Tag: Staphylinidae

  • Creophilus maxillosus (Linnaeus 1758)

    Creophilus maxillosus (Linnaeus 1758)

    Par Alexanne LUPIEN et Lilian ANDRAUD

    Texte et figures (sauf si indiqué) CC BY-SA 2018, par les auteurs.

    Classification

    Classe (2, verticale)Ordre (4, verticale)Sous-ordre (3, verticale),
    Super-famille (5, horizontale)Famille (5, verticale)Genre (1, verticale),
    Espèce (6, horizontale).

    Les Coléoptères, jugés comme l’ordre le plus diversifié des insectes en nombre d’espèces connues, on en compte environ 350,000 à ce jour, sont dotés d’une carapace qui recouvre leur abdomen. Caractéristique de l’ordre, il s’agit  de leur paire d’ailes antérieures épaissies, modifiée en élytres. Cette armure coriace recouvre leur paire d’ailes postérieures toutes repliées ; ainsi lorsqu’ils s’apprêtent à s’élancer, ils ouvrent leurs élytres et déploient leurs ailes postérieures pour ensuite prendre leur envol.
    On trouve des coléoptères partout! Ils sont dispersés selon leurs types d’alimentation très diversifiés et leurs adaptations aux différents milieux. Parmi les plus commun, on retrouve entre autres les coccinelles, les hannetons, les scarabées et les charançons. Certains coléoptères ont la particularité d’avoir de courts élytres laissant paraître plus de la moitié de l’abdomen; c’est la cas des méloïdés et des staphylins, en outre : Creophilus maxillosus.

    Photo 1. Vue latérale du spécimen Creophilus maxillosus, photo prise par Lilian Andraud.

    Creophilus maxillosus se distingue par de nombreux caractères. En effet, le nombre de segments de l’abdomen est de 6 et les segments décroissent en partant du thorax.

    Schéma 1. Observation des 6 segments de l’abdomen de Creophilus maxillosus, créée par Lilian Andraud.

    De plus, fidèle à son nom commun  « hairy rove beetle », Creophilus maxillosus porte une importante pubescence sur tout son abdomen, plus particulièrement du poils de couleur jaune est présent, sauf exception, sur les deuxième et troisième segments de l’abdomen. La connexion directe entre le coxa et le pronotum,  et le fait que le coxa soit de même longueur que le fémur permettent aussi de différencier Creophilus maxillosus des autres coléoptères, en le positionnant dans la sous-famille des Staphylininae.

    Photo 2. Observation du pronotum et des poils de couleur jaune sur Creophilus maxillosus, photo prise par Lilian Andraud.

    D’autre part, parmi les espèces de coléoptères faisant parties de la sous-tribu Staphilininia, Creophilus maxillosus est facilement distinguable grâce à son pronotum caractéristique. En effet, ce dernier est en forme de demi-cercle relativement large au niveau de la tête. Il est lisse, brillant et du poils de couleur jaune clair ornent subtilement son contour. Creophilus maxillosus possède un cou bien défini et ses antennes insérées devant les yeux comportent 11 antennomères au total.

    Schéma 2. Observation des 11 antennomères de Creophilus maxillosus, créée par Lilian Andraud.

    Le Saviez-vous ? Ces coléoptères ont été utilisés pour réduire les populations de mouches nuisibles par la prédation et la compétition pour les ressources. Ainsi en tant qu’agent de lutte biologique, cela profite à l’industrie d’élevage en améliorant l’assainissement, et par conséquent, en contribuant aussi à réduire la propagation d’agents pathogènes transmis par les mouches (Pfeiffer et Axtell, 1980).


    Creophilus maxillosus, présent majoritairement dans l’hémisphère nord, est en outre l’une des espèces de coléoptères les plus grandes et les plus distinctes que l’on trouve en Amérique du Nord. Depuis peu, certains individus ont été observés jusqu’en Amérique du Sud, notamment au Pérou. En réalité, deux principales régions biogéographiques sont affectées par la présence de Creophilus maxillosus: la région Néarctique, c’est-à-dire principalement aux Etats-Unis allant jusqu’en Alaska et passant aussi par l’Ontario et le Québec; et la région Paléarctique, où l’Europe reste la principale demeure (Brunke et al., 2011; Smetana et Davies, 2000). Ces régions sont composées de différents habitats, c’est pourquoi cette espèce de Staphilinidea en affectionne plusieurs.

    Schéma 3. Carte de répartition de Creophilus maxillosus, créée par Lilian Andraud.

