Catégorie : Espèces d’insectes du Québec

  • Dolichovespula maculata (Linnaeus 1763)

    Dolichovespula maculata (Linnaeus 1763)

    La guêpe à taches blanches

    par Alys-Anh MORIN et Andrée-An THERRIEN

    Texte et images ©2017 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Le spécimen a été capturé en train de manger près du chalet d’accueil de la Station de biologie des Laurentides le 7 septembre 2017

    Classification

    Classe: Insecta
    Ordre: Hyménoptera
    Sous-ordre: Apocrita
    Infra-ordre: Aculeata
    Super-famille: Vespoidea
    Famille: Vespidae
    Sous-famille: Vespinae
    Genre: Dolichovespula
    Espèce: Dolichovespula maculata (Linnaeus, 1763)

    Identification du spécimen

    L’identification du spécimen consistait d’abord à observer ses caractéristiques particulières afin de trouver l’ordre d’insectes auquel il appartient. Le fait que le spécimen avait les ailes antérieures plus grandes que les ailes postérieures et qu’il y avait la présence de petits crochets sur ces dernières nous a permis de conclure qu’il appartient à l’ordre des Hyménoptères. Les ailes sont translucides et de teinte brunâtre. Les crochets servent à accrocher les ailes postérieures à celles antérieures afin de rendre le vol plus efficace. Le spécimen possède aussi trois ocelles derrière la tête pour capter la lumière et possiblement stabiliser le vol.

    Figure 1: Les ailes antérieures sont plus grandes que les ailes postérieures

    Figure 2: Les ailes antérieures sont accrochées aux ailes postérieures à l’aide de petits crochets

    Figure 3: Les trois ocelles situés derrière la tête de la guêpe

    Ensuite, il a été possible de déterminer le sous-ordre Apocrita du spécimen grâce à la taille mince visible séparant le thorax du gastre. Cette taille permet de rendre le gastre plus flexible dans l’utilisation de l’oviscapte pour la ponte chez les «Parasitica» (guêpes parasitoïdes pondant leurs œufs à l’extérieur ou à l’intérieur d’un hôte où ceux-ci se développent) ou dans l’utilisation du dard comme mécanisme de défense chez l’infra-ordre Aculeata comprenant les guêpes piqueuses et sociales (Richter, 2000).  En fait, les Aculeata auraient évolué d’un ancêtre parasitoïde généralisé par la modification de l’oviscapte (organe de ponte) en dard. En ce qui concerne le spécimen, il est possible de voir un dard ressorti et donc, il fait partie de l’infra-ordre Aculeata. Le spécimen appartient à la famille des Vespidae, car celle-ci comprend les guêpes sociales. Plus précisément, il fait partie de la sous-famille Vespinae puisqu’il est reconnu pour fabriquer des nids de carton ou de papier (Borror et White, 1970, p. 348 et 349).

    Figure 4: La taille mince séparant le thorax du gastre chez les Apocrita. Le dard comme mécanisme de défense chez les Aculeata

     

    Le genre Dolichovespula a pu être déterminé en observant l’espace présent entre la mandibule et l’œil du spécimen (espace oculo-malaire) (Species Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet, 2017). Les autres guêpes n’appartenant pas à ce genre ont normalement les mandibules accolées à leurs yeux, mais ce n’est pas le cas ici. Finalement, l’espèce du spécimen est D. maculata puisqu’il a le corps noir avec des lignes et bandes blanches ornant la tête, le thorax et les derniers segments de l’abdomen (Dubé, 2017). Justement, Dolichovespula maculata est communément appelée la « guêpe à taches blanches » à cause de cela.

    Figure 5: L’espace oculo-malaire entre la mandibule et l’œil de la guêpe

    Figure 6: Les diverses taches blanches sur la tête, le thorax et l’abdomen de la guêpe

    Distribution géographique et habitat

    Il existe 7 à 8 espèces appartenant au genre Dolichovespula en Amérique du Nord (Jacobs, 2010). Dolichovespula maculata est une espèce de guêpes native de l’Amérique du Nord, soit du Canada. Elle est retrouvée dans pratiquement toutes les provinces et territoires canadiens à l’exception du Nunavut (Buck et al., 2008). Elle habite aussi la côte occidentale et la plupart de la côte orientale des États-Unis. Toutefois, elle est surtout retrouvée au sud-est des États-Unis. Cette espèce préfère les zones tempérées naturelles, comme les forêts ou les roches, mais aussi les zones de végétation dans les endroits urbains afin de construire son nid. Par exemple, il est possible de retrouver un nid appartenant à cette espèce près d’une maison, d’une cabane ou même près de poteaux électriques (Buck et al., 2008). Son nid est construit dans un arbre, un arbuste ou tout autre endroit au-dessus du sol variant entre 1,1 et 20, 0 mètres de hauteur (Archer, 2006). Dolichovespula maculata est reconnue pour fabriquer son nid plus haut que la majorité des autres espèces de guêpes (Buck et al., 2008).

    Biologie et cycle de vie

    L’alimentation des guêpes à taches blanches varie selon le stade de développement de l’individu ainsi que l’endroit géographique où elles vivent. Les larves s’alimentent du nectar des fleurs rapporté et fourni par les adultes. Ces derniers sont principalement carnivores et se nourrissent de plusieurs types d’insectes et d’arthropodes vivants plus petits, telles que les araignées. Par contre, il arrive parfois qu’elles se nourrissent d’insectes plus gros comme des cigales ou des mantes prédatrices. De plus, elles peuvent occasionnellement fouiller de la viande morte pour des protéines, mais la majorité du temps, elles attrapent leurs proies vivantes. Pour discriminer les proies potentielles des proies non potentielles, elles survolent à basse altitude l’environnement et la végétation. Plus précisément, elles utilisent des repères visuels et se dirigent vers des silhouettes irrégulières lorsqu’elles en aperçoivent (Richter, 2000). Pour attraper leurs proies, les guêpes à taches blanches (et autres guêpes sociales) ont tendance à tuer leurs proies par une morsure plutôt que par leur dard. Celui-ci n’est seulement qu’utilisé comme moyen de défense en injectant un venin à l’intérieur de leur assaillant. Les guêpes à taches blanches se nourrissent aussi de fruits ou de certaines sèves d’arbres.

    Figure 7: Dolichovespula maculata  en train de manger un arthropode

    Le cycle de vie de la guêpe Dolichovespula maculata se base sur le cycle de vie de la colonie, se divisant en trois stades, et s’étale sur une année. À chaque printemps (début mai), les nouvelles colonies sont fondées par une reine née l’été précédent. La durée de vie d’une colonie, qui est d’environ quatre mois, s’étend jusqu’à la fin du mois de septembre. Par contre, à des latitudes plus basses, la longévité d’une colonie peut s’étendre jusqu’à 5 mois (Archer, 2006). Le premier stade de la colonie est sa fondation par une reine sortant d’hivernation. Cette dernière élève seule la première couvée d’ouvrières. Cette période dure entre 23-24 jours. Les œufs éclosent 6 jours après la ponte, puis les larves grandissent pendant 8 jours.  Les ouvrières émergent une dizaine de jours plus tard. De façon surprenante, le couvain peut contribuer à la croissance de la colonie avant qu’il soit mature. En effet, il produit de la chaleur et fourni de la salive pour la reine. D’ailleurs, la construction du nid se fait à partir de bois mâché avec de l’amidon et de la salive. Cette préparation, qui est ensuite étendue autour de leurs pattes et leurs mandibules, sèche pour former du papier. Une fois les ouvrières adultes, le second stade débute. C’est la plus longue phase de vie de la colonie (Greene, 1984). Les ouvrières s’occupent de toutes les tâches d’entretien de la ruche (ex: construction d’alvéoles, collecte de nourriture et de matériaux pour la construction du nid) ainsi que les soins des futures ouvrières afin d’assurer la croissance de la colonie. De son côté, la reine se consacre entièrement à la reproduction en déposant des œufs dans les alvéoles de la ruche (Felippotti, 2009). Le dernier stade débute lorsqu’un certain seuil de croissance de la ruche est atteint. C’est à ce moment que la colonie concentre ses efforts sur la production d’individus reproducteurs tels que les reines et les mâles (Greene, 1984). La production de ces individus peut commencer durant le second stade, mais elle est très coûteuse. En effet, les mâles et les jeunes reines nourrissent uniquement les proies que les ouvrières rapportent dans la ruche. Conséquemment, les efforts déployés à la production de nouvelles ouvrières sont moindres.

    La colonie est divisée en plusieurs castes : les ouvrières, le mâles et les reines. La différenciation est le résultat d’une nutrition particulière combinée à des alvéoles de plus grande taille. C’est pour cette raison que les reines D. maculata peuvent être de tailles différentes.  Il peut arriver que certaines reines aient la même taille que des ouvrières d’une colonie voisine. Cependant, les reines (18-20 mm) sont toujours de plus grande taille que les ouvrières (12-14 mm) de leur propre colonie (Jacobs, 2010). La grande taille des reines favorise leur survie à l’hiver lorsqu’elles entrent en diapause. La diapause est un état dans lequel la guêpe diminue au minimum ses activités. Elle doit résister au gel tout en conservant suffisamment de réserves (Felippotti, 2009).

    Bibliographie

    ARCHER, Michael. (2006). Taxonomy, distribution and nesting biology of species of the genus Dolichovespula (Hymenoptera, Vespidae). Entomological Science, 9: 281–293

    BORROR, Donald J. et WHITE, Richard E. (1970). Peterson Field Guides – Insects of America North of Mexico (1ère édition). Boston, États-Unis: Houghton Mifflin Company

    BUCK, Matthias, MARSHALL, Stephen A. et CHEUNG, David K. B. (2008). Identification Atlas of the Vespidae (Hymenoptera, Aculeata) of the northeastern Neartic region. Repéré à https://cjai.biologicalsurvey.ca/bmc_05/84d_maculata.html

    BUGGUIDE. Species Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet. (2017). Repéré à https://bugguide.net/node/view/2890

    DUBÉ, Jocelyn. (2017). La guêpe à taches blanches – Dolichovespula maculata. Repéré à http://www.bestioles.ca/insectes/guepe-a-taches-blanches.html

    ENCYCLOPEDIA OF LIFE. Dolichovespula maculata – Bald-faced Hornet. (s. d.). Repéré à http://eol.org/pages/239818/details

    FELIPPOTTIA, G.T., TANAKA JUNIORA, G.M., NOLL, J.B. & WENZEL, J.W. (2009). Discrete dimorphism among castes of the bald-faced hornet Dolichovespula maculata (Hymenoptera: Vespidae) in different phases of the colony cycle. Journal of Natural History, 43(39-40): 2481-2490

    GREENE, Albert. (1984). Production Schedules of Vespine Wasps: An Empirical Test of the Bang-Bang Optimization Model. Journal of The Kansas Entomological Society, 57(4):545-568

    JACOBS, Steve. (2010). Insect Advice from Extension – Baldfaced Hornet. Repéré à http://ento.psu.edu/extension/factsheets/baldfaced-hornet

    RICHTER, Raveret. (2000). Social Wasp (Hymenoptera: Vespidae) Foraging Behavior. Annual Review of Entomology, 45:121-150

  • Leptus sp. Latreille 1796

    Leptus sp. Latreille 1796

    Par Maya FAVREAU et Danaë LEMIEUX-URESANDI

    Texte et images ©2014 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Classification

    Classe Arachnida
    Sous-classe Acari
    Ordre Trombidiformes
    Famille Erythraeidae
    Sous-famille Leptinae
    Genre Leptus Latreille 1796

    Distribution géographique

    Les acariens du genre Leptus se retrouvent partout dans le monde, sur tous les continents sauf l’Antarctique (Fain et D’Amico, 1997).

