Author: Colin

  • Bittacomorpha clavipes (Fabricius 1781)

    Bittacomorpha clavipes (Fabricius 1781)

    LE FANTÔME DES MARAIS –

    Texte, photographies, illustrations et identification du spécimen par

    Manon FUSELIER & Mathilde GAUDREAU

    fig-0

    Dans la pénombre des marécages de l’est nord-américain, un véritable spectre hante les lieux. Apparenté aux créatures de légendes, son apparition éphémère est un événement auquel seuls les spectateurs les plus attentifs ont la chance d’assister. On le prénomme le fantôme des marais, « phantom crane fly », ou Bittacomorpha clavipes pour les intimes.

    Bittacomorpha clavipes est un insecte holométabole dont le nom commun fait référence à sa coloration blafarde, à sa gracilité et à son vol caractéristique qui lui donnent l’apparence d’un véritable spectre livide. Il débute son existence tel un cadavre, sous la forme d’une larve enterrée sous une couche de sédiments organiques humides. Suivant une nymphose souterraine, c’est au stade adulte que la métamorphose se complète et que l’esprit s’extirpe de son linceul pour entreprendre un vol si discret et léger qu’il semble littéralement flotter dans l’air.

    Contrairement à ce que son nom commun indique, un spécimen de B. clavipes ne passe pas inaperçu dans une collection en raison de son patron de coloration blanche et noire caractéristique et de la difficulté liée à le préserver intact suivant la capture. En effet, ses longues pattes délicates se détachent aisément; le spécimen présenté fut ainsi collé latéralement sur deux pointes entrecroisées (Figure 1) afin de le préserver dans son intégrité.

    CLASSIFICATION

    Ordre: Diptera

      Sous-Ordre: Nematocera

          Super-Famille: Ptychopteroidea

              Famille: Ptychopteridae

                  Sous-Famille: Bittacomorphinae

                      Genre: Bittacomorpha

                            Espèce: Bittacomorpha clavipes (Fabricius, 1781)

    IDENTIFICATION

    Il est plutôt aisé d’identifier précisément un spécimen de B. clavipes car de nombreux caractères clés simples ont été définis à cet effet et puisque seules deux espèces forment le genre. Une clé d’identification simplifiée et illustrée de la famille Ptychopteridae a été publiée par Fassbender (2014) dans le cadre de sa thèse de doctorat (2).

    L’appartenance du spécimen à l’ordre des diptères (Diptera) est facilement établie par l’examen des ailes. Alors que la paire antérieure permet le vol, les ailes postérieures sont modifiées en haltères et servent des fonctions de balancier et de proprioception (Figure 1). L’aspect plutôt mince et allongé de l’insecte dans son ensemble (corps, pattes et antennes) permet de l’associer au sous-ordre des nématocères (Nematocera).

    picture1
    Figure 1. Spécimen adulte de Bittacomorpha clavipes sur pointes, capturé à la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal (Saint-Hippolyte, Qc) . h. haltère

    L’absence d’ocelles et la présence d’un lobe additionnel pré-haltère à la base de l’haltère (Figure 2) est indicateur de la famille Ptychopteridae. Cette structure n’est en effet retrouvée chez aucun autre diptère (3). On remarque également que le 2e segment abdominal est allongé (2).

    figure-2
    Figure 2. Morphologie externe des ailes postérieures de B. clavipes. h. haltère. ph. pré-haltère

    La sous-famille Bittacomorphinae se caractérise par la présence de larges bandes blanches et noires sur les pattes, par l’absence de la première cellule médiane (M1) de l’aile (Figure 3) ainsi que par les antennes comprenant un minimum de 17 flagellomères (2).

    fig3
    Figure 3. Morphologie externe des ailes antérieures de B. clavipes. R. nervure radiale. R1. première cellule radiale. M. nervure médiane

    On distingue le genre Bittacomorpha par le fort gonflement des basitarses des pattes (Figure 4). Les antennes portent moins de 20 flagellomères. Le genre ne comprend que deux espèces ; on distingue B. clavipes de B. occidentalis par la présence d’une bande grisâtre traversant le thorax longitudinalement en entier, se prolongeant après la suture thoracique transverse en «V» (Figure 5) (2).

    fig4
    Figure 4. Anatomie de pattes de B. clavipes. T. tibia. t. tarse. bt. basitarse
    fig5
    Figure 5. Bande médiane traversant longitudinalement le thorax de B. clavipes en entier.

    CYCLE DE VIE

    La femelle B. clavipes dépose ses oeufs dans les sédiments humides de marais, marécages et fossés boueux qu’occuperont également la larve et la nymphe. Comme la respiration se fait toujours à l’air libre pendant cette période, les stades immatures ont développé un long siphon respiratoire, structure spécialisée en forme de tube comprenant une paire de spiracles terminaux et partiellement rétractile chez la larve. La présence de microstructures et de trois paires de pseudopodes abdominaux facilitent les mouvements de celle-ci dans les sédiment épais, notamment lors des mues qui ont lieu en surface pour ses 4 instars (Figure 6)  (1,4).  On remarque également que la tête de la larve est bien sclérifiée et que son corps allongé, originellement plutôt terne, peut prendre des colorations marquées suivant l’exposition aux minéraux présents dans le substrat (4). Son mode d’alimentation est filtreur de microparticules.  B. clavipes passe la majorité de sa vie sous forme larvaire d’autant plus que l’hivernation a lieu lors du dernier instar (4) tandis que le stade nymphal ne dure que quelques semaines.

    picture2
    Figure 6. Cycle de vie du fantôme des marais (Bittacomorpha clavipes). I-IV. Instars, stades larvaire. N. Nymphe. A. Adulte

    Le fantôme des marais adulte est une créature éphémère,  d’une existence si courte et axée sur la reproduction que son alimentation est considérée facultative (4). Les pièces buccales sont réduites mais on peut observer de longs palpes maxillaires ainsi qu’un labre épais qui lui permettent de consommer des solutions sucrées telles du nectar ou du miellat (4). Dans certaines régions plus tempérées, il peut y avoir plusieurs générations de B. clavipes par année (i.e. espèce plurivoltine) (1).

    ÉCOLOGIE

    Le fantôme des marais est majoritairement retrouvé en habitats humides aux substrats riches en sédiments organiques et végétaux en décomposition tels que des marais ou marécages. Ils peuvent aussi se retrouver légèrement submergés sous la mince couche d’eau courante d’un ruisseau peu profond. On considère que son habitat optimal est un marécage au sol saturé et de substrat recouvert par un fin filet d’eau et riche en oxyde de fer (2).

    B. clavipes est l’espèce de Ptychopteridae dominante à travers toute l’Amérique du Nord et est principalement abondante dans l’est. Sa dispersion couvrant jusqu’à la moitié du continent peut s’expliquer par sa capacité à profiter des courants d’air pour traverses des barrières géologiques mineures grâce à son vol léger et flottant (2). Sa répartition à la frontière nord (région de Terre-neuve-et-Labrador) est limitée en raison des étés plus courts et principalement du manque de sédiments nécessaires au développement larvaire. La limite ouest (de l’est de la Colombie Britannique au nord est de l’Utah) est quant à elle plus difficile à déterminer; il n’y a pas encore consensus quant aux facteurs responsables bien que certains avancent à nouveau l’hypothèse du manque de sédiments appropriés (2). Bien que la limite sud du fantôme des marais soit établie comme au niveau du Texas, les données sont plutôt fragmentées et une population a même été répertoriée au Costa Rica, atteignant la zone néotropicale (2).

    Références

    1. BOWLES, D.E. (1998). Life history of Bittacomorpha clavipes (Fabricius)(Diptera: Ptychopteridae) in an Ozark spring, USA. Aquatic Insects, 20(1), 29-34. http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/aqin.20.1.29.4486
    2. FASBENDER, A. (2014). Phylogeny and diversity of the phantom crane flies (Diptera: Ptychopteridae). Graduate Theses and Dissertations. Iowa State University, Paper 14133. http://lib.dr.iastate.edu/etd/14133/
    3. LUKASHEVICH, E.D. (2008). Ptychopteridae (Insecta: Diptera): History of its study and limits of the family. Paleontological Journal, 42(1), 66-74. http://link.springer.com/article/10.1007/s11492-008-1011-1
    4. ZWICK, P. (2004). Insecta: Diptera, Ptychopteridae. In Freshwater Invertebrates of the Malaysian Region (pp. 621-625). Aura Productions. https://www.researchgate.net/profile/Catherine_Yule/publication/233727128_44_Diptera_Ptychopteridae/links/09e4150acd05907295000000.pdf
  • Phyciodes cocyta (Cramer 1777)

    Phyciodes cocyta (Cramer 1777)

    Le croissant nordique

    Par Jonathan CHARRON et Frédérique ELÉMENT

     

    Classification

    Ordre : Lepidoptera

    Famille : Nymphalidae

    Sous-famille : Nymphalinae

    Genre : Phyciodes

    Espèce : Phyciodes cocyta (Cramer 1777)

    Nom vernaculaire : Croissant nordique

    Jonathan Charron a pris cette photo.
    Figure 1. Lieu de capture du spécimen : bétulaie blanche à peupliers, près du Lac Croche, à la Station de Biologie des Laurentides. Présence de nombreux asters.

    Le spécimen a été capturé le 1er septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides (SBL) de Saint-Hyppolyte grâce à un filet à insectes (voir Figure 1). Puisqu’il a une trompe et des écailles sur les ailes, il s’agit d’un papillon, qui fait partie de l’ordre des lépidoptères. Il existe une terminologie propre à leur anatomie qui sert à l’identification.

    unspecified
    Figure 2. Régions des ailes délimitées approximativement sur le spécimen à l’étude

    Les ailes des papillons peuvent être divisées en plusieurs parties. Les ailes antérieures sont dites primaires et celles plus près de l’abdomen sont dites secondaires. La section la plus extérieure de l’aile (1 sur la Figure 2) est dite marginale, car elle est située près de la marge. La région 2, nommée submarginale, est plus proximale . La 3, dite post-médiane, médiane ou centrale, se trouve entre la fin de la zone 3 et la zone très foncée à la base de l’aile. Il faut aussi souligner que l’extrémité supérieure des ailes primaires est définie comme l’apex (Handfield, 1999 ; Prévost et Veilleux, 1976).


    Morphologie et identification

    L’identification d’un papillon est plutôt facile à faire en comparaison avec d’autres ordres taxonomiques ayant des différences beaucoup moins évidentes.

    Les papillons de la famille des Nymphalidae sont faciles à reconnaître par leurs pattes antérieures trop courtes pour servir à la marche (voir Figure 3). Ces appendices sont toutefois utiles comme organes sensoriels (Le Tirant et Leboeuf, 2012 ; Prévost et Veilleux, 1976). Ils ne marchent donc qu’avec quatre de leurs pattes. Ils ont également une teinte orangée, comme le fameux Monarque (Danaus plexippus), un vol rapide et habile, des chenilles ainsi que des chrysalides épineuses.

    14937077_620944694744778_1265959284_n
    Figure 3. Les pattes atrophiées du spécimen de la famille des Nymphalidae capturé à la SBL

    Les papillons du genre Phyciodes, sont caractérisés par une tache sur leurs ailes rappelant un croissant de lune, ce qui explique le nom vernaculaire de « croissant ». Ils volent généralement par intermittence, alternant entre une période de battements suivie d’une période où ils planent près du sol. Ce vol particulier permet de distinguer les espèces de ce genre de celles des autres papillons aux teintes orangées.

    Les ailes des lépidoptères sont recouvertes d’écailles composant des motifs très diversifiés grâce à une gamme de millier de teintes possibles (Prévost et Veilleux, 1976). C’est donc à l’aide des planches en couleur du Guide d’identification des papillons du Québec de Handfield (2011) qu’il a été possible de réduire nos recherches à trois espèces du genre Phyciodes ; P. tharos (ou croissant perlé), P. cocyta (ou croissant nordique) et P. batessi (ou croissant fauve).

    cotemassue
    Figure 4. Massue orange du spécimen qui ont été perdues durant la conservation

    Pour départager les trois espèces, dont les ailes sont parfois variables selon le sexe du papillon et le moment de sa naissance durant la saison, il a fallu regarder la couleur des massues, qui est la boule au bout des antennes typique des papillons de jour. Le spécimen n’est pas un croissant perlé (P. tharos), car ses massues sont partiellement orange (voir Figure 4) alors que celles des croissants perlés ne le sont pas du tout. Aussi, P. tharos n’est présent au Québec qu’en Ouataouais, alors que la capture à eu lieu dans les Laurentides. Il ne s’agit pas non plus du croissant fauve (P. batesii) à cause des massues orangées du spécimen et du dessous des ailes qui est quasi uniformément jaune chez ce dernier, tandis que celui du spécimen est orange ou brunâtre à certains endroits. De plus, les ailes primaires se distinguent des ailes secondaires, plus pâles (voir Figure 3). La partie la plus foncée est de couleur chamois ou rouille et se situe dans le bas des ailes secondaires, plus précisément dans la région submarginale (région 2 de la Figure 2), où se trouve la tache en croissant de lune. Le spécimen capturé est donc un P. cocyta. Il est intéressant de noter que le P. batesii est beaucoup plus rare au Québec que le P. cocyta. (Handfield 1999-2011 ; Le Tirant et Leboeuf, 2012).

