Auteur/autrice : Colin

  • Lambdina fiscellaria (GuenĂ©e 1858)

    L’Arpenteuse de la pruche ou Hemlock looper moth
    par Émilie SANSCARTIER et Catherine OUELLET
    Photographies prises par Catherine OUELLET

    Texte et images ©2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Photo 1. Spécimen capturé grùce à un filet fauchoir le 7 septembre 2017 sur le chemin menant au lac Gaie à la Station de Biologie des Laurentides, Québec, Canada.

    Ordre: Lépidoptera

    Famille: Geometridae

    Sous-famille: Ennominae

    Genre: Lambdina

    EspÚce: Lambdina fiscellaria (Guenée, 1858) [1]

    Identification:

    Avec ses deux paires d’ailes recouvertes d’Ă©cailles on reconnaĂźt instantanĂ©ment que ce spĂ©cimen fait partie de l’ordre trĂšs diversifiĂ© des lĂ©pidoptĂšres. De plus, sa couleur terne et ses antennes composĂ©es donnant l’aspect de plumes font penser qu’il figure parmi les papillons gĂ©nĂ©ralement nocturnes ou crĂ©pusculaires.


    C’est grĂące Ă  sa couleur d’un beige pĂąle, au point noir prĂ©sent sur chaque aile et surtout aux deux lignes transversales des ailes que l’identification Ă  l’espĂšce Lambdina fiscellaria a Ă©tĂ© faite [4]. Effectivement, mĂȘme si la couleur des individus de cette espĂšce peut varier du beige pĂąle au gris pĂąle et que ce ne sont pas tous les spĂ©cimens qui prĂ©sentent le point noir sur les ailes postĂ©rieures, tous ont une ligne extĂ©rieure traversant les deux paires d’ailes et une ligne intĂ©rieure traversant seulement l’aile antĂ©rieure. De plus, tous ont un point noir sur chaque aile antĂ©rieure. Ces lignes et ces points sont Ă©galement toujours symĂ©triques sur les deux ailes [4].

    Photo 2. Vu de cĂŽtĂ© des ailes du spĂ©cimen. À remarquer: les lignes transversales sur les ailes et le point des ailes antĂ©rieures.
    Photo 3: Vu de face du spĂ©cimen. À remarquer: la symĂ©trie des lignes et des points sur les ailes ainsi que les antennes composĂ©es.

    Le nom de la famille de Geometridea, dont il fait parti,  est un dĂ©rivĂ© de l’ancien grec oĂč “Geo” signifie terre et “metridae” rĂ©fĂšre Ă  la mesure mĂ©trique, donnant ainsi la signification « mesure de la terre ». Cela fait rĂ©fĂ©rence au mouvement lobĂ©s des chenilles de cette famille, faisant ainsi penser que la chenille mesure son chemin [2]. Ces chenilles arpenteuses se dĂ©placent ainsi puisqu’elles n’ont que 3 paires de fausses pattes abdominales [3].

    Photo 5: Chenille de Lambdina fiscellaria. Photo originalement publiĂ©e sur le site de Ressources naturelles Canada, selon l’avis de reproduction non-commerciale.

    Par sa couleur et sa forme, Besma quercivoraria est une espĂšce trĂšs ressemblante Ă  Lambdina fiscellaria. Il serait mĂȘme trĂšs facile de les confondre, les deux faisant partie de la mĂȘme famille. Cependant, Besma quercivoraria se distingue par des lignes longitudinales sur les ailes leurs donnant un aspect de « coquillage ». Également, Besma quercivoraria vole au dĂ©but de l’Ă©tĂ©, tandis que Lambdina fiscellaria est observĂ© en automne [5].

    Photo 6 : Besma quercivoraria vu de dessus. À remarquer: les lignes longitudinales sur toutes les ailes. Photo par Andy Reago et Chrissy McClarren originalement publiĂ©e sur le site de Flickr, selon le code lĂ©gal de Creative commons.
    Photo 7: Photo de Lambdina fiscellaria. À remarquer: Absence de lignes longitudinales (contrairement à Besma quercivoraria)

    Répartition géographique:

    Lambdina fiscellaria est une espĂšce indigĂšne de l’AmĂ©rique du Nord [6]. On le retrouve dans toutes les provinces du Canada ainsi qu’au Nord des Ă©tats Unis [7]. Au QuĂ©bec, il est prĂ©sent dans toutes les rĂ©gions, de prĂ©fĂ©rence dans les boisĂ©s humides et frais de conifĂšres, mais Ă©galement dans les boisĂ©s mixtes et les Ă©rabliĂšres [4].   

    Cette espĂšce n’est associĂ© Ă  aucun statut de prĂ©caritĂ© [8]. Elle est en fait trĂšs prĂ©sente dans les forĂȘts Canadiennes et est considĂ©rĂ©e comme un des plus importants dĂ©foliateurs de conifĂšres du continent. Les Ă©pidĂ©mies apparaissent et disparaissent sporadiquement sur tout le territoire englobant le Canada et le Nord des États-Unis [9].  

    Alimentation:

    Les chenilles se nourrissent entre autres des feuilles d’arbustes et d’arbres, comme le bouleau et l’Ă©rables, ainsi que des aiguilles de plusieurs conifĂšres, comme l’épinette blanche ou le mĂ©lĂšze laricin. MĂȘme si la chenille prĂ©fĂšre le sapin baumier ainsi que la pruche du Canada, d’oĂč son appellation « Arpenteuse de la pruche », elle peut se nourrir d’autres arbres, particuliĂšrement lors de pĂ©riode Ă©pidĂ©mique[6].

    Cycle de vie:

    Pour l’Arpenteuse de la Pruche, la ponte a lieu entre la fin aoĂ»t et octobre, prĂ©fĂ©rablement sur la mousse et le lichen qui recouvrent les arbres. Souvent, les Ɠufs sont regroupĂ©s par deux ou trois. L’éclosion des Ɠufs se produit au printemps, suite Ă  l’éclosion des bourgeons de sapins. Les chenilles de Lambdina fiscellaria font du phototropisme positif, c’est-Ă -dire qu’elles vont ĂȘtre attirĂ©es par la lumiĂšre. Elles vont donc se diriger vers l’extrĂ©mitĂ© des branches ainsi qu’à la cime des arbres et vont commencer Ă  se nourrir des Ă©pines de leur hĂŽte. Tout au long du dĂ©veloppement de la chenille, soit lors de ses diffĂ©rents stades larvaires, ses prĂ©fĂ©rences alimentaires vont changer. Commençant par les bourgeons fraĂźchement Ă©clos, puis se nourrissant des feuillages plus vieux arrivĂ© aux derniers stades larvaires. Les chenilles mangent rarement une aiguille complĂštement, la laissant rougir, et montrant ainsi les traces de son passage. Suite Ă  son dĂ©veloppement larvaire, la formation de la chrysalide commence. L’adulte en Ă©merge par la suite et sera prĂ©sent de la fin aoĂ»t jusqu’à tardivement Ă  l’automne. Inactif le jour, ce n’est que le soir venu que la recherche de partenaire s’entame. Une fois que le mĂąle trouve une femelle, le cycle recommence [10].

    Impact environnemental

    Comme mentionnĂ© plus tĂŽt, Lambdina fiscellaria possĂšde un fort caractĂšre Ă©pidĂ©mique. Les infestations sont visibles grĂące au rougissement des aiguilles des arbres atteints. Cela a pour consĂ©quences de rendre les arbres les plus attaquĂ©s trĂšs vulnĂ©rables Ă  d’autres facteurs environnementaux, comme les maladies, ce qui peut au final causer la mort des arbres.

    Photo 8: Arbres attaquĂ©s par la chenille de Lambdina fiscellaria. La couleur rouge est causĂ©e par un broutage partiel des aiguilles. Photo originalement publiĂ©e sur le site de Ressources naturelles Canada, selon l’avis de reproduction non-commerciale.

    Les infestations au QuĂ©bec s’Ă©tendent habituellement sur une durĂ©e de 2 Ă  3 ans et sont espacĂ©es de 5 Ă  10 ans. La deuxiĂšme annĂ©e est celle oĂč la superficie affectĂ©e est la plus grande, mais il est rare que l’Ă©pidemie continue plus de 3 ans, car plusieurs variables tendent Ă  la freiner naturellement. En effet, le manque de nourriture, les variations climatiques, la prĂ©dation, les maladies causĂ©es par des champignons et, principalement, l’attaque de guĂȘpes parasitoĂŻdes sur les oeufs au printemps permettent de diminuer les populations de chenilles et ainsi de rĂ©primer les invasions de Lambdina fiscellaria [6][10].


    Références:

    [1] Itis species 2000, Catalogue of life. (2017). Species details : Lambdina fiscellaria Guenée, 1858. Consulté le 25 octobre 2017. URL: http://www.catalogueoflife.org/col/details/species/id/a7319bbd7ff84f98ac44ec0359b5d7f1

    [2] Robin McLeod, John; Jane Balaban, Beatriz Moisset & Chuck Entz (2009). BugGuide, Family Geometridae – Geometrid Moths. ConsultĂ© le 25 octobre 2017. URL: https://bugguide.net/node/view/188


    [3] Ephytia, INRA science et impact. (2017). CaractĂ©ristiques morphologiques de l’ordre Lepidoptera. ConsultĂ© le 27 octobre 2017. URL: http://ephytia.inra.fr/fr/C/7556/Insectes-Caracteristiques-morphologiques-et-biologie


    [4] Handfiel, L. (1999). Le guide des papillons du Québec. Ottawa : Broquet inc. p.219-220 (planche 6888-1)

    [5] University of Alberta E.H. Strickland Entomological Museum. Entomology collection (2017). Species page – Lambdina fiscellaria. ConsultĂ© le 26 octobre 2018. URL: http://www.entomology.museums.ualberta.ca/searching_species_details.php?s=4277

    [6] Blogue de Conservation de Parcs QuĂ©bec. Elles Arpentent Nos ForĂȘts. ConsultĂ© le 27 octobre 2017. URL :https://www.sepaq.com/parcs-quebec/blogue/article.dot?id=d8852f74-e137-4a99-8afe-63e9b479b557.


    [7] Gouvernement du Canada. (2014). SystĂšme d’information sur la biodiversitĂ© (SCIB). ConsultĂ© le 28 octobre 2017. URL: http://www.cbif.gc.ca/fra/banque-d-especes/papillons-nocturnes-du-canada/geometroidea-du-canada/systeme-canadien-d-information-sur-la-biodiversite-geometroidea-du-canada-index-l/?id=1370403266179

    [8] The IUCN red list of threatened species. (2017). Consulté le 28 octobre 2017. URL: http://www.iucnredlist.org/search

    [9] Berthiaume, R. (2007). Écologie Ă©volutive des populations d’arpenteuse de la pruche (ThĂšse de Doctorat, UniversitĂ© de Laval). URL: http://theses.ulaval.ca/archimede/fichiers/24954/24954.html

    [10] MFFP. L’arpenteuse de La Pruche. ConsultĂ© le 27 October 2017. URL : https://www.mffp.gouv.qc.ca/forets/fimaq/insectes/fimaq-insectes-insectes-arpenteuse-pruche.jsp

  • Calligrapha philadelphica (Linnaeus 1758)

    Par Catherine ROCQUE et Victoria THELAMON

    Texte et images ©2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Figure 1. Calligrapha philadelphica récolté dans une Sarracenia, le 7 septembre 2017, à la Station de biologie des Laurentides, prÚs du Lac Geai.

    CLASSIFICATION 

    Ordre Coleoptera
    Sous-ordre Polyphaga
    Infra-ordre Cucujiformia
    Super-Famille Chrysomeloidea
    Famille Chrysomelidae
    Sous-Famille Chrysomelinae
    Tribu Chrysomelini
    Sous-Tribu Doryphorina
    Genre Calligrapha
    EspĂšce Calligrapha philadelphica

    INFORMATIONS SUR LA FAMILLE

    Calligrapha philadelphica ou le Calligraphe lignĂ© du cornouiller a Ă©tĂ© dĂ©crit par Linnaeus en 1758. Ce petit colĂ©optĂšre fait partie de la grande famille des Chrysomelidae ou « Leaf beetles » qui compte plus de 35 000 espĂšces Ă  travers le monde (Jolivet, 1988) et pourrait compter jusqu’à 60 000 espĂšces selon des estimations plus rĂ©centes (Reid, 1995) (Arnett, 2002). De ces nombreuses espĂšces, 14 sous-familles en sont les reprĂ©sentantes. Les chrysomĂšles sont herbivores et ont trĂšs souvent une plante hĂŽte propre Ă  l’espĂšce pour l’alimentation et la reproduction. Étant donnĂ© leurs modes d’alimentation phytophages, ils sont donc nuisibles pour les plantes dont ils se nourrissent. Les Chrysomelidae montrent une rĂ©duction ou perte totale de certaines structures en comparaison avec les autres familles. Par exemple, les structures buccales sont plus rĂ©duites car les premiers chrysomĂšles consommait du pollen, la transition de pollinivore (se nourrit de pollen) Ă  phyllophage (se nourrit de feuilles) nĂ©cessite une complexitĂ© moindre (voir figure 2). Par ailleurs, plusieurs chrysomĂšles ont moins de veinures sur les ailes, l’hypothĂšse est que l’ancĂȘtre aurait une taille beaucoup plus rĂ©duite (Reid, 1995).

