Author: Colin

  • Harmonia axyridis (Pallas 1773)

    Par Chloé FRÉDETTE et Vincianne MONOD

    Édité par Étienne Normandin

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification (Hodek & al., 2012)

    Règne : Animalia

    Phylum : Arthropoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Coleoptera

    Sous-ordre : Polyphaga

    Infra-ordre : Cucujiformia

    Super-famille : Cucujoidea

    Famille : Coccinellidae

    Sous-famille : Coccinellinae

    Tribu : Coccinellini

    Genre : Harmonia

    Espèce : Harmonia Axyridis

     

    Biologie de l’espèce

    Morphologie

    Harminonia axyridis (coccinelle asiatique) est un coléoptère que l’on considère d’assez grande taille (Soares & al., 2007). Les ailes antérieures sont modifiées en élytres alors que les ailes postérieures sont bien développées et adaptées pour le vol (fig. 1). Les élytres peuvent afficher l’une des trois formes générales décrites, allant d’une coloration noire à points rouge (f. spectabilis, f. conspicua) à la forme la plus observée et présentée ici, soit rouge avec des points noirs (f. succinea) (Adriaens & al., 2008; Berkvens & al., 2008). Le prototum affiche lui aussi une coloration variant selon 3 patrons généraux : coloration claire avec soit une tache en forme de «M» (fig. 2), soit une «patte de chat», ou de couleur noire avec 2 bandes claires de chaque côtés (San Martin & al, 2005).

    figure 1     figure 2

    Cycle de vie et reproduction

    Harmonia axyridis est une espèce holométabole généralement bivoltine (Koch, 2003); cette espèce peut toutefois produire plus de générations par année dépendamment de divers facteurs limitants (Koch & Galvan, 2007). Les adultes vivent généralement d’un à trois mois, mais peuvent parfois survivre jusqu’à trois ans (Koch & Galvan, 2007). L’accouplement se fait au printemps. La femelle peut produire jusqu’à 3 000 œufs dans sa vie, elle les place en petits agrégats proches d’une source de nourriture. Il faut attendre 4 à 5 jours avant l’éclosion des œufs et l’apparition des larves. Celles-ci ont un corps mou et sont morphologiquement très différentes de l’adulte (fig. 3). Le stade larvaire comporte quatre étapes avant que les larves ne se transforment en nymphes où elles s’immobilisent quelques jours sur du feuillage (Koch & Galvan, 2007).

    figure 3

    Alimentation et prédateurs naturels

    La coccinelle asiatique se nourrit principalement de pucerons (hémiptères aphidoidés) et d’autres insectes à corps mou comme les cochenilles, les psylles et les acariens. Cependant, celle-ci peut aussi se nourrir de larves d’autres espèces de coccinelles ou de larves de lépidoptères (Ternois & al, 2012; ISSG, NBII & IUCN/SS, 2011). Harmonia axyridis est elle-même la proie de nombreux prédateurs vertébrés et invertébrés, notamment de poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères, ou bien d’araignées et divers ordres d’insectes tels les Hemiptera, Diptera, Coleoptera , Neuroptera, Odonata et Hymenoptera.

    Habitat et aire de répartition

    L’habitat de cette espèce est très diversifié. On la trouve dans de nombreux milieux comme des zones forestières, aussi bien sur les arbres feuillus que résineux, des zones agricoles, des zones ripariennes, des milieux ruraux ou des milieux humides (San Martin & al, 2005; ISSG, NBII & IUCN/SS, 2011); ainsi, le spectre de distribution géographique de la coccinelle asiatique est très large. On peut observer sur la figure 4 sa répartition géographique au niveau mondial, ainsi que son bassin d’origine (Brown & al., 2011). On constate qu’elle est apparue progressivement en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe, mais qu’elle a été peu observée sur le continent africain.

    figure 4

    Histoire de la coccinelle asiatique

    Harmonia axyridis est originaire d’Asie du Sud-Est et a été introduite petit à petit aux États-Unis à partir des années 60 pour ses qualités comme agent de lutte biologique. L’espèce a colonisé le Canada dès 1994 (Ternois & al, 2012). En Europe également, cette espèce a été introduite volontairement, étant un féroce prédateur des pucerons et autres hémiptères ravageurs des cultures. Sa capacité à vivre dans des milieux et des climats très diversifiés et sa fécondité élevée en font un choix d’autant plus avantageux (San Martin & al, 2005). Finalement, cette coccinelle est facile à nourrir dans des milieux artificiels, ce qui simplifie son élevage et la rend plus attractive économiquement (Ternois & al, 2012; San Martin & al, 2005). Encore aujourd’hui, H. axyridis demeure fortement utilisée pour la lutte naturelle aux ravageurs des cultures.

    Problèmes liés à l’espèce/impact

    Cette espèce de coccinelle, après avoir été introduite volontairement, est devenue invasive dans les régions en question et a rapidement constitué une menace pour l’équilibre des écosystèmes, notamment pour les espèces indigènes (Soares & al., 2007). En effet, H. axyridis est en compétition avec les espèces indigènes pour la nourriture ainsi que pour les habitats, en plus de se nourrir des larves de ces mêmes espèces (Brown & al., 2008). Harmonia axyridis est alors une espèce prédatrice intraguilde c’est-à-dire qu’elle nuit aux espèces de sa guilde, espèces qui utilisent des ressources identiques (San Martin & al, 2005). Au Canada, plus de 60% des coccinelles sont représentées par deux espèces importées dont H. axyridis (San Martin & al, 2005). Par ailleurs, ces coccinelles colonisent les habitations lorsqu’elles se regroupent pour passer l’hiver dans un environnement abrité. Finalement, lorsque la nourriture manque en fin de saison, il a été démontré qu’Harmonia axyridis peut aussi s’attaquer à des fruits cultivés à des fins commerciales ce qui peut constituer un fort manque à gagner (ISSG, NBII & IUCN/SS, 2011).

    Références

    Adriaens, T., San Martin, G. & Gomez, D.M. (2008). Invasion history, habitat preferences and phenology of the invasive ladybird Harmonia axyridis in Belgium.  Biological Control to Invasion: the Ladybird Harmonia axyridis as a Model Species, p.69-87.

    Berkvens, N., Bonte, J., Berkvens, D., Tirry, L. & De Clercq, P. (2008). Influence of diet an photoperiod on development and reproduction of European populations of Harmonia axyridis (Pallas) (Coleoptera: Coccinellidae). Biological Control to Invasion: the Ladybird Harmonia axyridis as a Model Species, p.211-221.

    Brown, P.M.J., Adriaens, T., Bathon, H., Cuppen, J., Goldarazena, A., Hagg, T., Kenis, M., Klausnitzer, B.E.M., Kovar, I., Loomans, A.J.M., Majerus, M.E.N., Nedved, O., Perdersen, J., Rabitsh, W., Roy, H.E., Ternois, V., Zakharov, I.A. & Roy, D.B. (2008). Harmonia axyridis in Europe : spread and distribution of a non-native coccinelid. Biological Control to Invasion: the Ladybird Harmonia axyridis as a Model Species, p.5-21.

    Brown, P.M.J., Thomas, E.C., Lombaert, E., Jeffries, L.D., Estoup A., Handley L.L-J. (2011). The global spread of Harmonia axyridis (Coleoptera: Coccinellidae) : distribution, dispersal and routes of invasion. BioControl, 56 : p.623–641 DOI10.1007/s10526-011-9379-1

    Hodek, I., van Emden, H.F. & Honek, A. 2012. Ecology and Behaviour of the Ladybird Beetles (Coccinellidae). Royaume-Uni : Willey-Blackwell. 526 p.

    Invasive Species Specialist Group (ISSG), National Biological Information Infrastructure (NBII) & IUCN/SSC. 2011. Repéré à : http://www.issg.org/database/species/ ecology.asp?fr= 1&si=668

    Koch L.R. 2003. The multicolored Asian lady beetle, Harmonia axyridis: A review of its biology, uses in biological control, and non-target impacts. Journal of Insect Science, 3 (32) : p.16.

    Koch, L.R. & Galvan, L.T. 2007. Bad side of a good beetle: the North American experience with Harmonia axyridis. Biological Control to Invasion: the Ladybird Harmonia axyridis as a Model Species, p.22-35

    San Martin, G., Adriaens, T., Hautier, L. et Ottart, N. 2005. La Coccinelle asiatique : Harmonia axyridis. Insectes 136 (1) : p.7-11.

    Soares, A.O., Borges, I., Borges P.A.V., Labrie, G. & Lucas, É. (2008). Harmonia axyridis : what will stop the invader?  Biological Control to Invasion: the Ladybird Harmonia axyridis as a Model Species, p.127-145.

    Ternois, V. et al. 2012. Observatoire permanent pour le suivi de la Coccinelle asiatique Harmonia axyridis (Pallas, 1773) en France. Repéré à : http://pagesperso-orange.fr/ vinc.ternois/cote_nature/Harmonia_axyridis/

     

  • Philonthus cyanipennis (Fabricus 1793)

    Par Hinatea ARIEY et Lisa GALANTINI

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

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    Philonthus cyanipennis, spécimen de la collection Ouellet-Robert, Photo Étienne Normandin
    <i>Philonthus cyanipennis</i> (Fabricus 1793)
    Spécimen capturé le 3 septembre 2015, à la Station de biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, dans une forêt sèche (vue dorsale).

     

     

     

     

     

     

     


    Classification

    Ordre Coleoptera

    Sous-ordre Polyphaga

    Super-famille Staphylinoïde

    Famille Staphylinidae

    Sous-famille Staphylininae

    Tribu Staphylinini

    Genre Philonthus

    Espèce Philonthus cyanipennis (Fabricius 1793)

     

    La famille des Staphylinidae est la deuxième plus grande famille de Coléoptères (32 000 espèces) après les Curculionidae (Levesque et Levesque, 1995).

    Identification

    Les Philonthus possèdent un corps allongé, une tête ovale ou légèrement arrondie, avec un cou large et court. Leurs mandibules sont en forme de faux et sont dentelées en leur centre. Grâce à sa tête et à son pronotum brillant et sans poils, le genre Philonthus se distingue facilement du genre Staphylinus (Jacquelin du Val, 1859).

    On distinguera les mâles des femelles le plus souvent par les tarses des pattes prothoraciques qui sont plus dilatés. Pour certaines espèces de Philonthus, c’est la taille de la tête qui permet de distinguer les mâles des femelles (Jacquelin du Val, 1859).