    Informations générales et caractères clés

    Plusieurs espèces d’acariens ont des larves parasites d’arthropodes. Deux genres parasitent communément les opilions, les genres Trombidium et Leptus.  Les larves assez similaires de ces deux genres sont différenciables par la présence d’urstigma (aussi appelés organes de Claparède, de fonction osmorégulatrice) situés entre les deux premières paires de pattes ainsi que la présence d’une ouverture anale chez le genre Trombidium, alors que ces deux caractères sont absents chez le genre Leptus (Krantz, 1978).

    Figure II. Larve de Leptus photographiée au microscope à un grossissement de 400x. Notez les soies et les trois paires de pattes. (Spécimen récolté à la Station de biologie des Laurentides en Septembre 2014)

    Dans une étude de Welbourn et Young (1988), le genre Leptus était responsable de près de la moitié des cas de parasitisme recensés chez des araignées. Ce genre comprend 90 espèces dont le stade larvaire est parasitaire.

    Les mites de Leptus ont une forme plutôt ovale, avec une petite tête portant des chélicères (Faint et Jocqué, 1996). Le céphalothorax et l’abdomen sont fusionnés, comme chez les autres acariens et leur cuticule est molle (Fain et D’Amico, 1997). Les adultes portent quatre paires de pattes, mais la forme larvaire n’en possède que trois (Fain et D’Amico, 1997). Ces mites sont couvertes de soies et la plupart ont une coloration brun-rougeâtre. Elles mesurent d’un à deux milimètres (Bumblebee.org).

    Biologie 

    Leptus, comme plusieurs autres Trombidiformes apparentés, a un cycle de vie particulier avec une alternance de phases de développement actif et de phases inactives, appelées calyptostases, où la stase reste emprisonnée dans la cuticule du stade de développement précédent. Ces acariens comptent six stades de développement post-embryonnaires : la prélarve calyptostasique (inactive), la larve parasitaire, la protonymphe calyptostasique, la deutonymphe prédatrice, la tritonymphe calyptostasique et finalement le stade adulte prédateur, qui est actif (Belozerov, 2008).

    Les larves sont parasites de plusieurs ordres différents : des araignées, des opilions, des diptères, des orthoptères et autres. Elles ont des préférences quand à leur site d’attachement à l’hôte : elles choisissent plus souvent la face dorsale, mais certaines espèces de Leptus préfèrent les pattes (Townsend et al, 2006). Ces ectoparasites utilisent leur chélicères pour percer l’arthropode qu’ils parasitent et leur trompe pour en sucer l’hémolymphe. Une substance qui cimente en séchant est aussi sécrétée par des glandes buccales pour solidifier le lien entre l’acarien et son hôte (Abro, 1988). Une fois engorgée, la larve se laisse tomber de l’hôte et se transforme alors en octopode: l’adulte et la deutonymphe sont libres et prédateurs (Pereira et al, 2012).

    L’hôte: Phalangium opilio Linnaeus, 1758

    Figure III. Phalangium opilio parasité par 2 larves
    Figure III. Phalangium opilio parasité par deux larves : une sur la patte et une sur le coté dorsal (Spécimen récolté à la Station de biologie des Laurentides en Septembre 2014)

    Le Phalangium opilio est l’arthropode hôte sur lequel nous avons recueilli nos spécimens de Leptus. Bien que cet opilion commun au Québec ne puisse être utilisé comme un véritable agent de lutte biologique, il est un prédateur utile de plusieurs espèces nuisibles pour l’agriculture, permettant de conserver les densités de ravageurs basses. Bien que cet arachnide soit communément parasité par des mites, on ne connaît pas l’impact du parasitisme sur la survie et la reproduction des opilions (Townsend et al, 2006).

    Références 

    Acari (mites and ticks). Bumblebee.org. [En ligne] http://www.bumblebee.org/invertebrates/Acari.htm (Consulté le 29 octobre 2014)

    Arnold Åbro (1988) The mode of attachment of mite larvae (Leptus spp.) to harvestmen (Opiliones), Journal of Natural History, 22(1): 123-130

    Belozerov, V.N. 2008: Calyptostasy: its role in the development and life histories of the parasitengone mites (Acari: Prostigmata: Parasitengona). Acarina, 16: 3-19.

    Fain, A., D’Amico, F., 1997. Observations on Larval Mites (Acari) parasitic on opiliones from the French Pyrenees. Internation Journal of Acarology, 23(1): 39-48

    Faint, A., Jocqué, R., 1996. A New Larva of the Genus Leptus Latreille, 1796 (Acari: Erythraeidae) Parasitic on a Spider from Rwanda, International Journal of Acarology, 22(2): 101-108, 1996

    Krantz, G. W., 1978.  A Manual of Acarology, Second Edition.  Oregon State University Book Stores Inc.  509 pages.

    Leptus genus. Boldsystems. [En ligne]. http://www.boldsystems.org/index.php/Taxbrowser_Taxonpage?taxid=174076 (Consulté le 29 octobre 2014)

    Pereira, A.I.A., Fadini, M.A.M., Pikart, T.G., Zanuncio, J.C., Serrao, J.E., 2012. New hosts and parasitism notes for the mite Leptus (Acari: Erythraeidae) in fragments of the Atlantic Forest, Brazil. Brazilian Journal of Biology 72(3): 611-616

    Phalangium opilio (Arachnida: Opiliones, Phalangiidae). Schmaedick, M. [En ligne]. http://www.biocontrol.entomology.cornell.edu/predators/Phalangium.php (Consulté le 29 octobre 2014)

    Townsend, Jr., V.R., Mulholland, K.A., Bradford, J.O., Proud, D.N., Parent, K.M., 2006. Seasonal variation in parasitism by Leptus mites (Acari, Erythraeidae) upon the harvestman, Leiobunum formosum (Opiliones, Sclerosomatidae). The Journal of Arachnology, 34: 492-494

    Welbourn, W.C., Young, O.P., 1988. Mites parasitic on spiders, with a description of a new species of Eutrombidium (Acari: Eutrombidiidae). Journal of Arachnology 16: 373-385

  • Sphaerophoria philanthus (Meigen 1822)

    Par Diane BUREAU et Julien SAAVEDRA-LAVOIE, 2014

    2014-09-25 11.59.10
    Mâle Sphaerophoria philanthus

    Ordre: Diptera

    Sous-ordre: Brachycera

    Super-Famille: Syrphidea

    Famille: Syrphidae

    Sous-famille: Syrphinae

    Tribu: Syrphini

    Genre: Sphaerophoria

    Espèce: philanthus

    Famille des Syrphidae :

    Les espèces de la familles des Syrphidés, aussi connues sous le nom de syrphe, font parties des diptères les plus colorés et les plus fréquemment capturés. Ils se retrouvent sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique. Grâce à la grande diversité des niches pouvant être occupées par leurs larves, ils sont présents dans la majorité des types d’habitats, de la forêt tropicale jusqu’aux déserts arides ou arctiques. Étant donné le vaste territoire qu’ils couvrent, ces espèces sont sujettes à une importante pression de la part des prédateurs. C’est pourquoi toutes les espèces de ce groupe montrent une ressemblance générale, et parfois même une ressemblance spécifique très proche avec les abeilles et guêpes (Vockeroth, 1992).

    Importance de la famille au niveau économique

    Au stade larvaire, la majorité des espèces de syrphidés sont prédatrices d’une grande variété d’espèces appartenant à la super famille des pucerons (Aphidoidea) dont plusieurs espèces sont des ravageurs de cultures. Les syrphidés sont donc d’importants contrôleurs biologiques contre ces insectes (Vokeroth 1992).

    Au stade adulte, ils se nourrissent principalement de pollen et de nectar, et représentent donc des pollinisateurs importants pour plusieurs espèces de plantes. En effet ceux-ci transportent le pollen sur leur thorax quand ils butinent aux fleurs (Yariv & Amots, 1976).

    Genre Sphaerophoria

    Le genre Sphaerophoria regroupe des espèces de mouches de taille petite à médium, ayant des marques jaunes sur la tête, le thorax ainsi que l’abdomen (à noter que certaines espèces sont totalement noires) et leurs corps est plus long que leurs ailes (Wallisroughley, 2014). Il y a 13 espèces connues du genre en Amérique du Nord, distribuées largement au Canada et aux États-Unis.

    Espèce Sphaerophoria philanthus

    Description

    L’espèce mesure environ 10 mm, a un long abdomen à bandes noires et jaunes, le thorax est brun avec une strie brune. L’espèce a des yeux de grande dimension de couleur brune et un visage couleur jaune clair. Les pattes sont jaunes et les ailes transparentes qui comme toutes les espèce de la famille des Syrphidae ont une fausse nervure médiane, la veina spuria. Les femelles se distinguent des mâles par un abdomen se terminant avec un bout plus pointu ainsi des yeux largement séparés sur le front (versus contigus sur le front chez les mâles) (naturesearch 2014).

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    L’aile présentant la fausse nervure médiane

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    Les yeux contigus du mâle

     

     

     

     

     

     

     

    Clef de l’espèce

    Article apical du tarse des pattes antérieure et médiane brun pâle ou noir et nettement plus foncé que I ‘article basilaire, ou tous les articles de couleur noire. Lobe ventral du surstylus garni d’un appendice pré-apical aplati sur le bord dorsal ; lobe interne du surstylus, pointu dans sa portion apicale (Vokeroth 1992).

    Cycle de vie

    Sphaerophoria philanthus est une espèce répandue de la famille des Syrphidae à la métamorphose complete, dite holométabole. Quatre stades de métamorphoses caractérisent son cycle de vie : œuf, larve, pupe et adulte (Marshall, 2012).

    Stade 1 : Œuf

    Les œufs fécondés sont pondus par la femelle à l’aide de la partie terminale télescopique de son abdomen mou et flexible car elle ne possède pas d’appendice ovipositeur (Marshall, 2012 p.16). Les œufs sont déposés sur une plante, près du sol, dès le printemps, tout près ou parmi de leur future source de nourriture, des colonies de pucerons (Coderre, 1987). Ils éclosent rapidement, habituellement en 2 jours (Vockeroth, 1992),  une stratégie utilisée lorsque l’habitat est éphémère (Marshall, 2012 p.17)

    Stade 2 : Larve

    C’est le stade principal d’alimentation. Il correspond à la plus grande partie du cycle de vie de l’insecte. Trois mues larvaires successives et trois instars permettront aux larves de se déplacer, de s’alimenter, de croître et poursuivre leur développement (Marshall, 2012 p.17). Ses larves sont des prédateurs voraces, aphidiphages non spécifiques. Elles se nourrissent de pucerons, hémiptères à cuticule molle, parasites de plantes. Une larve de 3 à 4 jours peut dévorer jusqu’à 300 pucerons par nuit (Agriculture and Agri-Food Canada 2014). Elles les immobilisent à l’aide de sécrétions salivaires collantes et transpercent et aspirent avec leurs pièces buccales verticales en crochet. Elles sont molles, sans capsule céphalique, aveugles, et n’ont pas d’appendice de locomotion. Elles sont colorées jaunes ou vertes grâce à des dépôts de pigments de sang ou de gras sous leur peau translucide. Cette coloration leur permet de se camoufler parmi leur habitat de feuilles et tiges des plantes (Marshall, 2012 p 308).

    Stade 3 : Nymphe

    Cette étape intermédiaire, permet une première mue de métamorphose (Scott, 2004). Elle est caractérisée par le durcissement de la cuticule du 3e instar larvaire et sa transformation en un cocon, le puparium. La nymphe ne se nourrit pas, son énergie provient des réserves accumulées durant le stade larvaires (Scott, 2004).

    Cette transition permettra l’apparition externe des ailes et autres appendices non fonctionnels qui étaient internes chez la larve sous forme de disques imaginaux et la formation de structures de l’adulte  (Marshall, 2012 p24). Les variations de températures saisonnières et géographiques durant cette étape, influencent sa coloration. Sphaerophoria philanthus est plus foncé dans les régions plus au sud du Canada (Vockeroth, 1992).