    Creophilus maxillosus est surtout retrouvé dans les terrains ouverts, les forêts, les zones côtières et de plus en plus sur les terrains résidentiels (Evans, 2014). Plus précisément, pour en observer il faut chercher sous les roches, dans les litières, sous l’écorce des arbres, dans les fruits et légumes pourris et spécialement dans les animaux morts et en décomposition.


    Le Saviez-vous ? Des infestations accidentelles de Creophilus maxillosus dans les ménages urbains ont fait d’eux des cibles occasionnelles pour la lutte parasitaire.


    Le cycle de vie de Creophilus maxillosus prend 37 jours pour s’accomplir et se divise en quatre stades: l’oeuf, la larve, la nymphe et l’adulte.

    Oeuf

    Ils sont généralement pondus sur les carcasses, pour leur permettre de se nourrir une fois au stade suivant. De couleur blanche et laiteuse, ils mesurent environ 2 à 3mm de long. L’éclosion prend habituellement 3 jours, dépendemment de la température ambiante (Kramer, 1955).

    Larve

    Comme la plupart des coléoptères, Creophilus maxillosus passe par trois stades larvaires qui durent environ 14 jours au total. La longueur du corps du premier stade est de 6 à 9mm, celle du deuxième stade est de 10 à 15mm et enfin celle du dernier stade larvaire est de 15 à 25mm (Fratczak et Matuszewski, 2014). Les larves sont de couleur brune à noire avec un corps cylindrique. De plus, comme la plupart des Staphylinidae, les larves sont prédatrices et mobiles, elles possèdent donc des pattes bien développées leur permettant de marcher pour chasser.

    Nymphe

    Ce stade dure 16 jours.

    Adulte

    La longueur de Creophilus maxillosus peut varier entre 12 et 23mm. À ce stade, il possède une forte paire de mandibules qu’il utilise pour se nourrir de larves. Bien qu’il soit aplati dorso-ventralement, son abdomen est très musclé et flexible, ce qui est utile pour adopter rapidement une position défensive, soit un repliement complet du corps en boule. Une femelle Creophilus maxillosus bien nourrie et en santé peut pondre jusqu’à huit oeufs par jour, c’est-à-dire jusqu’à 500 oeufs au cours de sa vie (Greene 1996).


    Pour ce qui est de l’aspect défensif, Creophilus maxillosus, au stade adulte, a deux sacs cuticulaires situés sous le septième segment abdominal. Ils leur permettent de sécréter un liquide chimique défensif pour faire face aux menaces. Ainsi lorsqu’il est dérangé, particulièrement par des fourmis ou par de grands prédateurs, Creophilus maxillosus sécrète un liquide toxique, qu’il dépose sur la menace en recourbant son abdomen (Jefson et al., 1983). Il utilise aussi parfois ses puissantes mandibules pour attaquer.

    Le Saviez-vous ? L’intérêt de Creophilus maxillosus pour la charogne a permis le développement d’une nouvelle méthode pour déterminer l’intervalle post-mortem. En évaluant le niveau de développement de Staphylinidae présents sur un cadavre, il est possible d’estimer le moment de la mort grâce aux connaissances en lien avec leur cycle de vie (Matuszewski, 2012).  Bien sûr, cette technique n’est pas totalement fiable, puisque de nombreux paramètres peuvent fausser les résultats, comme la température ou le taux d’humidité, qui influencent la présence ou non de l’insecte.


    Références :

    • Brunke A, Newton A, Klimaszewski J, Majka C, Marshall S. 2011. Staphylinidae of eastern Canada and adjacent United States. Key to subfamilies: Staphylininae: tribes and subtribes, and species of Staphylinina. Canadian Journal of Arthropod Identification 12. doi: 10.3752/cjai.2011.12
    • Evans AV. 2014. Beetles of Eastern North America. Princeton: Princeton University Press.
    • Frątczak K, Matuszewski S. 2014. Instar determination in forensically useful beetles Necrodes littoralis(Silphidae) and Creophilus maxillosus (Staphylinidae). Forensic Science International 241: 20-26. doi: 10.1016/j.forsciint.2014.04.026
    • Greene GL. 1996. Rearing techniques for Creophilus maxillosus (Coleoptera: Staphylinidae), a predator of fly larvae in cattle feedlots. Journal of Economic Entomology 89(4): 848-851. doi: 10.1093/jee/89.4.848
    • Jefson M, Meinwald J, Nowicki S, Hicks K, Eisner T. 1983. Chemical defense of a rove beetle (Creophilus maxillosus). Journal of Chemical Ecology 9: 159-180. doi: 10.1007/BF00987779
    • Kramer S. 1955. Notes and observations on the biology and rearing of Creophilus maxillosus L. (Coleoptera, Staphylinidae). Annals of the Entomological Society of America 48: 375-380. doi: 10.1093/aesa/48.5.375
    • Matuszewski S. 2012. Estimating the preappearance interval from temperature in Creophilus maxillosus L. (Coleoptera: Staphylinidae). Journal of Forensic Sciences 57: 136-145. doi: 10.1111/j.1556-4029.2011.01958.x
    • Pfeiffer DG, Axtell RC. 1980. Coleoptera of poultry manure in caged-layer houses in North Carolina. Environmental Entomology 9: 21-28. doi: 10.1093/ee/9.1.21
    • Smetana A, Davies A. 2000. Reclassification of the north temperate taxa associated with Staphylinus sensu lato, including comments on relevant subtribes of Staphylinini (Coleoptera: Staphylinidae). American Museum Novitates 3287: 1-88. lien: http://hdl.handle.net/2246/2981
  • Platydracus violaceus (Gravenhorst 1802)  