    Figure 2. PiÚces buccales réduites du Calligrapha philadelphica

    IDENTIFICATION et MORPHOLOGIE

    Le genre Calligrapha est facilement identifiable grĂące aux motifs caractĂ©ristiques sur les Ă©lytres (Zurita et al., 2004). Le patron gĂ©nĂ©rale des motifs, la couleur des Ă©lytres et du pronotum sont diffĂ©rents selon l’espĂšce. Les espĂšces C. vivina, C. suturella, ou C. multipunctata ressemble beaucoup Ă  C. philadelphica sauf pour quelques dĂ©tails.

    Calligrapha philadelphica a une petite taille de 7 Ă  9 millimĂštres. Ils ont un pronotum entiĂšrement noir et des pattes dotĂ©es de deux griffes bien dĂ©finies (Majka, s.d.)(Arnett, 2002). Cette espĂšce ne prĂ©sente aucune diffĂ©rence entre les mĂąles et les femelles, c’est-Ă -dire qu’il n’y a aucun dimorphisme sexuel.

    Bien sĂ»r, si on trouve le spĂ©cimen sur sa plante hĂŽte (ici le cornouiller), cela aide Ă  l’identification de l’espĂšce. Cependant, nous avons trouvĂ© notre spĂ©cimen dans une Sarracenia (plante carnivore) dans la tourbiĂšre du Lac Geai. Nous avons donc identifier notre espĂšce grĂące Ă  une clef d’identification des calligraphes de l’est du Canada (14 espĂšces sur 38 en AmĂ©rique du Nord) (Majka, s.d.).

    Les motifs noirs des Ă©lytres varient aussi entre individus et entre localitĂ©s, c’est-Ă -dire qu’il y a beaucoup de variation intra- et inter-populations. Quand nous avons voulu confirmer l’identification de notre spĂ©cimen, nous l’avons comparĂ© aux spĂ©cimens de la collection Ouellet-Robert, dont les motifs Ă©taient lĂ©gĂšrement diffĂ©rents prouvant la grande variation gĂ©nĂ©tique.

    C’est surtout la taille et l’épaisseur des motifs qui varient beaucoup, le calus humĂ©ral est plus fin que ceux des spĂ©cimen de la collection (Zurita et al., 2004). De plus, si on regarde le calus humĂ©ral, il peut parfois ĂȘtre fusionnĂ© avec la lunule humĂ©rale (en forme de lune) (Brown, 1945). Sur notre spĂ©cimen, on retrouve les deux formes. En effet, ils sont fusionnĂ©s sur l’élytre gauche et sĂ©parĂ© sur l’élytre gauche. La ligne parallĂšle Ă  la suture des Ă©lytres varie aussi en longueur. Le point enfermĂ© par la lunule peut ĂȘtre divisĂ© en 2 points, ce qui est le cas chez notre spĂ©cimen (voir figure 3).

    Figure 3. Caractéristiques principales sur les élytres du Calligrapha philadelphica 

    Afin de s’assurer de l’identification de l’espĂšce, il faut vĂ©rifier s’il y a des plantes du genre Cornus Ă  l’endroit oĂč nous l’avons trouvĂ©. L’étude de Racine, en 2013, dĂ©montre qu’il y a prĂ©sence de Cornus canadensis autour du lac Geai de la station de biologie des Laurentides.

    BIOLOGIE

    Les diffĂ©rentes espĂšces de calligraphes restreignent leur alimentation Ă  quelques espĂšces de plantes (uniquement des dicotylĂ©dones). Calligrapha philadelphica est associĂ© au genre Cornus, d’oĂč son nom: calligraphe lignĂ© du cornouiller. Le cornouiller est la plante hĂŽte de cette espĂšce qui va donc passer la grande majoritĂ© de sa vie sur cette plante (alimentation, reproduction, dĂ©veloppement des larves) (Robertson, 1966).

    Figure 4. Cycle de vie de Calligrapha philadelphica. Dessin par Victoria Thelamon.

    Dans l’Est du Canada, toutes les espĂšces de calligraphes semble avoir le mĂȘme cycle de vie (voir figure 4). Les adultes hibernent et rĂ©apparaissent sur leur plante hĂŽte dĂšs le mois de Mai. La ponte dĂ©bute vers la mi-Mai jusqu’au mois de juin. Les Ɠufs sont jaune pĂąle, rose ou corail, dĂ©posĂ©s individuellement ou en amas, pouvant atteindre un total de 32 oeufs, sur les feuilles de la plante hĂŽte (Robertson, 1966)(Brown, 1945). Les larves Ă©mergent et se nourrissent jusqu’à atteindre le dernier stade larvaire. Elles s’enfouissent ensuite dans le sol pour la pupation qui dure en moyenne 8 jours. Lorsque l’adulte Ă©merge il est jaune pĂąle sans aucun motif sur ses Ă©lytres. Les couleurs apparaĂźtront peu Ă  peu, devenant de plus en plus foncĂ©es et nettes avec le temps. Les premiers adultes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration Ă©mergent de fin juillet jusqu’au mois de Septembre, ils chercheront ensuite un lieu pour l’hibernation. Une seule gĂ©nĂ©ration est produite par annĂ©e (Brown, 1945).

    Le cycle de vie du genre Calligrapha est trÚs bien illustré dans cette vidéo.

    Les populations de calligraphes sont souvent des colonies isolĂ©es, restreintes Ă  la distribution de leur plante hĂŽte. Les groupes peuvent ĂȘtre petits ou grand, et il peut Ă©ventuellement avoir des Ă©changes (migration) entre les populations. Ainsi, il y a une grande variabilitĂ© entre les populations. Certaines espĂšces de Calligraphes ont mĂȘme dĂ©veloppĂ© la parthĂ©nogenĂšse (C. philadelphica n’est pas concernĂ©) (Brown, 1945).

    DISTRIBUTION

    Figure 5.  Aire de répartition de Calligrapha philadelphica. Carte réalisée par Victoria Thelamon.

    La biogĂ©ographie du Calligraphe lignĂ© du cornouiller, dans la zone NĂ©arctique dont il est endĂ©mique, suit presque identiquement la distribution de sa plante hĂŽte (Cornus). Il prĂ©fĂšre les boisĂ©s et les lisiĂšres qui longent les forĂȘts des rĂ©gions tempĂ©rĂ©es oĂč se trouve le Cornus. Les individus ne s’aventurent jamais trĂšs loin de leur plante hĂŽte. Au Canada, ses habitats de prĂ©dilection se retrouvent surtout dans les provinces de l’Est, mais on les retrouve Ă©galement jusqu’en Colombie Britannique (voir figure 5). Aux États-Unis, on observe la mĂȘme tendance soit que le Calligraphe lignĂ© du cornouiller se retrouve majoritairement dans les Ă©tats de la cĂŽte Est (du Maine jusqu’à la GĂ©orgie), mais aussi dans quelques Ă©tats de l’ouest comme Washington, l’Idaho et le Montana (GĂłmez-Zurita, 2005).

    RÉFÉRENCES

    Arnett, R. H., Thomas, M. C., Skelley, P. E., & Frank, J. H. (Eds.). (2002). American Beetles, Volume II: Polyphaga: Scarabaeoidea through Curculionoidea (Vol. 2). CRC press.

    Brown, W. J. (1945). Food-plants and distribution of the species of Calligrapha in Canada, with descriptions of new species (Coleoptera, Chrysomelidae). The Canadian Entomologist, 77(7), 117-133.

    GĂłmez-Zurita, J., Vogler, A. P., & Funk, D. J. (2004). Diagnosing an overlooked North American taxon: Biological observations and mitochondrial insights on Calligrapha suturella Schaeffer, new status (Coleoptera, Chrysomelidae). Annals of the Entomological Society of America, 97(1), 28-36.

    GĂłmez-Zurita, J. (2005). New Distribution Records and Biogeography of Calligrapha Species (Leaf Beetles), in North America (Coleoptera: Chrysomelidae, Chrysomelinae). The Canadian Field-Naturalist, 119(1), 88-100.

    Jolivet, P., Petitpierre, E., Hsiao, T.H. (1988). Biology of Chrysomelidae (vol 42). Kluwer Academic Publishers.

    Majka, Christopher. (s.d.) Electronic Resources on Coleoptera, Atlantic Canada Coleoptera, Calligrapha Chevrolat. Empty Mirrors Press.

    Racine, G. (2013) Caractérisation de la tourbiÚre du lac Geai Station de biologie des Laurentides. Dans le cadre du cours GEO3010.

    Reid, C. A. M. (1995). A cladistic analysis of subfamilial relationships in the Chrysomelidae sensu lato (Chrysomeloidea). Biology, phylogeny and classification of Coleoptera: papers celebrating the 80th birthday of Roy A. Crowson, 2, 559-631.

    Robertson, J. G. (1966). The chromosomes of bisexual and parthenogenetic species of Calligrapha (Coleoptera: Chrysomelidae) with notes on sex ratio, abundance and egg number. Canadian Journal of Genetics and Cytology, 8(4), 695-732.

  • Platydracus violaceus (Gravenhorst 1802)  

    Platydracus violaceus (Gravenhorst 1802)  

    Virginie JUTEAU et Dominique MARULLO-MASSON

    Texte et photographies © 2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Figure 1. Vue dorsale du stade adulte de l’espĂšce Platydracus violaceus

    SpĂ©cimen attrapĂ© Ă  la Station de Biologie des Laurentides en date du 7 septembre 2017. Le spĂ©cimen, prĂ©levĂ© de jour en milieu humide, reposait inactif sous une souche d’arbre en dĂ©composition. Lors de son Ă©chantillonnage Ă  la main, le spĂ©cimen exposait un comportement dissuasif en vibrant et en remuant l’abdomen comme pour piquer.  

    Classification

    Selon la clĂ© de l’article Staphylinidae of Eastern Canada and Adjacent United States (Brunke et al. 2011)

    Classe : Insecta
    Ordre : Coleoptera (Linnaeus, 1758)
    Sous-ordre : Polyphaga  (Emery 1886)
    Infra-ordre: Staphyliniformia (Lameere 1900)
    Super-famille : Staphylinoidea (Latreille 1802)
    Famille : Staphylinidae (Latreille 1802)
    Sous-famille : Staphylininae (Latreille 1802)
    Tribu : Staphylinini (Latreille 1802)
    Sous-tribu : Staphylinina (Latreille 1802)
    Genre : Platydracus  (Thomson 1858)
    EspĂšce : Platydracus violaceus (Gravenhorst 1802)

    L’ordre des colĂ©optĂšres, reprĂ©sentant 40 % de toutes les espĂšces d’arthropodes dĂ©crites et dont le nombre d’espĂšces existant est estimĂ© Ă  1,5 million, regroupe de nombreuses familles, dont celle des Staphylinidae (Stork et al., 2015). Comptant parmi plus de 55 440 espĂšces dĂ©crites et regroupĂ©es dans plus de 3200 genres, la famille des  Staphylinidae constitue l’une des plus grandes familles de colĂ©optĂšres (Grebennikov et al., 2009). Alors que l’histoire fossile de ce groupe remonte Ă  quelque 200 millions d’annĂ©es, ce sont, Ă  ce jour, prĂšs de 400 nouvelles espĂšces qui sont encore mondialement rĂ©pertoriĂ©es par an. En AmĂ©rique du Nord, la famille des Staphylinidae, regroupant prĂšs de 4100 espĂšces Ă  travers 523 genres, forme la plus grande famille de colĂ©optĂšre prĂ©sente en ces territoires (Arnett et al., 2001).

    Biologie de l’insecte

    Morphologie générale de la famille des Staphylinidae

    La famille des Staphylinidae se distingue facilement des autres familles de colĂ©optĂšres par leur corps allongĂ©, linĂ©aire et souple ainsi qu’à leurs Ă©lytres, trĂšs raccourcis, laissant Ă  dĂ©couvert la plus grande partie de l’abdomen : de 3 Ă  6 segments abdominaux sont laissĂ©s Ă  dĂ©couvert. Sous ces Ă©lytres se trouvent des ailes bien dĂ©veloppĂ©es confĂ©rant Ă  cette famille une bonne capacitĂ© de vol (Chagnon et al., 1962). Bien que la famille soit confondue avec l’ordre des dermaptĂšres, les Staphylinidae ne portent pas de pinces Ă  la pointe de leur abdomen et possĂšdent des antennes de 11 segments ou moins  (Klimaszewski et al. 1996).  Leurs petits corps, mince et Ă©troit, ainsi que leur abdomen, flexible, permet aux Staphylinidae de coloniser des habitats telle la litiĂšre, inaccessible Ă  des organismes plus robustes et moins flexibles. Bien que certaines espĂšces possĂšdent des couleurs vives aux reflets mĂ©talliques, la majoritĂ© des Staphylinidae, dont la taille varie entre 0,7 mm et 25 mm, prĂ©sentent des couleurs plutĂŽt sombres (marron et noir) se fondant Ă  celles de la canopĂ©e (White 1983). La plupart des espĂšces, lorsqu’inquiĂ©tĂ©es, adoptent un comportement dissuasif en relevant et remuant leur abdomen comme pour piquer : ces espĂšces sont pourtant inoffensives, bien que certains sous-groupes de la famille possĂšdent des glandes abdominales et des produits chimiques dĂ©fensifs (Cline 2011).

