Category: Espèces d’insectes du Québec

  • Euschistus tristigmus luridus Dallas 1851

    Dusky Stink bug – Punaise à trois taches

    Par Laurence Langlois-Lemay et Vincent Populus

    (édité par Étienne Normandin)

    Photos réalisées par Vincent Populus

    IMG_0236Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015 à la Station de Biologie des Laurentides, plus spécifiquement autour du Lac Geai, milieu plutôt humide.


    Identification

     L’identification à l’espèce a été effectuée grâce au « Canadian journal of

    arthropod identification ».

    Famille Pentatomidea

    Sous-famille Pentatominea

    Genre Eustristus

    Espèce tristigmus

    Sous-espèce luridus

    Figure 1 Figure 2 Figure 3 Figure 4 Figure 5 Figure 6 Figure 7


    Caractéristiques physiques générales

         Euschistus tristigmus possède un corps plutôt allongé et oval. Bien qu’habituellement de plus petite taille que les autres espèces se trouvant dans le même genre, le reste des caractéristiques restent tout de même semblables. Ses taches noires se trouvant au centre de son abdomen au nombre de deux ainsi que celles sur les côtés lui permettent de se distinguer de ses comparses.

    Généralités 

         La punaise pentatome Euschistus tristigmus se trouve principalement en Amérique du Nord et se divise en deux sous-espèces : Euschistus tristigmus luridus Dallas (l’espèce à l’étude), se trouvant surtout au nord, ainsi que Euschistus tristigmus tristigmus, localisée plus au sud.

     Alimentation

         Nettement polyphages, ces insectes se nourrissent principalement de plantes, cultivées ou non. Les plantes de prédilection d’Euschistus tristigmus luridus sont le soya, le framboisier, le sumac, le noisetier, la rose sauvage, la tomate, la poire, la pêche, le pin, et plusieurs autres.

    Mode de vie

         Au stade adulte, Euschistus tristigmus hiverne. Son environnement favori pour procéder à cette pratique se trouve dans les zones de bois décidues ainsi que leurs bordures. Cette punaise peut être bivoltine : en Illinois, Georgie et Virginie, elle peut créer deux générations en un an. L’une des deux, active en été, ne subira aucune diapause (arrêt dans le développement de l’organisme) alors que celle d’hiver, qui devra hiverner, en subira une. Au printemps, l’insecte sort de sa torpeur et commence à se nourrir et se reproduire sur les herbes sauvages. Dépendamment de la saison ainsi que de la période de floraison des plantes hôtes, une quantité proportionnellement plus élevée de punaises se trouvera sur un type de mauvaise herbe en particulier. Par exemple, une espèce se trouvant en Virginie pourra coloniser Lynchnis alba Miller (une sorte d’herbe) de façon importante entre mai et juin alors qu’en juin et juillet, elle se déplacera sur Erigeron annuus jusqu’au moment ou une autre plantation deviendra plus attirante (possiblement vers la fin juillet). De façon globale, il a été observé que l’herbe la plus populaire chez Euschistus tristigmus est Erigeron canadensis, se trouvant en Virginie : cette plante fleurit d’août à la fin septembre et c’est à ce moment que les punaises sont les plus nombreuses. Il est à noter que les deux types de population peuvent se trouver sur ces herbes : les adultes ayant hiverné, ainsi que leur progéniture d’été. Toutefois, au Canada, il est rare d’observer deux générations par année ; une seule génération est habituellement produite.

    Reproduction

         Le mâle, en période de reproduction, fera les premiers pas afin d’initier la copulation avec la femelle de son choix. À l’aide de ses antennes, il touchera légèrement la tête, le thorax et même l’abdomen de la femelle jusqu’au moment ou ses antennes glisseront sur la face ventrale de l’abdomen de celle-ci pour soulever son postérieur grâce à sa tête. La façon pour le mâle de s’assurer que la femelle est réceptive aux avances est d’observer son comportement : si la femelle garde son abdomen surélevé, le mâle a donc le feu vert pour poursuivre la copulation. À ce moment, le mâle effectuera une rotation de 180 degrés pendant laquelle il peut garder un contact physique avec la femelle en gardant leurs abdomens collés. Une fois la rotation effectuée, le mâle soulèvera lui aussi son abdomen afin que ce dernier et celui de la femelle soient en contact, leurs têtes éloignées à chaque extrémité.

     Impact économique

         Bien qu’Euschistus tristigmus n’ait pas un impact économique aussi important que d’autres espèces, il présente tout de même une certaine influence sur la santé de diverses plantations. Lorsqu’il se nourrit sur le soya, Euschistus tristigmus transmet la « yeast-spot disease », une infection fongique affectant de façon importante la santé globale des plants de soya. Bien qu’en milieu sauvage Euschistus tristigmus ne soit pas d’une grande importance pour le soya, il est aussi nuisible que Nezara viridula (un organisme ravageur très important, aussi appelé punaise verte ponctuée) en milieu contrôlé, prouvant possiblement sa capacité d’adaptation et de survie en milieu plus difficile (en trouvant d’autres moyens de subsister). Toutefois, globalement, il est loin d’être le plus néfaste de tous. De plus, il est très actif dans les vergers où sont cultivées des pêches. Puisque ces pêchers se trouvent à proximité des bois, fossés, clôtures, et donc près des zones d’hivernation de ces punaises, les pêches devenant bien mûres au printemps sont menacées par ces petits insectes polyphages qui n’en feront qu’une bouchée, réduisant ainsi la productivité de ces plantations.


    Références

    1. Jamison, T., 2005. Entomology collection : Species Page – Euschistus tristigmus luridus. http://www.entomology.ualberta.ca/searching_species_details.php?s=5909. (Consulté le 3 novembre 2015)
    2. McPherson, J.E. & McPherson, R.M., 2005. Stink bugs of economic importance in America north of Mexico, CRC press LLC, Boca Raton, Floride, 255 pages, page 119. Lien : https://books.google.ca/books?id=sPoMyfDh5sYC&pg=PA119&lpg=PA119&dq=Euschistus+tristigmus&source=bl&ots=FEzRwAIei6&sig=n8XqC7LMOzVmXK3YlAkJc7PIwcc&hl=fr&sa=X&ved=0CFYQ6AEwC2oVChMI-5rl7K3eyAIVQ3s-Ch1fEQTG#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus&f=false
    3. American Insects Site, Euschistus tristigmus, Dusky Stink Bug. http://www.americaninsects.net/ht/euschistus-tristigmus.html (Consulté le 27 octobre 2015)
    4. Schaefer, C.W. & Panizzi, A.R., 2000. Heteroptera of economic importance, CRC press LLC, Boca Raton, Floride, 831 pages, page 453. Lien : https://books.google.ca/books?id=AVcBI0GL-fQC&pg=PA453&lpg=PA453&dq=Euschistus+tristigmus&source=bl&ots=xXUzjybWVZ&sig=04NZ7RvQdQjEDVeDV9CboHiFC6Q&hl=fr&sa=X&ved=0CGkQ6AEwDmoVChMI-5rl7K3eyAIVQ3s-Ch1fEQTG#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus&f=fals
    5. Entomofaune du Québec inc., 2015. Les Hémiptères du Québec- Punaises – Pentatomidae. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/punaises/punaises_pentatomidae.html (Consulté le 29 octobre 2015)
    6. Bartlett, T. & VanDyk, J., Iowa State University – Department of Entomology, 2006. BugGuide, Species Euschistus tristigmus – Dusky Stink Bug. http://bugguide.net/node/view/122581 (Consulté le 29 octobre 2015)
    7. Gordh, G. & Headrick, 2011. A Dictionary of Entomology – 2nd edition. CABI, Oxfordshire, 1526 pages, page 474. Lien : https://books.google.ca/books?id=9IcmCeAjp6cC&pg=PA474&dq=Euschistus+tristigmus+luridus+Dallas&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus%20luridus%20Dallas&f=false
    8. McPherson, J.E., 1982. The Pentatomoidea (Hemiptera) of Northeastern North America with Emphasis on the Fauna of Illinois.199 pages, page 63. Lien : https://books.google.ca/books?id=HQgV3RbRK8kC&pg=PA63&lpg=PA63&dq=Euschistus+tristigmus+luridus+Dallas&source=bl&ots=nE3Kro9k0w&sig=mSRhMJ-47pDjayTEO8x3N23aZfI&hl=fr&sa=X&ved=0CC4Q6AEwAmoVChMIzOCquKfeyAIVSBk-Ch0rBAks#v=onepage&q=Euschistus%20tristigmus%20luridus%20Dallas&f=false
    9. Paiero, S. M. & al, 2013. Canadian Journal of Arthropod Identification, Stink bugs (Pentatomidae) and parent bugs (Acanthosomatidae) of Ontario and adjacent areas: 
A key to species and a review of the fauna – Key to the Families of Pentatomoidea of Canada. http://biologicalsurvey.ca/ejournal/pmmm_24/pmmm_24_6.HTM (Consulté le 19 octobre 2015)

     

  • Notonecta borealis (Bueno et Hussey 1923)

    La Notonecte boréale | The Northern Back-swimmer

    Par David DENIS & Charles LAROUCHE-BILODEAU

    (édité par Étienne Normandin)

    Cover

    Textes et photographies réalisés par les auteurs. © 2015 CC BY-SA 4.0


     

    Identification et morphologie

    Lors de la capture de notre spécimen, nous (édité par Étienne Normandin) croyions au départ qu’il s’agissait d’un coléoptère puisqu’il avait été capturé au sein de ce groupe et qu’il exhibait une morphologie sommaire assez similaire. Cependant, lorsque nous sommes arrivés au laboratoire, notre erreur a été vite mise en évidence.

    Après une première observation, on peut distinguer des caractères importants qui permettent de classer notre spécimen dans le sous-ordre des Heteroptera. La présence d’un pronotum large et arrondi combinée à la présence d’un scutellum triangulaire sont des premiers indices. On peut également voir que la paire d’ailes antérieures est sclérifiée (durcissement) à la base et qu’il s’agit donc d’hémélytres. Un rostre prognathe, destiné à la prédation, est également présent sur l’insecte.

    Nous utilisons par la suite un guide d’identification des Heteroptera aquatiques (Epler, 2006). Le premier critère est la longueur des antennes, qui sont dans notre cas plus courtes que la largeur de la tête.

    Le rostre prognathe est une apomorphie du mode de vie prédatoire. Le tarse divisé en 2 segments permet l'identification du spécimen
    Le rostre prognathe est une apomorphie du mode de vie prédatoire. Le tarse divisé en 2 segments permet l’identification du spécimen.
    Les longues pattes postérieures facilitent la nage pour cet insecte aquatique.
    Les longues pattes postérieures facilitent la nage pour cet insecte aquatique.