    Philonthus cyanipennis mesure entre 10 et 14 millimètres, il possède des élytres d’un bleu métallisé protégeant ses ailes membraneuses. On remarque que les élytres sont courts et ne recouvrent que le premier segment de l’abdomen, une caractéristique qui définit la famille des Staphylinidés. (Zahradník, 1977)

    L’identification à l’espèce est difficile car elle peut être confondue avec Philonthus caerulepennis (Mannheirm 1830). Peu de choses les différencient morphologiquement, cependant la répartition géographique nous indique clairement que ce spécimen est Philonthus cyanipennis. (Schillammer, 1988)

    Répartition géographique

    Il existe aux alentours de 1200 espèces du genre Philonthus, qui sont largement réparties dans le monde. Philonthus cyanipennis possède une répartition géographique holarctique, l’espèce est donc représentée sur une grande partie de la planète. Si nous nous limitons au Canada, il s’agit d’une espèce présente dans 7 des 13 provinces et territoires du Canada. On la retrouve ainsi en Colombie Britannique, en Alberta, dans le Manitoba, en Ontario, au Nouveau Brunswick, en Nouvelle Écosse, et bien évidemment au Québec où nous l’avons collecté (Campbell et Davies, 1991).

    Écologie

    On peut retrouver les Philonthus dans de nombreuses niches écologiques. En effet, on les retrouve dans la mousse, la litière, les feuilles, les champignons, les débris organiques mouillés, dans les nids et terriers d’oiseaux et mammifères, ainsi que dans les excréments de vertébrés et sur les cadavres (Arnett et Michael, 2001).

    Les Philonthus sont des coléoptères coprophiles, donc leur développement ou leur vie est associé aux excréments de vertébrés. Les Philonthus sont des prédateurs qui vivent dans les excréments de vertébrés car ils attirent, de par leur odeur, de nombreuses proies potentielles. Les femelles Philonthus pondent un petit nombre d’œufs directement dans les matières fécales, et le développement des larves se poursuit alors sur place, celles-ci n’ont qu’à attendre l’arrivée de leurs proies (Paulian, 1988). Les Philonthus sont appelés « prédateurs actifs » puisqu’ils se nourrissent majoritairement d’œufs ou de larves vivantes de Diptères (mouches) et de Scarabaeidés attirés ou vivants eux aussi dans les excréments (Crowson, 1981). De plus, chez les Philonthus la région apicale de la mandibule porte des pores dont la sécrétion est  neurotoxique. Celle-ci est injectée aux proies afin de les immobiliser pour s’en nourrir.

    Philonthus cyanipennis est aussi considérée comme étant une espèce mycétophile, c’est-à-dire qu’elle est attirée par l’odeur des champignons, sans toutefois s’en nourrir. En effet, on peut retrouver des adultes de l’espèce sur les champignons en décomposition, probablement attirés par l’odeur de la matière qui se décompose pouvant alors être associée à celle des excréments. Cependant, les larves ne sont jamais retrouvées sur les champignons car celles-ci sont, comme mentionné précédemment, là où les œufs sont pondus, dans les excréments (Paulian, 1988).

    Références

    Arnett, R.H., Michael, C.T. (2001). American beetles (v. 1. Archostemata, Myxophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia). Boca Raton, Fla. : CRC Press. p. 396.

    Campbell, J.M., Davies, A. (1991). Canadian National Collection of Insects, Arachnids and Nematodes (dernière mise à jour en 2013). Repéré à : http://www.canacoll.org/Coleo/Checklist/PDF%20files/STAPHYLINIDAE.pdf

    Crowson, R.A . (1981). The biology of the Coleoptera. London : Academic Press, Toronto

    Jacquelin du Val, C. (1859). Manuel entomologique. Genera des coléoptères d’Europe, comprenant leur classification en familles naturelles, la description de tous les genres, des tableaux dichotomiques destinés à faciliter l’étude, le catalogue de toutes les espèces, de nombreux dessins au trait de caractères, volume 2. Paris : Chez A. Deyrolles, Naturaliste.

    Levesque, C., Levesque, G.-Y. (1995). Abundance, Diversity and Dispersal Power of Rove Beetles (Coleoptera : Staphylinidae) in a Raspberry Plantation and Adjacent Sites in Eastern Canada. Journal of the Kansas entomological society, 68(3), pp. 355-370.

    Oxford University Press (2015). Oxford dictionnary, language matters. Repéré à : http://www.oxforddictionaries.com/us

    Paulian, R. (1988). Biologie des coléoptères. Paris : Editions Lechevalier p23, p.115, p.491, p515 et p.592.

    Schillhammer, H. (1998). Revision of the East Palaearctic and Oriental species of Philonthus STEPHENS-Part 1. The cyanipennis group. Koleopterologische Rundschau68, pp.101-118.

    Société royale agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon (1876) Annales des sciences physiques et naturelles, d’agriculture et d’industrie. Lyon : Société royale d’agriculture.

    Zahradník, J. (1977). Les coléoptères. Verviers : Marabout p.78

  • Donacia cincticornis (Newman 1838)

    Par Patricia CÔTÉ et Julie GUYON

    Édité par Étienne Normandin

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    Insecte capturé par battage sur un hêtre à grande feuille, le 3 septembre 2015, à la Station de biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte. La capture s’est faite en sentier forestier, près du Lac Geai.

    Classification (Référence ITIS Report) et petite histoire

    Règne – Animalia

    Phylum – Arthropoda

    Classe – Insecta

    Ordre – Coleoptera (Linnaeus, 1758)

    Sous-ordre – Polyphaga (Emery, 1886)

    Infra-ordre – Cucujiformia (Lameere, 1938)

    Super-famille – Chrysomeloidea (Latreille, 1802)

    Famille – Chrysomelidae (Latreille, 1802) – chrysomèles

    Sous-famille – Donaciinae (Kirby, 1837)

    Genre – Donacia (Fabricius, 1775) – donacies

    Espèce – Donacia cincticornis (Newman, 1838)

    La famille des Chrysomelidae fait partie d’une des plus abondantes, sous l’ordre Coleoptera. On a plus de 50 000 espèces décrites dans 19 sous-familles (Jolivet, Cox et Petitpierre, 1994).

    On pense que les premières preuves fossiles de cette famille datent de la fin de la période du Jurassique. Les adultes de cette époque se nourrissaient du pollen des gymnospermes. C’est au Crétacé avec l’arrivée des angiospermes qu’on a une évolution au sein de cette famille pour les monocotylédones aquatiques et semi-aquatiques. C’est dans des enregistrements fossiles datant du Cénozoïque qu’apparaît la sous-famille Donaciinae et celle-ci est une lignée moderne dans la famille des chrysomèles (Jolivet, Cox et Petitpierre, 1994).

    Répartition géographique

    La sous-famille Donaciinae est phyllophage. Le genre Donacia se trouve en région Holarctique puisqu’il y a  de nombreuses familles de plantes marécageuses et aquatiques. On les trouve aussi dans les tropiques, mais seulement associés à des familles de plantes flottantes (Jolivet, Petitpierre et Hsiao, 1988).

    L’environnement écologique dans lequel nous avons capturé notre espèce nous indique que l’insecte se déplace loin de son milieu.

    Caractères d’identification de l’espèce

    Nous avons pu identifier jusqu’à l’espèce notre insecte grâce à une clé d’identification créée par Marx (1957). Les caractères dominants permettant l’identification de Donacia cincticornis (Newman 1838) ont été le fémur des pattes postérieures, le pronotum ainsi que le tibia des pattes médianes. Le fémur postérieur est renflé, possédant deux épines bien distinctes. Le pronotum est légèrement rugueux, sans poil et de couleur métallique de genre cuivré. Le tibia de la patte médiane ne possède pas de projection dentelée, contrairement à ce qu’on peut trouver chez d’autres espèces de la sous-famille Donaciinae où on retrouve un seul éperon sur le tibia de chaque patte. Dans la famille des chrysomèles, l’éperon du tibia est un caractère propre aux adultes (Jolivet, Cox et Petitpierre, 1994).

    IMG_0092

    Finalement, selon Olivier (1795), on peut constater quelques caractéristiques évidentes chez notre espèce. Il est possible de caractériser les donacies par leur couleur métallique ainsi que d’une paire d’antennes filiforme, pas plus longue que la moitié du corps, comportant onze articles. De ces articles, le premier est renflé, le second est court, les autres sont coniques et le dernier est cylindrique. Leurs élytres sont coriaces, couvrant la longueur de l’abdomen ayant des points plus ou moins gros et profonds. Les élytres couvrent deux ailes membraneuses. Les pattes postérieures possèdent des cuisses renflées et dentées, propres aux espèces du genre Donacia. Aussi, on peut remarquer que les tarses comptent quatre articles.

    Cycle de vie

    Les donacies sont souvent (photo agrégation) retrouvées sur les plantes aquatiques flottantes (vidéo) puisqu’elles sont attirées par la lumière que les feuilles reflètent (Jolivet, Petitpierre et Hsiao, 1988). La femelle, est munie de soie sur la face ventrale pour emmagasiner de l’air lorsqu’elle plonge (Dubuc, 2007), elle va ensuite percer la plante afin d’y pondre ses œufs (Hash et Stroupe, 2003). Bien sûr, les larves sont aquatiques (Nash et Stroupe, 2003). Celles-ci se nourrissent de la plante et peuvent la digérer grâce à une symbiose avec des bactéries (Prakash, 2008). Pour avoir l’oxygène nécessaire, les larves puisent directement dans les réserves de la tige de la plante (Jolivet, Petitpierre et Hsiao, 1988). Lorsque les conditions sont favorables, la larve fait alors sa pupe (photos du cycle de vie) afin de devenir un adulte permettant à la prochaine génération de voir le jour l’année suivante (Nash et Stroupe, 2003).

    Références bibliographiques

    Dubuc, Y. (2007) Les insectes du Québec: guide d’identification. Saint-Constant, Québec : Broquet. 460 p.

    Jolivet, P.H., M.L., Cox, et E., Petitpierre. (1994) Novel Aspects of the Biology of Chrysomelidae. Dordrecht : Springer Netherlands. 75-110.

    Jolivet, P., E., Petitpierre et T.H., Hsiao. (1988) Biology of Chrysomelidae. Dordrecht : Springer Netherlands. 639 p.

    Marx, Edward J.F.. (1957) A Review of the subgenus Donacia in the Western Hemisphere (Coleoptera, Donaciidae). Bulletin of the American Museum of Natural History, New-york, 112(3).

    Nash, H. et S. Stroupe. (2003) Complete guide to water garden plants. New York, New York : Sterling Publishing Co., Inc.. 225 p.

    Olivier, M.. (1795) Entomologie ou Histoire Naturelle des insectes, avec leurs caractères génériques et spécifiques, leur description, leur synonyme et leur figure enluminée (Coléoptère. Tome Quatrième ; NO.75, Donacie. Donacia). Paris : Imprimerie de Lanneau.

