Author: Étienne Normandin

  • Lumineux coléoptères

    Lumineux coléoptères

    Article par Joanie Guillemet

    (édité par Étienne Normandin)

    Qui, lors d’une belle soirée de début d’été, n’a pas vu quelques petits points lumineux se balader dans les airs? Quel enfant n’a pas voulu en attraper pour se faire une lanterne…?

    On a beau appeler cet insecte « mouche à feu », il s’agit en fait d’un coléoptère et non d’un diptère… Ces insectes appartiennent à la famille des lampyridae, une famille comptant plus de 2000 espèces, réparties de par le monde. Juste au Québec, on en compte neuf espèces différentes.

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    Luciole, par Terry Priest, sous une licence « creative common » CC BY-SA 2.0.

    Ces fameux coléoptères que l’on nomme également lucioles, lampyres ou vers luisants sont fascinants parce qu’ils produisent une lumière froide, allant du jaune au vert, grâce à leurs organes lumineux, appelés « photophores » situés dans les derniers segments de leur abdomen.

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    Lucioles dans un champs. Photo de Flickr s58y par une licence « Creative Commons ».

    La production de cette jolie lumière est complexe et fort utile pour cette famille de coléoptères.

    On dit que pour produire une lumière d’intensité équivalente à une bougie, il faudrait environ 5000 lucioles bien actives.

    D’abord, il faut savoir que cette lumière est produite par une chaîne de réactions dont l’oxydoréduction (réaction de substances au contact de l’oxygène). Il s’agit d’un phénomène complexe qui n’est pas uniquement propre aux lucioles. Plusieurs espèces vivantes sont bioluminescentes.

    Brièvement, voici comment les lucioles produisent de la lumière. Comme mentionné précédemment, les photophores sont de petits organes qui tapissent l’extrémité de l’abdomen (derniers segments) de la luciole. De chaque côté de l’abdomen de la luciole, il y a des trachées qui permettent de faire entrer l’oxygène dans le corps de la luciole. Les photophores sont formés de cellules lumineuses appelées les photocytes. Ces cellules lumineuses sont groupées autour des trachées. À l’intérieur des photocytes, on retrouve de petits organites ; les peroxysomes. C’est à l’intérieur de ces peroxysomes que la protéine luciférine entre en contact avec l’enzyme luciférase. La réaction chimique qui en découle entraînera l’émission de photons et donc, de lumière!

    Source : http://tpe-bioluminescence.e-monsite.com/pages/1-a-reaction-entre-luciferine-et-luciferase.html
    Source : http://tpe-bioluminescence.e-monsite.com/pages/1-a-reaction-entre-luciferine-et-luciferase.html

    Chimiquement, le « substrat » composé de luciférine, d’ATP et de magnésium (Mg2) entre en contact avec l’enzyme luciférase et l’oxygène. Le résultat de cette rencontre produit de l’oxyluciférine ( réaction d’oxydoréduction) et des photons, de même que de la luciférase. L’oxyluciférine, dans un état excité retournera à un état stable en produisant des photons (lumière) et en émettant du CO2.

    Source : http://tpe-bioluminescence.e-monsite.com/pages/1-a-reaction-entre-luciferine-et-luciferase.html
    Source : http://tpe-bioluminescence.e-monsite.com/pages/1-a-reaction-entre-luciferine-et-luciferase.html

    Au Moyen-âge, bien avant de connaître l’explication scientifique de l’émission luminescente de la luciole, on pensait que la lumière produite par ces insectes était en fait l’expression de l’esprit des morts. Par peur, on vénérait ces insectes.

    On sait maintenant que cette production lumineuse a plusieurs utilités.

    Tout d’abord, il s’agit d’un moyen de communication qui favorise la reproduction. Les mâles, en vol, émettent un signal lumineux relativement faible. Les femelles de leur espèce leur répondent avec un signal plus intense. De plus, les mâles ont les yeux extrêmement sensibles à la lumière ce qui leur permet de trouver rapidement une partenaire disponible.

    La reproduction se fait donc à la noirceur, au printemps et au début de l’été. Après l’accouplement, la femelle dépose ses œufs dans un endroit humide et meurt peu après. Quant au mâle, sitôt l’accouplement terminé, il meurt.

