insecta

    Ordre : Coleoptera

    Sous-Ordre : Polyphaga

    Infra-ordre : Cucujiformia

    Super-famille : Chrysomeloidea

    Famille : Chrysomelidae

    Sous-famille : Galerucinae

    Genre : Neogalerucella

    Espèce : Neogalerucella pusilla

    Neogalerucella pusilla appartient à la famille des Chrysomèles, souvent surnommées «Leaf beetles», plus précisément à la sous-famille des Galerucinae. Les Chrysomèles regroupent au-delà de 30 000 espèces décrites, ce qui en fait l’une des familles les plus importantes des coléoptères, qui sont toutes phytophages, se nourrissant principalement au niveau du tissu foliaire des plantes. Plusieurs espèces de cette famille sont considérées comme nuisibles attaquant certaines plantes cultivées par l’homme, c’est le cas de la Chrysomèle rayée du concombre (Acalymma vittatum) ou encore la Chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera). Les Galerucinae sont l’une des sous-famille les plus importantes des Chrysomèles et se retrouvent dans la majorité des parties du monde. Le genre Neogalerucella compte quatre représentants en Amérique du Nord, dont deux sont indigènes. N. pusilla ainsi que N. calmarensis ont toutes deux été introduites en Amérique du Nord au début des années 1990 comme moyen de lutte biologique contre la salicaire pourpre (Lythrum salicaria), une plante envahissante dans les milieux humides.

    Morphologie et identification

    Présence de reflets métalliques dorés et de poils fins sur les élytres.

    Neogalerucella pusilla est un coléoptère de petite taille, mesurant entre 4 et 6 mm. Il présente une coloration dans les teintes de brun pâle avec des reflets métalliques dorés au niveau des élytres, ce qui lui vaut le surnom de «golden purple loosestrifes beetle». Les élytres sont ponctués finement et portent de petits poils. L’espèce se distingue de N. calmariensis, qui lui est très semblable, par l’absence de bandes noires sur la marge des élytres. La larve est de couleur jaune avec la tête noire ressemblant à une petite chenille.

    L’identification de la famille et de la sous-famille ont été rendues possible grâce à la clé pour les familles de coléoptères présentée dans Les insectes de l’Amérique du Nord de Borror. L’un des indices principales ayant permis d’identifier la famille est la formule des tarses, soit 4-4-4, et le troisième segment lobé. La suite de l’identification à été plus difficile puisqu’il s’agit d’une espèce introduite, elle n’apparaissait donc pas dans les clés traditionnelles pour les Galerucinae de l’Amérique du Nord. Les clés d’identification traditionnelle pour les espèces d’Amérique du Nord, nous on d’abord permis de trouver le genre Galerucella, mais aucune espèce de ce genre ne correspondait au spécimen. À partir de celui-ci nous avons pu trouver le nom Galerucella pusilla, un nom alternatif pour N. pusilla, le genre Neogalerucella n’étant pas reconnu dans l’ensemble de la littérature.

    Cycle de vie

    Comme plusieurs autres espèces de chrysomèles, N. pusilla démontre une certaine spécificité pour la plante hôte, l’ensemble de son cycle de vie se déroulant en lien avec la salicaire pourpre (L. salicaria). Les adultes passent l’hiver dans la litière directement sous ou à proximité des plants de salicaires. Ils émergent de leur hibernation au printemps au même moment où les premiers plants font leur apparition, généralement au début du mois de mai. Les adultes se nourrissent alors sur le jeune tissu foliaire pour une période d’une semaine avant de s’accoupler. La période de ponte s’étend sur plusieurs semaines débutant vers la fin mai jusqu’à la fin juin, une femelle peut pondre plus d’une centaine d’oeufs au cours de sa vie, à raison de 1 à 10 oeufs par ponte. Les oeufs sont posés sur les feuilles ou les tiges de la plante sur laquelle les larves pourront par la suite se nourrir.

    À l’éclosion, environ une semaine après la ponte, les larves se nourrissent des bourgeons de la plante pour par la suite se nourrir également des feuilles et des tiges lorsqu’elles deviennent plus grosses. La larve passe à travers 4 stades avant de se diriger dans la litière pour faire sa nymphose qui dure autour de 30 jours. La nouvelle génération d’adulte émerge entre le début juillet et le début août. Les nouveaux individus se nourrissent alors pendant une certaine période de temps avant de regagner la litière pour passer l’hiver. Bien que certains individus de la nouvelle génération puissent atteindre la maturité sexuelle avant la fin de l’été, les conditions climatiques ne permettent pas d’avoir plus d’une génération par années.

    Agent de contrôle biologique

    Par US Department of Transportation - Individual photographer seemingly uncredited. [Public domain], via Wikimedia Commons
    Par US Department of Transportation – Individual photographer seemingly uncredited. [Public domain], via Wikimedia Commons

    Neogalerucella pusilla est une espèce originaire d’Europe et d’Asie qui a été introduite en Amérique du Nord une première fois en 1994, puis une deuxième en 2004. Elle a d’abord été introduite comme moyen de lutte biologique contre la salicaire pourpre, au même moment que N. calmariensis ainsi qu’Hylobius transversovittatus et Nanophyes marmoratus. La salicaire pourpre est une plante vivace de milieux humides provenant d’Europe, celle-ci a été introduite en Amérique du Nord au début du 19eme siècle par les bateaux de marchandise européen. L’absence d’ennemi naturel sur le nouveau continent lui avait alors permis de se répandre très rapidement.