    Prakash, M.. (2008) Encyclopaedia of Entomology – 5 : Insect Ecology. New Dehli : Discovery. 361 p.

    ITIS Report : http://www.itis.gov/servlet/SingleRpt/SingleRpt?search_topic=TSN&search_value=114515

  • Polistes fuscatus (Fabricius 1793)

    Par Émile BRISSON et Sandra HERNANDEZ

    Édité par Étienne Normandin

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    P. fuscatus de profil

    Polistes fuscatus vue de profil

     

    P. fuscatus vu de haut

    Polistes fuscatus vue de haut

    Spécimen capturé le 3 septembre 2015 à la Station de Biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, Québec, Canada.

     

    Règne : Animalia

    Phylum: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Ordre: Hymenoptera

    Famille: Vespidae

    Genre: Polistes

    Espèce: fuscatus

     

     

    Polistes fuscatus est une guêpe de la famille des vespidés, qui fait partie de l’ordre des hyménoptères (sous-ordre Apocrita)1. L’espèce a été découverte et nommée pour la première fois en 1793 par Joan Christian Fabricius2, un entomologiste danois3.

    La famille des vespidés comprend les guêpes sociales et compte en tout un peu moins de 1000 espèces4. Les colonies formées par les espèces de cette famille sont dites annuelles, c’est-à-dire qu’elles se renouvellent chaque année avec des individus différents5.

    Identification

    Alors que le gastre (abdomen) est l’indice qui nous amène à l’ordre des hyménoptères 6, les longues pattes et le corps allongé et mince peuvent nous permettre de classer notre spécimen dans le genre Polistes7. Les antennomères apicales noires confirment que nous sommes en présence de Polistes fuscatus. Notez cependant que la femelle ne possède pas cette caractéristique, ce qui implique que nous sommes face à un individu mâle. La femelle aurait pu toutefois être identifiée par son corps foncé, surtout pour les sous-espèces présentes au Canada8.

    Que l’individu soit mâle ou femelle, on peut aisément différencier l’espèce de sa célèbre compétitrice introduite (origine européenne), Polistes dominula, par le fait que celle-ci possède des antennes majoritairement orange9 . Bien que Polistes dominula, soit de façon générale plus petite que Polistes fuscatus, notre spécimen mesure 20mm, une taille similaire à Polistes dominula 10.

     P_dominula2 P_dominula3 P_dominula4

    Ci-dessus: Polistes dominula sous trois angles. Spécimen provenant de Montréal.

    Biologie de l’espèce

    Polistes fuscatus est une espèce de guêpe à papier indigène de l’Amérique du Nord11. Son aire de répartition s’étend du Pacifique à l’Atlantique et du Canada tempéré à l’état de Virginie aux États-Unis12. Les adultes se nourrissent principalement de nectar et nourrissent leurs larves avec des petits insectes, comme des chenilles12. Étant une espèce eusociale, des colonies sont fondées par les individus reproducteurs, qui produisent des individus ouvriers11.Elles sont capables de reconnaître les membres de leur propre colonie grâce aux marqueurs faciaux et abdominaux18.

    L’eusocialité de P. fuscatus est plutôt simple, car elle ne produit pas de castes d’individus spécialisés dans la défense de la colonie12. Ce sont donc les ouvrières et la reine elle-même qui défendent la colonie en cas d’attaque19. En début de saison, lorsque la colonie commence, c’est la reine qui démontre le plus d’agressivité, puisque son investissement est plus important que celui des ouvrières. En fin de saison, au contraire, l’investissement des ouvrières est plus grand que celui de la reine, elles démontrent donc plus d’agressivité19.

    Une autre espèce de guêpe à papier, Polistes dominula, a été introduite d’Europe, probablement à plusieurs reprises13. Elle a colonisé l’Amérique du Nord, réduisant ainsi la présence de P. fuscatus, puisqu’elles occupent la même niche écologique13, 14. Le succès de P. dominula peut être expliqué par plusieurs facteurs, malgré le fait que cette espèce arrivait dans un nouvel environnement.

    Premièrement, P. dominula a un cycle de développement plus court que P. fuscatus, ce qui lui permet d’établir une colonie plus rapidement et d’avoir accès aux ressources plus rapidement13, 15. Ensuite, P. dominula a une diète plus généraliste que P. fuscatus13. Ces deux facteurs combinés font en sorte que P. dominula possède des colonies beaucoup plus productrices que P. fuscatus14, 15, ce qui avantage la survie de l’espèce.

    De plus, Gamboa et al (2002) rapportent qu’aucune intrusion dans les colonies des deux espèces n’a été observée, ce qui laisse croire que la compétition entre ces espèces de guêpes est indirecte et s’effectue ainsi par l’exploitation des ressources14.

    Le seul avantage évolutif que possède P. fuscatus sur P. dominula est sa taille, qui lui permet de supporter des températures plus froides13. Il serait donc logique que P. fuscatus soit plus présente que sa compétitrice dans des régions un peu plus au nord et dans des endroits plus éloignés de la chaleur urbaine.

    P. fuscatus et l’Homme

     L’impact de P. fuscatus sur l’Homme peut être autant positif que négatif. Étant carnivore, elles peuvent capturer un bon nombre d’insectes, eux-mêmes nuisibles16. Toutefois, il arrive que l’espèce puisse être considérée comme une nuisance. En effet, en automne et en début hiver, des agrégats denses peuvent se former et causer des problèmes si ceux-ci sont situés proches des installations humaines17. Dans ces situations, des pièges attractifs peuvent être utilisés pour contrôler le nombre de guêpes. Parmi ces substances, le vinaigre de vin est particulièrement efficace16.

    Références

     1 – Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, T. A. Dewey. (2015). Polistes fuscatus. Repéré à http://animaldiversity.org/accounts/Polistes_fuscatus/classification/#Polistes_fuscatus

    2- Global Biodiversity Information Facility (2015). Polistes fuscatus (Fabricius, 1793). Repéré à http://www.gbif.org/species/1310556

    3 – Les éditeurs d’Encyclopaedia Britannica (2015). Johann Christian Fabricius, Danish entomologist. Repéré à http://www.britannica.com/biography/Johann-Christian-Fabricius

    4 – Blais, C. (2015). Guêpe. Repéré à http://www.universalis.fr/encyclopedie/guepe/#i_23219

    5 – Pouvreau, A. (1990). Les Vespides et l’Homme. Repéré à http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i88pouvreau.pdf

    6 – University of Washington (2005). Hymenoptera. Repéré à http://courses.washington.edu/insects/455Students/a2_handouts/pdf_files/12_HymenopHNDT.pdf

    7 – Pest Animal Control (2007). Bay of Plenty Environmental Report, via «Polistes (s.d.) Dans Wikipédia, l’encyclopédie libre.

    Repéré à https://en.wikipedia.org/wiki/Polistes#cite_note-6»

    8 – Buck, M., A. Marshall, S., K.B. Cheung, D. (2008). Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Nearctic region. Repéré à http://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/77p_fuscatus.html

    9 – Diterlizzi, T. (2004).  Species Polistes dominula – European Paper Wasp. Repéré à http://bugguide.net/node/view/5081

    10 – Stout, E. (2013). Polistes dominula. Repéré à http://animaldiversity.org/accounts/Polistes_dominula/

    11- Reeve, H. K. et Gamboa, G. J. (1983). Colony activity integration in primitively eusocial wasps: the role of the queen (Polistes fuscatus, Hymenoptera: Vespidae). Behavioral Ecology and Sociobiology13(1), 63-74.

    12- Encyclopedia of Life. Polistes fuscatus. Repéré à http://eol.org/pages/240113/overview

    13- Liebert, A. E., Gamboa, G. J., Stamp, N. E., Curtis, T. R., Monnet, K. M., Turillazzi, S. et Starks, P. T. (2006, January). Genetics, behavior and ecology of a paper wasp invasion: Polistes dominulus in North America. In Annales Zoologici Fennici (pp. 595-624). Finnish Zoological and Botanical Publishing Board.

    14- Gamboa, G. J., Greig, E. I., et Thom, M. C. (2002). The comparative biology of two sympatric paper wasps, the native Polistes fuscatus and the invasive Polistes dominulus (Hymenoptera, Vespidae). Insectes Sociaux49(1), 45-49.

    15 – Armstrong, T. R. et Stamp, N. E. (2003). Colony productivity and foundress behaviour of a native wasp versus an invasive social wasp. Ecological Entomology28(6), 635-644.

    16 – Landolt, P. J., Cha, D. H., Werle, C. T., Adamczyk, J. J., Meagher, R. L., Gilbride, R. L., … & Sampson, B. J. (2014). Polistes spp.(Hymenoptera: Vespidae) orientation to wine and vinegar. Florida Entomologist97(4), 1620-1630.

    17 – Reed, H. C., et Landolt, P. J. (1991). Swarming of paper wasp (Hymenoptera: Vespidae) sexuals at towers in Florida. Annals of the Entomological Society of America, 84(6), 628-635.

    18 – Tibbetts, E. A. (2002). Visual signals of individual identity in the wasp Polistes fuscatus. Proceedings of the Royal Society of London B: Biological Sciences,269(1499), 1423-1428.

    19 – Judd, T. M. (2000). Division of labour in colony defence against vertebrate predators by the social wasp Polistes fuscatus. Animal behaviour, 60(1), 55-61.

  • Euschistus tristigmus luridus Dallas 1851

    Dusky Stink bug – Punaise à trois taches

    Par Laurence Langlois-Lemay et Vincent Populus

    (édité par Étienne Normandin)

    Photos réalisées par Vincent Populus

    IMG_0236Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015 à la Station de Biologie des Laurentides, plus spécifiquement autour du Lac Geai, milieu plutôt humide.


    Identification

     L’identification à l’espèce a été effectuée grâce au « Canadian journal of

    arthropod identification ».

    Famille Pentatomidea

    Sous-famille Pentatominea

    Genre Eustristus

    Espèce tristigmus

    Sous-espèce luridus

    Figure 1 Figure 2 Figure 3 Figure 4 Figure 5 Figure 6 Figure 7


    Caractéristiques physiques générales

         Euschistus tristigmus possède un corps plutôt allongé et oval. Bien qu’habituellement de plus petite taille que les autres espèces se trouvant dans le même genre, le reste des caractéristiques restent tout de même semblables. Ses taches noires se trouvant au centre de son abdomen au nombre de deux ainsi que celles sur les côtés lui permettent de se distinguer de ses comparses.

