Category: Espèces d’insectes du Québec

  • Endomychus biguttatus (Say 1824)

     Par Alexie DROUIN et Jean-Michel MATTE (édité par Étienne Normandin)

    Sauf quand autrement indiqué, texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Ordre Coleoptera
    Sous-ordre Polyphaga
    Infra-ordre Cucujiformia
    Superfamille Cucujoidea
    Famille Endomychidae
    Sous-Famille Endomychinae
    Genre Endomychus
    Espèce Endomychus biguttatus

    Endomychus biguttatus, décrit par Say en 1824, est un petit coléoptère de la superfamille Cucujoidea, dans laquelle on retrouve également les coccinelles. Bien qu’il arbore des élytres visuellement semblables à celle-ci (voir Figure 1), notre spécimen se retrouve plutôt dans la famille des Endomychidae, qui regroupe environ 1800 espèces réparties en 12 sous-familles, dont la majorité se nourrit de champignons. En fait, dans de nombreuses classifications, la famille Endomychidae est considérée comme étant le groupe soeur de la famille Coccinellidae. Historiquement, certaines phylogénies plus anciennes allaient jusqu’à les placer dans le même taxon, soit les « Trimera », sous le prétexte qu’ils possédaient tous les deux des tarses pseudo-trimères (Tomaszewska, 2000). Nous savons aujourd’hui que cela est faux, et que cette condition n’est restreinte qu’à quelques sous-familles d’endomychidés, dont les Endomichinae. Malgré ces informations, relativement peu d’études ont été faites sur la famille, et encore moins sur l’espèce, donc plusieurs caractéristiques restent peu définies à ce jour.

    bigattatusFigure 1. Spécimen d’Endomychus biguttatus capturé à la Station de biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, le 4 septembre 2014. Vue latérale et dorsale.

    Biologie générale

    Il n’existe aucune espèce d’endomycide obligatoirement xylophage (qui se nourrit de bois), mais on les retrouve quand même très souvent sous l’écorce des arbres (Blatchely, 1910; White, 1983). Par contre, ils sont plutôt associés aux basidiomycètes ligneux qui se retrouvent dans les arbres malades ou morts. En effet, les endomycides sont reconnus pour vivre dans des champignons (d’où leur nom: endo signifie à l’intérieur et mycide réfère aux champignons), et les hôtes observés pour notre espèce sont Schizophillum commune, Hirneloa mesenterica et Auricularia auricula (Shockley, 2009). Ils sont mycophages et, comme la majorité des espèces de leur famille, ils se nourrissent surtout de l’hyphe du champignon hôte, ou de la portion charnue de son corps. De plus, plusieurs spécimens ont été découverts dans des carcasses de cochons hautement décomposées (Shockley, 2009), ce qui suggère une capacité quelconque de nécrophagie, bien que la raison de leur présence dans ces cadavres soit nébuleuse.

    Il y a habituellement deux périodes de reproductions principales pour cette espèce, soit au printemps et à l’automne (Shockley, 2009). Cela coïncide avec la période de sporulation de son hôte reproductif obligatoire, Schizophillum commune. Notre espèce est l’une des rares espèces qui recouvre ses œufs après la ponte: habituellement, elle les dissimule avec l’hyphe solide de son hôte. Leur développement est cependant assez lent, et prends environ 35 jours. Après l’éclosion, la larve traversera 4 stades larvaires, avant de devenir une pupe puis un adulte, puisque les coléoptères sont des insectes holométaboles (à métamorphose complète). Endomychus biguttatus passe du stade de pupe au stade d’adulte ténéral en un temps moyen de 243 heures (Leschen et Carlton, 1988), puis du stade ténéral à adulte mature et sclérotisé en un temps moyen de 48 heures. Le développement à partir du stade de pupe dure donc un peu plus de 12 jours. En comparaison avec de nombreuses autres espèces mycophages se nourrissant sur des champignons frais, son temps de développement est relativement long. En effet, certaines espèces passent de l’œuf à l’adulte mature en seulement 11 jours. Cette différence entre les espèces peut être expliquée par leur lien avec leur espèce hôte : plus le champignon est dense, plus le taux de développement est élevé (Leschen et Carlton, 1988).

    Comme la coccinelle, notre espèce est capable d’excréter un liquide organique laiteux en guise de défense chimique lorsqu’il est soumis à un stress. Il contient une bonne proportion d’hémolymphe, le liquide dans lequel baignent les organes, mais il contient aussi beaucoup de composés chimiques toxiques pour les prédateurs. La substance est également hautement amère. Après l’excrétion, le coléoptère lave son corps frénétiquement pour en faire disparaitre les résidus.

    Distribution

    Les coléoptères de la famille des endomycides sont présents dans toutes les régions biogéographiques de la planète, mais leur diversité est à son apogée en Afrique, en Asie et en Amérique (Shockley, 2009). Notre espèce, quant à elle, est très abondante dans la portion est de l’Amérique du Nord. Pour survivre aux hivers rigoureux, elle passe l’hiver dans la litière ou sous l’écorce des arbres.

    Morphologie

    Certaines caractéristiques sont propres à la famille des Endomychidae et nous ont guidés dans l’identification de notre spécimen. Parmi celles-ci, on retrouve la présence d’une ou deux paires de sillons longitudinaux, de lignes sur la marge latérale ou de petites dépressions sous-basales ; une formule tarsienne de type 3-3-3 ou 4-4-4, qui correspond au nombre de segments du tarse sur chacune des paires de pattes, de l’avant vers l’arrière ; la présence d’une suture fronto-clypéale (le clypéus étant un des sclérites présent sur la marge inférieure de la face de l’insecte) ; l’absence de rainures sur les antennes ; la composition des antennes est typiquement de 11 segments (les trois derniers sont plus larges que les précédents), ainsi que l’absence de lignes sur le premier sclérite abdominal situé sous le coxa (Lawrence et al., 1999; Tomaszewska, 2000; Skelley et Leschen, 2002).

    fig 2

    Figure 2. Photographie du stade adulte d’Endomychus biguttatus, avec identification des parties anatomiques visible. Vue dorsale. © Nicholas Gompel, modifiée pour l’identification
    de la morphologie par Jean-Michel Matte

    Pour identifier ce spécimen, un des premiers caractères révélateur est le motif sur ses élytres : il y a quatre taches sombres sur un fond uni brun-rouge (voir Figure 2). Le motif est caractéristique de l’espèce : les deux taches près de l’apex de l’élytre sont plus larges, alors que les deux plus haute sont parfaitement rondes. De plus, son écusson triangulaire est noir, ainsi que le pronotum et sa tête.

    fig 3

    Figure 3. Schéma du premier stade larvaire d’Endomychus biguttatus. Vue dorsale.
    © Leschen & Carlton, 1988

    Durant le premier stade larvaire, on voit apparaitre plusieurs épines sur les côtés du prothorax, qui serviront à percer l’œuf, qui seront perdu aux stades subséquents (Leschen et Carlton, 1988). Toutes les larves ont une mâchoire inférieure proéminente et un corps sclérifié et aplati dans l’axe dorso-ventral (voir Figure 3).

    fig 4

    Figure 4. Schéma de la pupe d’Endomychus biguttatus. Vue dorsale.
    © Leschen & Carlton, 1988

    Pour ce qui est de la pupe, elle a une longueur moyenne de 5 mm, une couleur rosée et des spiracles sont présents sur les cinq premiers segments de l’abdomen (voir Figure 4).

    Bibliographie

    Blatchley, W. S. (1910), An illustrated descriptive catalogue of the coleoptera or beetles (exclusive of rhynchophora) known to occur in Indiana. Nature Publishing Co., Indianapolis, 1385 pp.

    Lawrence, J. F., Hastings, A. M., Dallwitz, M. J., Paine, T. A. et Zurcher, E. J. (1999), Endomychidae (major part). Beetles of the World: A Key and Information System for Families and Subfamilies. CD-ROM, version 1.0 for MS-Windows. CSIRO Publishing, Melbourne.

    Leschen, R. A. B. et Carlton, C. E. (1988), Immature stages of Endomychus biguttatus Say (Coleoptera : Endomychidae) with observations on the alimentary canal. Journal of the Kansas Entomological Society, 61 (3) : 321-327.

    Shockley, F. W., Tomaszewska, K. W. et Mc Hugh, J. V. (2009), Review of the natural history of the handsome fungus beetles (Coleoptera : Cucujoidea : Endomychidae). Insecta Mundi, 72 (1) : 1-24.

    Skelley, P.E. et Leschen, R.A.B. (2002), Endomychidae. Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionidae. American Beetles, 2 (1) : 366-370.

    Tomaszewska, K. W. (2000), Morphology, phylogeny and classification of adult Endomychidae (Coleoptera: Cucujoidea). Annales Zoologici, 50 (4) : 449-558.

    White, R. E. (1983), A field guide to beetles of North America. Houghton Mifflin, Boston, 404 pp.

  • Geotrupes balyi Jekel 1865

    Par Pedro Paulo CASTRO GRILLO et Alexandre MARCHAND-THERIAULT (édité par Étienne Normandin)

    Geotrupes balyi Jekel 1865

    Préparation et condition du spécimen:

    Le spécimen a été capturé le 4 septembre 2014 aux environs de la Station Biologique des Laurentides de l’Université de Montréal. Il a été trouvé à proximité d’un sentier menant au lac Geai. Du fait de sa taille considérable et de la robustesse de son corps, son état de conservation était très satisfaisant.

    Vue latérale du spécimen, après piqure. Octobre 2014.
    Vue latérale du spécimen, après épinglage. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Capture du spécimen à proximité d’un sentier à côté du lac Geai. Station de biologie des Laurentides, Université de Montréal. Septembre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    L’identification:

    L’identification du spécimen s’est fait initialement (au niveau de l’espèce) grâce au Guide d’identification: Les Insectes du Québec (Dubuc, 2007), le 9 octobre 2014, et ensuite confirmée au niveau de la famille Geotrupidae grâce à l’Atlas écologique des Coléoptères du nord-est de France le 19 octobre 2014 (Atlas écologique des Coléoptères du nord-est de France 2010). Les  critères suivants ont permis son identification:

    -Antennes latérales, formées par 11 segments, dont les 3 derniers sont asymétriques et plus volumineux que les autres.

    -Labre fortement visible et proéminent, palpes maxillaires ayant 4 segments.

    -Pronotum et élytres convexes,  striation des élytres, scutellum triangulaire.

    -Abdomen présentant 6 métamères.

    -Pattes antérieures avec des tibias et fémurs fortement dentés.

    -Pattes postérieures dont les tibias portent plusieurs carènes sur leur face externe.