    Neogalerucella pusilla s’attaque principalement au feuillage de la plante. Les adultes se nourrissent de la feuille entière laissant derrière eux un motif de trou caractéristique à l’espèce. Les larves se nourrissent plutôt de la partie inférieure de la feuille, sans la transpercer complètement, mais peuvent aussi attaquer la tige et les bourgeons. Une colonie de N. pusilla peut ainsi défolier un plant de salicaire pourpre. Bien que l’introduction de l’espèce date d’un peu plus de 10 ans, les résultats directs sont encore difficiles a observés sur les populations de salicaire pourpre.

    Références

    Borror, D.J., R.E. White (1999) Les insectes de l’Amérique du Nord, Broquet, 408 pages.

    Blossey, B. (1995). Coexistence of two leaf-beetles in the same fundamental niche: distribution, adult phenology, and oviposition. Oikos 74, 225– 234.

    Grevstad, F.S. (2006) Ten-year impacts of the biological control agents Galerucella pusilla and G. calmariensis (Coleoptera: Chrysomelidae) on purple loosestrife (Lythrum salicaria) in Central New York State. Biological control 39-1, 1-8.

    Richard A. Malecki, B. Blossey, S.D. Hight, D. Schroeder, L.T. Kok and J.R. Coulson (1993) Biological Control of Purple LoosestrifeBioScience, Vol. 43, No. 10 (Nov., 1993), pp. 680-686.

    Wilson, L. M., M. Schwarzlaender, B. Blossey and C.B. Randall  (2004) Biology and Biological Control of Purple Loosestrife, Morgantown, WV: Forest Health Technology Enterprise Team, 78 p.

    Minnesota Departement of Natural Resources. Galerucella calmariensis and G. pusilla (En ligne)(Page consulté le 3 novembre 2015) – http://www.dnr.state.mn.us/invasives/aquaticplants/purpleloosestrife/biocontrol_gc.html

    Iowa State University – Departement of Entomology. Family Chrysomelidea (En ligne)(Page consulté le 31 octobre 2015) http://bugguide.net/node/view/180

  • Exeristes comstockii (Cresson 1880)

    Par Louise BABCHIA et Yoan GAIJI

    Édité par Étienne Normandin

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Exeristes comstockii femelle, capturée au Lac Croche de la Station de Biologie des Laurentides de l'Université de Montréal, le 3 septembre 2015
    Exeristes comstockii femelle, capturée près du Lac Croche de la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, le 3 septembre 2015

    Classification : 
    Ordre : Hyménoptère
    Famille : Ichneumonidae
    Sous-famille : Pimplinae
    Tribu : Ephialtini
    Genre : Exeristes
    Espèce : Exeristes comstockii (Cresson 1880)

    Notre insecte a été capturé près du Lac Croche de la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, le 3 septembre 2015. L’insecte a été capturé en vol à l’aide d’un filet, dans une zone très humide, allant en pente et très abondante en fougères. L’espèce E.comstockii est une espèce très répandue et très abondante au Canada et en Amérique du Nord.

    L'endroit de capture de l'espèce E. comstockii (zone humide, en pente et abondante en fougères).
    L’endroit de capture de l’espèce E. comstockii (zone humide, en pente et abondante en fougères).

    L’identification de l’espèce E.comstockii au sein du genre Exeristes s’est faite grâce à l’ouvrage Les insectes du Québec : guide d’identification d’Yves Dubuc (2014) (p.381) ainsi qu’en le comparant aux autres spécimens présents dans la Collection Entomologique Ouellet-Robert (QMOR). L’espèce parasitoïde E. comstockii ne semble pas faire le sujet de beaucoup d’études scientifiques. E.comstockii est un insecte hyménoptère faisant partie du groupe paraphylétique des « Parasitica ».

    Identification :

    L’ordre des Hyménoptères est caractérisé par la présence de crochets (hamuli) au niveau de l’aile postérieure permettant à celle-ci d’être reliée à l’aile antérieure. De plus, les Hyménoptères possèdent des pièces buccales de type broyeuses.

    Pièce buccale de type broyeur
    Pièce buccale de type broyeur
    IMG_0152 - Copie (2)
    La taille « de guêpe », caractéristique des Apocrita.
    Les nervures de l’aile antérieure de Exeristes comstockii
    Les nervures de l’aile antérieure d’Exeristes comstockii
    IMG_0152 - Copie (2)
    Le trochanter d’E. comstockii (second segment de la patte) divisé en deux (tr1 et tr2)
    IMG_0157 (4)
    La segmentation de la patte, de l’antenne et la présence d’un long ovipositeur : la morphologie caractéristique d’E. comstockii

    L’identification du genre Exeristes et de son nom complet, s’est effectuée grâce à l’ouvrage Les insectes du Québec : guide d’identification d’Yves Dubuc (2014) qui la mentionne en légende dans ces photographies de l’espèce . En effet, il est difficile de trouver dans la littérature scientifique les caractéristiques morphologiques du genre Exeristes. La section classification de ce travail, l’identification de la sous-famille Pimplinae et de la tribu Ephialtini a été rendue possible par ce site internet.

    En ce qui concerne l’identification du sexe du spécimen, E.comstockii est caractérisée par un dimorphisme sexuel. En effet, le mâle est reconnaissable par son abdomen cylindrique et long tandis que la femelle E.comstockii est caractérisée par la présence d’un long ovipositeur (5).