    Généralités 

         La punaise pentatome Euschistus tristigmus se trouve principalement en Amérique du Nord et se divise en deux sous-espèces : Euschistus tristigmus luridus Dallas (l’espèce à l’étude), se trouvant surtout au nord, ainsi que Euschistus tristigmus tristigmus, localisée plus au sud.

     Alimentation

         Nettement polyphages, ces insectes se nourrissent principalement de plantes, cultivées ou non. Les plantes de prédilection d’Euschistus tristigmus luridus sont le soya, le framboisier, le sumac, le noisetier, la rose sauvage, la tomate, la poire, la pêche, le pin, et plusieurs autres.

    Mode de vie

         Au stade adulte, Euschistus tristigmus hiverne. Son environnement favori pour procéder à cette pratique se trouve dans les zones de bois décidues ainsi que leurs bordures. Cette punaise peut être bivoltine : en Illinois, Georgie et Virginie, elle peut créer deux générations en un an. L’une des deux, active en été, ne subira aucune diapause (arrêt dans le développement de l’organisme) alors que celle d’hiver, qui devra hiverner, en subira une. Au printemps, l’insecte sort de sa torpeur et commence à se nourrir et se reproduire sur les herbes sauvages. Dépendamment de la saison ainsi que de la période de floraison des plantes hôtes, une quantité proportionnellement plus élevée de punaises se trouvera sur un type de mauvaise herbe en particulier. Par exemple, une espèce se trouvant en Virginie pourra coloniser Lynchnis alba Miller (une sorte d’herbe) de façon importante entre mai et juin alors qu’en juin et juillet, elle se déplacera sur Erigeron annuus jusqu’au moment ou une autre plantation deviendra plus attirante (possiblement vers la fin juillet). De façon globale, il a été observé que l’herbe la plus populaire chez Euschistus tristigmus est Erigeron canadensis, se trouvant en Virginie : cette plante fleurit d’août à la fin septembre et c’est à ce moment que les punaises sont les plus nombreuses. Il est à noter que les deux types de population peuvent se trouver sur ces herbes : les adultes ayant hiverné, ainsi que leur progéniture d’été. Toutefois, au Canada, il est rare d’observer deux générations par année ; une seule génération est habituellement produite.

    Reproduction

         Le mâle, en période de reproduction, fera les premiers pas afin d’initier la copulation avec la femelle de son choix. À l’aide de ses antennes, il touchera légèrement la tête, le thorax et même l’abdomen de la femelle jusqu’au moment ou ses antennes glisseront sur la face ventrale de l’abdomen de celle-ci pour soulever son postérieur grâce à sa tête. La façon pour le mâle de s’assurer que la femelle est réceptive aux avances est d’observer son comportement : si la femelle garde son abdomen surélevé, le mâle a donc le feu vert pour poursuivre la copulation. À ce moment, le mâle effectuera une rotation de 180 degrés pendant laquelle il peut garder un contact physique avec la femelle en gardant leurs abdomens collés. Une fois la rotation effectuée, le mâle soulèvera lui aussi son abdomen afin que ce dernier et celui de la femelle soient en contact, leurs têtes éloignées à chaque extrémité.

     Impact économique

         Bien qu’Euschistus tristigmus n’ait pas un impact économique aussi important que d’autres espèces, il présente tout de même une certaine influence sur la santé de diverses plantations. Lorsqu’il se nourrit sur le soya, Euschistus tristigmus transmet la « yeast-spot disease », une infection fongique affectant de façon importante la santé globale des plants de soya. Bien qu’en milieu sauvage Euschistus tristigmus ne soit pas d’une grande importance pour le soya, il est aussi nuisible que Nezara viridula (un organisme ravageur très important, aussi appelé punaise verte ponctuée) en milieu contrôlé, prouvant possiblement sa capacité d’adaptation et de survie en milieu plus difficile (en trouvant d’autres moyens de subsister). Toutefois, globalement, il est loin d’être le plus néfaste de tous. De plus, il est très actif dans les vergers où sont cultivées des pêches. Puisque ces pêchers se trouvent à proximité des bois, fossés, clôtures, et donc près des zones d’hivernation de ces punaises, les pêches devenant bien mûres au printemps sont menacées par ces petits insectes polyphages qui n’en feront qu’une bouchée, réduisant ainsi la productivité de ces plantations.


    Références

    1. Jamison, T., 2005. Entomology collection : Species Page – Euschistus tristigmus luridus. http://www.entomology.ualberta.ca/searching_species_details.php?s=5909. (Consulté le 3 novembre 2015)
    2. McPherson, J.E. & McPherson, R.M., 2005. Stink bugs of economic importance in America north of Mexico, CRC press LLC, Boca Raton, Floride, 255 pages, page 119. Lien : https://books.google.ca/books?id=sPoMyfDh5sYC&pg=PA119&lpg=PA119&dq=Euschistus+tristigmus&source=bl&ots=FEzRwAIei6&sig=n8XqC7LMOzVmXK3YlAkJc7PIwcc&hl=fr&sa=X&ved=0CFYQ6AEwC2oVChMI-5rl7K3eyAIVQ3s-Ch1fEQTG#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus&f=false
    3. American Insects Site, Euschistus tristigmus, Dusky Stink Bug. http://www.americaninsects.net/ht/euschistus-tristigmus.html (Consulté le 27 octobre 2015)
    4. Schaefer, C.W. & Panizzi, A.R., 2000. Heteroptera of economic importance, CRC press LLC, Boca Raton, Floride, 831 pages, page 453. Lien : https://books.google.ca/books?id=AVcBI0GL-fQC&pg=PA453&lpg=PA453&dq=Euschistus+tristigmus&source=bl&ots=xXUzjybWVZ&sig=04NZ7RvQdQjEDVeDV9CboHiFC6Q&hl=fr&sa=X&ved=0CGkQ6AEwDmoVChMI-5rl7K3eyAIVQ3s-Ch1fEQTG#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus&f=fals
    5. Entomofaune du Québec inc., 2015. Les Hémiptères du Québec- Punaises – Pentatomidae. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/punaises/punaises_pentatomidae.html (Consulté le 29 octobre 2015)
    6. Bartlett, T. & VanDyk, J., Iowa State University – Department of Entomology, 2006. BugGuide, Species Euschistus tristigmus – Dusky Stink Bug. http://bugguide.net/node/view/122581 (Consulté le 29 octobre 2015)
    7. Gordh, G. & Headrick, 2011. A Dictionary of Entomology – 2nd edition. CABI, Oxfordshire, 1526 pages, page 474. Lien : https://books.google.ca/books?id=9IcmCeAjp6cC&pg=PA474&dq=Euschistus+tristigmus+luridus+Dallas&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus%20luridus%20Dallas&f=false
    8. McPherson, J.E., 1982. The Pentatomoidea (Hemiptera) of Northeastern North America with Emphasis on the Fauna of Illinois.199 pages, page 63. Lien : https://books.google.ca/books?id=HQgV3RbRK8kC&pg=PA63&lpg=PA63&dq=Euschistus+tristigmus+luridus+Dallas&source=bl&ots=nE3Kro9k0w&sig=mSRhMJ-47pDjayTEO8x3N23aZfI&hl=fr&sa=X&ved=0CC4Q6AEwAmoVChMIzOCquKfeyAIVSBk-Ch0rBAks#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus%20luridus%20Dallas&f=false
    9. Paiero, S. M. & al, 2013. Canadian Journal of Arthropod Identification, Stink bugs (Pentatomidae) and parent bugs (Acanthosomatidae) of Ontario and adjacent areas: 
A key to species and a review of the fauna – Key to the Families of Pentatomoidea of Canada. http://biologicalsurvey.ca/ejournal/pmmm_24/pmmm_24_6.HTM (Consulté le 19 octobre 2015)

     

  • Notonecta borealis (Bueno et Hussey 1923)

    La Notonecte boréale | The Northern Back-swimmer

    Par David DENIS & Charles LAROUCHE-BILODEAU

    (édité par Étienne Normandin)

    Cover

    Textes et photographies réalisés par les auteurs. © 2015 CC BY-SA 4.0


     

    Identification et morphologie

    Lors de la capture de notre spécimen, nous (édité par Étienne Normandin) croyions au départ qu’il s’agissait d’un coléoptère puisqu’il avait été capturé au sein de ce groupe et qu’il exhibait une morphologie sommaire assez similaire. Cependant, lorsque nous sommes arrivés au laboratoire, notre erreur a été vite mise en évidence.

    Après une première observation, on peut distinguer des caractères importants qui permettent de classer notre spécimen dans le sous-ordre des Heteroptera. La présence d’un pronotum large et arrondi combinée à la présence d’un scutellum triangulaire sont des premiers indices. On peut également voir que la paire d’ailes antérieures est sclérifiée (durcissement) à la base et qu’il s’agit donc d’hémélytres. Un rostre prognathe, destiné à la prédation, est également présent sur l’insecte.

    Nous utilisons par la suite un guide d’identification des Heteroptera aquatiques (Epler, 2006). Le premier critère est la longueur des antennes, qui sont dans notre cas plus courtes que la largeur de la tête.

    Le rostre prognathe est une apomorphie du mode de vie prédatoire. Le tarse divisé en 2 segments permet l'identification du spécimen
    Le rostre prognathe est une apomorphie du mode de vie prédatoire. Le tarse divisé en 2 segments permet l’identification du spécimen.
    Les longues pattes postérieures facilitent la nage pour cet insecte aquatique.
    Les longues pattes postérieures facilitent la nage pour cet insecte aquatique.

    Après avoir identifié la famille des Notonectidae, deux genres sont possibles: Notonecta et Buenoa (qui sont également les seuls genres présents dans la région de capture). La différence majeure est la présence d’un creux situé au croisement des hémélytres dans le haut de la partie dorsale. Comme il est absent, il s’agit du genre Notonecta. Comme la clé d’identification est pour les espèces de Floride, nous ne nous attendons pas à la trouver parmi la liste. Un guide des insectes du Québec (Dubuc, 2007) nous a donc permis de poursuivre l’identification. D’après les photos et les caractéristiques, N. borealis nous semblait correspondre à notre spécimen. Une visite dans la collection Ouellet-Robert a confirmé l’hypothèse sur l’identité de l’individu.

    Spécimen de Notonecta borealis enregistré dans une collection. Credit : CNC/BIO Photography Group (2011)
    Spécimen de Notonecta borealis  dans une collection.
    Credit : CNC/BIO Photography Group (2011)

    Classification

    Notre individu appartient donc au genre Notonecta. Ce nom est formé des mots «Noto» et «Necta» qui signifient respectivement «le dos» et «nageur» Il fait également parti de l’espèce borealis qui provient du latin «borea» qui attrait au nord. Les Nepomorpha sont l’infra-ordre qui comprend les insectes aquatiques, et les Notonectidae sont par étymologie les «backswimmers».

