Étiquette : Hemiptera

  • Alydus eurinus (Say 1825)

    Alydus au pays des Merveilles

    Texte et photographies

    par Christian BARIL et Nicolas KURDI-TELLIER

    Texte et figures (sauf si indiqué) CC BY-SA 2018, par les auteurs.


    Au pays des petits, là où l’homme est un géant, où une toute petite musaraigne peut nous avaler tout rond et où les papillons sont de grands anges ailés aux couleurs vives, on aperçoit bouger sur les feuilles d’un plant de soya…

    Quelle est donc cette bestiole à l’allure fine, aux ailes serties de gravures presque artistiques, redoutable imitatrice de fourmis, et dont le nom seul, par sa sonorité, évoque le personnage d’une jeune fille perdue au pays des Merveilles? Alydus eurinus possède cependant une arme redoutable qui aurait assurément fait fuir tous les comparses fabuleux d’Alice et qui la distingue de la blonde fillette à la robe bleutée: des glandes odorantes bien efficaces, qui en intensité surpassent même celles de certains insectes pourtant taxonomiquement regroupés sous le nom de punaises puantes ou à bouclier (“stink bugs” ou pentatomes).

    Si notre Alydus n’en est pas une, de façon officielle, que peut-elle donc bien être¹? Une fourmi? Elle lui ressemble pourtant à s’y méprendre. Non, il suffit plutôt de regarder la tête, et sa largeur presque équivalente à celle de son thorax ne ment pas: le spécimen que nous avons capturé sur une plante à l’aide d’un filet fauchoir à la Station de biologie des Laurentides de Saint-Hippolyte le 1er septembre 2018 fait partie des “broad-headed bugs”, ou des punaises à tête large. Notre histoire avec Alydus eurinus commençait à s’écrire…

    ¹Alydus constitue un genre en classification taxonomique, mais, pour les besoins de l’histoire, le féminin sera ici emprunté à quelques reprises.


    Classification

    Classe: Insecta

    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Heteroptera

    Infra-ordre: Pentatomomorpha

    Superfamille: Coreoidea

    Famille: Alydidae

    Genre: Alydus

    Espèce: Alydus eurinus (Say, 1825)

    Pour consulter la classification complète, cliquez ici.


    D’où provient Alydus? Et de quel groupe fait-elle partie? En fait, elle appartient à l’ordre des hémiptères qui sont, chez les insectes, les plus nombreux des hémimétaboles, c’est-à-dire ceux dont la métamorphose est incomplète, et comprennent les hétéroptères possédant des hémélytres (moitié de l’aile antérieure membraneuse et l’autre épaissie en tegmen) ainsi que les homoptères, dont les ailes antérieures sont au contraire uniformes. Alydus vole, donc, même si, en l’occurrence, sur le terrain, elle est une meilleure coureuse! En anglais, comme le nom “bug” peut aussi faire référence aux bestioles en général, les hémiptères ont été affublées du surnom de “true bugs” pour les différencier et inclut les pucerons, psylles, cercopes, cigales, cicadelles et cochenilles, entre autres.  

    Les Pentatomomorpha représentent le second infra-ordre en importance chez les hétéroptères. Ces derniers, communément appelées punaises, ont développé un long rostre piqueur-suceur émergeant du devant de la tête qui, hormis quelques exceptions, est adapté à la phytophagie pour ce groupe, alors que pour la plupart des autres punaises ce type de rostre sert surtout à la prédation. Dans la superfamille des Coreoidea, le groupe le plus susceptible d’être confondu avec les Alydidae (il l’a d’ailleurs été de façon officielle pendant un certain temps) est celui des Coreidae, ou “leaf-footed bugs” (punaises à pattes en feuilles), mais comme son nom l’indique, l’élargissement des tibias arrière caractéristique  de ces espèces les distinguent de toute la finesse des Alydidae.


    MORPHOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIFIQUE

    Outre la tête pratiquement aussi large que le pronotum et une forme générale mince et allongée, une clé d’identification des différentes familles d’hémiptères que nous avons suivie étapes par étapes (celle de Borror, Triplehorn et Johnson dans la sixième édition de An introduction to the study of insects) nous a pointé en direction des caractéristiques de certaines punaises telles que: des antennes (plus longues que la tête et aux segments similaires (Figure 1) et un long rostre tous deux munis de 4 segments (Figure 2), des griffes apicales au tarse tri-segmenté, la présence d’ocelles, la vascularisation particulière de la membrane des hémélytres (Figure 1), une taille de plus de 10mm et une couleur généralement foncée. Pour identifier des caractères de plus en plus spécifiques à la famille des alydidés, nous avons remarqué que notre spécimen arbore une rangée d’épines aux fémurs arrières (Figure 3) alors que ses tibias (qui ne sont par ailleurs pas incurvés comme ceux d’espèces appartenant à d’autres familles) et les coins latéraux du pronotum (angle huméral) en sont dépourvus. Il ne porte pas non plus de cunéus, défini par une région triangulaire et apicale de l’aile sclérifiée, et la distance entre les deux ocelles est plus courte que la distance entre ces dernières et les yeux (Figure 4). En dépit du fait que ce caractère n’a pas été évident pour nous à observer, l’oreillette de la glande odorante, qui elle est pourtant fort bien développée, n’a pas de forme bilobée particulière. Mais ce qui nous aura surtout permis, en fin de parcours, de confirmer qu’il s’agissait bien d’Alydus eurinus dans notre filet et non, par exemple, de sa plus proche consoeur Alydus pilosulusréside dans son absence de fascia¹ (sorte de gaine) formant une bande et une tache pâle sur le côté de la tête et du thorax: notre amie est noire comme le charbon!

    Figure 1: Vue du dessus d’un spécimen d’Alydus eurinus
    Figure 2: Vue latérale d’un spécimen d’Alydus eurinus
    Figure 3: Vue des pattes d’un spécimen d’Alydus eurinus
    Figure 4: Vue frontale d’un spécimen d’Alydus eurinus

    En effet, la tête, le thorax, le ventre et les pattes sont chez la plupart des individus d’un noir éclatant sur lesquels une multitude de petits poils grisâtres se dressent (Figure 5), et si certaines parties du corps, telles que les trois premiers articles des antennes, ne sont pas d’un noir immaculé, ils revêtent tout de même un dégradé de brun. La grandeur, quant à elle, varie selon le sexe, soit de 9.75 à 10.90 mm pour le mâle et de 10.50 à 14.50 mm pour la femelle (Schaffner, 1964 ).

    Figure 5: Vue latérale d’un spécimen d’Alydus eurinus

    Certaines caractéristiques, comme la présence de ponctuations sur le thorax et la tête (Figure 4), et la forme triangulaire de cette dernière, qui chez les larves, en l’absence d’ailes, donnent l’apparence de fourmis (Panizzi et Schaefer, 2015), confirment sans équivoque que nous étions face à Alydus eurinus. Il est par ailleurs intéressant de noter qu’Alydus n’a pas beaucoup d’ennemis et de prédateurs, seules quelques fourmis ont déjà été aperçues en train de s’attaquer à des larves. La question se pose: les facultés mimétiques de notre héroïne lui permettrait-elle de se soustraire aux yeux de ses pires ennemis?

    ¹L’identification à l’espèce a été effectuée avec la clé d’identification de Jansen et Halbert (2016) (Voir figure 6, image e-f, page 13 du document pour comparer A. eurinus et A. pilosulus Herrich-Schaeffer).


    BIOLOGIE GÉNÉRALE

    Répartition

    Notre noire Alice des micro-mondes pourrait être qualifiée de cosmopolite, car on peut la retrouver un peu partout sur le globe, mais elle est tout particulièrement présente en Amérique du Nord où on la retrouve en grand nombre et où elle est la plus commune. Au sein des alydidae, c’est la seule espèce à avoir été retrouvée dans chaque territoire des États-Unis (Yonke et Medler, 1968) et, plus précisément au Québec, Alydus eurinus est, selon les ouvrages, l’une des cinq ou six espèces de cette famille présentes sur le territoire.

    L’infime quantité d’articles ayant décrit la biologie d’Alydus eurinus sont pour la plupart américaines, et concernent des individus de la région du Wisconsin, qui subit aussi les soubresauts des saisonnalités, mais dont la teneur est évidemment moindre que chez nous, en région nordique. Il va donc de soi que les données comportementales des études présentées puissent varier chez nos spécimens locaux.

    Développement et reproduction

    Pour la plupart des alydidae, dont A. eurinus, deux générations complètes se succèdent par année. Les oeufs sont pondus chez les espèces nordiques avant l’hiver et les larves ne font leur apparition qu’en mai ou début juin. Cette période de «repos métabolique» est appelée la diapause. La ponte peut durer une cinquantaine de jours et génère en moyenne près de 300 oeufs, dont environ 75% écloront. Ces derniers sont ronds, de couleur brun-noir étincelant et sont pondus au sol de manière aléatoire, ou non-agglomérée, sans aucun attachement à un quelconque support,  comme le sol par exemple (Underhill, 1943). Une partie d’entre eux, tel que mentionné précédemment, servira même de nourriture aux larves déjà écloses. Alice devient alors Médée, le temps de quelques bouchées. La contrée des Merveilles devient celle de l’horreur. Car oui, le pays des insectes est parfois brutal et là-bas, il n’y a pas de Reine de Coeur, mais les têtes tombent néanmoins. Il a même été rapporté que des individus s’étaient nourris à même les corps tombés au combat (Yonke et Medler, 1968)…

    Ils s’ensuivra cinq stades larvaires pendant lesquels les individus nouvellement exuviés se démarqueront de leurs prédécesseurs par leur grosseur jusqu’à devenir adultes aux alentours du mois d’août, soit après plus de 30 jours passés au stade de larves (Yonke et Medler, 1968) aux allures fourmilières. La dernière mue est rapide chez Alydus: en 25 minutes, elle se départit de ses vieux apparâts de jeunesse! (Tout comme Alice d’ailleurs, qui est entrée et sortie d’un mystérieux terrier de lapin le temps d’un sommeil qui l’aura transformé à jamais…)

    En somme, de l’oeuf à l’adulte, le développement se déroulera donc en moyenne sur 40 à 50 jours (Underhill, 1943), et en excluant cette prédation par les larves et les fourmis, il est rarement compromis.

    Un mécanisme intéressant fut observé lors de la période de copulation, pendant laquelle les mâles, les femelles, mais aussi d’autres espèces comme A. pilosulus et Megalotomus quinquespinosus peuvent se regrouper sur des feuilles de légumineuses au même moment. Pour s’assurer que la copulation demeure intra-spécifique, les individus, mâles comme femelles, sont dotés d’organes de stridulation dont l’émission de sons permet non-seulement une différenciation entre espèces, mais aussi, comme elle varie d’un à l’autre, entre les sexes. Certes le son émis est moins impressionnant que celui produit par la plupart des orthoptères, mais il a tout de même une portée de quelques centimètres à la ronde, ce qui demeure un outil probant d’isolement pré-reproducteur dont l’efficacité peut se prouver par l’absence remarquée d’hybridisme entre ces espèces (Schaefer et Pupedis, 1981). Et une fois rassemblés, c’est l’amour! Un couple a déjà été pris en flagrant délit de tendresse près de 21 fois, dont la plus longue copulation fut d’une durée de 2 heures 25 minutes (Yonke et Medler, 1968)!

    Alimentation

    Le mode d’alimentation ne varie pas entre le stade larvaire et le stade adulte et consiste à la succion du nectar de la plante à l’aide du rostre. Contrairement à plusieurs autres phytophages, A. eurinus ne se contente cependant pas seulement des feuilles et des tiges, mais également se nourrira sur les graines et cosses d’une multitudes de plantes parmi lesquelles les favorites demeurent les pois, haricots, la luzerne, les trèfles et les vesces (Underhill, 1943). Ce mode d’alimentation amène inévitablement certaines questions sur l’impact économique que les alydidés peuvent générer en agriculture. Il est en ce sens plausible qu’elles soient vectrices de maladies et que les conséquences puissent être dommageables, surtout en regard de la variété de leur régime sur plusieurs types de légumineuses. Or, si peu d’études sur le sujet ont pu affirmer leur gravité sur l’abondance et la qualité des récoltes, il a été démontré que dans certains cas, suite au passage d’Alydus eurinus, certaines graines ont vu leur développement grandement affecté (Underhill, 1943). Il est également intéressant de noter qu’une certaine grégarité constatée lors de l’alimentation, peut évidemment contribuer à l’accentuation des dommages (Ventura et Panizzi, 2003).

    Les glandes odorantes: de la cannelle à la mouffette!