    Le dimorphisme sexuel de l’espèce E.comstockii : le mâle est caractérisé par un dard et la femelle par un long ovipositeur (photos prises par Yves Dubuc, utilisé avec autorisation)
    Le dimorphisme sexuel de l’espèce E.comstockii : le mâle
    est caractérisé par un dard et la femelle par un long ovipositeur (photos prises par Yves Dubuc, utilisées avec autorisation)

    Biologie et cycle de vie :
    Exeristes comstockii sont des ectoparasites solitaires (le parasite vit sur la cuticule de son hôte) de larves d’insectes herbivores divers, mais notamment de Rhyacionia buoliana, un papillon de nuit qui attaque différentes espèces de pin en Amérique du Nord (7). Une des caractéristiques d’E.comstockii, est leur capacité à imiter la composition d’acides aminés de leur hôte pour pouvoir s’en nourrir, peu importe si la larve est un diptère, un lépidoptère ou même un hyménoptère. Les Ichneumonidea dont fait partie le genre Exeristes, peuvent trouver leurs hôtes en utilisant leurs organes sensoriels pour détecter les substances chimiques relâchées par les plantes que les hôtes mangent. Ces mêmes organes sensoriels sont utilisés lors de la période de reproduction afin de capter les phéromones produites par la femelle (3).

    Les femelles de E.comstockii pondent leurs œufs dans leurs proies grâce à un organe ovipositeur (oviscapte), un long tube fin servant à pondre les oeufs. En effet, cet ovipositeur est capable d’atteindre leurs hôtes qui se trouvent à travers plusieurs centimètres de bois de pin (1). De plus, il est protégé par deux gaines protectrices lorsqu’il n’est pas utilisé. De nombreux parasitoïdes tels qu’E.comstockii peuvent se nourrir de fleurs sauvages comme source de nourriture supplémentaire (1).

    Le cycle de vie d’un Ichneumonidé commence dès qu’il émerge de son hôte, et qu’il part à la recherche d’un partenaire pour s’accoupler. Suite à l’accouplement, la femelle cherchera une larve hôte à parasiter afin de pouvoir pondre ses œufs. Il est important pour la femelle de trouver un hôte pouvant être viable pour les futures larves comme source de nourriture. La femelle pondra des oeufs dans l’hôte, ceux-ci qui écloront et donneront des larves qui se nourriront par la suite de leurs hôtes, avant de pouvoir passer au stade adulte et sortir de son hôte (5).

    Les Ichneumonidés sont haplo-diploïdes, et pratiquent la parthénogenèse arrhénotoque (leurs œufs fertilisés sont femelles et ceux non-fertilisés sont mâles). Les œufs des Ichneumonidés sont formés dans les ovaires, et sont interconnectés dans un réseau d’ovocytes qui les alimentent en nutriments. Si un Pimpliné (sous-famille de Exeristes) femelle ne trouve pas de nourriture, elle réabsorbera d’abord ses oocytes puis ses muscles. Les Pimplinés peuvent régénérer leurs oocytes, mais pas leurs muscles de vol (5).

    Pour finir, l’espèce E.comstockii , et les Ichneumonidés en général, jouent un rôle important en agriculture, car ils peuvent être utilisée dans la lutte biologique contre des espèces nuisibles, notamment les lépidoptères, sans avoir recourt à des produits chimiques (4).à

    Références:
    1) Coppel H.C., Mertins J.W (2012). Biological Insect Pest Suppression. Springer Science & Business Media, p.75,83 (Biological Insect Pest Suppression)

    2) Gauld I., Bolton B. (1988). The Hymenoptera. British Museum (Natural History) Oxford University Press. p.196 à 200, p.202.
    3) Heimpel G. E., Collier T. R. (1996). The evolution of host-feeding behavior in insect parasitoids. Biological Reviews, 71: 373–400
    4) Hoy, M., C.Herzog D., (2012). Biology Control in Agriculture IPM System. Elsevier Science, p.126
    5) Quicke, D. L. J. (2014). Immature Stages, in The Braconid and Ichneumonid Parasitoid Wasps: Biology, Systematics, Evolution and Ecology. John Wiley & Sons p.
    6) Sir Andrewes, C. (1969) The Libes of Wasp and Bees. Chatto &Windys p.12
    7) Wajnberg E., Bernstein C., Van Alphen J., (2008). Behavioral Ecology of Insect Parasitoids: From theoretical approaches to field applications. John Wiley & Sons, p.3,7

    8) Gilles Bourbonnais. Hyménoptère. Cégep de Saint-Foy. Note de cour :

  • Chrysops aberrans (Meigen 1803)

    BIO_2440                                         Rédaction d’espèce                                     automne 2015

     

    Geneviève MARTEL et Charles TREMBLAY

    Édité par Étienne Normandin

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, Geneviève Martel et Charles Tremblay

    Chrysops aberrans

    MORPHOLOGIE

    On sépare l’anatomie externe de l’insecte en trois sections: la tête, le thorax et l’abdomen. Chaque partie est séparée par une légère constriction.

    Print

    Chrysops aberrans mesure environ 1 cm et est brune et noire sur le thorax et l’abdomen. Le thorax est séparé en trois sections: le prothorax, le mésothorax et le métathorax. Chacun de ces segments comporte une paire de pattes. Il n’y a qu’une paire d’ailes attachées sur le mésothorax, elles sont d’ailleurs traversées par une bande plus foncée. L’abdomen est composé de métamères distinguables par leur bordure plus pâle. L’espèce est caractérisée par les deux lignes longitudinales foncées qui traversent le dos de son abdomen. Le premier métamère de leur abdomen est divisé en 2 tergites sur la face supérieure. [1]

    morpho

    morpho

    Chrysops aberrans a de grands yeux composés et de longues antennes robustes. Les femelles sont facilement caractérisées par le dimorphisme sexuel. Elles possèdent un espace entres leurs yeux, comme notre spécimen. [1] Tandis que les mâles ont les yeux accolés à l’avant. Les ocelles se trouvent sur le dessus de la tête. L’appareil buccal externe est très modifié. Les mandibules et les maxilles sont longues et robustes. [1]

    morpho

    Classification de l’espèce

    Notre spécimen appartiendrait à l’espèce Chrysops aberrans, selon la classification suivante:

    Classification 

    Règne : Animalia

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Sous-classe : Pterygota

    Infra-classe : Neoptera

    Ordre : Diptera

    Sous-Ordre : Brachycera

    Infra-ordre : Tabanomorpha

    Famille : Tabanidae

    Sous-famille : Chrysopsinae

    Tribu : Chrysopsini

    Genre : Chrysops

    Espèce : Chrysops aberrans (Meigen, 1803).