    Écologie

    Aussi appelĂ©s « Rove Beetles« , les Staphylinidae sont parmi les colĂ©optĂšres les plus performants quant Ă  leur capacitĂ© Ă  coloniser une grande variĂ©tĂ© d’habitats. Quoique pauvrement reprĂ©sentĂ©s en milieux aquatiques, ceux-ci sont communs dans tous les biomes. Alors que certaines espĂšces se retrouvent en milieux forestier, d’autres encore habitent les forĂȘts tropicales, la toundra arctique ainsi que les rĂ©gions alpines et les habitats ocĂ©aniques intertidal et sublittoral tels les tourbiĂšres, les marais et divers autres milieux humides (Campbell et al. 1991). Or, c’est environ la moitiĂ© de toutes les espĂšces de Staphylinidae qui vivent en milieux forestiers. Celles-ci possĂšdent un large Ă©ventail d’habitats allant du long des rivages Ă  la litiĂšre du sol,  du dessous de l’écorce des arbres aux matiĂšres stercoraires et des cadavres. D’autres encore se retrouvent sur  les champignons et les fleurs ; certaines espĂšces, myrmĂ©cophiles ou termitophiles, vont mĂȘme jusqu’à habiter les fourmiliĂšres et les termitiĂšres de fourmis et de termites. Le cycle de vie de ces espĂšces, dont la plupart surviennent dans le sol, fait de cette famille l’une des plus importantes de la pĂ©dofaune (Newton et al. 1990). La plupart des espĂšces contenues dans la famille des Staphylinidae Ă©vitent tous contacts directs avec la lumiĂšre et sont gĂ©nĂ©ralement nocturnes, ce mode de vie offrant une protection plus grande contre la prĂ©dation et la dessiccation (Klimaszewski et al. 1996).

    Ils sont d’agiles prĂ©dateurs gĂ©nĂ©ralistes se nourrissant d’une grande variĂ©tĂ© d’arthropodes et d’invertĂ©brĂ©s terrestres. Certaines espĂšces sont cependant spĂ©cialisĂ©es pour s’attaquer spĂ©cifiquement Ă  certains groupes d’insecte. D’autres encore sont saprophages et ont pour ressources alimentaires diverses matiĂšres en dĂ©composition ; algues, pollen et inflorescences florales. D’autre encore sont phytophages et se nourrissent d’organismes vivants, tels les champignons, desquels ils se nourrissent des hyphes et des spores (Cline 2011).

    Figure 2.Vue dorsale des setae, poils qui ont pour fonction de faciliter le dĂ©placement de l’espĂšce grĂące Ă  une meilleure adhĂ©rence au substrat.

    OĂč retrouve-t-on l’espĂšce Platydracus violaceus

    Platydracus violaceus est une espĂšce habitant les milieux forestiers. Elles habitent autant les milieux humides qu’offre la canopĂ©e et la litiĂšre, autant ceux offerts par le dessous de l’écorce de feuillus morts, tels les chĂȘnes, les marronniers et les Ă©rables. Quoiqu’il soit aussi possible de les retrouver sous l’écorce des pins blancs ainsi que dans le bois pourri, dans certains champignons ou carcasses en dĂ©composition ainsi que sur les excrĂ©ments, ces cas sont moins frĂ©quents et ne constituent pas les habitats prĂ©fĂ©rentiels de l’espĂšce (Brunke et al. 2011). L’hiver, ces espĂšces hibernent pour survivre aux tempĂ©ratures plus froides. Les larves, qui Ă©closent au printemps, partagent le mĂȘme habitat que les adultes et se nourrissent de diverses larves pontent par d’autres insectes (Arnett et al. 2001).

    Au Canada, alors qu’encore bien des espĂšces demeurent encore inconnues, ce sont 1 048 espĂšces de la famille des Staphylinidae qui ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es, lesquels peuvent occuper un large territoire tel le montre la distribution de l’espĂšce Platydracus violaceus (Campbell et al. 1991).

    Figure 3: Carte de la distribution de Platydracus violaceus Ă  travers le Canada et les Etats-Unis. PubliĂ© avec autorisation de l’auteur © Brunke et al. 2011

    Identification du spécimen

    L’identification du spĂ©cimen a Ă©tĂ© effectuĂ©e selon la clĂ© de l’article Staphylinidae of Eastern Canada and Adjacent United States (Brunke et al. 2011). L’identification requiert l’étude de traits subtils ayant permis la distinction de l’espĂšce parmi la famille des Staphylinidae.

    Les figures 4 et 5, annotĂ©es, relaient les divers traits caractĂ©ristiques ayant permit l’identification du spĂ©cimen Platydracus violaceus.

    1. Tout d’abord, l’identification de la sous-famille Staphylininae a Ă©tĂ© permise grĂące Ă  l’absence de coxa postĂ©rieur (a).
    2. Ensuite, la combinaison des quelques caractĂ©ristiques suivantes a permis de mettre en Ă©vidence la tribu Staphilini : les Ă©lytres se rencontrant Ă  la ligne mĂ©diane du corps (b), un cou large mesurant la moitiĂ© de la tĂȘte (c) et la base des antennes sĂ©parĂ©es par une distance plus grande que celle sĂ©parant les yeux de la base des antennes (d).
    3. Notre spĂ©cimen possĂ©dait cinq tarsomĂšres par tarse (e), des palpes maxillaires et labiaux courts (f), des ponctuations sur la surface dorsale du cou (g) et une tĂȘte au bout Ă©troit plus large que la moitiĂ© de la longueur du pronotum (h). Ces caractĂ©ristiques nous ont permis d’identifier la sous-tribu Staphilinina.
    4. Finalement, notre spĂ©cimen fait partie du genre Platydracus, car il possĂšde un pronotum ponctuĂ© aux angles ronds (i) avec une ligne non ponctuĂ©e mĂ©diane en son centre (j). De plus, les setae (poils) situĂ©s sur les cĂŽtĂ©s de la tĂȘte ne sont pas limitĂ©s Ă  la moitiĂ© antĂ©rieure de la tempe (k).
    Figure 4. Vue latĂ©rale de l’espĂšce Platydracus violaceus dĂ©montrant l’absence de coxa postĂ©rieur.
    Figure 5. Illustration de l’espĂšce Platydracus violaceus vue dorsalement  avec identification des structures anatomiques observables. Â© Illustration et identification rĂ©alisĂ©e par Virginie Juteau CC BY-NC-ND 4.0

    Les caractĂ©ristiques les plus remarquables de Platydracus violaceus sont les Ă©lytres violets aux reflets mĂ©talliques et les poils pĂąles recouvrant certaines parties de l’abdomen. Il est possible de confondre Platydracus violaceus avec Platydracus viridanus, ce dernier ayant des Ă©lytres violets lorsqu’il est exposĂ© Ă  des substances toxiques se trouvant dans des trappes Ă  insectes. Dans le cas de notre spĂ©cimen, capturĂ© dans son habitat naturel, aucune exposition Ă  un agent n’a eu lieu. De plus, P. violaceus possĂšde des pattes entiĂšrement noires et un pronotum aussi large que la tĂȘte, ce qui n’est pas le cas de P. viridanus (Brunke et al. 2011).

    Figure 6. Vue dorsale de l’abdomen de l’espĂšce Platydracus violaceus ainsi que des poils caractĂ©ristiques les recouvrant.

    Références:

    Arnett Jr, R. H., & Thomas, M. C. (Eds.). (2000). American Beetles, Volume I: Archostemata, Myxophaga, Adephaga, Polyphaga: Staphyliniformia. CRC Press, Boca Raton, FL.

    Brunke A., Newton A., Klimaszewski J., Majka C. Et Marshall S. (2011). Staphylinidae of Eastern Canada and Adjacent United States. Key to Subfamilies ; Staphylininae : Tribes and Subtribes, and Species of Staphylinina. Canadian Journal of Arthropod Identification 12., pp.1-111. DOI: 10.3752/cjai.2011.1

    Campbell, J.M., Davies, A. (1991). Canadian National Collection of Insects, Arachnids and Nematodes (derniÚre mise à jour en 2013). Repéré à : http://www.canacoll.org/Coleo/Checklist/PDF%20files/STAPHYLINIDAE.pdf

    Chagnon, G. et Robert, A. (1962) .Principaux colĂ©optĂšres de la province de QuĂ©bec (2e Ă©d.). MontrĂ©al, Canada : Les Presses de l’UniversitĂ© de MontrĂ©a

    Grebennikov, V. V., & Newton, A. F. (2009). Good-bye Scydmaenidae, or why the ant-like stone beetles should become megadiverse Staphylinidae sensu latissimo (Coleoptera). European Journal of Entomology, 106(2), 275-301

    Klimaszewski, J., Newton JR, A. F., & Thayer, M. K. (1996). A review of the New Zealand rove beetles (Coleoptera: Staphylinidae). New Zealand journal of zoology, 23(2), 143-160. DOI: 10.1080/03014223.1996.9518074

    Levesque, C., Levesque, G.-Y. (1995). Abundance, Diversity and Dispersal Power of Rove Beetles (Coleoptera : Staphylinidae) in a Raspberry Plantation and Adjacent Sites in Eastern Canada. Journal of the Kansas entomological society, 68(3), 355-370

    Cline, A. R. (2011). Checklist of the Beetles of Maine, USA. The Coleopterists Bulletin, 65(4), 364-365.

    Newton, A. F., Jr. (1990). Insecta: Coleoptera Staphylinidae adults and larvae. In D. L. Dindal (ed.), Soil Biology Guide. Chap. 38, pp. 1137-1174. John Wiley and Sons, Inc., New York

    Paulian, R. (1988). Biology of the Coleoptera. Editions Lechevalier
     
    Stork, N. E., McBroom, J., Gely, C., & Hamilton, A. J. (2015). New approaches narrow global species estimates for beetles, insects, and terrestrial arthropods. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(24), 7519-7523.
    White, R. E. (1998). The Beetles of North America (Vol. 29). Houghton Mifflin Harcourt.
  • Dolichovespula maculata (Linnaeus 1763)

    Dolichovespula maculata (Linnaeus 1763)

    La guĂȘpe Ă  taches blanches

    par Alys-Anh MORIN et Andrée-An THERRIEN

    Texte et images ©2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le spĂ©cimen a Ă©tĂ© capturĂ© en train de manger prĂšs du chalet d’accueil de la Station de biologie des Laurentides le 7 septembre 2017

    Classification

    Classe: Insecta
    Ordre: Hyménoptera
    Sous-ordre: Apocrita
    Infra-ordre: Aculeata
    Super-famille: Vespoidea
    Famille: Vespidae
    Sous-famille: Vespinae
    Genre: Dolichovespula
    EspĂšce: Dolichovespula maculata (Linnaeus, 1763)

    Identification du spécimen

    L’identification du spĂ©cimen consistait d’abord Ă  observer ses caractĂ©ristiques particuliĂšres afin de trouver l’ordre d’insectes auquel il appartient. Le fait que le spĂ©cimen avait les ailes antĂ©rieures plus grandes que les ailes postĂ©rieures et qu’il y avait la prĂ©sence de petits crochets sur ces derniĂšres nous a permis de conclure qu’il appartient Ă  l’ordre des HymĂ©noptĂšres. Les ailes sont translucides et de teinte brunĂątre. Les crochets servent Ă  accrocher les ailes postĂ©rieures Ă  celles antĂ©rieures afin de rendre le vol plus efficace. Le spĂ©cimen possĂšde aussi trois ocelles derriĂšre la tĂȘte pour capter la lumiĂšre et possiblement stabiliser le vol.

    Figure 1: Les ailes antérieures sont plus grandes que les ailes postérieures

    Figure 2: Les ailes antĂ©rieures sont accrochĂ©es aux ailes postĂ©rieures Ă  l’aide de petits crochets

    Figure 3: Les trois ocelles situĂ©s derriĂšre la tĂȘte de la guĂȘpe

    Ensuite, il a Ă©tĂ© possible de dĂ©terminer le sous-ordre Apocrita du spĂ©cimen grĂące Ă  la taille mince visible sĂ©parant le thorax du gastre. Cette taille permet de rendre le gastre plus flexible dans l’utilisation de l’oviscapte pour la ponte chez les «Parasitica» (guĂȘpes parasitoĂŻdes pondant leurs Ɠufs Ă  l’extĂ©rieur ou Ă  l’intĂ©rieur d’un hĂŽte oĂč ceux-ci se dĂ©veloppent) ou dans l’utilisation du dard comme mĂ©canisme de dĂ©fense chez l’infra-ordre Aculeata comprenant les guĂȘpes piqueuses et sociales (Richter, 2000).  En fait, les Aculeata auraient Ă©voluĂ© d’un ancĂȘtre parasitoĂŻde gĂ©nĂ©ralisĂ© par la modification de l’oviscapte (organe de ponte) en dard. En ce qui concerne le spĂ©cimen, il est possible de voir un dard ressorti et donc, il fait partie de l’infra-ordre Aculeata. Le spĂ©cimen appartient Ă  la famille des Vespidae, car celle-ci comprend les guĂȘpes sociales. Plus prĂ©cisĂ©ment, il fait partie de la sous-famille Vespinae puisqu’il est reconnu pour fabriquer des nids de carton ou de papier (Borror et White, 1970, p. 348 et 349).