    Platydracus violaceus (Gravenhorst 1802)  

    Virginie JUTEAU et Dominique MARULLO-MASSON

    Texte et photographies © 2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Figure 1. Vue dorsale du stade adulte de l’espèce Platydracus violaceus

    Spécimen attrapé à la Station de Biologie des Laurentides en date du 7 septembre 2017. Le spécimen, prélevé de jour en milieu humide, reposait inactif sous une souche d’arbre en décomposition. Lors de son échantillonnage à la main, le spécimen exposait un comportement dissuasif en vibrant et en remuant l’abdomen comme pour piquer.  

    Classification

    Selon la clé de l’article Staphylinidae of Eastern Canada and Adjacent United States (Brunke et al. 2011)

    Classe : Insecta
    Ordre : Coleoptera (Linnaeus, 1758)
    Sous-ordre : Polyphaga  (Emery 1886)
    Infra-ordre: Staphyliniformia (Lameere 1900)
    Super-famille : Staphylinoidea (Latreille 1802)
    Famille : Staphylinidae (Latreille 1802)
    Sous-famille : Staphylininae (Latreille 1802)
    Tribu : Staphylinini (Latreille 1802)
    Sous-tribu : Staphylinina (Latreille 1802)
    Genre : Platydracus  (Thomson 1858)
    Espèce : Platydracus violaceus (Gravenhorst 1802)

    L’ordre des coléoptères, représentant 40 % de toutes les espèces d’arthropodes décrites et dont le nombre d’espèces existant est estimé à 1,5 million, regroupe de nombreuses familles, dont celle des Staphylinidae (Stork et al., 2015). Comptant parmi plus de 55 440 espèces décrites et regroupées dans plus de 3200 genres, la famille des  Staphylinidae constitue l’une des plus grandes familles de coléoptères (Grebennikov et al., 2009). Alors que l’histoire fossile de ce groupe remonte à quelque 200 millions d’années, ce sont, à ce jour, près de 400 nouvelles espèces qui sont encore mondialement répertoriées par an. En Amérique du Nord, la famille des Staphylinidae, regroupant près de 4100 espèces à travers 523 genres, forme la plus grande famille de coléoptère présente en ces territoires (Arnett et al., 2001).

    Biologie de l’insecte

    Morphologie générale de la famille des Staphylinidae

    La famille des Staphylinidae se distingue facilement des autres familles de coléoptères par leur corps allongé, linéaire et souple ainsi qu’à leurs élytres, très raccourcis, laissant à découvert la plus grande partie de l’abdomen : de 3 à 6 segments abdominaux sont laissés à découvert. Sous ces élytres se trouvent des ailes bien développées conférant à cette famille une bonne capacité de vol (Chagnon et al., 1962). Bien que la famille soit confondue avec l’ordre des dermaptères, les Staphylinidae ne portent pas de pinces à la pointe de leur abdomen et possèdent des antennes de 11 segments ou moins  (Klimaszewski et al. 1996).  Leurs petits corps, mince et étroit, ainsi que leur abdomen, flexible, permet aux Staphylinidae de coloniser des habitats telle la litière, inaccessible à des organismes plus robustes et moins flexibles. Bien que certaines espèces possèdent des couleurs vives aux reflets métalliques, la majorité des Staphylinidae, dont la taille varie entre 0,7 mm et 25 mm, présentent des couleurs plutôt sombres (marron et noir) se fondant à celles de la canopée (White 1983). La plupart des espèces, lorsqu’inquiétées, adoptent un comportement dissuasif en relevant et remuant leur abdomen comme pour piquer : ces espèces sont pourtant inoffensives, bien que certains sous-groupes de la famille possèdent des glandes abdominales et des produits chimiques défensifs (Cline 2011).