    Après avoir identifié la famille des Notonectidae, deux genres sont possibles: Notonecta et Buenoa (qui sont également les seuls genres présents dans la région de capture). La différence majeure est la présence d’un creux situé au croisement des hémélytres dans le haut de la partie dorsale. Comme il est absent, il s’agit du genre Notonecta. Comme la clé d’identification est pour les espèces de Floride, nous ne nous attendons pas à la trouver parmi la liste. Un guide des insectes du Québec (Dubuc, 2007) nous a donc permis de poursuivre l’identification. D’après les photos et les caractéristiques, N. borealis nous semblait correspondre à notre spécimen. Une visite dans la collection Ouellet-Robert a confirmé l’hypothèse sur l’identité de l’individu.

    Spécimen de Notonecta borealis enregistré dans une collection. Credit : CNC/BIO Photography Group (2011)
    Spécimen de Notonecta borealis  dans une collection.
    Credit : CNC/BIO Photography Group (2011)

    Classification

    Notre individu appartient donc au genre Notonecta. Ce nom est formé des mots «Noto» et «Necta» qui signifient respectivement «le dos» et «nageur» Il fait également parti de l’espèce borealis qui provient du latin «borea» qui attrait au nord. Les Nepomorpha sont l’infra-ordre qui comprend les insectes aquatiques, et les Notonectidae sont par étymologie les «backswimmers».

    Règne : Animalia

    Embranchement : Arthropoda

    Sous-embranchement : Hexapoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Hemiptera

    Sous-ordre : Heteroptera

    Infra-ordre : Nepomorpha

    Super-famille : Notonectoidea

    Famille : Notonectidae

    Genre : Notonecta (Linnaeus 1758)

    Espèce : Notonecta borealis (Bueno & Hussey 1923)

    Biologie de l’espèce

    Comme les autres membres de la famille notonectidae, les notonectes boréales sont des prédateurs aquatiques de lac et de cours d’eau lent. Ils sont également capables de voler afin de se disperser et changer de point d’eau.

    Ils se nourrissent de tous les animaux qu’ils peuvent capturer, que ce soit des invertébrés, des têtards et même de petits poissons. Comme les autres hémiptères, les notonectes possèdent des pièces buccales en forme de rostre qu’ils utilisent pour percer la peau de leurs proies, qu’ils capturent avec leurs deux paires de pattes avant, et puis ils sucent leurs fluides internes.

    Les yeux de Notonecta borealis sont de couleur rouge et occupent une grande partie de la tête.
    Les yeux de Notonecta borealis sont de couleur rougeâtre et occupent une grande partie de la tête.

    Au repos et lors de la traque de proies, les notonectes ont une manière très particulière de se positionner. Si les patineuses (Gerridae) glissent sur la surface de l’eau, les notonectes, elles, sont de l’autre côté de la paroi aqueuse (eau), à l’envers (voir photo). Ainsi, pour respirer, les notonectes remontent à la surface, la face ventrale dirigée vers la surface de l’eau, et laissent la pointe de leur abdomen percer la surface tout en conservant la partie avant du corps pointé vers le fond. Ensuite, ils stockent des bulles d’air sur et sous leurs hémélytres. Leurs yeux sont adaptés pour avoir une excellente vision dans cette position de repos. En effet, ils ont deux zones de haute acuité visuelle; une diriger vers l’avant de l’animal, donc vers le fond de l’eau, et les proies potentielles,  et l’autre vers la face ventrale de l’animal, donc hors de l’eau. Dans cette position de repos, ils surveillent le fond dans l’attente d’une proie. Puis, avec leurs pattes arrière en forme de rames, ils se propulsent de façon saccadée, mais précise vers leur futur repas.

     


    Références :

    • Durfee, R. S., Kondratieff, B. C., & Livo, L. J. (1999). New records of aquatic Heteroptera for Colorado: Notonectidae, Pleidae, Corixidae. Entomological news110(4), 243-245. (Lien)
    • Hungerford, H. B. (1933). Genus Notonecta of the world (Notonectidae – Hemiptera). The University of Kansas science bulletin, 21(1), 5-196. (Lien)
    • Tony-2, Cotinis & V Belov. (2005). Bug Guide – Genus Notonecta. Iowa state University’s Department of Entomology. (Lien)
    • Epler, J. H. (2006). Identification manual for the aquatic and semi-aquatic heteroptera of florida. State of Florida’s Department of Environmental Protection. Tallahassee. (Lien)
    • Dubuc, Y. (2007). Les insectes du Québec : Guide d’identification. Saint-Constant : Broquet.
    • Site internet d’identification et d’écologie des insectes d’eau douce australien, consulté le 1/11/2015 lien
    • Schmidt-Nielsen K. (1997), Animal Physiology: Adaptation and Environment [version google book] lien consulté le 1/11/2015
    • Schwind, R. (1980). Geometrical optics of the Notonecta eye: Adaptations to optical environment and way of life. Journal of comparative physiology140(1), 59-68.
  • Nymphalis antiopa (Linné 1758)

    Par Anaïs BOA et Francis LETENDRE (édité par Étienne Normandin)

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    photo générale
    Nymphalis antiopa capturé en vol à l’aide d’un filet à papillon le 3 septembre 2015 à la station Biologie des Laurentides à proximité du lac Triton

    1) Identification du spécimen et morphologie externe

    Du fait de leur beauté en grande partie liée à leur explosion de couleur, les lépidoptères constituent le deuxième ordre d’insecte le plus connu avec 180 000 espèces décrites actuellement dans 126 familles. Ils se distinguent principalement des autres insectes par la présence d’écailles ou soies aplaties recouvrant la majorité du corps, en particulier les ailes. D’où le nom de l’ordre lepidoptera du grec « lepidos » signifiant écailles et « pteron », ailes. Ces écailles offrent une multitude de couleurs grâce aux pigments retrouvés à l’intérieure ou au phénomène de diffraction de la lumière sur ces écailles permettant alors d’identifier de nombreuses espèces.

    De nombreuses tentatives ont été entreprises afin de diviser les lépidoptères en plusieurs groupes fondamentaux au niveau des taxons supérieurs aux superfamilles si bien que de nos jours ces divisions ne font pas unanimité. Néanmoins, en se basant sur la classification de Kristensen en 1984, les lépidoptères se divisent en quatre sous-ordres dont le plus diversifié en nombre d’espèces est le sous-ordre Glossata auquel appartient notre spécimen. En effet, il se caractérise par la spécialisation des pièces buccales de type suceur chez l’adulte, sous forme d’une longue trompe flexible et enroulée en spirale provenant de l’élongation des galeas des maxilles. Les autres pièces buccales sont atrophiées ou absentes à l’exception des palpes labiaux qui sont souvent présents.

    Kristensen divise ensuite les Glossata en quatre infra-ordres dont celui des Heteroneura qui contient 99% des lépidoptères de l’ordre des Glossata. Il se caractérise par une différence au niveau du nombre de nervures ainsi que leur disposition entre les deux paires d’ailes avec un nombre plus faible pour les ailes postérieures. On observe notamment ce caractère chez notre spécimen affirmant ainsi son appartenance à l’infra-ordre des Heteroneura.

    Vue côté dorsale vs vue côté ventral de notre spécimen

    La présence d’antennes minces et terminées par un renflement en forme de massue ou de crochet de notre spécimen indique qu’il fait partie des rhopalocères, terme proposé par Duméril (1823) pour désigner les espèces diurnes dans lequel on retrouve deux superfamilles dont celle des « vrais papillons », les Papilionoidea. Leurs ailes sont plus colorées au-dessus qu’en dessous et les couleurs de l’aile primaire se prolongent généralement sur l’aile secondaire.

    De plus, notre spécimen possède deux paires de pattes postérieures qui sont relativement bien développées par rapport aux pattes antérieures. Or, cette particularité d’avoir la paire de pattes antérieures atrophiée est le caractère qui définit la famille des Nymphalidae. Les papillons de cette famille ne marchent donc que sur leurs pattes méso et méthatoraciques tandis que les pattes prothoraciques servent à des fonctions sensorielles.

    Capture annotée
    Photographie prise à proximité du Pic du Midi dans les Pyrénées Française à une altitude de 1500m environ par Bernard ANE (utilisée avec permission) de Nymphalis antiopa sur un chardon et annotée par les auteurs ci-présents.

    De plus, le mimétisme est commun à cette famille pour de nombreuses espèces du genre Nymphalis. En effet, en repliant leurs ailes les unes contre les autres,  elles laissent paraître leurs vues ventrales qui ont l’aspect de feuilles mortes, du mimétisme fort utile pour se cacher des prédateurs.

    Photo profilPour finir, le patron très particulier de couleur des ailes de notre spécimen nous permet facilement de le reconnaître parmi les espèces du genre Nymphalis. Il s’agit donc de l’espèce Nymphalis antiopa plus connu sous le nom de Morio. La face dorsale laisse apparaître une livrée uniforme des ailes, d’un brun violacé. Les ailes sont dentelées et couvertes à l’extrémité d’une lignée submarginale de points bleu ciel, puis d’une frange jaune. La face ventrale est brun foncé mouchetée avec une bordure pâle. Ainsi, on ne peut le confondre avec aucune autre espèce en raison de la bordure jaune des ailes en face dorsale qui constitue un caractère hautement distinctif.

    2) Classification

    Identifié pour la première fois par Linné en 1758, on retrouve la classification suivante pour Nymphalis antiopa :

    Règne : Animalia

    Embranchement : Arthropoda

    Classe : Insecta

    Ordre : Lepidoptera

    Sous-ordre : Glossata

    Infra-ordre : Heteroneura

    Super-famille : Papilionoidea

    Famille : Nymphalidae

    Sous-famille : Nymphalinae

    Tribu : Nymphalini

    Genre : Nymphalis

    Espèce : Nymphalis antiopa (Linaeus 1758)

    3) Habitat et aire de répartition

    Attiré par la sève s’écoulant des arbres meurtris, Nymphalis antiopa fréquente les bois clairs et terrains ouverts, souvent dans les collines et montagnes. On le retrouve également à proximité des ruisseaux bordés de cerisiers et de saules. C’est notamment au bord du lac Triton dans la station biologie des Laurentides que notre spécimen fut capturé en vol à l’aide d’un filet à papillons. Il est rapide, mais se pose souvent et toujours aux mêmes endroits avec une préférence pour les saules, ormes, peupliers et bouleaux comme plantes hôtes sur lesquelles les œufs vont être pondus. Enfin, on peut également le retrouver dans les parcs et jardins urbains du fait de sa polyvalence à l’égard des plantes hôte.

    En ce qui concerne sa répartition géographique, le morio vole dans la plupart des régions du Canada. Au nord, il se rencontre jusque dans la toundra, dans les monts British au Yukon, au lac Setidgi dans les Territoires du Nord-Ouest et à Inukjuak (Port Harrison) au Québec. Vers le sud, il atteint le nord de l’Amérique du Sud. Il est également largement répandu en Eurasie et dispersé dans une grande partie de l’Europe, de l’ouest jusqu’en Asie de l’Est mais est absent de la majeure partie de l’Espagne.