    BIOLOGIE DE L’ESPÈCE

    Habitat et aire de répartition

    On retrouve cette espèce de diptère dans le sud de l’Ontario et du Québec, avec une petite population isolée qu’on retrouve au Nouveau-Brunswick. Cette population est liée aux populations du nord des États-Unis, dans les états du Minnesota et du Missouri. La période de vol de Chrysops aberrans s’étend de mai à septembre, même si on a déjà recensé cette espèce plus tard à l’automne. [5] Les diptères du genre Chrysops résident dans une grande diversité de milieux, allant des forêts au climat tempéré aux monts rocheux de l’ouest du Canada. [2]

    Alimentation

    Afin de soutenir leurs activités métaboliques, les mouches du genre Chrysops ont besoin de grandes quantités de sucre. L’acquisition se fait par le nectar des fleurs, ou par les sécrétions des pucerons lorsque ceux-ci se nourrissent de la sève des plantes. L’énergie ainsi obtenue permettra à l’organisme de se déplacer en vol, mécanisme important lors de l’accouplement ou lors de la recherche de sang pour la gestation (la recherche de sang est effectuée par les femelles, qui en ont besoin afin de produire et développer des oeufs). [3]

    Cycle de vie

    Les adultes émergent généralement des pupes dans le matin, et après avoir laissé le temps aux ailes de se durcir, ils sont capables de voler, généralement dans la même journée. Les adultes ont une durée de vie de 30 à 60 jours. Durant cette période, ils doivent se reproduire et effectuer la recherche de repas de sang afin de combler les besoins énergétiques liés à la reproduction. Il est à noter que les femelles sont beaucoup plus abondantes que les mâles. [4]. Lorsque la femelle a été accouplée, elle va chercher un site de ponte. Ce site est généralement sur une feuille de plante semi-aquatique au-dessus d’un plan d’eau (étang, fossé, marécage, marais). La ponte peut aussi s’effectuer sur une plante surplombant un sol très humide. Les larves émergeront quelques heures seulement après la ponte. Elles tomberont ainsi dans l’eau ou le sol très humide où elles se nourriront de matière organique en décomposition. Les larves de Tabanides occupent donc un rôle important dans les cycles de décompositions de la matière organique. Les individus ont une durée de vie d’environ un an, et passent l’hiver au stade larvaire. Lorsque le printemps ou le début de l’été arrive, ils passent au stade de pupe.

    Reproduction

    Lors de la reproduction, les mâles se positionnent à des endroits stratégiques (rochers, branches) près d’un corridor emprunté par des femelles et attendent qu’une d’entre elles passe. La plupart du temps, ces stations sont situées au sommet d’une colline. Une poursuite dans les sous-bois ou parfois au-dessus de la canopée sera alors entamée par un (ou plusieurs) mâle. Si la tentative est infructueuse, le mâle retournera se positionner à sa station, sinon un couple est formé et le mâle inséminera la femelle. [7]

    Contrôle et lutte biologique

    Il n’y a présentement pas de programme de contrôle biologique pour le genre Chrysops, mais plusieurs possibilités s’offrent à l’homme. Quelques groupes d’hyménoptères sont des parasites de ce diptère. Les oeufs peuvent être parasités par des Trichogrammatidae, des Scelionidae ou des Chalcididae. Les larves et les pupes peuvent elles aussi succomber au parasitisme d’autres insectes, dont les Tachinidae (Diptère) et les Pteromalidae (Hyménoptère). Certaines espèces de guêpes peuvent stocker et utiliser les adultes comme réserve. Le Pluvier kildir, un oiseau limicole de la famille des Charadriidae, utilise lui aussi les mouches à chevreuil comme source de nourriture. [6]

    Références

    [1];[4];[5];[7] Teskey, H.J. (1990). The insects and arachnids of Canada, part 16: The horse flies and deer flies of Canada & Alaska, Diptera: Tabanidae. Agriculture Canada. 386 p.

    [2] W. Thomas, A., A. Marshall, S. Tabanidae of Canada, east of the Rocky Mountains 1: a photographic key to the species of Chrysopsinae and Pangoniinae (Diptera: Tabanidae). Canadian journal of arthropod identification. (CJAI 08, June 25, 2009).

    [3];[6] University of Florida : common name: deer flies, yellow flies and horse flies. scientific name: Chrysops, Diachlorus, and Tabanus spp. (Insecta: Diptera: Tabanidae).

  • Ibalia leucospoides (Hochenwarth 1785)

    Par Vincent LESSARD et Virginie MÉNARD-OUELLETTE

    Édité par Étienne Normandin


     

    Photo d'Ibalia
    Photographie 1 : Spécimen d’Ibalia leucospoides capturé à la Station de Biologie des Laurentides (Photo prise par Vincent Lessard)

    Un caractère morphologique qui permet de confirmer l’appartenance à la super-famille des Cynipoidea est l’absence de radicule, c’est-à-dire la portion la plus basale du scape de l’antenne, de forme relativement conique et qui lie l’antenne à la tête. Ce radicule est présent chez toutes les hyménoptères à l’exception des Cynipoidea(2).