    Il s’agit d’une femelle, car ses ailes primaires comportent davantage d’écailles noires que celles des mâles. Par ailleurs, les ailes secondaires sont pourvues d’une ligne noire post-médiane presque continue (voir région 3 Figure 2). Cette même zone est orange chez les mâles. Chez P. batesii, la région post-médiane est à l’image de celle des P. cocyta femelles. Cette ressemblance explique que les femelles de P. cocyta soient parfois méprises pour des P. batesii dans les collections, ce qui donne l’impression que le P.batesii est plus commun qu’il ne l’est réellement (Handfield 1999 ; Le Tirant et Leboeuf, 2012).

    Cependant, les trois espèces de Phyciodes se ressemblent énormément et tendent toutes à varier. Ce n’est que très récemment que P. cocyta et P. tharos on été divisées en deux espèces distinctes, à cause de leurs ressemblances. Même le genre du spécimen en question pourrait être remis en question, car les femelles du croissant nordique ont généralement les massues noires et sont encore plus sujettes à confusion avec leurs cousins du même genre. De plus, les espèces communes comme P. cocyta sont rarement capturées en fin de saison. (Hanfield, 1999).


    Biologie et comportement des Phyciodes

    Photo prise par Jonathan Charon
    Figure 5. Plante du genre aster en floraison. Photo prise à la SBL

    Comme il a été question plus tôt, Phyciodes montrent un vol particulier : ils alternent entre le battement des ailes et le planage. Cela permet de les différencier facilement des autres papillons orange.  Ils apprécient particulièrement le nectar des asters, sur lesquels grandissent et se nourrissent aussi les larves (Handfield, 2011). Les mâles passent la journée à voler autour des plantes hôtes à la recherche de femelles avec qui s’accoupler. Ils sont plutôt territoriaux et n’hésitent pas à se montrer agressifs pour se défendre. Les femelles pondent leurs oeufs en paquets sur la face inférieure des feuilles des asters. Le nombre d’oeufs peut varier selon les espèces : il est d’environ 40 chez Phyciodes cocyta. Elles passent beaucoup de temps à sélectionner la plante qui est en meilleure santé afin de donner plus de chances de survie à leurs progéniture. Les chenilles hibernent à leur troisième stade larvaire (Scott, 2007).  Les croissants nordiques ont deux générations au cours de l’année : la première apparaît au début et de l’été et la deuxième à l’automne (Prévost et Veilleux, 1976).

    Comme tous les lépidoptères, les Phyciodes sont des insectes holométaboles. Leur cycle de vie comprend donc plusieurs stades larvaires suivis du stade nymphal, constitué de la chrysalide (Anderson, 1972). La chenille de Phyciodes cocyta est de couleur sombre et se tient en groupe sur les feuilles d’asters, sur lesquelles elle se nourrit. C’est également sur ces plantes qu’elle forme sa chrysalide qui lui permet de faire sa nymphose (Scott, 2007).


    Habitat et distribution

    Le croissant nordique, comme son nom l’indique, a une distribution plus nordique que la plupart des autres espèces de Phyciodes. On le retrouve dans le sud du Québec, mais il se rend jusqu’à la Baie James. Il occupe des habitats variés, comme les champs, les forêts et le bord des ruisseaux, appréciant les endroits ouverts, où il a souvent beaucoup de fleurs (Handfield, 2011).

    L’analyse de l’ADN mitochondrial des différentes espèces de Phyciodes a permis de modéliser une distribution fiable de celles-ci, qui sont parfois confondues en raison de leur grande ressemblance. Les études ont révélé qu’on retrouve le croissant nordique dans le nord des États-Unis et dans la plupart des provinces du Canada. C’est une des seules espèces de Phyciodes que l’on retrouve dans l’est du Canada avec Phyciodes batesii, mais Phydiodes cocyta est trouvé davantage au nord (Wahlberg et al., 2003). Cependant, à Chibougameau, il y a une population qui montre un intérêt particulier, car elle est constituée de ces deux espèces (Handfield, 2011).


    Les services que rendent les papillons aux Hommes

    Les lépidoptères sont nombreux et sont faciles à capturer et à analyser. Ils sont donc utiles pour mener des études sur l’écologie et l’évolution (Boggs et al., 2003). Par ailleurs, il s’agit de pollinisateurs très efficaces. Les papillons sont souvent spécialisés dans la récolte du pollen d’un type de fleur en particulier (Faegri & Van Der Pijl, 2013). Ils visitent plusieurs fleurs, étant ainsi essentiels à la reproduction de nombreuses espèces de plantes. Comme nous l’avons vu, Phyciodes cocyta apprécie particulièrement les asters.

    Les insectes, en entrent en contact avec l’étamine, le stigmate mâle d’une fleur, récoltent leur pollen qu’ils déposent sur une autre fleur (Kremet et al., 2004) . Le pollen demeure accroché accroché aux écailles des ailes des papillons (Cruden & Hermann-Parker) La pollinisation est extrêmement importante pour les être humains, car elle permet aux plantes de nos champs de se reproduire, nous permettant ainsi de nous nourrir (Zhang et al., 2007). Si les pollinisateurs disparaissent, la reproduction des plantes se verrait nettement diminuée, et certaines espèces pourraient même disparaître complètement, puisqu’elles ne possèdent souvent qu’un seul pollinisateur (Campbell & Reece, 2002).


    Bibliographie

    Anderson, D. T. (1972). Development of holometabolous insects. Counce, SJ, ed. Developmental Systems: Insects.

    Boggs, C. L., Watt, W. B., & Ehrlich, P. R. (2003). Butterflies: ecology and evolution taking flight. University of Chicago Press.

    Campbell, N. A., & REECE, J. B. (2012). Biologie, 4e édit. De Boeck Université, Bruxelles.

    Cruden, R. W., & Hermann-Parker, S. M. (1979). Butterfly pollination of Caesalpinia pulcherrima, with observations on a psychophilous syndrome. The Journal of Ecology, 155-168.

    Faegri, K., & Van Der Pijl, L. (2013). Principles of pollination ecology. Elsevier.

    Handfield, L. (1999). Le guide des papillons du Québec (édition abrégée, vol. 1). Boucherville, Québec : Broquet.

    Handfield, L. (2011). Le guide des papillons du Québec (édition revérifiée et corrigée). Saint-Constant, Québec : Broquet.

    Kremen, C., Williams, N. M., Bugg, R. L., Fay, J. P., & Thorp, R. W. (2004). The area requirements of an ecosystem service: crop pollination by native bee communities in California. Ecology letters, 7(11), 1109-1119.

    Leboeuf, M. et Le Tirant, S. (2012). Papillons et chenilles du Québec et des maritimes (1ère éd.).

    Waterloo, Québec : Éditions Michel Quintin.

    Prevost B. et Veilleux, C. (1976). Les papillons du Québec (1ère édition). Montréal, Québec : Les Éditions de l’Homme.

    Scott, J. A. (2007). Biology and systematics of Phyciodes (Phyciodes). Papilio. New Series; no.7.

    Wahlberg, N., Oliveira, R., & Scott, J. A. (2003). Phylogenetic relationships of Phyciodes butterfly species (Lepidoptera: Nymphalidae): complex mtDNA variation and species delimitations. Systematic Entomology, 28(2), 257-274.

    Zhang, W., Ricketts, T. H., Kremen, C., Carney, K., & Swinton, S. M. (2007). Ecosystem services and dis-services to agriculture. Ecological economics, 64(2), 253-260.


     

  • Chauliognathus pennsylvanicus (DeGeer 1774)

    Chauliognathus pennsylvanicus (DeGeer 1774)

    Par Laurent Gagné et Jérémie Lachance

    insecte1
    Nos deux spécimens ont été capturés, par filet à insectes, en même temps à la station biologique des Laurentides sur le sentier menant au Lac Corriveau, et ce, sur des plantes à fleurs le 1er Septembre 2016

    Classification

    Ordre : Coleoptera

    Superfamille : Elateroidea

    Famille : Cantharidae

    Sous-famille : Chauliognathinae

    Tribu : Chauliognathini

    Genre : Chauliognathus

    Espèce : Chauliognathus pennsylvanicus


    Taxonomie:
    Chauliognathus pennsylvanicus, décrit par DeGeer en 1774, est  un insecte de l’ordre des coléoptère qui fait partie de la famille des Cantharidae ou «soldier beetles», c’est-à-dire scarabés soldats. L’ordre des coléoptères est extrêmement diversifié et compte plus de 350 000 espèces identifiées. Premièrement, le groupe des coléoptères possède une apomorphie, c’est-à-dire une caractéristique unique à cet ordre qui les définit et les unit en un groupe. Cette caractéristique est l’épaississement des ailes antérieures pour former les élytres (une sorte de carapace protégeant les ailes). De plus, une caractéristique intéressante de la famille des scarabés soldats est que leurs élytres sont beaucoup plus molles et flexibles que celles de la majorité des coléoptères (Pelletier, G., & Hébert, C., 2014). Morphologiquement, Chauliognathus pennsylvanicus  ressemble à son proche cousin la luciole, mais n’émet pas de bioluminescence (Mahr, S., 2009).

    firefly-vs-chauliognathys

    Photo de luciole d’un usager de Flickr: Jesse Christopherson avec une license de CC BY-ND-NC 1.0

    Identification:

    Ce coléoptère est relativement simple à identifier si on s’y attarde un peu. En effet, il est très distinctif puisqu’il n’y a pas beaucoup d’autres «scarabés soldats» qui lui sont similaires. À sa taille adulte, sa longueur varie de 9 à 11 mm (Coin, P., 2004) et il possède de très longues antennes de 10 segments. Sa coloration est, par contre, l’élément clef qui permet de l’identifier sans faute. Son pronotum et ses élytres sont de couleur orange avec des taches noires de grosseurs variables sur l’extrémité. Donc, il nous a été possible d’identifier nos spécimens simplement à l’aide d’une clef d’identification d’espèces ainsi qu’en les comparant ensuite avec des photos de la littérature.

    antennes


    Distribution géographique et habitat:

    Chauliognathus pennsylvanicus est très répandu à travers l’Amérique du nord et est une des espèces les plus communes de la famille Cantharidae dans cette région. En effet, on peut retrouver ce coléoptère à travers le territoire couvert entre la Floride et le Québec (Pennsylvania Leatherwing Beetle Bug Information, 2014). On retrouve ce coléoptère dans les champs, sur les bords de route ou dans les jardins et les bosquets et plus particulièrement sur des plantes à fleurs (angiospermes). Effectivement, tout endroit ouvert où se trouvent des plantes à fleurs risque fortement d’héberger cette espèce.

    Cycle de vie:

    Ce coléoptère est beaucoup plus actif de jour. À l’automne l’adulte pond ses oeufs sous une petite couche de terre ou dans les feuilles mortes et les oeufs resteront ainsi tout l’hiver. Au printemps, les oeufs éclosent et les larves se nourrissent d’autres petits insectes ainsi que d’oeufs lors de leur croissance. Celles-ci restent principalement au sol pour se nourrir jusqu’au stade adulte. Le stade adulte est atteint durant les mois d’août et septembre, la majorité de la population de cet insecte est donc active durant ces mois. Ils grimperont sur les plantes pour s’alimenter d’insectes comme les pucerons, mais aussi de nectar, de pollen et principalement de la fleur solidage, aussi connue sous le nom de verge d’or. Comme mécanisme de défense, l’adulte est capable de sécréter un produit chimique nauséabond comme moyen de protection face aux prédateurs (Newton, B., 2006)

    Importance écologique:

    La diète de ce coléoptère, comprenant en majorité des pucerons qui se retrouvent sur des fleurs, apporte un impact positif à plus grande échelle sur son milieu (Pennsylvania Leatherwing Beetle Bug Information, 2014). En effet, les pucerons sont le fléau de tout jardinier et Chauliognathus pennsylvanicus est un atout majeur pour le contrôle de ces pestes, car sa présence sur les fleurs permet une alternative de lutte biologique contre celles-ci. De plus, puisqu’il passe la majorité de son temps à se déplacer de fleur en fleur, cela fait de lui un très bon pollinisateur secondaire. Tout ceci fait de ce coléoptère une espèce qui permet à la fois aux jardiniers de combattre les pucerons (très dangereux pour la santé des plantes) ET de polliniser les fleurs par ses déplacements sur celles-ci!