    Figure 4: La taille mince séparant le thorax du gastre chez les Apocrita. Le dard comme mécanisme de défense chez les Aculeata

     

    Le genre Dolichovespula a pu ĂȘtre dĂ©terminĂ© en observant l’espace prĂ©sent entre la mandibule et l’Ɠil du spĂ©cimen (espace oculo-malaire) (Species Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet, 2017). Les autres guĂȘpes n’appartenant pas Ă  ce genre ont normalement les mandibules accolĂ©es Ă  leurs yeux, mais ce n’est pas le cas ici. Finalement, l’espĂšce du spĂ©cimen est D. maculata puisqu’il a le corps noir avec des lignes et bandes blanches ornant la tĂȘte, le thorax et les derniers segments de l’abdomen (DubĂ©, 2017). Justement, Dolichovespula maculata est communĂ©ment appelĂ©e la « guĂȘpe Ă  taches blanches » Ă  cause de cela.

    Figure 5: L’espace oculo-malaire entre la mandibule et l’Ɠil de la guĂȘpe

    Figure 6: Les diverses taches blanches sur la tĂȘte, le thorax et l’abdomen de la guĂȘpe

    Distribution géographique et habitat

    Il existe 7 Ă  8 espĂšces appartenant au genre Dolichovespula en AmĂ©rique du Nord (Jacobs, 2010). Dolichovespula maculata est une espĂšce de guĂȘpes native de l’AmĂ©rique du Nord, soit du Canada. Elle est retrouvĂ©e dans pratiquement toutes les provinces et territoires canadiens Ă  l’exception du Nunavut (Buck et al., 2008). Elle habite aussi la cĂŽte occidentale et la plupart de la cĂŽte orientale des États-Unis. Toutefois, elle est surtout retrouvĂ©e au sud-est des États-Unis. Cette espĂšce prĂ©fĂšre les zones tempĂ©rĂ©es naturelles, comme les forĂȘts ou les roches, mais aussi les zones de vĂ©gĂ©tation dans les endroits urbains afin de construire son nid. Par exemple, il est possible de retrouver un nid appartenant Ă  cette espĂšce prĂšs d’une maison, d’une cabane ou mĂȘme prĂšs de poteaux Ă©lectriques (Buck et al., 2008). Son nid est construit dans un arbre, un arbuste ou tout autre endroit au-dessus du sol variant entre 1,1 et 20, 0 mĂštres de hauteur (Archer, 2006). Dolichovespula maculata est reconnue pour fabriquer son nid plus haut que la majoritĂ© des autres espĂšces de guĂȘpes (Buck et al., 2008).

    Biologie et cycle de vie

    L’alimentation des guĂȘpes Ă  taches blanches varie selon le stade de dĂ©veloppement de l’individu ainsi que l’endroit gĂ©ographique oĂč elles vivent. Les larves s’alimentent du nectar des fleurs rapportĂ© et fourni par les adultes. Ces derniers sont principalement carnivores et se nourrissent de plusieurs types d’insectes et d’arthropodes vivants plus petits, telles que les araignĂ©es. Par contre, il arrive parfois qu’elles se nourrissent d’insectes plus gros comme des cigales ou des mantes prĂ©datrices. De plus, elles peuvent occasionnellement fouiller de la viande morte pour des protĂ©ines, mais la majoritĂ© du temps, elles attrapent leurs proies vivantes. Pour discriminer les proies potentielles des proies non potentielles, elles survolent Ă  basse altitude l’environnement et la vĂ©gĂ©tation. Plus prĂ©cisĂ©ment, elles utilisent des repĂšres visuels et se dirigent vers des silhouettes irrĂ©guliĂšres lorsqu’elles en aperçoivent (Richter, 2000). Pour attraper leurs proies, les guĂȘpes Ă  taches blanches (et autres guĂȘpes sociales) ont tendance Ă  tuer leurs proies par une morsure plutĂŽt que par leur dard. Celui-ci n’est seulement qu’utilisĂ© comme moyen de dĂ©fense en injectant un venin Ă  l’intĂ©rieur de leur assaillant. Les guĂȘpes Ă  taches blanches se nourrissent aussi de fruits ou de certaines sĂšves d’arbres.

    Figure 7: Dolichovespula maculata  en train de manger un arthropode

    Le cycle de vie de la guĂȘpe Dolichovespula maculata se base sur le cycle de vie de la colonie, se divisant en trois stades, et s’étale sur une annĂ©e. À chaque printemps (dĂ©but mai), les nouvelles colonies sont fondĂ©es par une reine nĂ©e l’étĂ© prĂ©cĂ©dent. La durĂ©e de vie d’une colonie, qui est d’environ quatre mois, s’étend jusqu’à la fin du mois de septembre. Par contre, Ă  des latitudes plus basses, la longĂ©vitĂ© d’une colonie peut s’étendre jusqu’à 5 mois (Archer, 2006). Le premier stade de la colonie est sa fondation par une reine sortant d’hivernation. Cette derniĂšre Ă©lĂšve seule la premiĂšre couvĂ©e d’ouvriĂšres. Cette pĂ©riode dure entre 23-24 jours. Les Ɠufs Ă©closent 6 jours aprĂšs la ponte, puis les larves grandissent pendant 8 jours.  Les ouvriĂšres Ă©mergent une dizaine de jours plus tard. De façon surprenante, le couvain peut contribuer Ă  la croissance de la colonie avant qu’il soit mature. En effet, il produit de la chaleur et fourni de la salive pour la reine. D’ailleurs, la construction du nid se fait Ă  partir de bois mĂąchĂ© avec de l’amidon et de la salive. Cette prĂ©paration, qui est ensuite Ă©tendue autour de leurs pattes et leurs mandibules, sĂšche pour former du papier. Une fois les ouvriĂšres adultes, le second stade dĂ©bute. C’est la plus longue phase de vie de la colonie (Greene, 1984). Les ouvriĂšres s’occupent de toutes les tĂąches d’entretien de la ruche (ex: construction d’alvĂ©oles, collecte de nourriture et de matĂ©riaux pour la construction du nid) ainsi que les soins des futures ouvriĂšres afin d’assurer la croissance de la colonie. De son cĂŽtĂ©, la reine se consacre entiĂšrement Ă  la reproduction en dĂ©posant des Ɠufs dans les alvĂ©oles de la ruche (Felippotti, 2009). Le dernier stade dĂ©bute lorsqu’un certain seuil de croissance de la ruche est atteint. C’est Ă  ce moment que la colonie concentre ses efforts sur la production d’individus reproducteurs tels que les reines et les mĂąles (Greene, 1984). La production de ces individus peut commencer durant le second stade, mais elle est trĂšs coĂ»teuse. En effet, les mĂąles et les jeunes reines nourrissent uniquement les proies que les ouvriĂšres rapportent dans la ruche. ConsĂ©quemment, les efforts dĂ©ployĂ©s Ă  la production de nouvelles ouvriĂšres sont moindres.

    La colonie est divisĂ©e en plusieurs castes : les ouvriĂšres, le mĂąles et les reines. La diffĂ©renciation est le rĂ©sultat d’une nutrition particuliĂšre combinĂ©e Ă  des alvĂ©oles de plus grande taille. C’est pour cette raison que les reines D. maculata peuvent ĂȘtre de tailles diffĂ©rentes.  Il peut arriver que certaines reines aient la mĂȘme taille que des ouvriĂšres d’une colonie voisine. Cependant, les reines (18-20 mm) sont toujours de plus grande taille que les ouvriĂšres (12-14 mm) de leur propre colonie (Jacobs, 2010). La grande taille des reines favorise leur survie Ă  l’hiver lorsqu’elles entrent en diapause. La diapause est un Ă©tat dans lequel la guĂȘpe diminue au minimum ses activitĂ©s. Elle doit rĂ©sister au gel tout en conservant suffisamment de rĂ©serves (Felippotti, 2009).

    Bibliographie

    ARCHER, Michael. (2006). Taxonomy, distribution and nesting biology of species of the genus Dolichovespula (Hymenoptera, Vespidae). Entomological Science, 9: 281–293

    BORROR, Donald J. et WHITE, Richard E. (1970). Peterson Field Guides – Insects of America North of Mexico (1Ăšre Ă©dition). Boston, États-Unis: Houghton Mifflin Company

    BUCK, Matthias, MARSHALL, Stephen A. et CHEUNG, David K. B. (2008). Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Neartic region. Repéré à https://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/84d_maculata.html

    BUGGUIDE. Species Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet. (2017). RepĂ©rĂ© Ă  https://bugguide.net/node/view/2890

    DUBÉ, Jocelyn. (2017). La guĂȘpe Ă  taches blanches – Dolichovespula maculata. RepĂ©rĂ© Ă  http://www.bestioles.ca/insectes/guepe-a-taches-blanches.html

    ENCYCLOPEDIA OF LIFE. Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet. (s. d.). RepĂ©rĂ© Ă  http://eol.org/pages/239818/details

    FELIPPOTTIA, G.T., TANAKA JUNIORA, G.M., NOLL, J.B. & WENZEL, J.W. (2009). Discrete dimorphism among castes of the bald-faced hornet Dolichovespula maculata (Hymenoptera: Vespidae) in different phases of the colony cycle. Journal of Natural History, 43(39-40): 2481-2490

    GREENE, Albert. (1984). Production Schedules of Vespine Wasps: An Empirical Test of the Bang-Bang Optimization Model. Journal of The Kansas Entomological Society, 57(4):545-568

    JACOBS, Steve. (2010). Insect Advice from Extension – Baldfaced Hornet. RepĂ©rĂ© Ă  http://ento.psu.edu/extension/factsheets/baldfaced-hornet

    RICHTER, Raveret. (2000). Social Wasp (Hymenoptera: Vespidae) Foraging Behavior. Annual Review of Entomology, 45:121-150

  • Annonce – Club QMOR

    Depuis janvier 2017, la Collection entomologique Ouellet-Robert possÚde son propre club de curation étudiant, le Club QMOR! Sa mission est de contribuer aux travaux de curation de la collection entomologique Ouellet-Robert tout en faisant la promotion de son importance scientifique et éducative auprÚs du public. Les objectifs principaux du Club QMOR sont :

    1) AccroĂźtre, entretenir, et mettre Ă  jour la collection (taxonomie, tiroirs);

    2) Échanger des connaissances entomologiques pratiques et thĂ©oriques dans une atmosphĂšre sociale.

    Le club l’hiver 2018

    Les Ă©tudiants bĂ©nĂ©voles se rĂ©unissent Ă  raison de deux soirĂ©es par mois au laboratoire d’entomologie du Centre sur la biodiversitĂ© (local B-217) de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al, situĂ© au jardin botanique de MontrĂ©al (4101 Sherbrooke Est).

    Participer Ă  une rencontre signifie passer une soirĂ©e agrĂ©able en compagnie d’autres passionnĂ©s d’entomologie, tout en travaillant activement Ă  dĂ©velopper notre hĂ©ritage scientifique. Vous serez appelĂ©s Ă  rĂ©aliser des projets qui vous permettront de dĂ©couvrir le fonctionnement d’une collection scientifique, de parfaire vos apprentissages auprĂšs de spĂ©cialistes et de dĂ©velopper des compĂ©tences avantageuses sur le marchĂ© du travail, le tout en ayant la chance d’admirer de superbes insectes indigĂšnes et exotiques!

    Les membres inauguraux du club l’hiver 2017, go les «Bibittes anonymes»!

    La Collection Ouellet-Robert a Ă©tĂ© fondĂ©e en 1930 par Gustave Chagnon, un des plus grands naturalistes canadiens de son Ă©poque. Elle est principalement composĂ©e de spĂ©cimens capturĂ©s par les frĂšres Joseph Ouellet et Adrien Robert. Parmi les plus importantes collections​ entomologiques du pays​, c’est la 1re pour les insectes du QuĂ©bec.

    Intéressés? Nos membres se feront un plaisir de vous accueillir!

    Suivez le Club QMOR sur Facebook pour accĂ©der aux photos des rĂ©unions prĂ©cĂ©dentes et connaĂźtre l’horaire des prochaines.

    Automne 2017

  • Leptus sp. Latreille 1796

    Leptus sp. Latreille 1796

    Par Maya FAVREAU et DanaĂ« LEMIEUX-URESANDI

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Classe Arachnida
    Sous-classe Acari
    Ordre Trombidiformes
    Famille Erythraeidae
    Sous-famille Leptinae
    Genre Leptus Latreille 1796

    Distribution géographique

    Les acariens du genre Leptus se retrouvent partout dans le monde, sur tous les continents sauf l’Antarctique (Fain et D’Amico, 1997).

    Informations générales et caractÚres clés

    Plusieurs espĂšces d’acariens ont des larves parasites d’arthropodes. Deux genres parasitent communĂ©ment les opilions, les genres Trombidium et Leptus.  Les larves assez similaires de ces deux genres sont diffĂ©renciables par la prĂ©sence d’urstigma (aussi appelĂ©s organes de ClaparĂšde, de fonction osmorĂ©gulatrice) situĂ©s entre les deux premiĂšres paires de pattes ainsi que la prĂ©sence d’une ouverture anale chez le genre Trombidium, alors que ces deux caractĂšres sont absents chez le genre Leptus (Krantz, 1978).