    Règne : Animalia

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Heteroptera

    Infra-ordre : Nepomorpha

    Super-famille : Notonectoidea

    Famille : Notonectidae

    Genre : Notonecta (Linnaeus 1758)

    Espèce : Notonecta borealis (Bueno & Hussey 1923)

    Biologie de l’espèce

    Comme les autres membres de la famille notonectidae, les notonectes boréales sont des prédateurs aquatiques de lac et de cours d’eau lent. Ils sont également capables de voler afin de se disperser et changer de point d’eau.

    Ils se nourrissent de tous les animaux qu’ils peuvent capturer, que ce soit des invertébrés, des têtards et même de petits poissons. Comme les autres hémiptères, les notonectes possèdent des pièces buccales en forme de rostre qu’ils utilisent pour percer la peau de leurs proies, qu’ils capturent avec leurs deux paires de pattes avant, et puis ils sucent leurs fluides internes.

    Les yeux de Notonecta borealis sont de couleur rouge et occupent une grande partie de la tête.
    Les yeux de Notonecta borealis sont de couleur rougeâtre et occupent une grande partie de la tête.

    Au repos et lors de la traque de proies, les notonectes ont une manière très particulière de se positionner. Si les patineuses (Gerridae) glissent sur la surface de l’eau, les notonectes, elles, sont de l’autre côté de la paroi aqueuse (eau), à l’envers (voir photo). Ainsi, pour respirer, les notonectes remontent à la surface, la face ventrale dirigée vers la surface de l’eau, et laissent la pointe de leur abdomen percer la surface tout en conservant la partie avant du corps pointé vers le fond. Ensuite, ils stockent des bulles d’air sur et sous leurs hémélytres. Leurs yeux sont adaptés pour avoir une excellente vision dans cette position de repos. En effet, ils ont deux zones de haute acuité visuelle; une diriger vers l’avant de l’animal, donc vers le fond de l’eau, et les proies potentielles,  et l’autre vers la face ventrale de l’animal, donc hors de l’eau. Dans cette position de repos, ils surveillent le fond dans l’attente d’une proie. Puis, avec leurs pattes arrière en forme de rames, ils se propulsent de façon saccadée, mais précise vers leur futur repas.

     


    Références :

    • Durfee, R. S., Kondratieff, B. C., & Livo, L. J. (1999). New records of aquatic Heteroptera for Colorado: Notonectidae, Pleidae, Corixidae. Entomological news110(4), 243-245. (Lien)
    • Hungerford, H. B. (1933). Genus Notonecta of the world (Notonectidae – Hemiptera). The University of Kansas science bulletin, 21(1), 5-196. (Lien)
    • Tony-2, Cotinis & V Belov. (2005). Bug Guide – Genus Notonecta. Iowa state University’s Department of Entomology. (Lien)
    • Epler, J. H. (2006). Identification manual for the aquatic and semi-aquatic heteroptera of florida. State of Florida’s Department of Environmental Protection. Tallahassee. (Lien)
    • Dubuc, Y. (2007). Les insectes du Québec : Guide d’identification. Saint-Constant : Broquet.
    • Site internet d’identification et d’écologie des insectes d’eau douce australien, consulté le 1/11/2015 lien
    • Schmidt-Nielsen K. (1997), Animal Physiology: Adaptation and Environment [version google book] lien consulté le 1/11/2015
    • Schwind, R. (1980). Geometrical optics of the Notonecta eye: Adaptations to optical environment and way of life. Journal of comparative physiology140(1), 59-68.
  • Nymphalis antiopa (Linné 1758)

    Par Anaïs BOA et Francis LETENDRE (édité par Étienne Normandin)

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    photo générale
    Nymphalis antiopa capturé en vol à l’aide d’un filet à papillon le 3 septembre 2015 à la station Biologie des Laurentides à proximité du lac Triton

    1) Identification du spécimen et morphologie externe

    Du fait de leur beauté en grande partie liée à leur explosion de couleur, les lépidoptères constituent le deuxième ordre d’insecte le plus connu avec 180 000 espèces décrites actuellement dans 126 familles. Ils se distinguent principalement des autres insectes par la présence d’écailles ou soies aplaties recouvrant la majorité du corps, en particulier les ailes. D’où le nom de l’ordre lepidoptera du grec « lepidos » signifiant écailles et « pteron », ailes. Ces écailles offrent une multitude de couleurs grâce aux pigments retrouvés à l’intérieure ou au phénomène de diffraction de la lumière sur ces écailles permettant alors d’identifier de nombreuses espèces.

    De nombreuses tentatives ont été entreprises afin de diviser les lépidoptères en plusieurs groupes fondamentaux au niveau des taxons supérieurs aux superfamilles si bien que de nos jours ces divisions ne font pas unanimité. Néanmoins, en se basant sur la classification de Kristensen en 1984, les lépidoptères se divisent en quatre sous-ordres dont le plus diversifié en nombre d’espèces est le sous-ordre Glossata auquel appartient notre spécimen. En effet, il se caractérise par la spécialisation des pièces buccales de type suceur chez l’adulte, sous forme d’une longue trompe flexible et enroulée en spirale provenant de l’élongation des galeas des maxilles. Les autres pièces buccales sont atrophiées ou absentes à l’exception des palpes labiaux qui sont souvent présents.

    Kristensen divise ensuite les Glossata en quatre infra-ordres dont celui des Heteroneura qui contient 99% des lépidoptères de l’ordre des Glossata. Il se caractérise par une différence au niveau du nombre de nervures ainsi que leur disposition entre les deux paires d’ailes avec un nombre plus faible pour les ailes postérieures. On observe notamment ce caractère chez notre spécimen affirmant ainsi son appartenance à l’infra-ordre des Heteroneura.

    Vue côté dorsale vs vue côté ventral de notre spécimen

    La présence d’antennes minces et terminées par un renflement en forme de massue ou de crochet de notre spécimen indique qu’il fait partie des rhopalocères, terme proposé par Duméril (1823) pour désigner les espèces diurnes dans lequel on retrouve deux superfamilles dont celle des « vrais papillons », les Papilionoidea. Leurs ailes sont plus colorées au-dessus qu’en dessous et les couleurs de l’aile primaire se prolongent généralement sur l’aile secondaire.

    De plus, notre spécimen possède deux paires de pattes postérieures qui sont relativement bien développées par rapport aux pattes antérieures. Or, cette particularité d’avoir la paire de pattes antérieures atrophiée est le caractère qui définit la famille des Nymphalidae. Les papillons de cette famille ne marchent donc que sur leurs pattes méso et méthatoraciques tandis que les pattes prothoraciques servent à des fonctions sensorielles.

    Capture annotée
    Photographie prise à proximité du Pic du Midi dans les Pyrénées Française à une altitude de 1500m environ par Bernard ANE (utilisée avec permission) de Nymphalis antiopa sur un chardon et annotée par les auteurs ci-présents.

    De plus, le mimétisme est commun à cette famille pour de nombreuses espèces du genre Nymphalis. En effet, en repliant leurs ailes les unes contre les autres,  elles laissent paraître leurs vues ventrales qui ont l’aspect de feuilles mortes, du mimétisme fort utile pour se cacher des prédateurs.

    Photo profilPour finir, le patron très particulier de couleur des ailes de notre spécimen nous permet facilement de le reconnaître parmi les espèces du genre Nymphalis. Il s’agit donc de l’espèce Nymphalis antiopa plus connu sous le nom de Morio. La face dorsale laisse apparaître une livrée uniforme des ailes, d’un brun violacé. Les ailes sont dentelées et couvertes à l’extrémité d’une lignée submarginale de points bleu ciel, puis d’une frange jaune. La face ventrale est brun foncé mouchetée avec une bordure pâle. Ainsi, on ne peut le confondre avec aucune autre espèce en raison de la bordure jaune des ailes en face dorsale qui constitue un caractère hautement distinctif.

    2) Classification

    Identifié pour la première fois par Linné en 1758, on retrouve la classification suivante pour Nymphalis antiopa :

    Règne : Animalia

    Embranchement : Arthropoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Lepidoptera

    Sous-ordre : Glossata

    Infra-ordre : Heteroneura

    Super-famille : Papilionoidea

    Famille : Nymphalidae

    Sous-famille : Nymphalinae

    Tribu : Nymphalini

    Genre : Nymphalis

    Espèce : Nymphalis antiopa (Linaeus 1758)

    3) Habitat et aire de répartition

    Attiré par la sève s’écoulant des arbres meurtris, Nymphalis antiopa fréquente les bois clairs et terrains ouverts, souvent dans les collines et montagnes. On le retrouve également à proximité des ruisseaux bordés de cerisiers et de saules. C’est notamment au bord du lac Triton dans la station biologie des Laurentides que notre spécimen fut capturé en vol à l’aide d’un filet à papillons. Il est rapide, mais se pose souvent et toujours aux mêmes endroits avec une préférence pour les saules, ormes, peupliers et bouleaux comme plantes hôtes sur lesquelles les œufs vont être pondus. Enfin, on peut également le retrouver dans les parcs et jardins urbains du fait de sa polyvalence à l’égard des plantes hôte.

    En ce qui concerne sa répartition géographique, le morio vole dans la plupart des régions du Canada. Au nord, il se rencontre jusque dans la toundra, dans les monts British au Yukon, au lac Setidgi dans les Territoires du Nord-Ouest et à Inukjuak (Port Harrison) au Québec. Vers le sud, il atteint le nord de l’Amérique du Sud. Il est également largement répandu en Eurasie et dispersé dans une grande partie de l’Europe, de l’ouest jusqu’en Asie de l’Est mais est absent de la majeure partie de l’Espagne.

    4) Biologie de l’espèce

    Nymphalis antiopa fait partie du groupe monophylétique des endoptérygotes, aussi connus sous le nom des holométaboles. Une des caractéristiques importantes qui décrit ce groupe est celle d’un cycle de vie complet, autrement dit la métamorphose complète. Celle-ci, contrairement à la métamorphose incomplète, comporte un stade de transition entre le stade larvaire et adulte. La présence de plusieurs stades de développement permet la division des tâches tout au long de la vie du papillon. En effet, le papillon est plutôt chargé de la reproduction alors que la chenille a pour rôle de se nourrir et grandir.

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    Ponte des oeufs de Nymphalis antiopa sur une branche d’arbre. Image d’André Lequet, utilisée avec permission.