    Écologie

    Aussi appelés « Rove Beetles« , les Staphylinidae sont parmi les coléoptères les plus performants quant à leur capacité à coloniser une grande variété d’habitats. Quoique pauvrement représentés en milieux aquatiques, ceux-ci sont communs dans tous les biomes. Alors que certaines espèces se retrouvent en milieux forestier, d’autres encore habitent les forêts tropicales, la toundra arctique ainsi que les régions alpines et les habitats océaniques intertidal et sublittoral tels les tourbières, les marais et divers autres milieux humides (Campbell et al. 1991). Or, c’est environ la moitié de toutes les espèces de Staphylinidae qui vivent en milieux forestiers. Celles-ci possèdent un large éventail d’habitats allant du long des rivages à la litière du sol,  du dessous de l’écorce des arbres aux matières stercoraires et des cadavres. D’autres encore se retrouvent sur  les champignons et les fleurs ; certaines espèces, myrmécophiles ou termitophiles, vont même jusqu’à habiter les fourmilières et les termitières de fourmis et de termites. Le cycle de vie de ces espèces, dont la plupart surviennent dans le sol, fait de cette famille l’une des plus importantes de la pédofaune (Newton et al. 1990). La plupart des espèces contenues dans la famille des Staphylinidae évitent tous contacts directs avec la lumière et sont généralement nocturnes, ce mode de vie offrant une protection plus grande contre la prédation et la dessiccation (Klimaszewski et al. 1996).

    Ils sont d’agiles prédateurs généralistes se nourrissant d’une grande variété d’arthropodes et d’invertébrés terrestres. Certaines espèces sont cependant spécialisées pour s’attaquer spécifiquement à certains groupes d’insecte. D’autres encore sont saprophages et ont pour ressources alimentaires diverses matières en décomposition ; algues, pollen et inflorescences florales. D’autre encore sont phytophages et se nourrissent d’organismes vivants, tels les champignons, desquels ils se nourrissent des hyphes et des spores (Cline 2011).

    Figure 2.Vue dorsale des setae, poils qui ont pour fonction de faciliter le déplacement de l’espèce grâce à une meilleure adhérence au substrat.

    Où retrouve-t-on l’espèce Platydracus violaceus

    Platydracus violaceus est une espèce habitant les milieux forestiers. Elles habitent autant les milieux humides qu’offre la canopée et la litière, autant ceux offerts par le dessous de l’écorce de feuillus morts, tels les chênes, les marronniers et les érables. Quoiqu’il soit aussi possible de les retrouver sous l’écorce des pins blancs ainsi que dans le bois pourri, dans certains champignons ou carcasses en décomposition ainsi que sur les excréments, ces cas sont moins fréquents et ne constituent pas les habitats préférentiels de l’espèce (Brunke et al. 2011). L’hiver, ces espèces hibernent pour survivre aux températures plus froides. Les larves, qui éclosent au printemps, partagent le même habitat que les adultes et se nourrissent de diverses larves pontent par d’autres insectes (Arnett et al. 2001).

    Au Canada, alors qu’encore bien des espèces demeurent encore inconnues, ce sont 1 048 espèces de la famille des Staphylinidae qui ont été répertoriées, lesquels peuvent occuper un large territoire tel le montre la distribution de l’espèce Platydracus violaceus (Campbell et al. 1991).

    Figure 3: Carte de la distribution de Platydracus violaceus à travers le Canada et les Etats-Unis. Publié avec autorisation de l’auteur © Brunke et al. 2011

    Identification du spécimen

    L’identification du spécimen a été effectuée selon la clé de l’article Staphylinidae of Eastern Canada and Adjacent United States (Brunke et al. 2011). L’identification requiert l’étude de traits subtils ayant permis la distinction de l’espèce parmi la famille des Staphylinidae.

    Les figures 4 et 5, annotées, relaient les divers traits caractéristiques ayant permit l’identification du spécimen Platydracus violaceus.

    1. Tout d’abord, l’identification de la sous-famille Staphylininae a été permise grâce à l’absence de coxa postérieur (a).
    2. Ensuite, la combinaison des quelques caractéristiques suivantes a permis de mettre en évidence la tribu Staphilini : les élytres se rencontrant à la ligne médiane du corps (b), un cou large mesurant la moitié de la tête (c) et la base des antennes séparées par une distance plus grande que celle séparant les yeux de la base des antennes (d).
    3. Notre spécimen possédait cinq tarsomères par tarse (e), des palpes maxillaires et labiaux courts (f), des ponctuations sur la surface dorsale du cou (g) et une tête au bout étroit plus large que la moitié de la longueur du pronotum (h). Ces caractéristiques nous ont permis d’identifier la sous-tribu Staphilinina.
    4. Finalement, notre spécimen fait partie du genre Platydracus, car il possède un pronotum ponctué aux angles ronds (i) avec une ligne non ponctuée médiane en son centre (j). De plus, les setae (poils) situés sur les côtés de la tête ne sont pas limités à la moitié antérieure de la tempe (k).
    Figure 4. Vue latérale de l’espèce Platydracus violaceus démontrant l’absence de coxa postérieur.
    Figure 5. Illustration de l’espèce Platydracus violaceus vue dorsalement  avec identification des structures anatomiques observables. © Illustration et identification réalisée par Virginie Juteau CC BY-NC-ND 4.0