    Morphologie générale d'un Geotrupidae. ©2014 Posté par Guppy88 le 26/12/2013 12:30:01. Dessin: Stéphane Charrier http://blenderclan.tuxfamily.org/html/modules/newbb/print.php?form=1&topic_id=39995&forum=5&order=ASC&start=20
    Morphologie générale d’un Geotrupidae. ©2014 Publiée par Guppy88 le 26/12/2013 12:30:01. Dessin: Stéphane Charrier 
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    Vue en d’en haut de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Vue frontale de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
    Vue latérale de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
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    Vue d’en dessous de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs
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    Vue frontale rapprochée de notre spécimen. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le descriptif du genre Geotrupes de la partie boréale de l’Amérique (Horn 1867) ne nous a que partiellement aidé à confirmer l’espèce, puisque que les critères d’identification étaient difficiles à discerner pour nous, ayant l’oeil peu expérimenté. Cependant, la comparaison avec les différentes espèces de la famille des Geotrupidés du Québec au sein de la Collection entomologique Ouellet-Robert (QMOR) à l’Institut de recherche en Biodiversité Végétale (IRBV) le 9 octobre 2014, a permis de confirmer la nomenclature de notre spécimen. Le démonstrateur et étudiant au doctorat en entomologie avec le professeur Colin Favret, Thomas Théry, a contribué au discernement des critères importants à vérifier lors de la comparaison des espèces présentes à la collection.

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    Spécimen récolté et les spécimens de QMOR. Octobre 2014. ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Position taxinomique de l’espèce (selon Integrated Taxonomic Information System 2012):

    Règne: Animalia

    Embranchement: Arthropoda

    Classe: Insecta

    Sous-classe: Pterygota

    Infra-classe: Neoptera

    Super-ordre: Holometabola

    Ordre: Coleoptera Linnaeus 1758

    Sous-ordre: Polyphaga Emery 1886

    Infra-ordre: Scarabeiformia Crownson 1960

    Super-famille: Scarabaeoidea Latreille 1802

    Famille: Geotrupidae Latreille 1802

    Sous-Famille: Geotrupinae Latreille 1802

    Genre: Geotrupes Latreille 1797

    Espèce: Geotrupes balyi Jekel 1865

    Distribution géographique:

    L’espèce Geotrupes balyi a été répertoriée dans l’est des États-Unis. Cette espèce est indigène du Canada et des États-Unis où on la retrouve régulièrement. Vingt-huit espèces de la famille des Geotrupidés ont été recensées en Amérique du Nord dont 13 au Canada. Geotrupes balyi est fréquemment retrouvée à l’est du Canada, dont au Québec et au Nouveau-Brunswick (Webster et al. 2012; Encyclopedia of Life 2011; Discover Life 2009)

    Alimentation:

    Les coléoptères du genre Geotrupes, (du grec ;  « Geos » : terre, « trypetes » :creuseurs), s’alimentent de fèces d’animaux. Ils vont transporter leur aliment et, comme leur nom le précise, ils vont creuser dans le sol afin d’entreposer les fèces et y déposer leurs oeufs. (Plewinska 2007).

    Ce genre d’insecte fait partie de la famille des Geotrupinés qui, tout comme la plupart des Scarabaeinés, vont transporter des quantités importantes d’excréments d’animaux en leur donnant une forme de boule. Cette boule va être roulée et poussée par leurs pattes postérieures et médianes, sur des distances considérables. Une fois arrivées dans un endroit propice, ces boules vont être enterrées pour ne pas attirer d’autres individus intéressés par le banquet (Bornemissza 1969; Bornemissza 1976; Hayakawa 1977)

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    « Scarabaeus laticollis near a nuraghe near Monte Tiscali, Sardinia, Italy ». Le 12 avril 2006. Par Rafael Brix. Copyright ©2007 GNU Free Documentation License.

    Comme la plupart des coléoptères coprophages, les geotrupes ont développé des organes sensoriels extrêmement sensibles afin de pouvoir détecter des ressources alimentaires situées à de longues distances. Cette détection se fait par l’intermédiaire de produits chimiques émis par les excréments d’animaux, tels que le butanol, le phénol, le crésol, l’indole, et le scatole (Plewinska 2007; Inouchi et al. 1987)

    Chez certains groupes de coléoptères, tels que les xylophages, des agglomérations massives se font autour de grandes quantités de ressources alimentaires. Ceci se fait grâce au développement de moyens de communication, comme les phéromones, agissant de manière intra-spécifique. Ces phéromones vont attirer les individus d’une même espèce vers la source de nourriture pour ainsi augmenter leurs chances de se trouver un partenaire sexuel et donc augmenter leur succès reproducteur (Jurc et al. 2012). Des agglomérations massives de géotrupes sont parfois observées, ce qui laisse croire que ce mécanisme d’attraction intra-spécifique est également utilisé chez les Geotrupidés (Galante et al. 1995)

    Reproduction:

    La construction du nid pour accueillir les œufs se fait en coopération par la femelle et le mâle. La majorité de la formation du nid est cependant assurée par la femelle. Lors de la copulation de plusieurs espèces du genre Geotrupes, le mâle agrippe la femelle en glissant ses pattes sur les élytres et le pronotum. Ensuite, il introduit son édéage dans la femelle pour une dizaine de minutes. La femelle se défait ensuite de l’emprise du mâle pour mettre fin à la copulation. Par la suite, elle se dirige vers le site de couvée du nid pour y pondre ses œufs. Les femelles des espèces de Geotrupes possèdent deux ovaires ainsi que six ovarioles par ovaire qui sont plus ou moins réduits selon l’espèce. Chaque ovariole produit au minimum un oocyte. Lorsque l’oocyte est mature, le petit pédicelle de l’ovariole qui est relié aux oviductes latéraux laisse alors passer les œufs en direction du vagin. Les femelles peuvent également emmagasiner le sperme des mâles à l’intérieur de leur spermathèque. Lorsque les conditions environnementales sont propices pour la formation de la progéniture, la contraction des muscles de la spermathèque permet d’expulser les spermatozoïdes et permettre ainsi la fécondation (Halffter et al. 1985, Whipple 2011, Nichols et al. 2008).

     

    Image originale par Bugboy52.40: "The life cycle of the stag beetle, including the 3 instars". Modification par les auteurs selon la permission de l'image originale ©2014 CC BY-SA 3.0
    Image originale par Bugboy52.40: « The life cycle of the stag beetle, including the 3 instars ». Modification par les auteurs selon la permission de l’image originale ©2014 CC BY-SA 3.0

    Le premier et le second stade larvaire durent environ dix jours chacun, tandis que le troisième stade larvaire ainsi que la nymphe durent 190 et 44 jours respectivement. L’adulte émerge après 30 à 40 jours en stade nymphal. Le cycle de vie complet dure de 303 à 313 jours, dont un développement embryonnaire de dix jours. Les excréments de la larve durant le troisième stade servent de composant pour la membrane de la nymphe qui est molle par endroits et rigide à d’autres endroits. Avant la nymphe, la larve pèse de 2,5 à 3,0 g, puis après la formation de la membrane de la nymphe, son poids chute à 0,5 g en raison de l’excrétion du contenu de son intestin. La larve s’allonge, mesurant 6 cm par 3 cm (Halffter et al. 1985).

    Importance écologique et économique:

    Tel que mentionné plus haut, cette espèce de coléoptère est coprophage, les individus étant également appelés « bousiers ». Les insectes coprophages sont d’une grande importance pour les milieux dont ils font partie. Leur alimentation composée de matières fécales provenant d’autres animaux, permet le recyclage de nombreux nutriments présents dans ces dernières. Ils jouent ainsi un rôle majeur dans la bioturbation des écosystèmes (Galante et al. 1995; Whipple 2011)

    Les bousiers sont également considérés comme des agents de dispersion des graines contenues dans les excréments animaux. Du fait qu’ils ne consomment pas ces graines, elles vont rester enterrées et vont avoir de bonnes chances de germer ainsi qu’un engrais riche à cause des restes de fèces. Les bousiers vont donc contribuer grandement à la diversification végétale des milieux (D’hondt et al. 2008).

    Leur alimentation exclusive tant pour les larves que pour les adultes, leur permet de faire compétition face à d’autres espèces considérées comme nuisibles pour les activités humaines, comme les larves coprophages mais ayant un imago hématophages, detrivores, ou parasitaires (ex: certaines espèces de diptères, nématodes, protozoaires). La présence des bousiers est donc considérée comme avantageuse, entre autres, par les éleveurs de bétail (Galante et al. 1995). Les États-Unis, avec 56% de leur bétail traité chimiquement pour le contrôle des diptères et des parasites internes, a évalué que l’économie en pesticides grâce aux bousiers s’élève à 380 millions de dollars annuellement (Losey et Vaughan 2006)

    Du fait de la grande sensibilité des bousiers à la modification de leur habitat (fragmentation, perte de végétation), ou de la composition de leur alimentation, ils constituent des indicateurs naturels de l’état des milieux. Des relations entre une diminution de leur abondance et le niveau de pollution d’un milieu par exemple, peuvent être établies pour évaluer la « santé » d’un écosystème (Nichols et al. 2008).

    Bibliographie:

    Atlas écologique des Coléoptères du Nord-Est de France (2010) Famille Geotrupidae. [En ligne] http://www.sibnef1.eu/gb/coleoptera/Geotrupidae/family/descGeotrupidae.html (Consulté le 22 octobre 2014)

    Bornemissza, G. F. 1969. A new type of brood care observed in the dung beetle Oniticellus cinctus (Scarabaeidae). Pedobiologia. Vol. 9. p. 223–225.

    Bornemissza, G. F. 1976. The Australian dung beetle project 1965 – 1975. Rev. Aust. Meat Res. Comm. Vol. 30. p. 1-30.

    D’hondt, B., B. Bossuyt, M. Hoffmann et D. Bonte. 2008. Dung beetles as secondary seed dispersers in a temperate grassland. Basic and Applied Ecology. Vol. 9.5. p. 542-549.

    Discover Life. 2012. Geotrupes balyi @ Global Biodiversity Information Facility [En ligne]. http://www.discoverlife.org/mp/20m?kind=Geotrupes+balyi (Consulté le 26 octobre 2014)

    Encyclopedia of Life. 2011. Geotrupes balyi. Overview. [En ligne]. http://eol.org/pages/18014323/overview. (Consulté le 26 octobre 2014).

    Galante, E., J. Mena et C. Lumbreras. 1995. Dung beetles (Coleoptera: Scarabaeidae, Geotrupidae) attracted to fresh cattle dung in wooded and open pasture. Environmental Entomology. Vol. 24.5. p. 1063-1068.

    Halffter, V., Y. López-Guerrero et G. Halffter. 1985. Nesting and ovarian development in Geotrupes cavicollis Bates (Coleoptera: Scarabaeidae). Acta Zool. Mex. Vol. 7. p.

    Hayakawa,H. 1977. Pollution of cattle’s excreta in pastures and measure to it using dung beetles. Effects of dung beetles and ecology of them. Chikusan-no-kenkyu 31: 596-602 (in Japanese).

    Horn, G. H. 1867. Geotrupes of Boreal America. Transactions of the American Entomological Society (1867-1877). Vol. 1. p. 313-322.

    Inouchi, J., T. Shibuya, O. Matsuzaki et T. Hatanaka. 1987. Distribution and fine structure of antennal olfactory sensilla in Japanese dung beetles, Geotrupes auratus Mtos. (Coleoptera : Geotrupidae) and Copris pecuarius Lew. (Coleoptera : Scarabaeidae). International Journal of Insect Morphology and Embryology. Vol. 16.2. p. 177-187.