    Figure II. Larve de Leptus photographiée au microscope à un grossissement de 400x. Notez les soies et les trois paires de pattes. (Spécimen récolté à la Station de biologie des Laurentides en Septembre 2014)

    Dans une étude de Welbourn et Young (1988), le genre Leptus était responsable de prÚs de la moitié des cas de parasitisme recensés chez des araignées. Ce genre comprend 90 espÚces dont le stade larvaire est parasitaire.

    Les mites de Leptus ont une forme plutĂŽt ovale, avec une petite tĂȘte portant des chĂ©licĂšres (Faint et JocquĂ©, 1996). Le cĂ©phalothorax et l’abdomen sont fusionnĂ©s, comme chez les autres acariens et leur cuticule est molle (Fain et D’Amico, 1997). Les adultes portent quatre paires de pattes, mais la forme larvaire n’en possĂšde que trois (Fain et D’Amico, 1997). Ces mites sont couvertes de soies et la plupart ont une coloration brun-rougeĂątre. Elles mesurent d’un Ă  deux milimĂštres (Bumblebee.org).

    Biologie 

    Leptus, comme plusieurs autres Trombidiformes apparentĂ©s, a un cycle de vie particulier avec une alternance de phases de dĂ©veloppement actif et de phases inactives, appelĂ©es calyptostases, oĂč la stase reste emprisonnĂ©e dans la cuticule du stade de dĂ©veloppement prĂ©cĂ©dent. Ces acariens comptent six stades de dĂ©veloppement post-embryonnaires : la prĂ©larve calyptostasique (inactive), la larve parasitaire, la protonymphe calyptostasique, la deutonymphe prĂ©datrice, la tritonymphe calyptostasique et finalement le stade adulte prĂ©dateur, qui est actif (Belozerov, 2008).

    Les larves sont parasites de plusieurs ordres diffĂ©rents : des araignĂ©es, des opilions, des diptĂšres, des orthoptĂšres et autres. Elles ont des prĂ©fĂ©rences quand Ă  leur site d’attachement Ă  l’hĂŽte : elles choisissent plus souvent la face dorsale, mais certaines espĂšces de Leptus prĂ©fĂšrent les pattes (Townsend et al, 2006). Ces ectoparasites utilisent leur chĂ©licĂšres pour percer l’arthropode qu’ils parasitent et leur trompe pour en sucer l’hĂ©molymphe. Une substance qui cimente en sĂ©chant est aussi sĂ©crĂ©tĂ©e par des glandes buccales pour solidifier le lien entre l’acarien et son hĂŽte (Abro, 1988). Une fois engorgĂ©e, la larve se laisse tomber de l’hĂŽte et se transforme alors en octopode: l’adulte et la deutonymphe sont libres et prĂ©dateurs (Pereira et al, 2012).

    L’hîte: Phalangium opilio Linnaeus, 1758

    Figure III. Phalangium opilio parasité par 2 larves
    Figure III. Phalangium opilio parasité par deux larves : une sur la patte et une sur le coté dorsal (Spécimen récolté à la Station de biologie des Laurentides en Septembre 2014)

    Le Phalangium opilio est l’arthropode hĂŽte sur lequel nous avons recueilli nos spĂ©cimens de Leptus. Bien que cet opilion commun au QuĂ©bec ne puisse ĂȘtre utilisĂ© comme un vĂ©ritable agent de lutte biologique, il est un prĂ©dateur utile de plusieurs espĂšces nuisibles pour l’agriculture, permettant de conserver les densitĂ©s de ravageurs basses. Bien que cet arachnide soit communĂ©ment parasitĂ© par des mites, on ne connaĂźt pas l’impact du parasitisme sur la survie et la reproduction des opilions (Townsend et al, 2006).

    RĂ©fĂ©rences 

    Acari (mites and ticks). Bumblebee.org. [En ligne] http://www.bumblebee.org/invertebrates/Acari.htm (Consulté le 29 octobre 2014)

    Arnold Åbro (1988) The mode of attachment of mite larvae (Leptus spp.) to harvestmen (Opiliones), Journal of Natural History, 22(1): 123-130

    Belozerov, V.N. 2008: Calyptostasy: its role in the development and life histories of the parasitengone mites (Acari: Prostigmata: Parasitengona). Acarina, 16: 3-19.

    Fain, A., D’Amico, F., 1997. Observations on Larval Mites (Acari) parasitic on opiliones from the French Pyrenees. Internation Journal of Acarology, 23(1): 39-48

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    Pereira, A.I.A., Fadini, M.A.M., Pikart, T.G., Zanuncio, J.C., Serrao, J.E., 2012. New hosts and parasitism notes for the mite Leptus (Acari: Erythraeidae) in fragments of the Atlantic Forest, Brazil. Brazilian Journal of Biology 72(3): 611-616

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    Welbourn, W.C., Young, O.P., 1988. Mites parasitic on spiders, with a description of a new species of Eutrombidium (Acari: Eutrombidiidae). Journal of Arachnology 16: 373-385

  • Sphaerophoria philanthus (Meigen 1822)

    Par Diane BUREAU et Julien SAAVEDRA-LAVOIE, 2014

    2014-09-25 11.59.10
    MĂąle Sphaerophoria philanthus

    Ordre: Diptera

    Sous-ordre: Brachycera

    Super-Famille: Syrphidea

    Famille: Syrphidae

    Sous-famille: Syrphinae

    Tribu: Syrphini

    Genre: Sphaerophoria

    EspĂšce: philanthus

    Famille des Syrphidae :

    Les espĂšces de la familles des SyrphidĂ©s, aussi connues sous le nom de syrphe, font parties des diptĂšres les plus colorĂ©s et les plus frĂ©quemment capturĂ©s. Ils se retrouvent sur tous les continents Ă  l’exception de l’Antarctique. GrĂące Ă  la grande diversitĂ© des niches pouvant ĂȘtre occupĂ©es par leurs larves, ils sont prĂ©sents dans la majoritĂ© des types d’habitats, de la forĂȘt tropicale jusqu’aux dĂ©serts arides ou arctiques. Étant donnĂ© le vaste territoire qu’ils couvrent, ces espĂšces sont sujettes Ă  une importante pression de la part des prĂ©dateurs. C’est pourquoi toutes les espĂšces de ce groupe montrent une ressemblance gĂ©nĂ©rale, et parfois mĂȘme une ressemblance spĂ©cifique trĂšs proche avec les abeilles et guĂȘpes (Vockeroth, 1992).

    Importance de la famille au niveau économique

    Au stade larvaire, la majoritĂ© des espĂšces de syrphidĂ©s sont prĂ©datrices d’une grande variĂ©tĂ© d’espĂšces appartenant à la super famille des pucerons (Aphidoidea) dont plusieurs espĂšces sont des ravageurs de cultures. Les syrphidĂ©s sont donc d’importants contrĂŽleurs biologiques contre ces insectes (Vokeroth 1992).

    Au stade adulte, ils se nourrissent principalement de pollen et de nectar, et représentent donc des pollinisateurs importants pour plusieurs espÚces de plantes. En effet ceux-ci transportent le pollen sur leur thorax quand ils butinent aux fleurs (Yariv & Amots, 1976).

    Genre Sphaerophoria

    Le genre Sphaerophoria regroupe des espĂšces de mouches de taille petite Ă  mĂ©dium, ayant des marques jaunes sur la tĂȘte, le thorax ainsi que l’abdomen (Ă  noter que certaines espĂšces sont totalement noires) et leurs corps est plus long que leurs ailes (Wallisroughley, 2014). Il y a 13 espĂšces connues du genre en AmĂ©rique du Nord, distribuĂ©es largement au Canada et aux États-Unis.

    EspĂšce Sphaerophoria philanthus

    Description

    L’espĂšce mesure environ 10 mm, a un long abdomen Ă  bandes noires et jaunes, le thorax est brun avec une strie brune. L’espĂšce a des yeux de grande dimension de couleur brune et un visage couleur jaune clair. Les pattes sont jaunes et les ailes transparentes qui comme toutes les espĂšce de la famille des Syrphidae ont une fausse nervure mĂ©diane, la veina spuria. Les femelles se distinguent des mĂąles par un abdomen se terminant avec un bout plus pointu ainsi des yeux largement sĂ©parĂ©s sur le front (versus contigus sur le front chez les mĂąles) (naturesearch 2014).

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    L’aile prĂ©sentant la fausse nervure mĂ©diane

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    Les yeux contigus du mĂąle

     

     

     

     

     

     

     

    Clef de l’espĂšce

    Article apical du tarse des pattes antĂ©rieure et mĂ©diane brun pĂąle ou noir et nettement plus foncĂ© que I ‘article basilaire, ou tous les articles de couleur noire. Lobe ventral du surstylus garni d’un appendice prĂ©-apical aplati sur le bord dorsal ; lobe interne du surstylus, pointu dans sa portion apicale (Vokeroth 1992).

    Cycle de vie

    Sphaerophoria philanthus est une espĂšce rĂ©pandue de la famille des Syrphidae Ă  la mĂ©tamorphose complete, dite holomĂ©tabole. Quatre stades de mĂ©tamorphoses caractĂ©risent son cycle de vie : Ɠuf, larve, pupe et adulte (Marshall, 2012).

    Stade 1 : ƒuf

    Les Ɠufs fĂ©condĂ©s sont pondus par la femelle Ă  l’aide de la partie terminale tĂ©lescopique de son abdomen mou et flexible car elle ne possĂšde pas d’appendice ovipositeur (Marshall, 2012 p.16). Les Ɠufs sont dĂ©posĂ©s sur une plante, prĂšs du sol, dĂšs le printemps, tout prĂšs ou parmi de leur future source de nourriture, des colonies de pucerons (Coderre, 1987). Ils Ă©closent rapidement, habituellement en 2 jours (Vockeroth, 1992),  une stratĂ©gie utilisĂ©e lorsque l’habitat est Ă©phĂ©mĂšre (Marshall, 2012 p.17)

    Stade 2 : Larve

    C’est le stade principal d’alimentation. Il correspond Ă  la plus grande partie du cycle de vie de l’insecte. Trois mues larvaires successives et trois instars permettront aux larves de se dĂ©placer, de s’alimenter, de croĂźtre et poursuivre leur dĂ©veloppement (Marshall, 2012 p.17). Ses larves sont des prĂ©dateurs voraces, aphidiphages non spĂ©cifiques. Elles se nourrissent de pucerons, hĂ©miptĂšres Ă  cuticule molle, parasites de plantes. Une larve de 3 Ă  4 jours peut dĂ©vorer jusqu’à 300 pucerons par nuit (Agriculture and Agri-Food Canada 2014). Elles les immobilisent Ă  l’aide de sĂ©crĂ©tions salivaires collantes et transpercent et aspirent avec leurs piĂšces buccales verticales en crochet. Elles sont molles, sans capsule cĂ©phalique, aveugles, et n’ont pas d’appendice de locomotion. Elles sont colorĂ©es jaunes ou vertes grĂące Ă  des dĂ©pĂŽts de pigments de sang ou de gras sous leur peau translucide. Cette coloration leur permet de se camoufler parmi leur habitat de feuilles et tiges des plantes (Marshall, 2012 p 308).

    Stade 3 : Nymphe

    Cette étape intermédiaire, permet une premiÚre mue de métamorphose (Scott, 2004). Elle est caractérisée par le durcissement de la cuticule du 3e instar larvaire et sa transformation en un cocon, le puparium. La nymphe ne se nourrit pas, son énergie provient des réserves accumulées durant le stade larvaires (Scott, 2004).

    Cette transition permettra l’apparition externe des ailes et autres appendices non fonctionnels qui Ă©taient internes chez la larve sous forme de disques imaginaux et la formation de structures de l’adulte  (Marshall, 2012 p24). Les variations de tempĂ©ratures saisonniĂšres et gĂ©ographiques durant cette Ă©tape, influencent sa coloration. Sphaerophoria philanthus est plus foncĂ© dans les rĂ©gions plus au sud du Canada (Vockeroth, 1992).

    Stade 4 : Adulte

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    Adulte S. philanthus

    Une 2e mue de mĂ©tamorphose, dite imaginale, permet Ă  l’insecte de complĂ©ter son cycle de dĂ©veloppement. Des adaptations spĂ©cifiques lui permette d’émerger du puparium constituĂ© Ă  cette Ă©tape de  3 cuticules soient la cuticule larvaire durcie, celle fine de la nympher, et la cuticule prĂ©-exuviale de l’adulte. À l’aide du ptilinum, une structure gonflable situĂ© sur sa tĂȘte et une ligne circulaire plus faible Ă  la partie terminale de son abri il rĂ©ussit donc  Ă  Ă©merger (Marshall, 2012 p.295). Cette nouvelle mouche Ă  fleur pourra s’envoler avec ses deux ailes fonctionnelles, se nourrir non plus de pucerons mais de nectar et de pollen. Les stratĂ©gies reproductives peu connues permettront la rencontre d’une femelle et d’un mĂąle aboutissant Ă  la fĂ©condation des Ɠufs et au recommencement d’un nouveau cycle.