    4) Biologie de l’espèce

    Nymphalis antiopa fait partie du groupe monophylétique des endoptérygotes, aussi connus sous le nom des holométaboles. Une des caractéristiques importantes qui décrit ce groupe est celle d’un cycle de vie complet, autrement dit la métamorphose complète. Celle-ci, contrairement à la métamorphose incomplète, comporte un stade de transition entre le stade larvaire et adulte. La présence de plusieurs stades de développement permet la division des tâches tout au long de la vie du papillon. En effet, le papillon est plutôt chargé de la reproduction alors que la chenille a pour rôle de se nourrir et grandir.

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    Ponte des oeufs de Nymphalis antiopa sur une branche d’arbre. Image d’André Lequet, utilisée avec permission.

    Le cycle de vie du Morio débute lorsque l’œuf éclôt. La femelle peut pondre jusqu’à 200 œufs, les déposant soigneusement en agrégats autour des tiges de peuplier ou de saule. Les chenilles du Morio, parfois appelées aussi « épineuses de l’orme », sont au départ réunies dans un nid de soie et vont vivre en colonie tout au long de leur développement jusqu’à la 5ème mue. Les quatre premières mues de la chenille ont pour fonction d’augmenter la taille de celle-ci. Par un processus d’ecdysie, la larve sort de sa cuticule faite de chitine plus ou moins rigide, lui permettant ensuite d’augmenter en taille et de se créer une nouvelle enveloppe. La chenille du Morio est reconnaissable par sa livrée noire ou grisâtre parsemée de petits points blancs. Sur son dos se remarque une ligne de points rouge orangé interrompue ainsi que de longues épines noires.

    Nymphalis-antiopa-caterpillar
    Chenille de Nymphalis antiopa (image dans le domaine public)

     

    colonie chenille
    Colonie de chenilles de Nymphalis antiopa. Image d’André Lequet, utilisée avec permission.

    À la cinquième mue, la chenille du Morio atteint sa taille maximale, elle est alors prête pour sa métamorphose. Elle produit une chrysalide lors du processus que l’on nomme la nymphose, soit le passage entre la larve et l’adulte. La chenille se suspend alors à une branche ou un brin d’herbe avec un fil de soie qu’elle produit et entreprend sa métamorphose durant une période d’environ deux semaines. À la fin de la nymphose, l’insecte qui sort de la chrysalide n’est plus une chenille, mais bien le papillon sous sa forme adulte. Les mâles du Morio vont alors patrouiller leur territoire à la recherche de femelles pour se reproduire.

    Capture aile
    Aile antérieure à l’extrémité jaune flagrante de notre spécimen

    La plupart des papillons ne vivent que de quelques jours à quelques semaines. Cependant, l’espèce Nymphalis antiopa est très spéciale en ce qui à trait à sa longévité, car elle peut vivre jusqu’à dix ou douze mois. En effet, elle entreprend un processus appelé la diapause, qui consiste à diminuer de façon importante ses activités métaboliques. Un processus comme celui-ci permet aux papillons vivant dans les zones plus froides de survivre à l’hiver. Les adultes du Morio qui hivernent (creux d’un arbre ou tas de bois) tolèrent le froid au moyen de molécules chimiques d’antigel (glycérol) dans leur sang. Cette hivernation au stade adulte leur permet donc de ne pas devoir entreprendre de longue migration, l’avantageant  énormément à l’arrivée du printemps. On attribue alors au Morio l’épithète familière de « harbinger of spring » ou signe avant-coureur du printemps comme étant l’un des premiers papillons à apparaître au printemps. On peut distinguer les papillons ayant passés l’hiver- donc entrepris le phénomène de diapause des jeunes papillons par un changement de couleur de la bordure extérieure des ailes.  En effet, elle passe d’un jaune brillant pour les nouveaux papillons à un jaune très pâle ou même blanc pour ceux ayant effectués la diapause. Ainsi, en observant la couleur de la bordure des ailes du spécimen capturé, il est possible de conclure qu’il s’agit d’un juvénile n’ayant pas encore vécu l’hiver, car la couleur est d’un jaune assez flagrant.

    5) Conservation

    En Amérique du Nord, l’espèce Nymphalis antiopa n’est pas en danger, elle n’est n’est donc pas protégée. Cependant, en 1963, le gouvernement du Canada a désigné la chenille du Morio comme étant une espèce ravageuse des arbres à feuilles décidues. En revanche, en Europe (Autriche et Suisse), le Morio est désigné comme étant en danger et jouit donc d’un statut de protection dans ces pays. Enfin, en Île-de-France, il est considéré comme rare et protégé en raison de l’urbanisation grandissante et de la disparition des milieux naturels.

    Références : 

    1- Articles :

    2- Livres :

    • Cech, R. et G., Tudor, 2005. Butterflies of the east coasy. Princeton and oxford, Angleterre : Princeton university press.
    • Forey, P. et S., Mc Cormick, 1992. Les papillons. Édition Gründ : un guide pratique pour identifier facilement 117 papillons.
    • Gullan, P.J. et P.S., Cranston, 2014. The Insects : an Outline of Entomology, fifth edition. John Wiley & Sons : Wiley Blackwell.
    • Leboeuf, M. et S., Le Tirant, 2012. Papillons et chenilles du Québec et des maritimes. Québec, Canada : Éditions Michel Quintin.
    • Scoble, M.J., 1992. The lepidoptera : form, function, and diversity. Angleterre : Oxford university press.
    • Scott, J.A., 1986. The butterflies of north america. Stanford, California : Stanford university press.
    • Veilleux, C. et B. Prévost, 1976. Les papillons du Québec. Montréal, Canada : Les éditions de l’homme.

    3- Sites internet :

  • Oxyporus vittatus Gravenhorst 1802

    Par Delphine Bozino et Mirabelle Miron

    Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015 à la Station des Laurentides de Saint-Hippolyte en milieu humide près du Lac Geai. Thomas Théry  a collecté le spécimen sur un champignon qu’il a identifié comme étant du genre Leccinum. Il est possible de recueillir des spécimens d’avril à octobre, mais surtout en automne puisque c’est alors qu’ils sont plus nombreux (Leschen et Allen, 1988).

    Préparation et identification du spécimen

    Compte tenu de la petite taille de notre spécimen, celui-ci a été préparé sur une épingle et collé au bout d’un triangle de papier (voir la figure 1).

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    Fig. 1: préparation du spécimen à l’aide d’un triangle de papier sur aiguille ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Son identification, (ordre Coleoptera, famille Staphylinidae (rove beetles)) a été déterminée grâce au guide d’identification « Les Insectes du Québec » (2014) et le genre Oxyporus, grâce au site Bugguide.net. Nous avons pu accéder à la collection entomologique Ouellet-Robert, de l’Institut de Recherche en Biologie Végétale et ainsi trouver l’espèce en se fiant aux caractères suivants: la taille, le thorax court, le motif des taches noires et les derniers segments abdominaux noirs. Toutefois, c’est la forme du thorax qui a permis de discriminer O. vittatus de O. lateralis.

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    Fig. 2: Photo d’une section de tiroir de la collection entomologique Ouellet-Robert où sont rassemblés des spécimens d’Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Règne: Animalia
    Embranchement: Arthropoda
    Classe: Insecta
    Ordre: Coleoptera
    Sous-ordre: Polyphaga
    Super-famille: Staphylinoidea
    Famille: Staphylinidae
    Sous-famille: Oxyporinae
    Genre: Oxyporus Fabricius 1775
    Espèce: Oxyporus vittatus Gravenhorst 1802

    En Amérique du Nord, il existe deux sous-espèces: O. vittatus vittatus (surtout retrouvé au nord des État-Unis) et O. vittatus bicolor (plus au sud) (Leschen et Allen, 1988). On les retrouve dans le nord-est de l’Amérique du Nord (Campbell 1969).

    Morphologie

    Peu est connu sur l’écologie et la morphologie des Oxyporinés (Leschen et Allen, 1988), mais une brève observation des spécimens de la collection a permis une description générale de ceux-ci. Le corps d’Oxyporus vittatus est luisant et robuste (Evans, 2014) et la coloration de la tête varie d’un spécimen à l’autre (entre le brun-orangé et le noir). Chagnon et Robert (1962) décrivent dans leur clé d’identification des Oxyporinés que O. vittatus est reconnaissable à ses élytres roux, ses taches noires sur la marge latérale et à la suture des élytres noire. Les premiers segments de l’abdomen sont brun-orangé ou noirs, mais l’espèce est caractérisée par les tergites noirs (segments de l’abdomen) à la fin de l’abdomen.

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    Fig. 2: Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, Étienne Normandin
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    Fig. 3: Caractéristiques présentes chez le spécimen ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

     

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    Fig. 4: tête d’Oxyporus vittatus ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs


    Une vie étroitement liée aux champignons!

    Les Oxyporus sont mycophages, ils se nourrissent de champignons sur l’ensemble de son cycle vital. À la fois les larves et les adultes peuvent être capturées dans les cavités internes de champignons au corps charnu. Ces champignons font partie de 3 ordres de la classe des Hymenomycetes: Agaricale, Boletale, Polyporale (Hanley et Goodrich, 1995). À l’état adulte, certaines espèces, dont O. vittatus, sont généralistes, c’est-à-dire qu’ils vont se nourrir de plusieurs espèces de champignons et ceci survient principalement lorsque le cycle de vie des hôtes (champignons) est imprévisible. D’ailleurs, O.vittatus  a été observésur 17 genres (93% sur 8 genres) de 8 familles de champignons différents (Hanley et Goodrich, 1995). Les Oxyporus peuvent aussi être spécialisés et ceci survient lorsque l’hôte a un cycle suffisamment long (Hanley et Goodrich, 1995). Cependant, toutes les larves d’Oxyporus sont spécialistes puisqu’elles ne prendront pas le risque de se déplacer d’un champignon à l’autre

    Tout comme leurs hôtes, les Oxyporinés ont un court cycle de vie pouvant durer en moyenne 17 jours (à 22°C) entre l’éclosion et le stade adulte (Leschen et Allen (1988). Comparativement, les autres staphylinidés ont généralement un cycle beaucoup plus long (Hanley et Goodrich, 1995).

    Après l’accouplement des adultes, la femelle va partir à la recherche d’un bon hôte pour sa progéniture. Les oeufs seront déposés dans les lamelles ou dans la partie charnue du champignon. Ceux-ci sont blancs, cylindriques et d’une longueur de 1,5mm. Après l’éclosion, les larves se regroupent et tracent des tunnels à travers le champignon. Après un certain temps, les larves finissent par se nourrir de façon plus individuelle (Leschen et Allen 1988). Les individus s’alimentent en découpant le champignon, puis en utilisant un liquide de digestion pré-oral contenant certaines enzymes (Hanley et Goodrich, 1995). Elles peuvent se nourrir de l’ensemble du champignon (pileus, mycéllium et pied). O. vittatus passe par trois stades larvaires à forme allongée avant d’atteindre sa forme adulte. 

    À la fin du stade larvaire, celle-ci se glisse au dehors du champignon pour faire sa nymphe. Ce nouvel état prendra fin 8 jours plus tard, où l’adulte prendra forme (Hanley et Goodrich, 1995). 