    Integrated Taxonomic Information System (2012). Kingdom Animalia. Geotrupes balyi, Jekel, 1865. [En ligne] http://www.itis.gov/servlet/SingleRpt/SingleRpt?search_topic=TSN&search_value=929846 (page consultée le 19 octobre 2014)

    Jurc, M., S. Bojovic, M. F. Fernández et D. Jurc. 2012. The attraction of cerambycids and other xylophagous beetles, potential vectors of Bursaphelenchus xylophilus, to semio-chemicals in Slovenia. Phytoparasitica. Vol. 40.4. p. 337-349.

    Les insectes du Québec (2012). #24 Ordre des Coléoptères (Coleoptera).  #36 Géotrupidés (Geotrupidae). [En ligne] http://www.lesinsectesduquebec.com/insecta/24-coleoptera/geotrupidae.htm (Consulté le 21 octobre 2014)

    Losey, J. E. and M. Vaughan. 2006. The economic value of ecological services provided by insects. BioScience. Vol. 56. p. 311–323.

    Nichols, E., S. Spector, J. Louzada, T. Larsen, S. Amezquita et M. E. Favila. 2008. Ecological functions and ecosystem services provided by Scarabaeinae dung beetles. Biological Conservation. Vol. 141.6. p. 1461-1474.

    Plewinska, B. 2007. The effect of food odour on food prefeerence, activity and density of dung beetle Geotrupes Stercorosus (Scriba, 1791) in a mixed coniferous forest. Polish Journal of Ecology. Vol. 55.3. p. 495-509.

    Whipple, S. D. 2011. Dung beetle ecology: Habitat and food preference, hypoxia tolerance, and genetic variation.

    Webster, R. P., J. D. Sweeney et I. DeMerchant. 2012. New Coleoptera records from New Brunswick, Canada: Geotrupidae and Scarabaeidae. ZooKeys. Vol.179. p. 27.

    Yves Dubuc. 2007. Guide d’identification: Les insectes du Québec. Broquet. 456 pages.

  • Sciaphilus asperatus (Bonsdorff 1785)

    le charançon bariolé

    Par Julie-Christine MARTIN et Élisabeth MÉNARD

     Texte et images © 2014, CC BY-NC-SA 4.0 les auteurs

    S.asperatus_Montage

    Le spécimen a été capturé à la Station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

    S.asperatus_Montage2

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Famille : Curculionidae
    Sous-famille : Entiminae
    Tribu : Sciaphilini
    Genre : Sciaphilus

    Sciaphilus asperatus a été décrit en 1785 par Gabriel Bonsdorff (1762-1831), qui au cours de sa carrière, a enseigné l’histoire naturelle et la médecine vétérinaire ainsi que la physiologie et l’anatomie. Il avait une passion pour la zoologie et possédait une vaste collection d’histoire naturelle comprenant en majorité des spécimens entomologiques. Sa collection, qu’il avait légué à l’université de Turku, a malheureusement été détruite lors d’un incendie en 1827.

    Sciaphilus asperatus est classé dans la famille des curculionidés qui forment la plus grande famille d’insecte au monde avec plus de 40 000 espèces. Les curculionidés, communément appelés les charançons, sont des insectes majoritairement phytophages autant chez la larve que l’adulte. Quelques rares espèces sont saprophages. Ils sont caractérisés par leurs mandibules situées à l’extrémité du rostre. Les charançons ont une diversité énorme quant à leurs formes, couleurs et habitats. Plusieurs espèces sont des pestes en agriculture.

    Sciaphilus asperatus fait partie de la plus grande sous-famille des curculionidés : Entiminae. Celle-ci comprend des espèces qui sont polyphages, tandis que les autres sous-familles comprennent plutôt des espèces monophages ou oligophages.

    Caractères clés

    Sciaphilus asperatus, aussi appelé le charançon bariolé, est un insecte mesurant environ 4 à 6 mm. Son corps robuste de couleur brun noir est caractérisé par des élytres larges et arrondis, densément recouverts d’écailles rondes grises jaunâtres avec des reflets métalliques. De plus, les élytres ont dans chacune de leurs inter-stries une rangée médiane distincte de petites écailles minces et érigées. Le pronotum est plus large que long et est lui aussi couvert d’écailles rondes, tout comme la surface de la tête. Il se distingue par ses yeux noirs et ses antennes coudées en angle droit de couleur rougeâtre portant un scape très long. Le rostre est muni d’une carène médiane et est faiblement concave entre le bas de l’oeil et l’insertion de l’antenne. Les insectes du genre Sciaphilus sont aussi caractérisés par l’absence d’humérus élytral.

    Distribution géographique

    Cinq à six espèces du genre Sciaphilus se retrouvent en Europe. Sciaphilus asperatus a été introduite en Amérique du Nord et c’est la seule espèce appartenant à ce genre qui s’y trouve. Sa distribution va de Terre-neuve au Manitoba et au Michigan et jusqu’au sud en Caroline du Nord. On le trouve aussi à l’ouest, en Colombie-Britannique, en Alberta et en Idaho.

    Les premiers enregistrements de cette espèce en Amérique du Nord datent de 1880 au Massachusetts, de 1884 en Nouvelle-Écosse et de 1921 en Colombie-Britannique.

    Biologie et comportement

    Sciaphilus asperatus est une espèce qui se reproduit par parthénogenèse, c’est-à-dire, un mode de reproduction sexué monoparental à partir d’une gamète femelle non fécondée. Les organismes parthénogénétiques, puisqu’ils n’ont pas besoin de partenaire mâle pour se reproduire, ont tendance à coloniser facilement de nouveaux milieux même lorsque la population d’origine est petite. La plupart des adultes de cette espèce sont des femelles.

    Sciaphilus asperatus est un polyphage et se nourrit donc de plusieurs espèces de plantes et non pas d’une seule contrairement à d’autres espèces de curculionidés qui sont très spécifiques quant à leur plante hôte.

    Les adultes émergent en juin et s’alimentent la nuit. Pendant la journée, ils restent au sol près de la base des plantes et grimpent sur les feuilles pendant la nuit. Ils sont lents, ne volent pas et se déplacent en marchant. Les oeufs sont pondus groupés dans le sol pendant l’été. Dès la naissance, les larves commencent à se nourrir dans le sol.

    Les larves des curculionidés se retrouvent près des racines des plantes hôtes et sont généralement de couleur blanche avec la tête plus foncée, ont une forme incurvée et mesurent jusqu’à 1,3 cm.

    Importance économique

    Les curculionidés causent beaucoup de problèmes environnementaux, plus précisément dans le monde de l’agriculture. Ils sont aussi très présents dans les milieux forestiers. Ils peuvent se nourrir autant des feuilles, des racines ou des fruits de leurs plantes hôtes. Généralement, les adultes causent d’importants dommages au feuillage, mais les larves s’attaquent plutôt aux racines des plantes.

    Sciaphilus asperatus est un charançon de la racine du fraisier. Dans la région Paléarctique, les larves et les adultes sont des pestes des plants de fraises et de framboises. En Amérique du Nord, ses larves font aussi des ravages dans les pépinières forestières, car ils mangent les semis de conifères. En 1934, cette espèce a été retrouvée dans une ferme jardinière en Nouvelle-Écosse endommageant des semis de jeunes choux. De plus, des études en 1977 ont démontré que son alimentation a causé la mort de jeunes érables.

    Tous les curculionidés infestent des plantes, mais il est important de savoir qu’ils n’ont pas tous le même cycle de vie et qu’ils ont des tolérances différentes aux pesticides. Il faut donc utiliser plusieurs moyens pour les éliminer d’un territoire. Les pièges généralement utilisés pour les capturer sont le piège fosse, le battoir ou le piège lumineux.

    Les curculionidés ne causent aucun dommage aux denrées alimentaires, aux meubles ou boiseries et ils ne sont pas dangereux pour l’humain ou pour les animaux domestiques. Par contre, ils peuvent devenir une nuisance dans les maisons au début de l’été. Par exemple, lors de conditions météorologiques défavorables, ils vont chercher un endroit pour se protéger et ont donc tendance à pénétrer dans les bâtiments qui leurs offrent un environnement humide. Puisqu’ils ne volent pas, ces insectes peuvent réussir à entrer par les fissures du bâtiment ou aussi être emportés à l’intérieur par le déplacement d’une plante. Cette famille peut tout de même être avantageuse pour l’humain puisqu’un bon nombre d’espèces sont utiles grâce à leur capacité à décomposer le bois mort.

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    Références

    Bright, D. E. et Bouchard, P. (2008). Weevils of Canada and Alaska: Coleoptera, curculionidae, entiminae (Vol. 2). NRC Research Press, 327 pages, pages 174-178.

    Coyle, D. R., Mattson, W. J., Jordan, M. S. et Raffa, K. F. (2012). Variable host phenology does not pose a barrier to invasive weevils in a northern hardwood forest. Agricultural and Forest Entomology, 14(3), 276-285.

    Dubuc, Y. (2007). Les insectes du Québec: guide d’identification. Broquet, 456 pages, pages 239 et 243.

    Ellis, T. (2008). Root Weevils. Michigan State University Extension.

    Hahn, J. (2000). Home-invading weevils. University of Minnesota Extension.

    Hollingsworth, C. S. (Ed.) (2014). Nursery crop pests-Weevil. Pacific Northwest Insect Management Handbook, Oregon State University.

    Proctor, E., Anderson, R. S., Nol, E., Girard, J. M. et Richmond, S. (2010). Ground-dwelling weevil (Coleoptera: Curculionidae) communities in fragmented and continuous hardwood forests in south-central Ontario. Journal of the Entomological Society of Ontario, 141, 69-83.

    Stiftelsen för Kulturarvet i Finland

    Uppslagsverket Finland

  • Cicindela punctulata Oliver 1790

    La cicindèle ponctuée

    Par Katherine Monette et Guillaume Trépanier (Édité par Étienne Normandin)

    Texte et images des figures 1, 3 et 4 ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs.

    Les autres images sont propriétés de M. Jean Brodeur et M. Stephen Cresswell. Elles sont respectivement issues de ces sites Web:

    http://jeanbrodeur.smugmug.com/Insectes-du-Quebec/Les-Cicindeles-du-Quebec/i-cfBhK9Z

    http://www.americaninsects.net/b/cicindela-punctulata.html


     

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    Classification (University of Alberta, 2014)

    Règne->Animalia

    Embranchement->Arthropoda

    Sous-embranchement->Hexapoda

    Classe->Insecta

    Sous-classe->Pterygota

    Infra-classe->Neoptera

    Ordre->Coleoptera

    Sous-orde->Adephaga

    Famille->Carabidae

    Sous-famille->Cicindelinae

    Tribu->Cicindelini

    Genre->Cicindela

    Espèce->Cicindela punctulata Oliver 1790

    Capture et identification

    Le spécimen a été capturé à la main à la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal en date du 4 septembre 2014. La cicindèle a été trouvée sur un sol sablonneux parsemé de brins d’herbe, pendant qu’elle courrait. Elle a été identifiée grâce à quelques critères clés qu’elle présentait. Premièrement, la présence d’élytres a indiqué qu’il s’agissait d’un coléoptère. Deuxièmement, l’insecte possédait des pièces buccales broyeuses d’une grande taille et des yeux tout aussi impressionnants (voir les figures 1 et 2). Ces caractères combinés à la grande vitesse à laquelle allait l’individu durant sa course ont dirigé l’identification vers les 13 espèces de cicindèles du Québec. La coloration de l’individu et principalement la rangée de petites fosses longitudinales verdâtres bordant la marge centrale de chaque élytre ont permis l’identification du spécimen (voir les figures 3 et 4).