    Les caractéristiques les plus remarquables de Platydracus violaceus sont les élytres violets aux reflets métalliques et les poils pâles recouvrant certaines parties de l’abdomen. Il est possible de confondre Platydracus violaceus avec Platydracus viridanus, ce dernier ayant des élytres violets lorsqu’il est exposé à des substances toxiques se trouvant dans des trappes à insectes. Dans le cas de notre spécimen, capturé dans son habitat naturel, aucune exposition à un agent n’a eu lieu. De plus, P. violaceus possède des pattes entièrement noires et un pronotum aussi large que la tête, ce qui n’est pas le cas de P. viridanus (Brunke et al. 2011).

    Figure 6. Vue dorsale de l’abdomen de l’espèce Platydracus violaceus ainsi que des poils caractéristiques les recouvrant.

    Références:

    Arnett Jr, R. H., & Thomas, M. C. (Eds.). (2000). American Beetles, Volume I: Archostemata, Myxophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia. CRC Press, Boca Raton, FL.

    Brunke A., Newton A., Klimaszewski J., Majka C. Et Marshall S. (2011). Staphylinidae of Eastern Canada and Adjacent United States. Key to Subfamilies ; Staphylininae : Tribes and Subtribes, and Species of Staphylinina. Canadian Journal of Arthropod Identification 12., pp.1-111. DOI: 10.3752/cjai.2011.1

    Campbell, J.M., Davies, A. (1991). Canadian National Collection of Insects, Arachnids and Nematodes (dernière mise à jour en 2013). Repéré à : http://www.canacoll.org/Coleo/Checklist/PDF%20files/STAPHYLINIDAE.pdf

    Chagnon, G. et Robert, A. (1962) .Principaux coléoptères de la province de Québec (2e éd.). Montréal, Canada : Les Presses de l’Université de Montréa

    Grebennikov, V. V., & Newton, A. F. (2009). Good-bye Scydmaenidae, or why the ant-like stone beetles should become megadiverse Staphylinidae sensu latissimo (Coleoptera). European Journal of Entomology, 106(2), 275-301

    Klimaszewski, J., Newton JR, A. F., & Thayer, M. K. (1996). A review of the New Zealand rove beetles (Coleoptera: Staphylinidae). New Zealand journal of zoology, 23(2), 143-160. DOI: 10.1080/03014223.1996.9518074

    Levesque, C., Levesque, G.-Y. (1995). Abundance, Diversity and Dispersal Power of Rove Beetles (Coleoptera : Staphylinidae) in a Raspberry Plantation and Adjacent Sites in Eastern Canada. Journal of the Kansas entomological society, 68(3), 355-370

    Cline, A. R. (2011). Checklist of the Beetles of Maine, USA. The Coleopterists Bulletin, 65(4), 364-365.

    Newton, A. F., Jr. (1990). Insecta: Coleoptera Staphylinidae adults and larvae. In D. L. Dindal (ed.), Soil Biology Guide. Chap. 38, pp. 1137-1174. John Wiley and Sons, Inc., New York

    Paulian, R. (1988). Biology of the Coleoptera. Editions Lechevalier
     
    Stork, N. E., McBroom, J., Gely, C., & Hamilton, A. J. (2015). New approaches narrow global species estimates for beetles, insects, and terrestrial arthropods. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(24), 7519-7523.
    White, R. E. (1998). The Beetles of North America (Vol. 29). Houghton Mifflin Harcourt.
  • Philonthus cyanipennis (Fabricus 1793)

    Par Hinatea ARIEY et Lisa GALANTINI

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Philontus_cyanipennis_modBlog
    Philonthus cyanipennis, spécimen de la collection Ouellet-Robert, Photo Étienne Normandin
    <i>Philonthus cyanipennis</i> (Fabricus 1793)
    Spécimen capturé le 3 septembre 2015, à la Station de biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, dans une forêt sèche (vue dorsale).