    Bibliographie

    Coin, P. (2004, February 16). Species Chauliognathus pensylvanicus – Goldenrod Soldier Beetle. Retrieved November 02, 2016, from http://bugguide.net/node/view/438

    Newton, B. (2006, July 5). Soldier Beetles of Kentucky – University of Kentucky Entomology. Retrieved November 02, 2016, from http://www.uky.edu/Ag/CritterFiles/casefile/insects/beetles/soldier/soldier.htm

    Pelletier, G., & Hébert, C. (2014, February 28). Cantharidae of Eastern Canada. Retrieved November 02, 2016, from http://cjai.biologicalsurvey.ca/ph_25/ph_25.html

    Mahr, S. (2009, August 17). Goldenrod Soldier Beetle, Chauliognathus pennsylvanicus. Retrieved November 02, 2016, from http://wimastergardener.org/article/goldenrod-soldier-beetle/

    Pennsylvania Leatherwing Beetle Bug Information. (2014, March 3). Retrieved November 02, 2016, from http://www.insectidentification.org/insect-description.asp?identification=Pennsylvania-Leatherwing-Beetle

     

  • Aphrophora quadrinotata (Say 1830)

    Aphrophora quadrinotata (Say 1830)

    par Marilou DANIS et Laura KIENZLE

    unspecified1
    Aphrophora quadrinotata mâle et femelle attrapés ensemble à la Station de Biologie des Laurentides le 1er septembre 2016 sur une feuille de Populus tremuloides près du stationnement

    Classification  

    Classe: Insecta

    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Auchenorrhyncha

    Super-famille: Cercopoidea

    Famille: Cercopidae

    Genre: Aphrophora

    Espèce: Aphrophora quadrinotata (Say, 1830)

     

    Identification du spécimen

    Afin d’identifier notre spécimen, il a d’abord fallu trouver l’ordre auquel il appartenait. Ce sont principalement le labium en forme de rostre et les pièces buccales en stylet qui nous ont permis de conclure que le spécimen attrapé faisait partie de l’ordre des Hemiptera. La famille des Cercopidae a ensuite pu être déterminée en observant les pattes métathoraciques portant des aiguillons, qui sont des appendices servant à la défense. Les pattes métathoraciques sont également plus longues que celles des deux autres paires de pattes (Hamilton, 1982). Par la suite, le spécimen a pu être identifié jusqu’au genre Aphrophora en observant les caractéristiques morphologiques telle que le patron de couleur.

    L’identification de l’espèce a pu se faire en comparant la couleur et la morphologie du spécimen aux 6 espèces du genre Aphrophora que l’on retrouve au Québec. Pour nous aider, nous avons observé des spécimens présents dans la collection entomologique Ouellet-Robert de l’Université de Montréal. Il fut à ce moment difficile de déterminer si notre spécimen faisait partie de A. alni ou bien de A. quadrinotata. Des critères comme la tête plus longue au milieu qu’au niveau des yeux, le patron de coloration des ailes présentant deux bandes blanches de chaque côté de l’insecte, la taille des spécimens et les ailes antérieures plus larges au centre plutôt qu’à l’avant, ont permis de différencier les deux espèces et de conclure que notre spécimen était bien Aphrophora quadrinotata.

     

      screen-shot-2016-10-31-at-1-09-18-pm

    screen-shot-2016-10-31-at-1-01-32-pm

    Distribution géographique et habitat

    La famille des Cercopidae compte environ 1 500 espèces décrites à travers le monde dont seulement 36 sont trouvées au Canada et 18 au Québec (Hémiptères du Québec, 2008). Il existe un total de 6 espèces du genre Aphrophora au Québec dont A. alni qui est une espèce introduite d’Europe (Hémiptères du Québec, 2008). On retrouve Aphrophora quadrinotata dans l’est des États-Unis et le sud-est du Canada (Hamilton, 1982). 

    Les larves de A. quadrinotata sont retrouvées sur une grande diversité d’herbacées. Les adultes, pour leur part, sont retrouvés sur l’aulne rugueux, le chêne, les herbacées à larges feuilles, le noisetier à long bec, le ronce hispide et le peuplier (Hemiptères du Québec, 2008). C’est justement sur une feuille de peuplier faux-tremble que nous avons capturé nos spécimens adultes.

    Biologie et comportement

    Dans la famille des Cercopidae, la larve se développe entourée d’un amas mousseux aussi appelé « crachat du coucou » que l’on retrouve principalement à l’intersection de la tige et de la feuille. Cette substance est sécrétée par l’anus de la larve et est mélangée avec des sécrétions des glandes hypodermiques au niveau de l’abdomen (Guilbeau, 1908). Puis, des bulles d’air sont produites suite à des contractions abdominales par le canal aérifère de la larve (Hémiptères du Québec, 2008). Cet amas mousseux pourrait permettre aux larves d’éviter la dessiccation et de se protéger des prédateurs (Alford, 2002). Cependant, cela peut également représenter un désavantage puisque certains insectes parasites, comme certains Encyrtidae, ont développé une capacité à repérer ces amas mousseux dans la végétation (Hamilton, 1982). Une fois l’amas repéré, ils pondent leurs œufs sur la larve qui s’y cache (Boucher, 2008).

    spittlebug4383
    Amas mousseux produit par la larve. Auteur:  Pollinator,  fichier, License: CC BY-SA 3.0. Source.

    Les larves et adultes sont phytophages. Ils se nourrissent de la sève brute des plantes à l’aide de leurs pièces buccales en forme de stylet qui permettent de percer les tissus végétaux et de sucer le liquide interne. Le fait de piquer pour se nourrir et pour pondre les œufs cause certains dommages aux végétaux. Ces lésions dans le tissu végétal peuvent, par exemple, permettre l’infiltration de phytopathogènes à l’intérieur de la plante (Hamilton, 1982).

    Pour ce qui est des déplacements, il semblerait que les larves, malgré leur protection dans l’amas mousseux, n’hésitent pas à quitter celui-ci lorsqu’elles considèrent que les ressources en nourritures sont insuffisantes. Également, on peut retrouver plusieurs larves regroupées au sein d’un même amas mousseux. Les adultes, pour leur part, sont plutôt stationnaires. Leur coloration permet un excellent camouflage et au besoin, leurs longues pattes métathoraciques leur permettent de sauter pour se sauver lorsque dérangés (Hemiptères du Québec, 2008). Lors de la capture, les spécimens ont été placés dans un sac de plastique dans lequel nous avons pu observer leur puissance de saut. De plus, pour ce qui est du contrôle naturel de ces insectes, il semblerait que les adultes du genre Aphrophora soient parfois contaminés par le champignon Entomophthora aphrophora (Hamilton, 1982).

     

    Cycle de vie

    Chez Aphrophora quadrinotata, la période d’accouplement a lieu à la mi-août et s’intensifie en septembre. En automne, la ponte des œufs par la femelle aura lieu. Elles pondent près de 35 œufs en moyenne. Ces œufs sont insérés dans les tissus de la plante à l’aide de l’ovipositeur de la femelle. (Hémiptères du Québec, 2008). Puis, c’est à la fin du printemps, plus précisément au début du mois de mai, que les œufs vont éclore. Les larves qui en sortent passeront par 5 stades larvaires différents avant de passer au stade adulte. Les stades larvaires se déroulent dans l’amas mousseux produit par la larve et durent environ 2 mois (du début mai à fin juin).

    Étant hémimétaboles, les larves subissent une métamorphose vers le stade adulte une fois leur cinquième stade larvaire atteint. Celle-ci se déroule au début du mois de juillet, en dehors de l’écume. Une fois la métamorphose terminée, l’adulte a une durée de vie de 20 à 30 jours en moyenne (Matsumoto, 1988). Il se reproduit vers la fin de l’été, puis le cycle recommence. Ces informations correspondent bien aux observations faites le 1er septembre à la Station de Biologie des Laurentides. En effet, les spécimens capturés étaient en train de se reproduire sur la face inférieure d’une feuille de peuplier.    

     

    Bibliographie

    Alford, D. V. (2002) Ravageurs des végétaux d’ornement: arbres, arbustes, fleurs. Institut national de la recherche agronomique. p.26-27

    Boucher, S. (2008) Les insectes de nos jardins. Repéré à http://www.insectesjardins.com/Cercopidae.htm

    Guilbeau, B. H. (1908) The Origin and Formation of the Froth in Spittle-Insects. The American Naturalist. 42: 783-798

    Hamilton, K. G. A. (1982) The Insects and Arachnids of Canada : Part 10. p.46-47

    Hémiptères du Québec (2008) Les cercopes. Repéré à http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/cercopes/index.htm

    Matsumoto, K. (1988) Seasonal Patterns in the Adult Population of Pine Spittlebug, Aphrophora flavipes (Homoptera: Cercopidae) with Special Attention to the Dispersal during the Reproductive Period. Applied Entomology and Zoology. 23: 22-34

  • Ceruchus piceus (Weber 1801)

    Ceruchus piceus (Weber 1801)

    Par Khalil ABAS et Margaux DUBÉ

    Texte et photographies ©2016 CC BY-SA 4.0, les auteurs


    L’espèce Ceruchus piceus (Figure 1) a été décrite pour la première fois en 1801, par l’entomologiste allemand Friedrich Weber (1781-1823), dans son deuxième ouvrage intitulé “Observationes entomologicae“.

    Figure 1 : Imago femelle de Ceruchus piceus dans une souche de bois en décomposition.
    Figure 1 : Imago femelle de Ceruchus piceus dans une souche de bois en décomposition (Photo prise par Khalil Abas à la SBL le 1er septembre 2016).

    Le spécimen a été collecté à la main dans une souche de bois en décomposition (Figure 2) à proximité du sentier en direction du lac Geai au site 3 : 45.992°N,74.001°W le 1er septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides (SBL) (Figure 3). Ce territoire faisant parti du domaine climacique de l’érablière à bouleaux jaunes est caractérisé par des forêts mixtes. Plus particulièrement, le lieu de collecte se situe dans une communauté perturbée dominée par le bouleau blanc et le peuplier à grandes dents (Savage, 2001).

    Figure 2 : C. piceus au sein de sa chambre après sa mue imaginale (Photo prise par Khalil Abas à la SBL le 1er septembre 2016).
    Figure 2 : C. piceus au sein de sa chambre après sa mue imaginale (Photo prise par Khalil Abas à la SBL le 1er septembre 2016).
    Figure 3 : Localisation de la collecte à la SBL.
    Figure 3 : Localisation de la collecte à la SBL (Imagerie © Cnes/Spot Image, DigitalGlobe, Landsat. Édité par Khalil Abas).

    Classification

    Embranchement :              Arthropoda
    Sous-Embranchement :    Hexapoda
    Classe :                                  Insecta
    Ordre :                                   Coleoptera
    Super-Famille :                    Scarabaeoidea
    Famille :                                Lucanidae
    Sous-Famille :                      Syndesinae
    Genre :                                  Ceruchus
    Espèce :                                Ceruchus piceus

    Identification

    Afin de pouvoir identifier le spécimen de manière précise, il a été nécessaire d’utiliser différentes clés d’identification (Hardy, 2014; VanDyk, 2015). Le processus a été relativement facile puisque le spécimen comporte des caractères spécifiques faciles à observer et il y a peu d’autres espèces du même genre en Amérique du Nord.

    Tout d’abord, en observant sa morphologie générale, on remarque immédiatement ses élytres, caractère apomorphique de l’ordre des Coleoptera (Figure 4 – 1). Ce sont les ailes antérieures qui ont été modifiées pour protéger les ailes postérieures et l’abdomen. En général, on remarque également un grand prothorax et des pièces buccales broyeuses, des caractères plésiomorphiques pour cet ordre.

    Figure 4 : Vue dorsale et ventrale de C. piceus (Photo prise par Khalil Abas)

    Le spécimen appartient à la super-famille des Scarabaeoidea. En effet, son prothorax élargi est modifié pour faciliter le fouissage avec des coxas larges et on peut aussi voir que ses pro-tibia sont dentés, caractéristique des pattes fouisseuses (Figure 4 – 2,3,4). De plus, les antennes sont lamelliformes, bien que peu visibles dans notre cas. La super-famille Scarabaeoidea correspond à un ensemble diversifié et cosmopolite d’insectes (on en retrouve même en Arctique) avec plus de 30 000 espèces connues. Elle comprend les coléoptères les plus familiers puisqu’ils sont de large taille, de couleurs souvent vives et qu’ils peuvent avoir une certaine importance culturelle.  Par exemple, ils avaient une place importante dans la mythologie égyptienne (Arnett et al., 2002).