    Stade 4 : Adulte

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    Adulte S. philanthus

    Une 2e mue de métamorphose, dite imaginale, permet à l’insecte de compléter son cycle de développement. Des adaptations spécifiques lui permette d’émerger du puparium constitué à cette étape de  3 cuticules soient la cuticule larvaire durcie, celle fine de la nympher, et la cuticule pré-exuviale de l’adulte. À l’aide du ptilinum, une structure gonflable situé sur sa tête et une ligne circulaire plus faible à la partie terminale de son abri il réussit donc  à émerger (Marshall, 2012 p.295). Cette nouvelle mouche à fleur pourra s’envoler avec ses deux ailes fonctionnelles, se nourrir non plus de pucerons mais de nectar et de pollen. Les stratégies reproductives peu connues permettront la rencontre d’une femelle et d’un mâle aboutissant à la fécondation des œufs et au recommencement d’un nouveau cycle.

    Répartition géographique

    La famille des Syrphidae ou mouches à fleurs est très rependue au Canada et aux États-Unis avec ses 870 espèces identifiées. Le genre Sphaerophoria compte 13 espèces en Amérique du Nord (NatureSearch 2014). On les retrouvent en densité élevée dans des secteurs riches en fleurs indigènes avec de larges inflorescences et de petites corolles aplaties structures végétales adaptées à leur morphologie et leur choix alimentaire pour le pollen et le nectar. Dans ces environnements elles ont un rôle essentiel de polinisateur.

    On les retrouvent aussi en marges des forêts et des champs cultivées où leurs larves prédatrices aphidiphages trouvent leur source alimentation essentielle et jouent un rôle important dans la lutte biologique contre des parasites de plantes (Sutherland et al 2001) (Martinez et al 2013).

    Ecologie

    Prédation par les larves

    Les larves de Sphaerophoria philanthus se nourrissent d’espèce de la famille Aphidoidea et démontrent l’importance au niveau de la stratégie de différentiation des niches entre les différents prédateurs du groupe. Au niveau de la localisation sur les feuilles d’espèces végétales consommées par les Aphidoidea, l’adulte pond en dessous et seulement sur celles situées à proximité du sol. Au niveau temporel, la ponte à lieu en début de saison (à la mi-juillet) au travers des colonies importantes, notamment de pucerons (Coderre et al. 1987). Bien que les femelles utilisent leur sens visuel pour trouver les lieux convenable pour la ponte, ce serait leur sens de l’odorat qui est le plus important afin de localiser les feuilles occupées par des aphides (Yariv & Amots 1976). Les autres prédateurs ciblent plutôt les feuilles situées plus haut sur la plante et ne s’alimentent pas à la même période de la saison (Coderre et al. 1987).

    Mimétisme:

    Comme beaucoup d’espèce de la famille des Syrphidae, S. philanthus utilise la stratégie du mimétisme batésien. Elle prend pour modèle la guêpe en ayant une apparence visuelle très ressemblante. Ajoutons qu’elle démontre un comportement semblable, par exemple lorsqu’elle est saisie, elle pousse le bout de l’abdomen vers ce qui la tient, bien qu’elle ne soit pas équipée d’un dard. Un autre exemple est le son émit par la mouche qui rappelle celui des hyménoptères piqueurs (Penney et al 2013).

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    Sphaerophoria philanthus

     

     

     

     

     

     

     

    Références

    Agriculture and Agri-Food Canada [En ligne], http://www.agr.gc.ca/eng/science-and-innovation/science-publications-and-resources/good-bug-bad-bug-agricultural-science-at-work-for-farmers/?id=1285101410251#a3, (page consultée le 22 octobre 2014)

    Coderre, D., and Provencher, L., and Tourneur, J. C. 1987. Oviposition and niche partitioning in aphidophagous insects on maize. Département des Sciences Biologiques, Université du Québec à Montréal, p. 198, 202.

    http://journals.cambridge.org/download.php?file=%2FTCE%2FTCE119_02%2FS0008347X00045697a.pdf&code=43bc08703e2428cbcc1b3917051f9ad5

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    Marshall, S. 2012 Flies: the natural history and diversity of dipteral. Firefly books Ltd,616 pages, p.15-16-17-22-24-395-308-309.

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  • Aeshna umbrosa (Walker 1908)

    L’aeschne des pénombres

    Par Benjamin LANGLOIS et Pascal O, 2014

    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.
    Le spécimen a été capturé à la Station de Biologie des Laurentides le 4 septembre 2014.

    Classification (1) (2)
    Ordre: Odonata
    Sous-ordre: Anisoptera
    Super-famille: Aeshnoidea
    Famille: Aeshnidae
    Sous-famille: Aeshninae
    Tribu: Aeshnini
    Genre: Aeshna
    Espèce: umbrosa
    Sous-espèce: umbrosa

    Identification/morphologie

    Ce spécimen peut être classé dans l’ordre des Odonata de par le fait qu’il possède des ailes non réduites et qui ne peuvent pas se replier sur le corps. Puisqu’elles sont perpendiculaires au corps au repos et que les postérieures sont plus larges à la base que les antérieures, l’insecte est un anisoptère.

    La famille des Aeshnidae est caractérisée par trois éléments morphologiques (2):
    -Les triangles formés par les nervures des ailes antérieures et postérieures sont placés à égale distance de l’arculus, soit la séparation de la troisième nervure en plusieurs nervules. De plus, les triangles sont orientés vers l’apex de l’aile de la même façon;
    -Le lobe médian du labium est entier;
    -Les yeux se touchent sur la ligne médiodorsale.

    Les membres du genre Aeshna possèdent un thorax noir ou brun, avec des taches brunes, jaunes ou vertes. Leurs segments abdominaux n’ont qu’une seule carène pour chaque côté. Les Aeshna ont tous une caractéristique particulière au niveau de l’aile: la médiane antérieure et la branche asymétrique qui y est associée forme une fourche qui se dirige vers le bord antérieur de l’aile diagonalement (2).

    Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org.
    Aile d’Aeshna juncea. Image modifiée provenant du site http://www.drawwing.org

    En général, les membres d’Aeshna sont parmi les plus grands anisoptères vivants. Leur grande taille, ainsi que la coloration particulière de leur corps, sont des caractères suffisants pour une identification préliminaire.

    Aeshna umbrosa mesure en moyenne 7,5cm en longueur (1) et leurs ailes mesurent plus que 40mm en longueur. Les membres de l’espèce ont une bande frontoclypéale (soit entre le front et le clypéus, un sclérite qui délimite la marge inférieure de la face) mince et brunâtre, voire de la même couleur que le front et le clypéus.

    Vue frontale d’Aeshna umbrosa. Notez ici l’absence d’une bande noire en dessous du front et les yeux qui se rejoignent vers le haut de la tête. Photo ©2009 de Mardon Erbland, contributeur de BugGuide.netCC BY-NC-SA 2.5 CA

    Cette espèce se distingue des autres Aeshna avec ses deux bandes latérales situées sur le ptérothorax et aucune tache jaune entre les deux bandes. Ces deux bandes latérales sont rectilignes, étroites et de couleur jaune, verte ou bleue, selon le sexe, entourées de noir. Les mâles possèdent des yeux turquoise, ainsi que des bandes dont la couleur varie du bleu-vert au jaune-vert. Les taches abdominales sont très petites et sont de couleur bleue ou verte. Les femelles quant à elles ont des yeux bruns avec des bandes latérales jaune-verdâtre ou des yeux bleutés avec des bandes vert-jaunâtre. Les femelles ont des taches abdominales strictement bleues (3) (4).

    Aeshna tuberculifera ressemble beaucoup à Aeshna umbrosa, mais ses bandes ne sont pas entourées de noir et sont plus larges. Le 10e segment abdominal d’A. umbrosa possède des taches ternes, en contraste au 10e segment entièrement noir d’A. tuberculifera. De plus, ce segment possède une saillie épineuse chez A. tuberculifera, alors qu’A. umbrosa en est dépourvu.

    On retrouve deux sous-espèces d’Aeshna umbrosa: Aeshna umbrosa umbrosa et Aeshna umbrosa occidentalis. La première possède des taches abdominales vertes plus petites sur les segments postérieures, tandis que la deuxième possède des taches bleues et plus grandes (3).

    Habitat

    Comme son nom l’indique, l’aeschne des pénombres peut être trouvée dans des endroits avec un peu d’ombre et où l’eau ne bouge pas ou très peu. Cela inclut les lacs, les étangs et les marécages. Cependant, il n’est pas rare de la trouver dans une zone dégagée, surtout lorsqu’elle chasse. C’est dans un tel lieu que nous avons capturé notre spécimen. Pour ce qui est des larves, elles peuvent être trouvées dans les cours d’eau mentionnés précédemment (5).

    Diète et techniques de chasse

    Toutes les espèces d’odonates sont, sans aucune exception, de redoutables carnivores et ce, au stade larvaire et adulte. Les larves mangent en général les larves des insectes aquatiques, mais peuvent aussi se nourrir de d’autres animaux aquatiques, tels que des crustacés d’eau douce, des tétards et même, des poissons de petite taille. Les adultes quant à eux, se nourrissent de tout insecte ayant une plus petite taille que l’odonate et cela inclut les moustiques, mouches, papillons, coléoptères et même autres odonates. Une particularité de la diète des odonates est qu’ils ne consomment pas les ailes; ils arrachent les ailes de leurs proies avant de les dévorer. On peut dire d’eux qu’ils sont des prédateurs opportunistes (5) (6).

    Aeshna umbrosa chasse le plus souvent aux alentours du coucher du soleil, profitant de sa coloration pour se camoufler. En général, les odonates possèdent deux principales techniques de chasse: hawking et gleaming. La première technique consiste en une capture dans les airs d’un autre insecte en vol. La capture se fait principalement avec la bouche, mais peut aussi être complimentée des pattes thoraciques pour bien maintenir la proie. Avec la technique de hawking, Aeshna umbrosa peut consommer quotidiennement jusqu’à 20% de sa masse corporelle (5). La deuxième technique consiste en un survol des zones avec beaucoup de végétation. Lorsque l’odonate aperçoit une proie potentielle, elle plonge vers la proie et l’attrape avec ses pattes thoraciques. Une autre technique peut être utilisée par certaines espèces d’odonates: un individu peut se percher sur un endroit quelconque et attend patiemment le passage d’une proie avant de plonger sur cette dernière (6).

    Un odonate en chasse effectue beaucoup de mouvements de va-et-vient afin de patrouiller les environs. Il n’est pas rare d’apercevoir une nuée d’odonates de la même espèce, ou de différentes espèces, qui chassent ensemble. Cette agglomération est due à la présence d’un autre essaim important de potentielles proies dans les parages. Aeshna umbrosa démontre cette caractéristique de former un essaim pour se nourrir (5) (6).

    Développement larvaire

    Pour réussir à passer à travers l’hiver, les œufs des odonates tombent en diapause, un ralentissement métabolique qui assure leur survie jusqu’au printemps. C’est à ce moment qu’ils commencent à éclore pour libérer des larves (aussi appelées naïades) qui finissent par mesurées entre 3,8 et 4,4 centimètres chez Aeshna umbrosa. Après une période de croissance dans l’eau, elles émergent et passent d’une respiration par branchies anales à une respiration par spiracles thoraciques. Pour compléter leur dernière mue, les larves avalent de l’eau qui les fait gonfler, la cuticule cédant sous la pression qui s’accumule. Les ailes nécessitant une période de sclérification avant de permettre le vol, les odonates sont particulièrement vulnérables à cette période du développement. La mue vers le stade adulte se produit généralement de nuit afin de minimiser la prédation (7).