    Répartition géographique

    La famille des Syrphidae ou mouches Ă  fleurs est trĂšs rependue au Canada et aux États-Unis avec ses 870 espĂšces identifiĂ©es. Le genre Sphaerophoria compte 13 espĂšces en AmĂ©rique du Nord (NatureSearch 2014). On les retrouvent en densitĂ© Ă©levĂ©e dans des secteurs riches en fleurs indigĂšnes avec de larges inflorescences et de petites corolles aplaties structures vĂ©gĂ©tales adaptĂ©es Ă  leur morphologie et leur choix alimentaire pour le pollen et le nectar. Dans ces environnements elles ont un rĂŽle essentiel de polinisateur.

    On les retrouvent aussi en marges des forĂȘts et des champs cultivĂ©es oĂč leurs larves prĂ©datrices aphidiphages trouvent leur source alimentation essentielle et jouent un rĂŽle important dans la lutte biologique contre des parasites de plantes (Sutherland et al 2001) (Martinez et al 2013).

    Ecologie

    Prédation par les larves

    Les larves de Sphaerophoria philanthus se nourrissent d’espĂšce de la famille Aphidoidea et dĂ©montrent l’importance au niveau de la stratĂ©gie de diffĂ©rentiation des niches entre les diffĂ©rents prĂ©dateurs du groupe. Au niveau de la localisation sur les feuilles d’espĂšces vĂ©gĂ©tales consommĂ©es par les Aphidoidea, l’adulte pond en dessous et seulement sur celles situĂ©es Ă  proximitĂ© du sol. Au niveau temporel, la ponte Ă  lieu en dĂ©but de saison (Ă  la mi-juillet) au travers des colonies importantes, notamment de pucerons (Coderre et al. 1987). Bien que les femelles utilisent leur sens visuel pour trouver les lieux convenable pour la ponte, ce serait leur sens de l’odorat qui est le plus important afin de localiser les feuilles occupĂ©es par des aphides (Yariv & Amots 1976). Les autres prĂ©dateurs ciblent plutĂŽt les feuilles situĂ©es plus haut sur la plante et ne s’alimentent pas Ă  la mĂȘme pĂ©riode de la saison (Coderre et al. 1987).

    Mimétisme:

    Comme beaucoup d’espĂšce de la famille des Syrphidae, S. philanthus utilise la stratĂ©gie du mimĂ©tisme batĂ©sien. Elle prend pour modĂšle la guĂȘpe en ayant une apparence visuelle trĂšs ressemblante. Ajoutons qu’elle dĂ©montre un comportement semblable, par exemple lorsqu’elle est saisie, elle pousse le bout de l’abdomen vers ce qui la tient, bien qu’elle ne soit pas Ă©quipĂ©e d’un dard. Un autre exemple est le son Ă©mit par la mouche qui rappelle celui des hymĂ©noptĂšres piqueurs (Penney et al 2013).

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    Sphaerophoria philanthus

     

     

     

     

     

     

     

    Références

    Agriculture and Agri-Food Canada [En ligne], http://www.agr.gc.ca/eng/science-and-innovation/science-publications-and-resources/good-bug-bad-bug-agricultural-science-at-work-for-farmers/?id=1285101410251#a3, (page consultée le 22 octobre 2014)

    Coderre, D., and Provencher, L., and Tourneur, J. C. 1987. Oviposition and niche partitioning in aphidophagous insects on maize. Département des Sciences Biologiques, Université du Québec à Montréal, p. 198, 202.

    http://journals.cambridge.org/download.php?file=%2FTCE%2FTCE119_02%2FS0008347X00045697a.pdf&code=43bc08703e2428cbcc1b3917051f9ad5

    Encyclopedia of life: classification [En ligne],http://eol.org/pages/750734/overview, (page consultée le 18 octobre 2014)

    Marshall, S. 2012 Flies: the natural history and diversity of dipteral. Firefly books Ltd,616 pages, p.15-16-17-22-24-395-308-309.

    Nature Search [En ligne]    http://www.fnanaturesearch.org/index.php?option=com_naturesearch&task=view&id=1882, (page consultée le 17 octobre 2014)

    Penney, H. D., and Hassal, C., and Skevington, J. H., and Lamborn, B., and Sherratt, T. N. 2013. The Relationship between Morphological and Behavoral Mimicry in Hover Flies (Diptera: Syrphidae), The American Naturalist, Vol. 183, No. 2, p.281-288. http://www.canacoll.org/Diptera/Staff/Skevington/pdfs/Penney_mimicry_American_Naturalist_2014.pdf

    Scott F. G. 2004, Biologie du développement, De Boeck Supérieur, 858 pages, p.252

    SystĂšme canadien d’information sur la biodiversitĂ© [En ligne],    http://www.scib.gc.ca/acp/fra/siti/regarder?tsn=140261, (page consultĂ©e le 18 octobre 2014)

    Vockeroth, J. R. 1992. The insects and arachnids of Canada part 18: The flower flies of the subfamily Syrphinae of Canada, Alaska, and Greenland : Diptera, Syrphidae, Agriculture Canada, 456 p., p.11.http://www.esc-sec.ca/aafcmonographs/insects_and_arachnids_part_18.pdf

    Wallisroughley, [En ligne] http://www.wallisroughley.ca/Sph.html, (page consultée le 20 octobre 2014)

    Yariv, I., and Amots, D. 1976. The pollination ecology of Epipactis consimilis don (Orchidaceae) in Israel, New Phytol, 79, 173-177, p.175-176. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1469-8137.1977.tb02193.x/pdf

  • Aeshna umbrosa (Walker 1908)

    L’aeschne des pĂ©nombres

    Par Benjamin LANGLOIS et Pascal O, 2014

    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.
    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification (1) (2)
    Ordre: Odonata
    Sous-ordre: Anisoptera
    Super-famille: Aeshnoidea
    Famille: Aeshnidae
    Sous-famille: Aeshninae
    Tribu: Aeshnini
    Genre: Aeshna
    EspĂšce: umbrosa
    Sous-espĂšce: umbrosa

    Identification/morphologie

    Ce spĂ©cimen peut ĂȘtre classĂ© dans l’ordre des Odonata de par le fait qu’il possĂšde des ailes non rĂ©duites et qui ne peuvent pas se replier sur le corps. Puisqu’elles sont perpendiculaires au corps au repos et que les postĂ©rieures sont plus larges Ă  la base que les antĂ©rieures, l’insecte est un anisoptĂšre.

    La famille des Aeshnidae est caractérisée par trois éléments morphologiques (2):
    -Les triangles formĂ©s par les nervures des ailes antĂ©rieures et postĂ©rieures sont placĂ©s Ă  Ă©gale distance de l’arculus, soit la sĂ©paration de la troisiĂšme nervure en plusieurs nervules. De plus, les triangles sont orientĂ©s vers l’apex de l’aile de la mĂȘme façon;
    -Le lobe médian du labium est entier;
    -Les yeux se touchent sur la ligne médiodorsale.

    Les membres du genre Aeshna possĂšdent un thorax noir ou brun, avec des taches brunes, jaunes ou vertes. Leurs segments abdominaux n’ont qu’une seule carĂšne pour chaque cĂŽtĂ©. Les Aeshna ont tous une caractĂ©ristique particuliĂšre au niveau de l’aile: la mĂ©diane antĂ©rieure et la branche asymĂ©trique qui y est associĂ©e forme une fourche qui se dirige vers le bord antĂ©rieur de l’aile diagonalement (2).

    Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org.
    Aile d’Aeshna juncea. Image modifiĂ©e provenant du site http://www.drawwing.org

    En gĂ©nĂ©ral, les membres d’Aeshna sont parmi les plus grands anisoptĂšres vivants. Leur grande taille, ainsi que la coloration particuliĂšre de leur corps, sont des caractĂšres suffisants pour une identification prĂ©liminaire.

    Aeshna umbrosa mesure en moyenne 7,5cm en longueur (1) et leurs ailes mesurent plus que 40mm en longueur. Les membres de l’espĂšce ont une bande frontoclypĂ©ale (soit entre le front et le clypĂ©us, un sclĂ©rite qui dĂ©limite la marge infĂ©rieure de la face) mince et brunĂątre, voire de la mĂȘme couleur que le front et le clypĂ©us.

    Vue frontale d’Aeshna umbrosa. Notez ici l’absence d’une bande noire en dessous du front et les yeux qui se rejoignent vers le haut de la tĂȘte. Photo ©2009 de Mardon Erbland, contributeur de BugGuide.net. CC BY-NC-SA 2.5 CA

    Cette espÚce se distingue des autres Aeshna avec ses deux bandes latérales situées sur le ptérothorax et aucune tache jaune entre les deux bandes. Ces deux bandes latérales sont rectilignes, étroites et de couleur jaune, verte ou bleue, selon le sexe, entourées de noir. Les mùles possÚdent des yeux turquoise, ainsi que des bandes dont la couleur varie du bleu-vert au jaune-vert. Les taches abdominales sont trÚs petites et sont de couleur bleue ou verte. Les femelles quant à elles ont des yeux bruns avec des bandes latérales jaune-verdùtre ou des yeux bleutés avec des bandes vert-jaunùtre. Les femelles ont des taches abdominales strictement bleues (3) (4).

    Aeshna tuberculifera ressemble beaucoup Ă  Aeshna umbrosa, mais ses bandes ne sont pas entourĂ©es de noir et sont plus larges. Le 10e segment abdominal d’A. umbrosa possĂšde des taches ternes, en contraste au 10e segment entiĂšrement noir d’A. tuberculifera. De plus, ce segment possĂšde une saillie Ă©pineuse chez A. tuberculifera, alors qu’A. umbrosa en est dĂ©pourvu.

    On retrouve deux sous-espĂšces d’Aeshna umbrosa: Aeshna umbrosa umbrosa et Aeshna umbrosa occidentalis. La premiĂšre possĂšde des taches abdominales vertes plus petites sur les segments postĂ©rieures, tandis que la deuxiĂšme possĂšde des taches bleues et plus grandes (3).

    Habitat

    Comme son nom l’indique, l’aeschne des pĂ©nombres peut ĂȘtre trouvĂ©e dans des endroits avec un peu d’ombre et oĂč l’eau ne bouge pas ou trĂšs peu. Cela inclut les lacs, les Ă©tangs et les marĂ©cages. Cependant, il n’est pas rare de la trouver dans une zone dĂ©gagĂ©e, surtout lorsqu’elle chasse. C’est dans un tel lieu que nous avons capturĂ© notre spĂ©cimen. Pour ce qui est des larves, elles peuvent ĂȘtre trouvĂ©es dans les cours d’eau mentionnĂ©s prĂ©cĂ©demment (5).

    DiĂšte et techniques de chasse

    Toutes les espĂšces d’odonates sont, sans aucune exception, de redoutables carnivores et ce, au stade larvaire et adulte. Les larves mangent en gĂ©nĂ©ral les larves des insectes aquatiques, mais peuvent aussi se nourrir de d’autres animaux aquatiques, tels que des crustacĂ©s d’eau douce, des tĂ©tards et mĂȘme, des poissons de petite taille. Les adultes quant Ă  eux, se nourrissent de tout insecte ayant une plus petite taille que l’odonate et cela inclut les moustiques, mouches, papillons, colĂ©optĂšres et mĂȘme autres odonates. Une particularitĂ© de la diĂšte des odonates est qu’ils ne consomment pas les ailes; ils arrachent les ailes de leurs proies avant de les dĂ©vorer. On peut dire d’eux qu’ils sont des prĂ©dateurs opportunistes (5) (6).

    Aeshna umbrosa chasse le plus souvent aux alentours du coucher du soleil, profitant de sa coloration pour se camoufler. En gĂ©nĂ©ral, les odonates possĂšdent deux principales techniques de chasse: hawking et gleaming. La premiĂšre technique consiste en une capture dans les airs d’un autre insecte en vol. La capture se fait principalement avec la bouche, mais peut aussi ĂȘtre complimentĂ©e des pattes thoraciques pour bien maintenir la proie. Avec la technique de hawking, Aeshna umbrosa peut consommer quotidiennement jusqu’à 20% de sa masse corporelle (5). La deuxiĂšme technique consiste en un survol des zones avec beaucoup de vĂ©gĂ©tation. Lorsque l’odonate aperçoit une proie potentielle, elle plonge vers la proie et l’attrape avec ses pattes thoraciques. Une autre technique peut ĂȘtre utilisĂ©e par certaines espĂšces d’odonates: un individu peut se percher sur un endroit quelconque et attend patiemment le passage d’une proie avant de plonger sur cette derniĂšre (6).

    Un odonate en chasse effectue beaucoup de mouvements de va-et-vient afin de patrouiller les environs. Il n’est pas rare d’apercevoir une nuĂ©e d’odonates de la mĂȘme espĂšce, ou de diffĂ©rentes espĂšces, qui chassent ensemble. Cette agglomĂ©ration est due Ă  la prĂ©sence d’un autre essaim important de potentielles proies dans les parages. Aeshna umbrosa dĂ©montre cette caractĂ©ristique de former un essaim pour se nourrir (5) (6).