    On ne peut quitter le pays des Merveilles sans parler de l’arme secrète d’Alydus, qui revêt plusieurs fonctions et diffère selon le stade de développement. En effet, les fluides sont émis par deux glandes odorantes qui se situent sur le dos de l’abdomen chez les larves et sur le thorax chez les adultes (Figure 6), entre les pattes mésothoraciques et métathoraciques. Cette réassignation se fait donc lors de la métamorphose et implique des changements physiologiques d’un tissu à l’autre pour dégrader puis réabsorber le matériel glandulaire (Aldrich et al., 1972). Les glandes subissent aussi une histolyse au bout d’un certain temps, soit après 7 jours chez les larves et 25 jours chez les adultes, et au terme duquel elles perdent leur utilité fonctionnelle (Oetting et Yonke, 1978 ).

    La larve est plus prompte à émettre son fluide odorant (qui, contrairement aux adultes, peut avoir une teneur plus agréable grâce à ses composés aromatiques rappelant ceux de la cannelle): elle le fait dès qu’elle est touchée, souvent à la manière d’un jet, à la source de son irritation. Et l’émission peut surprendre: comme il ne s’échappe aucun gaz de l’ostiole avant la projection, il n’y a pas d’odeur émanant de la glande pouvant prévenir un nez avisé qu’une attaque est imminente. La gouttelette mettra quelques minutes tout au plus avant de s’évaporer et laisse souvent une tache là où elle a été déposée. Le réservoir de la glande contient environ cinq gouttelettes et le remplissage complet de ce dernier requiert de 24 à 36 heures même si, dans les faits, il est rarement épuisé in vivo. Il faut souligner que les sécrétions sont toxiques et nécessitent donc des individus qu’ils se protègent d’eux-mêmes: A. eurinus a donc développé un mécanisme de formation de couches de cuticule supplémentaires autour des glandes pour contenir les débordements possibles (Aldrich et al., 1972). Cette adaptation leur confère ainsi une résistance à certaines plantes considérées toxiques pour les insectes, comme celles du genre Desmodium, mais dont les Alydidae se nourrissent allègrement en dépit du fait que ces végétaux sont utilisés dans certaines techniques de répulsion en agriculture.

    Figure 6: Vue latérale d’un spécimen d’Alydus eurinus

    Un comportement singulier de nettoyages successifs chez la larve suite à une émanation pourrait s’expliquer pour les mêmes raisons d’auto-protection et, fait notable, est unique à l’espèce (Aldrich et al., 1972)!

    Si dans certains cas, les fluides émis pas les glandes odorifères peuvent également servir de phéromones d’attraction chez les femelles pour affrioler les mâles de leur propre espèce (une espèce proche comme A. pilosulus n’en ressentira aucunement les effets) (Aldrich et al., 2000), elles peuvent aussi agir comme phéromones d’alarme. Sur le terrain, il fut constaté que des regroupements d’alydidae, à la suite d’une expulsion de fluide glandulaire, pouvaient se mettre à fuir, voler et se laisser tomber au sol dans un tumulte général (Oetting et Yonke, 1978), à l’image du lapin d’Alice qui courait dans tous les sens en lui tambourinant son retard avec son horloge…

    Nous nous rappelons tous de la fin de cette histoire d’ailleurs: «Alice, réveille-toi Alice, tu étais dans un rêve!». 

    Alydus, elle, est dans un monde parfois brutal mais tout aussi merveilleux, et dont on ne se réveille heureusement jamais, puisqu’il est là, bien ancré et réel, sous nos pieds.


    Galerie et informations supplémentaires

    Quelques autres photographies que nous avons considérées dignes d’intérêt sont présentées dans cette section et l’une d’entre elles démontre également que notre Alydus n’a pas toujours eu la vie (et la mort!) facile. En effet, il n’est pas toujours évident d’être entomologiste en herbe! Saurez-vous remarquer les structures manquantes?

    Pour voir Alydus eurinus dans son environnement naturel, cliquez ici.

    Numéro de spécimen QMOR43,671 de la Collection Ouellet-Robert.

    Pour en savoir davantage sur les Alydidae, n’hésitez pas à aller visiter ce site.


    RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

    ** Avec l’aimable contribution de Colin Favret, professeur d’entomologie au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal et directeur de la Collection Entomologique Ouellet-Robert.

  • Neotibicen canicularis (Harris 1841)

    Par Amélie BROCHERIEUX et ANONYME

    Texte et figures (sauf si indiqué) CC BY-SA 2018, par les auteures.


    Le spécimen de notre étude a été récolté mort à proximité l’entrée de l’Avenue Claude-Champagne du pavillon Marie-Victorin (45.511, -73.610), le 6 septembre 2018. Il s’agit d’une cigale caniculaire, décrite pour la première fois par T.W. Harris en 1841 et nommée Tibicen canicularis.

    Figure 1. Neotibicen canicularis femelle, avec ses 2 paires d’ailes repliées vers l’arrière

    Taxonomie

    Embranchement                   Arthropoda
    Classe                                        Insecta
    Ordre                                         Hemiptera
    Sous-ordre                              Auchenorrhyncha
    Super famille                          Cicadoidea
    Famille                                      Cicadidae
    Genre                                         Tibicen (Latreille 1825)
    Nouveau genre                       Neotibicen (Hill & Moulds 2015)
    Espèce                                       Neotibicen canicularis (Harris 1841)
    Nom commun                         Cigale caniculaire (fr.), Dog-day cicada (en.)

    Identification par étude de l’anatomie externe

    Une espèce de l’ordre des Hemiptera

    L’observation des pièces buccales du spécimen a permis de déterminer sa classe et son ordre. C’est un animal ectognathe, il est donc classé chez les Insecta (Nowak, 2010). Il présente, de plus, les caractères apomorphiques des Hempitera avec des pièces buccales exemptes de palpes et modifiées en rostre de type piqueur suceur (Fig. 2).
    L’étude approfondie des ailes du spécimen confirme son appartenance au groupe des Hémiptères puisqu’il en possède deux paires apparentes et capables de se replier dans deux axes (Fig. 1 & 3). Ces ailes membraneuses, transparentes et peu nervurées sont de taille différente, la longueur des antérieures représentant au moins 4/3 de celle des postérieures (Fig. 3).

    Figure 2. N. canicularis femelle, face ventrale

    Figure 3. Ailes, membraneuses et transparentes, déployées du côté latéral gauche d’une femelle N. canicularis

    Une espèce de la famille des Cicadidae

    Les ouvrages utilisés pour identifier la famille de ce spécimen sont ceux de Roth (1980) ainsi que la clef d’identification de Johnson et Triplehorn (2004).
    Cet insecte, dont le rostre sort de l’arrière de la tête et suit le thorax (opistognathe) (Fig. 2), porte des antennes courtes et fines comme des poils (Fig. 4) et ses tarses sont composés de 3 segments (Fig. 5) ; ces caractères morphologiques permettent de le classer dans le sous-ordre des Auchenorrhyncha.
    L’étude plus précise de la tête et des ailes révèle l’absence de 3 caractères : la carène verticale saillante entre les antennes, les tegulae à la base des ailes et les nervures Y de la partie anale de l’aile antérieure (Fig. 3), ce qui indique que le spécimen est apparenté à la super-famille de Cicadoidea.
    Le spécimen porte 3 ocelles sur le haut de la tête, entre les deux yeux (Fig. 4), permettant de le rattacher à la famille Cicadidae. Ceci est confirmé d’une part, par la position des ailes au repos, en tente par-dessus l’abdomen sans chevauchement, par leur texture, membraneuse uniforme, et, d’autre part, par l’absence de prédispositions pour le saut (Fig. 1).

    Figure 4. N. canicularis femelle vue de face

    Figure 5. Patte de N. canicularis femelle dont le tarse est composé de 3 segments

    Une espèce du genre Tibicen

    L’identification du genre du spécimen s’appuie à la fois sur la clef d’identification des cigales d’Amérique du Nord, publiée par Moore (2001), et sur l’article de Sanborn et Phillips (2013) qui précise que 2 genres de Cicadae sont présents au Québec.
    Ce spécimen d’environ 30mm et aux yeux foncés (Fig. 1 & 4) est une femelle puisqu’il ne possède pas de timbales mais un ovipositeur (Fig. 2). L’observation latérale de l’abdomen met en évidence quelques taches blanches qui sont cependant absentes au niveau de l’apex (Fig. 1 & 2).
    Ses ailes antérieures mesurent 35mm de long soit 2,6 fois la largeur de la tête (13mm) (Fig. 3 & 4). Leur bord costal, non incurvé, n’est épaissi que sur une partie. Les nervures sont de couleurs brunes et vertes. La comparaison des 2 cellules basales de l’ailes montre que la ‘centrale’ est plus allongée que la ‘costale’ (la zone d’intersection des nervures M et Cu est plus éloigné que l’apex de la cellule basale ‘costale’) (Borror & al., 1989) (Fig. 3). Surplombant la base des ailes, le mésonotum est sans relief. Le pronotum, vert et noir, épouse la forme de la tête sans créer de proéminences latérales triangulaires (Fig. 4).
    L’ensemble de ces caractéristiques permet de classer le spécimen dans le genre Tibicen qui compte 38 espèces réparties dans l’Est du Canada, dans le Nord du Mexique et partout aux Etats-Unis à l’exception de l’Ouest.

    L’espèce N. canicularis

    La clef d’identification des cigales du Michigan, complétée par l’article de Sanborn et Phillips (2013) qui précise qu’une seule espèce de Tibicen est présente au Québec, a permis de nommer notre spécimen.
    En effet, la longueur totale de l’insecte (ailes incluses) (42mm) (Fig. 1), la couleur du collier pronotal (marron et vert) (Fig. 4), la présence d’une ligne médiane noire sous l’abdomen (Fig. 2) et l’origine de la première nervure transversale de l’aile antérieur (à ¼ du début de la case marginale) (Fig. 3), ajoutés aux caractères précédents, permettent de déterminer qu’il s’agit d’une femelle de l’espèce Tibicen canicularis. En 2015, suite à des analyses génétiques, les espèces du genre Tibicen ont été reclassées dans de nouveaux genres. Ainsi, T. canicularis a été renommée Neotibicen canicularis (Hill & al., 2015).

    Répartition géographique

    N. canicularis est une cigale native du Mexique et de l’Amérique du Nord (Figure 6) qui peut donc être observée au Québec (Sanborn & Phillips, 2013).

    Figure 6. Distribution de N. canicularis en Amérique du Nord et au Canada (carte dessinée par A. Brocherieux à partir des informations du site InsectIdentification)

    Reproduction & Cycle de développement

    La sérénade, une caractéristique de la cigale

    Au moment de la reproduction, les adultes se reconnaissent grâce à des signaux acoustiques (Resh & Cardé, 2003). Le mâle émet un chant nuptial pour repérer les femelles qui lui répondent entre Mai et Novembre (Clef d’identification des cigales d’Amérique du Nord).

    Le mâle possède des timbales, membranes positionnées de chaque côté du premier segment abdominal, cachées par des opercules et reliées à un muscle abdominal. La succession des contractions et des relâchements musculaires fait vibrer la membrane de la timbale produisant des signaux sonores. Le son émis varie avec la force et l’intensité des contractions. Les mâles N. canicularis produisent un son aigu, s’intensifiant d’abord avant de s’atténuer progressivement. Le genre Tibicen possède le chant le plus intense d’Amérique du Nord, pouvant atteindre 106 décibels (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2010).

    Écouter N. canicularis

    L’accouplement et la ponte

    Le mâle se déplace, en marchant ou en volant, tout en produisant des signaux acoustiques jusqu’à recevoir ceux émis par une femelle. La copulation se produit lorsque le mâle introduit son organe reproducteur à la base de l’ovipositeur (Fig. 2) (Resh & Cadré, 2003).

    La femelle fécondée pond, grâce à son ovipositeur, dans une saignée qu’elle a creusé dans l’écorce d’un arbre pour assurer leur protection avant leur migration vers le sol (Boulard, 1988).

    Le développement des larves

    Les œufs se laissent tomber de la branche par un fil de soie et éclosent au sol, c’est la première mue. La larve acquiert alors l’usage de leurs pattes pour s’enfouir dans le sol et un appareil buccal de type piqueur-suceur (Boulard, 1988). Pendant leur période souterraine, la larve aveugle creuse des galeries, se nourrit de la sève des racines et tiges souterraines, mue plusieurs fois pour acquérir progressivement les pièces génitales, les ailes et les organes sensoriels (visuels).

    Elles vivent sous terre entre 2 et 5 ans. Aveugles, elles se déplacent par chimiotropisme à la recherche de nourriture et creusent, grâce à des pattes antérieures fouisseuses, des galeries qu’elles façonnent en mouillant la terre de leur urine (Boulard, 1988).

    Après leur dernière mue, les larves se teintent de brun, leurs yeux se pigmentent et elles creusent des galeries en direction de la surface. Leur période d’émergence dépend de la température estivale (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2010). Une fois sortie, elles partent en quête d’un support où se fixer afin de se métamorphoser. (Boulard, 1988)

    Ainsi agrippée, tête vers le haut ou dos vers le sol, la cigale fend sa peau larvaire afin de s’en extraire. Une fois sortie, la cigale reste immobile pendant près de 3h avant de prendre leur envol, afin que son exosquelette se rigidifie et que ses ailes se déploient et sèchent (Boulard, 1988).