    Distribution

    Aeshna umbrosa est répartie à travers le continent nord-américain, dans le sud de la région boréale, de la côte Pacifique jusqu’à la côte Atlantique excluant la province de Terre-Neuve. Cette aeschne se trouve aussi aux États-Unis, allant du Canada jusqu’à la région sud-américaine exclusivement, où le climat sec empêche toute dispersion de l’espèce. La sous-espèce umbrosa est distribuée à l’est du continent, tandis que la sous-espèce occidentalis se trouve à l’ouest (3) (4).

    Références

    1. « Species Aeshna umbrosa » (en ligne), Iowa State University. 2003-2014. Page consultée le 20 octobre 2014 sur BugGuide.net.

    2. Pilon Jean-Guy et Lagacé Denise, 1998. Les odonates du Québec. Entomofaune du Québec (EQ) Inc., 367 pages. p.31, 38-39, 59-64.

    3. Paulson Dennis , 2011. Dragonflies and Damselflies of the East. Princeton University Press, 538 pages. p.199-200.

    4. Paulson Dennis, 2009. Dragonflies and Damselflies of the West. Princeton University Press, 536 pages. p.222-223.

    5. Dunkle Sidney W., 2000. Dragonflies Through Binoculars. Oxford University Press, 369 pages.

    6. Berger Cynthia, 2004. Dragonflies – Wild guide. Stackpole Books, 124 pages. p.25-28.

    7. Sanders, H. 2012. « Aeshna umbrosa » (en ligne), Animal Diversity Web. Page consultée le 28 octobre 2014 sur Animal Diversity – Aeshna umbrosa

  • Sympetrum obtrusum (Hagen 1867)

     

    Sympétrum éclaireur

    Par Miguelly BÉLANGER, Daphnée LECOURS-TESSIER et Étienne R.-DIONNE

    Texte et photographies ©2016 CC BY-SA 4.0, les auteurs

    Photos réalisées par Étienne R.-Dionne

    Croquis et carte réalisés par Miguelly Bélanger

    bande
    Lieu de capture : dans les herbes d’un fossé de drainage, en bordure d’une route en terre battue, à proximité d’une tourbière boisée de la station de biologie des Laurentides. Outil de capture : filet fauchoir Date de capture : 1 septembre 2016 Préparation: d’abord placé dans un récipient de chasse contenant un mélange d’acétate d’éthyle et de plâtre pour le tuer rapidement, avant d’être mis à sécher dans une enveloppe de plastique avec carton

    Identification, classification et morphologie

    tete
    Figure 1 : Front blanc du mâle Sympetrum obtrusum capturé. Photo réalisée par Étienne R.-Dionne.

    Frappante, la couleur blanche du front des mâles est l’une des caractéristiques principales permettant de distinguer S. obtrusum parmi les espèces du genre Sympetrum, d’où leur nom vernaculaire “White-faced Meadowhawk”.

    Généralement, les individus de cette espèce mesurent de 30 à 35mm. Ils ont les ailes claires. Mâles et femelles présentent un certain dimorphisme. En effet, les femelles n’ont pas le front blanc caractéristique des mâles ni l’abdomen teinté de rouge. Celles-ci, comme les juvéniles, ont plutôt la face d’une couleur qui tire sur le jaune, le brun ou le vert, ainsi qu’un abdomen cendré, ce qui les rend difficiles à distinguer de S. rubicundulum et S. internum (Dunkle, 2000).

    pieces-genitale
    Figure 2 : Pièces génitales. A : Appendices anaux supérieurs de l’extrémité de l’abdomen mâle – B : Échancrure de l’hameçon du deuxième segment de l’abdomen mâle – C : Huitième sternite horizontale de l’extrémité de l’abdomen femelle (Ovipositeur) – D : Lames vulvaires du neuvième segment de l’abdomen femelle. Croquis réalisé par Miguelly Bélanger. Inspiré de Robert (1963).

    Comme les S. obtrusums, le spécimen capturé possède une face blanche. Cependant, ce sont les appendices anaux supérieurs de l’extrémité de l’abdomen ainsi que l’échancrure de l’hameçon du 2e segment de l’abdomen qui a permis de confirmer son identification (Robert, 1963).

    De plus, la position médiane du nodus ainsi que la disposition des nervures principales du supertriangle de l’aile postérieure de notre spécimen sont typiques des Sympetrum (Pilon & Lagacé, 1998). Appartenant également à la famille des libellulidés, leurs ailes postérieures présentent un champ anal en forme de pied possédant un « orteil » plutôt développé. Qui plus est, l’asymétrie de la base des ailes antérieures et postérieures (la base des ailes antérieures étant plus large que celle des ailes postérieures) corrobore l’appartenance au sous-ordre des anisoptères (Silsby, 2001).

    ailes
    Figure 3 : Aile postérieure caractéristique du genre Sympetrum représentant le nodus (A), le pterostigmate (B), le supertriangle et le champ anal. Croquis réalisé par Miguelly Bélanger. Inspiré de Robert (1963).

    Dans une perspective d’ensemble, les libellules présentent plusieurs caractéristiques distinctives (Pilon & Lagacé, 1998). Elles ont de courtes antennes. Leurs yeux composés sont de si grandes tailles par rapport au volume de leur tête, qu’ils se rejoignent au sommet de la capsule céphalique. Ils possèdent un long et mince abdomen. Leur thorax orienté vers l’avant permet une capture de proies efficace, en les emprisonnant dans leurs pattes. Au repos, les ailes se posent à plat. Leurs larves possèdent un masque labial étonnant, leur permettant d’atteindre leurs proies avec grande vélocité (Kalkman & al., 2000). Voici un ensemble de caractères partagés par l’espèce du spécimen capturé.

    classification
    Figure 4 : Taxonomie hiérarchique de Sympetrum obtrusum. Inspiré de Dunkle (2000) et Cresswell & Block (2016).

    Les libellules à travers les âges et les continents

    Répartis sur l’ensemble de la planète depuis des millénaires, les odonates ont intéressé les hommes et suscité une fascination culturelle à travers les âges (Pilon, 1998). Venant du grec ancien, le mot « odonata » fut créé par Fabricius (1793) pour désigner les « mandibules munies de dents », alors que le mot « Anisoptera » souligne l’asymétrie des ailes (Pilon & Lagacé, 1998). Ceci dit, c’est Linné (1758) qui a introduit le terme « libellules ». En extrême Orient, les libellules sont plutôt bien considérées. Elles y ont d’ailleurs longtemps été utilisées pour traiter les inflammations de la gorge. Au Japon, elles symbolisent la force, la bravoure et la victoire. En Europe, au contraire, ces insectes sont considérés comme maléfiques, une croyance populaire probablement tirée du moyen âge. Pour cette raison, ils se faisaient même appeler « tire-z’yeux » ou « crève-œil » (d’Aguilar, 1985). Plus près d’ici, on a souvent considéré à tort les libellules comme des insectes piqueurs. Aujourd’hui encore, les libellules suscitent un certain engouement.

    Évolution

    aire-geologique
    Figure 4 : Représentation des Ères géologiques. Inspirée de Cohen & al. (2013).

    Apparus durant la période du carbonifère, les Protodonata sont peut-être les ancêtres des Odonates. Datant du permien, les libellules sont parmi les plus anciens insectes volants (paléoptère) (Grimaldi, D. et Engel, 2005). Dans le même taxon, Protodonata, se trouve le plus grand insecte connu à ce jour (Méganeuropsis permiana), d’une envergure d’ailes de 70cm (Beckemeyer, 2000). Des fossiles de zygoptères et d’anisoptères (Odonata au sens strict) ont d’abord été trouvés au Mésosoïque: les premiers fossiles d’anisoptères modernes datent du Trias (Silsby, 2001).  Ceux-ci auraient donc déjà été présents avant que la Pangée se soit complètement disloquée! Émergeant de cette lignée, les libellulidés sont apparus lors de l’Éocène. Avec leurs ailes puissantes et leur corps effilé, leurs ancêtres ont pu bénéficier d’un avantage évolutif important, leur permettant de se distribuer sur un large territoire. À ce jour, on compte près de 7000 espèces d’Odonates (Kalmman & al., 2008) et plus de 60 espèces de Sympetrum à travers le monde (Pilgrim & Dohlen, 2007).

    Répartition et habitat

    cartes
    Figure 5 : Carte de la distribution de l’espèce Sympetrum obtrusum. Carte réalisée par Miguelly Bélanger. Inspirée de Dunkle (2000).

    Espèce indigène de l’Amérique du Nord, Sympetrum obtrusum se retrouve dans la région zoogéographique Néarctique. Il est principalement recensé au sud du Canada et au nord des États-Unis, mais semble absent du Yukon et du sud de l’Amérique du Nord (Dunkle, 2000; Catling, 2003). Dans ces territoires, il occupe une variété de milieux humides (étangs, lacs, cours d’eau lentiques) et spécialement les tourbières et les marais (Pilon et Lagacé, 1998). Considérant la dispersion des adultes à partir des étendues d’eau, certains avancent que les individus matures constituent une population distincte de celle des larves, malgré le fait que l’un et l’autre occupent les mêmes zones (Faydenko, 2013).

    Cycle de vie et alimentation

    Essentiels au développement des libellules, les points d’eau douce permettent le développement de leurs œufs et de leurs larves (Kalkman et al., 2008). Généralement, les œufs éclosent environ trois semaines après la ponte, sauf ceux pondus à la fin de la saison estivale, qui tombent en dormance durant l’hiver (Silsby, 2001). C’est d’ailleurs sous forme d’œufs que les embryons de Sympetrum obtrusum passent l’hiver, pour voir leurs larves éclore au printemps et les adultes émerger fin juin, début juillet (Walker & Corbet, 1975). Ainsi, deux générations se succéderont chaque année. Après éclosions, plusieurs stades larvaires s’enchaineront, entrecoupées de mues. Chez les libellules, le premier stade (stade protolarvaire) est caractérisé par l’absence de patte et ne dure qu’une courte période de temps (de quelques secondes à quelques heures) (Silsby, 2001). Par suite, certaines larves de libellules seront plus passives et d’autres plus actives dans leur comportement de chasse, mais toutes sont prédatrices. Grâce à leur masque labial, qui leur permet d’attraper leurs proies à grande vélocité, les larves des Odonates arrivent à se saisir d’insectes, de têtards et même de petits poissons (Corbet, 1999).

    Video 1 : Larve de libellule se nourrissant d’une larve de coléoptère à l’aide de son masque labial (par Derek Wheaton, 2015). CC BY-SA 4.0

    Contrairement à certains autres genres, le genre Sympetrum consomme non seulement des proies à chacun de ses stades larvaires, mais passe aussi la majeure partie de son cycle de vie sous l’eau (Pritchard, 1964; Corbet, 1999). Les larves de libellules prennent de quelques semaines à quelques années pour se développer, selon l’espèce et différents facteurs environnementaux, tel que la température de l’eau et la quantité de nourriture disponible (Corbet, 1999; Silsby, 2001). Au dernier stade larvaire avant la métamorphose, les derniers organes vitaux finissent de se développer et la larve se prépare pour une dernière mue. L’émergence des libellules matures se fait à l’extérieur de l’eau, sur la végétation ou sur la rive, au courant de la nuit ou au matin, lorsque l’air a pu se réchauffer (Silsby, 2001).

    Video 2 : Émergence d’une libellule après métamorphose (auteur inconnu, 2010). CC BY-SA 4.0

    Après avoir quitté leur site d’émergence, les libellules occupent la majeure partie de leur temps à chasser, principalement des diptères et de petits insectes volants (Pilon & Lagacé, 1998; Dunkle, 2000). Avec les zygoptères, les libellulidés se distinguent des autres Odonates de par leur Le sympétrum éclaireur démontre une (édité 2018-01-22) mode de chasse à l’affût, repérant leurs proies à partir d’un perchoir, avant de se jeter sur elles (Pilon & Lagacé, 1998). En une seule journée, une libellule peut ainsi consommer jusqu’au cinquième de son poids (Powell & Twist, 1999). Selon les conditions, les libellules en développement auront besoin d’une semaine à un mois pour s’alimenter. Une période cruciale où elles se disperseront afin d’acquérir l’énergie suffisante au développement de leurs organes sexuels (Aguesse,1968; Corbet, 1952). À la recherche de ressources, les mâles Sympetrum obtrusum sont très abondants dans les prairies de Carex. Lors de cette phase de développement, il est possible d’y en observer plus d’un par 10 pi2 (Paulson, 2011) ! Ce n’est qu’en tant qu’individu mature que les mâles et femelles retourneront près de points d’eau pour s’accoupler (Corbet, 1999).