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    Figure 1: Photographie de la tête du spécimen.

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    Figure 2: Tête d’une Cicindèle ponctuée, Cicindela punctulata, photographiée par Stephen Cresswell ©.

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    Figure 3: Photographie de la face dorsale du spécimen.

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    Figure 4: Photographie de la face ventrale du spécimen.

     Description de l’espèce

    Les adultes, mesurant entre 11 et 14 mm, possèdent une face dorsale de couleur brunâtre, dont l’apparence ressemble à du cuir. La face ventrale est pour sa part verdâtre et métallique. L’espèce est reconnaissable grâce à une rangée de petites fosses, dont le nombre varie d’un individu à l’autre, le long de la marge médiane de chacune de ses élytres et près du scutellum (partie du thorax de forme triangulaire située à la jonction des élytres) (voir la figure 5). Des points blancs peuvent également être observés sur la marge postérieure de ces dernières (voir la figure 6). Cicindela punctulata possède peu de poils et, lorsque manipulée, elle dégage une odeur sucrée ressemblant à celle de la pomme (Leonard et Bell, 1998).

    cicindela-punctulata

    Figure 5: Vue dorsale d’un spécimen (photographie par Stephen Cresswell ©).

    cicindèle ponctuée ,cicindela punctulata, 0846, st-hugues, ete 2010

    Figure 6: Spécimen présentant des points blancs sur les marges postérieures des élytres (photographie par Jean Brodeur ©).

     Reproduction et cycle vital

    La Cicindèle ponctuée est active de jour comme de nuit et est attirée par la lumière. La plupart des individus ont un cycle de vie se complétant en un an. Les adultes sont présents de la fin juin jusqu’en octobre et un pic d’abondance a lieu en juillet. Ce pic d’abondance correspond à la période de reproduction de l’espèce, la ponte des oeufs s’effectuant en fin juillet dans de l’humus dur et sec (USA National Phenology Network, 2014). Les larves, qui éclosent quelque temps plus tard, sont carnivores, tout comme l’imago. Elles se creusent un terrier vertical et s’y terrent, en laissant leurs pièces buccales grandes ouvertes à la surface. Elles attendent ensuite qu’un insecte passe pour le capturer et l’emmener au fond de leur terrier, pouvant atteindre jusqu’à trente centimètres de profondeur, où la proie est ensuite tuée et dévorée. La larve possède des crochets, sur le cinquième segment abdominal, qui ont une fonction d’ancrage empêchant ainsi la larve d’être entraînée hors de son terrier advenant qu’elle capture un insecte de taille supérieure à elle-même (Borror et al., 1989). En septembre, les larves atteignent le troisième stade larvaire puis entrent dans le cycle d’hivernage. Au début du printemps suivant, les larves reprennent leur chasse passive pour se nourrir avant de se transformer en pupe et d’émerger à la fin du mois de mai ou en juin (USA National Phenology Network, 2014).

    Voici, ci-dessous, le lien d’une vidéo d’une larve se nourrissant.

     https://www.youtube.com/watch?v=vQgfjE0vDRk

    Habitat et distribution

    Cicindela punctulata est l’espèce la plus répandue en Amérique du Nord . Elle est présente au Mexique, dans la majeure partie des États-Unis ainsi que dans quelques provinces canadiennes allant de l’Alberta jusqu’en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. D’ailleurs, au Québec, l’espèce est retrouvée principalement au sud de la province (voir la figure 7). La Cicindèle ponctuée est généraliste et est retrouvée dans divers habitats . À l’est de l’Amérique de Nord, elle est retrouvée sur les sols nus, secs et cultivés, les zones herbeuses, les routes, les secteurs sablonneux et les régions perturbées par l’humain . À l’ouest, l’espèce est plutôt retrouvée dans les milieux humides en bordure des lacs et des rivières (Pearson et al., 2006).

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    Figure 7 : Distribution de Cicindela punctulata dans la province de Québec (Leonard et Bell, 1998).

    Protection et statut

    Cicindela punctulata est l’espèce de cicindèle la plus répandue en Amérique du Nord et n’est dotée d’aucun statut de protection particulier.

    Faits intéressants sur les cicindèles en général

    On compte environ 2 600 espèces de cicindèles dans le monde et ces dernières sont les insectes coureurs les plus rapides. En effet, la plus rapide cicindèle court à une vitesse de 8km/h. Ceci peut sembler peu rapide, mais cela correspond à 120 fois la longueur de son corps par seconde. En comparaison, Usain Bolt, un des athlètes les plus rapide au monde, couvre seulement 5 fois la longueur de son corps par seconde. Cela rend donc les cicindèles, à taille égale, environ 25 fois plus rapides que les «sprinters» olympiens. Étonnamment, lors de leur course, les cicindèles vont si vite que leurs yeux ne peuvent recueillir suffisamment de lumière pour former des images claires. Elles sont donc complètement aveugles pendant leurs mouvements. Elles doivent alors s’arrêter, localiser de nouveau leur proie et reprendre leur chasse. Malgré le fait qu’elles doivent s’arrêter, elles réussissent tout de même à rattraper leur proie tant elles sont rapides. Les cicindèles ont d’ailleurs développé une stratégie afin d’éviter d’entrer en collision avec des obstacles en maintenant leurs antennes droit devant elles. Elles se déplacent à une vitesse trop grande pour pouvoir changer de direction, mais en sentant les obstacles avec leurs antennes, elles basculent leur corps vers le haut et passent par dessus ceux-ci (Ed Yong, 2014).

    Les cicindèles sont surnommées, en anglais, les «tiger beetles», ce qui signifie littéralement «coléoptères tigres». Elles portent d’ailleurs très bien leur nom puisqu’elles sont de redoutables prédateurs. Elles possèdent de longues pattes fines, de grands yeux proéminents et, surtout, une impressionnante paire de mandibules (voir le vidéo en lien ci-dessous). Les cicindèles chassent au sol et se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent dont des fourmis, des cicadelles, des larves et d’autres coléoptères. Les cicindèles sont également appelées les «tiger beetles» en raison de leur patron de coloration extrêmement varié (voir la figure 8) leur donnant une apparence exotique et leur servant à se camoufler ou effrayer leurs prédateurs (Fitzgerald, 2007).

    Vidéo des mandibules et de la consommation d’une proie:

    https://www.youtube.com/watch?v=rae-R7v_ij8 

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    Figure 8: Photographies démontrant la variété des patrons de coloration observés chez les cicindèles.


    Références:

    Borror, Donald J., Charles A.Triplehorn et Norman F. Johnson. 1989. An introduction to the study of insects. Saunders College Publishing. Philadelphie. 875 p.

    Ed Yong. 2014. (Page consultée le 23 octobre 2014). Meet The Predator That Becomes Blind When It Runs After Prey. (En ligne). http://phenomena.nationalgeographic.com/2014/02/04/tiger-beetles-become-blind-when-they-run/

    Fitzgerald, Kevin. 2007 (Page consultée le 24 octobre 2014). Tiger Beetles Tiny Terrors. (En ligne). http://www.sciences360.com/index.php/tiger-beetles-tiny-terrors-3-23094/

    Leonard, Jonathan G. et Ross T. Bell. 1998. Northeastern Tiger Beetles: A Field Guide to Tiger Beetles of New England and Eastern Canada. CRC Press. États-Unis. 192p.

    Pearson, David L., C. Barry Knisley et Charles J. Kazilek. 2006. A Field Guide to the Tiger Beetles of the United States and Canada: Identification, Natural History, and Distribution of the Cicindelidae. Oxford University Press, Inc. New York. 227p.

    University of Alberta. 2014. (Page consultée le 9 octobre 2014). Hierarchical search. (En ligne). http://entomology.museums.ualberta.ca/hierarchy/index.php?s=86&sn=Cicindela+punctulata&cat=86

    USA National Phenology Network. 2014 (Page consultée le 18 octobre 2014).  Cicindela punctulata. (En ligne). https://www.usanpn.org/nn/Cicindela_punctulata

  • Calopteron terminale (Say 1823)

    Par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron (Édité par Étienne Normandin

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    Photo par Mégane Déziel, Alexandrine Larson-Dupuis et Véronique Lemay-Caron. Le spécimen présenté sur la photo a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification

    Ordre : Coleoptera
    Sous-ordre : Polyphaga
    Super-famille : Elateroidea
    Famille : Lycidae
    Sous-famille : Lycinae
    Tribu : Calopterini
    Genre : Calopteron
    Espèce : Calopteron terminale (Say 1823)

    À première vue, la morphologie de Calopteron terminale ne s’apparente pas à celle des insectes du même ordre. En effet, ses ailes antérieures évasées et leur texture rappelant un filet pourraient facilement porter à confusion, mais détrompez-vous, C. terminale est un coléoptère! Ses élytres modifiés, caractéristiques de la famille des Lycidés, ont donné à ces coléoptères le surnom anglais de «net-winged beetles» (se traduisant littéralement par «coléoptères aux ailes en filets»).

    La plupart des Lycidés, dont C. terminale, sont de couleur noire, avec les élytres souvent marqués de taches rouge-orangés. Des couleurs aussi contrastantes sont typiques de l’aposématisme: il s’agit d’un signal d’avertissement pour les prédateurs, signifiant que l’individu pourrait représenter un danger (1). En effet, les longues stries creuses des élytres caractéristiques des Lycidés peuvent facilement être brisées pour libérer différents liquides nuisibles aux prédateurs. Lors d’une attaque importante, les Lycidés peuvent aussi sécréter ces mêmes liquides aux jonctions des segments des pattes (7). En conséquence, plusieurs autres espèces de Coléoptères, de Lépidoptères et d’autres insectes sont mimétiques des Lycidés pour flouer les prédateurs, même s’ils ne sont pas eux-mêmes toxiques. Ce phénomène de mimétisme Batésien est fréquent dans le règne animal. Le Calopteron terminale est imité entre autres par l’espèce de papillon (Lepidoptera) Lycomorpha pholus. Certaines espèces de Lycidés aux élytres de forme plus standard, peuvent aussi facilement être confondues avec une autre famille, les Lampyriidés, car leur pronotum coloré d’orange éclatant est semblable à celui des lucioles (7).

    https://www.flickr.com/photos/107963674@N07/15308676682/in/pool-14414927@N00
    Calopteron terminale (Coleoptera). ©2014 Macroscopic Solutions CC BY-NC 2.0
    Photo par Andy Reago & Chrissy McClarren
    Le mimétisme de Lycomorpha pholus (Lepidoptera) ©2014 Andy Reago & Chrissy McClarren CC BY 2.0

    Un autre fait étonnant chez les Lycidés est que plusieurs espèces sont néoténiques, c’est-à-dire qu’elles maintiennent des caractères larvaires même lorsqu’elles ont atteint la maturité sexuelle. Chez ces espèces, c’est la femelle qui garde une apparence larvaire, alors que le mâle développe des ailes. Selon les données moléculaires, ces caractères néoténiques auraient évolué plusieurs fois (homoplasie) dans les lignées de Lycidés (2)(3). Cela a obligé une modification complète de la phylogénie de la famille, puisque toutes les espèces néoténiques avaient été classées ensemble. Ce n’est toutefois pas le cas chez C. terminale, car la femelle développe aussi des ailes à maturité sexuelle.