    Cette super-famille est divisée en douze familles, dont onze se retrouvent en Amérique du Nord. L’élément clé qui a permis de déterminer que le spécimen appartient à la famille Lucanidae est la morphologie des antennes. Celles-ci ont la particularité d’avoir des lamelles immobiles, écartées les unes des autres et très peu aplaties (Arnett, R. H. et JR., 1968) (Figure 5 – 5), alors que les autres familles ont des antennes avec des lamelles plus aplaties, collées les unes sur les autres, et qui peuvent s’ouvrir en éventail. Les Lucanidés partagent ce caractère avec deux autres familles : Passalidae et Diphyllostomatidae, sauf que certains autres caractères permettent de les distinguer facilement. Passalidae a une strie centrale sur le prothorax, des élytres profondément striés et une corne dorso-médiane. Diphyllostomatidae est relativement poilu et se retrouve seulement sur la côte ouest  (Scholtz, 1990).

    Figure 5 : Vue latérale de la tête de C.piceus.
    Figure 5 : Vue latérale de la tête de C.piceus (Photo prise par Khalil Abas).

    Normalement, les Lucanidés sont aussi caractérisés par leurs antennes géniculées. Cependant, une de ses sous-familles, les Syndesinae, à laquelle le spécimen appartient, est une exception où les antennes sont non géniculées (Figure 6 – 6) (Arnett et al., 2002).

    Figure 6 : Vue frontale de C. piceus.
    Figure 6 : Vue frontale de C. piceus (Photo prise par Khalil Abas).

    Cette sous-famille compte deux genres : Ceruchus et Sinodendron. Le genre Sinodendron est caractérisé par une corne céphalique chez le mâle et un tubercule médian chez la femelle. De plus, on le retrouve seulement sur la côte ouest de l’Amérique du nord. Le genre Ceruchus, quant à lui, n’a ni corne ni tubercule et il compte sept espèces, dont trois en Amérique du Nord. On en retrouve deux à l’Ouest du continent et une à l’Est (Ratcliffe, 1991). C’est ainsi que l’on peut déduire que le spécimen est Ceruchus piceus, le seul Syndesinae connu au Québec.

    Il a été facile de déterminer que le spécimen est une femelle puisque comme pour tous les Lucanidés, Ceruchus piceus a un dimorphisme sexuel marqué, principalement au niveau des mandibules.  La femelle a de petites mandibules (Figure 6 – 7), son pronotum est plus arrondi que celui du mâle (qui est rectangulaire) et les stries sur ses élytres sont fortement ponctuées. Le mâle, quant à lui, a de grandes mandibules allométriques, c’est-à-dire proportionnelles à la taille de son pronotum, et ayant chacune deux dents sur la marge interne. C’est d’ailleurs de là que les Lucanidés tirent leur nom commun en anglais : « Stag beetle », qui réfère aux bois de cerf.  Ces mandibules sont utiles pour le combat contre les autres mâles durant la période de reproduction. De plus, la tête du mâle a des crêtes sur les côtés et une large dépression au centre, ce qui est absent chez la femelle (Ratcliff, 1991)

    Description

    Ceruchus piceus est un petit Lucanidé de 10 à 14 millimètres de long (sans les mandibules). La coloration des adultes va du noir au brun rouge foncé (Hardy, 2014). Chacun des deux élytres possède cinq stries avec des intervalles ponctués. Il vit dans les arbres étant à leur deuxième ou troisième stade de décomposition (Daggy, 1946).  On le retrouve sur plusieurs essences d’arbres : le bouleau, le pin, l’aulne, le cerisier tardif (Hoffman, 1937) et le chêne (Blatchley, 1910). Il occupe la partie est de la région Néarctique, soit du nord-est des États-Unis vers l’Ontario et le Québec au Canada, jusqu’au sud des États-Unis. Sa limite à l’ouest étant le Nebraska (Ratcliff, 1991) (Figure 7).

    Figure 7 : Distribution géographique de Ceruchus piceus.
    Figure 7 : Distribution géographique de Ceruchus piceus (Graphisme par Khalil Abas).

    Cycle de vie 

    Bien que le cycle de vie de Ceruchus piceus soit peu documenté, celui de la famille Lucanidae est connu et varie peu d’une espèce à l’autre. Celui-ci se passe principalement dans le bois en décomposition des forêts de conifères ou de feuillus (Ratcliffe, 1991). Les Lucanidés sont des décomposeurs qui contribuent au cyclage naturel des nutriments dans l’écosystème forestier. Leur cycle de vie est caractérisé par un stade larvaire prolongé, variant jusqu’à 6 ans, selon l’espèce et le climat. Un hiver ou un printemps plus froid peut ralentir le développement larvaire et donc le cycle au complet. Ainsi, le cycle de vie (Figure 8) peut être considéré comme le suivant :

    (1) Suite à l’accouplement, l’imago femelle va chercher un arbre en décomposition qui lui semble adapté pour y déposer ses œufs. La ponte se fait généralement dans une crevasse d’écorce dans laquelle l’imago femelle creuse afin de préparer le nid (Ratcliffe, 1991). Peu de temps après sa ponte elle meurt.

    (2) L’éclosion des œufs prend environ trois semaines à un mois. Les larves sont xylophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de bois. Puisqu’il est difficile à digérer, les larves vivent en symbiose avec des micro-organismes dans leur système digestif qui les aident à le dégrader (Marshall, 2003). La larve naît aveugle avec un corps de couleur crème et une tête distincte de ses mandibules. Elle a aussi un organe de stridulation au niveau de ses pattes qu’elle utilise pour communiquer avec les autres larves (Ratcliffe, 1991). Étant donné qu’elle a une tête sclérifiée, donc rigide, la larve doit muer deux fois afin de pouvoir grandir. La première mue devrait se produire avant le début de l’hiver, selon la qualité du bois. Environ un an plus tard, elle réalise sa deuxième mue pour atteindre son troisième et dernier stade larvaire. Comme il y a peu de nutriments dans le bois, ce stade est le plus long, s’étale sur plusieurs années (Marshall, 2003), et il lui sert à préparer des réserves de graisse pour sa vie d’imago. Au cours de ces années, la larve aura eu le temps de creuser de nombreuses galeries d’alimentation dans l’écorce.

    (3) Lorsque ses réserves sont suffisantes et que l’été est arrivé, la larve arrête de se nourrir et se prépare une chambre à l’aide de bois décomposés pour faire sa nymphose (Chu et Cutkomp, 1992). Chez certaines autres espèces de la même famille Lucanidae, comme Lucanus cervus, les larves migrent vers le sol pour faire leur nymphose (Marshall, 2003). Cependant, bien que ce stade n’ait pas été décrit pour Ceruchus piceus, nos observations sur le terrain indiquent que pour cette espèce cette étape se produit dans une souche de bois en décomposition (Figure 2). La nymphe restera enfouie pendant approximativement 3 mois avant de devenir adulte. Cette étape est le moment le plus vulnérable de la vie d’un Lucanidé.

    (4) La mue imaginale, c’est-à-dire la dernière mue pour atteindre son stade final, se produit à la fin de l’été jusqu’au début de l’automne. L’imago passera l’hiver au sein de sa chambre dans le bois avant d’en émerger à la fin du printemps suivant (Harvey, 2007) (Figure 2).

    (5) L’imago va se frayer un chemin jusqu’à l’air libre à l’aide de ses mandibules et de ses pattes prothoraciques. Ensuite, il vivra le temps d’une saison, un temps court qu’il devra optimiser pour la reproduction et la continuité de l’espèce. Les imagos sont plus actifs à la tombée de la nuit où ils sont mieux protégés contre les prédateurs. C’est à ce moment qu’il est le plus probable d’observer des mâles se battre avec leurs mandibules, dans le but de s’accoupler avec une femelle. En général, ils  ne mangent pas, mais ils peuvent se nourrir de la sève de certains arbres ou du nectar de fleurs (Arnett et al., 2002).

    Figure 8 : Cycle de vie de Ceruchus piceus.
    Figure 8 : Cycle de vie de Ceruchus piceus (Graphisme par Margaux Dubé et Khalil Abas).

    Adaptation au froid

    Ceruchus piceus possède une adaptation particulière pour survivre aux hivers rigoureux du nord-est de l’Amérique du Nord. L’adaptation la plus commune pour les insectes dans l’hémisphère nord est la tolérance au gel par la production de molécule antigel pendant la période hivernale (Sinclair et Chown, 2005). Cependant, ce n’est pas le cas de Ceruchus piceus, qui évite le gel inoculatif initié par la glace externe à travers la cuticule en supprimant les noyaux glacigènes (molécules favorisant la formation de cristaux de glace) (Dumans, 2001).

    Cela lui permet de diminuer son point de surfusion d’approximativement 20°C, c’est-à-dire que l’eau présente dans son corps peut descendre à des températures inférieures à son point de fusion sans se solidifier. Cela est possible en supprimant un type de lipoprotéines spécifiques (LPINs, transporteurs de lipides) de l’hémolymphe et du tube digestif. La suppression des LPINs n’engendre aucun problème pour C. piceus, car elles sont moins utiles en hiver. En effet, à cause des basses températures, l’insecte entre en diapause, qui induit une réduction de l’activité métabolique. Deux hormones impliquées dans ce phénomène ont été identifiées : l’hormone adipokinetic (AKH) et l’hormone juvénile (JH). AKH augmente l’activité des noyaux glacigènes par la libération de LPINs alors que JH permet de la diminuer (Xu et al., 1990). La suppression des noyaux glacigènes est une alternative plus favorable énergétiquement que la production de molécules antigel, qui doivent se retrouver en grande concentration dans l’organisme pour être efficace (Neven et al., 1986).

    Bibliographie

    Arnett, R.H., Jr. 1968. The Beetles of the United States. A Manual for Identification. The American Entomological Institute, Ann Arbor, MI. 1112 pp.
    Arnett, R.H., Jr., M.C. Thomas, P.E. Skelley et J.H. Frank. (eds.). 2002. American Beetles, Volume II: Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionoidea. CRC Press LLC, Boca Raton, FL. Family 23 Lucanidae: 6-8.
    Blatchley, W.S. 1910. Coleoptera or Beetles Known to Occur in Indiana. Nature Publishing Co., Indianapolis, Ind. 1385 pp.
    Chu, H.F. et L.K. Cutkomp. 1992. How to Know the Immature Insects. Wm. C. Brown Publishers, Dubuque, Iowa. 346 pp.
    Daggy, T. 1946. The Ecology and Taxonomy of the Immature Stages of Certain Wood-inhabiting Coleoptera of the Chicago Region. Ph. D. diss., Northwestern University
    Dumans, J.G. 2001. Antifreeze and ice nucleator proteins in terrestrial arthropods. Annual Review of Physiology 63: 327-357.
    Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera : Scarabaeoidea). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay, 166 pp.
    Harvey, D.J. 2007. Aspects of the biology and ecology of the stag beetle (Lucanus cervus (L). Unpublished PhD thesis, University of London, UK.
    Hoffman, C.H. 1937. Biological notes on Pseudolucanus placidus Say, Platycerus quercus Weber and Ceruchus piceus Weber (Lucanidae-Coleoptera). Entomological News 48: 281-284.
    Marshall, C. 2003. Insects and Spiders of the World, Volume 8. Stag Beetle: 499-501.
    Neven, L.G., J.G. Duman, J.M. Beals et F.J. Castellino. 1986. Overwintering adaptations of the stag beetle Ceruchus piceus: Removal of ice nucleators in the winter to promote supercooling. Journal of Comparative Physiology, B 156 (5):707-716.
    Ratcliffe, B.C. 1991. The Lucanidae and Passalidae (Insecta: Coleoptera) of Nebraska. Great Plains Research 1: 249-282.
    Savage, C. 2001. Recolonisation forestière dans les Basses Laurentides au sud du domaine climacique de l’érablière à bouleau jaune. Université de Montréal, Montréal, 51 pp.
    Sinclair B.J. et S.L. Chown. 2005. Climatic variability and hemispheric differences in insect cold tolerance: support from southern Africa. Functional Ecology 19:214-221.
    Scholtz, C.H. 1990. Phylogenetic trends in the Scarabaeoidea (Coleoptera). Journal of Natural History 24: 1027-1066.
    VanDyk, J. 2015. BugGuide. [Online]. Iowa State University, departement of entomology. <URL : http://bugguide.net/>
    Xu, L., L.G. Neven, et J.G. Duman. 1990. Hormonal control of hemolymph lipoprotein ice nucleators in overwintering freeze-susceptible larvae of the stag beetle Ceruchus piceus: adipokinetic hormone and juvenile hormone. Journal of Comparative Physiology, B. 160: 51-59.