    Le cycle de développement de N. canicularis se réalise généralement sur une période de 2 à 5 ans mais peut atteindre 13 ans (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2010). Toutefois, ces insectes sont dits ‘annuels’ puisque des adultes émergent chaque année, dû à un chevauchement des générations (Cranshaw & Shetlar, 2017). A l’inverse, les cigales périodiques émergent toutes au même moment, et ont souvent des cycles de 13 ou 17 ans (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2010).

    Vidéo du cycle de développement d’une espèce de cigale périodique depuis l’émergence jusqu’à la reproduction.

    Figure 7. Schéma du cycle de biologique de N. canicularis (réalisé par A. Brocherieux)

    Mode de vie

    Alimentation

    Larves et adultes consomment la sève des plantes hôtes, au niveau des branches, de la tige et des racines qu’ils sélectionnent en fonction de caractéristiques visuelles et/ou chimiques. Piqueurs-suceurs, ils introduisent leur rostre dans les cellules du tissu de la plante hôte pour les vider de leur contenu. Phytophage généraliste, N. canicularis a une préférence pour les espèces appartenant principalement aux Pinacea (pins, épinettes…) et aux Pagacea (chênes, hêtres…) (Discover Life).

    Interactions avec d’autres organismes

    Lors de leur métamorphose, les cigales immobiles, sans défense, sont des proies pour les fourmis et les guêpes (Boulard, 1988).
    Durant leur cycle de développement, les cigales interagissent avec certaines espèces végétales en se nourrissant de leur sève.

    Importance économique et/ou écologique

    Lors de la ponte, les cigales endommagent les branches des plantes ayant été incisées. Si le nombre de cavité percées est trop importante, la croissance de l’arbre et la production de fruits peut alors être retardées l’année suivante (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2010).

    Bibliographie

    Agriculture et Agroalimentaire Canada (2010). Cigales. Repéré à l’URL : http://www.agr.gc.ca/fra/science-et-innovation/centres-de-recherche-et-collections/collection-nationale-canadienne-d-insectes-d-arachnides-et-de-nematodes-cnc/contenu-archive-cigales-1-de-46/?id=1229021431446

    Borror, D.J., Triplehorn, C.A., & Johnson, N.F. (1989). An introduction to the Study of Insects (6th edition). Fort Worth : Saunders College Publishing. 875pp

    Boulard, M. (1988). Biologie et comportement des cigales de France. Insectes, 69, pp.7-13. Repéré à l’URL : https://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i69boulard.pdf

    Cranshaw, W., & Shetlar, D. (2017). Garden Insects of North America: The Ultimate Guide to Backyard Bugs (2nd Edition). New Jersey : Princeton University Press. Repéré à l’URL : https://books.google.ca/books?id=4KYxDwAAQBAJ&pg=PA408&dq#v=onepage&q&f=false*

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  • Podisus placidus (Uhler 1870)

    Par Lauriane MORISSETTE et Laurie-Anne ROY

    Texte et figures (sauf si indiqué) CC BY-SA 2018, par les auteures.


    L’espèce Podisus placidus fut décrite pour la première fois par le libraire, géologue et entomologiste spécialiste des Hémiptères, Philip Reese Uhler (1835-1913) (Sterling et al. 1997). Ladite description parut pour la première fois dans le second volume du magazine illustré The American Entomologist and Botanist en 1870. Avec l’accord de Monsieur Uhler, les éditeurs du magazine, Charles V. Riley et George Vasey, ont publié sa description de Podisus placidus peu de temps avant que celui-ci ne la publie dans l’un de ses ouvrages.

    Localisation et distribution

    Ce spécimen (voir Figure 1.) a été récolté à l’aide d’un filet fauchoir le 6 septembre 2018 à la Station de Biologie des Laurentides sur le chemin du Lac Corriveau (voir Figure 2.).

    Figure 1. Podisus placidus identifié le 13 septembre 2018 par Lauriane Morissette et Laurie-Anne Roy. (Photo prise par Lauriane Morissette)

    Figure 2. Carte avec agrandissement de la Station de Biologie des Laurentides (SBL) et du Chemin du Lac Corriveau. L’agrandissement est de x1000. (Image prise à partir de Google Earth et de Google Camera; Google Data SIO NOAA, U.S. Navy NGA GEBCO Sandsat/Copernicus en date du 24 octobre 2018, modifiée par Laurie-Anne Roy)

    Podisus placidus fait partie de la plus grande famille parmi les Pentatomoidea en Amérique du Nord et est une espèce indigène du Canada et des États-Unis (McPherson 2018) (voir Figure 3.).

    Figure 3. Carte du Canada et des États-Unis avec les provinces et états où Podisus placidus a été observé. D’après Maw & al. (2000), cette espèce se retrouve de la Colombie-Britannique au Québec. Malgré le fait qu’elle ait été observée, le E.H. Strickland Entomological Museum de l’Université de l’Alberta insiste sur le fait qu’aucun spécimen n’a été récolté en Alberta. On la retrouve aussi au New Jersey (Smith 1909), en Arkansas (Tadic 1963), au Colorado (Gillette et Barker 1895), en Utah (Pack et Knowlton 1930), en Idaho (Harris et Shull 1944) et en Illinois (McPherson 1982). Sans doute elle se trouve aussi dans tous les états entre ceux-ci. (Graphisme par Laurie-Anne Roy)

    Classification

    Embranchement :                Arthropoda

    Sous-Embranchement :        Hexapoda

    Classe :                                              Insecta

    Ordre :                                        Hemiptera

    Super-Famille :              Pentatomoidea

    Famille :                             Pentatomidae

    Sous-Famille :                           Asopinae

    Genre :                                             Podisus

    Espèce :                        Podisus placidus

    Identification

    L’identification du spécimen s’est faite à partir de trois clefs d’identification (VanDyk 2006; Pilon 2008; Paiero et al. 2013). Les deux premières ont permis principalement l’identification du spécimen jusqu’à la famille et la dernière, quant à-elle, a permis de l’identifier jusqu’à l’espèce.

    Le spécimen en question appartient à l’ordre des Hemiptera. On compte 700 espèces d’Hemiptera au Québec. L’appartenance à cet ordre fut établie grâce à la présence d’un rostre (voir Figure 4.), c’est-à-dire, d’une pièce buccale de type piqueur-suceur, adapté au mode d’alimentation particulier des Hemiptera. Ce dernier est lui-même composé de plusieurs stylets servant à perforer et drainer le contenu d’une plante ou d’une proie, dans le cas de Podisus placidus.

    Figure 4. Vue ventrale de Podisus placidus. (Photo prise par Laurie-Anne Roy, modifiée par Lauriane Morissette)

    Cet insecte appartient plus précisément au sous-ordre des Heteroptera, communément appelé punaises, dont la particularité réside dans la pluralité de textures des ailes antérieures. Celles-ci sont à la fois cornées près de la base et membraneuses à l’extrémité, ce qui leur vaut le nom d’hémélytres (voir Figure 5.). Outre les ailes elles-mêmes, leur positionnement à plat sur le dos est également indicateur du sous-ordre Heteroptera. Les individus du sous-ordre Homoptera, les portent plutôt en angle, ce qui leur donne la forme d’un toit. Le point d’insertion du rostre (voir Figure 4.) varie aussi entre les sous-ordres et même à l’intérieur des sous-ordres dans le cas des Homoptera. Chez les Heteroptera comme Podisus placidus, le rostre est inséré sur le devant de la tête, comme il est possible de voir à la Figure 7. Au même titre, la présence évidente d’un scutellum (voir Figure 5.), une plaque située entre l’insertion des hémélytres, constitue une caractéristique supplémentaire menant à l’identification du sous-ordre Heteroptera, celle-ci étant absente chez les Homoptera.

    Figure 5. Vue dorsale de Podisus placidus. (Photo prise par Laurie-Anne Roy, modifiée par Lauriane Morissette)

    Pour établir l’appartenance du spécimen à l’une des 41 familles de punaises présentes au Québec, trois caractères clés ont été relevés. La forme triangulaire du scutellum (voir Figure 5.), l’absence d’épines apparentes sur les tibias (voir Figure 6.) et la division des tarses (voir Figure 6.) en 3 tarsomères, au lieu de deux comme chez les Acanthosomatidae (un proche parent), ont permis d’associer le spécimen à la famille des Pentatomidae.

    Figure 6. Vue dorsale de l’une des pattes de Podisus placidus. (Photo prise par Laurie-Anne Roy, modifiée par Lauriane Morissette)

    La famille des Pentatomidae est composée de trois sous-familles. Pour établir à quelle sous-famille le spécimen appartient, le scutellum (voir Figure 5.) de forme triangulaire a encore une fois été un caractère déterminant en permettant d’écarter la sous-famille des Podopinae. De la même façon, l’observation d’un rostre épais (voir Figure 4.), dont le premier segment (voir Figure 7.) est libre a permis d’écarter la sous-famille des Pentatominae, qui possèdent plutôt un rostre mince, dont le premier segment est incrusté en dessous de la tête. Cette dernière observation témoigne donc de l’appartenance du spécimen à la sous-famille des Asopinae.

    Figure 7. Vue latérale de la tête de Podisus placidus. (Photo prise par Laurie-Anne Roy, modifiée par Lauriane Morissette)

    L’appartenance du spécimen au genre Podisus a été déduite à la suite de l’observation de plusieurs caractères essentiels. Une fois de plus, la forme triangulaire du scutellum (voir Figure 5.) a été nécessaire à l’identification du genre. Cela a permis d’éliminer la dernière espèce ne possédant pas un scutellum triangulaire parmi la sous-famille des Asopinae, soit Stiretrus anchorago. Le spécimen ne présente pas de couleurs vives ni de motifs marqués. Il présente plutôt une coloration assez monochrome, dans des tons brun-orangé, ce qui a permis d’écarter le genre Perillus, dont les individus sont marqués de motifs aux couleurs contrastantes, ainsi que les espèces Rhacognathus americanus et Zicrona caerulea, qui sont respectivement brun foncé ou noir et bleue métallique. Le pronotum (voir Figure 5.) de l’espèce ne présente pas d’angle huméral ou humérus (voir Figure 5.) très pointu et noir, comme c’est le cas pour Picromerus bidens. Il a donc été possible d’écarter ce choix. Pour finir, l’observation chez cette dernière d’un tylus (voir Figure 8.) qui est de la même longueur que les jugums (voir Figure 8.) a permis son association au genre Podisus.

    Figure 8. Vue dorsale de la tête de Podisus placidus. (Photo prise par Laurie-Anne Roy, modifiée par Lauriane Morissette)

    L’identification du spécimen à l’espèce fut quant à elle assez simple, car parmi les 4 espèces de Podisus présentes au Québec, Podisus placidus est la seule qui ne possède pas de ligne sombre au centre de la membrane des ailes (voir Figure 5.). De plus, chez cette dernière, la marge antéro-latérale du pronotum (voir Figure 5.) est droite, ce qui constitue un second trait permettant de différencier Podisus placidus de ses confrères.

    Environnement

    Il s’agit d’un insecte qu’il est possible de retrouver dans plusieurs milieux, dont dans les vieux champs, les forêts de feuillus et les forêts de pruche (Evans 1983). Néanmoins, il a aussi été observé sur d’autres types d’arbres : le noisetier (Stoner 1920), le peuplier (Cranshaw 2007), le saule (McPherson 1982), le cèdre blanc (Stoner 1922 d’après McPherson 1982), le chêne (Olsen 1912), le merisier, la vigne sauvage (McPherson 1982), le pêcher (Furth 1974), l’érable negundo (Gillette et Baker 1895), le pin (Olsen 1912), l’espèce Lindera benzoin (McPherson et Mohlenbrock 1976), la verge d’or (Townsend 1981), le ceriser et le pommier (Evans 1983).

    Alimentation

    Il est important de noter que l’une des particularités de la Sous-famille des Asopinae, celle dont fait partie Podisus placidus, est qu’elle est composée d’espèces prédatrices (McPherson 2018). La majorité des autres espèces de Pentatomidae sont phytophages.

    L’alimentation de Podisus placidus est très variée. L’espèce peut se nourrir, entre autres, d’espèces du genre Malacosoma (Evans 1983), de Hypantrie cunea ou d’Orgyia leucostigma (Kirkland 1897). Donc, cette espèce se nourrit principalement d’insectes de l’ordre des Lepidoptera lorsqu’ils sont sous la forme de larves, c’est-à-dire, de chenilles. Pouvant partager son environnement avec des espèces ayant un régime alimentaire similaire au sien (par exemple, Podisus modestus ou Podisus serieventris), ceux-ci ont développé des méthodes de dispersion différentes afin d’éviter la compétition directe pour les ressources (Evans 1983).