    Développement larvaire

    Pour rĂ©ussir Ă  passer Ă  travers l’hiver, les Ɠufs des odonates tombent en diapause, un ralentissement mĂ©tabolique qui assure leur survie jusqu’au printemps. C’est Ă  ce moment qu’ils commencent Ă  Ă©clore pour libĂ©rer des larves (aussi appelĂ©es naĂŻades) qui finissent par mesurĂ©es entre 3,8 et 4,4 centimĂštres chez Aeshna umbrosa. AprĂšs une pĂ©riode de croissance dans l’eau, elles Ă©mergent et passent d’une respiration par branchies anales Ă  une respiration par spiracles thoraciques. Pour complĂ©ter leur derniĂšre mue, les larves avalent de l’eau qui les fait gonfler, la cuticule cĂ©dant sous la pression qui s’accumule. Les ailes nĂ©cessitant une pĂ©riode de sclĂ©rification avant de permettre le vol, les odonates sont particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă  cette pĂ©riode du dĂ©veloppement. La mue vers le stade adulte se produit gĂ©nĂ©ralement de nuit afin de minimiser la prĂ©dation (7).

    Distribution

    Aeshna umbrosa est rĂ©partie Ă  travers le continent nord-amĂ©ricain, dans le sud de la rĂ©gion borĂ©ale, de la cĂŽte Pacifique jusqu’Ă  la cĂŽte Atlantique excluant la province de Terre-Neuve. Cette aeschne se trouve aussi aux États-Unis, allant du Canada jusqu’Ă  la rĂ©gion sud-amĂ©ricaine exclusivement, oĂč le climat sec empĂȘche toute dispersion de l’espĂšce. La sous-espĂšce umbrosa est distribuĂ©e Ă  l’est du continent, tandis que la sous-espĂšce occidentalis se trouve Ă  l’ouest (3) (4).

    Références

    1. « Species Aeshna umbrosa » (en ligne), Iowa State University. 2003-2014. Page consultée le 20 octobre 2014 sur BugGuide.net.

    2. Pilon Jean-Guy et Lagacé Denise, 1998. Les odonates du Québec. Entomofaune du Québec (EQ) Inc., 367 pages. p.31, 38-39, 59-64.

    3. Paulson Dennis , 2011. Dragonflies and Damselflies of the East. Princeton University Press, 538 pages. p.199-200.

    4. Paulson Dennis, 2009. Dragonflies and Damselflies of the West. Princeton University Press, 536 pages. p.222-223.

    5. Dunkle Sidney W., 2000. Dragonflies Through Binoculars. Oxford University Press, 369 pages.

    6. Berger Cynthia, 2004. Dragonflies – Wild guide. Stackpole Books, 124 pages. p.25-28.

    7. Sanders, H. 2012. « Aeshna umbrosa » (en ligne), Animal Diversity Web. Page consultĂ©e le 28 octobre 2014 sur Animal Diversity – Aeshna umbrosa

  • Sympetrum obtrusum (Hagen 1867)

     

    Sympétrum éclaireur

    Par Miguelly BÉLANGER, DaphnĂ©e LECOURS-TESSIER et Étienne R.-DIONNE

    Texte et photographies ©2016 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Photos rĂ©alisĂ©es par Étienne R.-Dionne

    Croquis et carte réalisés par Miguelly Bélanger

    bande
    Lieu de capture : dans les herbes d’un fossĂ© de drainage, en bordure d’une route en terre battue, Ă  proximitĂ© d’une tourbiĂšre boisĂ©e de la station de biologie des Laurentides. Outil de capture : filet fauchoir Date de capture : 1 septembre 2016 PrĂ©paration: d’abord placĂ© dans un rĂ©cipient de chasse contenant un mĂ©lange d’acĂ©tate d’éthyle et de plĂątre pour le tuer rapidement, avant d’ĂȘtre mis Ă  sĂ©cher dans une enveloppe de plastique avec carton

    Identification, classification et morphologie

    tete
    Figure 1 : Front blanc du mĂąle Sympetrum obtrusum capturĂ©. Photo rĂ©alisĂ©e par Étienne R.-Dionne.

    Frappante, la couleur blanche du front des mĂąles est l’une des caractĂ©ristiques principales permettant de distinguer S. obtrusum parmi les espĂšces du genre Sympetrum, d’oĂč leur nom vernaculaire “White-faced Meadowhawk”.

    GĂ©nĂ©ralement, les individus de cette espĂšce mesurent de 30 Ă  35mm. Ils ont les ailes claires. MĂąles et femelles prĂ©sentent un certain dimorphisme. En effet, les femelles n’ont pas le front blanc caractĂ©ristique des mĂąles ni l’abdomen teintĂ© de rouge. Celles-ci, comme les juvĂ©niles, ont plutĂŽt la face d’une couleur qui tire sur le jaune, le brun ou le vert, ainsi qu’un abdomen cendrĂ©, ce qui les rend difficiles Ă  distinguer de S. rubicundulum et S. internum (Dunkle, 2000).

    pieces-genitale
    Figure 2 : PiĂšces gĂ©nitales. A : Appendices anaux supĂ©rieurs de l’extrĂ©mitĂ© de l’abdomen mĂąle – B : Échancrure de l’hameçon du deuxiĂšme segment de l’abdomen mĂąle – C : HuitiĂšme sternite horizontale de l’extrĂ©mitĂ© de l’abdomen femelle (Ovipositeur) – D : Lames vulvaires du neuviĂšme segment de l’abdomen femelle. Croquis rĂ©alisĂ© par Miguelly BĂ©langer. InspirĂ© de Robert (1963).

    Comme les S. obtrusums, le spĂ©cimen capturĂ© possĂšde une face blanche. Cependant, ce sont les appendices anaux supĂ©rieurs de l’extrĂ©mitĂ© de l’abdomen ainsi que l’échancrure de l’hameçon du 2e segment de l’abdomen qui a permis de confirmer son identification (Robert, 1963).

    De plus, la position mĂ©diane du nodus ainsi que la disposition des nervures principales du supertriangle de l’aile postĂ©rieure de notre spĂ©cimen sont typiques des Sympetrum (Pilon & LagacĂ©, 1998). Appartenant Ă©galement Ă  la famille des libellulidĂ©s, leurs ailes postĂ©rieures prĂ©sentent un champ anal en forme de pied possĂ©dant un « orteil » plutĂŽt dĂ©veloppĂ©. Qui plus est, l’asymĂ©trie de la base des ailes antĂ©rieures et postĂ©rieures (la base des ailes antĂ©rieures Ă©tant plus large que celle des ailes postĂ©rieures) corrobore l’appartenance au sous-ordre des anisoptĂšres (Silsby, 2001).

    ailes
    Figure 3 : Aile postérieure caractéristique du genre Sympetrum représentant le nodus (A), le pterostigmate (B), le supertriangle et le champ anal. Croquis réalisé par Miguelly Bélanger. Inspiré de Robert (1963).

    Dans une perspective d’ensemble, les libellules prĂ©sentent plusieurs caractĂ©ristiques distinctives (Pilon & LagacĂ©, 1998). Elles ont de courtes antennes. Leurs yeux composĂ©s sont de si grandes tailles par rapport au volume de leur tĂȘte, qu’ils se rejoignent au sommet de la capsule cĂ©phalique. Ils possĂšdent un long et mince abdomen. Leur thorax orientĂ© vers l’avant permet une capture de proies efficace, en les emprisonnant dans leurs pattes. Au repos, les ailes se posent Ă  plat. Leurs larves possĂšdent un masque labial Ă©tonnant, leur permettant d’atteindre leurs proies avec grande vĂ©locitĂ© (Kalkman & al., 2000). Voici un ensemble de caractĂšres partagĂ©s par l’espĂšce du spĂ©cimen capturĂ©.

    classification
    Figure 4 : Taxonomie hiérarchique de Sympetrum obtrusum. Inspiré de Dunkle (2000) et Cresswell & Block (2016).

    Les libellules Ă  travers les Ăąges et les continents

    RĂ©partis sur l’ensemble de la planĂšte depuis des millĂ©naires, les odonates ont intĂ©ressĂ© les hommes et suscitĂ© une fascination culturelle Ă  travers les Ăąges (Pilon, 1998). Venant du grec ancien, le mot « odonata » fut créé par Fabricius (1793) pour dĂ©signer les « mandibules munies de dents », alors que le mot « Anisoptera » souligne l’asymĂ©trie des ailes (Pilon & LagacĂ©, 1998). Ceci dit, c’est LinnĂ© (1758) qui a introduit le terme « libellules ». En extrĂȘme Orient, les libellules sont plutĂŽt bien considĂ©rĂ©es. Elles y ont d’ailleurs longtemps Ă©tĂ© utilisĂ©es pour traiter les inflammations de la gorge. Au Japon, elles symbolisent la force, la bravoure et la victoire. En Europe, au contraire, ces insectes sont considĂ©rĂ©s comme malĂ©fiques, une croyance populaire probablement tirĂ©e du moyen Ăąge. Pour cette raison, ils se faisaient mĂȘme appeler « tire-z’yeux » ou « crĂšve-Ɠil » (d’Aguilar, 1985). Plus prĂšs d’ici, on a souvent considĂ©rĂ© Ă  tort les libellules comme des insectes piqueurs. Aujourd’hui encore, les libellules suscitent un certain engouement.

    Évolution

    aire-geologique
    Figure 4 : Représentation des Ères géologiques. Inspirée de Cohen & al. (2013).

    Apparus durant la pĂ©riode du carbonifĂšre, les Protodonata sont peut-ĂȘtre les ancĂȘtres des Odonates. Datant du permien, les libellules sont parmi les plus anciens insectes volants (palĂ©optĂšre) (Grimaldi, D. et Engel, 2005). Dans le mĂȘme taxon, Protodonata, se trouve le plus grand insecte connu Ă  ce jour (MĂ©ganeuropsis permiana), d’une envergure d’ailes de 70cm (Beckemeyer, 2000). Des fossiles de zygoptĂšres et d’anisoptĂšres (Odonata au sens strict) ont d’abord Ă©tĂ© trouvĂ©s au MĂ©sosoĂŻque: les premiers fossiles d’anisoptĂšres modernes datent du Trias (Silsby, 2001).  Ceux-ci auraient donc dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prĂ©sents avant que la PangĂ©e se soit complĂštement disloquĂ©e! Émergeant de cette lignĂ©e, les libellulidĂ©s sont apparus lors de l’ÉocĂšne. Avec leurs ailes puissantes et leur corps effilĂ©, leurs ancĂȘtres ont pu bĂ©nĂ©ficier d’un avantage Ă©volutif important, leur permettant de se distribuer sur un large territoire. À ce jour, on compte prĂšs de 7000 espĂšces d’Odonates (Kalmman & al., 2008) et plus de 60 espĂšces de Sympetrum Ă  travers le monde (Pilgrim & Dohlen, 2007).

    Répartition et habitat

    cartes
    Figure 5 : Carte de la distribution de l’espĂšce Sympetrum obtrusum. Carte rĂ©alisĂ©e par Miguelly BĂ©langer. InspirĂ©e de Dunkle (2000).

    EspĂšce indigĂšne de l’AmĂ©rique du Nord, Sympetrum obtrusum se retrouve dans la rĂ©gion zoogĂ©ographique NĂ©arctique. Il est principalement recensĂ© au sud du Canada et au nord des États-Unis, mais semble absent du Yukon et du sud de l’AmĂ©rique du Nord (Dunkle, 2000; Catling, 2003). Dans ces territoires, il occupe une variĂ©tĂ© de milieux humides (Ă©tangs, lacs, cours d’eau lentiques) et spĂ©cialement les tourbiĂšres et les marais (Pilon et LagacĂ©, 1998). ConsidĂ©rant la dispersion des adultes Ă  partir des Ă©tendues d’eau, certains avancent que les individus matures constituent une population distincte de celle des larves, malgrĂ© le fait que l’un et l’autre occupent les mĂȘmes zones (Faydenko, 2013).

    Cycle de vie et alimentation

    Essentiels au dĂ©veloppement des libellules, les points d’eau douce permettent le dĂ©veloppement de leurs Ɠufs et de leurs larves (Kalkman et al., 2008). GĂ©nĂ©ralement, les Ɠufs Ă©closent environ trois semaines aprĂšs la ponte, sauf ceux pondus Ă  la fin de la saison estivale, qui tombent en dormance durant l’hiver (Silsby, 2001). C’est d’ailleurs sous forme d’Ɠufs que les embryons de Sympetrum obtrusum passent l’hiver, pour voir leurs larves Ă©clore au printemps et les adultes Ă©merger fin juin, dĂ©but juillet (Walker & Corbet, 1975). Ainsi, deux gĂ©nĂ©rations se succĂ©deront chaque annĂ©e. AprĂšs Ă©closions, plusieurs stades larvaires s’enchaineront, entrecoupĂ©es de mues. Chez les libellules, le premier stade (stade protolarvaire) est caractĂ©risĂ© par l’absence de patte et ne dure qu’une courte pĂ©riode de temps (de quelques secondes Ă  quelques heures) (Silsby, 2001). Par suite, certaines larves de libellules seront plus passives et d’autres plus actives dans leur comportement de chasse, mais toutes sont prĂ©datrices. GrĂące Ă  leur masque labial, qui leur permet d’attraper leurs proies Ă  grande vĂ©locitĂ©, les larves des Odonates arrivent Ă  se saisir d’insectes, de tĂȘtards et mĂȘme de petits poissons (Corbet, 1999).