    Un peu plus sur le genre Leccinum

    Comme mentionné précédemment, le spécimen  a été retrouvé sur un champignon du genre Leccinum (voir la photo ci-dessous). Celui-ci se retrouve dans divers types de forêts, et souvent en symbiose avec les arbres (Kuo, 2007). Cette espèce fait partie du groupe des bolets, ce genre est représenté par des espèces au corps charnu et au pied cylindrique. Le dessous du chapeau est parsemé de petits trous donnant sur des tubes (Lang, 2012), dans lesquels O. vittatus peut se retrouver étant donné son mode de vie. 

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    Fig. 6: Champignon du genre Leccinum © Can Stock Photo Inc. / [ibogdan]
    Références

    Chagnon, G. et Robert, A. (1962) Principaux coleopteres de la province de quebec (2e éd.). Montreal, Canada : Les Presses de l’Université de Montréal.

    Dubuc, Y. (2014). Les Insectes du Québec, guide d’identification. Saint-Constant, Canada.

    Klimaszewski, R. A. (2012). Biosystematics and Ecology of Canadian Staphylinidae (Coleoptera) II. Sofia, Bulgaria : ZooKeys.

    Kuo, M. (2007). The MushroomExpert.Com Web site. Repéré à http://www.mushroomexpert.com/leccinum.html

    Lang, A. (2012). Le petit guide Hachette des champignons. Vanves, France : Hachette Pratique.

    Richard A. B. Leschen, & Allen, R. T. (1988). Immature Stages, Life Histories and Feeding Mechanisms of Three Oxyporus spp. (Coleoptera: Staphylinidae: Oxyporinae). The Coleopterists Bulletin, 42(4), 321–333. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/4008460

    Rodney S. Hanley, & Michael A. Goodrich. (1995). Review of Mycophagy, Host Relationships and Behavior in the New World Oxyporinae (Coleoptera: Staphylinidae). The Coleopterists Bulletin, 49(3), 267–280. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/4009146

    Ross, H.A. et Thomas, M.C. (2002) Amerian Beetles: Archostemata, Mysophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia (1st Ed.). Boca Raton, États-Unis : CRC Press.

    Oxyporus vittatus, Staphylinidae, Coleoptera, Leccinum, Université de Montréal, BIO2440, insecte
  • Ancistrocerus antilope (Panzer 1798)

    Par Arca ARGUELLES-CAOUETTE et Soufiane TAHIR

    Texte et photographies ©2015 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le spécimen a été capturé le 3 septembre 2015, aux alentours du Lac Croche, à la Station de Biologie des Laurentides (SBL), à Saint-Hippolyte, Québec, (N 45°59’37.6”: O 73°59’16.7”)

    Figure 1: Vue de haut, présence d’une pair de tache jaune sur le scutellum
    Figure 1: Vue de haut, présence d’une paire de taches jaunes sur le scutellum

    Classification

    Ordre : Hymenoptera

    Sous-ordre : Apocrita

    Famille : Vespidae

    Sous-Famille : Eumeninae

    Genre : Ancistrocerus

    Espèce : Ancistrocerus antilope (Panzer, 1798)

     

    Ancistrocerus antilope (Panzer, 1798) est une guêpe maçonne solitaire et prédatrice appartenant à la sous-famille des Eumeninae (Borror et White, 1991). Le genre Ancistrocerus regroupe 171 espèces et la famille des Vespidae 1603 espèces [3].

    Cette espèce a été décrite par le physicien et entomologiste allemand Georg Wolfgang Franz Panzer (1755-1829) [11]. Un de ses ouvrages majeurs est le Faunae insectorum germanicae initia (Elements of the German insect fauna) produit en collaboration avec le graveur Jakob Sturm (1755-1829) entre 1796 et 1813 [12]. Plus de 2600 insectes sont présentés en illustrations par Sturm accompagnées de courtes descriptions par Panzer.

    L’identification du spécimen

    L’identification du spécimen a été possible grâce aux clés d’identification de Dubuc (2007) et du genre d’Ancistrocerus [3]. Pour identifier le genre du spécimen, plusieurs caractéristiques ont été repérées au niveau du pronotum, des antennes, de l’oviscapte, du nombre d’articles du trochanter et la nervation des ailes. La comparaison des métasomas des espèces du genre Ancistrocerus a permis de confirmer l’espèce auquel le spécimen appartenait.

    Figure 2: Vue arrière, présence de bandes jaunes sur les tergites, ailes antérieures légèrement teintes
    Figure 2: Vue arrière, présence de bandes jaunes sur les tergites, ailes antérieures légèrement teintes

    Dans la sous-famille Eumeninae, la taille moyenne des espèces est de 10-20 mm, les tibias médians sont munis d’un seul éperon apical et les mandibules sont allongées «en couteaux». Les ailes antérieures chez la femelle sont entre 7 à 10 mm alors que chez le mâle de 8 à 12,5 mm. Les espèces du genre Ancistrocerus possèdent également une tégula proéminente et pointue.

    Figure 3: Vue de côté, présence de tache jaune sur le mésopleuron
    Figure 3: Vue de côté, présence de tache jaune sur le mésopleuron

    A. antilope se caractérise par la présence de taches jaunes, notamment sur le mésopleuron et d’une paire sur le scutellum, et de bandes jaunes sur les tergites 1 à 4 chez les femelles et 1 à 6 chez les mâles. Les ailes antérieures sont légèrement teintes chez les deux sexes. La tache jaune interantennale est parfois divisée en deux chez les mâles et non chez les femelles.

    Figure 4: Vue frontale, présence de tache interantennale
    Figure 4: Vue frontale, présence de tache interantennale

    A. antilope ressemble beaucoup à l’espèce rare Ancistrocerus spinolae. Cependant, cette dernière est composée de moins de taches jaunes. Elles sont entre autres absentes sur le mésopleuron, la tégula et le scutellum  et les tergites 3 à 5 ne présentent aussi pas de bandes jaunes. Les ailes chez les femelles sont beaucoup plus teintes. Enfin, bien que les deux possèdent des propodéums proéminents, la partie postérieure ventrolatérale est luisante et lisse chez A. antilope alors qu’elle est matte et ponctuée.

    La biologie de l’espèce

    Aire de répartition et habitat

    Ancistrocerus antilope est une espèce holarctique. Elle est ainsi retrouvée en Amérique du Nord, partout au Canada et aux États-Unis, en Europe et en Asie (Cooper, 1953).

    A. antilope fabrique son nid dans le bois troué, les tiges d’arbustes et colonisent aussi les nids faits de boue abandonnés par d’autres guêpes [3]. En effet, A. antilope, étant une guêpe maçonne, prépare son nid en construisant des cellules de terre d’environ 7 à 10 mm et les referment avec un opercule de même matière (Cooper, 1953).

    Ces guêpes maçonnes sont abondantes à la fin de l’été et se nourrissent du nectar de fleurs comme Anemone canadensis L., Solidago spp., et Viburnum trilobum (Cowan, 1984).

    Cycle de reproduction

    En été, les femelles se retrouvent souvent autour des fleurs pour y récolter le nectar. Les mâles y sont aussi très présents pour trouver un partenaire et s’accoupler. Ils peuvent rester ensemble pour plus de 80 minutes en copulant plusieurs fois durant cet intervalle de temps avant de se séparer, ce qui n’est pas commun chez les autres Eumeninae (Cowan et Waldbauer, 1984). La femelle pond ensuite ses oeufs et les entrepose dans les cellules de son nid avant d’aller chasser des chenilles appartenant à plusieurs familles différentes qu’elle ramènera pour nourrir les larves. Sa stratégie consiste à les piquer plusieurs fois afin de les paralyser pour ensuite les apporter dans les cellules. De cette manière, elles restent fraîches jusqu’au moment où les œufs éclosent et que les larves puissent s’en nourrir (Cooper, 1953).

    Si les oeufs font partie de la génération estivale, ils vont passer par une étape de diapause. Ainsi, les quatre premiers stades larvaires sont spécialisés pour se nourrir et grossir. Le cinquième stade produit son cocon qui peut être incomplet et devient une pré-pupe pour finalement tomber en diapause. Ce n’est qu’au printemps suivant qu’il y a une mue et qu’il y a formation de la pupe pour ensuite devenir adulte (Cooper et Hanover, 1966). Par contre, s’il s’agit de la génération printanière, la diapause n’aura pas lieu et l’adulte, prêt à s’accoupler, sortira du nid une trentaine de jours après son émergence de l’oeuf (Cooper, 1953). Les adultes émergents pourront fragiliser l’opercule de terre avec leurs pièces buccales grâce à un fluide qui humidifiera la terre en boue leur permettant de sortir des cellules (Cooper, 1953).

    Association avec une espèce d’acarien

    Il a été découvert qu’ A. antilope est étroitement liée avec Kennethiella trisetosa, une espèce d’acarien. Ces derniers, au stade de deutonymphe (stade de développement chez les acariens entre la protonymphe et l’adulte [1]), utilisent la phorésie sur la forme adulte de la guêpe (Cowan, 1984). Les cycles de vie de ces deux organismes ont évolué de façon à être extrêmement liés et K. trisetosa étant très dépendant à son hôte ne semble pas nuisible à l’accomplissement du cycle de vie de ce dernier. En effet, avec la phorésie, la guêpe emporte dans son nid l’acarien dans lequel celui-ci se développera sous sa forme adulte en se nourrissant de la pupe sans causer la mort de la guêpe (Cooper, 1954). À l’éclosion des oeufs, les larves de guêpes femelles tuent les acariens qui se trouvent dans leurs cellules alors que les mâles ne le font pas (Cowan, 1984). Ainsi, les guêpes mâles sortiront du nid avec leur propodéum infesté de K. trisetosa. Par contre, à l’accouplement, environ la moitié des acariens du mâle se transfèreront à la femelle. À partir du propodéum, K. trisetosa parcouriront l’abdomen jusqu’à atteindre les pièces génitales du mâle pour ensuite infester celles de la femelle. Les acariens pourront donc réinfester le nid, dans lequel ils se développeront, lorsque la femelle le construira et y déposera ses oeufs (Cooper, 1954).

    Autres

    Bien qu’A. antilope appartient à une sous-famille d’espèces solitaires, il a été suggéré que cette dernière possède des prédispositions à l’eusocialité étant étroitement liée à une sous-famille d’espèces sociales, les Vespinae. Des études ont comparé la fréquence de reproduction « consanguine » entre A. antilope et deux espèces proches d’elle: Euodynerus foraminatus et Ancestrocerus adiabatus (Chapman et Stewart, 1996). Les résultats ont révélé une présence importante de «consanguinité» entre les progénitures chez la guêpe maçonne. Il a été suggéré que ce type de reproduction serait un caractère retrouvé chez l’espèce ancestrale des Eumeninae et des Vespinae et expliquerait l’évolution vers l’eusocialité (Chapman et Stewart, 1996).