     Cycle de vie

    N.B.: Cette section a été rédigée selon les observations d’Oetting et Yonke (1971). À toutes les fois où la source n’est pas précisée, cela signifie que l’information vient de leur article Immature stages and biology of Podisus placidus and Stiretrus fimbriatus (Hemiptera: Pentatomidae).

    L’ordre des Hemiptera est dit hémimétabole (Favret 2018). C’est-à-dire que les espèces de cet ordre ont un développement qui comprend trois phases principales: celle de l’oeuf, un ou plusieurs stades larvaires où la mue s’effectue ainsi que la phase adulte. Dans le cas de Podisus placidus, cette espèce a un total de cinq stades larvaires (voir Figure 9.).

    Figure 9. Cycle de vie de Podisus placidus avec notes des auteures. Les détails de cette figure seront discutés dans les sections dédiées aux différents stades. (D’après Oetting et Yonke (1971) et Cranshaw (2007), graphisme par Laurie-Anne Roy)

    Oeuf

    Les œufs de Podisus placidus sont pondues par la femelle sur le dos d’une feuille (McPherson 2018). Faisant près d’un millimètre, ils sont d’une teinte jaunâtre et verte jusqu’au quatrième jour où ils deviennent jaunes. Puis, ceux-ci prendront des teintes rougeâtres au cinquième jour. Ils sont organisés en agglomérat (voir Figure 10.) de 15 à 55 œufs environ à l’aide d’une sécrétion collante (McPherson 2018). Une caractéristique intéressante de la famille des Pentatomididae et qu’on ne retrouve pas chez toutes les familles de cet ordre est que la femelle demeure sur place jusqu’à son décès pour offrir des soins à ses œufs (McPherson 1982; McPherson 2018).

    Figure 10. Oeufs de Podisus placidus sur le dos d’une feuille de peuplier. (Photo prise par Whitney Cranshaw, 2007)

    Stade larvaire 1

    Grande de 1,30 à 1,62 mm, la larve a une forme ronde-ovale et sa segmentation quoi que présente est très peu défini en comparaison aux autres stades. Les antennes ont une longueur de 0,92 mm et quatre segments. Il est possible d’observer sept spiracles, sur les segments 2 à 8. Oetting et Yonke (1971) ont aussi observé que durant leur première journée, les larves se nourrissent des œufs qui ne sont pas encore éclos.

    Stade larvaire 2

    La taille de la larve est de 2,59 à 2,75 mm. Il est possible de voir une transition et il est plus facile d’observer la segmentation à partir de ce stade comme schématisé dans la Figure 8. Les antennes mesurent 1,42 mm.

    Oetting et Yonke (1971) remarque que dès lors, les larves se nourrissent de façon variée, n’ayant aucune préférence visible quant à leur proie, mais demeurant loin des chenilles poilues.

    Stade larvaire 3

    La taille de la larve est de 3,46 à 4,64 mm. Les antennes mesurent 2,12 mm. Un changement dans l’angle des coxas (voir Figure 4.) fait en sorte que les pattes sont plus proches du corps.

    Stade larvaire 4

    La taille est de 4,97 à 6,48 mm. Les antennes mesurent 2,99 mm. Ce stade est celui où débute l’apparition des hémélytres (McPherson 2018).

    Stade larvaire 5

    La taille est de 8,32 à 9,23 mm.  Le thorax et l’abdomen sont nettement plus allongés. Les antennes mesurent 4,32 mm. Les hémélytres se forment de plus en plus de chaque côté du scutellum (McPherson 2018). C’est le plus long des cinq stades larvaires.

    Le développement dure en moyenne 27,1 jours. Après chaque mue, les larves mangent pendant deux jours de façon intensive. Elles arrêtent complètement deux jours avant l’autre mue. Ce phénomène est aussi observable chez une autre espèce du même genre. Il s’agit de Podisus maculiventris (Mukerji and LeRoux 1965).

    Adulte

    Atteignant jusqu’à 11 mm (McPherson 1982), c’est seulement à ce stade que les hémélytres ont pris leur pleine expansion et qu’il y a présence d’ailes. Les couleurs ternes et brunâtres de l’espèce lui permettent de mieux se camoufler dans son environnement (McPherson 2018).

    Reproduction

    La reproduction a lieu au printemps, après que cette espèce se soit éveillée de la phase de dormance qui a lieu durant l’hiver (McPherson 2018). Il n’est pas totalement clair à savoir si cette espèce a une hibernation qui est obligatoire ou facultative. Néanmoins, l’espèce la plus proche phylogénétiquement parlant étudiée, Podisus maculiventris, a une dormance facultative (McPherson 2018).

    Il est important de noter que dans certaines régions, dû à la variation de la température et de la luminosité, cette espèce peut être multivoltine (McPherson et Mohlenbrok 1976). Ceci signifie qu’elle peut avoir plus d’une génération d’oeufs sur une période d’un an selon où elle se situe géographiquement (McPherson 2018).

    La première étape de reproduction sera effectuée par le mâle qui ira frotter ses antennes à divers endroits contre la femelle pour lui démontrer son intérêt. Il finira, toutefois, par se concentrer seulement sur l’extrémité de son abdomen. Si la femelle est intéressée, elle sous-lèvera le bout de son abdomen, néanmoins, si elle ne réagit pas, le mâle saura se montrer plus insistant en reproduisant la même chose, c’est-à-dire, en frottant et la poussant non pas avec ses antennes, mais bien avec sa tête. Si les tentatives du mâle demeurent infructueuses, la femelle lui donnera quelques coups de pattes ou se désintéressera complètement et reprendra son chemin.

    Cependant, si elle décide d’être réceptive et de soulever son abdomen ou de laisser le mâle le sous-lever avec sa tête, celui-ci fera un demi-tour droite, lèvera son propre abdomen et tentera d’insérer son édéage dans la femelle.

    Dans le cas où le mâle gagne sa conquête, les deux peuvent rester dans cette position pendant des heures et manger entre temps (voir Figure 12.). Si la femelle n’a rien à se mettre sous le labre, elle peut décider de se déplacer pour aller à la recherche de nourriture en trimbalant le mâle (McPherson 1982; McPherson 2018).

    Figure 12. Deux Podisus placidus en plein acte de reproduction. La femelle est identifiable par le fait qu’elle est plus grosse que le mâle (Evans 1983). (Photo prise par  Whitney Cranshaw (2007))

    Lutte biologique

    Les talents de prédateur de Podisus placidus ont tenté d’être utilisés afin de faire de la lutte biologique. La lutte biologique est effectuée en introduisant une espèce prédatrice dans un nouveau milieu afin qu’elle nuise à une espèce qui est elle-même nuisible ou envahissante. Tadic en 1963 a fait une étude afin d’évaluer la possibilité d’introduire Podisus placidus sur le territoire de l’ex-Yougoslavie afin de nuire à Hypantrie cunea.

    Prédateur prédaté

    Ce n’est pas parce que Podisus placidus est lui-même un prédateur redoutable qu’il n’est pas aussi une proie. Effectivement, deux espèces d’araignées, Epeira strix et Phidippus multiformis, sont des prédatrices de cette espèce (Kirkland 1897). 

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  • Nabis rufusculus Reuter 1872

    Nabis rufusculus Reuter 1872

    La punaise demoiselle

    François-Xavier DESSUREAULT, Hyacinthe GAUTHIER-BÉRUBÉ


    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Heteroptera

    Infra-ordre: Cimicomorpha

    Famille: Nabidae

    Sous-famille: Nabinae

    Tribu: Nabini

    Genre: Nabis 

    Sous-genre: Nabis


    ATTENTION: Grâce à l’expertise et les commentaires de M. Roch (voir en bas), nous avons mis à jour l’identification de notre spécimen. Il s’agit de Nabis rufusculus et non pas de N. roseipennis comme on avait au paravant. Quelques-unes des phrases suivantes traitent encore de cette deuxième espèce. La biologie des deux espèces est très semblable.

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    Nabis rugosus – Les espèces du genre Nabis sont généralement uniformes autant dans leurs mode de vie que l’apparence. Michael Becker 2006, CC BY-SA 3.0

    Nabis rufusculus est un insecte de l’ordre des hémiptères (punaises), famille des Nabidae. On le retrouve dans une grande partie de l’Amérique du Nord, de la Colombie-Britannique au Colorado à l’Ouest, jusqu’à la Floride et les provinces maritimes à l’Est (Blatchley, 1926). Cette punaise prédatrice passe sa vie dans les herbes au bord de cours d’eau et de marécages, ainsi que sur des arbustes en lisière de forêts.

    Historiquement, les espèces de la famille des Nabidae étaient regroupées avec une autre famille d’hémiptères, les Reduviidae, qui sont souvent nommés « punaises assassines ». Les réduves ont une apparence mais aussi un mode de vie très similaire aux Nabidae, et c’est en 1861 que Nabidae a obtenu le statut de famille (Schuh et al., 1995). Le genre Nabis a quant à lui été décrit par Latreille bien avant cette séparation, soit en 1802, et l’espèce N. rufusculus en 1872 par Reuter. 

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    Reduviidae, Gaspar Alves 2012, CC BY-SA 3.0

    Comme tous les hémiptères, N. rufusculus a des pièces buccales modifiées en forme de trompe, nommée rostre (Dolling, 1991). Il est articulé en sections, contrairement au proboscis, la trompe des lépidoptères (papillons) entièrement flexible. Le nombre de sections du rostre, 4 chez les Nabidae, est un des critères permettant de différencier avec les Reduviidae, qui compte seulement 3 articles (Borror et al., 1991). Le rostre est un appareil polyvalent qui sert à piquer les tissus des plantes ou des animaux pour en aspirer les substances nutritives, ce qui a contribué à la diversité des modes de vie chez les Hémiptères.

    patte ravisseuse
    Patte ravisseuse- noter les crochets sur l’intérieur du tibia

    Nabis rufusculus est quant à lui un prédateur dit généraliste, capable de se nourrir d’une grande variété de proies, à un point tel que l’espèce adopte certains comportements pour réduire le cannibalisme. Ainsi, la larve est généralement située plus bas sur une même plante que l’adulte, probablement pour diminuer les chances de rencontres (Braman et al., 1989). En conditions de laboratoire, les larves doivent aussi être gardées séparément pour éviter qu’elles ne se mangent entre elles (Rensner et al., 1983). Outre ses propres congénères, les adultes et nymphes mangent une variété d’insectes à cuticule molle comme les pucerons, ainsi que des larves, des nymphes ou des œufs d’autres espèces (Henry et al., 1988). Les punaises prédatrices capturent généralement leurs proies à l’aide de leurs pattes dites “ravisseuses”. Comme celles des mantes religieuses, leur tibia et leur fémur des pattes prothoraciques (les pattes avant) sont dotés de crochets ou de poils pour retenir la proie entre ces deux segments de la patte (Dolling, 1991). Elles piquent ensuite avec leur rostre, injectent des enzymes pour digérer la proie de l’intérieur, pour ensuite aspirer le contenu avec ce même rostre. En conditions de laboratoire, Rensner (1983) a observé que N. roseipennis consommait en moyenne 4 à 5 cicadelles de la pomme de terre (Empoasca fabae) adultes en 24h; elle contribue donc à contrôler les populations de ce ravageur de plusieurs grandes cultures. Les Nabidae sont des prédateurs importants d’autres ravageurs, dont le ver de l’épi de maïs, Helicoverpa zea (Swenson et al, 2013), la teigne des crucifères, Plutella xylostella (Philips et al., 2014), et plusieurs espèces de pucerons (Chasen et al. 2014). Quelques cas de piqûres ont été répertoriés chez l’humain par des espèces du genre Nabis (Faúndez et Carvajal, 2011), mais pas N. roseipennis.  Contrairement à d’autres familles de punaises qui se nourrissent de sang, les Nabidae ne s’en prennent généralement pas aux vertébrés. Enfin, les Nabidae piquent parfois les végétaux pour s’y abreuver et compléter leur diète, lorsque les proies sont rares (Stoner A., 1972).