    Le cycle de vie du Morio débute lorsque l’œuf éclôt. La femelle peut pondre jusqu’à 200 œufs, les déposant soigneusement en agrégats autour des tiges de peuplier ou de saule. Les chenilles du Morio, parfois appelées aussi « épineuses de l’orme », sont au départ réunies dans un nid de soie et vont vivre en colonie tout au long de leur développement jusqu’à la 5ème mue. Les quatre premières mues de la chenille ont pour fonction d’augmenter la taille de celle-ci. Par un processus d’ecdysie, la larve sort de sa cuticule faite de chitine plus ou moins rigide, lui permettant ensuite d’augmenter en taille et de se créer une nouvelle enveloppe. La chenille du Morio est reconnaissable par sa livrée noire ou grisâtre parsemée de petits points blancs. Sur son dos se remarque une ligne de points rouge orangé interrompue ainsi que de longues épines noires.

    Nymphalis-antiopa-caterpillar
    Chenille de Nymphalis antiopa (image dans le domaine public)

     

    colonie chenille
    Colonie de chenilles de Nymphalis antiopa. Image d’André Lequet, utilisée avec permission.

    À la cinquième mue, la chenille du Morio atteint sa taille maximale, elle est alors prête pour sa métamorphose. Elle produit une chrysalide lors du processus que l’on nomme la nymphose, soit le passage entre la larve et l’adulte. La chenille se suspend alors à une branche ou un brin d’herbe avec un fil de soie qu’elle produit et entreprend sa métamorphose durant une période d’environ deux semaines. À la fin de la nymphose, l’insecte qui sort de la chrysalide n’est plus une chenille, mais bien le papillon sous sa forme adulte. Les mâles du Morio vont alors patrouiller leur territoire à la recherche de femelles pour se reproduire.

    Capture aile
    Aile antérieure à l’extrémité jaune flagrante de notre spécimen

    La plupart des papillons ne vivent que de quelques jours à quelques semaines. Cependant, l’espèce Nymphalis antiopa est très spéciale en ce qui à trait à sa longévité, car elle peut vivre jusqu’à dix ou douze mois. En effet, elle entreprend un processus appelé la diapause, qui consiste à diminuer de façon importante ses activités métaboliques. Un processus comme celui-ci permet aux papillons vivant dans les zones plus froides de survivre à l’hiver. Les adultes du Morio qui hivernent (creux d’un arbre ou tas de bois) tolèrent le froid au moyen de molécules chimiques d’antigel (glycérol) dans leur sang. Cette hivernation au stade adulte leur permet donc de ne pas devoir entreprendre de longue migration, l’avantageant  énormément à l’arrivée du printemps. On attribue alors au Morio l’épithète familière de « harbinger of spring » ou signe avant-coureur du printemps comme étant l’un des premiers papillons à apparaître au printemps. On peut distinguer les papillons ayant passés l’hiver- donc entrepris le phénomène de diapause des jeunes papillons par un changement de couleur de la bordure extérieure des ailes.  En effet, elle passe d’un jaune brillant pour les nouveaux papillons à un jaune très pâle ou même blanc pour ceux ayant effectués la diapause. Ainsi, en observant la couleur de la bordure des ailes du spécimen capturé, il est possible de conclure qu’il s’agit d’un juvénile n’ayant pas encore vécu l’hiver, car la couleur est d’un jaune assez flagrant.

    5) Conservation

    En Amérique du Nord, l’espèce Nymphalis antiopa n’est pas en danger, elle n’est n’est donc pas protégée. Cependant, en 1963, le gouvernement du Canada a désigné la chenille du Morio comme étant une espèce ravageuse des arbres à feuilles décidues. En revanche, en Europe (Autriche et Suisse), le Morio est désigné comme étant en danger et jouit donc d’un statut de protection dans ces pays. Enfin, en Île-de-France, il est considéré comme rare et protégé en raison de l’urbanisation grandissante et de la disparition des milieux naturels.

    Références : 

    1- Articles :

    2- Livres :

    • Cech, R. et G., Tudor, 2005. Butterflies of the east coasy. Princeton and oxford, Angleterre : Princeton university press.
    • Forey, P. et S., Mc Cormick, 1992. Les papillons. Édition Gründ : un guide pratique pour identifier facilement 117 papillons.
    • Gullan, P.J. et P.S., Cranston, 2014. The Insects : an Outline of Entomology, fifth edition. John Wiley & Sons : Wiley Blackwell.
    • Leboeuf, M. et S., Le Tirant, 2012. Papillons et chenilles du Québec et des maritimes. Québec, Canada : Éditions Michel Quintin.
    • Scoble, M.J., 1992. The lepidoptera : form, function, and diversity. Angleterre : Oxford university press.
    • Scott, J.A., 1986. The butterflies of north america. Stanford, California : Stanford university press.
    • Veilleux, C. et B. Prévost, 1976. Les papillons du Québec. Montréal, Canada : Les éditions de l’homme.

    3- Sites internet :

  • Oxyporus vittatus Gravenhorst 1802

    Par Delphine Bozino et Mirabelle Miron

    Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015 à la Station des Laurentides de Saint-Hippolyte en milieu humide près du Lac Geai. Thomas Théry  a collecté le spécimen sur un champignon qu’il a identifié comme étant du genre Leccinum. Il est possible de recueillir des spécimens d’avril à octobre, mais surtout en automne puisque c’est alors qu’ils sont plus nombreux (Leschen et Allen, 1988).

    Préparation et identification du spécimen

    Compte tenu de la petite taille de notre spécimen, celui-ci a été préparé sur une épingle et collé au bout d’un triangle de papier (voir la figure 1).

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    Fig. 1: préparation du spécimen à l’aide d’un triangle de papier sur aiguille ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Son identification, (ordre Coleoptera, famille Staphylinidae (rove beetles)) a été déterminée grâce au guide d’identification « Les Insectes du Québec » (2014) et le genre Oxyporus, grâce au site Bugguide.net. Nous avons pu accéder à la collection entomologique Ouellet-Robert, de l’Institut de Recherche en Biologie Végétale et ainsi trouver l’espèce en se fiant aux caractères suivants: la taille, le thorax court, le motif des taches noires et les derniers segments abdominaux noirs. Toutefois, c’est la forme du thorax qui a permis de discriminer O. vittatus de O. lateralis.

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    Fig. 2: Photo d’une section de tiroir de la collection entomologique Ouellet-Robert où sont rassemblés des spécimens d’Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Règne: Animalia
    Embranchement: Arthropoda
    Classe: Insecta
    Ordre: Coleoptera
    Sous-ordre: Polyphaga
    Super-famille: Staphylinoidea
    Famille: Staphylinidae
    Sous-famille: Oxyporinae
    Genre: Oxyporus Fabricius 1775
    Espèce: Oxyporus vittatus Gravenhorst 1802

    En Amérique du Nord, il existe deux sous-espèces: O. vittatus vittatus (surtout retrouvé au nord des État-Unis) et O. vittatus bicolor (plus au sud) (Leschen et Allen, 1988). On les retrouve dans le nord-est de l’Amérique du Nord (Campbell 1969).

    Morphologie

    Peu est connu sur l’écologie et la morphologie des Oxyporinés (Leschen et Allen, 1988), mais une brève observation des spécimens de la collection a permis une description générale de ceux-ci. Le corps d’Oxyporus vittatus est luisant et robuste (Evans, 2014) et la coloration de la tête varie d’un spécimen à l’autre (entre le brun-orangé et le noir). Chagnon et Robert (1962) décrivent dans leur clé d’identification des Oxyporinés que O. vittatus est reconnaissable à ses élytres roux, ses taches noires sur la marge latérale et à la suture des élytres noire. Les premiers segments de l’abdomen sont brun-orangé ou noirs, mais l’espèce est caractérisée par les tergites noirs (segments de l’abdomen) à la fin de l’abdomen.

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    Fig. 2: Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, Étienne Normandin
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    Fig. 3: Caractéristiques présentes chez le spécimen ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

     

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    Fig. 4: tête d’Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs


    Une vie étroitement liée aux champignons!

    Les Oxyporus sont mycophages, ils se nourrissent de champignons sur l’ensemble de son cycle vital. À la fois les larves et les adultes peuvent être capturées dans les cavités internes de champignons au corps charnu. Ces champignons font partie de 3 ordres de la classe des Hymenomycetes: Agaricale, Boletale, Polyporale (Hanley et Goodrich, 1995). À l’état adulte, certaines espèces, dont O. vittatus, sont généralistes, c’est-à-dire qu’ils vont se nourrir de plusieurs espèces de champignons et ceci survient principalement lorsque le cycle de vie des hôtes (champignons) est imprévisible. D’ailleurs, O.vittatus  a été observésur 17 genres (93% sur 8 genres) de 8 familles de champignons différents (Hanley et Goodrich, 1995). Les Oxyporus peuvent aussi être spécialisés et ceci survient lorsque l’hôte a un cycle suffisamment long (Hanley et Goodrich, 1995). Cependant, toutes les larves d’Oxyporus sont spécialistes puisqu’elles ne prendront pas le risque de se déplacer d’un champignon à l’autre

    Tout comme leurs hôtes, les Oxyporinés ont un court cycle de vie pouvant durer en moyenne 17 jours (à 22°C) entre l’éclosion et le stade adulte (Leschen et Allen (1988). Comparativement, les autres staphylinidés ont généralement un cycle beaucoup plus long (Hanley et Goodrich, 1995).

    Après l’accouplement des adultes, la femelle va partir à la recherche d’un bon hôte pour sa progéniture. Les oeufs seront déposés dans les lamelles ou dans la partie charnue du champignon. Ceux-ci sont blancs, cylindriques et d’une longueur de 1,5mm. Après l’éclosion, les larves se regroupent et tracent des tunnels à travers le champignon. Après un certain temps, les larves finissent par se nourrir de façon plus individuelle (Leschen et Allen 1988). Les individus s’alimentent en découpant le champignon, puis en utilisant un liquide de digestion pré-oral contenant certaines enzymes (Hanley et Goodrich, 1995). Elles peuvent se nourrir de l’ensemble du champignon (pileus, mycéllium et pied). O. vittatus passe par trois stades larvaires à forme allongée avant d’atteindre sa forme adulte. 

    À la fin du stade larvaire, celle-ci se glisse au dehors du champignon pour faire sa nymphe. Ce nouvel état prendra fin 8 jours plus tard, où l’adulte prendra forme (Hanley et Goodrich, 1995). 

    Un peu plus sur le genre Leccinum

    Comme mentionné précédemment, le spécimen  a été retrouvé sur un champignon du genre Leccinum (voir la photo ci-dessous). Celui-ci se retrouve dans divers types de forêts, et souvent en symbiose avec les arbres (Kuo, 2007). Cette espèce fait partie du groupe des bolets, ce genre est représenté par des espèces au corps charnu et au pied cylindrique. Le dessous du chapeau est parsemé de petits trous donnant sur des tubes (Lang, 2012), dans lesquels O. vittatus peut se retrouver étant donné son mode de vie. 