  • Trigonarthris proxima (Say 1824)

    Trigonarthris proxima (Say 1824)

    Par Zoila CHAMPA SCHWARTZ et Vivianne FORGET

    Photos réalisées par Zoila Champa Schwartz et Vivianne Forget

    portada
    Figure 1: Trigonarthris proxima

    Le spécimen a été capturé à la main, le 1r septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides.

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Famille : Cerambycidae
    Sous-famille : Lepturinae
    Genre : Trigonarthris
    Espèce : T. proxima

    Identification

    Afin d’identifier notre spécimen, nous avons utilisé un livre d’identification d’insectes du Québec. Tout d’abord, la présence d’élytres ainsi que la présence de pièces buccales de type broyeur est représentatif de l’ordre Coleoptera et ces caractéristiques se retrouvent chez notre spécimen. Ensuite, la famille des Cerambycidae se confirme en grande partie par la longueur des antennes. Celles-ci sont soit plus grandes ou égales à la moitié du corps et correspond à l’insecte observé. En fait, ces insectes sont communément appelés longicornes due à cette caractéristique (Monné, 2009). Ensuite, notre spécimen fût associé à la sous-famille des Lepturinae. Celle-ci est souvent caractérisée par la présence « d’épaules » car le protonum se ramifie à la base de l’élytre de l’insecte (Bugguide, 2003-2016). Étant donné que le guide d’identification utilisé s’arrête à la sous-famille, nous avons pu en profiter pour voir la collection spectaculaire d’insectes de la Collection Ouellet-Robert. Nous avons alors comparé différents spécimens de Lepturinae retrouvés dans la collection jusqu’à un seul genre : Trigonarthris.
    Finalement, il ne manquait plus qu’à déterminer l’espèce. Ce fût une tâche difficile car l’identification ne pouvait se faire que visuellement et deux  espèces se ressemblent particulièrement ; Trigonarthris proxima et Trigonarthris minnesotana. Toutefois, le dernier sternite sur l’abdomen des ces deux espèces est différent. Chez Trigonarthris minnesotana, le dernier sternite de l’abdomen est échancré à son extrémité (Gorton Linsley et Chemsak, 1976), ce qui n’est pas le cas pour notre spécimen. Ce dernier est donc Trigonarthris proxima.

    Anatomie externe

    Dans les espèces appartenant à la famille des Cerambycidae, on peut retrouver les plus petits mais aussi les plus gros coléoptères connus dans le monde (Gorton Linsley, 1959). Toutefois, Trigonarthris proxima mesure en moyenne entre 15mm à 19mm  (Chagnon, 1962). La majorité des espèces appartenant au genre Trigonarthris possèdent un corps allongé, cylindrique. Ceux-ci ont certains caractères clés importants servant à les différencier des autres familles d’insectes.
    Au niveau de la tête (Figure 2), on y retrouve des pièces buccales de type broyeur sur la tête allongé et inclinée vers le bas (Gorton Linsley et Chemsak, 1976). Les antennes sont noir, minces, rarement épaisses, et elles sont soit plus longues ou égales à la moitié de leur corps. Ces antennes prennent d’ailleurs naissance dans l’échancrure des yeux.
    Au niveau du thorax (Figure 3), celui-ci possède une paire d’élytres parallèles ou graduellement rétrécies jusqu’à la base. Le prothorax est plus étroit à l’extrémité (Chagnon, 1962). Chez Trigonarthris proxima, leurs élytres sont dans des teintes jaunâtres avec l’extrémité noire. L’extrémité des élytres sont tronquées de manière soit carré ou oblique et les angles de ces troncatures peuvent être épineux. Leur pronotum est noir avec une longue pubescence jaune, c’est-à-dire qu’il est couvert d’un fin duvet de poils.
    On peut difficilement différencier une femelle d’un mâle pour Trigonarthris proxima simplement à première vue. En fait, on caractérise de plus robuste les femelles (Gorton Linsley et Chemsak, 1976). Les antennes des femelles sont légèrement plus longues que la moitié des élytres. L’extrémité du dernier sternite ou métamère (Figure 4) au niveau de l’abdomen des femelles est plus rond, contrairement au mâle qui est davantage pointu.

    fig-2
    Figure 2 : Tête de Trigonarthris proxima ; 1 –  Pièces buccales de type broyeur. 2 –  Antennes noires . 3 – Yeux composés
    fig-3
    Figure 3 : Trigonarthris proxima ;  1 – Antennes un peu plus longues que la moitié du corps . 2 – Élytres jaunâtres avec l’extrémité noire et plus étroit à la base . 3 –  Pronotum noir avec pubescence jaune
    fig-4
    Figure 4 :  1 –  Abdomen (composé de 5 métamères)

    Distribution géographique

    La famille des Cerambycidae est distribué partout à travers le monde et dans la plupart des habitats, que ce soit en très haute altitude dans les montagnes ou à basse altitude au niveau de la mer (Monné et al., 2008). Le genre Trigonarthris est répertorié dans l’est de l’Amérique du nord, et aucune espèce de ce genre n’a été trouvée ailleurs. Ceux-ci se retrouvent au Canada et aux États-Unis. D’ailleurs, on peut retrouver l’espèce Trigonarthris proxima dans les provinces de Manitoba, Ontario, Québec et de la Nouvelle-Écosse au Canada (Bousquet, 1991) et au Missouri et Lake George (New York) aux États-Unis (Gorton Linsley, 1976).

    Biologie et comportement

    Comme il existe peu de documentations sur cette espèce d’insecte en particulier, on peut davantage parler de la sous-famille des Lepturinae. Ceux-ci sont polyphages et utilisent en générale comme hôte des angiospermes ou gymnospermes (Gorton Linsley, 1959). Au stade larvaire, ils vont se nourrir de bois en décomposition (Gosling, 1986). Les espèces adultes quant à elle se nourrissent à partir des fleurs. Ceux-ci peuvent démontrer une préférence pour des espèces de fleurs distinctes. Par exemple, les Lepturinae vont être davantage attirés vers des fleurs au soleil. Ils consomment le nectar, le pollen et ou encore le stamen des fleurs. D’ailleurs, si on observe attentivement leur anatomie (tête longue et allongé vers le bas et des maxillaires couvertes de poils) cela peut représenter des adaptations qui se seraient développées dans le but d’extraire plus facilement le pollen et le nectar des fleurs. Comme la plupart des insectes visitant les fleurs, les Lepturinae utilisent le mimétisme batésien. Ce dernier s’exprime chez ce groupe par leur corps allongé et une coloration plus vive. On les retrouve par conséquent au printemps et en été. On peut associer Trigonarthris proxima avec les plantes et fleurs suivantes ; Ulmus americana, Asclepias syriaca, Daucus carota, Heracleum maximales, Sambucus canadensis, Sorbaria sorbifolia, Spiraea alba, Thalictrum dasycarpum (Gosling et Gosling, 1986).
    Chez les Lepturinae, la copulation a lieu durant le jour (Gorton Linsley, 1959). La reproduction est assez commune à tous les Cerambycidae. Les mâles ont des sens olfactifs sur leur antennes, ce qui leur permettent de détecter les femelles. D’ailleurs, les Lepturinae démontrent des comportements sexuels différents selon leur espèce (Michelsen, 1963). La femelle peut être stimulé par le mâle de différentes manières. Ces derniers comprend la stimulation par le léchage, par tapage sur les élytres de la femelle ou encore une combinaison des deux, Une autre stratégie serait d’agripper l’antenne de la femelle. Le mâle peut démontrer son excitement en bougeant ses antennes.
    Un autre fait surprenant concernant les Lepturinae: ils peuvent produire des sons (Gorton Linsley, 1959)! En effet, en frottant l’intérieur du bord postérieur du prothorax et une région striée du mésotonum, ceux-ci sont capable de produire du bruit. Le but de ce comportement reste encore inexpliqué. Plusieurs hypothèses ont été décrites. L’une d’entres elles démontre que lorsqu’un lepturiné se fait capturer, il produit du bruit afin de se défendre. Une autre théorie explique que le bruit est lié à la recherche d’un partenaire sexuel. La dernière théorie explique que certains lepturinés tentent d’imiter le son d’autres insectes, comme des abeilles, pour se protéger et faire peur au prédateur.

    Références

    Bousquet, Y., 1991. Checklist of beetles of Canada and Alaska. Éditions Agriculture Canada, Ontario, 259-301 p.

    Chagnon, Gustave, 1962. Principaux coléoptères du Québec 2e édition, Département de Biologie de l’Université de Montréal, Montréal. 237-248.

    Gorton Linsley, E. et J. A. Chemsak, 1976. Cerambycidae of North America, Part VI, no 2 : Taxonomy and classification of the subfamily Lepturinae, University of California press, 80 : 162-166.

    Gosling, D. C. L. et N. M. Gosling, 1977.  An annotated list of the Cerambycidae of Michigan (Coleoptera) part II, the subfamilies Lepturinae and Lamiinae. The Great Lakes Entomologist; The Michigan Entomological Society, 10 (1) : 1-15.

    Gosling, D. C. L. et N. M. Gosling, 1986. Ecology of the Cerambycidae (Coleoptera) of the Huron Nountains in northern Michigan. The Great Lakes Entomologist; The Michigan Entomological Society, 19 (3): 153-162.

    Identification, Images, & Information pour les insectes, les araignées et leur Kin Pour les États-Unis et Canada. Repéré à http://bugguide.net/node/view/15740

    Mccorquodale, D. B., J. M. Brown et S. A. Marshall, 2007. A decline in the number of long-horned wood boring beetle (Coleoptera : Cerambycidae) species in Ontario during the 20th century? JESO, 138 : 107–135
    http://www.entsocont.ca/uploads/3/0/2/6/30266933/138_107_135.pdf

    Michelsen, A., 1963. Observations on the sexual behaviour of some longicorn beetles, subfamily Lepturinae (Coleoptera, Cerambycidae). Behaviour, Vol 22 : 152-166 http://booksandjournals.brillonline.com/content/journals/10.1163/156853963×00338

    Monné, M. A. et  L. G. Bezark., 2009. Checklist of the Cerambycidae, or longhorned beetles (Coleoptera) of the western hemisphere. BioQuip Publications, Rancho Dominguez, CA. Nouveau Monde Cerambycidae Catalogue. Repéré à
    https://apps2.cdfa.ca.gov/publicApps/plant/bycidDB/wdefault.asp?w=

    Ray, A. M., R. A. Arnold, I. Swift, P. A. Schapkerm, S. McCann, C. J. Marshall, J. S. McElfresh et J. G. Millar, 2014. Desmolactone is a sex pheromone or sex attractant for the endangered valley elderberry longhorn beetle Desmocerus californicus dimorphus and several congeners (Cerambycidae: Lepturinae). Repéré à
    https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4270785/

    Ressources naturelles Canada. Repéré à http://www.rncan.gc.ca/accueil

    USDA, United States Department of Agriculture, Natural Resources Conservations Services. Repéré à http://plants.usda.gov/java/

  • Draeculacephala portola (Ball 1927)

    Draeculacephala portola (Ball 1927)

    par Maureen Jouglain et Charlotte Farley-Legault

         unspecified-2        unspecified-4

    Le spécimen a été capturé le 1er Septembre 2016, à l’aide d’un filet fauchoir à la station de biologie des Laurentides, à l’entrée du chemin menant au lac Corriveau.

    Classification  

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Auchenorrhyncha

    Famille : Cicadellidae

    Tribu : Cicadellini

    Genre : Draeculacephala

    Espèce : Draeculacephala portola (Ball 1927)

    Le spécimen 

    Draeculacephala portola mesure quelques millimètres seulement et est de couleur verte unie. Elles portent des ailes antérieures avec des nervures sous-apicales transversales et des nervures longitudinales distinctes à la base. La partie exposée de son mesonotum (ou mésothorax) ne contient pas de tâches. Les ocelles sont présentes sur le vertex et visibles de dos. Enfin, l’une de ses caractéristiques principales est la forme particulièrement allongée de sa tête.

    Identification 

    En se basant sur des caractères morphologiques tels que les pattes postérieures, on peut identifier la famille comme étant «Cicadellidae», qu’on surnomme plus familièrement les cicadelles. Il s’agit de la famille la plus importante en nombre d’espèces de l’ordre des Hemiptères. On les reconnaît à la modification de leurs pattes postérieures pour le saut. Le plus grand «sauteur» du règne animal est dans cette famille, parcourant plus de 40 fois la longueur de son corps. Le caractère le plus déterminant pour les reconnaître est la présence de deux rangées d’épines le long des tibias (Eaton et Kaufman, 2007). À la vue de la morphologie caractéristique de la tête du spécimen, on peut l’associer directement au genre Draeculacephala.