    La famille des Lycidés n’est pas la seule à être particulière au sein du sous-ordre Polyphaga. Il s’agit d’un groupe énormément diversifié en terme de morphologie, de mode de vie et d’alimentation, d’où le nom «poly-» («plusieurs») et «-phaga» («manger»). Bien que la phylogénie de C. terminale semble solide au sein de sa famille, les relations avec les autres membres de la super-famille Elateroidea sont encore très incertaines. La monophylie d’Elateroidea est d’ailleurs actuellement remise en question par certains entomologistes (1). Il est donc possible que la phylogénie de C. terminale au niveau de la super-famille soit éventuellement modifiée.

    Morphologie

    Calopteron terminale fut décrit en 1823 par Thomas Say (1787-1834). Il était taxonomiste, zoologiste et l’un des premiers entomologistes américains. La caractérisation morphologique de C. terminale par Thomas Say est disponible dans American Entomology: A Description of the Insects of North America (9).

    En plus de sa coloration aposématique, C. terminale possède plusieurs caractéristiques communes à tous les Lycidés, dont le pronotum élargi couvrant complètement ou en partie la tête, les pièces buccales dirigées vers le bas, les antennes composées de 11 antennomères aplatis, les pattes dont les coxas sont séparés à la base et comportent chacune 5 tarsomères finissant par des griffes simples, ainsi que les tarsomères 1 et 4 pubescents. De plus, l’abdomen possède 7 sternites chez les femelles et 8 chez les mâles (7).

    Calopteron terminale se distingue des autres Lycidés par sa couleur noir aux reflets bleutés du bout de ses élytres. Lorsque regardées de profil, les stries des élytres présentent une légère ondulation. Son thorax est entièrement noir, et les marges séparant les segments sont légèrement recourbées (9). Les antennes atteignent la moitié de la longueur des élytres, et ont un aspect dentelé (1). De plus, le pronotum possède une carène médiane se prolongeant sur toute sa longueur, ce qui est un caractère typique de la tribu Calopterini (4). Finalement, C. terminale mesure entre 8,5 et 16 millimètres, le mâle étant généralement plus petit que la femelle.

    Écologie

    Calopteron terminale habite l’est de l’Amérique du Nord, mais a aussi été observé plus à l’Ouest, au moins jusqu’au Colorado, et au sud jusqu’au Texas (6). La limite nord exacte n’est pas connue, mais cette capture à la Station de Biologie des Laurentides nous permet d’affirmer que l’espèce se retrouverait au moins jusqu’au domaine climatique de l’érablière à bouleau jaune.

    La larve de C. terminale vit dans des résidus de bois en décomposition, le plus souvent sous l’écorce de souches d’arbres morts, mais tenant encore debout (8). Elle se nourrit des fluides produits par les infestations fongiques. La mue en stade nymphal de C. terminale est particulière. Lorsque vient le temps pour les larves de muer, une multitude de larves émergent d’un même trou dans l’écorce de l’arbre qui les abritait. Il semblerait alors que ces larves deviendraient nymphes en radiant de ce point. Autrement dit, il y a formation d’un disque de nymphes autour du point d’émergence, et celui-ci grossit à mesure que les larves émergent et muent (8). On peut donc observer ces nymphes en agrégats. Le jour même, les adultes sont libérés de leur nymphe et s’envolent.  

    Cycle de Vie C. terminale
    Cycle de vie de C. terminale 1. Stade larvaire, vivant sous l’écorce d’une souche morte (ou d’un autre résidu de bois) 2. Stade nymphal, durant lequel les individus forment un agrégat de nymphes autour d’un point d’émergence dans l’écorce 3. Stade adulte se nourrissant de nectar de fleurs (ou de miellat) 4. Comportement précopulatoire chez l’adulte femelle 5. Copulation, menant à la ponte des oeufs et leur éclosion sous l’écorce d’une souche morte

    Les C. terminale adultes se retrouvent souvent sur les fleurs ou les feuilles, où ils se nourrissent de nectar ou de miellat produit par les pucerons (1)(8). Leur vie est relativement courte, et elle a pour objectif la reproduction. Ces coléoptères se démarquent des autres par leur comportement pré-copulatoire hors du commun. C’est en juillet 1975 que Horace R. Burke a observé plusieurs individus de C. terminale adultes, en nature, puis en laboratoire (8). Burke a d’abord remarqué une femelle qui, en marchant, ouvrait et fermait ses élytres de manière régulière, sans chercher à voler. Elle a continué à agir ainsi lorsqu’elle a été mise en captivité pour être observée. Ce comportement a aussi été observé chez un spécimen mâle, mais à beaucoup plus faible fréquence. À l’époque où ces observations ont été faites, ce comportement n’avait été noté chez aucune autre espèce du genre Calopteron. Burke a émis plusieurs hypothèses quant à la fonction de ce mouvement des élytres, plusieurs d’entre elles étant en lien avec la copulation. Par exemple, il pourrait servir à la dispersion de phéromones ou bien de signal visuel pour qu’un mâle potentiel la repère. Une semaine plus tard, Horace R. Burke a eu la chance d’observer un couple de C. terminale en copulation ramené en laboratoire. La copulation observée dura plusieurs heures après la capture des insectes.

    L’accouplement est non seulement de longue durée, mais il est aussi très maladroit. Les ailes des Lycidés étant faibles, il leur est difficile de supporter le poids des deux individus lors du vol nuptial. Cela résulte souvent en une copulation interrompue, suivie de la chute au sol des deux individus (8). À la suite de cette copulation ardue, les oeufs sont pondus par la femelle dans l’écorce d’un arbre mort, où les larves écloront.

    Références

    (1) Arnett, R., Thomas, M., Skelley, P. Frank, J.H. (2002). American Beetles: Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionoidea, Volume 2, CRC Press, 880 pages, pages 174-178.

    (2) Bocak, L., & Bocakova, M. (2008, December). Phylogeny and classification of the family Lycidae (Insecta: Coleoptera). In Annales Zoologici (Vol. 58, No. 4, pp. 695-720). Museum and Institute of Zoology, Polish Academy of Sciences.

    (3) Bocak, L., Bocakova, M., Hunt, T., Vogler, A.P. (2008). Multiple ancient origins of neoteny in Lycidae (Coleoptera): consequences for ecology and macroevolution, Proc R Soc B, 275 (1646). Repéré à http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/275/1646/2015.short

    (4) Bocakova, M. (2010). Revision of the Tribe Calopterini (Coleoptera, Lycidae), Studies on Neotropical Fauna and Environment, 38:3, 207-234. Repéré à http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/snfe.38.3.207.28169

    (5) BugGuide.Net. 2003-2013 «Species Calopteron terminale – End Band Net-wing». En ligne. Page consultée le 21 octobre 2014. http://bugguide.net/node/view/8197

    (6) Burke, H. R. (1976). Observations On Adult Behavior Of The Lycid Beetle Calopteron terminale Coleoptera Lycidae, Entomological News 87:229-232(1976) Repéré à http://biostor.org/reference/77413

    (7) Evans, A.V. (2014) Beetles of Eastern North America, Princeton University Press, New Jersey, 560 pages, pages 229-232.

    (8) McCabe, T. L., & Johnson, L. M. (1979). Larva of Calopteron terminale (Say) with additional notes on adult behavior (Coleoptera: Lycidae). Journal of the New York Entomological Society, 283-288.

    (9) Say, T., Ord, G. (1869) A description of the Insects of North America, J.W. Bouton, New York, 412 pages, page 45.

  • Formica obscuripes (Forel 1886)

    Par Adrien Bouckenhove (édité par Étienne Normandin)

     Classification

    • Ordre: Hymenoptera
    • Famille: Formicidae
    • Sous-famille: Formicinae
    • Tribu: Formicini
    • Genre: Formica
    • Espèce: Formica obscuripes

    Morphologie

    Les adultes de cette espèce ont pour la plupart le corps noir à l’exception de la tête rouge/orange. Ils possèdent 3 ocelles. L’abdomen est clairement segmenté et présente de nombreux poils à sa surface. Une caractéristique majeure de l’espèce est la présence d’une pièce intermédiaire entre le thorax et l’abdomen en forme de triangle dépourvue de poil.

     

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    Photo par Erin Prado, www.AntWeb.org

    Distribution géographique

    Formica obscuripes est indigène d’Amérique du Nord. Elle est très répandue dans la moitié Ouest des États-Unis (Arizona, Nouveau Mexique) et du Canada (Colombie Britannique). À l’est, on l’a également localisée dans le Michigan, le Missouri, ainsi que dans la Province de Manitoba.

    Notre spécimen a été trouvé au Québec où, bien que moins abondante, cette espèce a tout de même été recensée (Finnegan, 1977). Sa présence à cet endroit n’est pas aberrante de par les propriétés environnementales de la zone d’échantillonnage typiquement forestière.

    Habitat

    L’habitat de Formica obscuripes peut être changeant dépendemment des latitudes. Elle apprécie les plaines herbeuses, semi-herbeuses voir sableuses, mais est particulièrement friande des forêts de conifères ou de chênes. D’autre part, l’amplitude d’altitudes auxquelles on trouve ces fourmis est très importante : de 800 à 3200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

    Ce choix d’environnement n’est pas le fruit du hasard. En effet, les Formica obscuripes sont également connues en tant que « Western Thatching Ant » car le toit de leurs fourmilières est un monticule de chaume (composée d’un enchevêtrement de brindilles/herbes/plantes/épines…).

    Concernant la fourmilière elle-même, on va souvent la trouver autour d’une tige d’armoise. Elle n’est pas seulement souterraine, mais possède une partie extérieure (la partie supérieure) en forme de dôme. À l’instar des termitières, cette architecture permet un renouvellement de l’air et une évacuation de la chaleur à l’intérieur de la fourmilière. Sa partie inférieure est creusée de galeries dans le sol, pouvant atteindre jusqu’à 4 pieds (soit 1.2 mètre) de profondeur. Le dôme peut lui, faire jusqu’à 1 mètre de hauteur.

    Une colonie peut compter de 10 000 à 40 000 individus, bien que de grands ensembles de fourmilières abritant plusieurs millions d’individus aient été observés.