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    Fig. 6: Champignon du genre Leccinum © Can Stock Photo Inc. / [ibogdan]
    Références

    Chagnon, G. et Robert, A. (1962) Principaux coleopteres de la province de quebec (2e éd.). Montreal, Canada : Les Presses de l’Université de Montréal.

    Dubuc, Y. (2014). Les Insectes du Québec, guide d’identification. Saint-Constant, Canada.

    Klimaszewski, R. A. (2012). Biosystematics and Ecology of Canadian Staphylinidae (Coleoptera) II. Sofia, Bulgaria : ZooKeys.

    Kuo, M. (2007). The MushroomExpert.Com Web site. Repéré à http://www.mushroomexpert.com/leccinum.html

    Lang, A. (2012). Le petit guide Hachette des champignons. Vanves, France : Hachette Pratique.

    Richard A. B. Leschen, & Allen, R. T. (1988). Immature Stages, Life Histories and Feeding Mechanisms of Three Oxyporus spp. (Coleoptera: Staphylinidae: Oxyporinae). The Coleopterists Bulletin, 42(4), 321–333. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/4008460

    Rodney S. Hanley, & Michael A. Goodrich. (1995). Review of Mycophagy, Host Relationships and Behavior in the New World Oxyporinae (Coleoptera: Staphylinidae). The Coleopterists Bulletin, 49(3), 267–280. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/4009146

    Ross, H.A. et Thomas, M.C. (2002) Amerian Beetles: Archostemata, Mysophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia (1st Ed.). Boca Raton, États-Unis : CRC Press.

    Oxyporus vittatus, Staphylinidae, Coleoptera, Leccinum, Université de Montréal, BIO2440, insecte
  • Ancistrocerus antilope (Panzer 1798)

    Par Arca ARGUELLES-CAOUETTE et Soufiane TAHIR

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015, aux alentours du Lac Croche, à la Station de Biologie des Laurentides (SBL), à Saint-Hippolyte, Québec, (N 45°59’37.6”: O 73°59’16.7”)

    Figure 1: Vue de haut, présence d’une pair de tache jaune sur le scutellum
    Figure 1: Vue de haut, présence d’une paire de taches jaunes sur le scutellum

    Classification

    Ordre : Hymenoptera

    Sous-ordre : Apocrita

    Famille : Vespidae

    Sous-Famille : Eumeninae

    Genre : Ancistrocerus

    Espèce : Ancistrocerus antilope (Panzer, 1798)

     

    Ancistrocerus antilope (Panzer, 1798) est une guêpe maçonne solitaire et prédatrice appartenant à la sous-famille des Eumeninae (Borror et White, 1991). Le genre Ancistrocerus regroupe 171 espèces et la famille des Vespidae 1603 espèces [3].

    Cette espèce a été décrite par le physicien et entomologiste allemand Georg Wolfgang Franz Panzer (1755-1829) [11]. Un de ses ouvrages majeurs est le Faunae insectorum germanicae initia (Elements of the German insect fauna) produit en collaboration avec le graveur Jakob Sturm (1755-1829) entre 1796 et 1813 [12]. Plus de 2600 insectes sont présentés en illustrations par Sturm accompagnées de courtes descriptions par Panzer.

    L’identification du spécimen

    L’identification du spécimen a été possible grâce aux clés d’identification de Dubuc (2007) et du genre d’Ancistrocerus [3]. Pour identifier le genre du spécimen, plusieurs caractéristiques ont été repérées au niveau du pronotum, des antennes, de l’oviscapte, du nombre d’articles du trochanter et la nervation des ailes. La comparaison des métasomas des espèces du genre Ancistrocerus a permis de confirmer l’espèce auquel le spécimen appartenait.

    Figure 2: Vue arrière, présence de bandes jaunes sur les tergites, ailes antérieures légèrement teintes
    Figure 2: Vue arrière, présence de bandes jaunes sur les tergites, ailes antérieures légèrement teintes

    Dans la sous-famille Eumeninae, la taille moyenne des espèces est de 10-20 mm, les tibias médians sont munis d’un seul éperon apical et les mandibules sont allongées «en couteaux». Les ailes antérieures chez la femelle sont entre 7 à 10 mm alors que chez le mâle de 8 à 12,5 mm. Les espèces du genre Ancistrocerus possèdent également une tégula proéminente et pointue.

    Figure 3: Vue de côté, présence de tache jaune sur le mésopleuron
    Figure 3: Vue de côté, présence de tache jaune sur le mésopleuron

    A. antilope se caractérise par la présence de taches jaunes, notamment sur le mésopleuron et d’une paire sur le scutellum, et de bandes jaunes sur les tergites 1 à 4 chez les femelles et 1 à 6 chez les mâles. Les ailes antérieures sont légèrement teintes chez les deux sexes. La tache jaune interantennale est parfois divisée en deux chez les mâles et non chez les femelles.

    Figure 4: Vue frontale, présence de tache interantennale
    Figure 4: Vue frontale, présence de tache interantennale

    A. antilope ressemble beaucoup à l’espèce rare Ancistrocerus spinolae. Cependant, cette dernière est composée de moins de taches jaunes. Elles sont entre autres absentes sur le mésopleuron, la tégula et le scutellum  et les tergites 3 à 5 ne présentent aussi pas de bandes jaunes. Les ailes chez les femelles sont beaucoup plus teintes. Enfin, bien que les deux possèdent des propodéums proéminents, la partie postérieure ventrolatérale est luisante et lisse chez A. antilope alors qu’elle est matte et ponctuée.

    La biologie de l’espèce

    Aire de répartition et habitat

    Ancistrocerus antilope est une espèce holarctique. Elle est ainsi retrouvée en Amérique du Nord, partout au Canada et aux États-Unis, en Europe et en Asie (Cooper, 1953).

    A. antilope fabrique son nid dans le bois troué, les tiges d’arbustes et colonisent aussi les nids faits de boue abandonnés par d’autres guêpes [3]. En effet, A. antilope, étant une guêpe maçonne, prépare son nid en construisant des cellules de terre d’environ 7 à 10 mm et les referment avec un opercule de même matière (Cooper, 1953).

    Ces guêpes maçonnes sont abondantes à la fin de l’été et se nourrissent du nectar de fleurs comme Anemone canadensis L., Solidago spp., et Viburnum trilobum (Cowan, 1984).

    Cycle de reproduction

    En été, les femelles se retrouvent souvent autour des fleurs pour y récolter le nectar. Les mâles y sont aussi très présents pour trouver un partenaire et s’accoupler. Ils peuvent rester ensemble pour plus de 80 minutes en copulant plusieurs fois durant cet intervalle de temps avant de se séparer, ce qui n’est pas commun chez les autres Eumeninae (Cowan et Waldbauer, 1984). La femelle pond ensuite ses oeufs et les entrepose dans les cellules de son nid avant d’aller chasser des chenilles appartenant à plusieurs familles différentes qu’elle ramènera pour nourrir les larves. Sa stratégie consiste à les piquer plusieurs fois afin de les paralyser pour ensuite les apporter dans les cellules. De cette manière, elles restent fraîches jusqu’au moment où les œufs éclosent et que les larves puissent s’en nourrir (Cooper, 1953).

    Si les oeufs font partie de la génération estivale, ils vont passer par une étape de diapause. Ainsi, les quatre premiers stades larvaires sont spécialisés pour se nourrir et grossir. Le cinquième stade produit son cocon qui peut être incomplet et devient une pré-pupe pour finalement tomber en diapause. Ce n’est qu’au printemps suivant qu’il y a une mue et qu’il y a formation de la pupe pour ensuite devenir adulte (Cooper et Hanover, 1966). Par contre, s’il s’agit de la génération printanière, la diapause n’aura pas lieu et l’adulte, prêt à s’accoupler, sortira du nid une trentaine de jours après son émergence de l’oeuf (Cooper, 1953). Les adultes émergents pourront fragiliser l’opercule de terre avec leurs pièces buccales grâce à un fluide qui humidifiera la terre en boue leur permettant de sortir des cellules (Cooper, 1953).

    Association avec une espèce d’acarien

    Il a été découvert qu’ A. antilope est étroitement liée avec Kennethiella trisetosa, une espèce d’acarien. Ces derniers, au stade de deutonymphe (stade de développement chez les acariens entre la protonymphe et l’adulte [1]), utilisent la phorésie sur la forme adulte de la guêpe (Cowan, 1984). Les cycles de vie de ces deux organismes ont évolué de façon à être extrêmement liés et K. trisetosa étant très dépendant à son hôte ne semble pas nuisible à l’accomplissement du cycle de vie de ce dernier. En effet, avec la phorésie, la guêpe emporte dans son nid l’acarien dans lequel celui-ci se développera sous sa forme adulte en se nourrissant de la pupe sans causer la mort de la guêpe (Cooper, 1954). À l’éclosion des oeufs, les larves de guêpes femelles tuent les acariens qui se trouvent dans leurs cellules alors que les mâles ne le font pas (Cowan, 1984). Ainsi, les guêpes mâles sortiront du nid avec leur propodéum infesté de K. trisetosa. Par contre, à l’accouplement, environ la moitié des acariens du mâle se transfèreront à la femelle. À partir du propodéum, K. trisetosa parcouriront l’abdomen jusqu’à atteindre les pièces génitales du mâle pour ensuite infester celles de la femelle. Les acariens pourront donc réinfester le nid, dans lequel ils se développeront, lorsque la femelle le construira et y déposera ses oeufs (Cooper, 1954).

    Autres

    Bien qu’A. antilope appartient à une sous-famille d’espèces solitaires, il a été suggéré que cette dernière possède des prédispositions à l’eusocialité étant étroitement liée à une sous-famille d’espèces sociales, les Vespinae. Des études ont comparé la fréquence de reproduction « consanguine » entre A. antilope et deux espèces proches d’elle: Euodynerus foraminatus et Ancestrocerus adiabatus (Chapman et Stewart, 1996). Les résultats ont révélé une présence importante de «consanguinité» entre les progénitures chez la guêpe maçonne. Il a été suggéré que ce type de reproduction serait un caractère retrouvé chez l’espèce ancestrale des Eumeninae et des Vespinae et expliquerait l’évolution vers l’eusocialité (Chapman et Stewart, 1996).