     

     

     

     

     

     

     


    Classification

    Ordre Coleoptera

    Sous-ordre Polyphaga

    Super-famille Staphylinoïde

    Famille Staphylinidae

    Sous-famille Staphylininae

    Tribu Staphylinini

    Genre Philonthus

    Espèce Philonthus cyanipennis (Fabricius 1793)

     

    La famille des Staphylinidae est la deuxième plus grande famille de Coléoptères (32 000 espèces) après les Curculionidae (Levesque et Levesque, 1995).

    Identification

    Les Philonthus possèdent un corps allongé, une tête ovale ou légèrement arrondie, avec un cou large et court. Leurs mandibules sont en forme de faux et sont dentelées en leur centre. Grâce à sa tête et à son pronotum brillant et sans poils, le genre Philonthus se distingue facilement du genre Staphylinus (Jacquelin du Val, 1859).

    On distinguera les mâles des femelles le plus souvent par les tarses des pattes prothoraciques qui sont plus dilatés. Pour certaines espèces de Philonthus, c’est la taille de la tête qui permet de distinguer les mâles des femelles (Jacquelin du Val, 1859).

    Philonthus cyanipennis mesure entre 10 et 14 millimètres, il possède des élytres d’un bleu métallisé protégeant ses ailes membraneuses. On remarque que les élytres sont courts et ne recouvrent que le premier segment de l’abdomen, une caractéristique qui définit la famille des Staphylinidés. (Zahradník, 1977)

    L’identification à l’espèce est difficile car elle peut être confondue avec Philonthus caerulepennis (Mannheirm 1830). Peu de choses les différencient morphologiquement, cependant la répartition géographique nous indique clairement que ce spécimen est Philonthus cyanipennis. (Schillammer, 1988)

    Répartition géographique

    Il existe aux alentours de 1200 espèces du genre Philonthus, qui sont largement réparties dans le monde. Philonthus cyanipennis possède une répartition géographique holarctique, l’espèce est donc représentée sur une grande partie de la planète. Si nous nous limitons au Canada, il s’agit d’une espèce présente dans 7 des 13 provinces et territoires du Canada. On la retrouve ainsi en Colombie Britannique, en Alberta, dans le Manitoba, en Ontario, au Nouveau Brunswick, en Nouvelle Écosse, et bien évidemment au Québec où nous l’avons collecté (Campbell et Davies, 1991).

    Écologie

    On peut retrouver les Philonthus dans de nombreuses niches écologiques. En effet, on les retrouve dans la mousse, la litière, les feuilles, les champignons, les débris organiques mouillés, dans les nids et terriers d’oiseaux et mammifères, ainsi que dans les excréments de vertébrés et sur les cadavres (Arnett et Michael, 2001).

    Les Philonthus sont des coléoptères coprophiles, donc leur développement ou leur vie est associé aux excréments de vertébrés. Les Philonthus sont des prédateurs qui vivent dans les excréments de vertébrés car ils attirent, de par leur odeur, de nombreuses proies potentielles. Les femelles Philonthus pondent un petit nombre d’œufs directement dans les matières fécales, et le développement des larves se poursuit alors sur place, celles-ci n’ont qu’à attendre l’arrivée de leurs proies (Paulian, 1988). Les Philonthus sont appelés « prédateurs actifs » puisqu’ils se nourrissent majoritairement d’œufs ou de larves vivantes de Diptères (mouches) et de Scarabaeidés attirés ou vivants eux aussi dans les excréments (Crowson, 1981). De plus, chez les Philonthus la région apicale de la mandibule porte des pores dont la sécrétion est  neurotoxique. Celle-ci est injectée aux proies afin de les immobiliser pour s’en nourrir.

    Philonthus cyanipennis est aussi considérée comme étant une espèce mycétophile, c’est-à-dire qu’elle est attirée par l’odeur des champignons, sans toutefois s’en nourrir. En effet, on peut retrouver des adultes de l’espèce sur les champignons en décomposition, probablement attirés par l’odeur de la matière qui se décompose pouvant alors être associée à celle des excréments. Cependant, les larves ne sont jamais retrouvées sur les champignons car celles-ci sont, comme mentionné précédemment, là où les œufs sont pondus, dans les excréments (Paulian, 1988).

    Références

    Arnett, R.H., Michael, C.T. (2001). American beetles (v. 1. Archostemata, Myxophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia). Boca Raton, Fla. : CRC Press. p. 396.

    Campbell, J.M., Davies, A. (1991). Canadian National Collection of Insects, Arachnids and Nematodes (dernière mise à jour en 2013). Repéré à : http://www.canacoll.org/Coleo/Checklist/PDF%20files/STAPHYLINIDAE.pdf

    Crowson, R.A . (1981). The biology of the Coleoptera. London : Academic Press, Toronto

    Jacquelin du Val, C. (1859). Manuel entomologique. Genera des coléoptères d’Europe, comprenant leur classification en familles naturelles, la description de tous les genres, des tableaux dichotomiques destinés à faciliter l’étude, le catalogue de toutes les espèces, de nombreux dessins au trait de caractères, volume 2. Paris : Chez A. Deyrolles, Naturaliste.