    Il est également intéressant de savoir que chaque espèce a son propre signal lumineux. La luciole émet des molécules d’acide nitrique qui contrôlent l’interruption du signal lumineux et permettent de suivre le rythme propre à l’espèce.

    On peut aussi considérer que c’est une stratégie d’alimentation. Les femelles attirent les mâles d’une autre espèce pour s’en faire un repas facile.

    C’est également un moyen de protection – cette lumière annonce leur mauvais goût. Certaines larves et oeufs produisent également de la lumière, ce qui tend à confirmer cette hypothèse.

    Un élément important consiste également dans le fait qu’une forte présence de lampyridae dans un milieu est un bioindicateur valable pour démontrer de la santé de l’environnement nocturne. La pollution lumineuse nocturne, l’utilisation d’insecticides et les dérèglements climatiques font malheureusement en sorte que les lucioles sont en voie de régression.

    La prochaine fois que vous aurez la chance de voir des lucioles en période de reproduction, prenez le temps de contempler ce spectacle fascinant.

    Pour en savoir plus :

    http://bugguide.net/node/view/85

    http://animals.nationalgeographic.com/animals/bugs/firefly/ (belles photos)

    http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/lucioles

    http://www.lesinsectesduquebec.com/insecta/24-coleoptera/lampyridae.htm

    http://seq.qc.ca/mdi/ficheLuciole.html

    http://tpe-bioluminescence.e-monsite.com/pages/1-a-reaction-entre-luciferine-et-luciferase.html

     Gracci, Fiorenza. Science et Vie. D’où vient la lumière des lucioles. Avril 2014. http://www.science-et-vie.com/article/d-ou-vient-la-lumiere-des-lucioles-4945.

     Keller, Gilbert-Andre et al. Firefly luciferase is targeted to peroxisomes in mammalian cells. May 1987. http://europepmc.org/backend/ptpmcrender.fcgi?accid=PMC304849&blobtype=pdf.

    Vidéo intéressant :

    http://assets.nationalgeographic.com/modules-video/latest/assets/ngsEmbeddedVideo.html?guid=00000156-5ca0-dca8-ab77-7df87ca10000

  • Et si Michael Phelps compétitionnait contre gyrin?!

    Et si Phelps compétitionnait contre Gyrin?!

    Article par Joanie Guillemet

    Édité par Étienne Normandin

    Vous suivez les Jeux Olympiques de Rio à la télévision?

    Vous avez été épatés par la performance de Michael Phelps au 200m « papillon »?

    Et bien, nous aussi!

    Rapidement, nous nous sommes demandés si certains insectes avaient le potentiel de battre le grand médaillé d’or… L’idée nous est venue de comparer la rapidité de l’athlète olympique à celle d’un gyrin, réputé comme étant extrêmement rapide!

    Afin d’obtenir des données fiables sur la vitesse qu’atteint ce petit coléoptère lorsqu’il nage, nous avons consulté un article scientifique que vous retrouverez en référence. Selon cette source, le gyrin de 5,23mm a parcouru 0,5268m en 1 seconde… Ce vidéo vous permettra d’observer le coléoptère tourniquet en action :

    Quant à Michael Phelps, il mesure 1,93m et a parcouru 200m en 1 :51 :51m. Vous pouvez observer sa performance sur le vidéo suivant :

    Nous avons sorti nos calculatrices afin de ramener ces chiffres sur une échelle commune, pour fin de comparaison… Michael Phelps a parcouru 1,79m/s, donc 0,92m/s par mètre de taille et le gyrin, quant à lui, a parcouru 100,73m/s par mètre de taille!

    En proportion, le gyrin est donc approximativement 100 fois plus rapide que Michael Phelps! Malheureusement pour l’athlète olympique, il ne fait pas le poids face à un gyrin bien entraîné!

    Nous voilà encore bouche bée devant la performance d’un insecte… et d’un olympien!

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    Michael Phelps qui se demande s’il fait le poids contre un Dyneutes sp.

    Référence :

    Experimental Studies and Dynamics Modeling Analysis of the Swimming and Diving of Whirligig Beetles (Coleoptera: Gyrinidae), 2012.

    http://dx.doi.org/10.1371/journal.pcbi.1002792

     

Collection Ouellet-Robert