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    Clasper de Nabis rufusculus

    Lors de la reproduction, le mâle approche la femelle en émettant des stridulations similaires à celles d’un grillon, en frottant les tibias de ses pattes mésothoraciques (pattes du milieu). Au contact de la femelle, le mâle utilise ses claspers, deux structures situées de part et d’autre de l’abdomen du mâle. Similaire à des pinces, les claspers servent à retenir la femelle durant l’accouplement (Davies, 1988). C’est d’ailleurs la forme des claspers d’un individu, parfois asymétriques, qui est souvent le meilleur critère pour l’identification de nombreuses espèces de punaises, dont N. rufusculus qui peut être facilement confondue avec d’autre espèce du genre Nabis à l’allure très similaire (Larochelle, 1984). Les claspers plus large, en forme de fer de hache, distinguent ainsi N. roseipennis de N. rufusculus, dont les claspers sont plus étroits. [Voir commentaires en bas]

    La femelle pond des œufs d’à peine 2 mm dans la tige des végétaux, avec seulement l’opercule servant d’écoutille visible à l’extérieur de la plante (Dolling, 1991). À l’éclosion, la larve pousse l’opercule et s’extrait de l’œuf avant d’effectuer une pause près du trou d’émergence. Cette pause permet à sa cuticule encore neuve de sécher et durcir. La larve ressemble beaucoup à un petit adulte sans ailes. Il y a cinq stades larvaux avant l’âge adulte, donc quatre mues successives au cours desquelles les futures ailes se développent avant la mue finale. Nabis rufusculus semble avoir une préférence pour les légumineuses comme site de ponte, du moins par rapport à d’autres grandes cultures; elle est donc fréquemment observée dans les champs de soja et de luzerne (Pfannenstiel et al., 1998) où les proies sont également abondantes. Il y a généralement deux pontes dans l’été sous notre climat québécois, après quoi les adultes, comme tous les Nabis, hibernent sous une litière de feuilles mortes (Dolling, 1991).

    Référence

    Blatchley, W. S. (1926) Heteroptera, or true bugs of eastern North America, with especial reference to the faunas of Indiana and Florida. The Nature publishing company, Indianapolis, 1136p.

    Borror, D. J., White, R. E. (1991) Le guide des insectes du Québec et de l’Amérique du Nord. Broquet, Boucherville, 408p.

    Braman, S. K., Yeargan, K. V. (1989). «Intraplant Distribution of Three Nabis Species (Hemiptera: Nabidae)., and Impact of N. roseipennis on Green Cloverworm Populations in Soybean». Environnemental Entomology, vol. 18 (2), 240-244

    Chasen, E. M., C Dietrich, E. A. Backus, E. M. Cullen. (2014) «Potato Leafhopper (Hemiptera: Cicadellidae) Ecology and Integrated Pest Management Focused on Alfalfa», Journal of Integrated Pest Management, vol .5 (1) 

    Davies, R. G. (1988) Outlines of entomology, Springer Netherlands, 408p.

    Dolling, W. R. (1991) The Hemiptera, Oxford University Press, Oxford, 274p.

    Faúndez, E. I., Carvajal, M. A. (2001) «A human case of biting by Nabis punctipennis (Hemiptera: Heteroptera: Nabidae) in Chile». Acta Entomologica Musei Nationalis Pragae, Vol 51 (2), p. 407-409

    Henry, T. J., Froeschner, R. C. (1988) Catalog of the Heteroptera, or true bugs, of Canada and the continental United States. E. J. Brill and Leiden, New York, 958p.

    Larochelle, A. (1984) Les punaises terrestres (Heteroptères: Geocorises) du Québec, Association des entomologistes amateurs du Québec. Québec, 513p.

    Pfannenstiel, R. S., Yeargan, K. V. (1998) «Association of Predaceous Hemiptera with Selected Crops», Environmental Entomology, vol. 27 (2), 232-239

    Philips, C. R., Z. Fu, T. P. Kuhar, A. M. Shelton, R. J. Cordero (2014) «Natural History, Ecology, and Management of Diamondback Moth (Lepidoptera: Plutellidae), With Emphasis on the United States», Journal of Integrated Pest Management, vol. 5 (3)

    Rensner, P. E., Lamp, W. O., Barney, R. J. , Armbrust, E. J. (1983). «Feeding Tests of Nabis roseipennis (Hemiptera: Nabidae) on Potato Leafhopper, Empoascafabae (Homoptera: Cicadellidae), and Their Movement into Spring-Planted Alfalfa». Journal of the Kansas Entomological Society, vol. 56 (3), 446-450

    Schuh, R. T., Slater, J. A. (1995) True bugs of the world (Hemiptera: Heteroptera) Classification and natural history. Cornell University Press, New York, 336p.

    Stoner, A. (1972). «Plant feeding by Nabis, a predaceous genus.» Environnmental entomology, vol. 1 (5), 557-558

    Swenson, Corn Earworms (Lepidoptera: Noctuidae) as Pests of Soybean», Journal of Integrated Pest Management, vol. 4 (2)

  • Aphrophora quadrinotata (Say 1830)

    Aphrophora quadrinotata (Say 1830)

    par Marilou DANIS et Laura KIENZLE

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    Aphrophora quadrinotata mâle et femelle attrapés ensemble à la Station de Biologie des Laurentides le 1er septembre 2016 sur une feuille de Populus tremuloides près du stationnement

    Classification  

    Classe: Insecta

    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Auchenorrhyncha

    Super-famille: Cercopoidea

    Famille: Cercopidae

    Genre: Aphrophora

    Espèce: Aphrophora quadrinotata (Say, 1830)

     

    Identification du spécimen

    Afin d’identifier notre spécimen, il a d’abord fallu trouver l’ordre auquel il appartenait. Ce sont principalement le labium en forme de rostre et les pièces buccales en stylet qui nous ont permis de conclure que le spécimen attrapé faisait partie de l’ordre des Hemiptera. La famille des Cercopidae a ensuite pu être déterminée en observant les pattes métathoraciques portant des aiguillons, qui sont des appendices servant à la défense. Les pattes métathoraciques sont également plus longues que celles des deux autres paires de pattes (Hamilton, 1982). Par la suite, le spécimen a pu être identifié jusqu’au genre Aphrophora en observant les caractéristiques morphologiques telle que le patron de couleur.

    L’identification de l’espèce a pu se faire en comparant la couleur et la morphologie du spécimen aux 6 espèces du genre Aphrophora que l’on retrouve au Québec. Pour nous aider, nous avons observé des spécimens présents dans la collection entomologique Ouellet-Robert de l’Université de Montréal. Il fut à ce moment difficile de déterminer si notre spécimen faisait partie de A. alni ou bien de A. quadrinotata. Des critères comme la tête plus longue au milieu qu’au niveau des yeux, le patron de coloration des ailes présentant deux bandes blanches de chaque côté de l’insecte, la taille des spécimens et les ailes antérieures plus larges au centre plutôt qu’à l’avant, ont permis de différencier les deux espèces et de conclure que notre spécimen était bien Aphrophora quadrinotata.

     

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    Distribution géographique et habitat

    La famille des Cercopidae compte environ 1 500 espèces décrites à travers le monde dont seulement 36 sont trouvées au Canada et 18 au Québec (Hémiptères du Québec, 2008). Il existe un total de 6 espèces du genre Aphrophora au Québec dont A. alni qui est une espèce introduite d’Europe (Hémiptères du Québec, 2008). On retrouve Aphrophora quadrinotata dans l’est des États-Unis et le sud-est du Canada (Hamilton, 1982). 

    Les larves de A. quadrinotata sont retrouvées sur une grande diversité d’herbacées. Les adultes, pour leur part, sont retrouvés sur l’aulne rugueux, le chêne, les herbacées à larges feuilles, le noisetier à long bec, le ronce hispide et le peuplier (Hemiptères du Québec, 2008). C’est justement sur une feuille de peuplier faux-tremble que nous avons capturé nos spécimens adultes.

    Biologie et comportement

    Dans la famille des Cercopidae, la larve se développe entourée d’un amas mousseux aussi appelé « crachat du coucou » que l’on retrouve principalement à l’intersection de la tige et de la feuille. Cette substance est sécrétée par l’anus de la larve et est mélangée avec des sécrétions des glandes hypodermiques au niveau de l’abdomen (Guilbeau, 1908). Puis, des bulles d’air sont produites suite à des contractions abdominales par le canal aérifère de la larve (Hémiptères du Québec, 2008). Cet amas mousseux pourrait permettre aux larves d’éviter la dessiccation et de se protéger des prédateurs (Alford, 2002). Cependant, cela peut également représenter un désavantage puisque certains insectes parasites, comme certains Encyrtidae, ont développé une capacité à repérer ces amas mousseux dans la végétation (Hamilton, 1982). Une fois l’amas repéré, ils pondent leurs œufs sur la larve qui s’y cache (Boucher, 2008).

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    Amas mousseux produit par la larve. Auteur:  Pollinator,  fichier, License: CC BY-SA 3.0. Source.

    Les larves et adultes sont phytophages. Ils se nourrissent de la sève brute des plantes à l’aide de leurs pièces buccales en forme de stylet qui permettent de percer les tissus végétaux et de sucer le liquide interne. Le fait de piquer pour se nourrir et pour pondre les œufs cause certains dommages aux végétaux. Ces lésions dans le tissu végétal peuvent, par exemple, permettre l’infiltration de phytopathogènes à l’intérieur de la plante (Hamilton, 1982).

    Pour ce qui est des déplacements, il semblerait que les larves, malgré leur protection dans l’amas mousseux, n’hésitent pas à quitter celui-ci lorsqu’elles considèrent que les ressources en nourritures sont insuffisantes. Également, on peut retrouver plusieurs larves regroupées au sein d’un même amas mousseux. Les adultes, pour leur part, sont plutôt stationnaires. Leur coloration permet un excellent camouflage et au besoin, leurs longues pattes métathoraciques leur permettent de sauter pour se sauver lorsque dérangés (Hemiptères du Québec, 2008). Lors de la capture, les spécimens ont été placés dans un sac de plastique dans lequel nous avons pu observer leur puissance de saut. De plus, pour ce qui est du contrôle naturel de ces insectes, il semblerait que les adultes du genre Aphrophora soient parfois contaminés par le champignon Entomophthora aphrophora (Hamilton, 1982).

     

    Cycle de vie

    Chez Aphrophora quadrinotata, la période d’accouplement a lieu à la mi-août et s’intensifie en septembre. En automne, la ponte des œufs par la femelle aura lieu. Elles pondent près de 35 œufs en moyenne. Ces œufs sont insérés dans les tissus de la plante à l’aide de l’ovipositeur de la femelle. (Hémiptères du Québec, 2008). Puis, c’est à la fin du printemps, plus précisément au début du mois de mai, que les œufs vont éclore. Les larves qui en sortent passeront par 5 stades larvaires différents avant de passer au stade adulte. Les stades larvaires se déroulent dans l’amas mousseux produit par la larve et durent environ 2 mois (du début mai à fin juin).

    Étant hémimétaboles, les larves subissent une métamorphose vers le stade adulte une fois leur cinquième stade larvaire atteint. Celle-ci se déroule au début du mois de juillet, en dehors de l’écume. Une fois la métamorphose terminée, l’adulte a une durée de vie de 20 à 30 jours en moyenne (Matsumoto, 1988). Il se reproduit vers la fin de l’été, puis le cycle recommence. Ces informations correspondent bien aux observations faites le 1er septembre à la Station de Biologie des Laurentides. En effet, les spécimens capturés étaient en train de se reproduire sur la face inférieure d’une feuille de peuplier.    

     

    Bibliographie

    Alford, D. V. (2002) Ravageurs des végétaux d’ornement: arbres, arbustes, fleurs. Institut national de la recherche agronomique. p.26-27

    Boucher, S. (2008) Les insectes de nos jardins. Repéré à http://www.insectesjardins.com/Cercopidae.htm

    Guilbeau, B. H. (1908) The Origin and Formation of the Froth in Spittle-Insects. The American Naturalist. 42: 783-798

    Hamilton, K. G. A. (1982) The Insects and Arachnids of Canada : Part 10. p.46-47

    Hémiptères du Québec (2008) Les cercopes. Repéré à http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/cercopes/index.htm

    Matsumoto, K. (1988) Seasonal Patterns in the Adult Population of Pine Spittlebug, Aphrophora flavipes (Homoptera: Cercopidae) with Special Attention to the Dispersal during the Reproductive Period. Applied Entomology and Zoology. 23: 22-34

  • Draeculacephala portola (Ball 1927)

    Draeculacephala portola (Ball 1927)

    par Maureen Jouglain et Charlotte Farley-Legault

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    Le spécimen a été capturé le 1er Septembre 2016, à l’aide d’un filet fauchoir à la station de biologie des Laurentides, à l’entrée du chemin menant au lac Corriveau.

    Classification  

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Auchenorrhyncha

    Famille : Cicadellidae

    Tribu : Cicadellini

    Genre : Draeculacephala

    Espèce : Draeculacephala portola (Ball 1927)

    Le spécimen 

    Draeculacephala portola mesure quelques millimètres seulement et est de couleur verte unie. Elles portent des ailes antérieures avec des nervures sous-apicales transversales et des nervures longitudinales distinctes à la base. La partie exposée de son mesonotum (ou mésothorax) ne contient pas de tâches. Les ocelles sont présentes sur le vertex et visibles de dos. Enfin, l’une de ses caractéristiques principales est la forme particulièrement allongée de sa tête.