     

    Les références

    1. Blancard, D., 2013. Acariens. (En ligne, page consulté le 28 octobre 2015). Repéré à http://ephytia.inra.fr/fr/C/5091/Tomate-Acariens
    2. Borror, D. J. et White, R. E., 1991. Le guide des insectes du Québec et de l’Amérique du Nord. Canada, Éditions Broquet, 408 p.
    3. Buck, M., Marshall, S. A. et Cheung D. K. B., 2008. Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Nearctic region. Canadian Journal of Arthropod Identification No. 5: 492 pp. (En ligne, page consulté le 1 novembre 2015). Repéré à http://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/04a_antilope.html
    4. Chapman, T. W. et Stewart, S. C., 1996. Extremely high levels of inbreeding in a natural population of the free-living wasp Ancistrocerus antilope (Hymenoptera: Vespidae: Eumeninae). Heredity, 76(1): 65-69.
    5. Cooper, K. W., 1953. Biology of Eumenine Wasps I. The Ecology, Predation, Nesting and Competition of Ancistrocerus antilope (Panzer). Transactions of the American Entomological Society, 79(1): 13-35.
    6. Cooper, K. W., 1954. Biology of Eumenine Wasps II. Venereal Transmission of Mites by Wasps, and Some Evolutionary Problems Arising from the Remarkable Association of Ensliniella trisetosa with the Wasp Ancistrocerus antilope. Transactions of the American Entomological Society, 80 (¾): 119-174.
    7. Cooper, K. W. et Hanover, N. H., 1966. Ruptor Ovi, the Number of Moults in Development, and Method of Exit From Masoned Nests. Biology of Eumenine Wasps. VII. Psyche, 73(4): 238-250.
    8. Cowan, D. P., 1984. Life History and Male Dimorphism in the Mite Kennethiella trisetosa (Acarina: Winterschmidtiidae), and its Symbiotic Relationship with the Wasp Ancistrocerus antilope (Hymenoptera: Eumenidae). Annals of the Entomological Society of America, 77(6): 725-732.
    9. Cowan, D. P. et Waldbauer, G. P., 1984. Seasonal occurrence and mating at flowers by Ancistrocerus antilope (Hymenoptera: Eumenidae). Proceedings of the Entomological Society of Washington, 86: 930-934.
    10. Dubuc, Y., 2007. Les insectes du Québec: Guide d’identification. Malaisie: Éditions Broquet, 456 p.
    11. King’s College of London, 2004. PANZER, Georg Wolfgang Franz (1755-1829) and STURM, Jacob (1771 – 1848). (En ligne, page consulté le 1 novembre 2015). Repéré à http://www.kingscollections.org/catalogues/kclca/collection/p/10pa15-1
    12. Overstreet, L. K., 1998. Jacob Sturm. Smithsonian Libraries. (En ligne, page consulté le 1 novembre 2015). Repéré à http://www.sil.si.edu/DigitalCollections/NHRareBooks/Sturm/sturm-introduction.htm

     

  • Nicrophorus tomentosus (Weber 1801)

    Le Nécrophore à thorax tomenteux; The Gold-necked carrion beetle

    Par Roxanne BRUNELLE et Audrey MARTEL (édité par Étienne Normandin)

     Texte et photographies ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

     

    Figure 1 : Nicrophorus tomentosus
    Figure 1 : Nicrophorus tomentosus

    Classification (Myers et al., 2015)

    Ordre Coleoptera

         Super-famille  Staphylinoidea

              Famille Silphidae

                   Sous-Famille Nicrophorinae

                        Genre Nicrophorus

                             Espèce Nicrophorus tomentosus

     

    Découverte

    Cette espèce a été découverte en 1801 par Friedrich Weber, un entomologiste allemand qui a écrit la première description de plusieurs insectes dans ses ouvrages. Le nom de Necrophorus est un mot latin qui signifie «transporteur de mort», alors que tomentosus signifie «couvert de petits poils». Étant un insecte qui transporte des petits animaux morts et dont le pronotum est recouvert de poils dorés, il porte bien son nom (inaturalist.org). C’est à l’aide de ce dernier critère que nous avons pu identifier notre espèce.

    Anatomie externe

    La famille des Silphidae présente certains caractères communs à toutes (ou presque) ses espèces. Entre autres, ils ont des antennes en onze articles, positionnées en périphérie de la tête de chaque côté. Les espèces sont presque toutes de couleur noire, mis à part quelques espèces de Nicrophorus qui présentent des taches orangées sur les élytres. (Wyss et Cherix, 2006, p.124) Parmi ces espèces, seule N.tomentosus a les pattes et les antennes complètement noires. De taille moyenne, variant entre dix et vingt millimètres, son pronotum est couvert de courts poils dorés qu’il est le seul à posséder. Ses antennes plissées (Figure 2) sont des organes sensoriels principalement olfactifs servant à repérer des carcasses (inaturalist.org).

    Nicrophorus tomentosus passe la journée caché dans le sol et ne sort qu’au crépuscule ou durant la nuit. Bien qu’il soit noir et orange, le dessous des élytres est jaune (Figure 2) et lui permet de faire de l’aposématisme pour éviter la prédation. Lors de ses rares déplacements diurnes, ce coléoptère a la particularité de pouvoir exposer son thorax poilu. En vol, son thorax jaune donne l’impression d’avoir à faire à un bourdon (Heinrich, 2012).contrairement à N. tomentosus, les autres espèces ne possédant pas ce mode de camouflage peuvent rentrer dans un état catatonique (faire le mort) et éviter la prédation (Milne et Milne, 1944).

    Figure 2 : A - Vue ventrale des élytres jaunes. B - Antennes plissées. C - Pronotum couvert de poils dorés.
    Figure 2 : A – Vue ventrale des élytres jaunes. B – Antennes plissées. C – Pronotum couvert de poils dorés.

    Distribution géographique

    Originaires des États-Unis et du Canada, les différentes espèces de Nicrophorus se concentrent dans l’est et le centre des États-Unis, sauf en Floride et dans le sud du Texas où il n’y a aucune espèce de ce genre. On peut également les trouver dans l’est et le centre du sud du Canada. Il s’agit de coléoptères n’aimant pas les températures trop froides ou trop chaudes, c’est pourquoi ils vivent principalement dans les forêts tempérées de l’hémisphère nord. Certaines espèces vivent également dans les prairies et une seule, N. vespilloidae, trouve refuge dans les tourbières. N. tomentosus est une espèce de forêt vivant dans toutes les contrées énumérées ci-haut (Houck, 2012).

    Biologie et comportement

    Étant nécrophage, il arrive qu’une même carcasse soit prisée par plusieurs coléoptères du genre Nicrophorus. Si la charogne est assez grosse, ils peuvent se la partager. Si toutefois, l’animal prisé par les insectes est trop petit, le plus gros chassera les autres afin de garder le butin pour lui et les membres de son espèce. Avant de manger, N. tomentosus asperge la carcasse d’une sécrétion anale ou orale qui joue le rôle d’antifongique et d’antibiotique (inaturalist.org).

    Le cycle de vie de N. tomentosus est complexe. Tout d’abord, le mâle doit trouver une carcasse qu’il détectera à l’aide de ses antennes et de ses palpes. Il sécrètera des phéromones pour attirer une femelle avec qui il copulera. Le couple doit ensuite trouver un bon endroit où enterrer la carcasse. Parfois, l’endroit même où se trouve la dépouille est adéquat, sinon l’un des partenaires se charge de déplacer le cadavre en suivant les indications de l’autre, qui cherche activement un sol adéquat. En général, les poils et les plumes sont retirés, puis l’organisme est enterré. Il s’agit d’un long processus de cinq à huit heures (Milne et Milne, 1944) où les insectes doivent creuser avec leur tête sous le morceau de chair, future nourriture de leur progéniture. Peu à peu, la charogne s’enfonce dans le sol. Une fois assez profond, les coléoptères recouvrent leur travail avec des feuilles et de la litière. Le couple va ensuite se reposer dans une chambre souterraine adjacente au cadavre où la femelle pondra un nombre d’œufs proportionnel à la taille du goûté. Pendant l’incubation, les parents restent dans la chambre où la couvée se trouve pour la maintenir en bon état et font des allers-retours entre cette pièce et celle où se trouve la carcasse afin de la préserver.

    Au bout de quatre jours, les œufs éclosent. La femelle stridulera à l’aide de ses élytres pour attirer les larves dans la chambre où est conservée la carcasse. Le couple va alors régurgiter la viande prédigérée pour nourrir les larves. Quelques jours après, le mâle quitte le nid, laissant les larves aux bons soins de la femelle. Si le mâle ne s’en va pas, la femelle le chasse ou le tue. Celle-ci quittera également les larves quand celles-ci pourront se nourrir directement de la carcasse. Une fois que la nourriture est épuisée, les larves changent de pièce et retournent dans celle où elles étaient sous forme d’œuf et vont entamer la métamorphose, c’est-à-dire la pupe, jusqu’au stade adulte. Après l’éclosion de la pupe, les adultes sortent de la terre et partent à la recherche d’une carcasse à leur tour afin de se reproduire (Figure 3)(Ebert, ND; Meierhofer, Schwarz et Muller, 1999).

     

    Figure 3 : Cycle de vie similaire à celui de Nicrophorus tomentosus (Meyer, 2015)
    Figure 3 : Cycle de vie similaire à celui de Nicrophorus tomentosus (Dakuhippo 2011, CC-BY-SA 3.0 – Meyer 2015)

     

    Références

    Ebert, S. (ND). Nicrophorus reproductive behavior. Retrieved October 20, 2015

    Heinrich, B. (2012). Northeastern Naturalist, Volume 19, Number 2 (2012): 345–352. Retrieved October 20, 2015

    Houck, M. A. (2012). Mites: Ecological and Evolutionary Analyses of Life-History Patterns. Springer Science & Business Media.

    iNaturalist.org · Tomentose Burying Beetle (Nicrophorus tomentosus). (n.d.). Retrieved October 20, 2015

    Meierhofer, I., Schwarz, H. H., & Muller, J. K. (1999). Seasonal variation in parental care, offspring development, and reproductive success in the burying beetle, Nicrophorus vespillo. Ecological Entomology, (24), 73–79.

    Meyer, C. (2015). nécrophores – Dictionnaire des Sciences Animales. Retrieved October 20, 2015

    Milne, L. J., & Milne, M. J. (1944). Notes on the Behavior of Burying Beetles (Nicrophorus spp.). Journal of the New York Entomological Society, 52(4), 311–327.

    Myers, P., Espinosa, R., Parr, C. S., Jones, T., Hammond, G. S., & Dewey, T. A. (2015). ADW: Nicrophorus: CLASSIFICATION. Retrieved October 20, 2015

    Wyss, C., & Cherix, D. (2006). Traité d’entomologie forensique: Les insectes sur la scène de crime. PPUR presses polytechniques.