    Légende :

    Photo prise par les rédacteurs à l’issu de la préparation du spécimen.

    Spécimen de l’espèce collectée à la station des Laurentides sur le chemin du lac Cromwell (45.98898°N-74.00013°W) le 04/09/2014.

    Le spécimen recueilli a été préparé au Jardin Botanique de Montréal dans le cadre du cours d’entomologie BIO 2440 sous la tutelle de Colin Favret. Les observations macroscopique et sous microscopes alliées aux guides (Ellison et al (2012)) ont permis d’identifier précisément l’insecte.

    cotédroit

    Organisation de la colonie

    En tant qu’espèce eusociale, la colonie est organisée en castes :

    • Les reines : Elles sont souvent plusieurs et dédient leur vie à pondre des œufs qui donneront naissance aux ouvrières et aux futurs princesses ailées qui, soit deviendront des reines à leur tour dans la colonie mère, ou qui fonderont leur propre colonie ailleurs.
    • Les ouvrières : Elles remplissent la majorité des tâches au sein de la colonie ; construisent la fourmilière, la réparent, chassent, coupent et récoltent des végétaux destinés à l’alimentation ou à la construction. Elles présentent un polymorphisme notable, arborant des corps allant de 4mm à 7.5mm, ce qui vaudra aux plus petites ouvrières de rester dans la fourmilière pour les travaux de réparation ou encore l’entretien des larves et des nymphes, pendant que les plus gros partiront en expédition pour trouver de la nourriture et des matières premières essentielles à l’expansion de la colonie.

    Un comportement intéressant chez Formica obscuripes réside dans la stratégie employée par les femelles ailées pour s’emparer d’une fourmilière. En effet, c’est sans complexe qu’elles élisent domicile dans une colonie voisine d’une autre espèce et y détournent l’activité de ses membres à leur profit, par l’intermédiaire de phéromones qui leurs sont propres. La nouvelle reine supplante alors la précédente maîtresse des lieux et impose peu à peu sa descendance qui prend, au fil des générations, la place de l’ancienne espèce occupante (Weber, 1935).

    Cycle de vie

    Comme tous les hyménoptères, les « Western Thatching Ants » sont des holométaboles et effectuent donc une métamorphose complète : stades œufs, larve puis nymphe avant de devenir adulte.

    Les œufs sont pondus durant tout l’été jusqu’à la mi-août dans la « chambre à couvain » de la fourmilière, où ils sont pris en charge par les ouvrières adultes, assurant ainsi leur bon développement.

    Les oeufs prennent de 23 à 53 jours pour éclore, les larves se développent et après 7 à 23 jours, elles se transforment ensuite en pupe.  L’espérance de vie des adultes est en moyenne de 31 jours.

    Références

    A. Ellison, N Gotelli, E. Fransworth, G. Alpert (2012). A field guide to the ants of new England.

    R. J. Finnegan (1977). Establishment of a predacious red wood ant, Formica obscuripes, from Manitoba to Eastern Canada. The Canadian Entomologist, 109, pp 1145-1148. doi:10.4039/Ent1091145-8

    Weber, N.A. (1935). The Biology of the Thatching Ant, Formica obscuripes Forel, in North Dakota. Ecological Monographs, Vol. 5, No. 2, pp. 165-206

     

  • Polistes fuscatus (Fabricius 1793)

    «Guêpe à papier»

    Par Gabriel VÁRADI et Sarah DUPONT (édité par Étienne Normandin)

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    Spécimen mâle capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 04 Septembre 2014

    Classification

    Classe : Insecta

    Ordre : Hymenoptera

    Sous-ordre : Apocrita

    Super-famille : Vespoidea

    Famille : Vespidae

    Sous-famille : Polistinae (Guêpe à papier)

    Tribu : Polistini

    Genre : Polistes 

    Sous-genre : Fuscopolistes

    Espèce : fuscatus (Guêpe à papier du nord) (2)

    Description et caractères clés 

    Le corps de  P.fuscatus est très mince avec la taille caractéristique des Apocrita entre le premier et le deuxième métamère et sa longueur varie entre 15 et 21 millimètres (4). Il est en général de couleur brun très foncé, presque noir. Les marques de couleur sur l’abdomen et le thorax sont très variable en fonction de l’habitat, ce qui rend l’identification compliquée et est un des plus grands défi en ce qui concerne l’étude des Vespidae (3). La femelle possède un dard venimeux et la grande majorité des spécimens canadiens ont un corps intégralement noir (alors qu’ils ont un corps plutôt brun rougeâtre dans le sud). Le mâle est plus facilement reconnaissable par ses flagellomères (3) qui sont presque noirs, alors que chez les autres espèces semblables seule la partie dorsale est foncée.

    Distribution géographique 

    Le territoire de Polistes fuscatus (qui regroupait Polistes Aurifer) s’étendait auparavant du sud du Canada jusqu’en Amérique centrale, en passant par l’intégralité des États-Unis. Aujourd’hui, des études (11) ont démontré que P. Aurifer n’est pas une sous-espèce de P.fuscatus, mais bien une espèce à part entière. P.fuscatus occupe donc les régions à l’est des Amériques jusqu’à la hauteur du Manitoba et de la Saskatchewan, où les deux espèces se chevauchent (11).

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    Carte de distribution de Polistes fuscatus, Polistes aurifer et Polistes  »yellow form » (11)

    Habitat

    P.fuscatus peut être retrouvée dans les forêts et les savanes (1), ayant en général une préférence pour les environnements boisés, le bois servant à la construction de son nid. On la retrouve également près des habitations humaines où elle a accès à des matériaux dont elle se servira pour bâtir le nid. Celui-ci sera généralement au-dessus du sol dans des endroits abrités (sous un toit, sous une roche) (3).

    Identification

    Ce spécimen récolté à la station biologique des Laurentides est fort probablement un mâle (confirmé par l’absence de dard). Les marques sur l’abdomen et le thorax nous ont mené sur la piste de P.fuscatus, mais comme celles-ci sont très variables, nous avons consulté une clé (6). Le caractère le plus important pour l’identification était les flagellomères complètement noirs, caractère qui a permis de réduire la recherche à quelques espèces. L’observation du clypéus (marqué de noir) a confirmé que le spécimen était bien de l’espèce P. fuscatus.

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    Marques caractéristiques sur l’abdomen
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    Marques sur le thorax

    Développement 

    Les nids de P.fuscatus sont initialement construits par une ou plusieurs pondeuses préalablement inséminées. Celles-ci déposent les œufs dans des cellules individuelles où écloront des larves (1). De toutes les guêpes fondatrices, une seule restera pondeuse et deviendra la reine tandis que les autres s’occuperont à défendre et à nourrir la première génération de larves, qui deviendront les premières guêpes ouvrières du nid (5). À la fin de l’été, les mâles et les femelles s’accoupleront après que le nid ait été abandonné (les femelles attirent les mâles à l’aide de leur venin) et celles qui survivront à l’hiver formeront la prochaine génération de pondeuses (1).

    Cliquez sur ce lien pour une vidéo sur la construction d’un nid de P.fuscatus. 

    Comportement

    P.fuscatus est une espèce eusociale, bien que ce soit une sociabilité plus primitive comparée à la plupart des autres espèces d’insectes (fourmis, termites et abeilles). Alors qu’il est assez fréquent d’avoir une caste spécialisée de soldats pour la défense du nid, les guêpes à papier se contentent de reines et d’ouvrières, qui devront donc s’occupper elles-mêmes de la défense (4). L’étude de Judd a démontré que lorsque le nid est menacé, la reine réagit avec la plus grande aggressivité parce qu’elle a le plus important investissement dans le succès du nid (9). Ceci est une situation unique qui vient du fait que les colonies de P. fuscatus sont souvent de petite taille et n’ont pas de caste spécialisée en défense. Lors d’une attaque, il faut la participation d’un maximum de guêpes sinon le nid pourrait être détruit, forçant la reine à se joindre à l’effort. Les cofondatrices et ouvrières répondent à une menace avec plus d’aggressivité plus tard dans la saison puisque leur investissement augmente avec le temps (9). En effet, tôt dans la saison les cofondatrices et même les ouvrières pourraient potentiellement abandonner la reine et former leurs propres colonies (malgré que ce soit un phénomène rare), mais plus elles passent de temps dans leur colonie d’origine, plus elles auront un intérêt à veiller à son succès. Ainsi, les cofondatrices et ouvrières plus agées répondent à une menace avec autant ou presque autant d’aggressivité que la reine.

    P. fuscatus a développé des stratégies pour maintenir la hiérarchie et l’ordre dans une colonie. Plusieurs études démontrent que non seulement les guêpes à papier peuvent reconnaître et discriminer entre leurs congénères et des individus conspécifiques étrangers, elles peuvent aussi reconnaître les individus au sein de la colonie grâce à leurs marques faciales (Tibbetts 2002; Injaian & Tibbetts 2014). Cette stratégie permet de maintenir la hiérarchie et de réduire l’aggressivité au sein du nid puisque chaque guêpe peut rapidement identifier le rang de toutes ses congénères et réagire de façon appropriée en adoptant une posture dominante ou soumissive, évitant ainsi de devoir réaffirmer son rang lors de chaque rencontre (8, 12).

    La reine voit à la dominance de sa descendance en partie par l’aggression et l’intimidation envers ses cofondatrices (5). De plus, elle utilise un produit chimique pour différentier ses œufs de ceux déposés par les autres femelles pondeuses. Elle pourra ainsi aisément repérer ceux qui ne sont pas les siens et les manger. L’étude de Gamboa et Stump démontre que le conflit entre les cofondatrices atteint un pic juste avant l’émergence des ouvrières puisque celles-ci prendront le relai de leurs tâches et donc les cofondatrices ne seront plus nécessaires (7). Mais en même temps, lors de la période de ponte des oeufs destinés à la reproduction, la coopération entre la reine et ses cofondatrices augmente afin d’éviter que le nid ne soit laissé désert puisque c’est à cette période que le nid est le plus vulnérable à l’usurpation par une guêpe étrangère (7).

    Les nids sont en général de petite taille et abritent environ cinquante guêpes (5). Ils sont caractérisé par un manque d’enveloppe protectrice, contrairement à d’autres genres de la tribu Polistini.  Afin de pouvoir reconnaître rapidement tout intrus au nid, P.fuscatus utilise des phéromones spécifiques à chaque colonie, qui sont acquises dès la naissance. De plus, l’étude de Klahn et Gamboa a démontré que les reines peuvent reconnaître le nid de guêpes avec lesquelles elles partagent un lien de parenté. En effet, lors d’éxpériences d’échange de nids, les reines avaient plus tendance à accepter et à s’occuper de la progéniture d’une guêpe soeur tandis qu’elles détruisaient ou abandonnaient la progéniture d’une guêpe étrangère (10).

    Écologie

    Les guêpes à papier se nourrissent principalement du nectar des plantes, cependant l’espèce est considérée comme insectivore, car elle tue plusieurs petits insectes (notamment les chenilles) pour nourrir ses larves (1). Les adultes vont attendrir la chair en absorbant une grande partie du liquide de l’insecte, qu’ils régurgiteront ensuite pour nourrir les larves les plus jeunes alors que les plus matures mangeront la partie solide (4).