     

    Figure 1 : Représentation des veines C et R de l’aile antérieure, clairement distinctes l’une de l’autre. (Inspirée de Goulet et al., 1993)
    Figure 2 : Vue dorsale du scape de l’antenne, ou on peut voir pas présence (a et b) ou l’absence (c) de radicule. Un examen au microscope de la tête de notre spécimen montre qu’il appartient à la catégorie « c ». (Inspirée de Ronquist, 1995b) (3).

    Puis, pour en arriver à la famille des Ibaliidae, nous avons utilisé une clé d’identification des familles de Cynipoidea(1). Les critères qui nous ont permis d’en arriver à la bonne famille sont les suivants :

    • La « cellule R1 » de l’aile antérieure est au moins 9 fois plus longue que large.
      Photographie 1 : Aile antérieure gauche de notre spécimen
      Photographie 2 : Aile antérieure gauche de notre spécimen (Photo prise par Vincent Lessard)

       

       

       

     

     

    Figure 3 : Cellule R1 de l’aile (Inspirée de Goulet et al., 1993)
    • Le premier segment du tarse de la patte antérieure est aussi long ou plus long que les autres segments combinés
    patte ibalia
    Photographie 3 : Ibalia leucospoides où on peut bien voir les segments du tarse. (Photo: Henri Goulet (Agriculture and Agri-Food Canada))
    • Abdomen relativement rectangulaire et fortement compressé latéralement à partir du 2e segment.
    Photographie 3 : Vue arrière de notre spécimen. La partie rouge est l’abdomen et on peut voir qu’il est fortement compressé latéralement.
    Photographie 4 : Vue arrière de notre spécimen. La partie rouge est l’abdomen et on peut voir qu’il est fortement compressé latéralement. (Photo prise par Vincent Lessard)

    En plus de ces critères, il était aussi mentionné que les espèces de la famille Ibaliidae mesurent entre 10mm et 30mm, ce qui est le cas de notre individu qui mesurait environ 16mm. Au contraire, les autres familles de Cynipoidea dépassent très rarement les 15mm.

    Afin de déterminer le genre et l’espèce, ce n’est pas difficile puisque le seul genre présent en Amérique du Nord (4) est le genre Ibalia. L’espèce peut être identifiée grâce à une comparaison de la coloration des ailes chez différentes espèces du genre Ibalia que l’on rencontre en Amérique du Nord (4). L’aile ressemblant le plus à celle de l’insecte étudié est celle de Ibalia leucospoides, indiquant qu’il devait s’agir de cette espèce.

    Classification :

    Règne : Animalia
    Embranchement : Arthropoda
    Sous-embranchement : Hexapoda
    Classe : Insecta
    Ordre : Hymenoptera
    Sous-ordre : Apocrita (Parasitica)
    Super-famille : Cynipoidea
    Famille : Ibaliidae
    Genre : Ibalia
    Espèce : Ibalia leucospoides (Hochenwarth 1785)

    L’espèce Ibalia leucospoides serait divisée en deux sous-espèces, soit I. leucouspoides leucospoides (Hochenwarth, 1785) et I. leucospoides ensiger (Norton, 1862). Selon l’identification faite précédemment à l’aide du motif des ailes, il semblerait que l’individu capturé appartienne à la sous-espèce I. l. ensiger puisque l’aile la plus semblable appartient à cette sous-espèce. Cependant, comme nous ne savons pas à quoi ressemble l’aile de I. l. leucospoides, ni même si elle diffère de celle observée, nous ne pouvons affirmer avec certitude la sous-espèce à laquelle appartient notre spécimen. Pour cette raison, le texte qui suit décrira l’espèce Ibalia leucospoides en général, initialement décrite par Hochenwarth en 1785 et incluant les deux sous-espèces.

    Biologie de l’espèce :

    Ibalia leucospoides est une espèce très présente naturellement en Europe et en Amérique du Nord, alors qu’Ibalia leucospoides ensigner est la sous-espèce retrouvée partout aux États-Unis ainsi qu’au Canada, sauf dans les provinces maritimes et les territoires du Nord (5). Elle est principalement retrouvée dans les forêts de conifères. Les arbres des genres Abies, Cupressus, Libo, Cedrus, Picea et Pinus sont ceux qui sont le plus communs en présence d’I. leucospoides (6).

    C’est une espèce qui est parasitoïde, c’est-à-dire qu’elle a besoin d’un autre organisme afin de croitre, mais elle finit par le tuer, contrairement aux parasites qui ne tuent pas leurs hôtes.  Elle pond ses œufs soit sur les œufs de l’hôte en question ou lorsqu’il est à son premier stade larvaire.  Ainsi, les larves d’Ibalia demeurent endoparasites, c’est-à-dire qu’elles vivent et  se nourrissent de l’intérieur de leur hôte, jusqu’à ce que ce dernier atteigne un 3e stade larvaire (6). Ensuite, elles émergent de leur hôte et se nourrissent de ce qui reste de l’extérieur jusqu’à ce qu’elles atteignent elles-mêmes leur stade de nymphe. Elles sont au stade adulte normalement entre le mois d’avril et celui d’octobre, et leur cycle de vie est d’environ 1 an (6). Comme elles font partie de l’ordre des Hyménoptères, elles sont holométaboles, ce qui signifie qu’elles ont une métamorphose complète. Les mâles ont normalement tendance à éclore un peu plus tôt que les femelles.