  • Camponotus herculeanus (Linnaeus 1758)

    The Great Carpenter Ant – La Grande Fourmis charpentière

    Par Nora HALLOPÉ et Lucie LECOQ (édité par Étienne Normandin)

    Texte et photographies ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Camponotus herculeanus
    Le spécimen a été capturé le 4 septembre 2014, à la Station des Laurentides, à Saint-Hippolyte, spécifiquement aux alentours du Lac Geai, une zone particulièrement humide

    I. Identification du spécimen et morphologie 

    L’identification de notre spécimen a été rendue possible grâce à une clé d’identification basée sur la caste des ouvrières (Aaron and al, 2012).

    Dans un premier temps, les caractères morphologiques suivants nous ont permis de déterminer l’appartenance de notre espèce à la sous-famille des Formicinae :

    1) Le gastre ne montre pas de resserrement visible, contrairement à la figure ci-dessous;

    Figure 1 : Resserement visible du gastre  (Aaron and al., 2012)

    2) Le pédicelle est en un seul segment seulement (figure 2.a.) et ne présente pas de post-pétiole (figure 2.b.)

    Figure 2: Pédicel (a) et post-pétiole (b) d’une fourmi (Aaron and al., 2012)

    3) On note la présence d’un orifice rond situé au bout du gastre et encerclé de poils: l’acidopore

    4
    Figure 3: acidopore (Aaron and al., 2012)

    4) Notre individu possède des antennes à 12 segments ainsi qu’un gastre lisse et convexe portant des poils.

    Ainsi, notre spécimen à pu être classé parmi un des huit genres de Formicinae: le genre Camponotus.

    5) Au sein du genre Camponotus, plusieurs caractères morphologiques ont permis de faire la distinction parmi neuf espèces. Des microstructures sont apparentes, donnant un effet mat à la surface du corps. De petits poils courts, relativement clairs, dorés, dressés ou aplatis sont visibles et ne cachent pas les microstructures du gastre. Le mesosoma, le pédicelle ainsi que les pattes laissent entrevoir une couleur rougeâtre. Les antennes sont insérées au sommet du clypeus (sclérite délimitant la marge inférieure de la face). L’acidopore ne porte pas de poils longs et épais.

    Photographie 2: Traits distinctifs de l’espèce Camponotus herculeanus

    Le premier article des antennes, lorsque celles-ci sont dressées, ne dépasse que très peu le coin de la tête. C’est cette caractéristique qui nous a permis de distinguer Camponotus herculeanus de Camponotus pennsylvanicus. En effet, chez C. pennsylvaticus, le premier article des antennes, le scape, est plus long et dépasse largement le coin de la tête; chez cette espèce, les poils sur le gastre sont également plus longs, cachant les microstructures.

    Photographie 3: Tête de Camponotus herculeanus

    2. Classification:

    Ainsi, notre individu appartient à l’espèce Camponotus herculeanus, selon la classification suivante:

    Règne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Ordre: Hymenoptera

    Sous-ordre: Aprocrita

    Famille: Formicidae

    Sous-famille: Formicinae

    Tribu: Camponotini

    Genre: Camponotus

    Espèce: Camponotus herculaneus (Linnaeus, 1758)

    III. Petite histoire de fourmis

                   a. Le genre Componotus:

    Le genre Camponotus est l’un des groupes les plus diversifiés dans le monde; ce genre est plus connu sous le nom populaire de « Fourmis Charpentière ».  Plus de 1 600 espèces et sous-espèces de Camponotus ont à ce jour été décrites; elles comptent ainsi pour plus de 10% des fourmis répertoriées. En Amérique du Nord, on dénombre 50 espèces (Aaron and al., 2012).

                   b. La socialité chez les Fourmis

    Les fourmis sont distinguables des autres insectes certes par leur morphologie, mais surtout par les comportements sociaux complexes, apparus il y a 150 millions d’années, ce qui les distinguent d’un bon nombre d’insectes.

    Les fourmis sont en effet eusociales (eu = vrai; vrai = socialité); elles forment des colonies pouvant aller de quelques dizaines à plusieurs millions d’individus. En effet, la fourmi est un insecte qui, par définition, ne peut vivre qu’avec ses congénères. La division des tâches induit une organisation rigoureuse des individus les uns par rapport aux autres afin que la fourmilière puisse fonctionner et se maintenir dans son environnement (3). Cette répartition précise des rôles constitue ce qu’on appelle les castes.

    L’eusocialité est apparu plusieurs fois au cours de l’évolution des hyménoptères; on retrouve des comportements sociaux chez des lignées d’abeilles.

    Les colonies chez Camponotus possèdent trois castes principales : les reines, qui sont généralement les plus grosses de toute la fourmilière; les mâles ailés, ne servant qu’à la reproduction, et les ouvrières, mesurant entre 6 et 13 mm de long. Au sein des fourmis, on trouve des genres dont le rôle des ouvrières peut changer selon les jours et les besoins de la colonie. Chez Camponus cependant, une fois que les oeufs éclosent, le rôle de la future ouvrière est déterminé et reste le même tout au long de la vie de l’ouvrière. Parmi les ouvrières, on trouve donc  différentes sous-castes, qui diffèrent selon la taille, leur apparence et leur rôle dans la colonie  (les majeures, les intermédiaires et les mineures). Les mineures sont plus petites, comme leur nom l’indique, et le sommet de leur tête est plus arrondi. Elles agrandissent le nid, s’occupent de l’élevage des larves et prennent soin des oeufs. Les majeures quant à elles, sont plus grandes et ont la partie postérieure de la tête angulaire. Elles assurent la protection et le ravitaillement des vivres pour la fourmilière. Les ouvrières assurent ainsi le maintien et le bon fonctionnement de la colonie. Elles n’ont pas la capacité de se reproduire et travaillent donc à toutes les activités autres qu’à la reproduction. Elles entreposent la nourriture, s’occupent des larves, défendent la colonie, tandis qu’une reine s’occupe uniquement du renouvellement des générations.

    Entre elles, les fourmis entretiennent de nombreuses relations comme des léchages interindividuels et des échanges de bouche-à-bouche. Ce phénomène est appelé trophallaxie. C’est un mode de transfert de nourriture qui est rendu possible grâce à la présence de deux estomacs. Le premier est destiné à la digestion de l’insecte lui-même tandis que le deuxième estomac, ou jabot social, permet le stockage de nourriture. Celle-ci est ensuite régurgitée afin de nourrir les fourmis restées dans la colonie. La trophallaxie permet donc un échange d’aliments, mais aussi d’informations sur la source de nourriture trouvée. (4) Paradoxalement, la vie en groupe présente aussi des risques. Par exemple, cela peut accroître la transmission des parasites et des pathogènes. La proximité génétique entre les individus peut favoriser cette transmission (5).

    c. Cycle de vie et reproduction

    Pour ce qui est du cycle de vie, l’accouplement des Camponotus a lieu au printemps. Les jeunes mâles et futures reines sont ailés : la copulation a lieu en vol. La reine ne s’accouple qu’avec un seul individu qui décède après l’avoir fécondée. Ensuite, elle brise volontairement ses ailes et  part à la cherche d’un emplacement idéal pour y fonder sa colonie. C’est dans un tronc, une souche ou même dans la charpente d’une maison que la reine va pondre et s’occuper seule de la première couvée d’ouvrières. Elle n’assurera ensuite que la ponte quand les ouvrières seront capables de prendre soin des larves et des oeufs. Les larves ressemblent à de petits vers blancs. Elles passent par quatre stades larvaires, puis tissent un cocon afin de devenir une prénymphe, forme intermédiaire immobile; puis finalement une nymphe blanche et immobile (6). C’est seulement après quelques jours que l’adulte métamorphosé émerge et prend sa coloration plus ou moins noire et rougeâtre selon l’espèce.

    D’après l’article sur les fourmis charpentières de «l’Espace pour la Vie» de Montréal, une fourmilière atteint les deux mille ouvrières et plus; soit en général de trois à six ans après la première ponte de la reine, on peut alors considérer que la colonie est bien consolidée. C’est à partir de ce moment que la reine donne naissance à des mâles et des futures reines. De nombreuses espèces donnent naissance aux nouvelles générations juste avant la période nuptiale. Chez notre «grande fourmi charpentière» cependant, les mâles ailés et les futures femelles sont produites à la fin de l’été et restent dans le nid à se faire nourrir par les ouvrières. C’est au printemps, vers le mois de mai que  toutes les fourmis ailées sortent du nid et s’envolent. Ensuite, le cycle des fourmis charpentières recommence. Les reines (et donc leur fourmilière) peuvent vivre plusieurs dizaines d’années, mais les ouvrières elles, ne vivent rarement plus d’un an, le temps d’une saison. (Aaron and al, 2012).

    Figure 4: Cycle de vie des fourmis (Aaron and al., 2012)

                   d. Particulartiés de Camponotus herculeanus

    Habitat : Camponotus herculeanus est une espèce qui établit sa fourmilière principalement dans les arbres, d’où son nom de fourmis charpentières. On en retrouve également dans les troncs où les bûches en décomposition sur la terre ferme. Occasionnellement, il est possible d’apercevoir des fourmilières dans les charpentes de maison. Pourtant ces fourmis ne se nourrissent pas du bois dans lequel elles vivent, car elles sont incapables de digérer la cellulose. Elles creusent le bois uniquement pour se loger. (6)

    Aire de répartition: Componotus herculaneus est présente presque partout sur la planète, à hautes latitudes. En Amérique du Nord, elle est présente partout à partir des états du nord des États-Unis, jusqu’au Canada, autant à l’est qu’à l’ouest. Il est possible de la trouver dans les territoires plus au sud des États-Unis mais à des altitudes plus élevées, là où les températures sont plus faibles.

    Biologie de l’espèce : Elle est l’espèce de fourmis la plus tolérante au froid. En effet, elle peut survivre à des  températures bien inférieures à -40°C. Camponotus herculeanus se nourrit de miellat d’insectes (pucerons, membracidés), ainsi que des sucs de plantes. Ces hyménoptères sont également des décomposeurs et constituent un maillon important dans le recyclage de la matière organique des sols. Lorsqu’elles s’invitent à l’intérieur des habitations, les fourmis charpentières peuvent manger presque tout ce dont les humains se nourrissent et s’installer confortablement dans les charpentes (d’où leur appellation). Fait intéressant, plusieurs reines non reliées de parenté peuvent cohabiter dans le même nid. Habitant dans les arbres, les prédateurs de Camponotus herculeanus sont principalement l’ours qui se nourrit des larves et des nymphes durant l’été et l’automne, et plusieurs espèces de pics en hiver.