    Reproduction

    Chez les libellules, le mécanisme de transfert de sperme est indirect (Kalkman, 2008). Après avoir été produit dans les testicules, situés au bout de l’abdomen, le sperme est transféré de manière externe à l’organe copulatoire mâle, à la base de l’abdomen. Grâce à un hameçon, le mâle retient l’abdomen de la femelle durant la copulation. Ainsi, il insémine la femelle et en profite même pour retirer le sperme de ses compétiteurs. Cette compétition spermatique chez les Odonates a été reportée pour la première fois par Waage (1979). Aujourd’hui, c’est ce qui en fait l’un des groupes animaux les plus étudiés pour leur comportement reproducteur (Kalkman, 2008). Suite à la copulation, le mâle reste accroché à la femelle jusqu’à la ponte (Silsby, 2001). Les perforations sur l’une des extrémités des œufs oblongs permettent aux spermatozoïdes de les pénétrer. Puis, les œufs sont ensuite rapidement relâchés à la surface de l’eau ou sur le sol environnant, la femelle ayant un ovipositeur vestigial.

    Utilité pour l’homme et statut de conservation

    Très sensibles à la qualité de leur habitat et aux perturbations environnementales, les libellules sont souvent utilisées pour évaluer l’ampleur des changements environnementaux, sur le court et le long terme. Aussi, elles sont utilisées comme bioindicateurs de la santé de l’écosystème, dans les projets de conservation et de restauration (Kalman, 2008; Clark & Samways, 1996). Le réchauffement climatique, l’agriculture, l’introduction d’espèce exotique, l’urbanisation et plus encore, entraînent cependant la dégradation et la perte de diversité des milieux humides, dont dépendent les Odonates (Hassall & Thompson, 2008; Kadoya & al., 2009; Rodriguez & al., 2005). De fait, certaines espèces de libellules sont aujourd’hui dans une situation critique (Suh & Samways, 2005; Hämäläinen, 2004).  Considérant la large gamme d’organismes interagissant avec les libellules, que ce soit au stade larvaire ou adulte, il est d’autant plus important de protéger les milieux humides, dont ils dépendent.

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    Suh AN, Samways MJ. 2005. Significance of temporal changes when designing a reservoir for conservation of dragonfly diversity. Biodiversity & Conservation 14:165-178.

    Waage JK. 1979. Dual function of the damselfly penis: sperm removal and transfer. Science 203:916-918.

    Walker E, Corbet P. 1975. The Odonata of Canada and Alaska. Vol. 3, Part III: The Anisoptera—Three Families: Toronto: University of Toronto Press.

     

  • Nabis rufusculus Reuter 1872

    Nabis rufusculus Reuter 1872

    La punaise demoiselle

    François-Xavier DESSUREAULT, Hyacinthe GAUTHIER-BÉRUBÉ


    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Heteroptera

    Infra-ordre: Cimicomorpha

    Famille: Nabidae

    Sous-famille: Nabinae

    Tribu: Nabini

    Genre: Nabis 

    Sous-genre: Nabis


    ATTENTION: Grâce à l’expertise et les commentaires de M. Roch (voir en bas), nous avons mis à jour l’identification de notre spécimen. Il s’agit de Nabis rufusculus et non pas de N. roseipennis comme on avait au paravant. Quelques-unes des phrases suivantes traitent encore de cette deuxième espèce. La biologie des deux espèces est très semblable.

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    Nabis rugosus – Les espèces du genre Nabis sont généralement uniformes autant dans leurs mode de vie que l’apparence. Michael Becker 2006, CC BY-SA 3.0

    Nabis rufusculus est un insecte de l’ordre des hémiptères (punaises), famille des Nabidae. On le retrouve dans une grande partie de l’Amérique du Nord, de la Colombie-Britannique au Colorado à l’Ouest, jusqu’à la Floride et les provinces maritimes à l’Est (Blatchley, 1926). Cette punaise prédatrice passe sa vie dans les herbes au bord de cours d’eau et de marécages, ainsi que sur des arbustes en lisière de forêts.

    Historiquement, les espèces de la famille des Nabidae étaient regroupées avec une autre famille d’hémiptères, les Reduviidae, qui sont souvent nommés « punaises assassines ». Les réduves ont une apparence mais aussi un mode de vie très similaire aux Nabidae, et c’est en 1861 que Nabidae a obtenu le statut de famille (Schuh et al., 1995). Le genre Nabis a quant à lui été décrit par Latreille bien avant cette séparation, soit en 1802, et l’espèce N. rufusculus en 1872 par Reuter. 

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    Reduviidae, Gaspar Alves 2012, CC BY-SA 3.0

    Comme tous les hémiptères, N. rufusculus a des pièces buccales modifiées en forme de trompe, nommée rostre (Dolling, 1991). Il est articulé en sections, contrairement au proboscis, la trompe des lépidoptères (papillons) entièrement flexible. Le nombre de sections du rostre, 4 chez les Nabidae, est un des critères permettant de différencier avec les Reduviidae, qui compte seulement 3 articles (Borror et al., 1991). Le rostre est un appareil polyvalent qui sert à piquer les tissus des plantes ou des animaux pour en aspirer les substances nutritives, ce qui a contribué à la diversité des modes de vie chez les Hémiptères.

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    Patte ravisseuse- noter les crochets sur l’intérieur du tibia

    Nabis rufusculus est quant à lui un prédateur dit généraliste, capable de se nourrir d’une grande variété de proies, à un point tel que l’espèce adopte certains comportements pour réduire le cannibalisme. Ainsi, la larve est généralement située plus bas sur une même plante que l’adulte, probablement pour diminuer les chances de rencontres (Braman et al., 1989). En conditions de laboratoire, les larves doivent aussi être gardées séparément pour éviter qu’elles ne se mangent entre elles (Rensner et al., 1983). Outre ses propres congénères, les adultes et nymphes mangent une variété d’insectes à cuticule molle comme les pucerons, ainsi que des larves, des nymphes ou des œufs d’autres espèces (Henry et al., 1988). Les punaises prédatrices capturent généralement leurs proies à l’aide de leurs pattes dites “ravisseuses”. Comme celles des mantes religieuses, leur tibia et leur fémur des pattes prothoraciques (les pattes avant) sont dotés de crochets ou de poils pour retenir la proie entre ces deux segments de la patte (Dolling, 1991). Elles piquent ensuite avec leur rostre, injectent des enzymes pour digérer la proie de l’intérieur, pour ensuite aspirer le contenu avec ce même rostre. En conditions de laboratoire, Rensner (1983) a observé que N. roseipennis consommait en moyenne 4 à 5 cicadelles de la pomme de terre (Empoasca fabae) adultes en 24h; elle contribue donc à contrôler les populations de ce ravageur de plusieurs grandes cultures. Les Nabidae sont des prédateurs importants d’autres ravageurs, dont le ver de l’épi de maïs, Helicoverpa zea (Swenson et al, 2013), la teigne des crucifères, Plutella xylostella (Philips et al., 2014), et plusieurs espèces de pucerons (Chasen et al. 2014). Quelques cas de piqûres ont été répertoriés chez l’humain par des espèces du genre Nabis (Faúndez et Carvajal, 2011), mais pas N. roseipennis.  Contrairement à d’autres familles de punaises qui se nourrissent de sang, les Nabidae ne s’en prennent généralement pas aux vertébrés. Enfin, les Nabidae piquent parfois les végétaux pour s’y abreuver et compléter leur diète, lorsque les proies sont rares (Stoner A., 1972).

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    Clasper de Nabis rufusculus

    Lors de la reproduction, le mâle approche la femelle en émettant des stridulations similaires à celles d’un grillon, en frottant les tibias de ses pattes mésothoraciques (pattes du milieu). Au contact de la femelle, le mâle utilise ses claspers, deux structures situées de part et d’autre de l’abdomen du mâle. Similaire à des pinces, les claspers servent à retenir la femelle durant l’accouplement (Davies, 1988). C’est d’ailleurs la forme des claspers d’un individu, parfois asymétriques, qui est souvent le meilleur critère pour l’identification de nombreuses espèces de punaises, dont N. rufusculus qui peut être facilement confondue avec d’autre espèce du genre Nabis à l’allure très similaire (Larochelle, 1984). Les claspers plus large, en forme de fer de hache, distinguent ainsi N. roseipennis de N. rufusculus, dont les claspers sont plus étroits. [Voir commentaires en bas]

    La femelle pond des œufs d’à peine 2 mm dans la tige des végétaux, avec seulement l’opercule servant d’écoutille visible à l’extérieur de la plante (Dolling, 1991). À l’éclosion, la larve pousse l’opercule et s’extrait de l’œuf avant d’effectuer une pause près du trou d’émergence. Cette pause permet à sa cuticule encore neuve de sécher et durcir. La larve ressemble beaucoup à un petit adulte sans ailes. Il y a cinq stades larvaux avant l’âge adulte, donc quatre mues successives au cours desquelles les futures ailes se développent avant la mue finale. Nabis rufusculus semble avoir une préférence pour les légumineuses comme site de ponte, du moins par rapport à d’autres grandes cultures; elle est donc fréquemment observée dans les champs de soja et de luzerne (Pfannenstiel et al., 1998) où les proies sont également abondantes. Il y a généralement deux pontes dans l’été sous notre climat québécois, après quoi les adultes, comme tous les Nabis, hibernent sous une litière de feuilles mortes (Dolling, 1991).

    Référence

    Blatchley, W. S. (1926) Heteroptera, or true bugs of eastern North America, with especial reference to the faunas of Indiana and Florida. The Nature publishing company, Indianapolis, 1136p.

    Borror, D. J., White, R. E. (1991) Le guide des insectes du Québec et de l’Amérique du Nord. Broquet, Boucherville, 408p.

    Braman, S. K., Yeargan, K. V. (1989). «Intraplant Distribution of Three Nabis Species (Hemiptera: Nabidae)., and Impact of N. roseipennis on Green Cloverworm Populations in Soybean». Environnemental Entomology, vol. 18 (2), 240-244

    Chasen, E. M., C Dietrich, E. A. Backus, E. M. Cullen. (2014) «Potato Leafhopper (Hemiptera: Cicadellidae) Ecology and Integrated Pest Management Focused on Alfalfa», Journal of Integrated Pest Management, vol .5 (1) 

    Davies, R. G. (1988) Outlines of entomology, Springer Netherlands, 408p.

    Dolling, W. R. (1991) The Hemiptera, Oxford University Press, Oxford, 274p.

    Faúndez, E. I., Carvajal, M. A. (2001) «A human case of biting by Nabis punctipennis (Hemiptera: Heteroptera: Nabidae) in Chile». Acta Entomologica Musei Nationalis Pragae, Vol 51 (2), p. 407-409

    Henry, T. J., Froeschner, R. C. (1988) Catalog of the Heteroptera, or true bugs, of Canada and the continental United States. E. J. Brill and Leiden, New York, 958p.

    Larochelle, A. (1984) Les punaises terrestres (Heteroptères: Geocorises) du Québec, Association des entomologistes amateurs du Québec. Québec, 513p.