    Identification 

    En se basant sur des caractères morphologiques tels que les pattes postérieures, on peut identifier la famille comme étant «Cicadellidae», qu’on surnomme plus familièrement les cicadelles. Il s’agit de la famille la plus importante en nombre d’espèces de l’ordre des Hemiptères. On les reconnaît à la modification de leurs pattes postérieures pour le saut. Le plus grand «sauteur» du règne animal est dans cette famille, parcourant plus de 40 fois la longueur de son corps. Le caractère le plus déterminant pour les reconnaître est la présence de deux rangées d’épines le long des tibias (Eaton et Kaufman, 2007). À la vue de la morphologie caractéristique de la tête du spécimen, on peut l’associer directement au genre Draeculacephala.

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    Photographie de Draeculacephala sur laquelle on peut voir les fameuses rangées d’épines le long des tibias. (Photo : Charles Olsen, USDA APHIS PPQ, Bugwood.org, CC BY NC 3.0)

    Draeculacephala signifie «tête de dragon». Ce genre est donc facilement reconnaissable par la tête et le profil en forme conique des ses individus.

    Il est souvent difficile de distinguer les espèces de ce genre sans pratiquer de dissection car l’un des traits principaux permettant de les différencier se situe au niveau des organes génitaux, notamment de l’ovipositeur (Young et Davidson, 1959). On peut cependant isoler deux espèces qui semblent correspondre à ce spécimen. Premièrement en se basant sur les patrons de couleur. L’espèce Draeculacephala portola (Ball 1927) est caractérisée par un vertex d’un vert plus clair portant des marques linéaires. Le pronotum est également vert pâle autour des marges antérieures et latérales. Les élytres sont plus foncées avec un apex légèrement réticulé. Les nervures sont plus claires (Wilson et Turner, 2010). Une espèce très proche d’un point de vue morphologique est Draeculacephala minerva (Ball 1927). Les deux sont difficilement différentiables uniquement à l’aide de caractères morphologiques et les informations que l’on possède sont malheureusement trop faibles pour pouvoir les distinguer de manière fiable.

    Néanmoins, si une hypothèse devait être formulée, opter pour l’espèce Draeculacephala portola (Ball 1927) serait plus juste en raison de la présence des marques linéaires sur la tête qui ne le sont pas forcément chez Draeculacephala minerva (Ball 1927).

    Distribution géographique

    Draeculacephala portola est une espèce très répandue sur le continent Nord Américain. On en trouve dans l’est du canada (Québec) aux états-unis (abondance au sud-est), en Amérique centrale jusqu’en Honduras et même à Hawaii où elle fut introduite (Wilson et Turner, 2010).

    Biologie

    Les Cicadellidae occupent divers milieux et vivent sur des plantes, souvent spécifiques aux espèces. Les Draeculacephala se nourrissent de la sève brute provenant des racines, transportée dans le xylème. Les espèces consommant ce fluide végétal pauvre en éléments nutritifs doivent s’en procurer de plus grandes quantités que les espèces qui consomment la sève enrichie du phloème. Puisqu’elle ne retrouve pas d’élément spécifique ou complexe dans son alimentation, Draeculacephala peut habiter et se nourrir d’une plus grande variété de plantes. D. portola se trouve généralement sur des plantes herbacées (Entomofaune du Québec, 2016).

    On retrouve chez Draeculacephala portola la présence de «brochosomes», un trait unique à la famille des Cicadellidae. Ce sont des particules protéiques sécrétées par des glandes dans les tubules de Malphigi. Leur rôle reste encore mystérieux, mais il est induit qu’elles servent à protéger l’insecte d’un excès d’humidité. Ils le sécrètent par l’anus et l’étendent sur leur corps et parfois dans leur nid à l’aide de leurs pattes postérieures (Rakitov, 2002).

    Cycle de vie

    En période de reproduction, le mâle appelle sa compagne femelle en émettant des sons l’invitant à l’accouplement. Draeculacephala portola produit une nouvelle génération par année. La femelle pond ses œufs dans des tissus végétaux. Elle les dépose généralement entre deux couches d’épidermes d’une feuille à l’aide de son ovipositeur. La cicadelle passe à travers cinq stades larvaires avant d’atteindre sa forme définitive adulte. À chacune de ses mues, elle émerge de son enveloppe, appelée exuvie, avec des lobes alaires (bourgeons ou pterothèques) de plus en plus longs. Il est possible d’observer une importante différence de longueur des lobes des ailes entre le quatrième et le cinquième stade larvaire, dernier stade avant la mue finale en adulte. Une fois adulte, la cicadelle est temporairement en phase ténérale durant laquelle les couleurs définitives, typiques de son espèce, apparaissent (Entomofaune du Québec, 2016).

    Transmission de virus aux plantes

    Draeculacephala portola peuvent être vecteur de transmission de virus chez les plantes, engendrant des dommages écologiques et économiques. Il semblerait que cette espèce soit un vecteur du chlorotic streak virus affectant particulièrement les plantations de canne à sucre en Louisiane. Abbott et Ingram ont été les premiers à suspecter D. portola pour la transmission de ce virus en 1942, mais aucune étude n’a encore confirmé cette assomption (Nielson, 1968). D. portola peut également transporter le virus causant la maladie de Pierce chez les vignes en Californie et en Floride (Nielson, 1968). La maladie de Pierce (Pierce’s disease) provoque la formation de tyloses, soit des excroissances des cellules du parenchyme, et la déposition de gomme dans le xylème, menant à une dégénérescence de la plante infectée. En se nourrissant de la sève du xylème, Draeculacephala portola, et d’autres espèces de la famille des Cicadellidae, transmettent ce virus d’une plante infectée à l’autre: du gazon aux vignes. La maladie de Pierce est un problème qui a longtemps persisté dans les vignobles de Floride, causant d’importantes pertes monétaires (Stoner, 1952).

     

    Bibliographie 

    Eaton, E. R., & Kaufman, K. (2007). Kaufman field guide to insects of North America. Houghton Mifflin Harcourt.

    Entomofaune du Québec inc. (2016). Les Hémiptères du Québec-cicadelles. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/cicadelles/index.htm (Consulté le 28 octobre 2016)

    Nielson, M. W. (1968). The leafhopper vectors of phytopathogenic viruses (Homoptera, Cicadellidae) Taxonomy, biology, and virus transmission. (No. 1382). US Dept. of Agriculture.

    Rakitov, R. A. (2002). What are brochosomes for? An enigma of leafhoppers (Hemiptera, Cicadellidae).

    Stoner, W. N. (1952). A comparison between Grape Degeneration in Florida and Pierce’s Disease in California. The Florida Entomologist (Vo. 35, No. 2). Florida Entomological Society

    Wilson M. R. & Turner, J. A. 2010. Leafhopper, Planthopper and Psyllid Vectors of Plant Disease. Amgueddfa Cymru – National Museum Wales. Available online at http://naturalhistory.museumwales.ac.uk/Vectors.

    Young, D. A., & Davidson, R. H. (1959). A review of leafhoppers of the genus Draeculacephala (Vol. 1198). US Dept. of Agriculture.

     

  • Stictocephala bisonia (Kopp et Yonke 1977)

    Stictocephala bisonia (Kopp et Yonke 1977)

    aussi communément appelé « cérèse buffle » ou « buffalo treehopper »

    par Léo TREMBLAY-MIMOUNI et Alexandra KACK

    Photographies prises par Léo Tremblay-Mimouni ©2016 CC BY-SA 4.0

    Stictocephala bisonia
    Photo 1. Spécimen capturé à l’aide d’un filet fauchoir le 1er septembre 2016 sur le chemin menant au Lac Croche à la Station de Biologie des Laurentides, Québec, Canada.


    Règne : Animalia

    Phylum : Arthropoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Auchenorrhyncha

    Famille : Membracidae

    Sous-famille : Membracinae

    Genre: Stictocephala

    Espèce: Stictocephala bisonia (Kopp & Yonke 1977) [1]

    Identification

    Les antennes raccourcies et les ailes très caractéristiques se repliant en forme de toit démontrent l’appartenance de Stictocephala bisonia au sous-ordre Auchenorrhyncha. Cet insecte est doté d’un organe de son que la majorité des espèces de cet sous-ordre possède. Cette caractéristique est mieux connue chez les cigales car le son qu’elles émettent est audible pour l’homme. Cependant, comme le son émis par les Membracidae est inaudible par l’oreille humaine, comme chez S. bisonia, cette spécificité est donc souvent mise de côté pour l’identification [2].

    La caractéristique morphologique flagrante qui différencie les Membracidae des autres familles est la taille du pronotum qui s’étend jusqu’à l’arrière de l’abdomen. Ce pronotum allongé couvre les ailes et se termine en fine pointe jusqu’au bout de l’abdomen [3] (photographie 2). Pour beaucoup d’espèces de cette famille, le pronotum s’étend aussi sur la tête donnant ainsi une apparence d’épine à l’insecte, comme c’est le cas de S. bisonia. C’est en autre grâce à cette apparence singulière que cette famille reçoit beaucoup d’attention du public et de la communauté scientifique malgré sa petite taille et son appartenance aux Hemiptères, ordre contenant plus de 100 000 espèces. L’utilité adaptative de cette spécificité est un sujet de débat dans la communauté scientifique. Plusieurs hypothèses sur son origine et sa fonction ont été proposées, mais aucune n’explique de façon satisfaisante le bénéfice évolutif qu’aurait eu les Membracidae à évoluer vers une distinction morphologique aussi diverse que grotesque.

    Pour ce qui est pour la suite de l’identification au genre et à l’espèce de notre individu, nous nous sommes fiés aux différentes images de la base de données que nous avons utilisé pour l’identification [1], ainsi qu’à ces cornes particulières lui donnant un aspect de bison d’Amérique (d’où son épithète bisonia) que nous sommes parvenus à l’identifier correctement.

    À noter que Funkhouser (1917), Kramer (1950) et Hasenoehrl et Cook (1965) avaient tous confondu différentes espèces avec S. bisonia, et ce n’est qu’en 1977 par Kopp et Yonke que S. bisonia a été correctement identifiée et distinguée à partir des recherches faites par Fabricius (1794) sur la autrefois nommée Ceresa bubalus [4]. Toutefois, comme mentionné sur la page d’Entomofaune de l’Université du Québec à Chicoutimi, le nom de l’espèce ne fait pas le consensus à savoir s’il s’agit d’un synonyme de Stictocephala alta ou s’il s’agit d’une espèce distincte [5]. Nos recherches nous portent à croire que, de nos jours, le terme S. bisonia est plus couramment utilisé.

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    Photo 2. Pronotum de S. bisonia indiqué en rouge

    Morphologie

    Stictocephala bisonia a une taille variant de 6 à 8mm à maturité. D’un vert éclatant et tacheté de petits points verts pâles, le pronotum proéminent de S. bisonia se caractérise par sa forme triangulaire dont deux des pointes disposés de part et d’autre de la tête donne à l’insecte l’apparence d’une épine. Ce pronotum est composé en général de cellules adipeuses et d’hémolymphe [6]. Cette composition peu spécifique donne lieu à de nombreuses hypothèses quant à l’origine et la fonction propre de cette apomorphie : mimétisme, réserve, protection, défense, camouflage, etc.

    Il est possible d’observer d’autres sous-famille de Membracidae démontrant de nombreuses variantes de ce pronotum modifié. Certaines espèces du genre tropical Bocydium présente un pronotum ressemblant au champignon parasitique Ophiocordyceps fungus. Ce dernier infecte une fourmi par la tête, s’y développe et puis perce l’abdomen de ses spores. Par conséquent, Bocydium, par mimétisme, apparaîtrait comme une proie non comestible aux yeux des prédateurs [7] (photographie 3).

    Un autre Membracidae, Cyphonia clavata, démontre une étonnante ressemblance à une fourmi. En effet, l’entièreté de son pronotum est modifiée pour ressembler à une fourmi s’apprêtant à passer à l’attaque. De couleur noire se démarquant du vert habituel retrouvé chez la majorité des Membracidea, ce pronotum sert également de camouflage mimétique permettant à C. clavata d’éloigner les prédateurs sans avoir à développer un mécanisme de défense actif [7] (photographie 4).

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    Photo 3. Pronotum en forme de champignon chez Bocydium © Michel Boulard [8] CC BY-SA 4.0
     

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    Photo 4. Pronotum en forme de fourmi chez Cyphonia clavata © Graham Wise [9] CC BY 2.0

    Les ailes des Auchenorrhyncha sont membraneuses. La paire mésothoracique est transparente avec une légère teinte brunâtre et les ailes métathoraciques sont absentes de coloration. Elles ne possèdent pas de nervures terminales. Il y a aussi une différence de taille entre les deux paires d’ailes, les ailes postérieures étant plus petites [10] (photographie 5).