     

    Les références

    1. Blancard, D., 2013. Acariens. (En ligne, page consulté le 28 octobre 2015). Repéré à http://ephytia.inra.fr/fr/C/5091/Tomate-Acariens
    2. Borror, D. J. et White, R. E., 1991. Le guide des insectes du Québec et de l’Amérique du Nord. Canada, Éditions Broquet, 408 p.
    3. Buck, M., Marshall, S. A. et Cheung D. K. B., 2008. Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Nearctic region. Canadian Journal of Arthropod Identification No. 5: 492 pp. (En ligne, page consulté le 1 novembre 2015). Repéré à http://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/04a_antilope.html
    4. Chapman, T. W. et Stewart, S. C., 1996. Extremely high levels of inbreeding in a natural population of the free-living wasp Ancistrocerus antilope (Hymenoptera: Vespidae: Eumeninae). Heredity, 76(1): 65-69.
    5. Cooper, K. W., 1953. Biology of Eumenine Wasps I. The Ecology, Predation, Nesting and Competition of Ancistrocerus antilope (Panzer). Transactions of the American Entomological Society, 79(1): 13-35.
    6. Cooper, K. W., 1954. Biology of Eumenine Wasps II. Venereal Transmission of Mites by Wasps, and Some Evolutionary Problems Arising from the Remarkable Association of Ensliniella trisetosa with the Wasp Ancistrocerus antilope. Transactions of the American Entomological Society, 80 (¾): 119-174.
    7. Cooper, K. W. et Hanover, N. H., 1966. Ruptor Ovi, the Number of Moults in Development, and Method of Exit From Masoned Nests. Biology of Eumenine Wasps. VII. Psyche, 73(4): 238-250.
    8. Cowan, D. P., 1984. Life History and Male Dimorphism in the Mite Kennethiella trisetosa (Acarina: Winterschmidtiidae), and its Symbiotic Relationship with the Wasp Ancistrocerus antilope (Hymenoptera: Eumenidae). Annals of the Entomological Society of America, 77(6): 725-732.
    9. Cowan, D. P. et Waldbauer, G. P., 1984. Seasonal occurrence and mating at flowers by Ancistrocerus antilope (Hymenoptera: Eumenidae). Proceedings of the Entomological Society of Washington, 86: 930-934.
    10. Dubuc, Y., 2007. Les insectes du Québec: Guide d’identification. Malaisie: Éditions Broquet, 456 p.
    11. King’s College of London, 2004. PANZER, Georg Wolfgang Franz (1755-1829) and STURM, Jacob (1771 – 1848). (En ligne, page consulté le 1 novembre 2015). Repéré à http://www.kingscollections.org/catalogues/kclca/collection/p/10pa15-1
    12. Overstreet, L. K., 1998. Jacob Sturm. Smithsonian Libraries. (En ligne, page consulté le 1 novembre 2015). Repéré à http://www.sil.si.edu/DigitalCollections/NHRareBooks/Sturm/sturm-introduction.htm

     

  • Nicrophorus tomentosus (Weber 1801)

    Le Nécrophore à thorax tomenteux; The Gold-necked carrion beetle

    Par Roxanne BRUNELLE et Audrey MARTEL (édité par Étienne Normandin)

     Texte et photographies ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

     

    Figure 1 : Nicrophorus tomentosus
    Figure 1 : Nicrophorus tomentosus

    Classification (Myers et al., 2015)

    Ordre Coleoptera

         Super-famille  Staphylinoidea

              Famille Silphidae

                   Sous-Famille Nicrophorinae

                        Genre Nicrophorus

                             Espèce Nicrophorus tomentosus

     

    Découverte

    Cette espèce a été découverte en 1801 par Friedrich Weber, un entomologiste allemand qui a écrit la première description de plusieurs insectes dans ses ouvrages. Le nom de Necrophorus est un mot latin qui signifie «transporteur de mort», alors que tomentosus signifie «couvert de petits poils». Étant un insecte qui transporte des petits animaux morts et dont le pronotum est recouvert de poils dorés, il porte bien son nom (inaturalist.org). C’est à l’aide de ce dernier critère que nous avons pu identifier notre espèce.

    Anatomie externe

    La famille des Silphidae présente certains caractères communs à toutes (ou presque) ses espèces. Entre autres, ils ont des antennes en onze articles, positionnées en périphérie de la tête de chaque côté. Les espèces sont presque toutes de couleur noire, mis à part quelques espèces de Nicrophorus qui présentent des taches orangées sur les élytres. (Wyss et Cherix, 2006, p.124) Parmi ces espèces, seule N.tomentosus a les pattes et les antennes complètement noires. De taille moyenne, variant entre dix et vingt millimètres, son pronotum est couvert de courts poils dorés qu’il est le seul à posséder. Ses antennes plissées (Figure 2) sont des organes sensoriels principalement olfactifs servant à repérer des carcasses (inaturalist.org).

    Nicrophorus tomentosus passe la journée caché dans le sol et ne sort qu’au crépuscule ou durant la nuit. Bien qu’il soit noir et orange, le dessous des élytres est jaune (Figure 2) et lui permet de faire de l’aposématisme pour éviter la prédation. Lors de ses rares déplacements diurnes, ce coléoptère a la particularité de pouvoir exposer son thorax poilu. En vol, son thorax jaune donne l’impression d’avoir à faire à un bourdon (Heinrich, 2012).contrairement à N. tomentosus, les autres espèces ne possédant pas ce mode de camouflage peuvent rentrer dans un état catatonique (faire le mort) et éviter la prédation (Milne et Milne, 1944).

    Figure 2 : A - Vue ventrale des élytres jaunes. B - Antennes plissées. C - Pronotum couvert de poils dorés.
    Figure 2 : A – Vue ventrale des élytres jaunes. B – Antennes plissées. C – Pronotum couvert de poils dorés.

    Distribution géographique

    Originaires des États-Unis et du Canada, les différentes espèces de Nicrophorus se concentrent dans l’est et le centre des États-Unis, sauf en Floride et dans le sud du Texas où il n’y a aucune espèce de ce genre. On peut également les trouver dans l’est et le centre du sud du Canada. Il s’agit de coléoptères n’aimant pas les températures trop froides ou trop chaudes, c’est pourquoi ils vivent principalement dans les forêts tempérées de l’hémisphère nord. Certaines espèces vivent également dans les prairies et une seule, N. vespilloidae, trouve refuge dans les tourbières. N. tomentosus est une espèce de forêt vivant dans toutes les contrées énumérées ci-haut (Houck, 2012).

    Biologie et comportement

    Étant nécrophage, il arrive qu’une même carcasse soit prisée par plusieurs coléoptères du genre Nicrophorus. Si la charogne est assez grosse, ils peuvent se la partager. Si toutefois, l’animal prisé par les insectes est trop petit, le plus gros chassera les autres afin de garder le butin pour lui et les membres de son espèce. Avant de manger, N. tomentosus asperge la carcasse d’une sécrétion anale ou orale qui joue le rôle d’antifongique et d’antibiotique (inaturalist.org).

    Le cycle de vie de N. tomentosus est complexe. Tout d’abord, le mâle doit trouver une carcasse qu’il détectera à l’aide de ses antennes et de ses palpes. Il sécrètera des phéromones pour attirer une femelle avec qui il copulera. Le couple doit ensuite trouver un bon endroit où enterrer la carcasse. Parfois, l’endroit même où se trouve la dépouille est adéquat, sinon l’un des partenaires se charge de déplacer le cadavre en suivant les indications de l’autre, qui cherche activement un sol adéquat. En général, les poils et les plumes sont retirés, puis l’organisme est enterré. Il s’agit d’un long processus de cinq à huit heures (Milne et Milne, 1944) où les insectes doivent creuser avec leur tête sous le morceau de chair, future nourriture de leur progéniture. Peu à peu, la charogne s’enfonce dans le sol. Une fois assez profond, les coléoptères recouvrent leur travail avec des feuilles et de la litière. Le couple va ensuite se reposer dans une chambre souterraine adjacente au cadavre où la femelle pondra un nombre d’œufs proportionnel à la taille du goûté. Pendant l’incubation, les parents restent dans la chambre où la couvée se trouve pour la maintenir en bon état et font des allers-retours entre cette pièce et celle où se trouve la carcasse afin de la préserver.

    Au bout de quatre jours, les œufs éclosent. La femelle stridulera à l’aide de ses élytres pour attirer les larves dans la chambre où est conservée la carcasse. Le couple va alors régurgiter la viande prédigérée pour nourrir les larves. Quelques jours après, le mâle quitte le nid, laissant les larves aux bons soins de la femelle. Si le mâle ne s’en va pas, la femelle le chasse ou le tue. Celle-ci quittera également les larves quand celles-ci pourront se nourrir directement de la carcasse. Une fois que la nourriture est épuisée, les larves changent de pièce et retournent dans celle où elles étaient sous forme d’œuf et vont entamer la métamorphose, c’est-à-dire la pupe, jusqu’au stade adulte. Après l’éclosion de la pupe, les adultes sortent de la terre et partent à la recherche d’une carcasse à leur tour afin de se reproduire (Figure 3)(Ebert, ND; Meierhofer, Schwarz et Muller, 1999).

     

    Figure 3 : Cycle de vie similaire à celui de Nicrophorus tomentosus (Meyer, 2015)
    Figure 3 : Cycle de vie similaire à celui de Nicrophorus tomentosus (Dakuhippo 2011, CC-BY-SA 3.0 – Meyer 2015)

     

    Références

    Ebert, S. (ND). Nicrophorus reproductive behavior. Retrieved October 20, 2015

    Heinrich, B. (2012). Northeastern Naturalist, Volume 19, Number 2 (2012): 345–352. Retrieved October 20, 2015

    Houck, M. A. (2012). Mites: Ecological and Evolutionary Analyses of Life-History Patterns. Springer Science & Business Media.

    iNaturalist.org · Tomentose Burying Beetle (Nicrophorus tomentosus). (n.d.). Retrieved October 20, 2015

    Meierhofer, I., Schwarz, H. H., & Muller, J. K. (1999). Seasonal variation in parental care, offspring development, and reproductive success in the burying beetle, Nicrophorus vespillo. Ecological Entomology, (24), 73–79.

    Meyer, C. (2015). nécrophores – Dictionnaire des Sciences Animales. Retrieved October 20, 2015

    Milne, L. J., & Milne, M. J. (1944). Notes on the Behavior of Burying Beetles (Nicrophorus spp.). Journal of the New York Entomological Society, 52(4), 311–327.

    Myers, P., Espinosa, R., Parr, C. S., Jones, T., Hammond, G. S., & Dewey, T. A. (2015). ADW: Nicrophorus: CLASSIFICATION. Retrieved October 20, 2015

    Wyss, C., & Cherix, D. (2006). Traité d’entomologie forensique: Les insectes sur la scène de crime. PPUR presses polytechniques.

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