    Levesque, C., Levesque, G.-Y. (1995). Abundance, Diversity and Dispersal Power of Rove Beetles (Coleoptera : Staphylinidae) in a Raspberry Plantation and Adjacent Sites in Eastern Canada. Journal of the Kansas entomological society, 68(3), pp. 355-370.

    Oxford University Press (2015). Oxford dictionnary, language matters. Repéré à : http://www.oxforddictionaries.com/us

    Paulian, R. (1988). Biologie des coléoptères. Paris : Editions Lechevalier p23, p.115, p.491, p515 et p.592.

    Schillhammer, H. (1998). Revision of the East Palaearctic and Oriental species of Philonthus STEPHENS-Part 1. The cyanipennis group. Koleopterologische Rundschau68, pp.101-118.

    Société royale agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon (1876) Annales des sciences physiques et naturelles, d’agriculture et d’industrie. Lyon : Société royale d’agriculture.

    Zahradník, J. (1977). Les coléoptères. Verviers : Marabout p.78

  • Oxyporus vittatus Gravenhorst 1802

    Par Delphine Bozino et Mirabelle Miron

    Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015 à la Station des Laurentides de Saint-Hippolyte en milieu humide près du Lac Geai. Thomas Théry  a collecté le spécimen sur un champignon qu’il a identifié comme étant du genre Leccinum. Il est possible de recueillir des spécimens d’avril à octobre, mais surtout en automne puisque c’est alors qu’ils sont plus nombreux (Leschen et Allen, 1988).

    Préparation et identification du spécimen

    Compte tenu de la petite taille de notre spécimen, celui-ci a été préparé sur une épingle et collé au bout d’un triangle de papier (voir la figure 1).

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    Fig. 1: préparation du spécimen à l’aide d’un triangle de papier sur aiguille ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Son identification, (ordre Coleoptera, famille Staphylinidae (rove beetles)) a été déterminée grâce au guide d’identification « Les Insectes du Québec » (2014) et le genre Oxyporus, grâce au site Bugguide.net. Nous avons pu accéder à la collection entomologique Ouellet-Robert, de l’Institut de Recherche en Biologie Végétale et ainsi trouver l’espèce en se fiant aux caractères suivants: la taille, le thorax court, le motif des taches noires et les derniers segments abdominaux noirs. Toutefois, c’est la forme du thorax qui a permis de discriminer O. vittatus de O. lateralis.

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    Fig. 2: Photo d’une section de tiroir de la collection entomologique Ouellet-Robert où sont rassemblés des spécimens d’Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Règne: Animalia
    Embranchement: Arthropoda
    Classe: Insecta
    Ordre: Coleoptera
    Sous-ordre: Polyphaga
    Super-famille: Staphylinoidea
    Famille: Staphylinidae
    Sous-famille: Oxyporinae
    Genre: Oxyporus Fabricius 1775
    Espèce: Oxyporus vittatus Gravenhorst 1802

    En Amérique du Nord, il existe deux sous-espèces: O. vittatus vittatus (surtout retrouvé au nord des État-Unis) et O. vittatus bicolor (plus au sud) (Leschen et Allen, 1988). On les retrouve dans le nord-est de l’Amérique du Nord (Campbell 1969).

    Morphologie

    Peu est connu sur l’écologie et la morphologie des Oxyporinés (Leschen et Allen, 1988), mais une brève observation des spécimens de la collection a permis une description générale de ceux-ci. Le corps d’Oxyporus vittatus est luisant et robuste (Evans, 2014) et la coloration de la tête varie d’un spécimen à l’autre (entre le brun-orangé et le noir). Chagnon et Robert (1962) décrivent dans leur clé d’identification des Oxyporinés que O. vittatus est reconnaissable à ses élytres roux, ses taches noires sur la marge latérale et à la suture des élytres noire. Les premiers segments de l’abdomen sont brun-orangé ou noirs, mais l’espèce est caractérisée par les tergites noirs (segments de l’abdomen) à la fin de l’abdomen.

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    Fig. 2: Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, Étienne Normandin
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    Fig. 3: Caractéristiques présentes chez le spécimen ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

     

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    Fig. 4: tête d’Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs


    Une vie étroitement liée aux champignons!