    Comme les adultes se nourrissent du nectar des plantes, ils transfèrent le pollen des plantes et sont donc essentiels à leur reproduction (1). P. fuscatus n’a pas vraiment d’autres rôles écosystémiques d’importance, si ce n’est sa présence dans la chaîne trophique.

    Références

    (1) Animal diversity web. «Polistes fuscatus». En ligne. Page consultée le 02 novembre 2014.

    (2) Bug guide. «Species Polistes fuscatus : Northern paper wasp». En ligne. Page consultée le 31 octobre 2014.

    (3)  Canadian journal of arthropod identification. «77. Polistes fuscatus (Fabricius, 1793)». En ligne. Page consultée le 31 octobre 2014.

    (4) Encyclopedia of Life. «Polistes fuscatus». En ligne. Page consultée le 31 octobre 2014.

    (5) Arévalo, E., Zhu, Y., Carpenter, J. M. et Strassman, J. E. 2004. « The phylogeny of the social wasp subfamily Polistinae: evidencefrom microsatellite flanking sequences, mitochondrial COIsequence, and morphological characters». BCM evolutionary biology, vol 4, no.8

    (6) Buck, M., Marshall, S. A. et Cheung, D. K. B. 2008. «Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Nearctic region». Canadian journal of arthropod identification, vol de février, no.5, p. 77

    (7) Gamboa, G. J. et Stump, K. A. 1996. «The timing of conflict and cooperation among cofoundresses of the social wasp Polistes fuscatus (Hymenoptera: Vespidae)». Canadian Journal of Zoology (Revue canadienne de zoologie), vol. 74, no. 1, p. 70-74

    (8) Injaian, A. et Tibbetts, E. A. 2014. «Cognition across castes: individual recognition in worker Polistes fuscatus wasps». Animal Behaviour, vol. 87, p. 91-96

    (9) Judd, T. M. 2000. «Division of labour in colony defence against vertebrate predators by the social wasp Polistes fuscatus». Animal Behaviour, vol. 60, p. 55-61

    (10) Klahn, J. E. et Gamboa, G. J. 1983. «Social Wasps: Discrimination between Kin and Nonkin Brood». Science, vol. 221, no. 4609, p. 482-484

    (11) MacLean, B. K., Chandler, L. et MacLean, D. B. 1978. «Phenotypic expression in the paper wasp Polistes fuscatus (Hymenoptera : Vespidae)». The great lakes entomologist, vol. 11, no. 2, p. 26

    (12) Tibbetts, E. A. 2002. «Visual signals of individual identity in the wasp Polistes fuscatus». Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 269, no. 1499, p.1423-1428

  • Aeshna eremita (Scudder 1866)

    Aeshne porte-crosse

    Par Angélique Elluard et Mélanie Lépine (édité par Étienne Normandin)
    Texte ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

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    Figure 1 : Spécimen capturé à la Station de Biologie des Laurentides près du Lac Triton le 4 septembre 2014 © les auteurs.

    Classification (1)
    Ordre Odonata
    Sous-ordre Anisoptera
    Famille Aeshnidae
    Genre Aeshna
    Espèce Aeshna eremita

    Où se situe cette mystérieuse Aeshna eremita dans la classification?

    On connaît tous très bien les libellules et les demoiselles, mais on ne connaît pas vraiment les caractéristiques qui les différencient entre elles. En effet, on retrouve dans l’ordre des Odonates ces deux sous-ordres bien distincts : les anisoptères et les zygoptères. On les dissocie entre autres par leurs ailes. Les zygoptères possèdent des ailes antérieures et postérieures identiques qui se replient l’une contre l’autre au repos. Au contraire, les anisoptères possèdent des ailes antérieures et postérieures asymétriques : leurs ailes postérieures sont plus larges à la base que leurs ailes antérieures (2). De plus, lorsqu’au repos, ces ailes sont disposées à plat de chaque côté de l’insecte. Comme on peut le voir sur la Figure 1, notre insecte mystère est bel et bien du sous-ordre des anisoptères. Pour ce qui est de la famille Aeshnidae, elle englobe des espèces de grande taille soit de plus de 70 mm qui ont un vol puissant et qui possèdent des yeux qui se touchent sur une bonne distance sur le dessus de la tête, comme le démontre la Figure 4 (3). Cette famille se caractérise également par la position de certaines parties des ailes. En effet, tel qu’illustrés dans la Figure 2, les triangles des ailes antérieures et postérieures sont placés à égale distance de l’arculus et ils sont orientés vers l’apex (2). Finalement, c’est dans cette famille qu’on retrouve le genre Aeshna qui se distingue des autres par la présence d’une double ramification de la cinquième nervure costale radiale donc au niveau du haut et de l’apex de l’aile (Figure 2) (2). L’espèce Aeshna eremita se trouve donc à cet endroit dans la classification.

    ailes arculus-triangle-double ramification
    Figure 2 : Ailes antérieure et postérieure d’Aeshna eremita. L’arculus est représenté en rouge, les triangles en bleu et la nervure à double ramification en mauve.   © Dennis Paulson, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Comment se caractérise cette espèce?

    Aeshna eremita est la plus grosse espèce du genre Aeshna : les mâles peuvent atteindre une longueur de 75 mm et les femelles de 73 mm (4). De plus, les ailes ont toujours une longueur supérieure à 40 mm (2). Ces dernières se distinguent bien des autres par la position du début de la nervure radiale postérieure supplémentaire qui est sous le premier tiers du ptérostigma (2). Cette nervure est représentée en orange sur la Figure 3.

    pterostigma
    Figure 3 : Ailes antérieure et postérieure d’Aeshna eremita démontrant les ptérostigmas et les nervures radiales postérieures supplémentaires en orange. © Dennis Paulson, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Aeshna eremita possède une bande noire, épaisse et horizontale sur son front appelée bande frontoclypéale présentée à la Figure 4 (2). De plus, deux caractéristiques la différencient de Aeshna canadensis, son visage de couleur jaune-vert et son absence de points sur l’abdomen (4).

    bande frontoclypéale
    Figure 4 : Tête de Aeshna eremita avec ses yeux composés se joignant sur le dessus et sa bande frontoclypéale épaisse. © Karl McFarland, autorisation d’utiliser l’image.

    D’autres bandes lui sont également caractéristiques comme celles sur son thorax qui ont une couleur bleu-verdâtre (5). La première bande mésothoracique antérieure est complète. Les autres bandes du ptérothorax sont relativement larges et sont aussi complètes. Il peut également y avoir de petites taches plus pâles entre les bandes thoraciques (Figure 5) (2).

    bandes thoraciques
    Figure 5 : Bandes thoraciques bleu verdâtre de Aeshna eremita. La bande à l’extrême droite est la bande mésothoracique antérieure. © Dennis Paulson, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Quand, où et dans quels milieux la retrouve-t-on ?

    Aeshna eremita se retrouve dans une grande partie de l’Amérique du Nord. Elle occupe d’est en ouest le Canada, de la partie est de l’Alaska à Terre-Neuve et auLabrador. Au sud, plusieurs états du Nord des États-unis limitent son aire de répartition : Minnesota (6), Michigan, Washington, Dakota du Nord, Utah, Colorado (4) et New-York (6). On la retrouve donc davantage dans les régions boréales (4). Au Québec, on peut rencontrer cette magnifique espèce aussi bien dans les Laurentides qu’au Lac St-Jean ou en Abitibi (5). C’est d’ailleurs l’espèce d’Aeshna qui s’adapte le mieux à tous les types de lacs (5). Elle se retrouve fréquemment près des lacs boisés, des étangs, des marais, des tourbières, des cours d’eau lents et où la végétation est plutôt clairsemée (6). Au repos, cette espèce adopte une position verticale et se pose sur les troncs d’arbres ou les branches de préférence (6). On peut bien les observer au lever et au coucher du soleil, quand la lumière est plutôt faible et que les températures sont plus froides (4). Pour ce qui est de sa métamorphose, elle débute généralement vers la mi-juin (4).  C’est vers la mi-juillet que les femelles commencent à pondre et que les mâles recherchent activement à se reproduire (5). On les voit voler jusqu’à la fin octobre, mais la période où elles sont en plus grand nombre est au début du mois juillet jusqu’au début du mois de septembre (4).

    Comment et de quoi Aeshna eremita se nourrit-elle ?

    Un fait intéressant chez les libellules, y compris celles du genre Aeshna, c’est le mode d’alimentation des larves. Les larves sont carnivores, elles se servent de leur labium modifié pour capturer des proies. Le labium est replié sous la tête de la larve et lorsqu’une proie passe, elle peut projeter très rapidement cette pièce buccale pour l’attraper (7). Ses palpes labiaux en forme de pince l’aide grandement dans sa quête de nourriture (http://www.youtube.com/watch?v=g7Q0IXBM-4M). Chez les larves de la famille des Aeshnidae, les palpes sont courts et précis (7). Tout comme les autres libellules, les espèces du genre Aeshna sont des prédatrices et capturent leurs proies en plein vol. Leur thorax est dirigé vers l’avant permettant une meilleure capture des proies à l’aide des leurs pattes (Figure 6).

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    Figure 6: Thorax ayant une rotation vers l’avant pour la capture des proies © Nate Kohler, autorisation d’utiliser l’image.

    Elles se nourrissent principalement de petits diptères et de moustiques (8) de même que de lépidoptères et d’éphéméroptères (5). Les Aeshnidae se nourrissent aussi de proies plus volumineuses comme de trichoptères et même d’autres libellules ou demoiselles. Étant donné la nature de leurs proies, les libellules semblent intéressantes pour la lutte contre des espèces nuisibles (8).

    Quel est le cycle de vie de cette belle libellule ?

    Les mâles de l’espèce A.eremita volent rapidement au-dessus du littoral et restent habituellement au-dessus ou près de l’eau. En effet, ils vont dans la végétation dense seulement lorsqu’ils sont à la recherche de femelles (6). Au bout de l’abdomen, les mâles ont des appendices anaux qui sont constitués d’une paire de cerques et d’un épiprocte (Figure 7).

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    Figure 7:  Appendices anaux du mâle A. eremita, épiprocte au centre et cerques de chaque côtés © Nate Kohler, autorisation d’utiliser l’image.

    Ces appendices servent à attraper la femelle derrière la tête lors de l’accouplement. Le mâle produit du sperme à partir de glandes près de l’extrémité de son abdomen, il doit ensuite transférer le sperme dans un organe accessoire situé sur la face inférieure des segments 2 et 3. Les femelles, de leur côté, portent leurs organes génitaux sur la face inférieure des segments 8 et 9 (Figure 8)

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    Figure 8: Segmentation de l’abdomen d’une Odonate © BiodiversidadVirtual, autorisation d’utiliser l’image. Modifiée par les auteurs.

    Lors de l’accouplement, elles placent cette partie de leur abdomen face aux segments 2 et 3 du mâle (Figure 9).