    Les guêpes Ibalia leucospoides ont toutefois un rôle écologique important. En effet, ce sont des parasites des guêpes de bois des genres Sirex, Urocerus, et Xeris (5), qui elles, nuisent énormément aux espèces de conifères cités précédemment. Les guêpes de bois, appelées communément « wood wasp » en anglais, sont en fait diverses familles non reliées d’hyménoptères du sous-ordre Symphyta et dont on retrouve la larve dans le bois (7). Donc, si I. leucospoides s’attaque aux larves et aux œufs des guêpes qui sont des parasites pour ces arbres, elles permettent à ces derniers d’avoir une meilleure croissance avec moins de parasites. À cette fin, elles sont parfois introduites dans des milieux où une espèce invasive fait beaucoup de dommages afin de les minimiser et de protéger la végétation. C’est d’ailleurs le cas en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud, entres autres, où I. leucospoides ensigner a été introduite pour contrôler les populations de Sirex noctilio (Fabricius, 1793) qui causent énormément de dommages dans les plantations de pins (Pinus spp.) (8).

    Une fois adultes, les deux sexes d’Ibalia leucospoides diffèrent en quelques points. D’abord, les antennes des femelles possèdent 13 segments alors que celles des mâles n’en possèdent que 11(5). De plus, les femelles ont un oviscapte modifié ressemblant légèrement à un couteau de par sa forme effilée, et qui est rattaché à leur abdomen pour leur permettre de pondre des œufs sur l’hôte. Les mâles et les femelles répondent à différents stimuli, puisqu’ils n’ont pas le même mode de vie. Effectivement, le mâle doit simplement trouver des femelles pour se reproduire, alors qu’une grande partie de la vie adulte des femelles est vouée seulement au maintien de la reproduction, et donc de veiller à ce qu’elle ait une bonne production d’œufs. Elle a donc besoin de se nourrir, soit à partir d’aliments contenant beaucoup de sucre d’origine florale ou bien à partir d’un hôte. La production d’œufs sera différente selon son alimentation. Plusieurs autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte lors du butinage, dont la température, le degré d’humidité, l’intensité lumineuse ainsi que le vent (9). En ce qui concerne la reproduction, elle se produit immédiatement après l’émergence des femelles adultes. Les mâles émergeant plus tôt, ils ont le temps de trouver un site d’émergence de femelles, et lorsque c’est fait, ils frottent leurs antennes sur celles de la femelle. Si cette dernière accepte le mâle, une copulation de deux à trois minutes s’ensuit (10).

    Comme plusieurs autres insectes, Ibalia leucospoides communique avec son environnement grâce au toucher, mais surtout grâce à son odorat (antennes) et aux différentes interactions chimiques . Le butinage dépend surtout de l’odorat de la guêpe. Aussi, pour la ponte des œufs, Ibalia leucospoides ensigner est sensible aux différents composés volatils émanant du venin de Sirex noctilio, ce qui l’aide énormément pour les localiser. De plus, S. noctilio forme une symbiose obligatoire avec un champignon nommé Amylostereum areolatum, champignon duquel émane aussi des composés volatils qui aideraient la femelle I. leucospoides à trouver un arbre hôte où pondre ses œufs (5). Lors de la ponte, la femelle insère son ovipositeur dans un « tunnel » dans le bois et dans lequel l’hôte a pondu ses œufs. Si I. leucospoides trouve un œuf ou une larve à ses premiers stades, elle pondra un œuf à l’intérieur de son hôte. Le cycle de vie complet de cette espèce peut durer entre un an et 3 ans, selon l’espèce hôte choisie ou selon l’espèce d’arbre hôte (10).

    Références:

    1. Goulet, H., Huber, J. T., & Branch, C. A. C. R. (1993). Hymenoptera of the World: An Identification Guide to Families. Agriculture Canada.
    1. Ronquist, F. (1999). Phylogeny, classification and evolution of the Cynipoidea. Zoologica Scripta, 28(1-2), 139–164. Repéré à http://doi.org/10.1046/j.1463-6409.1999.00022.x
    1. Ronquist, F. (1995). Phylogeny and early evolution of the Cynipoidea (Hymenoptera). Systematic Entomology, 20(4), 309–335. Repéré à http://doi.org/10.1111/j.1365-3113.1995.tb00099.x
    1. Entomological Society of Washington, (1992). Proceedings of the Entomological Society of Washington. (Vol. v 94 1992). Washington, etc. : Entomological Society of Washington. Repéré à http://www.biodiversitylibrary.org/item/54937
    1. Robertson, D. J. (2014). CHEMICAL ECOLOGY OF IBALIA LEUCOSPOIDES ENSIGER. Repéré à http://doi.org/10.13140/RG.2.1.2799.8886
    1. Robertson, D. J. & Gandhi, K. J. K. Ibalia leucospoides ensigner [En ligne]. Repéré à http://www.biocontrol.entomology.cornell.edu/parasitoids/ibalia.php
    1. Wood wasp. (s. d.). Dans Wikipédia, l’encyclopédie libre. Repéré le 24 octobre 2015 à https://en.wikipedia.org/wiki/Wood_wasp
    1. Van Noort, S. (2004). Ibalia leucospoides (Hochenwarth) [En ligne]. Repéré à http://www.waspweb.org/Cynipoidea/Ibaliidae/Ibalia/Ibalia_leucospoides.htm
    1. Pietrantuono, A. L., Fernández-Arhex, V., Jofré, N., & Corley, J. C. (2012). Food and Host Searching Decisions Made by Ibalia leucospoides (Hymenoptera: Ibaliidae), a Parasitoid of Sirex noctilio (Hymenoptera:Siricidae). Journal of Insect Behavior, 25(4), 320–327. Repéré à http://doi.org/10.1007/s10905-011-9301-9
    1. Bryant, P. W. (2010). Kairomonal attraction of the parasitoid ibalia leucospoides (hymenoptera: Ibaliidae) to volatiles of the fungus amylostereum areolatum, an obligate symbiont of the european woodwasp, sirex noctilio (Ph.D. diss., State University of New York College of Environmental Science and Forestry, Syracruse, NY). Récupéré à http://search.proquest.com/docview/861747539?accountid=12543

     

  • Sympetrum vicinum (Hagen 1861)

    Le sympétrum tardif

    Par Titouan EON-LE-GUERN et Ly-Anne HAMEL

    Édité par Étienne Normandin

    Photo d'un Sympetrum vicinum, creative common
    Photo d’un Sympetrum vicinum, creative common
    Figure 1 : Photographie d'un Sympetrum vicinum capturé à la Station biologique des Laurentides le jeudi 03 septembre 2015
    Figure 1 : Photographie d’un Sympetrum vicinum capturé à la Station biologique des Laurentides le jeudi 03 septembre 2015

    I- Identification du spécimen et morphologie

    L’identification de notre spécimen a été possible grâce à la clé d’identification des libellules du Québec (Adrien Robert, 1963).