    5166079-thumb
    Photographie de Draeculacephala sur laquelle on peut voir les fameuses rangées d’épines le long des tibias. (Photo : Charles Olsen, USDA APHIS PPQ, Bugwood.org, CC BY NC 3.0)

    Draeculacephala signifie «tête de dragon». Ce genre est donc facilement reconnaissable par la tête et le profil en forme conique des ses individus.

    Il est souvent difficile de distinguer les espèces de ce genre sans pratiquer de dissection car l’un des traits principaux permettant de les différencier se situe au niveau des organes génitaux, notamment de l’ovipositeur (Young et Davidson, 1959). On peut cependant isoler deux espèces qui semblent correspondre à ce spécimen. Premièrement en se basant sur les patrons de couleur. L’espèce Draeculacephala portola (Ball 1927) est caractérisée par un vertex d’un vert plus clair portant des marques linéaires. Le pronotum est également vert pâle autour des marges antérieures et latérales. Les élytres sont plus foncées avec un apex légèrement réticulé. Les nervures sont plus claires (Wilson et Turner, 2010). Une espèce très proche d’un point de vue morphologique est Draeculacephala minerva (Ball 1927). Les deux sont difficilement différentiables uniquement à l’aide de caractères morphologiques et les informations que l’on possède sont malheureusement trop faibles pour pouvoir les distinguer de manière fiable.

    Néanmoins, si une hypothèse devait être formulée, opter pour l’espèce Draeculacephala portola (Ball 1927) serait plus juste en raison de la présence des marques linéaires sur la tête qui ne le sont pas forcément chez Draeculacephala minerva (Ball 1927).

    Distribution géographique

    Draeculacephala portola est une espèce très répandue sur le continent Nord Américain. On en trouve dans l’est du canada (Québec) aux états-unis (abondance au sud-est), en Amérique centrale jusqu’en Honduras et même à Hawaii où elle fut introduite (Wilson et Turner, 2010).

    Biologie

    Les Cicadellidae occupent divers milieux et vivent sur des plantes, souvent spécifiques aux espèces. Les Draeculacephala se nourrissent de la sève brute provenant des racines, transportée dans le xylème. Les espèces consommant ce fluide végétal pauvre en éléments nutritifs doivent s’en procurer de plus grandes quantités que les espèces qui consomment la sève enrichie du phloème. Puisqu’elle ne retrouve pas d’élément spécifique ou complexe dans son alimentation, Draeculacephala peut habiter et se nourrir d’une plus grande variété de plantes. D. portola se trouve généralement sur des plantes herbacées (Entomofaune du Québec, 2016).

    On retrouve chez Draeculacephala portola la présence de «brochosomes», un trait unique à la famille des Cicadellidae. Ce sont des particules protéiques sécrétées par des glandes dans les tubules de Malphigi. Leur rôle reste encore mystérieux, mais il est induit qu’elles servent à protéger l’insecte d’un excès d’humidité. Ils le sécrètent par l’anus et l’étendent sur leur corps et parfois dans leur nid à l’aide de leurs pattes postérieures (Rakitov, 2002).

    Cycle de vie

    En période de reproduction, le mâle appelle sa compagne femelle en émettant des sons l’invitant à l’accouplement. Draeculacephala portola produit une nouvelle génération par année. La femelle pond ses œufs dans des tissus végétaux. Elle les dépose généralement entre deux couches d’épidermes d’une feuille à l’aide de son ovipositeur. La cicadelle passe à travers cinq stades larvaires avant d’atteindre sa forme définitive adulte. À chacune de ses mues, elle émerge de son enveloppe, appelée exuvie, avec des lobes alaires (bourgeons ou pterothèques) de plus en plus longs. Il est possible d’observer une importante différence de longueur des lobes des ailes entre le quatrième et le cinquième stade larvaire, dernier stade avant la mue finale en adulte. Une fois adulte, la cicadelle est temporairement en phase ténérale durant laquelle les couleurs définitives, typiques de son espèce, apparaissent (Entomofaune du Québec, 2016).

    Transmission de virus aux plantes

    Draeculacephala portola peuvent être vecteur de transmission de virus chez les plantes, engendrant des dommages écologiques et économiques. Il semblerait que cette espèce soit un vecteur du chlorotic streak virus affectant particulièrement les plantations de canne à sucre en Louisiane. Abbott et Ingram ont été les premiers à suspecter D. portola pour la transmission de ce virus en 1942, mais aucune étude n’a encore confirmé cette assomption (Nielson, 1968). D. portola peut également transporter le virus causant la maladie de Pierce chez les vignes en Californie et en Floride (Nielson, 1968). La maladie de Pierce (Pierce’s disease) provoque la formation de tyloses, soit des excroissances des cellules du parenchyme, et la déposition de gomme dans le xylème, menant à une dégénérescence de la plante infectée. En se nourrissant de la sève du xylème, Draeculacephala portola, et d’autres espèces de la famille des Cicadellidae, transmettent ce virus d’une plante infectée à l’autre: du gazon aux vignes. La maladie de Pierce est un problème qui a longtemps persisté dans les vignobles de Floride, causant d’importantes pertes monétaires (Stoner, 1952).

     

    Bibliographie 

    Eaton, E. R., & Kaufman, K. (2007). Kaufman field guide to insects of North America. Houghton Mifflin Harcourt.

    Entomofaune du Québec inc. (2016). Les Hémiptères du Québec-cicadelles. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/cicadelles/index.htm (Consulté le 28 octobre 2016)

    Nielson, M. W. (1968). The leafhopper vectors of phytopathogenic viruses (Homoptera, Cicadellidae) Taxonomy, biology, and virus transmission. (No. 1382). US Dept. of Agriculture.

    Rakitov, R. A. (2002). What are brochosomes for? An enigma of leafhoppers (Hemiptera, Cicadellidae).

    Stoner, W. N. (1952). A comparison between Grape Degeneration in Florida and Pierce’s Disease in California. The Florida Entomologist (Vo. 35, No. 2). Florida Entomological Society

    Wilson M. R. & Turner, J. A. 2010. Leafhopper, Planthopper and Psyllid Vectors of Plant Disease. Amgueddfa Cymru – National Museum Wales. Available online at http://naturalhistory.museumwales.ac.uk/Vectors.

    Young, D. A., & Davidson, R. H. (1959). A review of leafhoppers of the genus Draeculacephala (Vol. 1198). US Dept. of Agriculture.

     

  • Araneus cavaticus (Keyserling 1881)

    Araneus cavaticus (Keyserling 1881)

    Par Zachary BÉLISLE et Félix HURTUBISE

    Photos réalisées par Zachary Bélisle et Félix Hurtubise


    Figure 1 : Araneus cavaticus

    Le spécimen a été récolté à l’aide d’un filet à insectes à la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, dans le sentier partant de l’hôtellerie et se dirigeant vers le lac Noir. Il était suspendu à un fil d’araignée près du tronc d’un arbre.


    Classification

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Chelicerata

    Classe : Arachnida

    Ordre : Araneae

    Sous-ordre : Araneomorphae

    Famille : Araneidae

    Genre : Araneus

    Espèce : Araneus cavaticus (Keyserling, 1881)


    Identification

    L’identification d’Araneus cavaticus dans sa classification contemporaine se base sur plusieurs critères morphologiques. L’identification de l’ordre est relativement simple, puisque l’absence de pédipalpes en forme de pinces, l’uniformité de la longueur des pattes, la grosseur des pattes ainsi que la séparation du corps en céphalothorax (prosome) et en abdomen (opisthosome) permettent de différencier les Araneae des autres Arachnides (Insect Identification.org, 2015).

    Ensuite, il y a deux possibilités pour le sous-ordre: Araneomorphae et Mygalomorphae. Les caractères spécifiques à ces deux sous-ordres sont faciles à observer lors de l’identification. En effet, la principale caractéristique est l’orientation des crocs. Chez les Mygalomorphae, les crocs sont presque parallèles et ne se croisent pas; les chélicères sont en position orthognathe. Chez les Araneomorphae, les crocs se croisent; les chélicères sont en position labidognathe (Araneae, 2016). Les autres caractéristiques sont la grosseur de l’individu, où les Mygalomorphae, soit les tarentules et les groupes semblables, sont habituellement plus massifs, et la distribution géographique; il n’y a pas de Mygalomorphae au Canada. Il est donc possible de conclure qu’Araneus cavaticus fait partie du sous-ordre Araneomorphae.

    crocs-croises
    Figure 2: Orientation labidognathe des crocs chez Araneomorphae

    La diversité des Araneomorphae est impressionnante: elle représente 93% des espèces de l’ordre des Araneae avec plus de 45 862 espèces réparties à travers le monde dans environ 114 familles (Rivera-Quiroz et al., 2016). Cette imposante diversité complexifie alors l’identification de la famille. Les clés d’identification fournies dans «Spiders of North America : an identification manual» (Ubick et al., 2005) et sur le site web d’«aranae», une communauté d’arachnologues européenne, ont permis de déterminer que A. cavaticus appartient à la famille des Araneidae. Cette famille est caractérisée la morphologie de la «tête» de l’araignée. La position des yeux médians en forme de trapèzoïde, la hauteur du clypeus qui est plus petite que deux fois le diamètre des yeux médians antérieurs et l’absence de stridulations sur la face latérale des chélicères sont des caractères clés pour l’identification. D’autres caractères morphologiques tels que la présence de trois griffes et l’absence de cribellum sont caractéristiques. De plus, la famille des Araneidae est aussi identifiable par leur apparence robuste avec leur pattes relativement courtes et épineuses et la forme caractéristique de leur toile: grande et circulaire, d’où leur nom commun anglais «Orb Weaver».

    Tout comme la famille, la grande diversité des Araneomorphae rend l’identification du genre de notre spécimen difficile. À l’aide d’une clé d’identification regroupant les 65 genres d’Araneidae présents en Amérique (Levi, 2002), il a été possible d’associer notre spécimen au genre Araneus. Les caractéristiques clés présentées par la clé sont la forme ovale, voir ronde, de l’opisthosome, ainsi qu’un fort dimorphisme sexuel, où le mâle peut être de deux à quatre fois plus petit que la femelle. Le dimorphisme sexuel n’a pas été pris en compte considérant l’absence d’un spécimen mâle. Le genre Araneus peut souvent être confondu avec le genre Neoscona. En effet, les principales différences entre ces deux genres sont l’orientation des fovéas de la carapace (partie dure du prosome) et de la structure de l’épigyne, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Le genre Araneus présente des fovéas en angle, tandis que le genre Neoscona présente une fovéa longitudinale.

    Le genre Araneus comprend plus de 50 espèces communes répandues en Amérique du Nord (Bartlett, 2013). Les espèces les plus rencontrées sont Araneus cavaticus, A. trifolium, A. marmoreus et A. diadematus (Wegner, 2011). Selon le «Guide d’identification des Araignées (Araneae) du Québec» (Paquin et Dupérré, 2003), les principales caractéristiques à comparer pour identifier une espèce appartenant à ce genre est le motif dorsal et ventral, la position des pores sur l’opisthosome et la forme de l’épigyne. L’épigyne fait partie de l’organe de reproduction de la femelle et sert à guider le palpe du mâle. C’est une structure chez laquelle il est possible d’observer beaucoup de variation interspécifique; cette variation empêche la reproduction avec une autre espèce. Le motif ventral et la forme de l’épigyne ont été des caractères clés dans l’identification de notre spécimen, l’Araneus cavaticus.

     

    Description externe

    Comme pour la majorité des espèces de Araneidae, le mâle est plus petit que la femelle. En effet, la taille du mâle de A. cavaticus peut varier entre 10,8 et 14,8 mm tandis que celle de la femelle varie entre 15,0 et 18,8 mm (Paquin et Dupérré, 2003). Le corps et les pattes du mâle, tout comme le prosome et les pattes de la femelle sont de couleur brun foncé et sont recouverts de petites soies (poils) de couleur cendre. Les pattes portent des bandes de couleur jaunâtre. L’opisthosome de la femelle est plus pâle, allant du jaune au brun clair, et la face dorsale est recouvert de motifs de lignes brisées de couleur brun foncé de chaque côtés d’une médiane. La face ventrale de l’opisthosome de la femelle est caractéristique par sa large bande médiane de couleur brun foncé avec des bandes transversales discontinues de couleur jaune la traversant (Milne et Milne, 1980).

    acavaticus_ventrale
    Figure 3 : Face ventrale de l’opisthosome

     

    Figure 4 : Vue dorsale de l’opisthosome

    Sur notre spécimen, ce motif ventral s’apparente à une tête de mort, mais ce ne sont pas tous les individus femelles de A. cavaticus qui ont exactement le même motif.