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    Photo 5. Ailes membraneuses de S. bisonia


    Répartition géographique

    Étant une des familles d’Hémiptères les plus diversifiées en Amérique du Nord, les Membracidae rassemblent à eux seuls plus de 1600 espèces natives en territoire nord-américain, ainsi que quatre espèces natives en Europe. S. bisonia est une espèce native d’Amérique du Nord, située plus particulièrement sur la côte est des États-Unis et du Canada, ainsi qu’au centre des États-Unis.  Toutefois, comme noté pour la première fois en 1912 par Horvath, S. bisonia a été introduite en Europe et a été remarquée un peu partout depuis; elle a également été notée en Asie centrale (voir Carte 1). Cette invasion peut être probablement expliquée (bien que pas tout à fait confirmée) par son mode de vie parasitoïde [11].

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    Répartition géographique de Stictocephala bisonia © Discover Life and original sources [12] CC BY-SA 4.0

    Écologie 

    Tel que mentionné précédemment, S. bisonia a un mode de vie parasitaire. En effet, avant d’atteindre son stade adulte, cet insecte doit parasiter deux hôtes différents : une plante ligneuse et une plante herbacée. La ponte s’effectue une fois par année à l’intérieur d’arbres comme les pommiers, pêchers, peupliers et saules.  Munies d’un puissant ovipositeur, elles peuvent transpercer l’écorce où elles pondent au-delà d’une centaine d’œufs. Le développement de l’œuf est hivernal et la larve émerge entre avril et mai. Après l’émergence de celle-ci, elle se déplace vers une plante herbacée comme la luzerne ou le trèfle rouge où elle se nourrit de leur parenchyme. L’adulte est un phytophage non spécifique qui a une tendance à s’attaquer aux arbres fruitiers. C’est ce stade du cycle de vie qui rend S.bisonia particulièrement néfaste pour les vergers.

    En effet, elle est considérée comme une peste en Amérique du Nord et en Europe. En plus de son mode de vie parasitaire, S.bisonia peut transmettre des phytoplasmes – bactéries se multipliant dans le phloème – qui causent diverses infections comme la prolifération du pommier. Cette maladie a été reportée dans des vergers de Serbie, mais les chercheurs hésitent encore à identifier S.bisonia comme vecteur potentiel. Polynema striaticorne est une espèce d’Hyménoptère parasitoïde de la superfamille Chalcidoidea, un groupe reconnu pour parasiter les œufs de S.bisonia. En provenance des Étas-Unis, P. striaticorne a été introduite avec succès dans la région de Piedmont en Italie comme agent de lutte biologique dans le but de contrôlé l’infestation de S.bisonia qui sévissait dans la région. Les résultats ont été positifs: la population a finalement pu être contrôlée et la guêpe s’est répandue dans plusieurs pays voisins sans devenir à son tour une peste sérieuse. Cette élimination contrôlée est due à la spécificité des guêpes parasitoïdes en ce qui a trait à l’hôte parasité. Cette particularité est un élément clé de la lutte biologique et, sous supervision, peut s’avérer être un outil efficace et peu coûteux [11].


    Références

    [1] McLeod, Robert. 2005. « Species Ceresa alta – Buffalo Treehopper ». Bug Guide, page consultée le 2 novembre 2016. URL: http://bugguide.net/node/view/10017

    [2] Hunt, Randy E. 1994. « Vibrational signals associated with mating behavior in the treehopper, Enchenopa binotata Say (Hemiptera: Homoptera: Membracidae) ». Journal of the New York Entomological Society, 102(2), 266-270.

    [3] The Editors of Encyclopaedia Britannica. Encyclopaedia Britannica. s.v. « Treehopper ». Consultée le 2 novembre 2016. URL : https://www.britannica.com/animal/treehopper#ref120175

    [4] Stegmann, Ulrich E. 1997. « Revaluation of the prothoracic pleuron of the membracidae (Homoptera): The presence of an epimeron and a subdivided episternum in Stictocephala bisonia Kopp and Yonke, Oxyrhachis taranda (Fabr.), and Centrotus cornutus (L.) ». International Journal of Insect Morphology and Embryology, 26(1), 35-42.

    [5] Pilon, Claude (édimestre). 1988-2016. « Membracides – Liste des espèces ». Entomofaune du Québec, page consultée le 2 novembre 2016. URL: http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/membracides/membracides_liste.html

    [6] Stegmann, Ulrich E. 1998. « An exaggerated trait in insects: The prothoracic skeleton of Stictocephala bisonia (Homoptera: Membracidae) ». Journal of Morphology, 238(2), 157-178.

    [7] Simon, Matt. 2014. « Absurd Creature of the Week: This is an Actual Insect. This is not a Joke. » Wired, page consultée le 2 novembre 2016. URL: https://www.wired.com/2014/12/absurd-creature-of-the-week-treehopper/

    [8] Encyclopedia of Life. s.v. « Bocydium ». Consultée le 2 novembre 2016. URL: http://eol.org/data_objects/12685866

    [9] Wikipedia. s.v. « Cyphonia clavata ». Consultée le 2 novembre 2016. URL: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cyphonia_clavata_(17208896570).jpg

    [10] Bourbonnais, Gilles. 2014. « Hémiptères », cours d’Entomologie. Sainte-Foy: Cégep de Sainte-Foy.

    [11] Świerczewski, Dariusz & Stroiński, Adam. 2011. « The first records of the Nearctic treehopper Stictocephala bisonia in Poland (Hemiptera: Cicadomorpha: Membracidae) with some comments on this potential pest ». Polish Journal of Entomology/Polskie Pismo Entomologiczne, 80(1), 13-22.

    [12] Encyclopedia of Life. s.v. « Stictocephala bisonia ». Consultée le 1er novembre 2016. URL: http://eol.org/pages/3681980/overview

  • Les phylloxères au sein du Jardin botanique de Montréal

    Khalil ABAS

    Caryer ovale (photo prise par Khalil Abas à l’arboretum du Jardin botanique de Montréal)

     

    Cet été, plusieurs espèces d’insectes gallicoles du genre Phylloxera ont été retrouvées dans l’arboretum du Jardin botanique de Montréal. Ce type d’insecte est cousin des pucerons et tout comme eux ils sont des parasites des plantes, se nourrissant de leur sève. En juin, une infestation sévère a été constatée sur les caryers ovales (Carya ovata) de la collection. Au Jardin botanique, nous avons trouvé au moins cinq espèces de phylloxères sur le même arbre.

     

     

     

     

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    Des galles sont présentes sur diverses parties de la plante (photo prise par Khalil Abas à l’arboretum du Jardin botanique de Montréal)

    Jusqu’à tout récemment ce type d’insecte avait peu capté l’attention des scientifiques. Le dernier traitement datant du début du 20e siècle. Des travaux sont maintenant en cours au Laboratoire Favret pour collecter davantage d’informations sur ces insectes fascinants. Il y a une soixantaine d’espèces connues et un certain nombre à être découvert, avec plus de la moitié rapportée sur les caryers d’Amérique du Nord, type d’arbre plus répandu aux États-Unis et groupe qui inclus le pacanier.

     

    Un manque d’information est dû au fait que bien que les phylloxères attaquent des plantes utilisées pour l’alimentation de l’être humain (par ex. le pacanier), normalement elles n’ont pas d’impact économique significatif. Cependant, un phylloxère a donné du fil à retordre aux agriculteurs : le phylloxère de la vigne, Daktulosphaira vitifoliae, qui a ravagé les vignobles européens à la fin début du 19e siècle par son introduction accidentelle sur le vieux continent.

     

    Identification :

    Bien que ce soient de tout petits insectes (~1 mm de longueur!) on peut facilement reconnaitre les galles qu’ils induisent sur les plantes. Les galles sont des excroissances qui peuvent apparaitre sur diverses parties d’une plante (feuilles, pétioles, rameaux, etc.). C’est la maison des phylloxères : ils y passent presque toute leur vie cachés à l’intérieur, protégés des prédateurs, à se nourrir de la sève de la plante. Puisqu’ils passent la majorité de leur existence à l’intérieur de la plante, on dit que ce sont des insectes endophages.

    Une galle renfermant des phylloxères (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

    Les phylloxères forment une grande variété de galles, d’apparence très diverse selon chaque espèce. Ainsi, l’apparence de la galle est la meilleure façon d’identifier l’espèce sur le terrain, en plus de la plante hôte. En effet, les phylloxères sont des parasites spécialisés, chaque espèce attaquant un nombre restreint de plantes. On peut voir sur la photo ci-jointe trois galles d’apparences diverses sur une feuille de caryer ovale.

    Trois types de galles sont présentes sur la même feuille d’un caryer ovale (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

     

    Cycle de vie :

    Le cycle de vie des espèces appartenant au genre Phylloxera est très complexe et analogue à celui de leurs cousins les pucerons. Il varie selon les espèces, mais l’exemple qui suit est représentatif.

    Au début du printemps, quand les bourgeons commencent à s’ouvrir, l’œuf contenant la fondatrice de la colonie éclore. Celle-ci choisit un emplacement sur la plante hôte pour induire une galle, qui ne peut se former que sur les parties en croissance. Lorsque la galle se referme sur elle, la fondatrice commence à se reproduire. Mais cette reproduction est asexuée : les œufs dont elle remplit la cavité de la galle contiennent des clones d’elle-même. C’est ce qu’on appelle la parthénogenèse, et tous ses descendants auront le même code génétique que leur mère.

    Une fondatrice entourée de ses œufs bien à l’abris dans sa galle (photo prise par Colin Favret au laboratoire Favret)

    Des phylloxères à différents stades de développement dans une même galle. Êtes-vous capable de repérer la fondatrice? (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

    Après éclosion, les larves passeront par quatre stades de développement pour devenir des adultes ailés, qui ont une apparence différente de leur mère. Leur développement se déroulera bien à l’abri de leur galle, où ils passeront leur temps à se nourrir de la sève de la plante hôte. Après deux à trois semaines, lorsque leurs ailes auront bien poussées, la galle s’ouvrira d’elle-même pour que les ailés puissent s’envoler à la recherche d’une autre plante hôte. Ils y déposeront des œufs encore par parthénogenèse. Mais ceux-ci donneront cette fois des individus sexués, mâles et femelles qui, après reproduction sexuée, iront pondre un œuf qui restera dormant jusqu’au printemps prochain, pour éclore et donner une autre fondatrice.

    Un ailé pondant des œufs sur une nouvelle plante hôte (photo prise par Khalil Abas au laboratoire Favret)

    Nous ne maintenons aucun droit d’auteur et nous transférons le tout au domaine public.

  • Euschistus tristigmus luridus Dallas 1851

    Dusky Stink bug – Punaise à trois taches

    Par Laurence Langlois-Lemay et Vincent Populus

    (édité par Étienne Normandin)

    Photos réalisées par Vincent Populus

    IMG_0236Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015 à la Station de Biologie des Laurentides, plus spécifiquement autour du Lac Geai, milieu plutôt humide.


    Identification

     L’identification à l’espèce a été effectuée grâce au « Canadian journal of

    arthropod identification ».

    Famille Pentatomidea

    Sous-famille Pentatominea

    Genre Eustristus

    Espèce tristigmus

    Sous-espèce luridus

    Figure 1 Figure 2 Figure 3 Figure 4 Figure 5 Figure 6 Figure 7


    Caractéristiques physiques générales

         Euschistus tristigmus possède un corps plutôt allongé et oval. Bien qu’habituellement de plus petite taille que les autres espèces se trouvant dans le même genre, le reste des caractéristiques restent tout de même semblables. Ses taches noires se trouvant au centre de son abdomen au nombre de deux ainsi que celles sur les côtés lui permettent de se distinguer de ses comparses.

    Généralités 

         La punaise pentatome Euschistus tristigmus se trouve principalement en Amérique du Nord et se divise en deux sous-espèces : Euschistus tristigmus luridus Dallas (l’espèce à l’étude), se trouvant surtout au nord, ainsi que Euschistus tristigmus tristigmus, localisée plus au sud.

     Alimentation

         Nettement polyphages, ces insectes se nourrissent principalement de plantes, cultivées ou non. Les plantes de prédilection d’Euschistus tristigmus luridus sont le soya, le framboisier, le sumac, le noisetier, la rose sauvage, la tomate, la poire, la pêche, le pin, et plusieurs autres.