    Pfannenstiel, R. S., Yeargan, K. V. (1998) «Association of Predaceous Hemiptera with Selected Crops», Environmental Entomology, vol. 27 (2), 232-239

    Philips, C. R., Z. Fu, T. P. Kuhar, A. M. Shelton, R. J. Cordero (2014) «Natural History, Ecology, and Management of Diamondback Moth (Lepidoptera: Plutellidae), With Emphasis on the United States», Journal of Integrated Pest Management, vol. 5 (3)

    Rensner, P. E., Lamp, W. O., Barney, R. J. , Armbrust, E. J. (1983). «Feeding Tests of Nabis roseipennis (Hemiptera: Nabidae) on Potato Leafhopper, Empoascafabae (Homoptera: Cicadellidae), and Their Movement into Spring-Planted Alfalfa». Journal of the Kansas Entomological Society, vol. 56 (3), 446-450

    Schuh, R. T., Slater, J. A. (1995) True bugs of the world (Hemiptera: Heteroptera) Classification and natural history. Cornell University Press, New York, 336p.

    Stoner, A. (1972). «Plant feeding by Nabis, a predaceous genus.» Environnmental entomology, vol. 1 (5), 557-558

    Swenson, Corn Earworms (Lepidoptera: Noctuidae) as Pests of Soybean», Journal of Integrated Pest Management, vol. 4 (2)

  • Bittacomorpha clavipes (Fabricius 1781)

    Bittacomorpha clavipes (Fabricius 1781)

    LE FANTÔME DES MARAIS –

    Texte, photographies, illustrations et identification du spécimen par

    Manon FUSELIER & Mathilde GAUDREAU

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    Dans la pénombre des marécages de l’est nord-américain, un véritable spectre hante les lieux. Apparenté aux créatures de légendes, son apparition éphémère est un événement auquel seuls les spectateurs les plus attentifs ont la chance d’assister. On le prénomme le fantôme des marais, « phantom crane fly », ou Bittacomorpha clavipes pour les intimes.

    Bittacomorpha clavipes est un insecte holométabole dont le nom commun fait référence à sa coloration blafarde, à sa gracilité et à son vol caractéristique qui lui donnent l’apparence d’un véritable spectre livide. Il débute son existence tel un cadavre, sous la forme d’une larve enterrée sous une couche de sédiments organiques humides. Suivant une nymphose souterraine, c’est au stade adulte que la métamorphose se complète et que l’esprit s’extirpe de son linceul pour entreprendre un vol si discret et léger qu’il semble littéralement flotter dans l’air.

    Contrairement à ce que son nom commun indique, un spécimen de B. clavipes ne passe pas inaperçu dans une collection en raison de son patron de coloration blanche et noire caractéristique et de la difficulté liée à le préserver intact suivant la capture. En effet, ses longues pattes délicates se détachent aisément; le spécimen présenté fut ainsi collé latéralement sur deux pointes entrecroisées (Figure 1) afin de le préserver dans son intégrité.

    CLASSIFICATION

    Ordre: Diptera

      Sous-Ordre: Nematocera

          Super-Famille: Ptychopteroidea

              Famille: Ptychopteridae

                  Sous-Famille: Bittacomorphinae

                      Genre: Bittacomorpha

                            Espèce: Bittacomorpha clavipes (Fabricius, 1781)

    IDENTIFICATION

    Il est plutôt aisé d’identifier précisément un spécimen de B. clavipes car de nombreux caractères clés simples ont été définis à cet effet et puisque seules deux espèces forment le genre. Une clé d’identification simplifiée et illustrée de la famille Ptychopteridae a été publiée par Fassbender (2014) dans le cadre de sa thèse de doctorat (2).

    L’appartenance du spécimen à l’ordre des diptères (Diptera) est facilement établie par l’examen des ailes. Alors que la paire antérieure permet le vol, les ailes postérieures sont modifiées en haltères et servent des fonctions de balancier et de proprioception (Figure 1). L’aspect plutôt mince et allongé de l’insecte dans son ensemble (corps, pattes et antennes) permet de l’associer au sous-ordre des nématocères (Nematocera).

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    Figure 1. Spécimen adulte de Bittacomorpha clavipes sur pointes, capturé à la Station de Biologie des Laurentides de l’Université de Montréal (Saint-Hippolyte, Qc) . h. haltère

    L’absence d’ocelles et la présence d’un lobe additionnel pré-haltère à la base de l’haltère (Figure 2) est indicateur de la famille Ptychopteridae. Cette structure n’est en effet retrouvée chez aucun autre diptère (3). On remarque également que le 2e segment abdominal est allongé (2).

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    Figure 2. Morphologie externe des ailes postérieures de B. clavipes. h. haltère. ph. pré-haltère

    La sous-famille Bittacomorphinae se caractérise par la présence de larges bandes blanches et noires sur les pattes, par l’absence de la première cellule médiane (M1) de l’aile (Figure 3) ainsi que par les antennes comprenant un minimum de 17 flagellomères (2).

    fig3
    Figure 3. Morphologie externe des ailes antérieures de B. clavipes. R. nervure radiale. R1. première cellule radiale. M. nervure médiane

    On distingue le genre Bittacomorpha par le fort gonflement des basitarses des pattes (Figure 4). Les antennes portent moins de 20 flagellomères. Le genre ne comprend que deux espèces ; on distingue B. clavipes de B. occidentalis par la présence d’une bande grisâtre traversant le thorax longitudinalement en entier, se prolongeant après la suture thoracique transverse en «V» (Figure 5) (2).

    fig4
    Figure 4. Anatomie de pattes de B. clavipes. T. tibia. t. tarse. bt. basitarse

    fig5
    Figure 5. Bande médiane traversant longitudinalement le thorax de B. clavipes en entier.

    CYCLE DE VIE

    La femelle B. clavipes dépose ses oeufs dans les sédiments humides de marais, marécages et fossés boueux qu’occuperont également la larve et la nymphe. Comme la respiration se fait toujours à l’air libre pendant cette période, les stades immatures ont développé un long siphon respiratoire, structure spécialisée en forme de tube comprenant une paire de spiracles terminaux et partiellement rétractile chez la larve. La présence de microstructures et de trois paires de pseudopodes abdominaux facilitent les mouvements de celle-ci dans les sédiment épais, notamment lors des mues qui ont lieu en surface pour ses 4 instars (Figure 6)  (1,4).  On remarque également que la tête de la larve est bien sclérifiée et que son corps allongé, originellement plutôt terne, peut prendre des colorations marquées suivant l’exposition aux minéraux présents dans le substrat (4). Son mode d’alimentation est filtreur de microparticules.  B. clavipes passe la majorité de sa vie sous forme larvaire d’autant plus que l’hivernation a lieu lors du dernier instar (4) tandis que le stade nymphal ne dure que quelques semaines.

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    Figure 6. Cycle de vie du fantôme des marais (Bittacomorpha clavipes). I-IV. Instars, stades larvaire. N. Nymphe. A. Adulte

    Le fantôme des marais adulte est une créature éphémère,  d’une existence si courte et axée sur la reproduction que son alimentation est considérée facultative (4). Les pièces buccales sont réduites mais on peut observer de longs palpes maxillaires ainsi qu’un labre épais qui lui permettent de consommer des solutions sucrées telles du nectar ou du miellat (4). Dans certaines régions plus tempérées, il peut y avoir plusieurs générations de B. clavipes par année (i.e. espèce plurivoltine) (1).

    ÉCOLOGIE

    Le fantôme des marais est majoritairement retrouvé en habitats humides aux substrats riches en sédiments organiques et végétaux en décomposition tels que des marais ou marécages. Ils peuvent aussi se retrouver légèrement submergés sous la mince couche d’eau courante d’un ruisseau peu profond. On considère que son habitat optimal est un marécage au sol saturé et de substrat recouvert par un fin filet d’eau et riche en oxyde de fer (2).

    B. clavipes est l’espèce de Ptychopteridae dominante à travers toute l’Amérique du Nord et est principalement abondante dans l’est. Sa dispersion couvrant jusqu’à la moitié du continent peut s’expliquer par sa capacité à profiter des courants d’air pour traverses des barrières géologiques mineures grâce à son vol léger et flottant (2). Sa répartition à la frontière nord (région de Terre-neuve-et-Labrador) est limitée en raison des étés plus courts et principalement du manque de sédiments nécessaires au développement larvaire. La limite ouest (de l’est de la Colombie Britannique au nord est de l’Utah) est quant à elle plus difficile à déterminer; il n’y a pas encore consensus quant aux facteurs responsables bien que certains avancent à nouveau l’hypothèse du manque de sédiments appropriés (2). Bien que la limite sud du fantôme des marais soit établie comme au niveau du Texas, les données sont plutôt fragmentées et une population a même été répertoriée au Costa Rica, atteignant la zone néotropicale (2).

    Références

    1. BOWLES, D.E. (1998). Life history of Bittacomorpha clavipes (Fabricius)(Diptera: Ptychopteridae) in an Ozark spring, USA. Aquatic Insects, 20(1), 29-34. http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/aqin.20.1.29.4486
    2. FASBENDER, A. (2014). Phylogeny and diversity of the phantom crane flies (Diptera: Ptychopteridae). Graduate Theses and Dissertations. Iowa State University, Paper 14133. http://lib.dr.iastate.edu/etd/14133/
    3. LUKASHEVICH, E.D. (2008). Ptychopteridae (Insecta: Diptera): History of its study and limits of the family. Paleontological Journal, 42(1), 66-74. http://link.springer.com/article/10.1007/s11492-008-1011-1
    4. ZWICK, P. (2004). Insecta: Diptera, Ptychopteridae. In Freshwater Invertebrates of the Malaysian Region (pp. 621-625). Aura Productions. https://www.researchgate.net/profile/Catherine_Yule/publication/233727128_44_Diptera_Ptychopteridae/links/09e4150acd05907295000000.pdf
  • Phyciodes cocyta (Cramer 1777)

    Phyciodes cocyta (Cramer 1777)

    Le croissant nordique

    Par Jonathan CHARRON et Frédérique ELÉMENT

     

    Classification

    Ordre : Lepidoptera

    Famille : Nymphalidae

    Sous-famille : Nymphalinae

    Genre : Phyciodes

    Espèce : Phyciodes cocyta (Cramer 1777)

    Nom vernaculaire : Croissant nordique

    Jonathan Charron a pris cette photo.
    Figure 1. Lieu de capture du spécimen : bétulaie blanche à peupliers, près du Lac Croche, à la Station de Biologie des Laurentides. Présence de nombreux asters.

    Le spécimen a été capturé le 1er septembre 2016 à la Station de biologie des Laurentides (SBL) de Saint-Hyppolyte grâce à un filet à insectes (voir Figure 1). Puisqu’il a une trompe et des écailles sur les ailes, il s’agit d’un papillon, qui fait partie de l’ordre des lépidoptères. Il existe une terminologie propre à leur anatomie qui sert à l’identification.

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    Figure 2. Régions des ailes délimitées approximativement sur le spécimen à l’étude

    Les ailes des papillons peuvent être divisées en plusieurs parties. Les ailes antérieures sont dites primaires et celles plus près de l’abdomen sont dites secondaires. La section la plus extérieure de l’aile (1 sur la Figure 2) est dite marginale, car elle est située près de la marge. La région 2, nommée submarginale, est plus proximale . La 3, dite post-médiane, médiane ou centrale, se trouve entre la fin de la zone 3 et la zone très foncée à la base de l’aile. Il faut aussi souligner que l’extrémité supérieure des ailes primaires est définie comme l’apex (Handfield, 1999 ; Prévost et Veilleux, 1976).


    Morphologie et identification

    L’identification d’un papillon est plutôt facile à faire en comparaison avec d’autres ordres taxonomiques ayant des différences beaucoup moins évidentes.