     

    Biologie de l’espèce

    Mode de vie  

    La toile est un élément indispensable pour nombreuses espèces d’araignées. Elle sert d’abri, d’instrument de chasse et de garde-manger. Les matériaux ainsi que les méthodes utilisées pour la construction des toiles dépend énormément de l’espèce. Chez les Araneidae du genre Araneus, la construction de la toile est fait de façon circulaire à l’aide de fils collants en reliant les rayons de fils non-collants partant du centre de la toile. La toile tissé pendant la nuit et elle est remplacée chaque nuit. Seule la femelle tisse une toile. Chez Araneus cavaticus, la femelle reste sur la toile une fois l’avoir tissée, mais s’éloigne au-dessus d’elle à l’aide d’un fil de soie le jour (Milne et Milne, 1980). 

    A. cavaticus se nourrit d’insectes, principalement de Diptères et de Lépidoptères, qui se piègent au vol dans les fils collants de la toile. Ils sont ensuite mordus et enroulés de fils, afin d’être dévorés au moment opportun. On retrouve A. cavaticus partout où la structure permet la construction d’une toile et où des insectes passent régulièrement. Cette espèce a donc envahi de manière à peu près uniforme les forêts clairsemées, boisés, herbes longues et bâtiments de l’est du Canada et des États-Unis (nature.mdc.mo.gov).

    Cycle de vie

    Comme l’aire de répartition de Araneus cavaticus se situe dans des zones tempérées, la vie active s’effectue entre le printemps et l’automne, les adultes ne pouvant survivre aux gels. Les oeufs, pondus l’automne précédant, éclosent après les derniers gels printaniers libérant plusieurs jeunes araignées se dispersant dans la nature. La vie de larve consiste à chasser pour se nourrir, ce qui permet de grossir. La femelle, une fois sa maturité sexuelle arrivée, s’installe à un emplacement plutôt fixe et continue de se nourrir et de tisser en attendant la venue d’un mâle. Une fois l’accouplement effectué, la femelle continue de se nourrir sur sa toile afin de produire des sacs contenant les oeufs, qu’elle attache sur un support végétal à l’ombre. Les oeufs  écloront le printemps prochain (nature.mdc.mo.gov)     

     

    Culture populaire

    Charlotte’s Web

    Araneus cavaticus est une espèce bien connue du public puisqu’elle est l’espèce à laquelle appartient Charlotte A. Cavatica, une araignée de grange commune, dans le classique de littérature jeunesse Charlotte’s Web écrit par l’auteur américain E. B. White en 1954 (mentalfloss.com).

    Bibliographie

    Araneae. (2016). Key To Families. Repéré à : http://www.araneae.unibe.ch/key

    Bartlett, T. (2013). Genus Araneus. Repéré à : http://bugguide.net/node/view/1977

    Insect Identification.org. (2015). Arachnid Key. Repéré à : http://www.insectidentification.org/arachnid-key.asp

    Lanzendorfer, J. (2015). 10 Things You Might Not Know About ‘Charlotte’s Web’. Repéré à : http://mentalfloss.com/article/67639/10-things-you-might-not-know-about-charlottes-web

    Levi, H. W. (2002). Keys to the genera of araneid orbweavers (araneae, araneidae) of the americas. Journal of Arachnology, 30(3), 527‑562.

    Milne, L. et Milne, M. (1980). The Audubon Society Field Guide to North American Insects and Spiders. Alfred A. Knopf. New York. 989 pages ; pages 880-881.

    Missouri Department of Conservation. Arboreal Orb Weavers. Repéré à : https://nature.mdc.mo.gov/discover-nature/field-guide/arboreal-orb-weavers

    Paquin, P. et Dupérré, N. (2003). Guide d’identification des Araignées (Araneae) du Québec. Association des entomologistes amateurs du Québec. 251 pages; pages 42-43.

    Rivera-Quiroz, F. A., Garcilazo-Cruz, U., & Álvarez-Padilla, F. (2016). Spider cyberdiversity (Araneae: Araneomorphae) in an ecotouristic tropical forest fragment in Xilitla, Mexico. Revista Mexicana de Biodiversidad, 87(3)

    Ubick, P., Paquin, P., Cushing, P.E., Roth, V. et Dupérré, N. (2005). Spiders of North America : An Identification Manual. American Arachnological Society. 377 pages; pages 68-69.

    Wegner, G. S. (2011). Spider Identification Guide. Repéré à :  https://ipminstitute.org/wp-content/uploads/2016/06/Spider-Guide-Wegner-BASF-Revised-12-2-14.pdf

  • Graphoderus liberus (Say 1825)

    Graphoderus liberus (Say 1825)

    par Geneviève Leblanc et Dominique Caron

    Texte, dessin, et photographies © 2016 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    cote-graphoderus
    L’insecte a été attrapé dans une mare de la tourbière bordant le Lac Geai à la Station de Biologie des Laurentides au moyen d’un filet troubleau.

    Identification

    La première étape dans l’identification d’un insecte est de déterminer l’ordre auquel appartient l’individu. Ainsi, la présence d’élytres (ailes postérieures modifiées) nous permet d’affirmer qu’il s’agit d’un Coléoptère.

    L’identification à la famille et à la sous-famille s’est effectuée avec le guide d’identification “Les insectes du Québec” et grâce aux connaissances de l’habitat de l’insecte (Dubuc, 2007).

    Afin de déterminer le genre, les critères suivants ont été utilisés dans l’ordre :

    –          La petite taille, soit inférieure à 18 mm

    –          L’absence d’épines le long de la marge latérale des élytres

    –          Les éperons des métatibias (tibias des pattes postérieures) émarginés à l’apex

    –          Les ponctuations fines des élytres qui sont peu visibles

    –          Les poils des mésofémurs (fémur des pattes médianes) moins larges que le fémur à leur base

    pattes-natatoires
    Schéma de la patte metathoracique et des éperons émarginés du métatibia.

    Ce dernier critère a permis d’identifier le genre de notre insecte : Graphoderus.

    L’absence de marques noires sur la tête et le pronotum et leur couleur jaune à rouge-brun ont permis de déterminer l’espèce : Graphoderus liberus (Larson et al., 2000).

    petite-tete
    Absence de tâches noires sur la tête et le pronotum, ainsi que la couleur caractéristique de l’espèce

    Ainsi, en récapitulant, cette espèce se trouve dans le genre Graphoderus, la sous-famille Dytiscinae, la famille Dytiscidae, le sous-ordre Polyphaga et l’ordre Coleoptera de la classe Insecta (Larson et al., 2000).

    Cette espèce a été décrite par Say en 1825 et le spécimen type a été collecté dans l’état du Massachussetts. Il s’agit de la plus petite espèce du genre Graphoderus. D’ailleurs, l’espèce est assez distinctive des autres espèce du genre, qui sont assez similaires entre elles. Elle est notamment colorée de façon différente autant au stade larvaire qu’adulte et possède plusieurs caractères structuraux distinctifs. L’espèce devrait être classée dans un sous-genre à part, mais le projet est en attente d’analyses plus poussées (Larson et al., 2000).

    Distribution géographique

    Les dytiques sont présents un peu partout dans le monde, excluant les régions les plus arides. On estime leur diversité à un total de 4 800 espèces, ce qui en fait la famille la plus diversifiée des coléoptères aquatiques (Jäch et Balke, 2008).

    G. liberus est une espèce nord-américaine dotée d’une grande aire de distribution. Celle-ci est transcontinentale. Ainsi, elle se retrouve de Terre-Neuve jusqu’en Colombie-Britannique et a été retrouvée jusqu’en Floride (Larson et al., 2000).

    Comme la grande majorité des dytiques, G. liberus est un coléoptère aquatique. On retrouve généralement cette espèce dans des eaux stagnantes et marécageuses, comme dans les mares de tourbières, et strictement dans les milieux forestiers. Elle peut être une espèce très abondante localement (Larson et al., 2000).

    Écologie

    Les dytiques sont des espèces carnivores, que ce soit au stade larvaire ou au stade adulte. Ils se nourrissent d’autres petits insectes, de zooplanctons et certains peuvent même s’attaquer à des têtards ou à de petits poissons (Oertli et Frossard, 2013).

    Les dytiques possèdent deux paires de glandes qui sécrètent des substances toxiques. Ces substances sont principalement utilisées comme défense contre les prédateurs que sont les poissons. La substance sécrétée par G. liberus rend d’abord le poisson hyperactif, puis l’activité musculaire diminue jusqu’à la mort du malheureux si la dose est suffisante (Miller et Mumma, 1972).

    Autant l’adulte que les stades larvaires vivent dans l’eau. Ainsi, Graphoderus liberus possède de nombreuses adaptations à la vie aquatique. Comme les autres Dytiscidés, cette espèce montre une forme aérodynamique et plutôt compacte. Elle a des pattes natatoires, c’est-à-dire conçues pour la nage. Le tibia, le fémur et/ou le tarse de ces pattes, surtout des pattes postérieures, sont aplatis. Le tarse porte des poils dits natatoires améliorant davantage la nage. Contrairement aux coléoptères terrestres et plusieurs coléoptères aquatiques, les espèces de la famille Dytiscidae activent leurs pattes simultanément comme des rames sur un bateau (Miller et Bergsten, 2016). Celles-ci ont aussi la capacité d’emmagasiner de l’air sous leurs élytres, où se trouvent les huit paires de spiracles (entrée de l’air dans le système respiratoire des insectes) abdominaux. Cette réserve doit être renouvelée constamment à la surface. Par contre, le temps de plongée peut être prolongé par la présence d’une petite bulle d’air se formant à la pointe de l’abdomen. Cette bulle d’air jouerait le rôle de « branchie ». En effet, l’oxygène dissout dans l’eau diffuserait à l’intérieur de cette dernière et le nitrogène produit diffuserait dans l’eau. La taille de la bulle diminuerait et entraînerait alors la remontée de l’insecte vers la surface. Elle permettrait aux Dytiscidés de demeurer très longtemps dans l’eau en période d’inactivité et même potentiellement à survivre sous la glace en hiver (Kehl, 2014).

    bedaine-graphoderus

    Des adaptations à la vie aquatique peuvent aussi être observées chez les larves du genre Graphoderus. Celles-ci peuvent flotter, se mouvoir et nager avec adresse dans la colonne d’eau. Comme l’adulte, leurs pattes possèdent des franges de poils natatoires. L’habileté la plus remarquable de ces larves est leur capacité à plier à grande vitesse leur abdomen lorsqu’elles sont attaquées ou dérangées, ce qui leur permet de se propulser rapidement vers l’arrière. Enfin, leur corps ressemble à une crevette! (Kehl, 2014)

    L’abondance de G. liberus semble être une cause importante de la faible récupération de la diversité en poissons dans certains lacs ayant subi l’acidification de leurs eaux. Les poissons étant très sensibles aux changements de pH, leur quantité peut chuter dramatiquement lors d’un tel phénomène. G. liberus qui est libéré de ses principaux prédateurs, les poissons, peut alors proliférer. Les dytiques étant des animaux assez gourmands, en particulier leurs larves qui peuvent être très voraces, l’augmentation de leur nombre met une pression importante sur leurs proies. Ainsi, le stock de zooplanctons et la diversité en espèces de ces lacs diminuent grandement. Ce bouleversement dans la structure de la chaîne alimentaire a pour effet de ralentir le retour de beaucoup d’espèces dans les lacs en récupération (Arnott et al., 2006).

    predateur-graphoderusBibliographie

    Arnott, S. E., Jackson, A. B. et Alarie, Y. (2006). Distribution and potential effects of water beetles in lakes recovering from acidification. Journal of the North American Benthological Society, 25(4), 811-824. Lien vers l’article : DOI: 10.1899/0887-3593(2006)025[0811:DAPEOW]2.0.CO;2

    Dubuc, Y. (2007). Les insectes du Québec: guide d’identification. Saint-Constant, Québec: Broquet.

    Jäch, M. A. et Balke, M. (2008). Global diversity of water beetles (Coleoptera) in freshwater. Hydrobiologia, 595(1), 419-442. Lien vers l’article : DOI: 10.1007/s10750-007-9117-y

    Kehl, S. (2014). Morphology, Anatomy, and Physiological Aspects of Dytiscids. In Ecology, Systematics, and the Natural History of Predaceous Diving Beetles (Coleoptera: Dytiscidae) (pp. 173-198). Springer Netherlands.