    Mode de vie

         Au stade adulte, Euschistus tristigmus hiverne. Son environnement favori pour procéder à cette pratique se trouve dans les zones de bois décidues ainsi que leurs bordures. Cette punaise peut être bivoltine : en Illinois, Georgie et Virginie, elle peut créer deux générations en un an. L’une des deux, active en été, ne subira aucune diapause (arrêt dans le développement de l’organisme) alors que celle d’hiver, qui devra hiverner, en subira une. Au printemps, l’insecte sort de sa torpeur et commence à se nourrir et se reproduire sur les herbes sauvages. Dépendamment de la saison ainsi que de la période de floraison des plantes hôtes, une quantité proportionnellement plus élevée de punaises se trouvera sur un type de mauvaise herbe en particulier. Par exemple, une espèce se trouvant en Virginie pourra coloniser Lynchnis alba Miller (une sorte d’herbe) de façon importante entre mai et juin alors qu’en juin et juillet, elle se déplacera sur Erigeron annuus jusqu’au moment ou une autre plantation deviendra plus attirante (possiblement vers la fin juillet). De façon globale, il a été observé que l’herbe la plus populaire chez Euschistus tristigmus est Erigeron canadensis, se trouvant en Virginie : cette plante fleurit d’août à la fin septembre et c’est à ce moment que les punaises sont les plus nombreuses. Il est à noter que les deux types de population peuvent se trouver sur ces herbes : les adultes ayant hiverné, ainsi que leur progéniture d’été. Toutefois, au Canada, il est rare d’observer deux générations par année ; une seule génération est habituellement produite.

    Reproduction

         Le mâle, en période de reproduction, fera les premiers pas afin d’initier la copulation avec la femelle de son choix. À l’aide de ses antennes, il touchera légèrement la tête, le thorax et même l’abdomen de la femelle jusqu’au moment ou ses antennes glisseront sur la face ventrale de l’abdomen de celle-ci pour soulever son postérieur grâce à sa tête. La façon pour le mâle de s’assurer que la femelle est réceptive aux avances est d’observer son comportement : si la femelle garde son abdomen surélevé, le mâle a donc le feu vert pour poursuivre la copulation. À ce moment, le mâle effectuera une rotation de 180 degrés pendant laquelle il peut garder un contact physique avec la femelle en gardant leurs abdomens collés. Une fois la rotation effectuée, le mâle soulèvera lui aussi son abdomen afin que ce dernier et celui de la femelle soient en contact, leurs têtes éloignées à chaque extrémité.

     Impact économique

         Bien qu’Euschistus tristigmus n’ait pas un impact économique aussi important que d’autres espèces, il présente tout de même une certaine influence sur la santé de diverses plantations. Lorsqu’il se nourrit sur le soya, Euschistus tristigmus transmet la « yeast-spot disease », une infection fongique affectant de façon importante la santé globale des plants de soya. Bien qu’en milieu sauvage Euschistus tristigmus ne soit pas d’une grande importance pour le soya, il est aussi nuisible que Nezara viridula (un organisme ravageur très important, aussi appelé punaise verte ponctuée) en milieu contrôlé, prouvant possiblement sa capacité d’adaptation et de survie en milieu plus difficile (en trouvant d’autres moyens de subsister). Toutefois, globalement, il est loin d’être le plus néfaste de tous. De plus, il est très actif dans les vergers où sont cultivées des pêches. Puisque ces pêchers se trouvent à proximité des bois, fossés, clôtures, et donc près des zones d’hivernation de ces punaises, les pêches devenant bien mûres au printemps sont menacées par ces petits insectes polyphages qui n’en feront qu’une bouchée, réduisant ainsi la productivité de ces plantations.


    Références

    1. Jamison, T., 2005. Entomology collection : Species Page – Euschistus tristigmus luridus. http://www.entomology.ualberta.ca/searching_species_details.php?s=5909. (Consulté le 3 novembre 2015)
    2. McPherson, J.E. & McPherson, R.M., 2005. Stink bugs of economic importance in America north of Mexico, CRC press LLC, Boca Raton, Floride, 255 pages, page 119. Lien : https://books.google.ca/books?id=sPoMyfDh5sYC&pg=PA119&lpg=PA119&dq=Euschistus+tristigmus&source=bl&ots=FEzRwAIei6&sig=n8XqC7LMOzVmXK3YlAkJc7PIwcc&hl=fr&sa=X&ved=0CFYQ6AEwC2oVChMI-5rl7K3eyAIVQ3s-Ch1fEQTG#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus&f=false
    3. American Insects Site, Euschistus tristigmus, Dusky Stink Bug. http://www.americaninsects.net/ht/euschistus-tristigmus.html (Consulté le 27 octobre 2015)
    4. Schaefer, C.W. & Panizzi, A.R., 2000. Heteroptera of economic importance, CRC press LLC, Boca Raton, Floride, 831 pages, page 453. Lien : https://books.google.ca/books?id=AVcBI0GL-fQC&pg=PA453&lpg=PA453&dq=Euschistus+tristigmus&source=bl&ots=xXUzjybWVZ&sig=04NZ7RvQdQjEDVeDV9CboHiFC6Q&hl=fr&sa=X&ved=0CGkQ6AEwDmoVChMI-5rl7K3eyAIVQ3s-Ch1fEQTG#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus&f=fals
    5. Entomofaune du Québec inc., 2015. Les Hémiptères du Québec- Punaises – Pentatomidae. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/punaises/punaises_pentatomidae.html (Consulté le 29 octobre 2015)
    6. Bartlett, T. & VanDyk, J., Iowa State University – Department of Entomology, 2006. BugGuide, Species Euschistus tristigmus – Dusky Stink Bug. http://bugguide.net/node/view/122581 (Consulté le 29 octobre 2015)
    7. Gordh, G. & Headrick, 2011. A Dictionary of Entomology – 2nd edition. CABI, Oxfordshire, 1526 pages, page 474. Lien : https://books.google.ca/books?id=9IcmCeAjp6cC&pg=PA474&dq=Euschistus+tristigmus+luridus+Dallas&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus%20luridus%20Dallas&f=false
    8. McPherson, J.E., 1982. The Pentatomoidea (Hemiptera) of Northeastern North America with Emphasis on the Fauna of Illinois.199 pages, page 63. Lien : https://books.google.ca/books?id=HQgV3RbRK8kC&pg=PA63&lpg=PA63&dq=Euschistus+tristigmus+luridus+Dallas&source=bl&ots=nE3Kro9k0w&sig=mSRhMJ-47pDjayTEO8x3N23aZfI&hl=fr&sa=X&ved=0CC4Q6AEwAmoVChMIzOCquKfeyAIVSBk-Ch0rBAks#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus%20luridus%20Dallas&f=false
    9. Paiero, S. M. & al, 2013. Canadian Journal of Arthropod Identification, Stink bugs (Pentatomidae) and parent bugs (Acanthosomatidae) of Ontario and adjacent areas: 
A key to species and a review of the fauna – Key to the Families of Pentatomoidea of Canada. http://biologicalsurvey.ca/ejournal/pmmm_24/pmmm_24_6.HTM (Consulté le 19 octobre 2015)

     

  • Notonecta borealis (Bueno et Hussey 1923)

    La Notonecte boréale | The Northern Back-swimmer

    Par David DENIS & Charles LAROUCHE-BILODEAU

    (édité par Étienne Normandin)

    Cover

    Textes et photographies réalisés par les auteurs. © 2015 CC BY-SA 4.0


     

    Identification et morphologie

    Lors de la capture de notre spécimen, nous (édité par Étienne Normandin) croyions au départ qu’il s’agissait d’un coléoptère puisqu’il avait été capturé au sein de ce groupe et qu’il exhibait une morphologie sommaire assez similaire. Cependant, lorsque nous sommes arrivés au laboratoire, notre erreur a été vite mise en évidence.

    Après une première observation, on peut distinguer des caractères importants qui permettent de classer notre spécimen dans le sous-ordre des Heteroptera. La présence d’un pronotum large et arrondi combinée à la présence d’un scutellum triangulaire sont des premiers indices. On peut également voir que la paire d’ailes antérieures est sclérifiée (durcissement) à la base et qu’il s’agit donc d’hémélytres. Un rostre prognathe, destiné à la prédation, est également présent sur l’insecte.

    Nous utilisons par la suite un guide d’identification des Heteroptera aquatiques (Epler, 2006). Le premier critère est la longueur des antennes, qui sont dans notre cas plus courtes que la largeur de la tête.

    Le rostre prognathe est une apomorphie du mode de vie prédatoire. Le tarse divisé en 2 segments permet l'identification du spécimen
    Le rostre prognathe est une apomorphie du mode de vie prédatoire. Le tarse divisé en 2 segments permet l’identification du spécimen.

    Les longues pattes postérieures facilitent la nage pour cet insecte aquatique.
    Les longues pattes postérieures facilitent la nage pour cet insecte aquatique.

    Après avoir identifié la famille des Notonectidae, deux genres sont possibles: Notonecta et Buenoa (qui sont également les seuls genres présents dans la région de capture). La différence majeure est la présence d’un creux situé au croisement des hémélytres dans le haut de la partie dorsale. Comme il est absent, il s’agit du genre Notonecta. Comme la clé d’identification est pour les espèces de Floride, nous ne nous attendons pas à la trouver parmi la liste. Un guide des insectes du Québec (Dubuc, 2007) nous a donc permis de poursuivre l’identification. D’après les photos et les caractéristiques, N. borealis nous semblait correspondre à notre spécimen. Une visite dans la collection Ouellet-Robert a confirmé l’hypothèse sur l’identité de l’individu.

    Spécimen de Notonecta borealis enregistré dans une collection. Credit : CNC/BIO Photography Group (2011)
    Spécimen de Notonecta borealis  dans une collection.
    Credit : CNC/BIO Photography Group (2011)

    Classification

    Notre individu appartient donc au genre Notonecta. Ce nom est formé des mots «Noto» et «Necta» qui signifient respectivement «le dos» et «nageur» Il fait également parti de l’espèce borealis qui provient du latin «borea» qui attrait au nord. Les Nepomorpha sont l’infra-ordre qui comprend les insectes aquatiques, et les Notonectidae sont par étymologie les «backswimmers».

    Règne : Animalia

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Heteroptera

    Infra-ordre : Nepomorpha

    Super-famille : Notonectoidea

    Famille : Notonectidae

    Genre : Notonecta (Linnaeus 1758)

    Espèce : Notonecta borealis (Bueno & Hussey 1923)

    Biologie de l’espèce

    Comme les autres membres de la famille notonectidae, les notonectes boréales sont des prédateurs aquatiques de lac et de cours d’eau lent. Ils sont également capables de voler afin de se disperser et changer de point d’eau.

    Ils se nourrissent de tous les animaux qu’ils peuvent capturer, que ce soit des invertébrés, des têtards et même de petits poissons. Comme les autres hémiptères, les notonectes possèdent des pièces buccales en forme de rostre qu’ils utilisent pour percer la peau de leurs proies, qu’ils capturent avec leurs deux paires de pattes avant, et puis ils sucent leurs fluides internes.

    Les yeux de Notonecta borealis sont de couleur rouge et occupent une grande partie de la tête.
    Les yeux de Notonecta borealis sont de couleur rougeâtre et occupent une grande partie de la tête.

    Au repos et lors de la traque de proies, les notonectes ont une manière très particulière de se positionner. Si les patineuses (Gerridae) glissent sur la surface de l’eau, les notonectes, elles, sont de l’autre côté de la paroi aqueuse (eau), à l’envers (voir photo). Ainsi, pour respirer, les notonectes remontent à la surface, la face ventrale dirigée vers la surface de l’eau, et laissent la pointe de leur abdomen percer la surface tout en conservant la partie avant du corps pointé vers le fond. Ensuite, ils stockent des bulles d’air sur et sous leurs hémélytres. Leurs yeux sont adaptés pour avoir une excellente vision dans cette position de repos. En effet, ils ont deux zones de haute acuité visuelle; une diriger vers l’avant de l’animal, donc vers le fond de l’eau, et les proies potentielles,  et l’autre vers la face ventrale de l’animal, donc hors de l’eau. Dans cette position de repos, ils surveillent le fond dans l’attente d’une proie. Puis, avec leurs pattes arrière en forme de rames, ils se propulsent de façon saccadée, mais précise vers leur futur repas.

     


    Références :

    • Durfee, R. S., Kondratieff, B. C., & Livo, L. J. (1999). New records of aquatic Heteroptera for Colorado: Notonectidae, Pleidae, Corixidae. Entomological news110(4), 243-245. (Lien)
    • Hungerford, H. B. (1933). Genus Notonecta of the world (Notonectidae – Hemiptera). The University of Kansas science bulletin, 21(1), 5-196. (Lien)
    • Tony-2, Cotinis & V Belov. (2005). Bug Guide – Genus Notonecta. Iowa state University’s Department of Entomology. (Lien)
    • Epler, J. H. (2006). Identification manual for the aquatic and semi-aquatic heteroptera of florida. State of Florida’s Department of Environmental Protection. Tallahassee. (Lien)
    • Dubuc, Y. (2007). Les insectes du Québec : Guide d’identification. Saint-Constant : Broquet.
    • Site internet d’identification et d’écologie des insectes d’eau douce australien, consulté le 1/11/2015 lien
    • Schmidt-Nielsen K. (1997), Animal Physiology: Adaptation and Environment [version google book] lien consulté le 1/11/2015
    • Schwind, R. (1980). Geometrical optics of the Notonecta eye: Adaptations to optical environment and way of life. Journal of comparative physiology140(1), 59-68.
Collection Ouellet-Robert