    Tout d’abord, il faut distinguer deux sous-ordres dans l’ordre des Odonates : les anisoptères et les zygoptères. On peut les reconnaître grâce à la position et à la taille de leurs ailes. En effet, les zygoptères possèdent des ailes antérieures et postérieures de forme et de taille semblables qui, au repos, sont repliées l’une contre l’autre. Les anisoptères, quant à eux, ont des ailes postérieures plus larges à la base que leurs ailes antérieures. La figure 1 montre bien qu’il s’agit d’un insecte du sous-ordre des anisoptères.

    Le triangle des ailes antérieures et le triangle des ailes postérieures n’ont pas la même orientation spatiale. De plus, la distance entre l’arculus et le triangle des ailes antérieures est plus grande que celle des ailes postérieures. Les nervures antodénales forment également des lignes continues, symétriques par rapport à la nervure sous-costale.

    Figure 2 : Photographie des ailes antérieures et postérieures de Sympetrum vicinum
    Figure 2 : Photographie des ailes antérieures et postérieures de Sympetrum vicinum

    Le triangle des ailes antérieures à une forme étroite. L’angle anal des ailes postérieures est arrondi chez le mâle comme chez la femelle et il n’y a pas d’auricule. La courbure anale de l’aile postérieure est de la forme d’une botte. Les ailes sont transparentes sans reflet métallique. Il s’agit donc de la famille des Libellulidés.

    Figure 3 : Photographie des ailes de Sympetrum vicinum afin de montrer où se trouvent la courbure anale et l'angle anal
    Figure 3 : Photographie des ailes de Sympetrum vicinum afin de montrer où se trouvent la courbure anale et l’angle anal

    La branche de la médiane M2 n’a pas de sinuosité vers son milieu et sur les ailes postérieures la première nervure cubitale (Cu1) commence à l’angle caudal du triangle. De plus les ailes sont colorées en brun à leur base et sont entièrement hyalines.

    Figure 4 : Emplacement des nervures M2 et Cu1 sur l'aile postérieure de Sympetrum vicinum
    Figure 4 : Emplacement des nervures M2 et Cu1 sur l’aile postérieure de Sympetrum vicinum

    On peut aussi remarquer que la face de notre spécimen est brune et jaune. Il s’agit donc du genre Sympetrum.

    Figure 5 : Photographie de la tête de Sympetrum vicinum
    Figure 5 : Photographie de la tête de Sympetrum vicinum

    Les côtés du thorax de la libellule sont rouges et le bord ventral des appendices anaux supérieurs n’ont pas de dents. Il s’agit donc de Sympetrum vicinum.

    Figure 6 : Photographie du thorax de Sympetrum vicinum
    Figure 6 : Photographie du thorax de Sympetrum vicinum
    Figure 7 : Photographie des appendices anneaux de Sympetrum vicinum
    Figure 7 : Photographie des appendices anneaux de Sympetrum vicinum

    II- Classification

    Notre spécimen appartient à l’espèce Sympetrum vicinum selon la classification suivante:

    Règne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Sous-embranchement: Hexapoda

    Classe: Insecta

    Ordre: Odonata

    Sous-ordre: Anisoptera

    Famille: Libellulidae

    Genre:Sympetrum

    Espèce: Sympetrum vicinum (Hagen, 1861)

     

    III- Habitat

    Sympetrum vicinum est l’une des espèces d’anisoptères les plus nombreuses en Amérique du Nord. Au Québec, elle est principalement trouvée au sud où se situent les érablières à caryer cordiforme et à tilleul. Les basses terres du Saint-Laurent en sont donc très peuplées (Savard, 2013).

    Elle favorise comme habitat des emplacements où la nourriture est abondante pour les larves. Selon une étude de l’odonatofaune du parc national de la Yamaska effectuée en 2005, les Sympetrum vicinum étaient présentes autour du réservoir Choinière, du ruisseau Fleurant-Messier, de l’étang à castor, des mares (peu ou très eutrophiées) et des champs en friche. En revanche, elles étaient absentes de la rivière Yamaska Nord, témoignant de la nécessité d’un courant faible ou absent pour leur développement (Perron et al, 2005). Cette espèce est donc qualifiée d’ubiquiste puisqu’elle peut habiter plusieurs types d’habitat autour de plans d’eau calme. Bien que la végétation aquatique ne semble pas avoir d’incidence sur la présence de ces anisoptères, ces biotypes ont en commun une végétation terrestre très dense. En fin de journée, ces libellules peuvent ainsi se poser sur certains arbustes (Kalmia angustifolia, Viburnum cassinoides, Alnus incana ssp. rugosa) ou sur des branches et des troncs d’arbre ensoleillés (Savard, 2013).