    Larson, D.J., Alarie, Y. et Roughley, R.E. (2000). Predaceous Diving Beetles (Coleoptera: Dytiscidae) of the Nearctic Region, with Emphasis on the Fauna of Canada and Alaska. Ottawa, Canada : NRC Research Press

    Miller, J.R. et Mumma, R.O. (1973). Defensive agents of the American water beetles Agabus seriatus and Graphoderus liberus. Journal of Insect Physiology, 19(4), 917-925. Lien vers l’article : DOI: 10.1016/0022-1910(73)90161-3

    Miller, K. B. et Bergsten, J. (2016). Diving Beetles of the World: Systematics and Biology of the Dytiscidae. Baltimore, USA : Johns Hopkins University Press.

    Oertli, B. et Frossard, P.-A. (2013). Mares et étangs: Écologie, gestion, aménagement et valorisation (1e éd.). Lausanne, Suisse : PPUR Presses polytechniques

  • Stictocephala bisonia (Kopp et Yonke 1977)

    Stictocephala bisonia (Kopp et Yonke 1977)

    aussi communément appelé « cérèse buffle » ou « buffalo treehopper »

    par Léo TREMBLAY-MIMOUNI et Alexandra KACK

    Photographies prises par Léo Tremblay-Mimouni ©2016 CC BY-SA 4.0

    Stictocephala bisonia
    Photo 1. Spécimen capturé à l’aide d’un filet fauchoir le 1er septembre 2016 sur le chemin menant au Lac Croche à la Station de Biologie des Laurentides, Québec, Canada.

    Règne : Animalia

    Phylum : Arthropoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Auchenorrhyncha

    Famille : Membracidae

    Sous-famille : Membracinae

    Genre: Stictocephala

    Espèce: Stictocephala bisonia (Kopp & Yonke 1977) [1]

    Identification

    Les antennes raccourcies et les ailes très caractéristiques se repliant en forme de toit démontrent l’appartenance de Stictocephala bisonia au sous-ordre Auchenorrhyncha. Cet insecte est doté d’un organe de son que la majorité des espèces de cet sous-ordre possède. Cette caractéristique est mieux connue chez les cigales car le son qu’elles émettent est audible pour l’homme. Cependant, comme le son émis par les Membracidae est inaudible par l’oreille humaine, comme chez S. bisonia, cette spécificité est donc souvent mise de côté pour l’identification [2].

    La caractéristique morphologique flagrante qui différencie les Membracidae des autres familles est la taille du pronotum qui s’étend jusqu’à l’arrière de l’abdomen. Ce pronotum allongé couvre les ailes et se termine en fine pointe jusqu’au bout de l’abdomen [3] (photographie 2). Pour beaucoup d’espèces de cette famille, le pronotum s’étend aussi sur la tête donnant ainsi une apparence d’épine à l’insecte, comme c’est le cas de S. bisonia. C’est en autre grâce à cette apparence singulière que cette famille reçoit beaucoup d’attention du public et de la communauté scientifique malgré sa petite taille et son appartenance aux Hemiptères, ordre contenant plus de 100 000 espèces. L’utilité adaptative de cette spécificité est un sujet de débat dans la communauté scientifique. Plusieurs hypothèses sur son origine et sa fonction ont été proposées, mais aucune n’explique de façon satisfaisante le bénéfice évolutif qu’aurait eu les Membracidae à évoluer vers une distinction morphologique aussi diverse que grotesque.

    Pour ce qui est pour la suite de l’identification au genre et à l’espèce de notre individu, nous nous sommes fiés aux différentes images de la base de données que nous avons utilisé pour l’identification [1], ainsi qu’à ces cornes particulières lui donnant un aspect de bison d’Amérique (d’où son épithète bisonia) que nous sommes parvenus à l’identifier correctement.

    À noter que Funkhouser (1917), Kramer (1950) et Hasenoehrl et Cook (1965) avaient tous confondu différentes espèces avec S. bisonia, et ce n’est qu’en 1977 par Kopp et Yonke que S. bisonia a été correctement identifiée et distinguée à partir des recherches faites par Fabricius (1794) sur la autrefois nommée Ceresa bubalus [4]. Toutefois, comme mentionné sur la page d’Entomofaune de l’Université du Québec à Chicoutimi, le nom de l’espèce ne fait pas le consensus à savoir s’il s’agit d’un synonyme de Stictocephala alta ou s’il s’agit d’une espèce distincte [5]. Nos recherches nous portent à croire que, de nos jours, le terme S. bisonia est plus couramment utilisé.

    14937152_330962287262042_83526915_n-png
    Photo 2. Pronotum de S. bisonia indiqué en rouge

    Morphologie

    Stictocephala bisonia a une taille variant de 6 à 8mm à maturité. D’un vert éclatant et tacheté de petits points verts pâles, le pronotum proéminent de S. bisonia se caractérise par sa forme triangulaire dont deux des pointes disposés de part et d’autre de la tête donne à l’insecte l’apparence d’une épine. Ce pronotum est composé en général de cellules adipeuses et d’hémolymphe [6]. Cette composition peu spécifique donne lieu à de nombreuses hypothèses quant à l’origine et la fonction propre de cette apomorphie : mimétisme, réserve, protection, défense, camouflage, etc.

    Il est possible d’observer d’autres sous-famille de Membracidae démontrant de nombreuses variantes de ce pronotum modifié. Certaines espèces du genre tropical Bocydium présente un pronotum ressemblant au champignon parasitique Ophiocordyceps fungus. Ce dernier infecte une fourmi par la tête, s’y développe et puis perce l’abdomen de ses spores. Par conséquent, Bocydium, par mimétisme, apparaîtrait comme une proie non comestible aux yeux des prédateurs [7] (photographie 3).

    Un autre Membracidae, Cyphonia clavata, démontre une étonnante ressemblance à une fourmi. En effet, l’entièreté de son pronotum est modifiée pour ressembler à une fourmi s’apprêtant à passer à l’attaque. De couleur noire se démarquant du vert habituel retrouvé chez la majorité des Membracidea, ce pronotum sert également de camouflage mimétique permettant à C. clavata d’éloigner les prédateurs sans avoir à développer un mécanisme de défense actif [7] (photographie 4).

    10144_580_360
    Photo 3. Pronotum en forme de champignon chez Bocydium © Michel Boulard [8] CC BY-SA 4.0
    14958781_330967720594832_1291938373_n-png
    Photo 4. Pronotum en forme de fourmi chez Cyphonia clavata © Graham Wise [9] CC BY 2.0

    Les ailes des Auchenorrhyncha sont membraneuses. La paire mésothoracique est transparente avec une légère teinte brunâtre et les ailes métathoraciques sont absentes de coloration. Elles ne possèdent pas de nervures terminales. Il y a aussi une différence de taille entre les deux paires d’ailes, les ailes postérieures étant plus petites [10] (photographie 5).

    14876361_329771597381111_1731124317_o
    Photo 5. Ailes membraneuses de S. bisonia

    Répartition géographique

    Étant une des familles d’Hémiptères les plus diversifiées en Amérique du Nord, les Membracidae rassemblent à eux seuls plus de 1600 espèces natives en territoire nord-américain, ainsi que quatre espèces natives en Europe. S. bisonia est une espèce native d’Amérique du Nord, située plus particulièrement sur la côte est des États-Unis et du Canada, ainsi qu’au centre des États-Unis.  Toutefois, comme noté pour la première fois en 1912 par Horvath, S. bisonia a été introduite en Europe et a été remarquée un peu partout depuis; elle a également été notée en Asie centrale (voir Carte 1). Cette invasion peut être probablement expliquée (bien que pas tout à fait confirmée) par son mode de vie parasitoïde [11].

    repartition-geographique-s-bisonia
    Répartition géographique de Stictocephala bisonia © Discover Life and original sources [12] CC BY-SA 4.0

    Écologie 

    Tel que mentionné précédemment, S. bisonia a un mode de vie parasitaire. En effet, avant d’atteindre son stade adulte, cet insecte doit parasiter deux hôtes différents : une plante ligneuse et une plante herbacée. La ponte s’effectue une fois par année à l’intérieur d’arbres comme les pommiers, pêchers, peupliers et saules.  Munies d’un puissant ovipositeur, elles peuvent transpercer l’écorce où elles pondent au-delà d’une centaine d’œufs. Le développement de l’œuf est hivernal et la larve émerge entre avril et mai. Après l’émergence de celle-ci, elle se déplace vers une plante herbacée comme la luzerne ou le trèfle rouge où elle se nourrit de leur parenchyme. L’adulte est un phytophage non spécifique qui a une tendance à s’attaquer aux arbres fruitiers. C’est ce stade du cycle de vie qui rend S.bisonia particulièrement néfaste pour les vergers.

    En effet, elle est considérée comme une peste en Amérique du Nord et en Europe. En plus de son mode de vie parasitaire, S.bisonia peut transmettre des phytoplasmes – bactéries se multipliant dans le phloème – qui causent diverses infections comme la prolifération du pommier. Cette maladie a été reportée dans des vergers de Serbie, mais les chercheurs hésitent encore à identifier S.bisonia comme vecteur potentiel. Polynema striaticorne est une espèce d’Hyménoptère parasitoïde de la superfamille Chalcidoidea, un groupe reconnu pour parasiter les œufs de S.bisonia. En provenance des Étas-Unis, P. striaticorne a été introduite avec succès dans la région de Piedmont en Italie comme agent de lutte biologique dans le but de contrôlé l’infestation de S.bisonia qui sévissait dans la région. Les résultats ont été positifs: la population a finalement pu être contrôlée et la guêpe s’est répandue dans plusieurs pays voisins sans devenir à son tour une peste sérieuse. Cette élimination contrôlée est due à la spécificité des guêpes parasitoïdes en ce qui a trait à l’hôte parasité. Cette particularité est un élément clé de la lutte biologique et, sous supervision, peut s’avérer être un outil efficace et peu coûteux [11].


    Références

    [1] McLeod, Robert. 2005. « Species Ceresa alta – Buffalo Treehopper ». Bug Guide, page consultée le 2 novembre 2016. URL: http://bugguide.net/node/view/10017

    [2] Hunt, Randy E. 1994. « Vibrational signals associated with mating behavior in the treehopper, Enchenopa binotata Say (Hemiptera: Homoptera: Membracidae) ». Journal of the New York Entomological Society, 102(2), 266-270.

    [3] The Editors of Encyclopaedia Britannica. Encyclopaedia Britannica. s.v. « Treehopper ». Consultée le 2 novembre 2016. URL : https://www.britannica.com/animal/treehopper#ref120175

    [4] Stegmann, Ulrich E. 1997. « Revaluation of the prothoracic pleuron of the membracidae (Homoptera): The presence of an epimeron and a subdivided episternum in Stictocephala bisonia Kopp and Yonke, Oxyrhachis taranda (Fabr.), and Centrotus cornutus (L.) ». International Journal of Insect Morphology and Embryology, 26(1), 35-42.

    [5] Pilon, Claude (édimestre). 1988-2016. « Membracides – Liste des espèces ». Entomofaune du Québec, page consultée le 2 novembre 2016. URL: http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/membracides/membracides_liste.html

    [6] Stegmann, Ulrich E. 1998. « An exaggerated trait in insects: The prothoracic skeleton of Stictocephala bisonia (Homoptera: Membracidae) ». Journal of Morphology, 238(2), 157-178.

    [7] Simon, Matt. 2014. « Absurd Creature of the Week: This is an Actual Insect. This is not a Joke. » Wired, page consultée le 2 novembre 2016. URL: https://www.wired.com/2014/12/absurd-creature-of-the-week-treehopper/

    [8] Encyclopedia of Life. s.v. « Bocydium ». Consultée le 2 novembre 2016. URL: http://eol.org/data_objects/12685866

    [9] Wikipedia. s.v. « Cyphonia clavata ». Consultée le 2 novembre 2016. URL: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cyphonia_clavata_(17208896570).jpg

    [10] Bourbonnais, Gilles. 2014. « Hémiptères », cours d’Entomologie. Sainte-Foy: Cégep de Sainte-Foy.

    [11] Świerczewski, Dariusz & Stroiński, Adam. 2011. « The first records of the Nearctic treehopper Stictocephala bisonia in Poland (Hemiptera: Cicadomorpha: Membracidae) with some comments on this potential pest ». Polish Journal of Entomology/Polskie Pismo Entomologiczne, 80(1), 13-22.

    [12] Encyclopedia of Life. s.v. « Stictocephala bisonia ». Consultée le 1er novembre 2016. URL: http://eol.org/pages/3681980/overview

Collection Ouellet-Robert