    Photographie 4: Camponotus herculaneus dans un habitat potentiel (Aaron and al., 2012)

    REFERENCES:

    1. Borror, Donald J. et Richard E. White. 1970.” Insects – The Peterson field guides”, Houghton Mifflin Compagny, 408 pages
    2.  Aaron M. Ellison, Nicolas J. Gotelli, Elizabeth J. Farnsworth, Gary D. Alpert, 2012  “Field Guide to the ants if new england”, Yale University Press, 398 pages
    3. Bauer S. , Berthaud M. , Jean I. , Sellos C. , 2008 – “Fonctionnement d’une colonie et importance du recrutement chez la fourmi Formica rufa”, Université Paris-Sud; http://hebergement.u-psud.fr/ecotp/paimpont/2009/02%20Fourmis.pdf
    4. Danival De Souza – « Comportement social et réponses immunitaires chez la
      fourmi Camponotus fellah : Implications de la bacterie
      endosymbiote Blochmannia », 2008 :  https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/359092/filename/These_Danival_de_Souza.pdf
    5. Wikipédia – « Trophallaxie » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trophallaxie
    6. Site internet de l’Espace pour la vie de la ville de Montréal : http://espacepourlavie.ca/insectes-arthropodes/fourmis-charpentieres

     

     

  • Protichneumon grandis (Brullé 1846)

    Texte et identification du spécimen par Alexandra ANGERS et Eric GUERRA-GRENIER (édité par Étienne Normandin)

    Protichneumon grandis
    Protichneumon grandis mâle, capturé à la Station de Biologie des Laurentides, le 4 septembre 2014

    CLASSIFICATION (1)

    Ordre: Hymenoptera

       Sous-Ordre: Apocrita

          Superfamille: Ichneumonoidea

              Famille: Ichneumonidae

                   Sousfamille: Ichneumoninae

                       Tribu: Heresiarchini

                             Sous-tribu: Protichneumonina

                                 Genre: Protichneumon

                                       Espèce: Protichneumon grandis (Brullé 1846)

    Bien que comportant souvent un intérêt pour les photographes amateurs, l’espèce de parasitoïde Protichneumon grandis, seule espèce de son genre au Québec (2), ne semble pas faire le sujet de beaucoup d’études scientifiques. De plus, les taxonomistes ne s’entendent pas sur l’identification de cette espèce, stipulant l’existence de divers écotypes partageant une grande variation morphologique (3). Malgré cela, il est possible de synthétiser les informations actuelles sur cette espèce.

    Identification :

    Afin d’identifier un spécimen de Protichneumon grandis, soit un insecte hyménoptère faisant partie du groupe paraphylétique des «Parasitica», plusieurs critères importants peuvent être utilisés. D’abord, l’identification d’un spécimen comme membre de la super-famille des Ichneumonoidae, peut se faire relativement facilement grâce à plusieurs critères morphologiques. Par exemple, tous les membres de cette super-famille possèdent des antennes comportant un minimum de 16 articles plutôt que 12 ou 13 articles chez les autres hyménoptères (4). Aussi, on peut observer chez ce groupe que le trochanter, second segment de la patte, est lui-même divisé en deux segments (4). De plus, sur les ailes, on ne peut observer une cellule costale puisque les nervures du costa et du sous-costa de l’aile se retrouvent confondues (4). Quant à la famille des Ichneumonidés, la plus grande famille chez les hyménoptères avec environ 60 000 espèces (5), on peut la différencier de la famille des Braconidae grâce à leurs ailes. En effet, chez la plupart des Ichneumonidés, on observe deux nervures «m-cu» (1m-cu et 2m-cu) sur l’aile antérieure (4).

    ailesF
    Comparaison des nervures de l’aile antérieure de P. grandis entre le spécimen à l’étude et un schéma théorique (schéma par David Wahl (10), utilisé avec autorisation)

    L’identification de l’espèce P. grandis au sein du genre Protichneumon, elle, est relativement difficile à faire, due à sa grande variation morphologique. Dans le cas du spécimen à l’étude, présenté dans les photos de cet article, l’identification s’est faite grâce au manuel Marshall (p.545) (11) ainsi qu’en le comparant aux autres spécimens présents dans la Collection Entomologique Ouellet-Robert (QMOR). Puisque, tel que mentionné plus haut, P. grandis est la seule espèce de son genre au Québec, seuls des spécimens de cette espèce dans la collection démontraient une similarité morphologique presque parfaite avec le spécimen à l’étude.

    Gastre
    P. grandis mâle, gastre droit
    Antennes
    P. grandis mâle, antennes avec articles blancs

    Quant à l’identification du sexe du spécimen, ceux présents dans la  Collection Entomologique Ouellet-Robert démontre que l’espèce P. grandis est caractérisée par un important dimorphisme sexuel. En effet, sans la notion de sexe, les mâles et les femelles semblent appartenir à des espèces différentes. Le mâle est reconnaissable par la portion intermédiaire de ses antennes, d’un blanc caractéristique. Son gastre, lui, est droit. La femelle P. grandis, elle, possède des antennes noires et beaucoup plus longues que celle du mâle. Les derniers segments de son gastre sont recourbés afin de permettre le forage de substrat menant au parasitisme de leurs hôtes (voir section Écologie).

    Répartition géographique :

    Protichneumon grandis possède une répartition géographique assez grande. Bien que faisant partie d’un genre holarctique, cette espèce est exclusivement néarctique. Elle s’étend du Québec à la Colombie-Britannique, mais est également présente dans plusieurs états américains: Floride, Kansas, Oregon, Nouveau-Mexique, etc. (6,7) Sa répartition est donc similaire à celle de son hôte (8) (voir section Écologie).

    Dryocampa rubicunda
    Anisote de l’érable ou Rosy Maple Moth, Dryocampa rubicunda, QMOR

    Écologie :

    Il est bien connu que les parasitoïdes ont besoin d’hôtes dans lesquels pondre leurs œufs. Les femelles P. grandis, elles, utilisent comme hôte Dryocampa rubicunda Fabricius 1793 (Lepidoptera: Saturniidae) (6,7), aussi connu sous les noms vernaculaires Rosy Maple Moth (anglais) et Anisote de l’érable (français). Ce papillon est facilement reconnaissable par sa coloration éclatante, majoritairement jaune et rose (photo ci-haut). Ce qu’il y a d’intéressant avec cette association hôte-parasitoïde, c’est que les espèces du genre Ptotichneumon utilisent normalement des espèces de lépidoptères sphingidae (6,7) comme hôtes. Or, l’anisote de l’érable, tel que mentionné précédemment, est un membre de la famille des saturniidés (8). L’explication du transfert de famille hôte chez P. grandis tient donc dans le fait que D. rubicunda est sphingiforme (6,9). En effet, les saturnidés ceratocampines, dont fait partie l’anisote de l’érable, ont un développement larvaire très similaire à celui des sphingidae, tant au niveau anatomique que comportemental (9). La larve de D. rubicunda est donc assez similaire aux larves sphingidés pour être acceptées comme hôtes par Protichneumon grandis.

    Références :

    1. http://bugguide.net/node/view/338092
    2. https://www.mffp.gouv.qc.ca/publications/forets/fimaq/collections/liste-hymenopteres.pdf
    3. http://www.discoverlife.org/proceedings/0000/6/html/Ichneumonidae.html
    4. http://www.cegep-ste-foy.qc.ca/profs/gbourbonnais/entomo/hymenopteres_2.pdf
    5. http://www.ichneumonoidea.name/
    6. http://lepidopteraresearchfoundation.org/pdf/pdf33/33-001.pdf
    7. http://eol.org/pages/16348431/overview
    8. http://eol.org/pages/503873/détails
    9. http://books.google.ca/books?id=wTNnPaLszyQC&pg=PA265&lpg=PA265&dq=ceratocampine&source=bl&ots=AunytybH5s&sig=DEPkBmY3dLgB1lZ836Qcu8CE9cw&hl=fr&sa=X&ei=u0tJVOjeGYW1yATwy4DgBg&ved=0CB0Q6AEwAA#v=onepage&q=ceratocampine&f=false
    10. http://www.amentinst.org/GIN/morphology.php
    11. MARSHALL, S.A. Insects, their natural history and diversity, Firefly Books, 2006, Ontario, 718 p.
  • Vespula vulgaris (Linné 1758)

    la guêpe commune

    Par Antoine Asselin-Nguyen & Mélissa Le Guerrier (édité par Étienne Normandin)

    Texte et images © 2014, CC BY-NC-SA 4.0 les auteurs

    (C) Josef Dvorak www.biolib.cz pour BWARS
    (C) Josef Dvorak www.biolib.cz pour BWARS. Utilisée avec l’autorisation du photographe.

    Classification :


    Ordre Hymenoptera

    Sous-ordre Apocrita

    Famille Vespidae

    Sous-famille Vespinae

    Genre Vespula

    Espèce Vespula vulgaris


    Quand on pense au mot «guêpe», on pense aux piqûres douloureuses ! Les guêpes ont une connotation très négative : elles sont vues comme des insectes agressifs, car elles viennent perturber les activités récréatives humaines et peuvent causer des réactions anaphylactiques (allergiques) ou même parfois la mort. D’ailleurs, chaque année, deux à huit Québécois meurent après avoir été piqués par une guêpe ! Pourquoi ? Les espèces du genre Vespula sont attirées par le sucre et la viande, ce qui explique leur comportement envahissant lors des barbecues et pique-niques. Mais intéressons-nous un peu plus à la biologie de la guêpe commune…

    Le 4 septembre 2014, un spécimen de Vespula vulgaris a été capturé à la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal.

    tache noire caractéristique en forme d’ancre
    tache noire caractéristique en forme d’ancre
    (C) Tim Evison
    (C) 2007, Tim Evison.  CC BY-SA 2.5

    Caractères à l’identification

    Le spécimen possède les caractéristiques typiques de l’ordre des hyménoptères, telles que des pièces buccales broyeuses, des antennes avec généralement 9 segments ou plus, et une grande paire d’ailes antérieures liée à une petite paire d’ailes postérieures par des crochets (hamuli). La famille  des Vespidés inclut les guêpes sociales, et la sous-famille  des Vespinés comporte les «guêpes vraies» : ces guêpes sont les mieux connues. Elles ont une taille très mince (le pétiole de l’abdomen), un abdomen rayé noir et jaune, et des antennes à 12 (reine et femelles) ou 13 segments (mâles).

    Toutefois, le critère important pour l’identification de l’espèce est une simple tâche noire ! Ce spécimen est sans aucun doute Vespula vulgaris puisqu’il possède la tache noire en forme d’ancre sur son clypéus, une caractéristique des guêpes communes. L’espèce a été décrite pour la première fois par le célèbre naturaliste suédois Carl von Linné en 1758.

    Les ailes des Hymenoptera sont complètement membraneuses
    Les ailes des Hymenoptera sont complètement membraneuses

    Distribution géographique

    Le genre Vespula tire son origine de l’Europe, et l’histoire montre sa nature très envahissante. Les colonies sont relativement petites, soit de seulement quelques milliers d’individus. L’espèce Vespula vulgaris se trouve dans la région holarctique, mais également à Hawaii, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Elle est très commune au Québec et dans le reste de l’Amérique du Nord.

    Biologie et cycle de vie

    Un individu

    La guêpe commune fait une métamorphose complète. La reine dépose un oeuf par alvéole (cellule) du nid, qui suit une période d’incubation de quelques jours. La larve est de type asticot, avec une tête bien développée. Elle s’alimente de la nourriture qu’on lui apporte et croît dans son alvéole. Elle fait la nymphose en tissant un cocon de soie qui ferme l’alvéole, et passe ainsi au stade adulte. La jeune guêpe coupe alors la soie à l’aide de ses mandibules et devient un adulte fonctionnel de la colonie.