     

    IV- Alimentation

    Les larves de Sympetrum vicinum se trouvent au fond des lacs et des étangs. Elles attaquent les proies qui passent à proximité. Les adultes, quant à eux, se posent sur la végétation et attendent que de petits insectes volants passent près d’eux. C’est alors qu’ils s’envolent et partent à la poursuite de leur proie (Corbet, 1999). Préférant des insectes d’une grandeur de 2mm, ces libellules peuvent toutefois se rabattre sur de plus grands spécimens (3-5 mm) lorsque la rigueur de l’automne affecte la population de proies

     

    V- Cycle de vie

    Les Odonates ont une métamorphose incomplète (hémimétabole) : leur cycle vital se fait en trois étapes différentes : l’œuf, la larve et l’adulte. La durée de vie d’un sympétrum tardif n’excède pas un an.

    Les oeufs éclosent au début du printemps quand la température de l’eau atteint 10°C. Le stade larvaire n’a lieu qu’au printemps et à l’automne. Après la mue, la larve grandit et change de couleur. Ce processus dure environ une heure. Après plusieurs mues, Sympetrum vicinum montre des signes de sa forme finale. Un individu met entre une et sept semaines avant d’atteindre la forme adulte à partir du début du mois de juin. Dès ce moment, la libellule n’a que deux buts : manger et se reproduire. Le stade pré-reproductif (ténéral) peut durer entre trente et quatre-vingt-sept jours selon la zone où on trouve les individus. Une fois la maturité sexuelle atteinte, les libellules cherchent un partenaire, pondent des oeufs puis meurent peu de temps après. (Corbet, 1999)

    L’adulte de Sympetrum vicinum a une période d’activité de vol parmi les plus tardives, débutant au plus tôt à la fin juillet et pouvant s’étirer jusqu’en début novembre. À la fin de cette période, l’accouplement et la ponte peuvent encore avoir lieu dans certaines flaques d’eau ensoleillées où le vent est doux, alors que d’autres ont déjà commencé à geler (Perron et al, 2007). Cette tardiveté est permise par des adaptations physiologiques telles que la faible température minimale nécessaire à leur vol ainsi que leur digestion plutôt rapide à température basse. De plus, un postural leur permet de conserver une température corporelle stable jusqu’à un minimum de 10 degrés Celsius (May, 1998).

     

    VI- Reproduction

    La fécondation se fait en vol après que le mâle ait identifié une femelle de la même espèce. Le sperme est alors inséré dans la femelle. Après la fécondation, le mâle et la femelle demeurent attachés ensemble en tandem. Lorsqu’elle est à la recherche d’un lieu de ponte, une paire de libellules peut être attirée par la présence d’autres paires, suggérant une attraction mutuelle entre elles qui n’affecte pas l’efficacité de la ponte. Cette présence témoigne également de l’absence de prédateurs dans les environs (McMillan, 2000). La ponte se fait par la femelle lorsqu’elle trempe la pointe de son abdomen à la surface d’un plan d’eau. Ce n’est qu’à ce moment que les deux pièces génitales se détachent l’un de l’autre (Corbet, 1999).

     

    VII- Écologie

    Selon une étude effectuée en 2013 sur les odonates du Lac-Saint-Jean, la population de Sympétrum tardif située la plus au nord a été répertoriée dans le parc national de la Pointe-Taillon (PNPT). Ces chercheurs ont avancé que son aire de répartition devait être plus étendue il y a 6000 à 7000 ans, alors que le climat était plus clément. Le refroidissement de la région ainsi que la formation de tourbières acides auraient causé un isolement de la population. C’est dans l’habitat du castor qu’elle a toutefois trouvé refuge, puisque ce mammifère «régule le débit des cours d’eau, tamponne les apports acides, augmente la température de l’eau en aval des étangs, éclaircit le couvert forestier et crée une variété d’habitats humides» (Savard, 2013). Cette coexistence a donc été primordiale à la survie des Sympetrum vicinum dans la région.

    Bibliographie

    1. Corbet, P. (1999). Dragonflies : Behavior and Ecology of Odonata. Ithaca, New York: Cornell University Press.
    2. May, M. L. (1998). Body temperature regulation in a late-season dragonfly, Sympetrum vicinum (Odonata: Libellulidae). Dans International Journal of Odonatology (Vol. 1, p.1-13). New Jersey : Taylor & Francis Group.
    3. McMillan, V. E. (2000). Aggregating Behavior During Oviposition in the Dragonfly Sympetrum vicinum (Hagen) (Odonata: Libellulidae). Dans The American Midland Naturalist (Vol. 144, p. 11-18). New York: University of Notre Dame.
    4. Perron, J.-M. & Ruel, Y. (2007). Saison de vol des Odonates du Territoire du marais Léon-Provancher, Neuville, division de rencensement de Portneuf (Québec). Dans Le Naturaliste canadien (Vol. 126, n.2, p.13-17). Québec : GID.
    5. Perron, J.-M., Jobin, L.-J. & Mochon, A. (2005). Odonatofaune du parc national de la Yamaska, division de recensement de Shefford, Québec. Dans Le Naturaliste canadien (Vol 129, n.2, p.17-25). Société Provancher d’histoire naturelle du Canada.
    6. Robert, A. (1963). Les libellules du Québec. Station biologique du Mont Tremblant, Service de la recherche, Ministère de la chasse et des pêcheries.
    7. Savard, M. (2013). Inventaire automnal des odonates au Saguenay-Lac-Saint-Jean : découverte d’une population du sympétrum tardif. Dans Le Naturaliste canadien (Vol. 137, n.1, p.25-32). Société Provancher d’histoire naturelle du Canada.
    8. Worthington, A., Haggert, K. & Loosemore, M. (2005). Seasonality of prey size selection in adult Sympetrum vicinum (Odonata : Libellulidae). Dans International Journal of Odonatology (Vol.8, n.1, p.169-176). NY: Taylor & Francis Group.
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