    Les Oxyporus sont mycophages, ils se nourrissent de champignons sur l’ensemble de son cycle vital. À la fois les larves et les adultes peuvent être capturées dans les cavités internes de champignons au corps charnu. Ces champignons font partie de 3 ordres de la classe des Hymenomycetes: Agaricale, Boletale, Polyporale (Hanley et Goodrich, 1995). À l’état adulte, certaines espèces, dont O. vittatus, sont généralistes, c’est-à-dire qu’ils vont se nourrir de plusieurs espèces de champignons et ceci survient principalement lorsque le cycle de vie des hôtes (champignons) est imprévisible. D’ailleurs, O.vittatus  a été observésur 17 genres (93% sur 8 genres) de 8 familles de champignons différents (Hanley et Goodrich, 1995). Les Oxyporus peuvent aussi être spécialisés et ceci survient lorsque l’hôte a un cycle suffisamment long (Hanley et Goodrich, 1995). Cependant, toutes les larves d’Oxyporus sont spécialistes puisqu’elles ne prendront pas le risque de se déplacer d’un champignon à l’autre

    Tout comme leurs hôtes, les Oxyporinés ont un court cycle de vie pouvant durer en moyenne 17 jours (à 22°C) entre l’éclosion et le stade adulte (Leschen et Allen (1988). Comparativement, les autres staphylinidés ont généralement un cycle beaucoup plus long (Hanley et Goodrich, 1995).

    Après l’accouplement des adultes, la femelle va partir à la recherche d’un bon hôte pour sa progéniture. Les oeufs seront déposés dans les lamelles ou dans la partie charnue du champignon. Ceux-ci sont blancs, cylindriques et d’une longueur de 1,5mm. Après l’éclosion, les larves se regroupent et tracent des tunnels à travers le champignon. Après un certain temps, les larves finissent par se nourrir de façon plus individuelle (Leschen et Allen 1988). Les individus s’alimentent en découpant le champignon, puis en utilisant un liquide de digestion pré-oral contenant certaines enzymes (Hanley et Goodrich, 1995). Elles peuvent se nourrir de l’ensemble du champignon (pileus, mycéllium et pied). O. vittatus passe par trois stades larvaires à forme allongée avant d’atteindre sa forme adulte. 

    À la fin du stade larvaire, celle-ci se glisse au dehors du champignon pour faire sa nymphe. Ce nouvel état prendra fin 8 jours plus tard, où l’adulte prendra forme (Hanley et Goodrich, 1995). 

    Un peu plus sur le genre Leccinum

    Comme mentionné précédemment, le spécimen  a été retrouvé sur un champignon du genre Leccinum (voir la photo ci-dessous). Celui-ci se retrouve dans divers types de forêts, et souvent en symbiose avec les arbres (Kuo, 2007). Cette espèce fait partie du groupe des bolets, ce genre est représenté par des espèces au corps charnu et au pied cylindrique. Le dessous du chapeau est parsemé de petits trous donnant sur des tubes (Lang, 2012), dans lesquels O. vittatus peut se retrouver étant donné son mode de vie. 

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    Fig. 6: Champignon du genre Leccinum © Can Stock Photo Inc. / [ibogdan]
    Références

    Chagnon, G. et Robert, A. (1962) Principaux coleopteres de la province de quebec (2e éd.). Montreal, Canada : Les Presses de l’Université de Montréal.

    Dubuc, Y. (2014). Les Insectes du Québec, guide d’identification. Saint-Constant, Canada.

    Klimaszewski, R. A. (2012). Biosystematics and Ecology of Canadian Staphylinidae (Coleoptera) II. Sofia, Bulgaria : ZooKeys.

    Kuo, M. (2007). The MushroomExpert.Com Web site. Repéré à http://www.mushroomexpert.com/leccinum.html

    Lang, A. (2012). Le petit guide Hachette des champignons. Vanves, France : Hachette Pratique.

    Richard A. B. Leschen, & Allen, R. T. (1988). Immature Stages, Life Histories and Feeding Mechanisms of Three Oxyporus spp. (Coleoptera: Staphylinidae: Oxyporinae). The Coleopterists Bulletin, 42(4), 321–333. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/4008460

    Rodney S. Hanley, & Michael A. Goodrich. (1995). Review of Mycophagy, Host Relationships and Behavior in the New World Oxyporinae (Coleoptera: Staphylinidae). The Coleopterists Bulletin, 49(3), 267–280. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/4009146

    Ross, H.A. et Thomas, M.C. (2002) Amerian Beetles: Archostemata, Mysophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia (1st Ed.). Boca Raton, États-Unis : CRC Press.

    Oxyporus vittatus, Staphylinidae, Coleoptera, Leccinum, Université de Montréal, BIO2440, insecte
Collection Ouellet-Robert