    Une colonie

    Dans les zones tempérées où on doit survivre à travers les mois de froid, une colonie est toujours amorcée par une reine solitaire qui s’est accouplée l’automne précédent et a passé l’hiver en état de torpeur (hibernation). Les reines des Vespinés hibernent seules dans le sol plutôt qu’en amas, et cherchent un endroit ou faire son nid dès le réveil. Au printemps, la reine construit un nid en papier, et pond des oeufs. Sa progéniture est des femelles stériles qui seront ouvrières à l’âge adulte. La reine s’occupe seule de la construction, du fourrageage (recherche de nourriture) et des soins d’une petite couvée de larves jusqu’à ce que les premières ouvrières émergent. Ensuite, la reine se spécialise uniquement dans la ponte et quitte rarement le nid. Les ouvrières s’occupent alors de nourrir les jeunes avec divers insectes mâchés afin d’agrandir le nid. Tout au long de l’été, il prendra de l’expansion à mesure que le nombre d’ouvrières augmente. Le nid est fait de papier: un mélange de bois mâché et de salive de guêpe. Il est parfois très gros, et on peut en voir suspendus aux avant-toits ou dans les arbres. À la fin de la saison chaude, la reine pond des oeufs qui produisent des femelles et des mâles fertiles, qui continueront à leur tour le cycle de vie d’une colonie l’année suivante ! Lorsque la saison froide arrive, toute la colonie et même la reine meurent, laissant seulement les nouvelles reines qui passeront à leur tour à un état de torpeur.

    Il est intéressant de noter que dans les régions avec moins de fluctuations climatiques, les guêpes ont des colonies beaucoup plus grandes et sont beaucoup plus envahissantes (Australie, Nouvelle-Zélande), car il n’y pas de diminution de température qui cause la mort de la colonie. À vrai dire, la surabondance de Vespula vulgaris est très problématique dans ces pays : c’est par des traitements comme l’emploi de poussières toxiques et d’aérosols que les nids sont détruits et que les colonies sont éradiquées. De quoi profiter de pique-niques et barbecues en toute quiétude !

    La taille de guêpe en gastre est caractéristique du sous-ordre Apocrita
    La taille de type gastre de la guêpe est caractéristique du sous-ordre Apocrita

     

    D’où vient ce goût pour le sucre et la viande et cette violence envers les humains ?

    Au début de la saison, la nourriture des guêpes est surtout constituée d’insectes vivants et de miellat des pucerons tombés sur le feuillage. Cependant, vers la fin de la saison, lorsque les femelles fertiles naissent, il n’y a plus de cohésion dans la colonie et toutes les ouvrières sont désorientées. Celles-ci cherchent alors d’autres sources de nourriture comme des aliments sucrés et de la viande. Cela explique bien pourquoi c’est à la fin de l’été que les guêpes s’incrustent dans  les activités humaines. Sans la nécessité d’agrandir le nid ou de nourrir les petits, ce sont ces ouvrières désorientées qui piquent si elles se sentent attaquées.

    Et l’Homme devrait-il se défendre ? C’est à vous de juger, mais attention : sachez qu’une étude montre qu’en réponse à l’écrasement de l’appareil piqueur, une phéromone d’alarme est relâchée, ce qui causera d’autres guêpes du nid à venir à la rescousse ! Comme quoi il vaudrait mieux les laisser tranquilles…

     


     

    Références

    Borror, D.J., White, R.E. (1999) Les insectes de l’Amérique du Nord, Broquet, 408 pages.

     

    Evans, H.E., Eberhard, M.J.W. (1973) The Wasps, David & Charles (Holdings) Limited, 265 pages.

     

    Gauld, I., Bolton, B. (1988) The Hymenoptera, Oxford University Press, 332 pages.

     

    Jones, J.A. (2012) Wasp facts and information, lulu.com, 42 pages.

     

    New, T.R. (2012) Hymenoptera and Conservation, Wiley-Blackwell, 218 pages.

     

    Reed, H.C., Landolt, P.J. (2000) Application of alarm pheromone to targets by southern yellowjackets (Hymenoptera : Vespidae), Florida Entomologist, Volume 83, pages 193-196

  • Melanoplus femurrubrum (De Geer 1773)

    Par Marie-Line Buteau et Sarah Merheb (édité par Étienne Normandin)

    Photo 2014-10-09, 11 20 27 AM (HDR)

    Cette espèce a été capturée à la station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

    Taxonomie

    Identifier en 1773 par l’entomologiste Charles De Geer, Melanoplus femurrubrum , le Mélanople à pattes rouges, fait parti de la classe des Insectes, l’ordre des Orthoptères et la famille des Acrididés (De Geer, 1773). Cette famille est caractérisée par des antennes plus courtes que le corps et l’absence d’appareil stridulatoire sur les élytres (Vickery et Kevan, 1985). L’espèce fait partie du genre Melanoplus qui englobe des espèces herbivores dont certaines sont nuisibles à l’agriculture (Bland, 2003). Notamment, Melanoplus femurrubrum est caractérisé par les tibias des pattes postérieures rouge-orangé et des fémurs brunâtres variant au jaune aux extrémités. La face externe des fémurs présente généralement un motif à chevron olivâtre. Il est intéressant de noter qu’il existe une forme rare de l’espèce de couleur bleue. Il a été possible d’identifier et de différencier, selon Vickery et Kevan (1985), notre espèce en observant la position et la forme de l’ovipositeur. Les ailes sont complètement développées et vont au-delà du bout des fémurs postérieurs.

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    Fig.1 La face externe des fémurs présente un motif à chevron olivâtre

    Fig.2 Les ailes sont complètement développées

    Reproduction

    Certains Acrididés produisent des sons grâce aux fémurs des pattes postérieurs qui possèdent des protubérances sur la face interne. Ils exécutent des oscillations rapides de leurs pattes postérieures qui permettent à ces protubérances de frotter contre une nervure saillante de leurs ailes (Dumortier, 1966). Cependant, les espèces du genre Melanoplus ne produisent pas de son puisque ceux-ci n’ont pas d’organes stridulatoires sur les fémurs postérieurs. En effet, les mâles ne produisent aucun son pour courtiser une partenaire, mais lorsqu’ils rencontrent une femelle, ceux-ci déplacent leurs antennes et font vibrer leurs fémurs postérieurs. Ce comportement particulier permet, par le fait même, aux femelles de reconnaitre les mouvements propres à leur espèce (Pickford et Gillot, 1972).
    Cela dit, la période de reproduction débute à l’été allant jusqu’au milieu de l’automne pendant que les adultes sont actifs. En conséquence, cette espèce ne produit qu’une seule génération par année. Les femelles pondent leurs œufs dans le sol à l’aide de leur ovipositeur. Les œufs pondus durant l’été n’éclosent pas avant l’arrivée du printemps suivant. (Capinera, 2008). Ainsi, les immatures naissent et deviennent adultes vers juillet en passant par plusieurs stades immatures. Il faut noter que l’ordre des orthoptères est un ordre ayant une métamorphose incomplète. De plus, le temps du stade immature est plus rapide lorsque la température est plus élevée. Malheureusement, les adultes meurent lors de l’arrivée de l’hiver à cause du froid.
    Melanoplus. femurrubrum possède de nombreux prédateurs, dont des insectes parasites, des mites ainsi que des nématodes. Il semblerait, selon Bland (1976), que ces derniers ont le plus grand impact sur la population du Mélanople à pattes rouges. De même, la disponibilité de la nourriture semble être un autre facteur limitant pour les populations de M. femurrubrum. Une diversité dans les plantes disponibles est aussi importante pour répondre au besoin des différents stades immatures.

    Répartition

    Melanoplus femurrubrum est très répandu en Amérique du Nord. Il peut facilement se déplacer grâce à son vol puissant qui lui permet de voler plus longtemps et donc de se disperser et de trouver de nouveaux habitats pendant les années de sécheresses (Pfadt, 1994). Normalement, on retrouve cette espèce dans les champs, les prairies, les prés et dans la végétation bordant les sentiers, des habitats qui abondent en Amérique du Nord depuis le développement de l’agriculture. De plus, selon Thompson (1992), ce melanople présente une grande plasticité phénotypique au sein de l’espèce, ce qui lui confère une bonne capacité d’adaptation. Son alimentation est composée de plantes herbacées ou même d’herbe ce qui le rend nuisible à certaines cultures comme la luzerne, le soya, les légumineuses ou encore l’avoine. Ces caractéristiques expliquent bien le succès démographique de l’espèce et son abondance (Bland, 2003).

    Impact

    Cette espèce peut endommager gravement certaines cultures surtout dans l’est du Canada et des États-Unis. Entre autres, elle est particulièrement nuisible aux légumineuses et au sojaMelanoplus sanguinipes, une espèce semblable, serait beaucoup plus ravageuse, car celle-ci est capable d’effectuer de grosses migrations de masse pouvant ainsi dévaster des cultures lors de son passage. (Bland, 2003)

    RÉFÉRENCES

    Bland R.G. (1976) Effect of Parasites and Food Plants on the Stability of a Population of Melanoplus femurrubrum. Environmental Entomology, 5(4) : 724-728.

    Bland R.G. (2003) The orthoptera of Michigan, Biology, keys and descriptions of Grasshoppers, Katydids and Cricket. Michigan state University Extension, Michigan, p.94.

    BugGuide.Net. 2003-2014  << Species Melanoplus femerrubrum– Red-legged Grasshopper>>. En ligne. Page consultée le 25 octobre 2014.

    Capinera J. L. (2008) Encyclopedia of Entomology, Redlegged Grasshopper, Melanoplus femurrubrum (Degeer) (Orthoptera: Acrididae. Springer, London, pp 3119-3123.

    De Geer C. (1773) Mémoire pour servir à l’histoire des insectes, p.498. En ligne. Page consultée le 25 octobre 2014.

    Dumortier B.(1966) La stridulation et l’audition chez les Insectes Orthoptères. Aperçu historique sur les idées et les découvertes jusqu’au début du XXe siècle. Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. 19(1) : 1-28.

    Pfadt R.E. (1994) Field Guide to Common Western Grasshoppers, Part 4. Wyoming Agricultural Experiment Station, Bulletin 912, pp 133-136.

    Pickford R. et C. Gillot (1972) Courtship behavior of the migratory grasshopper melanoplus sanguinipes (Orthoptera : Acrididae). The Canadian Entomologist, 104 (5) : 715-722.

    Thompson D.B. (1992) Consumption rates and the evolution of diet-induced plasticity in the head morphology of Melanoplus femurrubrum (Orthoptera: Acrididae). Oecologia, 89 (2) : 204-213.

    Vickery V.R. et D.K.M. Kevan (1985) The insects and arachnids of canada, part 14: The Grasshoppers, Crickets and Related Insects of Canada and Adjacent Regions. Agriculture Canada, Canada, 918 pages.

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