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    Figure 9: Accouplement chez le genre Aeshna, © Christine Hanrahan, autorisation d’utiliser l’image.

    Les femelles peuvent être lignées bleues ou vertes et elles ont des cerques relativement larges comparativement aux mâles. Les femelles ont de larges ovipositeurs qui sont constitués de trois paires de valves dentelées utilisées pour faire des incisions dans le tissu des plantes pour y pondre les œufs (9). Elles pondent généralement sur des morceaux de bois flottant à la surface de l’eau, sur des tiges émergentes de plantes aquatiques ou directement sous la surface de l’eau (6). Les larves sont aquatiques et robustes, elles respirent par des branchies situées à l’intérieur de l’abdomen. De plus, elles se nourrissent d’insectes et parfois de petits poissons. À l’éclosion des œufs, les larves sortent et grandissent progressivement en changeant d’exosquelette (mues) afin remplacer celui qui est trop petit par un nouveau plus grand. Le stade larvaire peut durer plusieurs années. Quand celles-ci arrivent au dernier stade de mue, elles entreprennent leur métamorphose (9), vers la mi-juin habituellement (5) (https://www.youtube.com/watch?v=wUvv4sJnMek). Pendant cette métamorphose, elles vont développer tous les organes nécessaires à la vie adulte sur terre et dans les airs et c’est lorsque le développement est à point qu’elles s’accrochent à une tige de plante et émergent. Elles sortent alors de leur exuvie (exosquelette larvaire) sous la forme adulte. C’est un moment critique pour l’insecte, son corps et ses ailes sèchent pour devenir rigides, il est donc très vulnérable aux prédateurs. La vie d’adulte ne dure que quelques semaines, le but ultime étant la reproduction. L’insecte se nourrit alors sans arrêt jusqu’à l’atteinte de la maturité sexuelle puis s’accouple pour poursuivre son cycle de vie (9).

    Références :

    (1) E.H. Strickland Entomological Museum, Entomology Collection, Aeshna eremita, University of Alberta, [En ligne]. http://entomology.museums.ualberta.ca/hierarchy/index.php?fmsn=aeshna+eremita&vw=1&sb=1&r=1&o=1&c=1&s=24322&sn=Aeshna+eremita&cat=24322 (consulté le 25 octobre 2014)

    (2) Lagacé, D., et Pilon, J.G.. (1998). Les Odonates du Québec. Entomofaune du Québec (EQ) inc., Chicoutimi, Québec. 367 pages. Pages 38-39, 60-64.

    (3) Robert, A. (1963). Les Libellules du Québec. Service de recherche du Ministère de la Chasse et des Pêches du Québec. 223 pages. Page 101.

    (4 ) Ministry of Environment. British Colombia. [En ligne]. http://www.env.gov.bc.ca/wld/documents/odonates/IO_AESERE.pdf (consulté le 25 octobre 2014).

    (5) Robert, A. (1957). Les principales libellules du Québec. Le jeune naturaliste. 1ère partie. 28 pages. Pages 214, Pages 216-219.

    (6) Paulson, D.R. (2009). Dragonflies and Damselflies of the West. 528 pages. Page 214

    (7) Pritchard, G. (1965). Prey capture by dragonfly larvae (Odonata; Anisoptera).Canadian Journal of Zoology43(2), Pages 271-289. [En ligne]

    (8) Pritchard, G. (1964). The prey of adult dragonflies in northern Alberta. The Canadian Entomologist96(06), Pages 821-825. [En ligne]

    (9) Silsby J. (2001). Dragonflies of the world. 208 pages. Pages 12-26.

  • Gryllus pennsylvanicus (Burmeister 1838)

    le grillon automnal

    Par Félix MASSÉ et Laurent MONTAGANO (édité par Paul MAYRAND)

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Image 2
    Cette femelle a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

    Cette espèce d’insecte appartient à l’ordre des Orthoptera, à la super-famille des Grylloidea, à la famille des Gryllidae et au genre Gryllus. Elle pourrait être confondue avec Gryllus firmus, mais bien que très semblable, elle s’y distingue par son oviscapte plus long.

    Cet insecte possède une aire de répartition couvrant en grande partie l’Amérique du Nord: le sud du Canada, la majorité des États-Unis ainsi qu’une fraction du nord du Mexique. Ce succès s’explique par le fait que Gryllus pennsylvanicus possède une amplitude de tolérance élevée aux variations des conditions de son habitat. Ce dernier s’étend des champs et périphéries de forêts jusqu’aux cavernes et habitations humaines (tout refuge chaud pendant l’hiver aura tendance à attirer les grillons).

    Le fait d’être omnivore et donc d’avoir un large spectre dans le choix de nourriture contribue aussi au succès de l’étendue géographique de l’espèce. En effet, Gryllus pennsylvanicus se nourrit principalement de plantes et de graines, mais aussi de petits fruits, de matière organique en décomposition et parfois même de petits insectes (incluant leurs propres juvéniles). Par contre, ces grillons sont aussi une proie facile pour plusieurs autres animaux, qu’ils soient oiseaux (prédateurs plus communs), amphibiens, petits mammifères comme le renard, reptiles, poissons, arachnides ou autres insectes.

    La nuit, lorsqu’ils ne se nourrissent pas, les Gryllus pennsylvanicus mâles produisent des stridulations grâce au mouvement de leurs ailes: une rangée de dents sur les ailes postérieures frotte contre l’aile antérieure [1]. Ce « chant », dont la fréquence dépend directement de la température ambiante, attire des femelles lorsqu’il est fort. Par contre, un chant plus bruyant attire aussi plus de prédateurs. Une fois qu’il y a eu accouplement, la femelle peut procéder à la ponte des œufs dans du sable ou de la terre humide grâce à son oviscapte spécialisé qui lui permet de creuser. Après deux à trois semaines, les larves éclosent, s’alimentent et se développent pendant 12 semaines jusqu’à ce qu’elles atteignent le stade adulte. Faisant partie du groupe des orthoptères, ces larves ont un développement hémimétabole et conséquemment subissent une métamorphose incomplète. Une seule femelle pouvant pondre jusqu’à 400 œufs au courant de sa vie, il est heureux que seule une fraction des larves atteint le stade adulte.

    Effectivement, les conséquences de l’arrivée d’un nombre anormal de grillons dans les milieux d’agriculture sont connues depuis longtemps et sont très souvent dévastatrices car chaque individu mange au moins l’équivalent de son poids en une journée. Par contre, même s’ils peuvent ravager des semences, ils peuvent aussi être utiles. En agriculture, ils peuvent servir dans la lutte biologique contre les plantes nuisibles en mangeant les graines de la « mauvaise herbe ». Gryllus pennsylvanicus occupe aussi une place très importante dans son écosystème, car il active la décomposition en transformant la matière végétale en matière fécale, contribuant donc à accélérer les flux d’énergie et de nutriments.

  • Pelecinus polyturator (Drury 1773)

    Par Anne DESGAGNÉ-WELLS  et Katherine MATTEAU (édité par Elise ST-PIERRE)

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    pelicinus 1Le spécimen a été capturé à la Station de
    Biologie des Laurentides le 6 Septembre 2013

    Classification
    Ordre Hymenoptera
    Famille Pelecinidae
    Genre Pelecinus
    Espèce Pelecinus polyturator

    Caractères clés

    Notre spécimen possède deux caractères importants permettant sa classification dans l’ordre des Hymenoptera : les ailes postérieures beaucoup plus petites que les ailes antérieures et la présence d’une taille distincte entre le thorax et l’abdomen. Le caractère principal permettant l’identification à l’espèce est l’abdomen allongé des femelles qui mesure habituellement 5 cm. Le mâle, quant à lui, a un abdomen beaucoup plus court mesurant environ 2,5 cm, généralement en forme de massue. Le corps de l’insecte est généralement noir et luisant. De plus, une seule espèce du genre Pelecinus est trouvée en Amérique du Nord, ce qui permet de confirmer l’appartenance de notre spécimen à l’espèce Pelecinus polyturator (Borror et White, 1991).

    pelicinus 2Distribution géographique

    La distribution de cet insecte s’étend du sud-est du Canada au centre de l’Argentine. Au sein des populations du Canada et des États-Unis, les mâles sont en nombre très limité (4% du nombre d’individus), contrairement aux populations retrouvées plus au sud dans lesquelles ils représentent environ 36% des individus (Johnson et Musetti, 1998).

    Biologie et comportement

    Ce sont des endoparasitoïdes solitaires dont les hôtes principaux sont les larves de plusieurs espèces de coléoptères du genre Phyllophaga, mais surtout de Phyllophaga anxia. Podischnus agenor a aussi été observé en tant qu’hôte. Le taux de parasitisme rapporté est minime (1 à 3%), ce qui permet d’affirmer que P. polyturator n’est pas un facteur clé dans la régulation des populations d’hôtes. La femelle pond ses oeufs dans les larves de Phyllophaga en faisant passer son abdomen sous la surface du sol pour atteindre les larves enfouies jusqu’à 5 cm de profondeur (Capinera, 2008). Chez les Hymenoptera, la reproduction par parthénogenèse arrhenotoque (parthénogenèse ne produisant qu’une descendance mâle à partir des oeufs non fécondés) est le mode de reproduction le plus commun. Chez P. polyturator, on retrouve ce type de reproduction surtout dans les populations du sud alors que les populations plus nordiques se reproduisent généralement par parthénogenèse thélytoque, produisant ainsi une descendance exclusivement femelle (Johnson et Musetti, 1998).

    Importance économique

    Comme mentionné ci-haut, P. polyturator, bien qu’étant un endoparasitoïde de larves de
    P. anxia, ne participe pas de manière significative au contrôle de la population de cette
    espèce. Ceci étant dit, cette dernière constitue un ravageur important des plantations
    agricoles nord américaines (Lim et al., 1979). Ainsi, vu le grand nombre de femelles
    présentes à la fin de l’été, P. polyturator pourrait constituer une forme de lutte biologique
    contre P. anxia. Cependant, en général, on considère que P. polyturator n’a pas une
    très grande importance économique (Hammond, 1944).

     

    RÉFÉRENCES

    Borror, Donald J. et Richard E. White. 1991. Les insectes de l’Amérique du Nord. «Les guides Peterson». Laprairie : Éditions de Broquet inc, p.312-334, 408 pages.

    Capinera, John L. 2008. Encyclopedia of Entomology 2nd edition. Gainesville : Capinera Editions.

    Hammond, G. H. 1944. «Economic importance and host relationship of Pelecinus polyturator Drury». The Canadian Entomologist, (Juin), p.130.

    Johnson, N. F. et Musetti, L. 1998. «Geographic variation in sex ratio in Pelecinus polyturator (Drury) (Hymenoptera: Pelecinidae)». Journal of Hymenoptera Research, vol. 7, no.1, p. 48

    Lim et al. 1980. «A note on Pelecinus polyturator (Hymenoptera: Pelecinidae), a parasite of Phyllophage anxia (Coleoptera: Scarabaeidae)». The Canadian Entomologist, (February), p. 219.

Collection Ouellet-Robert