    Video 1 : Larve de libellule se nourrissant d’une larve de colĂ©optĂšre Ă  l’aide de son masque labial (par Derek Wheaton, 2015). CC BY-SA 4.0

    Contrairement Ă  certains autres genres, le genre Sympetrum consomme non seulement des proies Ă  chacun de ses stades larvaires, mais passe aussi la majeure partie de son cycle de vie sous l’eau (Pritchard, 1964; Corbet, 1999). Les larves de libellules prennent de quelques semaines Ă  quelques annĂ©es pour se dĂ©velopper, selon l’espĂšce et diffĂ©rents facteurs environnementaux, tel que la tempĂ©rature de l’eau et la quantitĂ© de nourriture disponible (Corbet, 1999; Silsby, 2001). Au dernier stade larvaire avant la mĂ©tamorphose, les derniers organes vitaux finissent de se dĂ©velopper et la larve se prĂ©pare pour une derniĂšre mue. L’émergence des libellules matures se fait Ă  l’extĂ©rieur de l’eau, sur la vĂ©gĂ©tation ou sur la rive, au courant de la nuit ou au matin, lorsque l’air a pu se rĂ©chauffer (Silsby, 2001).

    Video 2 : Émergence d’une libellule aprĂšs mĂ©tamorphose (auteur inconnu, 2010). CC BY-SA 4.0

    AprĂšs avoir quittĂ© leur site d’émergence, les libellules occupent la majeure partie de leur temps Ă  chasser, principalement des diptĂšres et de petits insectes volants (Pilon & LagacĂ©, 1998; Dunkle, 2000). Avec les zygoptĂšres, les libellulidĂ©s se distinguent des autres Odonates de par leur Le sympĂ©trum Ă©claireur dĂ©montre une (Ă©ditĂ© 2018-01-22) mode de chasse Ă  l’affĂ»t, repĂ©rant leurs proies Ă  partir d’un perchoir, avant de se jeter sur elles (Pilon & LagacĂ©, 1998). En une seule journĂ©e, une libellule peut ainsi consommer jusqu’au cinquiĂšme de son poids (Powell & Twist, 1999). Selon les conditions, les libellules en dĂ©veloppement auront besoin d’une semaine Ă  un mois pour s’alimenter. Une pĂ©riode cruciale oĂč elles se disperseront afin d’acquĂ©rir l’énergie suffisante au dĂ©veloppement de leurs organes sexuels (Aguesse,1968; Corbet, 1952). À la recherche de ressources, les mĂąles Sympetrum obtrusum sont trĂšs abondants dans les prairies de Carex. Lors de cette phase de dĂ©veloppement, il est possible d’y en observer plus d’un par 10 pi2 (Paulson, 2011) ! Ce n’est qu’en tant qu’individu mature que les mĂąles et femelles retourneront prĂšs de points d’eau pour s’accoupler (Corbet, 1999).

    Reproduction

    Chez les libellules, le mĂ©canisme de transfert de sperme est indirect (Kalkman, 2008). AprĂšs avoir Ă©tĂ© produit dans les testicules, situĂ©s au bout de l’abdomen, le sperme est transfĂ©rĂ© de maniĂšre externe Ă  l’organe copulatoire mĂąle, Ă  la base de l’abdomen. GrĂące Ă  un hameçon, le mĂąle retient l’abdomen de la femelle durant la copulation. Ainsi, il insĂ©mine la femelle et en profite mĂȘme pour retirer le sperme de ses compĂ©titeurs. Cette compĂ©tition spermatique chez les Odonates a Ă©tĂ© reportĂ©e pour la premiĂšre fois par Waage (1979). Aujourd’hui, c’est ce qui en fait l’un des groupes animaux les plus Ă©tudiĂ©s pour leur comportement reproducteur (Kalkman, 2008). Suite Ă  la copulation, le mĂąle reste accrochĂ© Ă  la femelle jusqu’à la ponte (Silsby, 2001). Les perforations sur l’une des extrĂ©mitĂ©s des Ɠufs oblongs permettent aux spermatozoĂŻdes de les pĂ©nĂ©trer. Puis, les Ɠufs sont ensuite rapidement relĂąchĂ©s Ă  la surface de l’eau ou sur le sol environnant, la femelle ayant un ovipositeur vestigial.

    UtilitĂ© pour l’homme et statut de conservation

    TrĂšs sensibles Ă  la qualitĂ© de leur habitat et aux perturbations environnementales, les libellules sont souvent utilisĂ©es pour Ă©valuer l’ampleur des changements environnementaux, sur le court et le long terme. Aussi, elles sont utilisĂ©es comme bioindicateurs de la santĂ© de l’Ă©cosystĂšme, dans les projets de conservation et de restauration (Kalman, 2008; Clark & Samways, 1996). Le rĂ©chauffement climatique, l’agriculture, l’introduction d’espĂšce exotique, l’urbanisation et plus encore, entraĂźnent cependant la dĂ©gradation et la perte de diversitĂ© des milieux humides, dont dĂ©pendent les Odonates (Hassall & Thompson, 2008; Kadoya & al., 2009; Rodriguez & al., 2005). De fait, certaines espĂšces de libellules sont aujourd’hui dans une situation critique (Suh & Samways, 2005; HĂ€mĂ€lĂ€inen, 2004).  ConsidĂ©rant la large gamme d’organismes interagissant avec les libellules, que ce soit au stade larvaire ou adulte, il est d’autant plus important de protĂ©ger les milieux humides, dont ils dĂ©pendent.

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  • Nabis rufusculus Reuter 1872

    Nabis rufusculus Reuter 1872

    La punaise demoiselle

    François-Xavier DESSUREAULT, Hyacinthe GAUTHIER-BÉRUBÉ


    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Heteroptera

    Infra-ordre: Cimicomorpha

    Famille: Nabidae

    Sous-famille: Nabinae

    Tribu: Nabini

    Genre: Nabis 

    Sous-genre: Nabis


    ATTENTION: GrĂące Ă  l’expertise et les commentaires de M. Roch (voir en bas), nous avons mis Ă  jour l’identification de notre spĂ©cimen. Il s’agit de Nabis rufusculus et non pas de N. roseipennis comme on avait au paravant. Quelques-unes des phrases suivantes traitent encore de cette deuxiĂšme espĂšce. La biologie des deux espĂšces est trĂšs semblable.

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    Nabis rugosus – Les espĂšces du genre Nabis sont gĂ©nĂ©ralement uniformes autant dans leurs mode de vie que l’apparence. Michael Becker 2006, CC BY-SA 3.0

    Nabis rufusculus est un insecte de l’ordre des hĂ©miptĂšres (punaises), famille des Nabidae. On le retrouve dans une grande partie de l’AmĂ©rique du Nord, de la Colombie-Britannique au Colorado Ă  l’Ouest, jusqu’à la Floride et les provinces maritimes Ă  l’Est (Blatchley, 1926). Cette punaise prĂ©datrice passe sa vie dans les herbes au bord de cours d’eau et de marĂ©cages, ainsi que sur des arbustes en lisiĂšre de forĂȘts.

    Historiquement, les espĂšces de la famille des Nabidae Ă©taient regroupĂ©es avec une autre famille d’hĂ©miptĂšres, les Reduviidae, qui sont souvent nommĂ©s « punaises assassines ». Les rĂ©duves ont une apparence mais aussi un mode de vie trĂšs similaire aux Nabidae, et c’est en 1861 que Nabidae a obtenu le statut de famille (Schuh et al., 1995). Le genre Nabis a quant Ă  lui Ă©tĂ© dĂ©crit par Latreille bien avant cette sĂ©paration, soit en 1802, et l’espĂšce N. rufusculus en 1872 par Reuter. 

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    Reduviidae, Gaspar Alves 2012, CC BY-SA 3.0

    Comme tous les hémiptÚres, N. rufusculus a des piÚces buccales modifiées en forme de trompe, nommée rostre (Dolling, 1991). Il est articulé en sections, contrairement au proboscis, la trompe des lépidoptÚres (papillons) entiÚrement flexible. Le nombre de sections du rostre, 4 chez les Nabidae, est un des critÚres permettant de différencier avec les Reduviidae, qui compte seulement 3 articles (Borror et al., 1991). Le rostre est un appareil polyvalent qui sert à piquer les tissus des plantes ou des animaux pour en aspirer les substances nutritives, ce qui a contribué à la diversité des modes de vie chez les HémiptÚres.

    patte ravisseuse
    Patte ravisseuse- noter les crochets sur l’intĂ©rieur du tibia

    Nabis rufusculus est quant Ă  lui un prĂ©dateur dit gĂ©nĂ©raliste, capable de se nourrir d’une grande variĂ©tĂ© de proies, Ă  un point tel que l’espĂšce adopte certains comportements pour rĂ©duire le cannibalisme. Ainsi, la larve est gĂ©nĂ©ralement situĂ©e plus bas sur une mĂȘme plante que l’adulte, probablement pour diminuer les chances de rencontres (Braman et al., 1989). En conditions de laboratoire, les larves doivent aussi ĂȘtre gardĂ©es sĂ©parĂ©ment pour Ă©viter qu’elles ne se mangent entre elles (Rensner et al., 1983). Outre ses propres congĂ©nĂšres, les adultes et nymphes mangent une variĂ©tĂ© d’insectes Ă  cuticule molle comme les pucerons, ainsi que des larves, des nymphes ou des Ɠufs d’autres espĂšces (Henry et al., 1988). Les punaises prĂ©datrices capturent gĂ©nĂ©ralement leurs proies Ă  l’aide de leurs pattes dites “ravisseuses”. Comme celles des mantes religieuses, leur tibia et leur fĂ©mur des pattes prothoraciques (les pattes avant) sont dotĂ©s de crochets ou de poils pour retenir la proie entre ces deux segments de la patte (Dolling, 1991). Elles piquent ensuite avec leur rostre, injectent des enzymes pour digĂ©rer la proie de l’intĂ©rieur, pour ensuite aspirer le contenu avec ce mĂȘme rostre. En conditions de laboratoire, Rensner (1983) a observĂ© que N. roseipennis consommait en moyenne 4 Ă  5 cicadelles de la pomme de terre (Empoasca fabae) adultes en 24h; elle contribue donc Ă  contrĂŽler les populations de ce ravageur de plusieurs grandes cultures. Les Nabidae sont des prĂ©dateurs importants d’autres ravageurs, dont le ver de l’Ă©pi de maĂŻs, Helicoverpa zea (Swenson et al, 2013), la teigne des crucifĂšres, Plutella xylostella (Philips et al., 2014), et plusieurs espĂšces de pucerons (Chasen et al. 2014). Quelques cas de piqĂ»res ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s chez l’humain par des espĂšces du genre Nabis (FaĂșndez et Carvajal, 2011), mais pas N. roseipennis.  Contrairement Ă  d’autres familles de punaises qui se nourrissent de sang, les Nabidae ne s’en prennent gĂ©nĂ©ralement pas aux vertĂ©brĂ©s. Enfin, les Nabidae piquent parfois les vĂ©gĂ©taux pour s’y abreuver et complĂ©ter leur diĂšte, lorsque les proies sont rares (Stoner A., 1972).

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    Clasper de Nabis rufusculus

    Lors de la reproduction, le mĂąle approche la femelle en Ă©mettant des stridulations similaires Ă  celles d’un grillon, en frottant les tibias de ses pattes mĂ©sothoraciques (pattes du milieu). Au contact de la femelle, le mĂąle utilise ses claspers, deux structures situĂ©es de part et d’autre de l’abdomen du mĂąle. Similaire Ă  des pinces, les claspers servent Ă  retenir la femelle durant l’accouplement (Davies, 1988). C’est d’ailleurs la forme des claspers d’un individu, parfois asymĂ©triques, qui est souvent le meilleur critĂšre pour l’identification de nombreuses espĂšces de punaises, dont N. rufusculus qui peut ĂȘtre facilement confondue avec d’autre espĂšce du genre Nabis Ă  l’allure trĂšs similaire (Larochelle, 1984). Les claspers plus large, en forme de fer de hache, distinguent ainsi N. roseipennis de N. rufusculus, dont les claspers sont plus Ă©troits. [Voir commentaires en bas]

    La femelle pond des Ɠufs d’à peine 2 mm dans la tige des vĂ©gĂ©taux, avec seulement l’opercule servant d’écoutille visible Ă  l’extĂ©rieur de la plante (Dolling, 1991). À l’éclosion, la larve pousse l’opercule et s’extrait de l’Ɠuf avant d’effectuer une pause prĂšs du trou d’émergence. Cette pause permet Ă  sa cuticule encore neuve de sĂ©cher et durcir. La larve ressemble beaucoup Ă  un petit adulte sans ailes. Il y a cinq stades larvaux avant l’ñge adulte, donc quatre mues successives au cours desquelles les futures ailes se dĂ©veloppent avant la mue finale. Nabis rufusculus semble avoir une prĂ©fĂ©rence pour les lĂ©gumineuses comme site de ponte, du moins par rapport Ă  d’autres grandes cultures; elle est donc frĂ©quemment observĂ©e dans les champs de soja et de luzerne (Pfannenstiel et al., 1998) oĂč les proies sont Ă©galement abondantes. Il y a gĂ©nĂ©ralement deux pontes dans l’étĂ© sous notre climat quĂ©bĂ©cois, aprĂšs quoi les adultes, comme tous les Nabis, hibernent sous une litiĂšre de feuilles mortes (Dolling, 1991).

    Référence

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Collection Ouellet-Robert