    Les papillons de la famille des Nymphalidae sont faciles à reconnaître par leurs pattes antérieures trop courtes pour servir à la marche (voir Figure 3). Ces appendices sont toutefois utiles comme organes sensoriels (Le Tirant et Leboeuf, 2012 ; Prévost et Veilleux, 1976). Ils ne marchent donc qu’avec quatre de leurs pattes. Ils ont également une teinte orangée, comme le fameux Monarque (Danaus plexippus), un vol rapide et habile, des chenilles ainsi que des chrysalides épineuses.

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    Figure 3. Les pattes atrophiées du spécimen de la famille des Nymphalidae capturé à la SBL

    Les papillons du genre Phyciodes, sont caractérisés par une tache sur leurs ailes rappelant un croissant de lune, ce qui explique le nom vernaculaire de « croissant ». Ils volent généralement par intermittence, alternant entre une période de battements suivie d’une période où ils planent près du sol. Ce vol particulier permet de distinguer les espèces de ce genre de celles des autres papillons aux teintes orangées.

    Les ailes des lépidoptères sont recouvertes d’écailles composant des motifs très diversifiés grâce à une gamme de millier de teintes possibles (Prévost et Veilleux, 1976). C’est donc à l’aide des planches en couleur du Guide d’identification des papillons du Québec de Handfield (2011) qu’il a été possible de réduire nos recherches à trois espèces du genre Phyciodes ; P. tharos (ou croissant perlé), P. cocyta (ou croissant nordique) et P. batessi (ou croissant fauve).

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    Figure 4. Massue orange du spécimen qui ont été perdues durant la conservation

    Pour départager les trois espèces, dont les ailes sont parfois variables selon le sexe du papillon et le moment de sa naissance durant la saison, il a fallu regarder la couleur des massues, qui est la boule au bout des antennes typique des papillons de jour. Le spécimen n’est pas un croissant perlé (P. tharos), car ses massues sont partiellement orange (voir Figure 4) alors que celles des croissants perlés ne le sont pas du tout. Aussi, P. tharos n’est présent au Québec qu’en Ouataouais, alors que la capture à eu lieu dans les Laurentides. Il ne s’agit pas non plus du croissant fauve (P. batesii) à cause des massues orangées du spécimen et du dessous des ailes qui est quasi uniformément jaune chez ce dernier, tandis que celui du spécimen est orange ou brunâtre à certains endroits. De plus, les ailes primaires se distinguent des ailes secondaires, plus pâles (voir Figure 3). La partie la plus foncée est de couleur chamois ou rouille et se situe dans le bas des ailes secondaires, plus précisément dans la région submarginale (région 2 de la Figure 2), où se trouve la tache en croissant de lune. Le spécimen capturé est donc un P. cocyta. Il est intéressant de noter que le P. batesii est beaucoup plus rare au Québec que le P. cocyta. (Handfield 1999-2011 ; Le Tirant et Leboeuf, 2012).

    Il s’agit d’une femelle, car ses ailes primaires comportent davantage d’écailles noires que celles des mâles. Par ailleurs, les ailes secondaires sont pourvues d’une ligne noire post-médiane presque continue (voir région 3 Figure 2). Cette même zone est orange chez les mâles. Chez P. batesii, la région post-médiane est à l’image de celle des P. cocyta femelles. Cette ressemblance explique que les femelles de P. cocyta soient parfois méprises pour des P. batesii dans les collections, ce qui donne l’impression que le P.batesii est plus commun qu’il ne l’est réellement (Handfield 1999 ; Le Tirant et Leboeuf, 2012).

    Cependant, les trois espèces de Phyciodes se ressemblent énormément et tendent toutes à varier. Ce n’est que très récemment que P. cocyta et P. tharos on été divisées en deux espèces distinctes, à cause de leurs ressemblances. Même le genre du spécimen en question pourrait être remis en question, car les femelles du croissant nordique ont généralement les massues noires et sont encore plus sujettes à confusion avec leurs cousins du même genre. De plus, les espèces communes comme P. cocyta sont rarement capturées en fin de saison. (Hanfield, 1999).


    Biologie et comportement des Phyciodes

    Photo prise par Jonathan Charon
    Figure 5. Plante du genre aster en floraison. Photo prise à la SBL

    Comme il a été question plus tôt, Phyciodes montrent un vol particulier : ils alternent entre le battement des ailes et le planage. Cela permet de les différencier facilement des autres papillons orange.  Ils apprécient particulièrement le nectar des asters, sur lesquels grandissent et se nourrissent aussi les larves (Handfield, 2011). Les mâles passent la journée à voler autour des plantes hôtes à la recherche de femelles avec qui s’accoupler. Ils sont plutôt territoriaux et n’hésitent pas à se montrer agressifs pour se défendre. Les femelles pondent leurs oeufs en paquets sur la face inférieure des feuilles des asters. Le nombre d’oeufs peut varier selon les espèces : il est d’environ 40 chez Phyciodes cocyta. Elles passent beaucoup de temps à sélectionner la plante qui est en meilleure santé afin de donner plus de chances de survie à leurs progéniture. Les chenilles hibernent à leur troisième stade larvaire (Scott, 2007).  Les croissants nordiques ont deux générations au cours de l’année : la première apparaît au début et de l’été et la deuxième à l’automne (Prévost et Veilleux, 1976).

    Comme tous les lépidoptères, les Phyciodes sont des insectes holométaboles. Leur cycle de vie comprend donc plusieurs stades larvaires suivis du stade nymphal, constitué de la chrysalide (Anderson, 1972). La chenille de Phyciodes cocyta est de couleur sombre et se tient en groupe sur les feuilles d’asters, sur lesquelles elle se nourrit. C’est également sur ces plantes qu’elle forme sa chrysalide qui lui permet de faire sa nymphose (Scott, 2007).


    Habitat et distribution

    Le croissant nordique, comme son nom l’indique, a une distribution plus nordique que la plupart des autres espèces de Phyciodes. On le retrouve dans le sud du Québec, mais il se rend jusqu’à la Baie James. Il occupe des habitats variés, comme les champs, les forêts et le bord des ruisseaux, appréciant les endroits ouverts, où il a souvent beaucoup de fleurs (Handfield, 2011).

    L’analyse de l’ADN mitochondrial des différentes espèces de Phyciodes a permis de modéliser une distribution fiable de celles-ci, qui sont parfois confondues en raison de leur grande ressemblance. Les études ont révélé qu’on retrouve le croissant nordique dans le nord des États-Unis et dans la plupart des provinces du Canada. C’est une des seules espèces de Phyciodes que l’on retrouve dans l’est du Canada avec Phyciodes batesii, mais Phydiodes cocyta est trouvé davantage au nord (Wahlberg et al., 2003). Cependant, à Chibougameau, il y a une population qui montre un intérêt particulier, car elle est constituée de ces deux espèces (Handfield, 2011).


    Les services que rendent les papillons aux Hommes

    Les lépidoptères sont nombreux et sont faciles à capturer et à analyser. Ils sont donc utiles pour mener des études sur l’écologie et l’évolution (Boggs et al., 2003). Par ailleurs, il s’agit de pollinisateurs très efficaces. Les papillons sont souvent spécialisés dans la récolte du pollen d’un type de fleur en particulier (Faegri & Van Der Pijl, 2013). Ils visitent plusieurs fleurs, étant ainsi essentiels à la reproduction de nombreuses espèces de plantes. Comme nous l’avons vu, Phyciodes cocyta apprécie particulièrement les asters.

    Les insectes, en entrent en contact avec l’étamine, le stigmate mâle d’une fleur, récoltent leur pollen qu’ils déposent sur une autre fleur (Kremet et al., 2004) . Le pollen demeure accroché accroché aux écailles des ailes des papillons (Cruden & Hermann-Parker) La pollinisation est extrêmement importante pour les être humains, car elle permet aux plantes de nos champs de se reproduire, nous permettant ainsi de nous nourrir (Zhang et al., 2007). Si les pollinisateurs disparaissent, la reproduction des plantes se verrait nettement diminuée, et certaines espèces pourraient même disparaître complètement, puisqu’elles ne possèdent souvent qu’un seul pollinisateur (Campbell & Reece, 2002).


    Bibliographie

    Anderson, D. T. (1972). Development of holometabolous insects. Counce, SJ, ed. Developmental Systems: Insects.

    Boggs, C. L., Watt, W. B., & Ehrlich, P. R. (2003). Butterflies: ecology and evolution taking flight. University of Chicago Press.

    Campbell, N. A., & REECE, J. B. (2012). Biologie, 4e édit. De Boeck Université, Bruxelles.

    Cruden, R. W., & Hermann-Parker, S. M. (1979). Butterfly pollination of Caesalpinia pulcherrima, with observations on a psychophilous syndrome. The Journal of Ecology, 155-168.

    Faegri, K., & Van Der Pijl, L. (2013). Principles of pollination ecology. Elsevier.

    Handfield, L. (1999). Le guide des papillons du Québec (édition abrégée, vol. 1). Boucherville, Québec : Broquet.

    Handfield, L. (2011). Le guide des papillons du Québec (édition revérifiée et corrigée). Saint-Constant, Québec : Broquet.

    Kremen, C., Williams, N. M., Bugg, R. L., Fay, J. P., & Thorp, R. W. (2004). The area requirements of an ecosystem service: crop pollination by native bee communities in California. Ecology letters, 7(11), 1109-1119.

    Leboeuf, M. et Le Tirant, S. (2012). Papillons et chenilles du Québec et des maritimes (1ère éd.).

    Waterloo, Québec : Éditions Michel Quintin.

    Prevost B. et Veilleux, C. (1976). Les papillons du Québec (1ère édition). Montréal, Québec : Les Éditions de l’Homme.

    Scott, J. A. (2007). Biology and systematics of Phyciodes (Phyciodes). Papilio. New Series; no.7.

    Wahlberg, N., Oliveira, R., & Scott, J. A. (2003). Phylogenetic relationships of Phyciodes butterfly species (Lepidoptera: Nymphalidae): complex mtDNA variation and species delimitations. Systematic Entomology, 28(2), 257-274.

    Zhang, W., Ricketts, T. H., Kremen, C., Carney, K., & Swinton, S. M. (2007). Ecosystem services and dis-services to agriculture. Ecological economics, 64(2), 253-260.


     

  • Chauliognathus pennsylvanicus (DeGeer 1774)

    Chauliognathus pennsylvanicus (DeGeer 1774)

    Par Laurent Gagné et Jérémie Lachance

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    Nos deux spécimens ont été capturés, par filet à insectes, en même temps à la station biologique des Laurentides sur le sentier menant au Lac Corriveau, et ce, sur des plantes à fleurs le 1er Septembre 2016


    Classification

    Ordre : Coleoptera

    Superfamille : Elateroidea

    Famille : Cantharidae

    Sous-famille : Chauliognathinae

    Tribu : Chauliognathini

    Genre : Chauliognathus

    Espèce : Chauliognathus pennsylvanicus


    Taxonomie:
    Chauliognathus pennsylvanicus, décrit par DeGeer en 1774, est  un insecte de l’ordre des coléoptère qui fait partie de la famille des Cantharidae ou «soldier beetles», c’est-à-dire scarabés soldats. L’ordre des coléoptères est extrêmement diversifié et compte plus de 350 000 espèces identifiées. Premièrement, le groupe des coléoptères possède une apomorphie, c’est-à-dire une caractéristique unique à cet ordre qui les définit et les unit en un groupe. Cette caractéristique est l’épaississement des ailes antérieures pour former les élytres (une sorte de carapace protégeant les ailes). De plus, une caractéristique intéressante de la famille des scarabés soldats est que leurs élytres sont beaucoup plus molles et flexibles que celles de la majorité des coléoptères (Pelletier, G., & Hébert, C., 2014). Morphologiquement, Chauliognathus pennsylvanicus  ressemble à son proche cousin la luciole, mais n’émet pas de bioluminescence (Mahr, S., 2009).

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    Photo de luciole d’un usager de Flickr: Jesse Christopherson avec une license de CC BY-ND-NC 1.0

    Identification:

    Ce coléoptère est relativement simple à identifier si on s’y attarde un peu. En effet, il est très distinctif puisqu’il n’y a pas beaucoup d’autres «scarabés soldats» qui lui sont similaires. À sa taille adulte, sa longueur varie de 9 à 11 mm (Coin, P., 2004) et il possède de très longues antennes de 10 segments. Sa coloration est, par contre, l’élément clef qui permet de l’identifier sans faute. Son pronotum et ses élytres sont de couleur orange avec des taches noires de grosseurs variables sur l’extrémité. Donc, il nous a été possible d’identifier nos spécimens simplement à l’aide d’une clef d’identification d’espèces ainsi qu’en les comparant ensuite avec des photos de la littérature.

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    Distribution géographique et habitat:

    Chauliognathus pennsylvanicus est très répandu à travers l’Amérique du nord et est une des espèces les plus communes de la famille Cantharidae dans cette région. En effet, on peut retrouver ce coléoptère à travers le territoire couvert entre la Floride et le Québec (Pennsylvania Leatherwing Beetle Bug Information, 2014). On retrouve ce coléoptère dans les champs, sur les bords de route ou dans les jardins et les bosquets et plus particulièrement sur des plantes à fleurs (angiospermes). Effectivement, tout endroit ouvert où se trouvent des plantes à fleurs risque fortement d’héberger cette espèce.

    Cycle de vie:

    Ce coléoptère est beaucoup plus actif de jour. À l’automne l’adulte pond ses oeufs sous une petite couche de terre ou dans les feuilles mortes et les oeufs resteront ainsi tout l’hiver. Au printemps, les oeufs éclosent et les larves se nourrissent d’autres petits insectes ainsi que d’oeufs lors de leur croissance. Celles-ci restent principalement au sol pour se nourrir jusqu’au stade adulte. Le stade adulte est atteint durant les mois d’août et septembre, la majorité de la population de cet insecte est donc active durant ces mois. Ils grimperont sur les plantes pour s’alimenter d’insectes comme les pucerons, mais aussi de nectar, de pollen et principalement de la fleur solidage, aussi connue sous le nom de verge d’or. Comme mécanisme de défense, l’adulte est capable de sécréter un produit chimique nauséabond comme moyen de protection face aux prédateurs (Newton, B., 2006)

    Importance écologique:

    La diète de ce coléoptère, comprenant en majorité des pucerons qui se retrouvent sur des fleurs, apporte un impact positif à plus grande échelle sur son milieu (Pennsylvania Leatherwing Beetle Bug Information, 2014). En effet, les pucerons sont le fléau de tout jardinier et Chauliognathus pennsylvanicus est un atout majeur pour le contrôle de ces pestes, car sa présence sur les fleurs permet une alternative de lutte biologique contre celles-ci. De plus, puisqu’il passe la majorité de son temps à se déplacer de fleur en fleur, cela fait de lui un très bon pollinisateur secondaire. Tout ceci fait de ce coléoptère une espèce qui permet à la fois aux jardiniers de combattre les pucerons (très dangereux pour la santé des plantes) ET de polliniser les fleurs par ses déplacements sur celles-ci!


    Bibliographie

    Coin, P. (2004, February 16). Species Chauliognathus pensylvanicus – Goldenrod Soldier Beetle. Retrieved November 02, 2016, from http://bugguide.net/node/view/438

    Newton, B. (2006, July 5). Soldier Beetles of Kentucky – University of Kentucky Entomology. Retrieved November 02, 2016, from http://www.uky.edu/Ag/CritterFiles/casefile/insects/beetles/soldier/soldier.htm

    Pelletier, G., & Hébert, C. (2014, February 28). Cantharidae of Eastern Canada. Retrieved November 02, 2016, from http://cjai.biologicalsurvey.ca/ph_25/ph_25.html

    Mahr, S. (2009, August 17). Goldenrod Soldier Beetle, Chauliognathus pennsylvanicus. Retrieved November 02, 2016, from http://wimastergardener.org/article/goldenrod-soldier-beetle/

    Pennsylvania Leatherwing Beetle Bug Information. (2014, March 3). Retrieved November 02, 2016, from http://www.insectidentification.org/insect-description.asp?identification=Pennsylvania-Leatherwing-Beetle

     

  • Aphrophora quadrinotata (Say 1830)

    Aphrophora quadrinotata (Say 1830)

    par Marilou DANIS et Laura KIENZLE

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    Aphrophora quadrinotata mâle et femelle attrapés ensemble à la Station de Biologie des Laurentides le 1er septembre 2016 sur une feuille de Populus tremuloides près du stationnement

    Classification  

    Classe: Insecta

    Ordre: Hemiptera

    Sous-ordre: Auchenorrhyncha

    Super-famille: Cercopoidea

    Famille: Cercopidae

    Genre: Aphrophora

    Espèce: Aphrophora quadrinotata (Say, 1830)

     

    Identification du spécimen

    Afin d’identifier notre spécimen, il a d’abord fallu trouver l’ordre auquel il appartenait. Ce sont principalement le labium en forme de rostre et les pièces buccales en stylet qui nous ont permis de conclure que le spécimen attrapé faisait partie de l’ordre des Hemiptera. La famille des Cercopidae a ensuite pu être déterminée en observant les pattes métathoraciques portant des aiguillons, qui sont des appendices servant à la défense. Les pattes métathoraciques sont également plus longues que celles des deux autres paires de pattes (Hamilton, 1982). Par la suite, le spécimen a pu être identifié jusqu’au genre Aphrophora en observant les caractéristiques morphologiques telle que le patron de couleur.

    L’identification de l’espèce a pu se faire en comparant la couleur et la morphologie du spécimen aux 6 espèces du genre Aphrophora que l’on retrouve au Québec. Pour nous aider, nous avons observé des spécimens présents dans la collection entomologique Ouellet-Robert de l’Université de Montréal. Il fut à ce moment difficile de déterminer si notre spécimen faisait partie de A. alni ou bien de A. quadrinotata. Des critères comme la tête plus longue au milieu qu’au niveau des yeux, le patron de coloration des ailes présentant deux bandes blanches de chaque côté de l’insecte, la taille des spécimens et les ailes antérieures plus larges au centre plutôt qu’à l’avant, ont permis de différencier les deux espèces et de conclure que notre spécimen était bien Aphrophora quadrinotata.

     

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    Distribution géographique et habitat

    La famille des Cercopidae compte environ 1 500 espèces décrites à travers le monde dont seulement 36 sont trouvées au Canada et 18 au Québec (Hémiptères du Québec, 2008). Il existe un total de 6 espèces du genre Aphrophora au Québec dont A. alni qui est une espèce introduite d’Europe (Hémiptères du Québec, 2008). On retrouve Aphrophora quadrinotata dans l’est des États-Unis et le sud-est du Canada (Hamilton, 1982). 

    Les larves de A. quadrinotata sont retrouvées sur une grande diversité d’herbacées. Les adultes, pour leur part, sont retrouvés sur l’aulne rugueux, le chêne, les herbacées à larges feuilles, le noisetier à long bec, le ronce hispide et le peuplier (Hemiptères du Québec, 2008). C’est justement sur une feuille de peuplier faux-tremble que nous avons capturé nos spécimens adultes.

    Biologie et comportement

    Dans la famille des Cercopidae, la larve se développe entourée d’un amas mousseux aussi appelé « crachat du coucou » que l’on retrouve principalement à l’intersection de la tige et de la feuille. Cette substance est sécrétée par l’anus de la larve et est mélangée avec des sécrétions des glandes hypodermiques au niveau de l’abdomen (Guilbeau, 1908). Puis, des bulles d’air sont produites suite à des contractions abdominales par le canal aérifère de la larve (Hémiptères du Québec, 2008). Cet amas mousseux pourrait permettre aux larves d’éviter la dessiccation et de se protéger des prédateurs (Alford, 2002). Cependant, cela peut également représenter un désavantage puisque certains insectes parasites, comme certains Encyrtidae, ont développé une capacité à repérer ces amas mousseux dans la végétation (Hamilton, 1982). Une fois l’amas repéré, ils pondent leurs œufs sur la larve qui s’y cache (Boucher, 2008).

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    Amas mousseux produit par la larve. Auteur:  Pollinator,  fichier, License: CC BY-SA 3.0. Source.

    Les larves et adultes sont phytophages. Ils se nourrissent de la sève brute des plantes à l’aide de leurs pièces buccales en forme de stylet qui permettent de percer les tissus végétaux et de sucer le liquide interne. Le fait de piquer pour se nourrir et pour pondre les œufs cause certains dommages aux végétaux. Ces lésions dans le tissu végétal peuvent, par exemple, permettre l’infiltration de phytopathogènes à l’intérieur de la plante (Hamilton, 1982).

    Pour ce qui est des déplacements, il semblerait que les larves, malgré leur protection dans l’amas mousseux, n’hésitent pas à quitter celui-ci lorsqu’elles considèrent que les ressources en nourritures sont insuffisantes. Également, on peut retrouver plusieurs larves regroupées au sein d’un même amas mousseux. Les adultes, pour leur part, sont plutôt stationnaires. Leur coloration permet un excellent camouflage et au besoin, leurs longues pattes métathoraciques leur permettent de sauter pour se sauver lorsque dérangés (Hemiptères du Québec, 2008). Lors de la capture, les spécimens ont été placés dans un sac de plastique dans lequel nous avons pu observer leur puissance de saut. De plus, pour ce qui est du contrôle naturel de ces insectes, il semblerait que les adultes du genre Aphrophora soient parfois contaminés par le champignon Entomophthora aphrophora (Hamilton, 1982).

     

    Cycle de vie

    Chez Aphrophora quadrinotata, la période d’accouplement a lieu à la mi-août et s’intensifie en septembre. En automne, la ponte des œufs par la femelle aura lieu. Elles pondent près de 35 œufs en moyenne. Ces œufs sont insérés dans les tissus de la plante à l’aide de l’ovipositeur de la femelle. (Hémiptères du Québec, 2008). Puis, c’est à la fin du printemps, plus précisément au début du mois de mai, que les œufs vont éclore. Les larves qui en sortent passeront par 5 stades larvaires différents avant de passer au stade adulte. Les stades larvaires se déroulent dans l’amas mousseux produit par la larve et durent environ 2 mois (du début mai à fin juin).

    Étant hémimétaboles, les larves subissent une métamorphose vers le stade adulte une fois leur cinquième stade larvaire atteint. Celle-ci se déroule au début du mois de juillet, en dehors de l’écume. Une fois la métamorphose terminée, l’adulte a une durée de vie de 20 à 30 jours en moyenne (Matsumoto, 1988). Il se reproduit vers la fin de l’été, puis le cycle recommence. Ces informations correspondent bien aux observations faites le 1er septembre à la Station de Biologie des Laurentides. En effet, les spécimens capturés étaient en train de se reproduire sur la face inférieure d’une feuille de peuplier.    

     

    Bibliographie

    Alford, D. V. (2002) Ravageurs des végétaux d’ornement: arbres, arbustes, fleurs. Institut national de la recherche agronomique. p.26-27

    Boucher, S. (2008) Les insectes de nos jardins. Repéré à http://www.insectesjardins.com/Cercopidae.htm

    Guilbeau, B. H. (1908) The Origin and Formation of the Froth in Spittle-Insects. The American Naturalist. 42: 783-798

    Hamilton, K. G. A. (1982) The Insects and Arachnids of Canada : Part 10. p.46-47

    Hémiptères du Québec (2008) Les cercopes. Repéré à http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/cercopes/index.htm

    Matsumoto, K. (1988) Seasonal Patterns in the Adult Population of Pine Spittlebug, Aphrophora flavipes (Homoptera: Cercopidae) with Special Attention to the Dispersal during the Reproductive Period. Applied Entomology and Zoology. 23: 22-34

Collection Ouellet-Robert